« Il a des roses partout pour qui veut bien les voir » Henri Matisse

Etienne vient nous apporter des nouvelles du Point-Cœur d’Uruguay, nouvelles rencontres et amitiés.

Lyria et Etienne

Je souhaitais dans cette lettre commencer à vous présenter certains de nos premiers amis. Je vais donc commencer par Rosa. Notre quartier est assez hétérogène en terme d’habitations. Les rues relativement calmes avec de petits jardins (notre rue) côtoient, à dix mètres, les vivienda où s’accumulent les maisons de tôles. Avec également, par ci par là, des HLM construits par le gouvernement et des senda, sorte de paquet de maisons en béton. Rosa vit dans la senda vingt-huit… C’est assez amusant car chaque senda a sa ou ses « Rosa ». Chacune est donc connue dans le quartier sous son petit surnom : il y a Rosita, Rosalina, Rosina, Rosa de abajo,
Rosa la hermana (de Rosa soit dit, en passant)…
 Je voulais vous parler un peu de Rosa de abajo. Il y a quelques
jours, je suis sortie avec Suyin direction la senda vingt-huit. Rosa, on a fait connaissance les premiers jours de notre arrivée à la sortie d’une messe. Elle ne se dit pas vraiment catholique, mais elle dit qu’elle aime bien « assister » à la messe. Je suis déjà allé la voir deux fois dans sa petite maison de béton. Mais, maintenant, on ne la voit plus le dimanche et on apprit qu’elle avait été hospitalisée. Nous venons donc aux nouvelles avec Suyin. On crie du portail en frappant des mains (c’est la norme).
Apparaît une dame qui n’a pas l’air d’avoir envie de discuter, qui nous dit que Rosa est rentrée avant hier… On demande des nouvelles de sa santé, discute quelques minutes puis, finalement, Mirta (la dame) nous propose d’entrer. Rosa est un peu plus affaiblie à chaque fois que je viens. Cette fois, elle ne nous reconnaît pas, elle ne parle presque pas… On passe un temps avec elle, très simple, à lui faire de l’air avec un éventail, à lui prendre la main et à déchiffrer ses quelques requêtes. Finalement, elle demande qu’on aille la coucher, on donne un coup de main à Mirta pour l’amener (Rosa ne marche plus) à la chambre, puis on retourne dans la pièce principale. On s’assoit de nouveau un peu avec Mirta, Suyin pose une ou deux questions et Mirta se met à parler : elle est la nièce de Rosa et la seule qui s’en occupe. Elle est épuisée et un peu en colère, elle aussi à l’âge d’être « au repos », mais se doit de prendre soin de sa tante. Elle, qui ne voulait pas nous laisser passer au début, nous parle presque une heure, sans discontinuer… Et, au moment de s’en aller, elle nous invite à revenir la visiter. Ce fut un après-midi dense. On sort avec Suyin, le cœur plein des préoccupations physiques de Rosa et psychologiques de Mirta. On fait quelques mètres et on est arrêté par une voisine, Ana, qui engage tout de suite la conversation, il semble que le temps des visites n’est pas terminé.
Le scénario n’est pas aussi bien fourni chaque jour mais on commence à, peu à peu, rencontrer les gens (un peu cachés) qui ont soif d’être visités, les gens vers qui on a été envoyé… Finalement, « il y a des Rosa, des gens à aimer, partout pour qui veut bien les voir ».

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Etienne M. Volontaire en mission en Uruguay