Solène et sa communauté du Honduras

Flor et sa lutte contre le cancer

Accompagner Flor atteinte d’un cancer et trouver dans ces rencontres la force de l’amitié et de la foi : Solène, du Point-Cœur de Tegucigalpa nous confie cette femme et sa lutte contre la maladie.

J’aimerais vous partager une belle amitié, celle de Flor et sa famille (les prénoms ont été modifiés). Flor est mariée et a deux enfants. Il y a quelques mois, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Ce jour-­là, elle est venue se réfugier au Point-­Cœur, accompagnée de sa fille Alicia, de qui nous sommes très proches. C’était terrible. Elle nous partageait son combat : « Qu’ai-­je fait pour mériter cela ? Quelle est ma faute Seigneur ? Pourquoi me punis-Tu ? » Et, dans la même soirée, un acte de confiance et d’abandon incroyable : « Seigneur, je ne comprends pas tout mais je sais que Tu es là avec moi. Ce n’est pas une punition mais une proposition. Un bien plus grand m’attend. J’ai foi en toi. Je sais que Tu vas me sauver. » Je suis émerveillée de voir combien elle vit son combat avec Dieu : « Le Seigneur me donne la force de vivre cela », nous assure-t-­elle. Le lendemain, j’ai pu accompagner Flor à l’hôpital, avec Agata. Le médecin lui a offert l’examen qui valait presque 200 euros, en lui disant : « Les pauvres sont mes patients VIP ». Quelle solidarité ! Dans le bus, en sortant de l’hôpital, je demande à mon amie si une parole de la Bible l’aide à vivre son cancer. Elle me répond du tac au tac avec un sourire qui illumine son regard : « Ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse. C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12, 9-­10
C’est fou comme cette épreuve m’a rapprochée de Flor. Je l’ai toujours portée dans mon cœur mais sans aller autant en profondeur. Elle aussi a un élan d’amour nouveau pour Points-­Cœur. J’imagine qu’une telle épreuve peut fortifier et unifier la famille, comme l’éclater et la diviser. Alicia me confiait que son papa, qui avait une grande carapace vis-­à-­vis de la religion, s’était ouvert à Dieu au travers de cette épreuve. Je suis admirative de la foi de mes amis qui se réveillent chaque nuit à 3h du matin pour prier, tous les quatre réunis. Demandant à Flor pourquoi cet horaire tant matinal, elle me répond : « C’est dans le silence de la nuit que je peux m’ouvrir à un moment privilégié avec Dieu, loin du bruit et des distractions. Le soir, il y a toujours le bruit du trafic, des aboiements ou de la visite. » Comme écrit le moine bénédictin Anselm Grün : « Pendant que les autres mortels dorment, les moines désirent faire la vigile. Réveillés, ils espèrent la venue du Seigneur qui vient à celui qui l’attend. Dans la nuit, le moine se sent très proche de Dieu, rien ne le dérange, rien ne le distrait. C’est dans la nuit que surgissent les plus profondes expériences divines. Ainsi la vigile nocturne se base sur l’attente mystique du Seigneur. C’est l’appel dirigé à l’Epoux invisible pour lui demander qu’il revienne. » Chaque nuit, c’est une personne différente qui anime la veillée de prière. Flor a la conviction « qu’il n’y a rien de plus efficace, de plus productif que la prière. » Je suis aussi émerveillée par la solidarité de sa famille, qui se mobilise plusieurs fois par mois pour vendre dans la rue des baleadas, tacos ou pupusas (plats typiques honduriens, mexicains et salvadoriens), afin de récolter des fonds pour financer le traitement. Nous essayons de l’accompagner à chaque rendez-­‐vous à l’hôpital. J’ai pu l’accompagner la dernière fois à la séance de chimiothérapie. C’était un vrai cadeau pour moi de pouvoir partager avec elle un peu de son quotidien dans les moments plus difficiles. J’y ai fait la (belle) rencontre d’une grande amie de Flor, chef du service de microbiologie. Nous avons beaucoup parlé. Un moment, cela m’a beaucoup touchée : je suis partie chercher un vaccin pour Flor, et quand je suis revenue, j’ai retrouvé son amie assise sur le banc, en train de consoler la femme de ménage qui pleurait de savoir son fils en prison. Ça me touche beaucoup de voir des personnes exerçant de telles responsabilités, être si attentives, sur leur lieu de travail, aux personnes qui les entourent, regardant chaque personne, connue ou inconnue, avec la même intensité d’amour, la recevant comme fille de Dieu, ni plus ni moins ! En amour, les Honduriens sont mes maîtres ! J’apprends d’eux chaque jour… Merci, c’est grâce à vous !!

 

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Solène deF. Volontaire en mission au Honduras