Fatima ou celle qui m’ouvrira la porte du Ciel

Un voyage en train peut donner lieu à de belles rencontres. Sœur Aurélie, en mission à Flassans-sur-Issole, raconte : 

Cet après-midi là, je rentrais de mission, et j’étais bien fatiguée. Retrouvant ma place dans le train que j’avais quittée quelques instants, je vis qu’une jeune femme s’était assise en face de moi. Il y avait beaucoup de places libres dans le train, qui était sans réservation, aussi, il me sembla qu’elle m’attendait, et je tâchais de me préparer intérieurement.

– « Bonjour, vous êtes une sœur ? »

– « Bonjour, oui, je suis bien une sœur. »

– « Alors, vous allez pouvoir m’aider ! »

Je répondis par un sourire et bredouillai quelques mots, me sentant tout à fait incapable d’aider quiconque, étant donnée ma fatigue et le tambourinement de mon mal de tête.

Cette jeune femme s’appelait Fatima. Elle me demanda de l’argent, mais au fond, je sentais que ce n’était pas l’objet profond de sa demande, de notre rencontre. Elle me parla de sa vie, de ses parents, morts tous les deux alors qu’elle était jeune, de son frère malade, à qui elle venait de rendre visite et qui lui avait volé son argent, de son ami qu’elle venait de quitter alors qu’elle l’aimait, parce qu’elle pensait être enceinte et avait peur de sa réaction. Elle parla aussi de Dieu, de la prière, de sa foi. « Je prie matin, midi et soir. Lorsque mes parents sont morts, j’ai commencé à lever les yeux vers le Ciel. Je sais que Dieu est avec moi. » – « Peut-être qu’Il vous montre qu’Il prend soin de vous en faisant des signes ? », demandai-je. – « Oui, exactement, Il n’arrête pas de me faire des signes ! » –  « C’est grand ça. » lui répondis-je, admirant sa foi. – « C’est plus que grand, c’est puissant ! », s’exclama-t-elle en pesant ses mots. À ce moment, un monsieur assis à quelques places me tendit un gâteau. Depuis mon arrivée dans le train, il me montrait sa bienveillance par un gentil sourire, qui se concrétisa par ce présent. « Fatima, le Seigneur nous offre même le goûter ! » Nous continuâmes notre conversation en dégustant le gâteau. Puis Fatima confia : « Je me suis prostituée. C’était pour récupérer de l’argent pour aider mon frère, ce n’est pas un péché, n’est-ce pas ? » Je gardai le silence, ne sachant comment lui répondre. C’était, il me semblait, le cœur de notre rencontre. Je désirais, par mon attitude, lui montrer toute mon estime et tout mon respect pour sa vie. Elle reprit : « Après j’ai arrêté. Je sentais que ce n’était pas bon pour moi, je ne pouvais plus. » Puis elle changea de sujet. La gare de Toulon approchait. Je lui dit le sentiment qui était pour moi comme la « note » de notre rencontre : « Fatima, vous savez, en regardant vos yeux, on perçoit que quelque chose, dans votre cœur, est resté pur. » De fait, son regard était empreint de douceur et de clarté. Elle sourit. Je pris congé d’elle en me demandant si nos routes se recroiseraient un jour, et pensai soudain que, peut-être, ce serait elle qui m’ouvrirait la porte du Ciel. « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume ». À travers cette rencontre, ce verset est devenu pour moi réalité.

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Sr Aurélie Servante de la Présence de Dieu