Être une grande soeur

Hermine est arrivée au Point-Cœur de Deva depuis bientôt deux mois. Elle découvre la mission, si finalement il s’agissait simplement « d’être une grande sœur » ?

Alexia

Depuis que je suis arrivée à Deva, j’ai rencontré beaucoup d’enfants, tous très différents. Pas facile de savoir ce dont ils ont besoin, tant les situations familiales et les difficultés de chacun sont différentes mais je crois, en fin de compte, que ce qu’ils attendent de moi c’est simplement que je sois pour eux comme une grande sœur. La première fois que je suis allée visiter « Pe Deal », un des quartiers tziganes situé sur les collines qui bordent la ville, j’ai fait la connaissance d’Alexia. A peine arrivée, je vois cette petite fille, toute frêle, courir vers moi pour se jeter dans mes bras. Immédiatement, elle me demande : « Est-ce que tu veux bien être ma grande sœur ? » Je ne m’attendais pas à une telle question ! J’ai répondu « oui ». Elle était toute heureuse et nous avons commencé à jouer ensemble. Quand je suis revenue la semaine suivante, nous l’avons croisée sur le chemin. Elle revenait de la boulangerie avec un autre petit garçon. Alors que nous marchions ensemble, elle s’est tournée vers moi et m’a demandé avec de grands yeux inquiets : « Tu es toujours ma grande sœur ? » Et moi qui me demandais quelques minutes auparavant si elle se souvenait de moi ! « Bien sûr », lui ai-je répondu. Un grand sourire s’est dessiné sur son visage. Ce n’est pourtant pas évident d’être une grande sœur pour ces enfants dont la vie est si différente de la mienne. Heureusement, j’ai deux ans pour apprendre à l’être !

Alexia, ravie de cuisiner au Point-Cœur

Quatre petits visages m’ont beaucoup appris sur ce rôle si important et si exigeant à la fois. Ce sont ceux de Diana, Andra, Ela et Alexia. Ces quatre sœurs aux immenses yeux bleus vivent à Bejan, un autre quartier tzigane proche de notre maison. Elles habitent tout au bout d’un petit chemin de terre, dans une étroite baraque faite de bric et de broc et, malgré la pauvreté du lieu et les difficultés de leur vie quotidienne, chacune d’entre elles rayonne d’une joie unique. La première fois que je les ai rencontrées, alors que nous jouions ensemble dans l’unique chambre de cette pauvre maison, leur maman ouvre brusquement la porte et se fâche violemment. Les rires et les jeux cessent immédiatement aux cris de cette dernière et chacune s’éclipse rapidement pour ranger le linge, balayer le sol, apporter du bois pour le feu… Chaque fois que nous venons passer un moment avec elles, nous assistons à la même scène. Leur maman arrive tout d’un coup, le visage fermé et plein de colère, et les rappelle à l’ordre à grand renfort de cris et de claques. Malgré tout cela, cette maman est, elle aussi, très touchante. Je crois que quand elle crie, ce sont toutes ses souffrances et sa solitude qui jaillissent comme si elle ne pouvait plus les contenir. Dans ses yeux, les mêmes grands yeux bleus que ceux de ses filles, se lit une immense tristesse. Au fond, je suis sûre qu’elle les aime, mais elle ne sait tout simplement pas comment le leur dire ou le leur monter. Peut-être que personne ne lui a jamais appris comment faire…

Un après-midi, alors que nous étions venues pour l’anniversaire d’Ela et que nous jouions dans la maison avec les filles, elle est entrée, comme à son habitude, furieuse. Puis… surprise ! Elle est venue s’asseoir à côté de nous pour discuter. Telle une petite fille timide, elle nous a posé quelques questions avant de nous proposer un sac de pommes : « Elles sont très bonnes vous verrez ! Prenez-les, j’en ai trop, elles vont se perdre ! » Profitant de l’occasion, nous lui demandons si elle accepterait que ses filles viennent chez nous pour cuisiner quelque chose avec ces pommes. Elle accepte et, le samedi suivant, nous passons l’après-midi à cuisiner avec Diana, Andra, Ela et Alexia. Je me rends vite compte que ce qui les intéresse, ce n’est pas tant ce que nous allons cuisiner mais plutôt le fait de passer un moment spécial avec nous. Elles parlent toutes en même temps, nous racontent leur journée, Ela prépare de petits gâteaux avec Nina, Alexia voudrait jouer avec tous les jeux en même temps… Notre cuisine résonne de rires et je suis heureuse pour ces petites filles qui semblent souvent bien trop sérieuses pour leur âge. Quelle joie de partager ce moment tout simple avec elles. C’est peut- être ça, être une grande sœur !

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Hermine P. Volontaire en mission en Roumanie