Elisabeta : de mon humeur de chien le matin à la joie dès potron‐minet

Devenir amie n’est pas une petite affaire, mais une belle aventure qui se transmet. Philippine nous le décrit de Roumanie.

Elisabeta et Nina à Deva

C’est une femme d’une trentaine d’années qui est une grande amie du Point‐Cœur depuis, maintenant, dix ans environ. Comment vous la décrire ? Pour beaucoup, elle pourrait être décrite comme une femme avec un déficit intellectuel et des troubles psychiatriques. Pour moi, c’est avant tout une démarche de bonhomme, un blouson trop large pour elle et un bonnet sous lequel se dessinent des traits tsiganes, des grands yeux verts et un petit sourire en coin qui lui va bien. C’est une de mes pépites de mission. Cependant, mon amour pour elle au départ n’était pas transcendant : pourquoi fallait‐il qu’elle arrive toujours au mauvais moment ? Quand je dis mauvais moment, je parle, bien‐sûr, de tout ce qui se passe autour de moi avant mon réveil effectif de 10‐11h et mes quatre ou cinq litres de thé noir dans le sang… La grille grince, la porte claque, sa voix tonitruante résonne et vient m’assaillir de questions. Combien de fois me suis‐je sentie agressée par sa venue impromptue, me suis‐je demandée comment faisaient les filles pour l’accueillir avec tant de joie et de gentillesse ? Les semaines sont passées, j’ai commencé à m’habituer à sa présence et à ses venues inopinées.
Et puis, il y a eu ce soir‐là, où elle nous a invitées chez elle pour un dîner karaoké. Nous avions préparé quelque chose de très simple à partager avec elle. Peu à peu, à sa demande (plus ordre que demande d’ailleurs) et, à tour de rôle, nos voix si mélodieuses (!) ont résonné entre ses quatre murs. Elle aussi s’est prise au jeu de bon cœur, de si bon cœur que ses chansons sont restées dans nos têtes pendant un bon bout de temps. La soirée s’est clôturée ainsi et, me direz‐vous, cette soirée n’avait rien de foufou. Je suis pourtant repartie de chez elle avec une joie immense : comme si notre amitié enfin débutait. Depuis ce fameux soir, notre complicité grandit de jour en jour et je l’accueille maintenant (même le matin) à coup de petites blaguounettes, de sourires taquins et de regards malicieux. Car c’est désormais une de mes amis d’ici.

 

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Philippine G Volontaire en mission à Deva