Elena

Benjamin est en mission depuis déjà un an au Point-Cœur d’Equateur. Il nous présente Elena, l’une de ces amis, qui « changent un peu plus chaque jour, sa vie. »

Elena c’est une petite fille de dix ans, qui vit derrière notre maison. C’est elle qui vient le plus ici, elle toque chaque matin à la porte, appelle, un par un, chaque membre de la communauté et, arrivant à la porte, la saluant, elle répond : « Dame agua !! » (Donne-moi de l’eau). Je crois que, depuis que je suis ici, elle ne m’a pas encore dit bonjour. Je lui donne de l’eau, elle m’en demande encore et chaque jour, c’est comme ça ! La conversation n’est jamais très longue, elle ne parle pas beaucoup. Elle est timide et très blagueuse. La plupart du temps, elle me jette l’eau dessus.

Je me suis beaucoup demandé ce qu’elle attendait de moi, c’était difficile d’entrer en contact avec elle. Pourtant, j’ai compris qu’elle ne demandait pas seulement de l’eau, elle demandait chaque fois un peu de mon temps. Tant de fois j’étais si occupé pour bien des choses, elle toquait et je venais lui dire que je n’avais pas le temps. Elle restait de longs moments à m’appeler, à crier, à me demander encore plus d’eau, je perdais encore plus de temps. Puis, un jour, tout aussi occupé, je me suis assis avec elle seulement quelques petites minutes, conversant, m’intéressant à elle, puis je lui ai expliqué que je devais y aller et elle a compris et s’en est allée contente.

Catherine de Hueck dit que la chose plus précieuse qui nous est donnée, c’est notre temps. Ça m’a servi de leçon. Alors, chaque jour, j’essaie d’entrer dans sa coquille, une très grande coquille, mais qui cache quelque chose de très beau ! Elle souffre beaucoup, elle est très souvent renfermée sur elle-même… C’est compréhensible… Elle passe la plupart de son temps dans la rue, la situation dans sa famille est très dure. Elle a la charge de son neveu d’un an et, parfois, de sa nièce encore plus petite. C’est une chose que j’ai eu beaucoup de mal à accepter, puis j’ai compris que je ne pourrai pas changer sa réalité. Ce que je peux en revanche c’est lui apprendre à se respecter elle-même et les autres, lui rappeler qu’elle est digne. Quand elle souffre et qu’elle se renferme, trouver tous les moyens possibles pour lui changer les idées, la faire sourire. Quand elle s’énerve, trouver la patience, la compassion pour lui parler avec amour. J’ai tant de fois échoué, alors je lui prie de me pardonner. Quand elle pleure, m’assoir à côté d’elle, l’écouter, la réconforter, pleurer avec elle. Quand elle sourit, alors toute ma mission, ma vie prend sens parce que, dans ses yeux, il y a de la souffrance, de l’espoir, de l’amour. Je la confie de tout mon cœur, elle et sa famille, à vos pensées, ils en ont extrêmement besoin.

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Benjamin D. Volontaire en mission en Equateur