Donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida

La mission est finie et Arnault revient de Procida, en Italie. Rencontres et moments forts du départ…

Le moment du départ et de saluer mes amis pour la dernière fois fut un moment difficile, mais aussi, plein de grâces.

Je dois vous parler de Christian, que j’ai rencontré à une séance de catéchisme où je faisais un petit témoignage sur Points‐Cœur. Ce jour-­là, il m’a abreuvé de questions, je l’ai suivi chez lui, il m’a présenté à sa famille. Dès lors, il m’a écrit des lettres, fait des dessins, commencé à apprendre le français. Il sautait dans mes bras, dès que je le croisais, il m’a même dit que j’étais trop fort au foot, quand on raconte que l’amour rend aveugle… Adele, sa maman, me confie à demi-­mot qu’à la minute où il m’a vu, il m’a pris comme modèle parce qu’à la maison son père boit et s’énerve beaucoup. Emue, elle me dit qu’il retrouve une espérance. Je perçois que ce que voit Christian chez moi me dépasse totalement, à la mesure de l’amour qu’il me donne, qu’il déverse en mon cœur, comme cela, gratuitement, inconditionnellement. Au moment de se dire « au revoir », je lui dis que l’on s’appellera, que l’on s’écrira, que l’on se reverra. Je lui demande de prier pour moi et lui dis que j’en ferai autant mais, les larmes aux yeux, il saute à mon cou et je le sers fort dans mes bras, peu de mots, un grand silence. Nous nous séparons le regard triste, je ne verrai plus Christian, mon ami qui a huit ans et, jamais, ô grand jamais, je ne l’aurai imaginé, mais cela me crève le cœur. J’emporterai son amour avec moi et prierai pour lui chaque jour.

Les derniers mots échangés soulignent l’absurdité et toute la beauté de la mission car, en effet, il est absurde de quitter sa vie pour épouser un peuple et, finalement, quelques mois plus tard, retourner à sa vie précédente. Mais, la grande beauté de notre vie, ici, repose aussi en cela : dans la gratuité de la démarche et dans le fait de participer à une œuvre qui nous dépasse totalement. Lorsque je suis venu prendre un ultime café chez Loredana, elle a pris pour image Michelangelo qui expliquait que ce n’est pas lui qui faisait la statue, mais que celle-­ci était présente dans la pierre et qu’il ne faisait que la mettre au jour. Je crois que c’est exactement cela la mission que j’ai vécue à Procida, l’œuvre à laquelle j’ai participé. En cherchant à aimer nos amis jusque dans leur quotidien le plus ordinaire. Il me semble avoir taillé la pierre pour laisser la statue émerger dans le moindre de ses reliefs. Ici, j’ai appris qu’aimer c’est aider l’autre à prendre conscience du chef d’œuvre qu’il cache. Un chef d’œuvre unique qui est celui du Père.

« Bon voyage mon ami ». Au moment de partir, Enzo me dit cette phrase en français dans le texte. Il est plutôt du genre réservé, dans ces mots tout est dit. Il me remercie d’être venu, d’être entré dans sa vie, de l’avoir aidé pendant quelques temps à porter sa croix et me souhaite le meilleur pour la suite. Le voyage de retour ne fait que commencer mais, quand l’heure du départ a sonné, une sensation d’arrachement s’est emparée de moi et je crois laisser un bout de moi-­même là-­bas. Cependant je sens que je rentre en paix avec tous mes amis au cœur et leurs visages qui continueront à m’illuminer. Le sentiment qui m’anime est celui d’une grande liberté. Libre, car la mission à laquelle j’ai participé est bien plus grande que moi, car ce regard nouveau que j’ai découvert, je pourrai le porter sur le monde que je retrouve. Car il ne tient qu’à moi de donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida. Il me semble désormais que cette liberté est le trésor que je suis venu chercher, celui qui me fera vivre selon la phrase de saint Augustin : « Aime, et fais ce que tu veux ».

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Arnault S. Volontaire au Point-Cœur