Dimitrio « Prie pour moi. »

Yann et les enfants, en visite dans la quartier de La Ensenada

Face à la vie et puis la mort… Yann du Point-Cœur de Lima face à la mort, la souffrance, la prière, la paix…

« Hola Yann ! Tu vas où ? A la messe non ? » C’est Dimitrio.
Il est quasi 7h du matin et, en effet, je vais à la messe. Je suis en retard et je trottine donc seul dans la rue en espérant rattraper ma communauté ayant abandonné tout espoir de m’attendre. C’est sans surprise que je rencontre Dimitrio qui, chaque matin, nous voit passer devant sa maison pour aller à la messe. Il nous salue chaleureusement et, à notre retour, nous entamons les conversations : « Oui ! Comme toujours ! Comment ça va ? — Bien, bien, prie pour moi, oui ? — Euh oui bien-­‐sûr ! Pour toi et ta famille ! Oui ? — Ya ya ! » Il me tapote l’épaule et je continue ma route emportant un sourire avec moi. Dimitrio, c’est un homme de soixante-­dix-­neuf ans, une personne aimée du quartier car très gentille et aimable. Je me demande quels soucis il doit avoir pour me demander de prier pour lui si directement. La journée passe, la nuit s’installe. Je raccompagne Gladys, une personne âgée qui a besoin d’aide pour porter tout un tas de trucs jusqu’à la petite baraque qu’est sa maison. En passant dans la rue de Dimitrio, il y a de l’agitation, un attroupement, et, en se rapprochant, des pleurs. Un infarctus. C’est la réponse qu’on nous donne quand Gladys demande la raison de cette agitation. Dimitrio a eu un infarctus et est inconscient. Gladys le connaissait, ses yeux s’humidifient et commencent à briller dans la nuit. Les ambulances sont bloquées dans le trafic. Ils vont essayer d’y aller par leurs propres moyens. Après un moment à poser des questions, Gladys veux partir. Sur le chemin, elle annonce la triste nouvelle au voisinage avec un pessimisme ou un réalisme qui me surprennent. Il est déjà mort pour elle. J’essaie de donner un peu d’espoir à notre vielle amie qui s’efforce de me sourire et je me rends chez notre ami, inconscient. Mes pensées rythment ma marche qui s’accélère. Que penser ? Mort, vivant. Ça paraît irréaliste pour cette personne qui fait systématiquement partie de notre quotidien. L’attroupement s’est intensifié autour d’une voiture, devant la maison du souffrant. Les voisins alarmés sont tous là. De la voiture, on sort la silhouette d’un corps enroulé dans un drap blanc, et on l’emmène dans la maison. Les urgences ne venant pas, ils ont essayé d’amener le mourant vers l’hôpital par leurs propres moyens. Dimitrio est mort sur le trajet. A l’arrière de la voiture, il y a un jeune qui pleure, le fils. Ce fils paraît d’habitude comme un homme mais, là, c’est un enfant. L’armure a craqué de part en part, et a cédé place à une lame qui vient de trancher sec, le lien qui l’unissait à son père, et qui l’avait construit tout au long de son existence, depuis sa naissance. Je voudrais lui laisser de l’intimité mais je ne peux me résoudre à détourner le regard. Je me sens si près de lui, je ne peux rien voir d’autre, il y a lui, sa peine et moi. Mon cœur s’alourdit pas seulement pour Dimitrio, mais pour cette personne qui souffre tant de sa mort. Mon regard se porte sur les autres, il y a ceux qui pleurent et ceux qui regardent les autres pleurer.
Tout ça s’est passé la veille. Aujourd’hui je suis face à Dimitrio, enfin de son corps. Il y a des fleurs, des amis, les voisins, la famille et Dimitrio dans un cercueil. Et puis, il y a nous, Agustina et moi, Points-­Cœur. Compassion et consolation. Je regarde Dimitrio et je me remémore les dernières paroles qu’il m’avait adressé : « Prie pour moi. » Oui, mon frère, je vais prier pour toi, le repos de ton âme et pour ta famille. Et nous commençons le chapelet ensemble, debout, nous parlons au ciel pour Dimitrio. La paix s’installe en moi et je sens qu’une nouvelle étoile veille au-­dessus de nos têtes. Je crois même que je souris. La Pâque est proche, elle vient, et avec elle la Rédemption et la promesse de la vie éternelle. La paix s’installe.

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Yann L. Volontaire au Point-Cœur de la Ensenada