Deux amies au Ciel : Claudia et Mirella

« Pouvoir se reposer sur la cœur d’un autre », est l’expérience forte qu’a fait Charlotte, au Point-Cœur de Barrios Altos alors que deux amies chères partent rejoindre le Père…

Mirella

Nous avons vécu deux départs particulièrement éprouvants. Claudia, une jeune maman de vingt-­six ans, est partie en une semaine au Ciel, suite à une brûlure au troisième degré qui s’est compliquée à l’hôpital. Nous avons cherché à la visiter mais, malgré la demande de Claudia de nous voir, l’unité de soin ne laissait entrer qu’une personne à la fois et son compagnon était présent en permanence. Grande amie du Point-Cœur depuis longtemps, abandonnée par ses parents, elle vivait avec son fils, José Antonio, et sa tante, Berta. Berta a beaucoup de tendresse pour José Antonio, elle s’en est toujours occupée du mieux qu’elle pouvait, malgré ses nombreux soucis de santé. Mais aujourd’hui, elle se sent bien seule. Presque chaque jour, elle nous appelle ou vient chez nous. Un lundi, nous sommes en réunion pour préparer la semaine et le camp des filles. Je suis particulièrement fatiguée alors, quand j’entends frapper à la porte, je me lève de mauvaise humeur avec l’envie de dire : « Je ne suis pas là ». La porte s’ouvre, je vois Berta et je soupire… Ne peut-­elle pas nous laisser un peu ? Nous avons tant de choses à organiser ! Mais Berta me dit : « Hola hermanita, je viens juste demander si je peux prendre une tisane chez vous ? » José Antonio est à côté d’elle. J’ouvre grand la porte. Rapidement, nous décidons de terminer la réunion l’après-­midi et nous venons entourer Berta. François joue avec José Antonio. Berta nous parle de Claudia, nous confie sa peine, son angoisse face à l’avenir, sa solitude. Au bout d’une heure, avec un petit sourire en coin, elle nous dit : « Bon, il faut que j’y aille, je passais rapidement, j’allais au marché en fait ! » Elle fait mine de se lever mais, finalement, continue de nous parler. Je comprends à quel point pour elle notre amitié est importante. Elle vient pour bien plus qu’une tisane. Elle a tant besoin de voir que nous sommes avec elle dans ce moment si difficile.

Après Claudia, c’est Mireilla qui a rejoint le Ciel à vingt-­neuf ans. Souffrant d’obésité depuis des années, elle ne pouvait plus se déplacer. Les volontaires venaient donc chez elle pour passer un bon moment avec les jeux qu’elle aimait. Un jour, elle a dû aller à l’hôpital, suite à une infection. Celle-­ci s’est généralisée à cause du mauvais suivi des médecins. Je n’ai visité que trois fois Mireilla, mais elle m’a beaucoup touchée par sa vie toute simple et son courage, sa capacité à faire des blagues, même à l’hôpital. Pendant ma dernière visite, avec Karla et Andrzej, nous l’avons vue souffrir terriblement. Selon les médecins, il n’y avait plus rien à faire. J’étais simplement là, lui tenant la main, caressant son front, mais, intérieurement, je bouillonnais. Comment ne pas se révolter contre ces médecins, contre les conditions de suivi de cet hôpital, contre cette mort si rapide ? Nous ne comprenons pas. Nous sommes impuissants. Face à ce mystère, plus que jamais, comme Marie au pied de la Croix, il nous faut rester au plus près de nos amis qui souffrent. C’est encore et toujours la présence qu’il nous est demandé de vivre. Présence auprès de la famille, présence autour du corps de Mireilla, pour prier le chapelet à leur demande, présence auprès de sa grand-­mère, si fragile, que ce départ a profondément affectée. Une présence toujours plus intense, profonde, attentive. C’est dans ce silence, cette douleur partagée, ces gestes et regards, ces paroles si simples, que le cœur peut se reposer sur le cœur d’un autre. Je vous les confie toutes les deux, Claudia et Mireilla, ainsi que leurs familles.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Charlotte C. Volontaire au Point-Coeur de Barrios Altos, Lima