Dernière Ode à la joie de Iakobos

Quand au fond de sa solitude, cet ami retrouve le sourire grâce à la musique mais surtout à la présence du Point-Cœur… Rencontre de Iakobos, ami du Point-Cœur d’Athènes.

Iakobos et Niketta

Dans une précédente lettre, je vous parlais de Niketta, une amie qui venait de décéder et que nous avions accompagné dans ses derniers jours. Son mari Iakobos est resté seul, très seul après sa mort. En l’espace d’une année, il a perdu son fils d’une attaque cardiaque, sa sœur, puis sa femme, l’amour de sa vie. Malheureusement, nous ne pouvions plus lui rendre visite car sa fille préférait ne pas le déranger et pensait qu’il serait trop perturbé à l’idée de nous accueillir. Nous avons bien sûr respecté cette décision non sans un énorme pincement au cœur. Le 31 décembre, il y a une tradition toujours perpétrée ici : les enfants passent de portes en portes pour chanter des chants de Noël. En retour, ils reçoivent quelques friandises ou un peu d’argent. Cherchant de quoi financer un prochain voyage, nous nous sommes aussi lancées cette année : j’ai revêtu les apparats du vieux bonhomme rouge, et avec Maria Thérésa, notre adolescente espiègle et toujours fidèle, nous avons sillonné les rues de notre quartier, son triangle à la main. Après plusieurs heures passées à danser et à chanter, nous sonnons à la porte de Iakobos. Je savais que sa fille, habitant à l’étranger, était de passage à Athènes. Souhaitant la saluer, nous tentons notre chance. C’est son mari qui nous ouvre, mais ne me reconnaît pas du tout. J’enlève mon bonnet et il laisse exploser sa joie : « Descendons tout de suite au 3ème voir Elektra et Iakobos, quelle bonne surprise ! » Elektra nous ouvre à son tour, étonnée et très heureuse, et nous emmène tout de suite devant son père. Alors nous commençons à chanter et à danser. Iakobos, toujours avachi sur sa chaise, semble sortir de sa dépression pour un court moment : il mîme avec ses mains le bâton du chef d’orchestre. Sa fille, derrière lui, ne peut contenir ses larmes : après des mois et des mois de tristesse, un sourire illumine le cœur de cet homme, et c’est pour tous une grande consolation. Il y a quelques jours, nous lui avons rendu visite à nouveau. Je prends avec moi un CD de la 9ème symphonie de Beethoven, connaissant son goût pour le classique. En arrivant, la personne qui prend soin de lui nous accueille et nous introduit à Iakobos. Très vite, nous écoutons ensemble la musique qu’il commentera à quelques reprises. L’une ou l’autre fois, il semble s’endormir mais se reprend après, en nous disant qu’il écoute mieux les yeux fermés. Une heure est passée ainsi, très simplement. Le sentant fatigué, nous nous éclipsons. Mais juste avant, il nous sert la main en nous disant : « Revenez me voir ». Une douce joie me pénètre, et je suis déjà à la recherche d’un compositeur qu’il pourrait apprécier pour la prochaine fois.

 

PS : Au soir de cette visite, Iakobos est retourné auprès du Père et de son épouse…

 

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Anaïs G. En mission à Athènes