Danny et Clara

Mara et Clara en train de cuisiner – Guayaquil

Dans le quartier du Point-Cœur de Guayaquil, la rencontre avec Danny et sa fille Clara qui veut sortir de la drogue et de la rue, est une provocation de foi.

Un après-­midi, les enfants étaient partis plus tôt et je prends le temps de balayer devant notre porte. Tout à coup, je suis interrompue par un spectacle inattendu !! Une jeune femme, tenue par les mains et par les pieds est emmenée je ne sais où et elle se démène à corps et à cris… Je suis toute seule à la maison et je ne sais pas trop si je dois m’en mêler ou pas. Je demande à une personne qui accompagne et que je connais : « Avez-­‐vous besoin d’aide ? » Je me disais que, certainement, elle allait me répondre que non, étant donné qu’ils sont déjà assez nombreux. Mais elle me répond « oui » sans hésiter. Surprise, je le reçois vraiment comme un appel du Saint Esprit et je me joins à ce cortège un peu spécial. Sur le chemin, je suis présentée au papa de la jeune fille, qui m’explique qu’il veut récupérer sa fille qui se drogue. Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’il la cherche et il veut la ramener chez elle, pour la faire revenir à la raison. Je ne sais pas trop où cette histoire me mène, mais je suis la petite troupe jusqu’à chez eux, à quelques centaines de mètres de chez nous. Le papa, Danny, essaie de m’expliquer un peu la situation, sa vie de veuf avec son unique fille qui se drogue, son impuissance face à cela, sa tristesse. De son côté, Carla continue de hurler qu’elle veut rester dans la rue et ne veut vivre avec son père. Les insultes continuent à fuser et la confusion monte. Je demande à rester un moment seule avec Carla, que j’essaie de calmer. Après les insultes, coups de pieds et de poings, elle finit par se réfugier dans mes bras et devient tel un petit bébé qui pleure son besoin de tendresse. Je crois que j’aurais pu rester des heures sans qu’elle ne bouge. Mon cœur est prêt à exploser, de toute cette souffrance ! Elle me demande d’aller dormir chez nous, ou de rester dormir avec elle. Lui, me supplie de l’aider à trouver une solution. Je ne promets pas de solution mais, après avoir ramené un peu le calme, je promets de revenir le lendemain et de chercher un lieu pour qu’elle se désintoxique en dehors de chez elle. Le lendemain, puis le surlendemain, nous allons les voir. Carla, peu à peu s’apaise. Il est beau de la voir reprendre le goût de vivre quand nous lui proposons de cuisiner avec nous : le poulet frit préparé par nos deux cuisinières est partagé par tous avec une grande joie. Mais la question reste : Carla veut bien tenter de sortir de la drogue, mais ne veut pas rester chez elle. Finalement, après avoir cherché de notre côté, c’est Danny lui-­même qui me parle d’un lieu dont il a entendu parler mais dont il ne sait pas grand-­chose. Je lui propose qu’on aille avec lui voir ce lieu. Je suis particulièrement touchée par l’attitude de Danny, si humble et plein de confiance envers nous. Dès le premier jour, il s’avoue totalement imparfait, comme père, confesse ses défauts et ses erreurs. Et, plusieurs fois en quelques jours, il nous demande humblement ce que nous en pensons avant de prendre une décision pour sa fille. Ce jour-­là, alors que nous allons voir cet internat de réhabilitation, il est rassuré que nous soyons avec lui, afin de pouvoir juger avec lui, si c’est un bon lieu ou pas. Carla aussi est avec nous. Après quelques détours dans un quartier de banlieue que nous ne connaissons pas, nous arrivons enfin sur place et y rencontrons quelques personnes. Le lieu semble correct, propre et bien tenu même si, à vrai dire, ce genre de lieux ne donne jamais envie. C’est un genre de mini-­prison, ou l’on s’enferme volontairement, avec un régime strict, l’impossibilité de voir sa famille pendant plusieurs mois, avec tout de même l’espérance de sortir désintoxiqué et avec un plus grand désir de vivre ! Carla semble ravie d’avoir la proposition concrète d’un lieu qui ne soit pas sa maison et elle semble toute prête à entrer le jour-­même ! Danny, lui, n’a pas du tout prévu de laisser sa fille et est pris de court ! Mais ce qui lui fait le plus peur, c’est de ne pouvoir s’acquitter de la mensualité, finalement rabaissée à cent-­cinquante dollars. Il travaille dans la construction, au jour le jour, et ne sait jamais s’il aura du travail le lendemain ! De plus, il avait, à un moment, quelques économies, mais a décidé d’arrêter de travailler environ un mois pour veiller sur sa fille, afin qu’elle n’aille vivre dans la rue, jusqu’à ce que les économies arrivèrent à leur fin. Aujourd’hui, il a, en tout et pour tout, trente dollars. Il est prêt à les donner, mais comment trouvera-­t-­il le reste ? D’un autre côté, nous savons tous que Carla accepte aujourd’hui de rentrer dans ce lieu, mais personne ne peut dire si demain ou après-­demain elle acceptera, ou si entre temps, elle s’échappera, répondant à l’appel de la rue et de la drogue ! Nous invitons Danny à faire un pas dans la foi, et lui assurons de nos prières. J’admire, à ce moment, la décision qu’il prend de sauter à l’eau, par amour pour sa fille. Il s’engage à travailler autant qu’il le pourra pour payer cette somme considérable pour lui, sachant que le travail n’est jamais sûr, surtout en ces temps de crise économique que nous traversons. Appuyé sur notre foi, il confie en Dieu et par amour, dit au revoir à sa fille, la larme à l’œil. Dans le bus, il a le cœur gros, laissant ce qu’il a de plus cher au monde dans les mains d’autres. Son amour ne pourra plus se manifester par des mots ou des gestes, mais par son travail afin que sa fille puisse rester le temps nécessaire dans ce lieu. Justement, nous avons besoin d’un travail de maçonnerie et l’embauchons pour quelques jours. Cela ne fait pas même la moitié de ce dont il a besoin, mais cela aide un peu et l’encourage pour la suite. Et après à peine deux jours, il vient nous dire, en sautant de joie : « Ça y est !!! » Deux autres petits travaux lui ont été confiés et il sait qu’il va pouvoir payer le premier mois à temps. Un sourire illumine son visage. Il vient d’avoir la preuve qu’il n’est pas seul dans cette aventure ! La Providence se manifeste : le Seigneur est avec lui et nous aussi !! Aujourd’hui, Carla est retournée chez elle, après plusieurs mois de réhabilitation, mais continue de lutter avec l’appel de la rue. Je vous demande de prier pour elle.

 

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Laetitia P. En mission enEquateur