« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

 Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P. Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok