Christina, extravagance et fidélité !

Dans ces rencontres qui nous bouleversent, celle avec Christina ne manque pas de provoquer les cœurs des volontaires du Point-Cœur d’Athènes, Agnès en fait partie.

Roki et Christina au Point-Cœur d’Athènes

C’est dans l’église nommée Sainte Trinité que nous avons rencontré Christina. Une sacrée femme ! Ma première impression d’elle était très forte, comme pour chacun d’entre nous. Il faut dire qu’on ne peut que la remarquer et ensuite impossible de l’oublier. Notre rencontre s’est faite chez elle et elle m’a directement prise dans ses bras en me disant dans un bon français et de sa voix forte : « Bienvenue chez toi ma fille ! »
Christina est une femme d’une cinquantaine d’années si je ne me trompe pas, mi-­bolivienne mi-­tunisienne mais ayant été adoptée par un couple de Grecs. Elle a un fils d’à peu près mon âge pour qui elle est prête à donner tout ce qu’elle a. Elle m’impressionne beaucoup par sa force de caractère, sa bonté, sa folie incontrôlable et tout l’amour qu’elle a à donner malgré toutes ses épreuves et le peu qu’on lui rende. Je ne sais comment vous l’introduire, elle est un tel arc-­en-­ciel, mais je voulais tellement rendre hommage à notre amitié. Elle n’a parfois même pas de quoi payer l’électricité chez elle et parfois elle ne souhaite pas nous accueillir par honte mais elle aime à s’imaginer avec moi comme deux princesses en plein milieu du Sahara et nous voilà à rire pendant une heure. Mais si elle a ne serait-­ce qu’une vingtaine d’euros, elle aime nous inviter pour nous offrir le plus somptueux repas qu’elle puisse nous préparer. Mais cela fait bien longtemps maintenant que nous n’avons plus reçu une invitation même pour un café… Elle essaie, depuis plus d’un an maintenant, de trouver de l’argent pour financer le diplôme de pilote de son fils, ce qui représente une somme énorme. Il est à la fois très beau et très douloureux de la voir se débattre ainsi pour l’avenir de son enfant, donner jusqu’à la dernière miette de ressource qu’elle ait pour qu’il ait un futur meilleur que le sien. Elle visite régulièrement la même maison de retraite que nous et veut que nous puissions y instaurer, une fois par mois, la prière du chapelet avec tous les pensionnaires intéressés. Elle a aussi mis en place, dans sa paroisse, un moment pour boire un café tous ensemble après la messe dominicale mais malheureusement, de par son caractère très extravagant, elle fait l’objet de mauvais commérages et ne s’occupe désormais plus de cette activité qui lui tenait tellement à cœur. Malgré tout, elle continue d’être fidèle à cette église, à aimer ses paroissiens et à donner une nouvelle vie aux personnes endormies dans leur foi. Elle évangélise partout où elle passe, comme une lumière sur nos routes pour nous guider vers Dieu. Je me rappelle une fois où nous avions organisé une soirée d’adoration chez nous avec nos amis et elle était venue chez nous avec son amie Hélène. C’était la première fois qu’elle participait à une adoration car les gréco-­catholiques n’ont pas d’adoration. Je lui avais un peu expliqué de quoi il s’agissait au téléphone et elle s’était exclamée : « Vous pouvez vraiment faire ca ? Mais c’est extraordinaire ! Vous avez Jésus chez vous ! Je n’avais pas compris que c’était ça dans la boîte de la chapelle ! » Elle est donc arrivée avec sa discrétion légendaire et son amie tout aussi discrète et les voilà qui rentrent en même temps que moi dans la chapelle où sont déjà cinq ou six amis en prière. Et c’est le plus naturellement du monde qu’elles commencent à commenter très haut ce qu’elles voient, se demandant pourquoi on enferme Jésus dans une boîte d’où il ne peut sortir, combien de temps ça va durer, riant car elles glissaient sur les petits bancs en bois pour s’agenouiller et tombaient à moitié, et se demandant quelle prière faire devant le Saint Sacrement alors que je lui avais expliqué très clairement le but de cette prière tandis que nos autres amis commençaient à s’impatienter de toute cette agitation. Quant à moi, j’étais partagée entre le rire, l’agacement, l’attendrissement, et l’émerveillement devant la beauté de ces deux femmes pleines de foi mais aussi d’incrédulité, comme des enfants. Car elles ne savaient pas comment faire mais elles voulaient faire au mieux pour Dieu et ça m’a permis de voir ma prière d’une autre façon.

 

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Agnès B. En mission en Grèce