Cette lumière éclatante dans son regard

Marie est arrivée depuis deux mois au Point-Cœur de la Ensenada, au Pérou Dans sa première lettre, elle partage ses premières impressions, ce qui la marque à son arrivée…  

Marie et Patrick, un enfant du quartier de la Ensenada

Ce qui m’a marquée à mon arrivée, c’est d’abord l’accueil que m’ont réservé les amis du quartier. Imagine, tu débarques dans un endroit dont tu ne connais rien et où tout est nouveau pour toi. Tu ne connais personne et, pourtant, tout le monde t’aime déjà et te reçoit comme un ami de longue date. Alors, forcément, au bout de deux jours tu te sens chez toi et, déjà, tu aimes ce peuple et ce pays. Il faut savoir que beaucoup de nos amis entretiennent une amitié depuis de nombreuses années avec le Point-Cœur et les différents volontaires qui se succèdent. Il n’est pas rare, quand je rencontre quelqu’un dans le quartier, qu’il me dise : « Ah tu es de Points-Cœur ! J’allais jouer là-bas quand j’étais petit ! » Et les grand-mères qui te racontent des histoires sur les volontaires d’il y a vingt-cinq ans… Je me suis vite rendue compte que, pour beaucoup, l’association a une grande importance. Quand la personne, que tu vas visiter avec les autres volontaires, en nous voyant arriver, s’illumine et nous dit : « Vous voilà ! J’ai cru que vous m’aviez oubliée ! » Quand tes amis t’accueillent comme un roi et t’offrent un café ou des fruits, alors qu’ils doivent se priver pour nourrir leurs enfants. Et toi tu te demandes ce que tu as bien pu faire pour mériter cela. Et tu apprends à recevoir gratuitement.

Toute la journée, c’est un défilé à la maison. Des écoliers sur le chemin du collège, le voisin dès qu’il n’est pas au travail, un ami passant par là en profite pour dire bonjour, un enfant que sa maman nous a confié pour la matinée… Beaucoup viennent simplement nous demander de l’eau, je les soupçonne cependant d’avoir également soif d’autre chose ! Et quand celui-là frappe à ta porte parce qu’il cherche un foyer accueillant, tu es honoré de sa visite. Car il t’accorde toute sa confiance en espérant être reçu dans ta maison. Or, après un bon repas et peut-être de grands éclats de rire, voici que surgit cette lumière éclatante dans son regard. Et il plonge ses yeux dans les tiens avec cet air profond qui veut dire : « Merci d´être mon ami ». Et toi tu ne comprends plus rien. Tu ne peux détacher ton regard de la flamme que tu as ravivée dans ses yeux, qui te réchauffe le cœur et qui te désaltère, qui à la fois t’élève, et pourtant te dépasse. Et tu en avais besoin comme de nourriture. Enfin t’apparaît ce visage qui naît des choses et par lequel elles prennent sens. C’est cette étincelle dans les yeux de ton ami qui t’éclaire le chemin à présent. Et toi tu es comblé et tu essayes de capturer cette lumière. Et quand il s’en va, il ne te reste plus que le souvenir de sa beauté. Mais ce souvenir te suffit pour que, dorénavant, plus rien ne t’apparaisse vain. C’est lui qui t’a donné à boire. Et toi, tu n’as rien à lui donner.

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Marie D. Volontaire au Pérou