Ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait

Dans ce quartier de Lima, Barrios Altos, Alfredo est un exemple, un pauvre dans le cœur de Dieu !

Alfredo et Sabine

Dans notre quartier de Lima, nos rues sont en travaux. C’est une bonne idée, mais pas très pratique pour les fauteuils roulants ! Alfredo, ami du Point-­Cœur depuis des années, ne peut pas sortir de chez lui, sauf avec l’aide de gros bras qui les portent, son fauteuil et lui. Nous voulions l’inviter un dimanche à déjeuner, mais n’ayant ni les gros bras, ni le sol adéquat pour un voyage aussi délicat, nous lui avons proposé de lui apporter le repas, remplaçant pour un moment la personne qui le lui prépare tous les jours. Inès a cuisiné une soupe au poulet et aux légumes, ce qui n’est pas tout à fait un plat de dimanche, mais parfait pour le régime de notre ami ! Alfredo vit dans une toute petite chambre, avec un lit contre lequel s’appuient une commode et un téléviseur, il y a trois chaises sur le côté, une petite table dans le coin, puis au fond, derrière un rideau, un cabinet exigu avec la douche. Accrochés au mur, une photo de sa mère et un poster de la Vierge de Guadalupe. Dans le tiroir de la commode, les photos de plusieurs volontaires de Points-­Cœur. Ce jour-­là, j’arrive en croyant que c’est nous qui lui apportons de la joie, de la consolation. Et de fait, il est très heureux de la soupe et de notre présence ! Mais en fait, c’est lui qui nous donne une leçon de vie. Alfredo sort un papier : des membres de la municipalité lui ont rendu visite dans le cadre de la « Classification socio-­économique » des habitants de Barrios Altos. Y figurent ses coordonnées, son régime de santé, ses revenus, les aides auxquels il a droit, puis, en bas, la mention : « Catégorie socio-­économique : pauvre ». A Barrios Altos, ils sont assez directs ! Alfredo n’est pas du tout peiné, mais constate simplement : « Ils disent que je suis pauvre. Mais ils ne savent pas comment je vis ! Regardez, on m’a offert ces chaises, et ce matelas est tout neuf, et ma télé, elle encombre un peu, mais bon, elle est bien utile ! J’ai un endroit pour mon hygiène, et les derniers examens de l’hôpital me disent que je n’ai rien ! » Aussi, il a des amis, du plus jeune au plus vieux, qui en passant devant sa porte ouverte toute la journée, le saluent, restent un moment à parler avec lui. Et ses amis de coeur, les volontaires qu’il a adoptés comme ses enfants : « Tous les jours, je prie d’abord pour Alma, puis pour Marta, puis pour Magdalena, puis pour Peter… » La liste n’en finit pas. Nous avons un ami qui pense à nous chaque jour. La vie ne l’épargne pas, mais il nous dit : « Certains pensent que Dieu les punit, mais ce n’est pas vrai, Dieu ne punit pas, c’est nous qui souvent nous punissons nous-­‐mêmes, parce que notre cœur se durcit ». Pour lui, ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait. Alfredo a tout à fait conscience que sa vie n’est pas parfaite, que lui-­même ne l’est pas. Mais il est terrifié à Alfredo pendant une visite l’idée de blesser quelqu’un, et quand lui viennent des idées noires, il demande de l’aide à Dieu à qui il parle tout le temps. Il lui donne son sourire, ses larmes, ses cris. Il sait qu’il n’est pas seul, qu’il a reçu des amis, et que sa mère et la Vierge Marie veillent sur lui. En juin nous avions laissé son adresse au prêtre de notre paroisse, et pour lui c’est un bonheur de recevoir ses visites, et les sacrements. Pour moi, il est comme un ermite dans ce quartier. A sa manière, depuis sa chambre si pauvre, il confie dans la prière chacun de nous et toute sa vie, sans cesse.

 

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Charlotte C. En mission à Lima