« Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi ! »

Alice, en mission au Point-Cœur d’Afragola à Naples, raconte comment l’amitié avec le Point-Cœur permet aux enfants du quartier de grandir et à leurs mamans de s’appuyer dessus pour élever leurs enfants.

Renato et Carlo« Quand Padre Raphaël me donne le pain de Jésus (parce que dans le pain, il y a le cœur de Jésus tu sais ?), pulisce tutte le immondizie che ho dentro di me! » (Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi), nous dit Francesco-Pio, d’un air à la fois théâtral et très sérieux.

Nous avons dessiné des illustrations pour les mystères du rosaire chez nous et, lorsque nos enfants viennent à l’heure du chapelet, ils essayent de deviner, au début de chaque dizaine, quelle scène de la vie de Jésus est représentée. Et leurs interprétations sont parfois très comiques ! C’est beau de les voir venir d’eux-mêmes, simplement pour égrainer les Ave Maria avec nous… On n’a rien à faire pour rendre la chose attrayante, c’est le Christ qui attire à Lui, à travers le pauvre instrument de notre amitié…

Un regard qui fait grandir : c’était ma conclusion quand je parlais de notre présence auprès de nos scugnizzi (enfants terribles), lors de témoignages que j’ai eu l’occasion de faire ce mois-ci. Nous avons présenté notre mission et les amis de notre quartier aux classes de deux écoles. C’était une riche expérience, assez rare pendant la mission, mais que je serais heureuse de renouveler après, en France ! Un regard qui fait grandir donc, qui aide ces graines de terribles à fare il bravo. Nous devons souvent les corriger, leur poser des limites, exiger qu’ils demandent pardon… Ça aussi, ça fait partie de notre amour, notre intérêt pour eux. Et il y a de beaux moments de grâce ! Il y a ceux qui sont le fruit de plusieurs années d’amitié, comme avec Luigi, qui vit une période pas facile, mais qui me laisse le raisonner (sur l’usage des écrans que sa mère ne limite en rien) parce que, derrière cela, il y a cette amitié profonde et fidèle. Et, il y a d’autres moments, guidés par la main de l’Esprit Saint… Par exemple, en allant pour la première fois visiter ce Francesco-Pio du soutien scolaire : il était tellement honoré qu’on monte dans son tout petit appartement, de nous présenter sa maman… qu’il est passé d’un silence intimidé à un tas de questions sur nous et sur Jérusalem, où il rêve aller (il m’a aussi demandé si mes chaussures datent de l’époque de Jésus !) A l’école, il avait pris du retard et ne savait pas encore lire, il y a quelques mois. Ensemble on s’est dit que, cet été, il viendrait lire notre bible illustrée…

Dans les quartiers et bidonvilles où sont les Points-Coeur dans le monde, les enfants sont souvent les victimes innocentes des réalités les plus dures. Dans le cas de Francesco-Pio (et tant d’autres !), il s’agit surtout de leur donner une attention qu’ils n’ont pas forcément à la maison. On sent vite parfois, derrière un aspect très provocateur, une soif de tendresse, et aussi beaucoup la recherche d’un repère en terme d’éducation (rien que dans la manière de s’habiller, l’usage du téléphone). C’est beau aussi notre relation avec les mamans, qui constatent les fruits de notre rapport de grand frère ou grandes sœurs avec leurs enfants, surtout la maman de Marco qui nous le redit à chaque fois. Parfois même, ça arrive que l’une ou l’autre nous demande conseil. En ce moment, c’est surtout la maman de Gennaro qui, à douze ans, fait déjà du décrochage scolaire… Je trouve ça incroyable, la confiance de ces mamans, sans une once d’assistanat, dans la gratuité de notre amitié avec leurs fils.

 

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Alice A. Volontaire en mission à Naples