Biou, un petit ange de notre quartier

Une amitié longue à construire… Astrid nous raconte celle avec Biou, fidèle du Point-Cœur de Bangkok.

Biou

Le visage que je souhaite vous présenter est celui de Biou. Cet adolescent de quinze ans est notre voisin. Petit, il participait à toutes les sorties organisées par les filles du Point­Cœur puis, il est devenu grand et les sorties devinrent plus difficiles. Son handicap, une forme d’autisme, l’enferme dans son monde et l’isole des autres enfants. Petit, beaucoup se moquaient de lui mais, désormais, il est devenu grand et bien plus fort que les autres par sa corpulence, alors les enfants l’embêtent moins mais ne sont pas moins durs avec lui. Il apparaît souvent sur le pas de notre porte lorsque nous déjeunons, et nous demande s’il peut se joindre à nous. Lorsque nous ouvrons la maison aux enfants, ça lui arrive de venir aussi. Souvent, il est très difficile à gérer avec les autres enfants, il ne sait pas exprimer ce qu’il ressent ni comment jouer avec eux, alors il les embête et peut être très violent, ou bien il décide de s’allonger de tout son long au milieu de la pièce et de ne plus bouger. Parfois même, lorsqu’il nous voit rentrer chez nous en fin de journée, il essaie de rentrer bien que nous lui expliquions, comme aux autres enfants, que ce soir nous n’ouvrons pas. Mais nos explications sont veines et il a tellement de force qu’il nous met dehors et alors, de longues minutes de négociations commencent pour pouvoir entrer chez nous ! Dès le début de ma mission, ce garçon m’a beaucoup touchée. J’essayais alors très vite de créer une amitié avec lui, une complicité qui me tenait à cœur. Je voulais lui montrer mon amour, entrer dans son monde et devenir ami avec lui mais c’était à lui de choisir et non à moi. Cette amitié ne m’appartenait pas. Ce fût long. Parfois, il était adorable à la maison, parfois on devait lui demander de sortir car la situation devenait incontrôlable avec les autres enfants. Un jour que la maison était pleine des cris de joie des enfants, je coloriais avec l’un d’eux des coloriages que j’avais rapporté de France. Biou vint et s’imposa. Il voulait dessiner avec moi mais seulement avec moi, pas avec les autres enfants. Alors, il commença à s’appliquer et, pour la première fois en presqu’un an, je le vis concentré sur quelque chose plus de dix minutes. Il coloria pendant une heure avec beaucoup de calme et d’application. Nous nous sommes regardées avec Pauline et nos regards se disaient : « Yes ! On a réussi ! » On n’avait rien réussi du tout, c’était lui qui avait réussi. Le temps de quelques heures, il a su trouver le calme et l’apaisement dans son coeur d’enfant si meurtri par les moqueries, l’incompréhension de son entourage et peut-­être aussi le manque d’amour. Le lendemain, on se croise dans la rue et il m’interpelle : « Phii Saaj ! N’oublie pas, samedi prochain on doit finir le coloriage qu’on a commencé ensemble ! » J’étais si touchée par l’attention qu’il me portait et par son application à vouloir finir ce qu’il avait commencé. J’avais réussi une chose, à être ami avec lui. La fois d’après, je jouais avec un autre enfant lorsqu’il se mit à colorier. Comme tous ces enfants, lui aussi a besoin d’attention et d’amour. Colorier tout seul, quel intérêt ? Aucun. Alors, il a commencé à embêter les autres, j’ai tenté de lui expliquer qu’on ne pouvait pas être qu’avec lui tout le temps mais il ne comprenait pas. Sa volonté de finir ce coloriage était si belle, son appel si grand que je l’ai finalement rejoint. Il a terminé tout seul mais j’étais à côté et je l’encourageais. Quelle fierté on pouvait lire sur son visage quand j’ai accroché son coloriage au mur près des dessins des autres enfants à la fin de l’après-­midi. Il avait réussi quelque chose et c’était beau.

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Astrid R. En mission en Thailande