Avant le départ…

Solène dans la cour du Point-Cœur de Tegucigalpa, lors de ses aurevoirs.

Solène rentre du Honduras après quatorze mois de mission, elle fait ses aurevoirs, son sac et ses dernières rencontres… Rosie en fait partie.

Je vous écris cette dernière lettre pour vous remercier de votre soutien durant ces quatorze mois de mission. Ça n’a pas toujours été facile, mais cette expérience m’a fait beaucoup grandir et je repars avec autant de trésors que de visages dans le cœur : des visages édifiants qui m’ont appris tant de choses. Je me souviens, lors du chemin de croix à la prison, une amie qui a des difficultés pour marcher portait un grand sac contenant les tableaux des stations. A chaque fois que l’on passait une station, elle récupérait le tableau. Evidemment, plus on s’approchait de la crucifixion, plus son sac était lourd et plus elle s’appuyait sur sa béquille de l’autre côté. Je lui demande alors : « Fanny, je peux t’aider ? Donne-­moi le sac. » Elle me répond : « Merci, c’est gentil, tu n’es pas la première qui me propose. Mais ce sac, c’est ma croix. Et je veux la porter jusqu’au bout. » J’étais émerveillée de la foi avec laquelle Fanny vivait ce chemin de croix. Elle le vivait avec tout son corps et avec tout son cœur. Il y avait tant d’amour dans sa démarche ! Je suis toujours impressionnée de la foi de mes amis. Ils traversent des épreuves si difficiles et ils les vivent pourtant avec beaucoup d’espérance, avec beaucoup de foi, confiants en la bonté et la miséricorde de Dieu et s’en remettant totalement à Lui. C’est une grande école pour moi et je n’ai pas fini d’apprendre. Je suis aussi impressionnée par la valeur du temps, ici. C’est tellement tentant pour moi de vivre dans le passé ou dans le futur. Ils ont, eux, une facilité à vivre dans le présent, pleinement disponibles à la réalité et aux personnes qui les entourent. C’est si précieux ! La sainteté ne se conjugue qu’au présent, comme on dit. J’ai tellement tendance à oublier que le présent, comme son nom l’indique, est un cadeau de Dieu.

Rosie et Jennifer

Cette fois, je vais être courte, je voudrais simplement vous parler de mon amie Rosie. La dernière semaine, elle tenait absolument à nous inviter chez elle à l’occasion de notre départ (celui d’Agata et le mien). On avait déjà invité toute sa famille pour leur dire au revoir, mais c’était important, pour elle, de nous recevoir. On arrive alors une demi-­‐heure plus tard que l’heure prévue, comme de coutume ici au Honduras. Et, là-­‐bas, surprise : pas de Rosie. Ses sœurs, ses enfants, ses neveux, oui, mais Rosie brillait par son absence. Sa sœur Agata et Doña Virginia nous apprend qu’elle nous a attendues une demi-­‐heure avant d’aller travailler. On passe malgré tout un bon moment. Rosie nous avait cuisiné un délicieux dîner. Puis, avec Agata et Estefanía, au lieu de rentrer à la maison, on passe lui rendre visite au stand où elle vend les meilleures baleadas du quartier (galettes honduriennes). Elle nous apprend qu’on a détecté un cancer à son père et qu’ils n’ont pas d’argent pour le traitement. Alors, elle ne pouvait pas se permettre le luxe de ne pas travailler cette soirée. On est resté jusqu’au bout avec elle, jusqu’à 23h. A 22h, heure de fermeture, il lui reste une énorme pile de baleadas qu’elle n’a pas encore vendues. Elle a le visage triste et fatigué : « Cette soirée, je n’ai presque rien vendu, mais tout ce que j’ai gagné, je vais l’envoyer à mon père. » C’était moins de dix euros. « Je n’ai presque rien vendu mais Dieu m’a envoyé trois petits anges pour me consoler », rajoute-­‐elle. C’est vrai que c’était une belle soirée. J’ai beaucoup plus partagé avec elle, que ce que je n’aurai sans doute pu partager si elle avait été là au dîner. Elle s’est beaucoup livrée. C’était fort de l’accompagner dans son quotidien. On l’a aidée à replier tout le stand. Car, si elle le laisse là, il n’y a plus rien le lendemain. On l’a aidée à transporter tous les ustensiles (hyper lourds) chez elle. Tout le monde dormait. Quel travail ! Le jour suivant, elle se lève tôt pour faire la pâte et pouvoir vendre, dès 8h le matin. Je l’admire tellement. Elle travaille avec tant d’amour. Elle ne pourrait pas avoir cette force de travail sans l’amour qu’elle porte à ses enfants et à sa famille. Sans amour, c’est impossible. Elle gagne son pain à la sueur de son front par amour et avec amour. Ce soir-‐là, quand je suis allée me coucher, je me suis sentie toute petite mais, surtout, grandie par cette amitié. Rosie est une petite sainte !

 

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Solène deF. Volontaire au Honduras