Au revoir Pérou !

Fatima, dessin de Flore

Fatima, dessin de Flore

Après dix-neuf mois de mission au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, Flore est rentrée en France. Voici ses mots sur ces grands moments d’au revoir et de retrouvailles : Garder l’essentiel, le cœur des rencontres.

 

Cela me fait tout bizarre de vous écrire d’ici : je suis assise dans l’herbe, au bord du grand canal, au fond du parc de Versailles : le décor a drôlement changé ! Pourtant, je ne me sens pas si dépaysée. Je crois que je suis encore entrain d’atterrir, je butte un peu sur mon français et mille détails par leurs différences me font penser à mon Pérou, mais bon… « Ahi vamos ! » comme on dit là-­bas. Rentrée depuis quelques jours, il me faut vous raconter ce dernier mois passé là‐bas, le mois de « despedida », c’est-­à-dire des adieux. « Adieu », c’est la première fois que je prenais au sérieux ce mot. Même si j’espère bien y retourner un jour… Dieu seul sait si nous nous reverrons un jour alors il est important de dire au revoir comme il se doit après tout ce temps partagé. Un temps si court quand j’y pense : qu’est-­ce que quelques mois dans une vie ? Les amis aiment d’ailleurs nous le rappeler : « Vous, vous venez, vous vous faites aimer et vous repartez, c’est toujours comme ça ». Dis comme ça, effectivement ce n’est pas très joyeux, et pourtant cela vaut tellement la peine. Ce que l’on vit est si beau. C’est le mystère d’être de passage, comme simple instrument de Dieu. J’ai beaucoup pleuré dans l’avion car il est difficile de tout laisser d’un coup : des sœurs de communauté avec qui j’ai vécu tant de choses en profondeur, des amis si chers et si présents au quotidien, un quartier, un rythme de vie… et du jour au lendemain me voilà à Saint-Cyr. Mais je suis en paix, je sais que c’était le moment, mon tour de partir, alors revenons ensemble sur les derniers instants de cette mission dans laquelle vous m’avez tant accompagnée ! Les « derniers » ont toujours une valeur particulière.

J’aimerais vous parler de Fatima, ma petite protégée. C’est la nièce de Sonia qui vit en face de chez nous. Fatima a neuf ans. Il y deux ans et demi, sa maman l’a abandonnée dans un parc avec son petit frère dont elle se sent très responsable. Sonia et señora Nelly (la grand-mère) ont récupéré la garde partagée. Sa situation était‐elle meilleure avant ou après l’abandon ? Nous ne savons plus ce qui vaut le mieux pour la pauvre Fati ; elle a tellement souffert. Cela pèse sur le cœur de penser à sa souffrance, à tout ce qu’elle supporte. J’aime beaucoup Fatima et j’aimais bien la privilégier un peu dans le choix des jeux, prendre des petits moments gratuits juste avec elle pour qu’elle puisse me raconter sa vie. Alors sous prétexte de donner un coup de main à señora Nelly pour lui enlever les poux, elle venait au Point-Coeur pendant nos temps libres et je prenais ce temps pour elle. Elle a tellement besoin que quelqu’un s’occupe vraiment d’elle, juste d’elle. Elle est toujours toute timide quand il y a du monde, comme si elle se considérait simplement comme « une bouche de plus à nourrir », mais lorsqu’elle est seule avec l’une d’entre nous, elle se met à parler sans interruption. Pendant que je m’occupais de ses cheveux, elle me décrivait ses copines de l’école, la maîtresse, les devoirs, les dessins animés qu’elle aimait bien. Nous partageons d’ailleurs le même dessin animé préféré : La Petite Sirène ! Ma petite Fati, la veille de mon départ, m’a demandé de l’accompagner chez les Sœurs salésiennes pour me présenter à ses amies. Elle m’a fait des mots et petits dessins en me disant d’un ton sévère et distant : « J’espère que tu vas les garder en souvenir parce que sinon… », suivi d’un flot de menaces. Je l’ai reprise en fronçant les sourcils et elle m’a répondu d’un ton boudeur : « C’est que je suis très triste que tu partes ». Cela m’a fendu le cœur, et je me suis rendue compte à quel point il était à la fois simple et dur de dire au revoir aux enfants. Car tout est gratuit avec eux. À l’heure de partir, certains s’en fichent complètement : « Ah tu t’en vas ? Et qui va venir à ta place ? ». Leur simplicité aide. D’autres en revanche se suspendent à ton cou, te suppliant de ne pas partir. C’est à moitié du cinéma, à moitié sorti du cœur. Leur sensibilité ne laisse pas indifférent. Avec eux, ce qui est bien, c’est qu’ils s’en remettent vite ! Tant que quelqu’un reste là pour jouer avec eux, pour les aimer. Ils illustrent par leur attitude tout le sens de notre présence, et cela est un grand soulagement : Dieu prend soin d’eux, il y aura toujours quelqu’un pour eux au Point-Cœur.

Quel mystère Seigneur, il faut s’attacher puis repartir, comme le petit prince avec son renard. Mais c’est bien d’avoir un ami renard ! Je garde leurs rires, leurs cris, leur bouille et leurs bêtises en souvenir et cela me fait chaud au cœur.

Retrouvez un autre extrait de la lettre de Flore sur le blog Terre de Compassion.

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Flore M. Volontaire en mission au Pérou