Au-­delà des mots, vers de nouvelles amitiés

Arrivée depuis peu au Point-Cœur de La Ensenada, Marion nous présente de nouvelles amies, de nouvelles rencontres… Au-dela des mots !

Rosa devant le Point-Coeur de la Ensenada

Rosa devant le Point-Cœur de la Ensenada

Le lendemain de mon arrivée, nous avons eu pas mal de visites, dont celle de Rosa juste après le déjeuner. Après avoir salué chaleureusement Marie, elle m’a regardé d’un air interrogatif. Marie lui fait des signes et lui montre le chapelet que je porte autour de mon poignet, me disant : « C’est pour lui faire comprendre que tu es une nouvelle volontaire ». Rosa n’entend pas bien et ne parle pas. S’en suit un échange silencieux entre elle et Marie, qui essaie de lui faire comprendre que je vais rester ici. A plusieurs reprises, elle lui fait signe que je ne vais pas m’en aller, mais Rosa, gardant son air interrogatif n’a pas l’air bien convaincue. Nous prions ensuite ensemble le chapelet. Assise non loin de moi, Rosa continue de me regarder, et nous échangeons quelques sourires et regards. Ses yeux pétillent et me sourient. Un échange s’établit, au-­delà des mots. Tout en priant, je la rencontre un peu plus. C’est vraiment étonnant la manière dont elle communique par son regard. Qu’est-­ce que j’aimerai que mes yeux puissent parler ainsi ! En sortant, par des signes, elle me demande si je vais rester ici. Après quelques instants, j’arrive à lui faire comprendre que oui, je vais rester dans cette maison. Son visage s’illumine alors d’un magnifique sourire, puis elle s’approche et me sert dans ses bras. Un geste tout simple qui m’a profondément touchée. Ainsi commence peut être une belle amitié. Je l’espère, et il semble que je n’aie pas besoin de savoir parler pour cela.
La première semaine Julie, une amie du quartier d’une trentaine d’années est venue nous aider Marie et moi, et a pu nous présenter d’autres anciens amis du Point-­Cœur que nous ne connaissions pas. Ainsi un après-midi, nous sommes dirigées vers les hauteurs du quartier, et nous avons commencé à grimper sur l’une des collines pleine de terre et de poussière, où les maisons se construisent avec trois riens. Souvent elles n’ont pas plus de quatre planches de bois, une porte, une ouverture faisant office de fenêtre, et des tôles pour le toit. Sur notre chemin, nous avons vu une dame âgée sortir doucement de sa maison en bois, et s’assoir sur un tabouret en plastique. Elle nous regardait. Julie non plus ne la connaissait pas. Elle nous dit : « Allons faire de nouvelles amitiés ». Nous nous approchons, nous présentons, et l’abuela nous invite à nous assoir à côté d’elle. Elle s’appelle Orfelinda. Julie entame la discussion pour faire un peu plus connaissance. L’abuela Orfelinda a un problème de diction, et il y était très difficile de la comprendre. Seule Julie, qui est péruvienne, arrivait à déchiffrer à peu près ce qu’elle disait. Je regardais les traits de visage de cette dame, marquée par l’âge et une vie certainement bien difficile. Ces cheveux gris hirsutes étaient dressés à la verticale sur sa tête, lui donnant un air un peu étrange. Les pieds nus, elle semblait frigorifiée. Elle a quatre-­vingt dix ans, et elle ne peut pas descendre les escaliers raides toute seule ; quelqu’un est obligé de la porter. Elle vit ici dans cette toute petite maison avec sa fille et son petit-­fils. Julie continuait de lui poser des questions, quand elle a commencé à pleurer. Dans ses sanglots, elle nous a parlé de son mari qui la frappait, en se tapant elle-­même la tête. Julie, lui prenant la main, et essaie de consoler. Avec douceur, elle essuie les larmes d’Orfelinda avec la manche de son pull. La proximité de Julie avec elle et ses gestes de tendresse m’ont beaucoup touchée. Avant de la quitter, Julie demande à Orfelinda si nous pouvons revenir lui rendre visite une autre fois. Celle-­ci acquiesce d’un sourire. Puis nous désignant, Julie lui dit : « Tu vois, tu as maintenant deux nouvelles petites filles qui viendront te visiter ! » Un grand sourire illumine alors son visage ! Julie prend ensuite sa propre écharpe en laine et l’enroule autour de la tête d’Orfelinda pour la réchauffer, en lui faisant remarquer joyeusement qu’elle ressemble à la Vierge Marie ainsi. Puis nous la quittons. En m’éloignant, je regarde une dernière fois le visage transformé de l’abuela Orfelinda, illuminé d’un magnifique sourire et entouré d’un voile de tendresse.

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Marion F. En mission à Lima