Et après le retour de mission ?

Voici qu’Adélaïde est rentrée après sa mission en Grèce. Elle nous livre ses pensées et ses mercis pour tous ceux rencontrés.

Les voisins afghans sur leur balcon à Athènes

J’attendais de prendre du recul pour vous écrire ma dernière lettre. Mais je crois qu’au fond, je ne suis pas prête à le prendre et je n’en ai pas vraiment envie. Je veux garder tout ça à vif, au chaud, le chérir encore et continuer de regarder toute cette beauté. Alors de quoi vous parler dans ma dernière lettre ? De tout c’est impossible. Je crois qu’une fois encore, je vais écrire sans trop réfléchir mais avec toute ma sincérité. Chaque jour depuis mon départ, il me vient des souvenirs différents, des sons, des odeurs, des regards qui m’habitent et me portent.
Il y a quelques jours, c’était les chants congolais si joyeux et leurs voix habitées, le doux regard de Papou, les derniers moments passés avec Thege et son message d’adieu. Il y a deux jours, je revoyais nos petits voisins afghans sautillant, inépuisables, sur leur balcon en face de notre chambre, attendant qu’on leur envoie des chocolats, (et je croisais les doigts pour ne pas casser leurs vitres bien trop fines).
Hier, j’écoutais des chants syriens, nostalgiques, faisant resurgir des parfums d’épices, une pudeur si gracieuse, des danses envoûtantes, une générosité débordante et des enfants d’une force superbement épuisante.
Aujourd’hui, c’est à ma communauté que je pense, et à tout l’amour qu’ils m’ont donné durant toute ma mission. À l’universalité de ce qui nous a unit tout le long et nous a permis d’aller au-­delà de tous les petits agacements du quotidien. J’ai pu chercher à travers eux toute la force dont j’avais besoin quand c’était difficile et y puiser encore plus de joies que toute celles que je recevais déjà. Pour mon départ, ils ont organisé un concert avec tous nos amis. Certains ont chanté, dansé, d’autres ont joué, pris la parole spontanément. Avec une simplicité sacrée. Et toutes ces nationalités…. Dans cette salle nous étions : Grecs, Congolais, Nigériens, Tchèques, Italiens, Syriens, Colombiens, Albanais, Sri Lankais, Indiens, Ukrainiens, Polonais, Tunisiens et j’en passe… Et puis tous les absents. Le dernier soir, je l’ai passé en famille. Nous sommes allés une dernière fois sur le toit (je voyais bien qu’ils avaient froids, mais tous ont fait l’effort d’y aller parce qu’ils savaient que j’adorais cet endroit). Je revois Simon, son sourire lumineux et son enthousiasme pour tout ; Roki, sa voix d’ange et ses maladresses adorables ; Anaïs, sa force réconfortante et sa folie d’enfant ; Santhosh, son rire explosif et sa simplicité.
Athènes est la ville idéale pour une telle mission. Elle apprend à chercher le beau en toute chose. Si on la survole, elle peut sembler bordélique, peu esthétique et peu rassurante. Mais lorsqu’on ouvre les yeux ou plutôt son cœur, elle vous offre tout ce qu’elle a de plus beau : la noblesse de l’Acropole contrastant audacieusement avec les graffitis aux couleurs explosives et provocantes des anarchistes. Les quelques dernières bâtisses superbes qui résistent enfouies au milieu des immeubles fades et délabrés. Les ruines perdues dans les rues commerçantes qui laissent, lorsque l’on regarde bien, des petites traces de vie. Les rails de train au milieu de la ville, recouverts sauvagement d’herbes : la nature qui reprend toujours le dessus. Les églises hors du temps, partout, repères. Les airs de bouzouki qui se transportent dans les airs. Les radios des kiosques au son saturé qui crachent tant bien que mal des chants et prières orthodoxes. Les marchés, les chats, les couleurs… Et puis les gens. Tous ces pays qui se croisent et malgré tout, tous ces sourires. Lorsque je suis arrivée à Athènes, Anaïs m’attendait à l’aéroport. Je me souviens très bien de ce moment. Avec un grand sourire, elle m’a demandé si j’avais bien pris des lunettes de soleil : « Tu verras, la lumière en Grèce est particulièrement forte. » Comme pour tant d’autres fois, elle avait bien raison.

 

 

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Adélaïde L. Volontaire en mission à Athènes