Apprivoisement par le jeu

Maguelonne vient de rejoindre Guillemette, Chiara et Paola au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. A défaut de pouvoir engager de grandes conversations en Tamoul, elle apprivoise les enfants du quartier à travers les jeux.

Guillemette, Chiara, Maguelonne, Paola et Paulina du Point-Cœur de Chengalpett

C’est avec Yenbitnes que j’ai fait la première expérience de créer un lien avec un enfant sans l’aide de Paola, Guillemette ou Chiara. On est arrivé à quatre dans la maison des parents de Vanu, et Yenbitnes se trouvait là. C’est le fils de la voisine, il a quatre ans. Il était très impressionné et timide de voir arriver autant de monde dans cette maison. Je lui ai posé quelques questions en tamoul, mais face à sa passivité et après avoir remis en question ma prononciation, je lui ai proposé des jeux. Timidement, il s’est approché, pas de trop près quand même. L’avantage avec les petites voitures, c’est qu’on peut jouer en restant loin. C’est d’un bout à l’autre de la pièce que l’on commence à s’échanger des regards, des mots, des gestes, des sourires et des rires ! On est parti en laissant sur son visage un sourire heureux.

Le jeu préféré des enfants c’est le Memory. Pendant ces quatre semaines, j’y ai joué un bon nombre de fois (je stimule ma mémoire pour mieux retenir le tamoul !). Dans une maison du haut de la ville, dix enfants étaient là (les enfants du voisinage), avec eux les règles sont différentes. Le but du jeu est de trouver toutes les paires, pour cela tous les coups sont permis : mettre sa mémoire au service de l’autre en l’aidant à trouver la paire, respecter le tour de chacun pour profiter du jeu, accueillir et intégrer la nouvelle venue qui rentre juste de l’école, partager la joie du suivant qui trouve la paire, ne pas compter les points et commenter les images. J’étais très surprise de voir leur partage naturel, leur facilité à profiter pleinement de cette demi-heure de jeux et leur capacité à créer une unité entre chacun quand l’un part, l’autre arrive, le troisième chante, le quatrième combat les moustiques, le cinquième démarre un autre jeu. L’important est de jouer, de s’amuser et de profiter de ce moment ou de respecter les règles, de faire régner l’ordre et de gagner. Ces enfants ont très bien su me montrer ce qu’ils souhaitaient ! […]

J’ai fait la connaissance d’une famille qui habite après la décharge de Chengalpet. C’est un quartier d’intouchables situé à l’écart de la ville. Avec Paola, j’ai d’abord rencontré Vagesh (dix ans) qui me demandait d’aller jouer chez lui, puis il nous a présenté son petit frère Harish (neuf ans) et sa mère, Parimala, qui attendait devant la maison. Paola, les a rencontrés en même temps que moi. Impatients de jouer et ne tenant plus en place, les garçons me demandaient : « Maggy akka, games games ! »et la valse rapide des jeux a commencé ! J’ai sorti les Mikados, jeu qui demande une certaine dextérité et concentration. Leur but était juste de jouer le plus possible pour profiter de ces jeux qu’ils n’ont pas. Incapables de contenir leur énergie et leur enthousiasme, ils criaient « tricheur » pour arriver plus vite à leur tour, mais ils allaient à toute vitesse donc leur temps de jeu se réduisait à deux secondes… Ils me lançaient chacun leur tour un regard qui voulait dire : « J’espère que tu n’as pas vu les mikados bouger, comme ça je peux continuer à jouer. »Malheureusement pour eux, le frère n’avait pas ses yeux dans les poches ! Memory, Jenga, la même énergie vivante les habitait. C’est le papier et les crayons qui les ont un peu apaisés. Vagesh, Harish et Parimala ont laissé une trace de ce qui se passe dans leur être, une trace de leur passage. Il me tarde de les retrouver, Paola a croisé Vagesh hier qui rentrait de l’école, il a insisté pour qu’on revienne jouer chez lui. C’est dingue, trente minutes de jeux partagés ensemble il y a deux semaines, et il garde ce souvenir bien présent.

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Maguelonne G. Volontaire en mission en Inde