Apprendre à lâcher prise !

Hermine est en mission au Point-Cœur de Deva en Roumanie, elle nous partage sa mission et son apprentissage à lâcher prise ! 

La communauté du Point-Cœur de Deva : Mollie, Hermine, Francesca et Philippine

Il y a ce que je pensais vivre, et cette mission si imprévisible. Il y a tout ce à quoi je m’attendais, et ces mille petites surprises du quotidien. Il y a tout ce que je pensais savoir, et l’ampleur du mystère que je découvre. Il y a les talents que je me connaissais et toutes ces faiblesses que je n’avais pas imaginées ! Bousculée dans mes certitudes, il a fallu que j’apprenne à lâcher prise. Accepter que je ne connais pas tout, que je ne suis pas capable de tout, que je ne pourrai jamais tout faire, tout apprendre, tout voir, tout comprendre et surtout, qu’aimer… ce n’est pas du gâteau ! Normalement, quand je traverse un « gouffre » comme celui-là, ma maman est là pour me dire de lâcher du lest et de vivre tranquillement cette journée sans me faire un million de nœuds au cerveau (merci maman) ! Ici, il y a ma communauté : Francesca, Philippine et Mollie, qui m’apprennent à lâcher prise, à me laisser faire et à tout abandonner puisque, finalement… tout ne dépend pas de moi ! Alors, au milieu des pauvres, je découvre ma propre pauvreté et, quand je comprends enfin que je n’ai rien à leur donner, je reçois d’eux des trésors que je ne suis pas prête d’oublier !

Lâcher prise c’est accepter qu’il y ait des journées difficiles, où les fardeaux de chacun s’amoncellent et où la souffrance devient étouffante. Mais lâcher prise c’est aussi se laisser surprendre par Armando, Strugurel et leurs copains, surgis d’on ne sait où mais à point nommé pour illuminer cette journée. Ces enfants livrés à eux-mêmes, la plupart du temps dans la rue, capable de traverser à toutes jambes une avenue, sous les coups de klaxon, pour venir nous rejoindre sur le trottoir d’en face et nous serrer dans leurs bras. Ils ont cet incroyable talent d’apparaître au cœur des journées les plus éprouvantes pour repeindre, à coups de sourires et de jeux au beau milieu de la rue, le ciel en bleu.

Tanti Irina

Lâcher prise c’est accepter qu’il y ait des journées où tout commence de travers et où je m’épuise à force d’essayer de sourire. Mais lâcher prise, c’est aussi accepter de se laisser attendrir, alors que se termine cette journée ratée, par le câlin de Tanti Irina qui vous serre dans ses bras à vous en casser les épaules.

Lâcher prise c’est accepter de passer son après-midi à courir après un voleur de vélo, qui s’avère être précisément un des enfants à qui nous avions décidé de faire confiance. C’est accepter de se faire proprement jeter dehors par ses parents, aussi honnêtes que lui. Mais c’est aussi accepter que, malgré tout, ce petit voleur, Fernando, et ses frères, ils ont beau nous en faire voir de toutes les couleurs, je ne peux pas m’empêcher de les aimer comme ils sont. Et, lorsque nous les croisons, au détour d’un bloc, avec l’air de ceux qui ont fait des bêtises, un paquet de cigarettes dépassant de leurs poches, c’est une joie pour moi de rester discuter cinq minutes avec eux et d’apprendre à les connaître mieux.

Lâcher prise c’est accepter de recevoir parfois des insultes de la part d’enfants que la pauvreté ou la violence ont abîmés. C’est accepter d’avoir le cœur qui saigne devant les blessures injustes qu’ils ont reçues. Mais c’est aussi recevoir comme un magnifique cadeau la petite fleur que me tend celui qui a senti que je venais d’être blessée par les paroles d’un de ses amis. C’est voir, tout d’un coup, une pluie d’enfants l’imiter et courir vers moi, une brassée de fleurs, quelques racines, des touffes d’herbe et surtout beaucoup d’amour à la main. C’est renter à la maison avec le meilleur des pansements : le plus gigantesque bouquet de fleurs du monde !

Lire la suite de la lettre d’Hermine sur le Blog Terre de Compassion.

Le plus grand bouquet de fleurs du monde !

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Hermine P. Volontaire en mission en Roumanie