La crise : des temps difficiles pour les Argentins

En mission à Buenos Aires, Sœur Françoise-Thérèse est témoin des conséquences de la crise sur la vie de leurs voisins et amis.

Sr Françoise-Thérèse, Buenos Aires

Dans l’hémisphère sud, nous voici dans un hiver plutôt changeant. Certains jours, un vent froid nous fait sortir les manteaux bien chauds, le jour suivant, nous pouvons presque nous promener en pull dans les rues, tant les températures sont clémentes. Un hiver, pour le moment donc, peu rude dans la capitale et, hélas, peu à l’image de la situation du pays qui s’enfonce toujours plus dans une crise économique qui affecte ce beau peuple argentin. Le peso ne vaut presque rien, tant l’inflation est énorme. Le manque d’investissements d’entreprises étrangères, la mauvaise gestion de certaines entreprises locales, mais surtout les nombreuses grèves qui paralysent le pays entier en sont quelques facteurs. Nous sommes témoins de combien cette crise affecte beaucoup de nos amis.

Via l’application si pratique de Watsapp je m’enquiers des nouvelles de Maria Jose qui, l’an dernier, a perdu son mari atteint d’un cancer et reste donc seule avec ses deux enfants de cinq et quatre ans. Je propose de lui faire une petite visite, après un long temps sans avoir de ses nouvelles. Elle répond aussitôt qu’elle serait ravie de nous voir et qu’elle a également besoin d’aide pour garder son fils aîné, le temps d’une consultation pour sa fille. Oui, Maria José est bien seule. Sans autre famille et très peu d’amis, elle lutte au jour le jour pour ses enfants. Psychologue, travaillant pour une mutuelle, elle ne gagne pas suffisamment, à elle seule. Sœur Blandine et moi restons plus d’une heure, avec Felipe, déterminé, du haut de ses cinq ans, à faire des courses à vélo sur le trottoir, devant l’immeuble. Sœur Blandine fait le chronomètre avec sa montre et voilà notre petit ami lancé sur sa bicyclette, insatiable, dans une vraie course contre la montre, évitant de justesse le peu de passants sur le trottoir. Je m’essaie à courir pour battre Felipe mais c’est peine perdue. Son enthousiasme et son jeune âge l’emportent. A son retour Maria José se livre à nous autour d’un thé, pendant que ses enfants regardent, épuisés, un dessin animé. Quittant son domicile, chaque jour à 8h00, elle ne rentre que vers 20h. Elle doit donc employer une baby-sitter pendant quelques heures par jour. Elle cherche par tous les moyens à trouver d’autres emplois que ces consultations et reçoit quelques aides matérielles de la part de sa paroisse. Mais l’inflation est telle que ça ne lui suffit pas pour pouvoir payer les charges de son logement. Courageuse, elle est en recherche de travail supplémentaire et nous demande d’être attentives aux offres d’emploi. Maria José nous est infiniment reconnaissante d’avoir passé ce temps avec elle, alors que sa situation reste la même. Je prends conscience de l’importance de notre présence et du courage de beaucoup de gens qui, en ces temps si difficiles, luttent au quotidien pour faire vivre la famille. A notre retour en métro, un homme à la retraite propose à toutes les personnes présentes dans les wagons quelques crayons à 20 pesos pour compléter sa retraite insuffisante.

 

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Sr Françoise-Thérèse Servante de la Présence de Dieu