Semaine chantier à Vieux-Moulin

Categories: France,Servantes

… ou la Compassion entre compagnie et pinceaux

David et Maritchka à la peinture de la cuisine, jaune solaire !

La maison Notre-Dame-du-Monde entier a accueilli des amis, anciens (et futurs) volontaires pour une semaine chantier, avec deux objectifs précis: poncer le parquet de la grande salle et repeindre la cuisine ! Mené par les conseils avisés de Bernard, le chantier intergénérationnel (le plus jeune d’entre nous, Bryan, avait 7 ans) a atteint ses objectifs, par un patient travail, par étapes, progressant au jour le jour. Ponçage, nettoyage, peinture, dans le souci des petits détails. Le temps était au rendez-vous : le ciel voilé ne laissait aucun regret aux besogneux enfermés. À mesure que le soleil s’éclipsait derrière le ciel nuageux de Picardie, les murs de la cuisine se voyaient recouverts des couches tant attendues de jaune solaire. Ce joyeux chantier devenait pour les contemplatifs du rouleau l’image du chantier intérieur où l’Artisan divin menait avec douceur et patience la restauration de l’âme, au rythme des offices et heures d’adoration, accompagnant la restauration de la grande salle et de la cuisine – sans oublier Sr Isabel et Sr Alexandra tout employées à la restauration gastronomique de nos corps !

Entre deux coups de ponçage et le visage blanchi par la poussière, Gaëtan le théologien me demanda tout naturellement, comme s’il s’agissait d’obtenir un conseil technique : « Tu aimes bien prier ? Comment est-ce que tu fais quand tu pries ? » Bien que je fus à genoux (sur la table de travail de la cuisine) et les bras levés (pour poncer le mur), je restai abasourdi devant la trop profonde simplicité de la question, avant d’émettre enfin une réponse toute jésuitique : « Moi, je ne sais pas prier. Mais toi comment fais-tu ? » Cette semaine à Vieux-Moulin fut pour moi une leçon permanente. Une semaine à l’école de Nazareth, où labeur et amitié s’achèvent dans l’offrande et la louange.

« Mettez-vous à mon école » disait le Charpentier nazaréen (l’Evangile parle de « teston », quelque chose entre l’artisan et le technicien, Mc 6,3). Conscients de la grâce de pouvoir s’inscrire humblement dans cette tecktonik divine (ici dansée sur les airs de Stromae, ABBA, et de chants ukrainiens), hésitant entre l’émerveillement et la frayeur à l’idée d’utiliser une ponceuse, désormais instrument divin depuis que le Verbe incarné ponça les solives de Galilée pour se préparer à son ministère public, « Lui par qui tout à été fait » (Jn 1, 3), c’est-à-dire fabriqué et retapé, le moindre de nos gestes laborieux et artistiques, poursuivant symboliquement le geste créateur, prétendait devenir comme une liturgie (travail du peuple) offert au Père éternel. Et pour couronner cet ouvrage, nous allions, au terme de la journée, rencontrer le divin Réparateur dans l’Eucharistie, à la fois « fruit du travail des hommes » et « Œuvre de Dieu » (Jn 6, 28-35).

Et parce que la Sagesse non seulement est à l’œuvre (Pr 8, 30 et Jn 5, 17) pour bâtir elle aussi sa maison (Pr 9, 1), mais aussi « joue en présence de Dieu et trouve sa joie parmi les enfants des hommes » (Pr 8, 30-31), le chantier laissait sa place au jeu, les pinceaux aux raquettes de ping-pong, et les patients raboteurs aux épatants « saboteurs ». Et les soirées étaient d’autant plus ludiques que la journée avait été laborieuse, au point que l’ardeur à gagner la partie surpassait parfois l’engouement pour la collaboration ! Le tout de cette journée, où le travail, les repas, les jeux, la patience, l’attention minutieuse, et même l’exaspération, étaient devenus les occasions privilégiées d’une communion plus grande, s’achevait dans un Salve offert à la Dame de Nazareth, dont les humbles tâches domestiques ont su faire frémir de joie un Dieu.

Au terme de cette semaine chantier, je saurais peut-être un peu mieux répondre à Gaëtan : la prière n’est-elle pas comme un chantier, où l’Ouvrier éternel vient réparer nos cœurs pour les rendre capable d’aimer, et attend de nous toute la patience qu’il faudrait pour refaire sa cuisine ? Mais n’est-elle pas aussi comme un jeu, où l’on perd gratuitement son temps avec Celui qu’on aime, et qui attend de nous que nous soyons comme des enfants en sa compagnie ? N’est-elle pas enfin un banquet, où la table garnie devient le lieu de la communion et de la célébration ? Travail, jeu et repas qui ont rythmé cette semaine à Points-Cœur donnent aussi forme à la liturgie eucharistique, où notre prière s’unit à la prière éternelle que le Fils adresse amoureusement au Père, et d’où rejaillit sur notre quotidien le plus banale une lumière nouvelle, faisant de « la vie elle-même une suprême poésie » (S. Weil).

 

David F.

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Author: admin