Réflexion à l’ONU au sujet de la solidarité internationale

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Points-Cœur ONU contribue depuis quelque temps aux démarches visant à l’adoption d’une déclaration sur le droit des peuples et des individus à la solidarité internationale, au travers d’un groupe de travail d’ONG d’inspiration catholique.

Le dernier rapport en date de l’experte indépendante, lors de la 71ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies (A/71/280, août 2016)[1], met l’accent sur la clarification de différents aspects du brouillon de déclaration datant de 2014. Des consultations régionales ont auparavant réuni les remarques à son sujet. C’est l’occasion de pousser un peu la réflexion sur ce principe qui fait difficilement son chemin sur la scène internationale. Au fond, pourquoi défendre l’apparition d’un droit à la solidarité internationale ? Le groupe de travail mentionné plus haut a récemment sollicité les contributions de ses membres afin d’éclairer les raisons qui poussent à soutenir l’adoption d’une déclaration sur le droit à la solidarité internationale. Voici quelques éléments soulevés par Points-Cœur.

D’après l’experte indépendante sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, l’idée de solidarité devrait célébrer la diversité et rassembler les personnes qui sont différentes, non pas uniquement créer des liens entre êtres humains qui ont déjà beaucoup en commun[2]. Le préambule du projet de déclaration sur les droits des peuples et des individus à la solidarité internationale définit la solidarité internationale ainsi : « un concept fondamental de relations entre personnes, groupes et nations, se renforçant mutuellement ; un élément de liaison essentiel qui appuie des partenariats globaux, une approche clé de l’éradication de la pauvreté et une composante indispensable des efforts de réalisation des droits humains, y compris le droit au développement ainsi que les Objectifs de développement durable » (A/HRC/26/34/Add.1, avril 2014)[3]. Ainsi, la solidarité, comprise à la fois comme droit et comme phénomène social observable, rappelle la nécessité de ne pas réduire les droits à des questions civiques, mais également d’y inclure les aspects sociaux[4]. De plus, le concept permet d’organiser et clarifier les différents droits entre eux, tout en leur donnant une profondeur morale[5].

L’Association Points-Cœur soutient cette compréhension de la solidarité. Même si d’autres mots sont en général employés, ce terme reflète le travail accompli dans de nombreux endroits du globe au travers de jeunes volontaires et de personnes consacrées. Points-Cœur met en valeur la présence et l’amitié. Avant toute action, une attitude solidaire et accueillante est nécessaire. La solidarité est le moteur pour la paix, le développement et le respect des droits humains.

L’ouverture et la coopération sont des principes sous-jacents figurant derrière les multiples traités et organisations internationales. L’écoute et l’attention sont les fondations de toute action concrète. Si Points-Cœur aide par exemple les enfants à accéder à l’éducation, c’est parce que l’écoute et la présence viennent en premier. De manière similaire, la solidarité internationale peut être ce principe au fondement des nombreux traités, actions et définitions liés aux droits humains. En tant que droit, elle peut devenir un standard et une référence sur lesquels les gens peuvent compter, promouvant à une autre échelle les valeurs que Points-Cœur vit au quotidien.

De plus, comme l’a mentionné la rapporteuse spéciale, les droits humains sont constamment un travail en cours. Malgré tous les aspects encore peu clairs du droit à la solidarité internationale, aucun d’entre eux n’est une raison valable pour arrêter sa promotion. Ce droit deviendra plus fort une fois implémenté et opéré par différents acteurs sur le terrain. Même si le concept de solidarité est – trop – large, il faut pouvoir en profiter et limiter son emploi abusif. L’idée de solidarité lie réalité sociale et droit public, obligations des un-e-s et prérogatives des autres[6]. « Je soutiens que la solidarité internationale est à la fois un principe et un droit. Les principes dérivés de la raison et des valeurs peuvent en temps utile se transformer en des procédures opératoires standardisées au travers de la pratique de l’Etat et, au final, en des normes du droit international », relève la rapporteuse spéciale[7].

Points-Cœur considère que ce n’est de prime abord pas une question de faisabilité. La solidarité internationale est une manière de vivre, une question d’humanité, de compassion, de standards moraux, d’attention envers les marginalisé-e-s et la réalisation de liens transnationaux déjà existant dans d’autres domaines, particulièrement le monde économique. Pourquoi un droit à la solidarité internationale ? A vrai dire, pourquoi pas, quand tout le reste est mondialisé ? La globalisation a transformé le monde, les réappropriations culturelles diverses et variées ont durablement affecté les relations en tout genre sur le globe, notamment commerciales.

Ainsi, Points-Cœur soutient le travail accompli pour une déclaration sur le droit des peuples et des individus à la solidarité internationale. Une telle initiative donnerait un cadre à la scène internationale, densifiant son caractère moral, pour tendre vers la sollicitude et vers une perspective intégrale et interconnectée des êtres humains. L’interdépendance ne serait plus seulement un fait, ce serait « un élément indispensable des efforts pour réaliser tous les droits humains, y compris le droit au développement, ainsi que les Objectifs de développement durable », pour répéter le préambule du projet de déclaration.

Siméon R., représentant de Points-Cœur à l’ONU

 

[1] http://ap.ohchr.org/documents/dpage_f.aspx?m=153

[2] Dandan, Virginia D. 2016. “The Path to a Right to International Solidarity” Foreign Voices 2: 2.

[3] Traduit librement de l’anglais.

[4] Borgetto, Michel. 2008. « Solidarité », in Dictionnaire des Droits de l’Homme, ed. par Joël Andiransimbazoniva et al. Paris : Presse Universitaire de France.

[5] Dandan, Virginia D. 2016. « Report of the Independent Expert on human rights and international solidarity ». A/71/280.

[6] Borgetto, Michel. 2008. « Solidarité », in Dictionnaire des Droits de l’Homme, ed. par Joël Andiransimbazoniva et al. Paris : Presse Universitaire de France.

[7] Dandan, Virginia D. 2016. “The Path to a Right to International Solidarity” Foreign Voices 2: 4.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Author: admin