Pâques à l’hôpital des lépreux de Chennai

Categories: Inde

La communauté du Point-Cœur de Chengalpett en Inde a célébré Pâques avec ses amis lépreux de l’hôpital que les volontaires visitent chaque semaine. Guillemette raconte : 

« Quid est hoc pro aeternitate? » (« Qu’est-ce que ceci, au regard de l’éternité ? ») Sœur Emmanuelle.

Je vous souhaite une très Joyeuse fête de Pâques ! Puisse-t-elle être emplie de la Joie et la Paix du Christ venu nous sauver ! Comme nous en échangions avec un Indien rencontré à l’improviste dans un rickshaw : « Jesus loves you! Jesus has saved the world »,tout simplement ! Hihi, les Indiens vont droit au but. Il était si heureux de me présenter ses trois enfants, sa femme, bref simplement de me confier sa vie !

Pour Pâques, nous sommes allées célébrer la messe à l’hôpital pour lépreux proche de chez nous. Des Indiens de tout le pays y reçoivent des soins. Maintenant que la maladie est curable, il faut cependant la soigner, enrayer son développement et parfois enlever les membres pourris. Nous avions bariolé l’église de guirlandes brillantes et multicolores. Partout des couleurs et de la vie ! Et, en quelques minutes, la petite chapelle s’est emplie de plus de cinquante lépreux. J’ai été émerveillée par le silence béat de ces hommes et femmes, éprouvés par la vie, à qui il manquait parfois une jambe, un bras, des doigts… Malgré tout ça, ils étaient heureux, heureux de se savoir aimés, heureux d’avoir du prix aux yeux de Dieu ! Ils se sentaient tout simplement dignes d’être aimés !

Pour moi aussi, ça a été une grande consolation, car cette maladie me désarçonne. En Inde, elle est vue comme une malédiction et la famille rejette souvent le membre malade : père, mère, fille… Ainsi, nous visitons chaque semaine Ponama. Cette femme est dans ce lieu depuis quinze ans maintenant, elle y vit seule dans une petite cahutte sans électricité, ni ventilateur, et mange chaque jour la même bouillie de riz peu ragoutante. Chaque jour, pour elle, se ressemble, et elle ne reçoit pas de visite. Je m’imagine sa solitude et sa tristesse, elle, qui a été rejetée par sa famille. Malgré la petitesse de notre mission, la pauvreté de notre tamoul, nos visites seulement hebdomadaires, je me dis que nos visites sont notre « goutte dans l’océan ». Et, peut-être que s’il n’y a pas de justice sur cette terre, la vie ne serait qu’un passage éphémère vers le ciel ? Comme le dirait notre chère Sœur Emmanuelle : « Quid est hoc pro aeternitate ? » C’est vrai que nous vivons parfois des moments de joie intense, parfois même les larmes me montent aux yeux tellement, tellement je sens que leur amour et leur joie de nous voir nous dépassent. Et bien, pour moi, ces instants sont un peu des moments d’éternité gravés dans mon cœur.

Guillemette E.

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Author: admin