Ouest et Est : un concert à Vienne pour Points-Cœur

Categories: Autriche,Evènements culturels

Le 2 juin dernier a eu lieu à Vienne le concert West und Ost (Ouest et Est). Des chanteurs de traditions liturgiques latines et orthodoxes ont chanté pour l’œuvre Points-Coeur. 

 

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La Corse et la Sicile, le chant grégorien, le chant byzantin arabe et ukrainien… Le concert manifestait une unité profonde entre ces traditions apparemment si éloignées. Il est vrai qu’un point commun semblait habiter les chanteurs : l’étonnement devant la capacité du chant traditionnel à porter en lui tout le cri et toute l’espérance de l’humanité. Mais c’était aussi une histoire d’amitié. Au cours de la répétition générale, une des chanteuses du groupe Cowbirds a dit en effet : « Cette unité que nous venons d’expérimenter, je crois que c’est Points-Coeur ».

Le concert commençait avec l’ouverture grégorienne des offices solennels chantée du haut de la tribune comme un lointain appel. L’acoustique délicate de la belle église carmélitaine baroque St Joseph était mise en valeur par le déplacement progressif des chanteurs. Le tout se déroulait comme un parcours d’approfondissement du mystère de la Passion en quatre étapes :

  • Les souffrances : Débutant par les Laudes de Jérusalem du vendredi saint, version ukrainienne d’une composition du monastère de Vatopédi sur le mont Athos, cette partie se poursuivait par le chant sicilien, « Cianci Cianci Maria » dans lequel le peuple annonce à Marie qu’elle doit pleurer car l’enfant auquel elle a donné le jour vient de mourir sur la Croix. Puis, un hymne de la libanaise Feyrouz portait la détresse des réfugiés vers le ciel, Christine Estefan vient en effet d’arriver de Syrie depuis six mois : « Ma maison est ta maison Seigneur, comment m’oublierais-tu ? ». Le tout était comme rassemblé dans les bras du Miserere grégorien, graduel du mercredi des cendres, dont la puissance lyrique transporte notre propre douleur au cœur du Mystère.

 

  • La Croix : la suite énergique des Laudes de Jérusalem nous donnait le courage de nous approcher jusqu’aux pieds du Mystère Rédempteur. C’est de là que montait une litanie originaire de Pianellu en Corse, usuellement chantée durant la semaine sainte. Le poignant « Al yaoum » arabe, orientait nos regard vers la divinité du crucifié. Enfin, nous plongions dans le drame de la Croix par le très sombre répond des matines du vendredi saint Tenebrae factae sunt dont la gravité semble s’élever soudain jusqu’au ciel sur les mots : « Mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ».

 

  • La mère : la lumière ne pénétrait dans cette obscurité que par le regard baigné de larmes de la mère. Un Stabat Mater déchirant, traversé de toute la colère de l’île de beauté était interprété par le groupe Cowbirds. Puis, les accents de l’hymne acathiste en arabe nous ramenaient à la joie des pauvres de bénéficier de la douceur maternelle de Marie, laquelle semblait résonner encore dans le Sub Tuum corse.

 

  • L’Ange : Avec la méditation sur la résurrection à la fin Laudes de Jérusalem, le concert s’ouvrait sur l’un des traits les plus délicats des liturgies orientales et occidentales : la salutation angélique à la Mère de Dieu au matin de la résurrection. C’est en substance la signification du Regina Caeli grégorien, donné ici dans sa version longue, et qui faisait écho à son équivalent arabe, d’une poignante beauté. Le concert se terminait par la version religieuse de l’hymne Corse, le Dio vi Salve Regina.

Père Denis Cardinaux

Voici pour nos lecteurs un des plus beaux chants de la traditions orthodoxe syrienne arabe Al yaoum interprété par Christine Estefan :

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Author: admin