Le Point-Cœur de Valparaiso auprès des sinistrés de l’incendie

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Durant la semaine de l’octave de Pâques, les volon­tai­res de Points-Cœur par­tent en mis­sions volan­tes auprès des sinis­trés de l’incen­die de Valparaiso du 12-13 avril 2014.

Voici les témoi­gna­ges recueillis par P. Denis :

Tant de gens dor­ment sous la tente. Les jours se rafraî­chis­sent, la pluie menace, latente, sous forme d’une brume glacée. Les famil­les vont rester ainsi, dans l’incer­ti­tude, sans savoir quand l’aide réelle arri­vera de la part du gou­ver­ne­ment et dans la peur que le peu de maté­riel ras­sem­blé ne leur soit volé par des pro­fi­teurs. Des voi­sins, les uni­ver­si­tai­res, l’asso­cia­tion « Un toit pour le Chili » et d’autres volon­tai­res ont déjà beau­coup fait malgré les res­tric­tions d’accès. Ceux que nous avons visi­tés nous deman­dent tous de reve­nir. Alors nous essayons de ne pas trop nous dis­per­ser, de tou­jours repas­ser par les lieux où nous avons fait de vraies ren­contres.

Alex : je vous atten­dais
Après une après-midi de marche, au moment de partir, je croise le regard d’un homme qui nous salue du haut de son mur. Il nous invite à entrer sur son ter­rain. Alex nous raconte sa vie. Il nous dit son regret d’avoir tra­vaillé tant d’années dans les mines d’Antofagasta, d’avoir sacri­fié sa vie de famille pour en arri­ver à tout perdre aussi brus­que­ment. Mais il remer­cie tout de même la Providence car depuis l’incen­die il a pu renouer avec les siens et en par­ti­cu­lier avec sa fille. Puis, après une courte prière, durant laquelle il s’est retenu avec beau­coup d’efforts pour ne pas éclater en san­glot, il nous dit : « Ça fai­sait des jours que je vous atten­dais, je vous atten­dais, je vous atten­dais. Merci d’être venu. Je vou­drais juste que vous ne repar­tiez pas avec tout ce poids sur vos épaules car vous devez aller voir d’autres gens qui ont besoin de vous ».

Patricia : la vie est belle
Nous pas­sions dans un ravin, la Quebrada Pictón, impres­sion­nés par l’étendue des des­truc­tions. Nous saluons une petite famille. Ils nous invi­tent à pren­dre un café. Patricia et son mari sont mariés depuis qu’ils ont 14 ans. C’est une famille unie. Le mari, très cou­ra­geux malgré son dia­bète, a déjà recons­truit une petite maison qui per­met­tra à tout ce monde d’avoir un lieu plus digne. Avec eux, il y a une petite fille de 7 ans, Pascale. Elle est heu­reuse parce que le feu a laissé les fon­da­tions d’une de leurs deux mai­sons et parce qu’ils ont de l’eau. Elle est la force de Patricia, sa grand-mère, la catas­tro­phe n’a pas effacé son sou­rire. Ils ont reçu de l’aide de la part d’amis qui ont tou­jours été bien accueillis dans la maison. Patricia me dit : « Nous rece­vons ce que nous avons semé ». Celle-ci nous raconte que la petite sœur de Pascale, âgée de 5 ans, a été cho­quée lorsqu’elle a vu l’état de la maison et du quar­tier. Alors sa grand-mère s’est mise à lui dire : « Avec les voi­sins, nous avons décidé de deve­nir des scouts. C’est pour ça que nous dor­mons sous la tente ! » Puis met­tant sa main en porte voix, elle s’est mise à crier : « Ohé ! Voisins ! N’est-ce pas qu’on est des scouts ! Allez ! Tout le monde détruit sa maison et on dort sous la tente ! ». Devant la réponse affir­ma­tive et enthou­siaste des voi­sins la petite fille a changé de visage. Depuis, elle ne rêve plus que de scou­tisme…

Humberto : nous sommes de fer
Tant de témoi­gna­ges. C’est Alberto et Marcela, son épouse, enceinte, qui nous accueillent avec un immense sou­rire. En effet, malgré leur abat­te­ment suite à l’annonce du maire de ne pas aider les famil­les vivant sur des ter­rains illé­gaux, depuis que nous avons prié ensem­ble, des jeunes sont venus leur pro­po­ser une maison. Pour cer­tains, comme Daniel, cette épreuve s’ajoute à toute une lita­nie de souf­fran­ces accu­mu­lées durant la vie. Mais sou­vent, ils ne veu­lent pas cra­quer. Pas encore. Humberto, papa et jeune grand-père, par­lant un fran­çais admi­ra­ble – son père, fran­çais, avait été exilé du Chili – nous dit : « Nous sommes de fer, nous ne nous bri­se­rons pas, nous ne nous cour­be­rons pas. Aucune larme n’arro­sera la terre de nos ter­rains avant que nous n’ayons quatre murs et un toit pour les cacher. » Et c’est vrai que beau­coup contien­nent, rési­gnés, toute leur peine. Elle ne peut pas sortir. Ce n’est pas le moment. Il faut tenir, affron­ter les mau­vais rêves de la nuit, recons­truire. Mais la fati­gue se fait de plus en plus lourde.

Continuer les visi­tes
Après notre trop courte semaine de mis­sion, les volon­tai­res de Points-Cœur déci­dent d’aller visi­ter ces famil­les chaque semaine. Maintenant il va fal­loir affron­ter l’hiver, la longue recons­truc­tion, les allu­vions en cas de forte pluie… Mais tous disent qu’ils ont la vie, que leur famille est en vie et que c’est cela le plus impor­tant… Tous finis­sent par lever les yeux au ciel, sans paro­les – sans faus­ses paro­les – et sem­blent dire que Dieu tient tout dans sa main. Tous ils affir­ment qu’Il les aidera. Mais ils mani­fes­tent aussi com­bien ce petit signe, cette pré­sence toute simple est quel­que chose d’essen­tiel pour eux, de déci­sif. Alors, répan­dre ! Répandre dans la sim­pli­cité, dans l’humi­lité du pres­que rien de nos visi­tes. Être hanté par cette phrase d’Alex : « Je vous atten­dais, je vous atten­dais, voilà des jours que j’atten­dais le pas­sage du Christ ».Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Author: admin

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