Japon, cinq ans après le tsunami : des maisons provisoires à l’appartement, de la solidarité à l’isolement

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Depuis la fondation du Point-Cœur du Japon, les volontaires sont présents auprès des victimes du tsunami de 2011, les visitant dans leurs logements provisoires, les « kasetsu ». Cinq ans plus tard, ces personnes ont pu emménager dans de véritables appartements, mais la précarité a été remplacée par la solitude et l’isolement. Sylvie raconte l’une de ces rencontres :

Mme Henmi et Kasia du Point-Cœur de Sendai

Mme Henmi et Kasia du Point-Cœur de Sendai

Ce matin-là, nous sommes allés visiter Mme Henmi, une dame de 84 ans rencontrée il y a quatre ans dans une des maisons provisoires construites après le tsunami en 2011. Il y a un an, elle a déménagé dans véritable appartement.

Nous lui rendons régulièrement visite mais comme elle oublie toujours mon prénom, chaque appel pour la prévenir de notre visite est comme une première rencontre… Cependant lorsque nous arrivons au parking, elle est déjà là, courbée en deux, à nous attendre appuyée sur sa canne. Dés le premier regard tous les souvenirs lui reviennent !

Nous parlons pendant des heures du bon temps en « kasetsu » (maison provisoire), passant les pages de son album photo et se demandant ce que deviennent les uns les autres. Comme pour beaucoup, il a été difficile de se séparer des autres membres des « kasetsu ». Elle a pourtant tout le nécessaire dans ce nouvel appartement, mais elle est seule : « Là-bas on prenait soin les uns des autres, on ne se sentait pas seul. Ici c’est tellement impersonnel. »
Sa seule compagnie est la télévision mais Mme Henmi a encore de la chance car une personne vient lui faire la cuisine trois fois par semaine et son fils n’habite pas loin.

Le temps passe vite, il est déjà seize heures. Mme Henmi interrompt soudainement la conversation pour regarder a travers la fenêtre : « Les corbeaux vont bientôt s’envoler pour rentrer chez eux, je les vois tous les jours à la même heure. » Et cinq minutes plus tard, nous voyons quatre corbeaux prendre leur envol.
« Comme ce n’est pas toujours intéressant à la télévision, je regarde aussi les voitures passer pendant des heures… »

L’an dernier, lors de notre dernière rencontre en kasetsu, Mme Henmi me disait combien j’étais comme un membre de sa famille. Elle est ma grand-mère japonaise ! C’est une femme pleine d’amour et de respect, qui ne dit que du bien des autres. Après toutes les souffrances qu’elle a traversées elle m’apprend à accepter l’inacceptable, à aimer ce qui nous est donné de vivre.

Sur le chemin du retour je me rends compte que ces heures passées avec elle ne sont pas « perdues » mais au contraire me rendent plus humaine, aimante et proche de Dieu.

Sylvie et Kasia avec Mme Henmi

Sylvie et Kasia avec Mme Henmi

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Author: admin