Témoignages

Les volontaires qui partent en mission avec Points-Cœur s’engagent à écrire régulièrement à leurs parrains, partageant ainsi des nouvelles de leur quartier, des personnes qu’ils servent, de leur communauté et témoignant de leurs découvertes et de leur émerveillement face à la beauté des rencontres. En voici une sélection régulièrement agrémentée des derniers témoignages reçus.

Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P.
En mission à Bangkok

Marta, Daniel, et nous, trois mondes se rencontrent, et pourtant….

Kelsey, Viviana avec sa fille Antonela, et Daniel

Au Point-Cœur de Montévidéo en Uruguay, Mathilde raconte ces rencontres qui deviennent exceptionnelles, d’où naissent des amitiés.

Marta, nous l’avons rencontrée lors de ce dîner de bienfaisance au profit de notre Point-­Cœur, où elle s’est liée d’amitié avec Carole (volontaire). Elle nous attendait alors pour nous recevoir chez elle notre jour de repos. Daniel est l’ami de Viviana et ils se sont installés ensemble récemment près de chez nous. Les premières rencontres sont toujours un peu exceptionnelles, quelque chose se passe, surgit dans nos cœurs, des étincelles, une soif immense qui nous appelle à d’autres rencontres.
Voilà comment naissent les amitiés. Il en fut ainsi avec Viviana. Nous connaissions déjà ses enfants car ils étaient arrivés, seuls, au Point-­Cœur à diverses occasions, puis Karen, la sœur de Viviana, qui prit soin des enfants alors que Viviana était en prison. C’est Kelsey et Dominika, qui, guidées par Karen, sont allées visiter Viviana récemment sortie de la prison. Une visite incroyable où, dès le début, Viviana, pauvre en tout, a ouvert son cœur aux filles, simplement, partageant ses nouveaux pas de maman, titubant dans le monde : découvrir son autorité et son amour maternel, cuisiner pour eux, se procurer ce dont ils ont besoin… et tout cela sous un toit de tôle étroit, qui laisse passer l’eau de la pluie… Tous ces premiers mois, chaque nuit de pluie, combien je pensais à eux… Si la pluie battait trop fort, elle devait prendre ses petits et aller demander humblement refuge à sa sœur… Aujourd’hui, la maison s’est un peu arrangée. Suite à cette visite, les filles invitent Daniel et Viviana à déjeuner chez nous dès le lendemain. Le jour suivant, il est 13h et nos invités n’apparaissent pas… Venir déjeuner dans notre maison est un peu étrange et intimidant… alors Kelsey et Dominika partent les chercher et ils reviennent tous ensemble. Viviana et Daniel sont si nerveux qu’ils rient à tout instant, d’un rire que je ne voudrais plus entendre tant il est douloureux, tant il parle des souffrances vécues. Mais, petit à petit, ils se tranquillisent et la conversation va bon train, puis, tantôt ces rires, surtout ceux de Viviana, mais aussi toute une discussion qui s’alterne entre le récit de notre vie et la leur, entre leurs angoisses partagées et de grandes questions sur la foi et sur notre mode de vie. Souvent Daniel réexplique à Viviana ce qu’il a compris. Il y a un profond respect dans ses yeux, pour elle et pour nous. Et puis, c’est comme si nos réponses venaient éveiller la possibilité d’une vie différente.
Et voilà ce qu’il s’est passé avec Marta. Ce jour-là, elle allait recevoir Carole et Dominika pour la première fois. Et Marta décida de venir les chercher. Ce ne sont pas tous les amis des beaux quartiers qui s’aventurent jusqu’à notre maison… Alors, nous étions tous là, à l’heure du goûter (encas de 4h, de rigueur ici !) pour la recevoir. Nous avions disposé pour elle tous les thés que nous avions : de France, d’Uruguay et de Pologne ! Mais elle nous surprit par sa simplicité, et, à l’image des pauvres de notre quartier, elle nous partagea un bout de sa vie, les expériences douloureuses par lesquelles elle était passée. Et l’on toqua à la porte : Daniel et Viviana ! Alors que Kelsey conversait avec Viviana à la porte, Daniel entra pour nous saluer. Son visage paraissait bien lointain. Je regardais la scène : Daniel, Marta, et nous… comment cela allait-­il se passer ? Daniel s’assit et nous lui proposons de choisir un thé : « Vert ! » Il ne comprend de quoi il s’agit ! « Au citron », nous demande-­t-­il. Mais, finalement, il se laisse convaincre par Dominika et son thé polonais. Et sans que nous ayons besoin d’intervenir, Marta et Daniel commencent la conversation. Marta demande à Daniel s’il a des enfants, il répond que c’est un peu compliqué. Elle lui dit que, pour elle-­même, il en est ainsi aussi, et elle l’écoute. C’est un échange banal qui est, malgré tout, un peu extraordinaire par la simplicité et le respect qui en émane. A ce moment, il n’y a pas de différences entre Daniel et Marta, dans notre salle à manger, ils se rejoignent et échangent sur leurs vies respectives, si différentes et pourtant, comme le montre cet instant, si proches. Puis Daniel, qui semble préoccupé, nous remercie et se lève pour rejoindre Viviana. Viviana était venue demander de l’aide chez nous car, pour l’instant, c’est encore sa sœur qui gère l’argent et elle se retrouve donc un peu sans rien. Kelsey l’a écoutée, lui a donné quelques conseils. Finalement, Viviana est repartie de notre maison sans aide matérielle mais avec son sourire immense. Elle a remercié Kelsey de l’avoir écoutée, de lui avoir donné de nouvelles forces et lui disant qu’elle savait bien que Dieu ne l’abandonnerait pas, qu’il ne l’avait jamais abandonnée… Cela m’a rappelé le jour où nous avons invité à déjeuner Vivian et Wilson pour leur anniversaire. Vivian est bien dépressive depuis qu’elle a vu son fils se noyer, il y a bien des années… Wilson prend soin d’elle et, ensemble, ils prennent soin d’un neveu devenu orphelin de père et dont la mère ne peut s’occuper. Les deux, malgré leur pauvreté, ont une grande dignité, ils sont toujours si bien vêtus et leur maison si bien tenue et, tout cela, dans un style bien à eux qui leur va si bien. Le lendemain de ce repas d’anniversaire, Vivian est venue à la maison et, sur le pas de la porte, elle nous a remerciés en nous disant qu’on lui avait offert le meilleur cadeau d’anniversaire : « El amor… »

 

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MAthilde C.
En missoin en Uruguay

Suyapa, mendiante d’amour

Ruelle du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa

A Tegucigalpa, Solène retrouve Suyapa, cette mendiante au cœur assoiffé qui rayonne du Royaume.

De bon matin, alors que nous sortons de la messe, nous apercevons de loin Suyapa. Nous faisant un signe de la main, elle semble également nous reconnaître. Elle mendiait en effet à ce même feu rouge, trois mois plus tôt. Nous l’avions alors saluée brièvement… Naine de nature, Suyapa est une jolie femme de soixante-­cinq ans, à qui l’on pourrait aisément en donner vingt de moins, sans doute par sa voix enfantine et son visage tout lisse qui paraît échapper à la marque du temps. Elle m’a fait tomber à genoux, par sa petite taille mais aussi par sa grandeur d’âme. Elle est pour moi un témoignage vivant : « Vous savez, moi, je n’ai pas de maison, je n’ai pas à manger mais j’ai toujours dormi quelque part et j’ai toujours mangé quelque chose. Je n’ai jamais manqué de rien car je vis de la Providence divine. Le Seigneur me comble de tout. Quel Père pourrait délaisser son enfant bien-­‐ aimé ? » Avec beaucoup d’humilité, elle poursuit : « Il faut apprendre à mendier, mendier, mendier. Il faut savoir mendier. » Elle nous enseigne alors : « Le Seigneur nous envoie des épreuves pour affirmer notre foi. J’ai parfois de telles douleurs dans les jambes que je ne sens plus la force de me lever. Je demande alors à Dieu Sa force et Il me lève. » Quelle belle invitation à reconnaître sa pauvreté et à mendier la grâce de Jésus pour nous relever ! Peu après, elle nous raconte : « Un jour, alors que j’étais en train de mendier, un monsieur m’a violemment craché au visage : « Dégage ! », ce à quoi je lui ai répondu : « Que le Seigneur vous bénisse ! »» Combien son attitude est incarnation de l’Évangile. La même semaine, je médite cette parole de la Bible : « Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Répondez au contraire par une bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction. » 1 Pierre 3, 8-­‐9 Elle poursuit alors : « Quelques jours plus tard, cet homme m’a demandé pardon et m’a remerciée de lui avoir répondu avec bonté. Je lui ai dit : « Comment pourrai-­je vous répondre autrement ? Vous êtes le fils de Marie, nous avons la même Mère. Nous sommes frères. »» Suyapa est pour moi un ange que Dieu a mis sur mon chemin, afin de ne pas m’égarer, afin de m’aider à vivre la mission avec tout ce que je suis, mais aussi avec tout ce que je ne suis pas, avec ce que le Seigneur me propose de devenir par Sa grâce. C’était touchant, un moment un monsieur s’est arrêté au feu vert pour nous lancer par la fenêtre : « C’est superbe ce que vous faites ! », avant de démarrer rapidement, sans bien même nous laisser le temps de réagir. La gratuité, quelle belle chaîne de charité ! C’est fou comme l’amour est contagieux, quand on sait le recevoir. Ça me fait penser à Mère Teresa qui nous met face à nos responsabilités face au sort de l’humanité : « La paix commence par un sourire ». Simple mais puissant ! Suyapa nous confie plus tard : « J’ai en moi cette cicatrice de ne pas me sentir aimé. Et vous m’avez offert ce qu’il y a de plus précieux, votre amour dont j’ai tellement besoin, cet amour que je n’ai jamais reçu de mes parents. Ce n’est pas l’argent que je recherche, je recherche de la tendresse, quelqu’un qui m’aime. Vous êtes les anges que Dieu m’a envoyés pour m’aimer aujourd’hui. » Et alors que nous la serrons très fort dans nos bras, elle se met à prier ouvertement en pleurant à chaudes larmes : « Merci Seigneur de m’avoir envoyé ces trois petits anges. Ils m’ont vue de loin, m’ont saluée de la main, ont continué leur chemin et quelques secondes plus tard ont fait demi-­tour pour venir m’embrasser. Merci de les avoir amenés à moi, Seigneur. » Au moment de nous quitter, elle s’exclame : « Quand est-­ce que l’on va se revoir ? Comme je voudrais que vous m’emmeniez à la messe ! Comme je voudrais vous adopter tous les trois ! Je vous en prie, priez-­pour moi. Votre amour et votre prière seront mes plus beaux trésors. » Suyapa me rappelle le charisme de notre mission. Nous ne sommes pas là pour faire, mais d’abord pour être. Nous sommes là pour aimer, c’est la plus grande soif de l’humanité : être aimé. Et c’est amusant, car deux semaines plus tard, en allant me reposer à nouveau chez Alessandra, je souhaitais de tout cœur la revoir. Avec Estefanía, nous avions tout prévu : mettre le réveil plus tôt pour aller la chercher au feu, l’emmener avec nous à la messe comme elle en rêvait, et partager dans la rue un petit-­déjeuner « improvisé ». Finalement, rien de tout cela. Car au feu, pas de Suyapa ! Et à l’horizon, seulement le flux ininterrompu de voitures. C’est vrai que j’étais déçue. Mais en même temps je rendais grâce : « Merci Seigneur car tu me fais comprendre que cette amitié est Tienne. Elle ne m’appartient pas. Elle m’est donnée, je ne peux la posséder. Je la remets entre tes mains. Que ce soit, non ma volonté, mais bien Ta volonté Seigneur. Ça, c’est la liberté ! »

 

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Solène deF.
En mission au Honduras

Se sculpter un cœur de chair…

Anita et Marcos

Après un an et demi à la Fazenda, Lucie est toujours surprise de la compassion qu’ont les personnes les plus simples.

Ainsi, Anita, cette femme atteinte de schizophrénie, qui habite avec moi, me demande régulièrement si elle peut m’aider. Il y a aussi Roseane qui a un retard psychologique. Elle est parfois très agitée. Dans un éclair de lucidité, il est arrivé qu’elle me demande si je suis fatiguée. Lorsque je réponds par l’affirmatif, cela a pour effet de la calmer. J’ai aussi l’occasion d’accompagner Diego, un homme de trente ans, qui est handicapé. Il a été accueilli à la Fazenda à l’âge de douze ans. Il est assis sur un fauteuil roulant, il ne parle pas, il est dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Auparavant, il vivait dans un orphelinat. Lorsqu’il est arrivé, il criait beaucoup, il s’automutilait. Pour l’apaiser, le seul moyen était de le prendre dans ses bras. Il s’est peu à peu ouvert, épanoui. Diego aime avoir un chapelet dans les mains pour « jouer avec », cela l’apaise. Je suis aussi surprise de son étonnante fécondité. Ainsi, Ligia, une amie qui a vécu avec Diego à la Fazenda, l’accueille parfois à son domicile, dans le quartier du Point-Cœur . Une fois, lorsque je suis arrivée avec Diego, en voiture, devant la porte de Ligia, une voisine l’a interpellée : « Il est arrivé, le garçon ? » Ligia m’explique que Diego reçoit de nombreuses visites. Les habitants du quartier se sont pris d’affection pour lui. Certains jours, je prends soin de Diego, tout en ayant Maicon et Marcos avec moi. Ce sont ces deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans. Ces deux « ter-­ribles ! » sont capables de rester tranquilles, lorsqu’ils savent que je dois m’occuper de Diego. J’aime beaucoup voir les « abraços », autrement dit les embrassades qu’ils donnent à Diego. Les premiers mots de Marcos furent « papa », « maman », « non » et « Didi », le surnom de Diego. Quant à ce dernier, qui est parfois si absent, il semble être attentif à la présence des enfants. Diego assis sur le fauteuil roulant Anita aussi s’inquiète toujours pour Diego : « Qui reste avec lui cet après-­midi ? » Lorsque je dois m’absenter, je demande à Anita si elle peut rester avec Diego. Aussitôt, elle s’empresse de laisser ce qu’elle faisait pour aller s’asseoir à côté de lui. Ce que je constate aussi, après un an et demi à la Fazenda, c’est que nous n’avons pas un taux de réussite, humainement parlant, très élevé ! Nos enfants ne sont pas brillants à l’école, les situations familiales sont toujours compliquées… Ce que je peux affirmer, par exemple, avec Maicon et Marcos, c’est qu’après avoir passé quelques jours en dehors de la Fazenda, ils reviennent plus endurcis, plus agressifs. Il me semble que le fait de vivre à la Fazenda leur donne un cœur plus doux. Cela est certainement dû à la Présence du Saint Sacrement, à la tendresse de Marie, à la présence de Diego, d’Anita…
Grandir à la Fazenda est le moyen pour se sculpter un cœur de chair, un cœur plus sensible à la souffrance du prochain, un cœur où peut naître la compassion.

 

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Lucie D.
En mission à la Fazenda au Bresil

Féla, un concentré de tendresse à 105 ans !

La communauté du Point-Coeur de Cuba

Ramiro, Jirge et Féla, une longue histoire d’amour au coeur de quartier du Point-Coeur de La Havane ! Secret de longévité…

Il y a une maison dans laquelle nous nous rendons facilement, sans prévenir… que ce soit pour faire un petit coucou, demander de l’aide pour une réparation de dernière minute, ou boire un petit café : c’est celle de Ramiro, Jirge et Féla.

Féla a… plus de cent-cinq ans. Son secret de longévité ? Très simple ! Elle a eu quatorze enfants et vécu, jusqu’à ses quatre-vingt-dix ans, dans une maison, sans eau courante, ni électricité, complètement perdue au fond de la campagne cubaine. Il lui arrive de danser un petit peu, elle lave toujours son linge à la main. A cela, vous ajoutez : un paquet de cigarettes par jour, un litre de café et un humour ravageur. Exemple parfait pour arrêter de fumer ! Une petite anecdote : un jour, je suis allée lui rendre une petite visite. Elle fumait sa petite cigarette, tranquillement, dans le jardin, à côté des centaines d’orchidées de Ramiro (c’est un passionné). Le tout, en maudissant les canaris qui chantaient à tue-tête. A un moment, elle me tend sa petite trousse et me propose une cigarette. Je lui réponds que je ne fume pas. Là, elle s’arrête, me regarde avec stupeur en me demande : « Quoi ?! Et pourquoi ? » Je lui explique maladroitement, car vu son profil, ce n’est pas le bon exemple : « Parce que ce n’est pas bon pour la santé, Féla ! » Elle me regarde et rigole à moitié en disant : « Ahhhh muchachachaaa ! » Féla c’est un concentré de tendresse… Elle a le corps bien marqué par la vie ! Son grand désarroi est de ne plus avoir de cheveux… A chaque fois, elle nous en parle comme si une partie de sa féminité était partie ! Et, bien que nous lui répondions, à chaque fois, qu’elle est toute belle, rien n’y fait… elle souhaite re- trouver sa belle chevelure brune et bouclée. C’est touchant, car Jirge lui a tricoté pas mal de bonnets de couleurs différentes. Féla les porte en fonction de ses vêtements. Son regard reste pétillant et elle ne rate pas une occasion pour faire quelques petites blagues ! Ce qu’elle sait le mieux faire ce sont de longs « abrazo », de grands câlins, où elle nous murmure son traditionnel : « Ahhhhhh muchacha »… le tout avec sa voix de fumeuse toute rauque et de grandes bises. Et malgré son apparence bien fragile, je peux vous assurer qu’elle vous enlace avec une force assez incroyable. J’apprécie beaucoup aller la voir, lorsque j’ai un petit « coup de mou », car sa présence est une véritable consolation, tant elle nous offre sa tendresse, son « cariño cubano ». Jirge est sa dernière fille. Il y a quelques années, le fils de Féla est décédé. Il vivait avec elle et prenait soin d’elle. Au vu de son âge et des conditions de vie, il était impossible que Féla reste toute seule dans sa mai- son. Jirge et Ramiro l’ont donc accueillie chez eux. Jirge s’est arrêtée de travailler pour s’occuper de sa ma- man. Et oui, Féla a besoin d’une présence constante, elle ne peut jamais être toute seule. Être présent en- vers elle, c’est l’aider à se laver, à aller aux toilettes, préparer son repas, aller acheter ses cigarettes et, bien-sûr, « papoter » avec elle ! Jirge n’est pas un cas à part : beaucoup de Cubains s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs parents. Cela m’a intrigué, car je n’avais jamais vu cela… J’avais plus l’habitude des maisons de retraite.

Un jour, au cours d’une discussion, Jirge m’a expliqué pourquoi elle avait fait ce choix de vie. Tout cela réside dans l’Amour envers sa mère, sa reconnaissance envers elle, envers toute l’éducation qu’elle a reçue de sa part. Il y a aussi la situation économique de sa famille, qui lui a permis de s’arrêter de travailler. Chaque geste qu’elle fait envers sa maman, c’est avec un amour profond, un acte de gratitude… J’irais même jusqu’à dire que c’est un acte de foi, car elle prend soin d’elle avec gratuité, liberté et vérité. Elle ne « supporte » pas sa maman mais l’accompagne dans ses dernières années. Elle est tout simplement pré- sente. Quel exemple ! Ce qui me touche le plus c’est que, lorsqu’elle en parle — et je peux vous assurer que c’est toujours avec une grande émotion —, c’est plus que visible que cela la mène vers une félicité. Bien que ce ne soit pas simple tous les jours, Jirge sait, au plus profond de son cœur, pourquoi elle reste présente pour sa maman : c’est un acte d’Amour profond. En rien, elle ne regrette son choix de vie. En rien, elle ne regrette de ne plus aller travailler, voir ses an- ciens collègues. Et même si, de temps en temps, elle souhaite sortir un petit peu plus, elle dit : « C’est si naturel pour moi de prendre soin d’elle… Elle a tellement pris soin de moi, elle m’a tellement aidé ! C’est aussi ma façon de la remercier pour tous les sacrifices qu’elle a fait pour nous. »

Quel témoignage que celui de Jirge… Quel témoignage, qui m’amène à me demander ce que je ferais à sa place, qui me fait penser à toutes ces personnes âgées dans des maisons de retraite, qui ne voient leur fa- mille que deux à trois fois par an. Je pense à tous ces grands-parents, qui ne voient plus leurs enfants et petits-enfants. La solitude de la vieillesse ! Quand vous voyez Féla, c’est impossible de rester insensible ! Quand vous allez voir Fabiola (cette petite dame dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre), les histoires de Paco (un voisin), c’est impossible de se dire que la vulnérabilité du corps nous conduit à une inutilité sociale.

Dans son choix de vie, Jirge me montre la beauté de la vieillesse et l’importance capitale des personnes âgées, au sein de la famille et, plus profondément, de la société. Et surtout, elle me révèle la beauté de leurs cœurs, car, même si le corps se dégrade petit à petit, le cœur, lui, reste intact… Féla me donne envie de vivre jusqu’à cent-cinq ans ! Après, pour ce qui est des quatorze enfants et de laver son linge à la main, … cela reste à confirmer !

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Guillemette E.
En mission à Cuba

Aurélien et les enfants du quartier du Point-Coeur de Tégucigalpa

Etre en vie est une action de grâce !

Arrivé depuis quelques jours au Honduras, Aurélien nous raconte ce qui l’édifie, le surprend et lui apprend à remettre Dieu au centre de tout grâce aux rencontres qu’il fait avec le Point-Coeur.

Je suis édifié, jour après jour, par la foi et l’amour qui habitent chaque personne, chaque rencontre. Malgré les épreuves et les souffrances, leur confiance en Dieu refait surface et, souvent, le simple fait d’être en vie leur suffit pour dire « gracias a Dios ». Je sens, aussi, un profond attachement à la Vierge : Jamais une messe ne se termine sans un « Dios te salve ». Il est fréquent de voir des chapelets, soit autour du cou ou dans les voitures, et, la patronne du Honduras, la Vierge de Suyapa, est visible dans la plupart des maisons. J’apprends ainsi à mettre un visage maternel sur notre maman du Ciel. S’il est parfois difficile de mettre Dieu au centre de mon quotidien français, ici, les signes nous rappelant sa présence, grouillent de toute part (paroles d’évangile sur les murs de la ville et dans la prison que l’on visite, des médailles miraculeuses portées ostensiblement…) Qu’est-ce que c’est bon de voir et de sentir cela à chaque instant !

Je voudrais, maintenant, vous faire part d’une rencontre qui m’a bouleversé. Un lundi matin, alors que nous priions le chapelet, au retour de la messe, avec Solène et Estefania, une dame nous salua de loin avec un grand sourire. Après l’avoir saluée en retour, nous avons fait demi-tour pour partager un moment avec elle. Elle se trouvait seule, à un carrefour, et nous a confié ses soucis de santé et de famille, avant de commencer à rendre grâce pour l’instant présent et à prier pour nous !! Les larmes perlaient sur son visage, non pas des larmes de tristesse mais bien de gratitude et de joie, alors que nous l’entourions par des gestes affectueux. Notre écoute et notre chaleureuse présence était ce dont elle avait besoin, à ce moment, mais quelle foi habitait cette femme de soixante-et-un ans, qui en paraissait vingt de moins, tant sa foi resplendissait sur son visage.

Enfin, quel bonheur de vivre des messes si joyeuses et si profondes. Elles me donnent, selon moi, un avant goût de ce qui nous attend au Ciel et je me nourris énormément de tout cela ! Je découvre, peu à peu, que la simplicité (des conditions de vie mais surtout du cœur) me rapproche de l’autre et donc de Dieu. Malgré les moments où je suis fatigué, où la langue m’empêche de bien comprendre et de partager autant que je le voudrais, où je me sens impuissant face à la peine endurée par certains de nos amis, il n’y a pas à s’en faire, car le Seigneur est bien présent à travers nos amis, à travers mes sœurs de communauté et, bien-sûr, dans le Saint Sacrement, que nous avons la chance de contempler chaque jour ! Je me sens, d’ailleurs, d’autant plus proche de Jésus, que ma chambre donne directement sur notre chapelle !

 

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Aurélien M.
En mission à Tégucigalpa

Rien n’est mort !

Cécile est en mission au Point-Cœur de Brooklyn à New York. Elle découvre combien pour le Christ, rien n’est jamais mort, rien n’est jamais définitivement perdu… Souverain Maître, il a le pouvoir de tout réintégrer, même un défunt, en un instant à Sa vie, la vie éternelle.

Divina

Rien n’est mort en Divina, cette amie sans-abri, qui frappe à notre porte toutes les heures, quand elle ne s’est pas réfugiée pour une nuit ou deux à l’hôpital ou dans un immeuble. Rien n’est mort, même si nous sommes épuisés de ne plus savoir comment l’aider (toute tentative de lui trouver une solution de logement et de soins viable s’est jusqu’ici soldée en échec, depuis six ans : Divina souffre de schizophrénie). Rien n’est mort parce qu’elle est capable de nous aider dix minutes à laver des légumes et de rire aux éclats. Rien n’est mort parce qu’elle a la lucidité de crier parfois à l’aide, en larmes… Rien n’est mort parce qu’après le verre d’eau reçu à la maison, elle continuera de vivre une journée. Rien n’est mort parce qu’elle nous provoque à toujours essayer de la comprendre, à ne pas croire que l’amitié se contente de solutions toutes faites. Rien n’est mort et tout sommeille… attendant la délivrance éternelle.

Rien n’est mort en Teressa, qui a quitté, depuis vingt ans, l’Eglise catholique, après une enfance plutôt pieuse… et s’est mise à la peinture, puis, plus récemment, à la sculpture, sculptant des corps sans bras, reflets tristes et amicaux de son âme qu’elle sent « sans vie ». Rien n’est mort parce qu’une de nos conférences, à laquelle elle assiste par hasard, réveille tout en elle. Ou plutôt, comme elle me le confie samedi dernier, en voyant certaines personnes de notre communauté, leur bonté et leur attention, elle est tout-à-coup « re-révélée » à elle-même : elle se souvient de ses conversations d’enfants avec Dieu, elle retrouve, en un instant, les ailes ou les bras, qui lui manquaient : elle se sent chez elle et tout reprend son sens et demande comment réintégrer l’Eglise. Vingt ans de sommeil balayés par l’éclair fulgurant d’une présence…

Dîner de départ de Pat

Rien n’est mort dans notre amitié avec Pat, qui, après de nombreuses années à New York, dans le miséreux shelter (foyer pour sans-abris) voisin, malmenée par ses colocataires, et transportée dans des hôpitaux, sans comprendre ce qui lui arrivait, vient de pouvoir repartir pour Trinidad, d’où elle est originaire. Lors du petit dîner d’adieu que nous lui avons fait à la maison, (toutes les semaines nous visitons le shelter, et Pat était devenue une très grande amie…), ses larmes étaient bien difficiles à regarder. Mais Pat était en même temps comme « rayonnante » de l’amitié avec nous, cette amitié qui lui a permis de survivre dans la ville folle. Nous ne reverrons plus Pat, mais savons que tout ce que nous avons vécu avec elle sera intact, lorsque nous la retrouverons pour la grande amitié dans la vie éternelle.

 

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Cécile F.
Membre permanente de Points-Cœur à New York

Maria, l’amour-persévérance

Au Salvador, ce sont souvent les femmes qui par leur persévérance et le sacrifice de leur vie font vivre leur famille. Maria, une amie du Point-Cœur et des sœurs du Salvador, est de celles-ci. 

« Il nous reste peut-être quelque arbre, sur le versant, que tous les jours nous puissions revoir ; il nous reste le chemin d’hier et la fidélité d’une habitude, enfant gâtée qui se plut chez nous, y demeura et ne partit plus. »
(Rainer Maria Rilke)

En lisant ces lignes de la première élégie de Rilke, j’ai pensé à notre amie Maria, cette jeune femme d’une trentaine d’années, qui vit dans le quartier du Point-Cœur. Elle est pour moi un véritable témoin vivant de cette persévérance. Elle a grandi dans le quartier, reconnu comme « difficile » par les autorités, vivant au milieu des gangs et survivant au-delà des tourmentes et des angoisses.

Elle vit avec sa mère et son neveu, Pedro, qui a onze ans et qu’elle élève comme son propre fils. Elle a réussi avec beaucoup de persévérance à étudier et travaille actuellement dans une association espagnole comme éducatrice spécialisée en prévention dans des quartiers plus en difficultés. Elle est aussi la responsable de notre fraternité Maximilien Kolbe qui réunit plusieurs familles et amis désireux de vivre le charisme de compassion au sein de leur réalité professionnelle et familiale. Elle est d’un caractère enthousiaste et joyeux.

Il y a quelques mois, elle nous faisait part de sa préoccupation pour Pedro, son neveu. Au sein du collège il souffrait de calomnies et de moqueries et ses notes avaient baissé. De plus, lorsqu’il rentrait chez lui le soir, la grand-mère seule et malade, le recevait et perdait patience. Elle le mettait alors dehors, livré à lui-même au milieu des gangs. Après avoir échangé avec Maria, nous avons pu évoquer l’idée de le changer de structure scolaire afin qu’il soit dans un climat d’études plus serein et qu’il puisse avoir des temps d’études incorporés qui permettraient à sa tante de le récupérer le soir à la sortie de son travail.

Après avoir trouvé une structure adéquate, nous avons sollicité une de nos amies pour la prise en charge d’une partie de la scolarité. C’est une aide précieuse pour Maria qui doit assumer ces nouveaux frais qui grèveront son budget (80 dollars par mois). C’est elle en effet qui subvient aux besoins de la famille et payent les factures et charges courantes. (Pour vous donner une meilleure idée, au El Salvador, le salaire minimum est de 300 dollars pour un niveau de vie équivalent à une vie européenne). Plusieurs fois je l’ai vu se priver de manger pour pouvoir nourrir sa mère et son neveu. Avec beaucoup de dignité et de courage, chaque jour, elle trouve la force de persévérer, grâce à sa foi et son amour pour sa famille. Des femmes comme Maria, il y en a beaucoup au El Salvador. Elles sont vraiment des témoins vivants de ce jour après jour, de ce don au quotidien, dans la discrétion et le travail, le sacrifice et la dignité enracinés dans une foi profonde.

Au fil des années en terre salvadorienne, je redécouvre le sens du mot « persévérer », il devient mien chaque jour un peu plus au contact de Maria et de tant d’autres. Si la définition du dictionnaire : « Persister, demeurer ferme et constant » exprime parfaitement ce que cela signifie, je crois pouvoir dire que, quotidiennement je vois des exemples très concrets à l’image de Maria de cette persévérance qui m’édifient.

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Sr Anne
Servante de la présence de Dieu

Fatima ou celle qui m’ouvrira la porte du Ciel

Un voyage en train peut donner lieu à de belles rencontres. Sœur Aurélie, en mission à Flassans-sur-Issole, raconte : 

Cet après-midi là, je rentrais de mission, et j’étais bien fatiguée. Retrouvant ma place dans le train que j’avais quittée quelques instants, je vis qu’une jeune femme s’était assise en face de moi. Il y avait beaucoup de places libres dans le train, qui était sans réservation, aussi, il me sembla qu’elle m’attendait, et je tâchais de me préparer intérieurement.

– « Bonjour, vous êtes une sœur ? »

– « Bonjour, oui, je suis bien une sœur. »

– « Alors, vous allez pouvoir m’aider ! »

Je répondis par un sourire et bredouillai quelques mots, me sentant tout à fait incapable d’aider quiconque, étant donnée ma fatigue et le tambourinement de mon mal de tête.

Cette jeune femme s’appelait Fatima. Elle me demanda de l’argent, mais au fond, je sentais que ce n’était pas l’objet profond de sa demande, de notre rencontre. Elle me parla de sa vie, de ses parents, morts tous les deux alors qu’elle était jeune, de son frère malade, à qui elle venait de rendre visite et qui lui avait volé son argent, de son ami qu’elle venait de quitter alors qu’elle l’aimait, parce qu’elle pensait être enceinte et avait peur de sa réaction. Elle parla aussi de Dieu, de la prière, de sa foi. « Je prie matin, midi et soir. Lorsque mes parents sont morts, j’ai commencé à lever les yeux vers le Ciel. Je sais que Dieu est avec moi. » – « Peut-être qu’Il vous montre qu’Il prend soin de vous en faisant des signes ? », demandai-je. – « Oui, exactement, Il n’arrête pas de me faire des signes ! » –  « C’est grand ça. » lui répondis-je, admirant sa foi. – « C’est plus que grand, c’est puissant ! », s’exclama-t-elle en pesant ses mots. À ce moment, un monsieur assis à quelques places me tendit un gâteau. Depuis mon arrivée dans le train, il me montrait sa bienveillance par un gentil sourire, qui se concrétisa par ce présent. « Fatima, le Seigneur nous offre même le goûter ! » Nous continuâmes notre conversation en dégustant le gâteau. Puis Fatima confia : « Je me suis prostituée. C’était pour récupérer de l’argent pour aider mon frère, ce n’est pas un péché, n’est-ce pas ? » Je gardai le silence, ne sachant comment lui répondre. C’était, il me semblait, le cœur de notre rencontre. Je désirais, par mon attitude, lui montrer toute mon estime et tout mon respect pour sa vie. Elle reprit : « Après j’ai arrêté. Je sentais que ce n’était pas bon pour moi, je ne pouvais plus. » Puis elle changea de sujet. La gare de Toulon approchait. Je lui dit le sentiment qui était pour moi comme la « note » de notre rencontre : « Fatima, vous savez, en regardant vos yeux, on perçoit que quelque chose, dans votre cœur, est resté pur. » De fait, son regard était empreint de douceur et de clarté. Elle sourit. Je pris congé d’elle en me demandant si nos routes se recroiseraient un jour, et pensai soudain que, peut-être, ce serait elle qui m’ouvrirait la porte du Ciel. « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume ». À travers cette rencontre, ce verset est devenu pour moi réalité.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P.
Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

Donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida

La mission est finie et Arnault revient de Procida, en Italie. Rencontres et moments forts du départ…

Le moment du départ et de saluer mes amis pour la dernière fois fut un moment difficile, mais aussi, plein de grâces.

Je dois vous parler de Christian, que j’ai rencontré à une séance de catéchisme où je faisais un petit témoignage sur Points‐Cœur. Ce jour-­là, il m’a abreuvé de questions, je l’ai suivi chez lui, il m’a présenté à sa famille. Dès lors, il m’a écrit des lettres, fait des dessins, commencé à apprendre le français. Il sautait dans mes bras, dès que je le croisais, il m’a même dit que j’étais trop fort au foot, quand on raconte que l’amour rend aveugle… Adele, sa maman, me confie à demi-­mot qu’à la minute où il m’a vu, il m’a pris comme modèle parce qu’à la maison son père boit et s’énerve beaucoup. Emue, elle me dit qu’il retrouve une espérance. Je perçois que ce que voit Christian chez moi me dépasse totalement, à la mesure de l’amour qu’il me donne, qu’il déverse en mon cœur, comme cela, gratuitement, inconditionnellement. Au moment de se dire « au revoir », je lui dis que l’on s’appellera, que l’on s’écrira, que l’on se reverra. Je lui demande de prier pour moi et lui dis que j’en ferai autant mais, les larmes aux yeux, il saute à mon cou et je le sers fort dans mes bras, peu de mots, un grand silence. Nous nous séparons le regard triste, je ne verrai plus Christian, mon ami qui a huit ans et, jamais, ô grand jamais, je ne l’aurai imaginé, mais cela me crève le cœur. J’emporterai son amour avec moi et prierai pour lui chaque jour.

Les derniers mots échangés soulignent l’absurdité et toute la beauté de la mission car, en effet, il est absurde de quitter sa vie pour épouser un peuple et, finalement, quelques mois plus tard, retourner à sa vie précédente. Mais, la grande beauté de notre vie, ici, repose aussi en cela : dans la gratuité de la démarche et dans le fait de participer à une œuvre qui nous dépasse totalement. Lorsque je suis venu prendre un ultime café chez Loredana, elle a pris pour image Michelangelo qui expliquait que ce n’est pas lui qui faisait la statue, mais que celle-­ci était présente dans la pierre et qu’il ne faisait que la mettre au jour. Je crois que c’est exactement cela la mission que j’ai vécue à Procida, l’œuvre à laquelle j’ai participé. En cherchant à aimer nos amis jusque dans leur quotidien le plus ordinaire. Il me semble avoir taillé la pierre pour laisser la statue émerger dans le moindre de ses reliefs. Ici, j’ai appris qu’aimer c’est aider l’autre à prendre conscience du chef d’œuvre qu’il cache. Un chef d’œuvre unique qui est celui du Père.

« Bon voyage mon ami ». Au moment de partir, Enzo me dit cette phrase en français dans le texte. Il est plutôt du genre réservé, dans ces mots tout est dit. Il me remercie d’être venu, d’être entré dans sa vie, de l’avoir aidé pendant quelques temps à porter sa croix et me souhaite le meilleur pour la suite. Le voyage de retour ne fait que commencer mais, quand l’heure du départ a sonné, une sensation d’arrachement s’est emparée de moi et je crois laisser un bout de moi-­même là-­bas. Cependant je sens que je rentre en paix avec tous mes amis au cœur et leurs visages qui continueront à m’illuminer. Le sentiment qui m’anime est celui d’une grande liberté. Libre, car la mission à laquelle j’ai participé est bien plus grande que moi, car ce regard nouveau que j’ai découvert, je pourrai le porter sur le monde que je retrouve. Car il ne tient qu’à moi de donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida. Il me semble désormais que cette liberté est le trésor que je suis venu chercher, celui qui me fera vivre selon la phrase de saint Augustin : « Aime, et fais ce que tu veux ».

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Arnault S.
Volontaire au Point-Cœur de Procida

Allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

Dans l’avion de retour du Point-Cœur du Honduras, Bérengère nous partage ses premières pensées, l’essentiel de sa mission, la leçon d’amitié…

Bérengère et la famille de Maria Justina Honduras

Me voici dans l’avion de retour. Alors que dans moins de dix heures maintenant, je vais à nouveau fouler le sol français, après une mission à plus de 8 500 kilomètres de là. Il est venu, pour moi, le temps de faire le bilan de cette extraordinaire expérience humaine. Mais ô combien cette tâche m’est difficile ! Comment résumer de manière fidèle ce que j’ai vécu ici d’un point de vue spirituel, humain et culturel ? Une chose est sûre, c’est que j’ai beaucoup reçu ! Si vous saviez à quel point ! Bien plus que je n’ai pu donner. Cette mission m’a évidemment transformée, car elle m’a permise de réaliser ce que j’avais au fond de mon cœur depuis des années, d’accomplir ce à quoi j’aspirais. J’ai tant appris ! A commencer par le don de soi, quelque soit les circonstances, la patience, l’écoute, la disponibilité à tout moment, la simplicité de vie, l’humilité, la vie en communauté. J’ai beaucoup appris sur les autres, sur moi, sur mes richesses et mes limites. J’ai appris à aimer, à aimer en vérité, de manière totalement gratuite, les personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles font. J’ai appris à regarder le bien en chacune d’elles. Cela a changé mon regard sur la vie et sur ma vision du monde qui était sans doute erronée auparavant.

Oui, qu’est-­ce que je l’ai aimé mon quartier, avec ses inconvénients, mais surtout avec ses richesses, et sa plus grande richesse, ce sont ceux qui y vivent.  Que c’est difficile de quitter ceux que l’on aime ! Certes, je laisse donc ici beaucoup d’amis, mais je ne les perds pas. Ces amitiés ne m’appartiennent pas, c’est avant tout une amitié avec Points-­Cœur et c’est cela qui est beau… Les missionnaires ont beau partir un jour ou l’autre, les amitiés restent et se transmettent aux nouveaux missionnaires. Combien de fois, dans la rue, des amis du Point-­Cœur sont venus nous saluer alors que nous ne les connaissions pas encore, mais qu’ils connaissaient untel ou untel il y a quelques années ! Il n’est donc pas rare d’écouter nos amis du quartier nous parler des missionnaires d’il y a cinq, dix, quinze ou encore dix-­huit ans au début de Points-­Cœur au Honduras. Ainsi, Klaudia, Estefania, Solène et Agata vont continuer à faire grandir ces amitiés et les transmettront, à leur tour, lorsqu’elles partiront.

Mes trois dernières semaines, je les ai passées à visiter, du matin au soir, nos amis pour leur dire « au-­revoir » et les inviter à ma despedida. Que c’était difficile pour moi, mais beau à la fois ! A chaque visite, ils étaient si émus, me serraient fort dans leurs bras et ne cessaient de me remercier. Je ne comprenais pas pourquoi, car je ne leur ai offert que ma présence et mon amitié, mais peut-­être est-­ce cela même qu’ils recherchaient ? Je n’ai peut‐être pas toujours été à la hauteur, mais ce que j’ai fait, je l’ai fait du mieux que je pouvais et de tout mon cœur.

Nos amis du quartier n’ont pas grand-­chose d’un point de vue matériel. Leurs biens personnels et leurs souvenirs tiennent pour l’essentiel dans une valise, mais ils vous donnent de tout leur cœur tout ce qu’ils ont, à commencer par leur trésor le plus précieux, l’Amour.
Oui, ils vivent pauvrement, mais ne se plaignent jamais et sont heureux comme ils sont et avec ce qu’ils ont. Alors que je m’apprête à retrouver ma famille, mes amis et ma vie professionnelle. Je pense à tous les anciens missionnaires qui, avant moi, ont eu le privilège de cette expérience de tout quitter pour aller vers ceux qui en ont besoin, mais je pense aussi à tous ceux qui se posent la question de partir en mission et qui hésitent encore. Si je pouvais vous donner un conseil, allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

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Bérengère L.
Volontaire au Point-­Cœur du Honduras

Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ?

Adélaïde, en mission à Athènes, nous présente Taej, cette amie du Point-Coeur de Grèce dont la vie dramatique reçoit la lumière avec la naissance de Camilla.

Taej et Camilla à Athènes

Nous avons rencontré Taej chez les Sœurs de Mère Térésa cet hiver. Je me souviens de son ventre énorme sur ce corps de jeune fille et de ses grands yeux un peu perdus. Très spontanément nous prenons son numéro, apprenant qu’elle allait déménager bientôt. Et quelque temps plus tard, nous décidons de lui rendre visite dans son nouveau chez elle. Elle nous indique qu’il faut passer les barbelés « qui font comme une prison » puis quand on voit les « papillons et les cerfs-­volants », c’est là. La providence a voulu que l’on finisse par la trouver, dans une école retirée du centre, aux allures abandonnées, dont un des étages sert à loger des réfugiés dans des anciennes salles de classe. L’étage est recouvert de graffitis d’enfants, d’eau stagnante par-­ci par-­là, de petites chaussures un peu partout dans le couloir. Chaque habitant a la clef de sa propre douche, toutes disposées dans le couloir tandis que les robinets sont collectifs, l’un d’entre eux, défouloir de la colère d’une petite fille trône, cassé au milieu des autres. Taej nous explique que l’entrée est interdite aux hommes, il y aurait eu un meurtre quelque temps auparavant, ajoute-­t-­elle sur ce ton un peu fatigué de ceux qui en ont déjà beaucoup trop vu. Sa chambre est très vide mais avec un bon chauffage : nous sommes un peu rassurées. Elle nous accueille avec sa simplicité si touchante et nous raconte petit à petit son histoire, terrible, avec ses grands yeux d’enfant. Originaire du Congo, Taej porte l’enfant d’un des militaires qui l’a agressée lors de leurs passages dans son village. Elle explique que c’est fréquent et que le « non » des femmes n’est alors pas vraiment concevable. Elle nous dit ne se rappeler de rien, l’histoire est ensuite assez floue, moi-­même ayant eu du mal à tout enregistrer tant je me refusais à accepter qu’elle ait eu à subir toutes ses horreurs. S’en suit une tentative de quitter l’Afrique, un suicide d’une jeune femme sous ses yeux, et l’annonce de sa grossesse. Taej finit par arriver en Grèce, d’abord sur une île puis à Athènes, seule, sans nouvelle de sa famille, avec pour seule attache à son pays le fruit de cette terrible agression. Elle apprendra par la suite que sa mère n’a jamais été revue : ils ont simplement retrouvé sa maison avec le toit déchiré. Le père quant à lui était parti des années auparavant. Elle semble ne pas réaliser pleinement qu’elle est enceinte, elle dit simplement attendre de se réveiller et réaliser que ce n’était qu’un mauvais rêve. Elle nous raconte avoir décidé de ne pas avorter car cet enfant est maintenant sa seule famille. Elle semble ne rien savoir d’un accouchement et nous essayons tant bien que mal de lui donner quelques repères. Nous repartons assez inquiètes tant pour son avenir que pour celui de sa fille. Mes petites réflexes de psychologue me reprennent : comment vont-­elles pouvoir se construire sur un socle si fragile et si douloureux ? Les semaines passent, l’accouchement approche et je n’arrive pas vraiment à trouver de l’espoir. Taej a pourtant cette pureté qui me questionne : comment peut-­elle rester si innocente avec toutes les épreuves qu’elle a dû traverser ? Elle me touche en permanence par sa candeur et son humour lumineux. Elle nous parle de son passé avec une douceur très belle lorsqu’elle mentionne son père ou l’enfant qu’elle a été. Elle nous raconte comment elle a découvert pour la première fois son reflet dans l’eau (« serait-­ce une sorcière de la rivière ? ») et comment elle s’est forcée jusqu’à s’en rendre malade à manger de la nourriture « pour blanc » pour paraître plus « aristocrate ». Avec une grande simplicité, elle dit parfois se sentir triste sans comprendre pourquoi, mais quelques minutes suffisent pour que la lumière revienne dans ses yeux et qu’elle nous emporte à nouveau avec elle dans son petit village congolais. Le grand jour approche et je me surprends à vérifier très régulièrement qu’elle ne nous envoie pas un message pour dire qu’elle est à l’hôpital. Elle finit par donner naissance à la petite Camilla, il y a déjà trois mois, un accouchement difficile d’autant plus que Taej a une insuffisance cardiaque. Nous tentons immédiatement d’aller lui rendre visite et, après un certain temps dans les étages de l’hôpital (non, nous ne sommes toujours pas bilingues…) nous finissons par trouver sa chambre. Mais l’accès est réservé à la famille et Taej n’en a pas. A son retour à l’école nous allons la voir, des guirlandes de couleur à la main pour décorer ses murs si vides, entourées des petits voisins syriens, fascinés par l’arrivée de Camilla. Taej est transformée. Elle dégage une sérénité que je ne m‘explique pas bien et porte sa fille dans les bras comme si elle l’avait fait toute sa vie. Camilla est habillée comme une princesse et sa mère lui parle avec tendresse. Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ? J’en ressors déroutée. Par la suite, Taej nous raconte avoir retrouvé son frère grâce à un homme rencontré à son arrivée en Grèce. Son frère devait être enfant soldat et ayant pris peur il s’était évadé dans la forêt. Aujourd’hui, il vit au Canada avec sa femme. Quand ils se sont appelés pour la première fois, ils ne se sont pas parlés, s’écoutant simplement pleurer l’un l’autre. La semaine dernière, nous sommes allées fêter ses peut-­‐être dix-­‐huit ans (elle ne sait pas vraiment elle-­‐même son âge) dans le parc à côté de l’école. Elle m’explique quelques jours avant : « Je veux la totale ! Avec des bougies et une chanson ! » On lui a donc donné « la totale » : un gâteau avec des bougies, une chanson, un cadeau et une carte : un simple papier rose où l’on avait écrit Joyeux anniversaire. Quand elle l’a vu, elle a simplement dit : « Personne n’a jamais fait ça pour moi, je la garderai toute ma vie. » Taej, je l’ai aimée à l’instant où je l’ai rencontrée, avec ses grands yeux perdus et son sourire malicieux. Elle est pour moi un signe fort d’espoir et de joie : celui de la lumière présente en toute chose.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Nos amis qui accueillent nos amis…

Depuis déjà un an que le Point-Cœur s’est installé à Montevideo en Uruguay, les volontaires se sont liés d’amitiés avec de nombreux amis qui les ont aidés pour la fondation du Point-Cœur. Jorge est un de ceux là qui s’était chargé des travaux de la maison. 

dans la piscine de Jorge…

Jorge, chargé l’an passé des travaux de notre maison, a offert une journée sa maison aux amis de notre quartier. Avec notre fidèle amie, Liliana, et d’autres, ils ont organisés le transport, le barbecue, des lots et des cadeaux pour les enfants et Jorge nous a même prêté ses maillots de bain pour pouvoir nous baigner dans sa piscine !

Le départ du quartier fut épique car il nous fallut rassembler nos amis au petit matin d’une nuit de fête, et cela, sous une pluie battante. Pour cette raison, les maillots de bain avaient été abandonnés ! Mais le soleil est doucement arrivé et ne nous a plus quittés !

Je fus marquée par la fraternité entre tous. Il semblait ne plus y avoir de différences entre nos amis du quartier et ceux qui avaient tout organisé. Et puis, chacun avait son espace et cela, non en fonction de son importance, sinon de ses talents. C’est ainsi que Sulema nous a offert un défilé de mode, que plus tard nous avons découvert que notre amie, Olga, qui ne sait ni lire ni écrire, chante et joue de la guitare avec une voix si pure que le « public » en fut touché. Et puis Antonela a fait ses premières brasses dans la piscine. Pablo, volontaire polonais a fait son premier barbecue : tout un art ici ! Bref, ce fut une belle journée de vacances partagée.

Olga à la guitare

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Mathilde C.
Membre permanente de Points-Cœur

Fabiola laisse découvrir la beauté de son cœur

Lors de ces visites à la maison de retraite proche du Point-Cœur de la Havane, Guillemette découvre des âmes seules, des cœurs assoiffés, Fabiola est une de ces mystérieuses rencontres.

Thelma et Guillemette en pleine lecture

Chaque jeudi après-­‐midi, nous allons leur rendre visite dans une maison de retraite, appartenant à notre paroisse. Ce sont mes grandes copines, qui ont en moyenne quatre-­vingt-­dix ans. Soit dit en passant, hier, une d’entre elles a fêté ses cent-­‐trois ans ! Cela me donne beaucoup d’espérance de vie !! A vous aussi, j’espère ? J’aime beaucoup les voir, discuter avec elles, car elles ont le mérite de l’âge, de l’expérience. Dans une grande simplicité, sans aller par quatre chemins, elles me donnent beaucoup de conseils et me font part de leurs aventures de jeunesses, de leurs histoires, leurs joies et leurs souffrances. Cela m’enrichit beaucoup, car elles sont d’une grande sagesse et certaines sont dotées d’un humour ravageur ! Il y a quelques semaines, alors que je déambulais dans la maison de retraite, je vois une petite dame, toute chétive, assise en face de son déambulateur. Je ne l’avais jamais vue. Elle discutait avec un monsieur. J’avais bien envie d’aller la saluer mais peur de la déranger dans sa conversation. Je poursuis ma route et la regarde en lui adressant un sourire et le traditionnel buenas tardes ! Ses yeux pétillants me fixent, et, en agitant son bras tout maigre, elle me propose de venir m’assoir. Elle s’appelle Fabiola, quatre­‐vingt‐seize ans. Son regard continue de me fixer, elle me pose quelques questions (le pauvre monsieur ne pouvait plus vraiment parler !) Après avoir su que j’étais Française, la voilà qui se met à me parler un français parfait, avec un accent incroyable. Je tombe des nues ! Fabiola a été professeur de français et d’anglais… Et, malgré son âge, elle n’a rien perdu ! Incroyable. C’est une femme qui n’apprécie pas de parler d’elle, elle m’a donc posé pas mal des questions… Petit à petit, nous parlions un « français/espagnol » assez cocasse. Elle est toute belle Fabiola ! En partant, elle m’offre une médaille miraculeuse et je lui promets de lui en rapporter une de Lourdes, car elle a une grande dévotion envers la Vierge de Lourdes. Le temps défile et, un jour, je vais la revoir, car j’avais une promesse à tenir et ça faisait longtemps que nous ne nous étions pas vues (elle reste pratiquement tout le temps dans sa chambre et ne parle à personne). J’étais sûre qu’elle n’allait pas me reconnaître et, encore moins, se souvenir de mon prénom… Je rentre. Elle regardait la chaîne sportive de sa petite télévision, c’est une grande amatrice. Toujours aussi chétive, avec sa petite barrette dans les cheveux. Je vous assure qu’elle est vraiment toute belle Fabiola ! Elle me regarde et me dit « Ah ! Guillemette ! Je t’attendais depuis un certain temps !! » Je suis plus qu’impressionnée et touchée… Comme promis, je lui offre cette fameuse médaille, qu’elle reçoit comme un trésor. Nous nous mettons à discuter de tout : économie, sport, politique… Elle était assez curieuse de connaître notre situation en France, surtout durant la période des élections. Elle se souvenait de toute notre discussion antérieure et me demande des nouvelles de ma famille… bref, elle m’a beaucoup marquée car, à travers ses questions, j’ai perçu une soif d’amitié, une soif de rencontre. C’est une femme qui a un fort caractère et qui s’isole, je crois qu’elle a peu d’amis. Je ne saurais pas comment vous l’expliquer, mais il a suffit d’une seule conversation, toute banale, pour qu’il y ait une vraie rencontre. Il suffisait de peu… juste de prendre le temps de discuter ensemble, de tout et de rien, mais avec un réel désir de connaître l’autre. C’est ce qui s’est passé avec Fabiola. Nous ne nous voyons pas à chaque fois que je vais à cet apostolat. Mais, lorsque c’est le cas, c’est comme si nous nous étions quittées la veille. Il y a quelque chose d’assez mystérieux. Jamais je n’aurais imaginé vivre cela. C’est une vraie grand-­mère car lorsque je vais la voir, je repars toujours avec des biscottes et des caramels… Elle est unique, Fabiola. Je vous souhaite de vivre cela, de vous laisser surprendre par une amitié soudaine et la beauté de cœur de l’autre.

 

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Guillemette E.
Volontaire au Point-Cœur de Cuba

La Providence n’est pas un vain mot

Après un an au Pérou, dans le petit village de Guayabo, Sœur Alexandra a rejoint la Maison Notre-Dame-du-Monde-Entier à Vieux-Moulin. De retour en France, elle fait mémoire d’une amie qui lui fut donnée par la Providence. 

Sr Alexandra et Senora Antonia

Ma rencontre avec Señora Antonia est un de ces hasards qui rappellent combien Dieu est à l’œuvre dans nos vies, que sa Providence n’est pas un vain mot. Je rendais visite à une volontaire qui était à l’hôpital après une opération. La laissant se reposer un moment, je m’approche de l’autre lit de la chambre, où était allongée une petite grand-mère. Son visage s’éclaire en me voyant, mais on peut lire sur ses traits sa souffrance. Elle parle difficilement. Ne sachant que dire, je prends mon chapelet et lui propose de prier ensemble. Elle me serre les mains et me remercie chaleureusement : je suis dépassée, une fois de plus, par la force de cette simple prière du chapelet ! Avant de la quitter, je lui demande d’où elle vient. Sa réponse, « Picapiedra », sonne familièrement à mes oreilles : c’est le village voisin de Guayabo, que nous allons souvent visiter. Et effectivement, elle connaît bien nos sœurs, et me cite le nom de plusieurs ! Je n’en reviens pas : dans cette chambre d’un des nombreux hôpitaux de Lima, je suis tombée sur une voisine qui nous connaît depuis plusieurs années !

Quand je pars, le médecin me confie que son état est incertain, elle a besoin d’une importante transfusion et il n’est pas facile de trouver des donneurs. Peu après, elle est changée d’hôpital, nous n’avons plus de moyen de la joindre. J’ai un peu l’impression de la perdre juste après l’avoir trouvée, mais que puis-je faire, sinon la garder dans ma prière, et remettre cela au Seigneur ?

Un mois plus tard, je suis en visite à Picapiedra avec sœur Gabriel, et nous tentons une nouvelle fois d’aller frapper à la porte close de Señora Antonia. Quelle surprise de la voir nous ouvrir, et debout ! Je ne sais pas qui était plus heureuse, d’elle ou de nous. Nous étions la veille de Noël : ce fut un de mes plus beaux cadeaux !

Nous retournons régulièrement la voir. Je suis très touchée de son accueil si affectueux et de sa force d’âme que je découvre au fil de ses confidences : elle nous parle de son cher époux maintenant décédé, de son petit-fils de six ans gravement malade, de sa vie de travail. Orpheline de père, habitant la sierra (les montagnes du Pérou), elle est envoyée, jeune fille, travailler aux champs près de Lima : « Ma mère m’avais appris à tout faire à la maison, mais je ne connaissais rien à la terre. Le premier jour, le responsable me dit : “Ce n’est pas pour toi, je te prends une semaine, c’est tout”. J’ai pleuré et j’ai prié : “Seigneur, aide-moi !”. J’ai décidé de prendre ce travail comme un jeu, j’ai commencé ma ligne de plantation et j’ai terminé la première. Et non, ce n’était pas mal fait ! Je suis restée pour aider les autres à finir. A la fin de la semaine, on m’a dit : “Tu restes autant que tu veux”! Puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mari, d’avoir mes enfants, de monter une ferme avec des chèvres, des cochons et des poulets – les gens venaient de Lima pour me les acheter. J’ai aimé travailler dans les champs, revenir avec le sac de tomates ou de canne-à-sucre sur le dos, portant parfois mon enfant devant. Je rends grâce au Seigneur pour cette vie. » Quelle force en ce petit bout de femme ! Comment ne pas admirer cette vie rude et courageuse, sa confiance en Dieu ? C’est une chose qui m’a marquée chez beaucoup de nos amis péruviens : leur coeur simple et persévérant, qui ne se plaint pas devant le travail et ses difficultés, mais sait rendre grâce pour ce qu’il reçoit.

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

Hôpital Cardito, où la présence répond à la souffrance

Le Points-Cœur d'Afragola, P.Rapahël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

Le Points-Cœur d’Afragola, P.Raphaël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

A Naples, Elodie a commencé sa mission, venant tout droit de l’Ile Maurice. Elle nous présente Loredana et Eugenia qui vivent à l’hôpital psychiatrique de Cardito que le Point-Cœur visite toutes les semaines.

Chaque mercredi, Mathilde et moi allons faire des visites dans l’hôpital psychiatrique de Cardito, une petite ville à côté d’Afragola. Je ne vais pas vous cacher, qu’aller dans cet hôpital n’est certainement pas la chose la plus facile de ma mission. Et pourtant, c’est la visite que j’attends le plus, chaque semaine. La première fois que j’y suis allée, j’en suis ressortie toute bouleversée. Les patients sont enfermés entre quatre murs, il n’y a rien de prévu pour occuper leur journée. La salle de repos est grande, mais il n’y a que quelques chaises et une table. Toutes les chambres se ressemblent, aucune personnalisation. Les conditions sanitaires ne sont pas tellement au rendez-­‐vous, deux chiens errent dans les couloirs, les patients fument à l’intérieur même du bâtiment et les mégots sont jetés à même le sol. Cet apostolat nous montre vraiment le vrai but de notre mission, notre simple présence est nécessaire pour chaque patient. En effet, lors de la semaine sainte, nous n’avons pu y aller, et, la semaine suivante, nos amis nous disaient : « Pourquoi vous n’êtes pas venues la semaine dernière ? Je vous attendais. » Nous sommes souvent la seule visite que ces patients reçoivent. Nous y avons plusieurs amis : Carmella, Aldo, Eugenia, Gaetano, Loredana, Patricia, Maria et tant d’autres. Mais aujourd’hui je voudrais vous présenter deux d’entre eux. La première, c’est Loredana ; elle doit avoir une quarantaine d’années, toujours vêtue d’un pantalon large et de chaussures trop grandes pour elle, mais dans lesquelles elle se sent à l’aise. Elle ne parle pas bien, on ne comprend pas toujours ce qu’elle dit, mais notre simple présence auprès d’elle lui fait tellement de bien. Elle est toujours la première à nous accueillir, avec un grand sourire. Lors de ma première visite, c’est elle qui m’a accueillie. Elle ma prise par la main et m’a emmenée près de « sa » chaise. Elle est toujours assise sur cette chaise, en face de la porte qui donne sur le bureau des infirmiers. Lorsque je m’éloignais un peu d’elle, elle me ramenait toujours près d’elle. Je me souviens encore de la tendresse dans ses yeux, lorsqu’elle a plongé son regard dans le mien, et m’a dit : « Mamma », puis a baissé la tête et s’est mise à rire. Chaque fois que nous la voyons, il y a un jeu que nous faisons avec elle, pour la distraire un peu. C’est un jeu tout simple mais qu’elle aime beaucoup : deviner les couleurs des vêtements, des chaussures, des choses qui l’entourent.
Et puis, il y a Eugenia, une vieille ukrainienne. Le 28 mars, nous allions à sa rencontre pour la première fois. Elle était là, assise dans un fauteuil roulant, au milieu de sa chambre. Lorsque nous entrons dans la chambre, elle nous regarde, et, un sourire se dessine sur son visage. A travers ses yeux bleus, on voit bien la souffrance dans laquelle elle vit. Toute sa famille est en Ukraine, ses enfants ne prennent plus de ses nouvelles, sa maison a brûlé il n’y a pas si longtemps ; elle est seule en Italie, dans cet hôpital. Depuis notre première visite, elle nous attend, chaque semaine, avec son plus beau sourire.

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Elodie dA.
Volontaire au Point-Cœur d’Afragola

« C’est bien ce que je pensais, vous nous aimez ! »

Week-end « retraite » pour les jeunes à Pignans

Un week-end « retraite » à Pignans pour de jeunes amis… Jean nous raconte ces rencontres, répliques et moments précieux, illuminés par la simplicité de ces enfants !

Nous nous apprêtons à recevoir pour le week-­end une sacrée équipe : comme nous l’avons déjà proposé plusieurs fois, profitant de notre grande maison et une équipe de choc pour l’animation, nous accueillons les enfants de quelques familles amies pour un week-­end « retraite » sur mesure. Après une sortie plage, une sortie au lac de Carcès dans les collines provençales, nous proposons cette fois-­ci à la joyeuse bande de se rendre à la Chartreuse de la Verne, magnifique monastère de vieilles pierres perdu dans le Massif des Maures. Au détour du dernier virage qui débouche sur le monastère, grand silence dans la voiture devant la beauté imposante de ce lieu. Après la visite de l’ancienne boulangerie du monastère, de la fabrique d’huile, de la cellule d’un moine, nous rencontrons une de celles qui vivent dans ce monastère, sœur Maïpu. Les questions fusent, questions de petites filles d’abord : « Mais c’est long pour mettre votre voile ? », « Les chambres sont confortables ici ? », « C’est pas trop lourd votre habit ? »… Et entre celles-­ci, la question du petit Pablo, directe et essentielle : « Mais comment on arrive à croire en Dieu si beaucoup de gens ne croient pas ? » Pablo vit à une petite heure de Pignans, avec son papa et sa petite sœur. C’est une famille de qui nous sommes particulièrement proches depuis le décès d’Eva, la maman, morte en donnant la vie à sa fille Abigaël, qu’elle avait choisi de garder même si sa vie était en danger. L’anniversaire d’Abigaël avait été un moment particulièrement émouvant l’année dernière, m’entraînant dehors elle me dit : « Je dois te dire un secret ! En fait mon anniversaire c’est pas si bien… parce que le jour de mon anniversaire, c’est aussi le jour où ma maman est morte… tu l’as connue ma maman ? » Notre grande joie fut de les accueillir cette année pour fêter Noël ; ce fut un peu un miracle… leur papa ne croit pas en Dieu, mais il veut passer Noël en famille, avec nous ! Résultat, je ne sais plus ce que sœur Maïpu a répondu à Pablo, mais l’argument qui l’a fait réfléchir fut celui d’Hugo, l’Argentin de la communauté : « Tu sais Pablo, si y’avait pas Dieu pour nous, on se connaîtrait pas et on serait pas là ». Le week-­end se termine par la messe ensemble et un barbecue (le premier de la saison !) avec toutes les familles ; au moment de partir, la petite Ohiana, six ans, me demande : « Mais en fait pourquoi vous nous avez invités ? » Surpris par sa question, je bafouille : « Euh, ben, pour vous voir, on vous voit pas souvent, et puis c’est l’occasion »… D’un air pensif puis soudainement réjouit, elle répond : « C’est bien ce que je pensais, vous nous aimez ! » Avec les enfants, les explications sont généralement assez simples et profondes ; pas de plus belle récompense après un tel week-­end en tout cas !

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Jean D.
En mission à Pignans

La vie de compassion, c’est dur !

Madre Yajaide et toute la communauté, le matin de mon anniversaire devant la grille du cloître des Carmélites de Barrios Altos

Après quelques mois de mission au Pérou, François nous décrit cette vie de compassion au quotidien, avec ces difficultés mais aussi ses consolations… Une chaîne de compassion !

Comment pourrai-je vous écrire sans vous parler de la vie de compassion dans notre barrio, le cœur de notre mission. Et seulement après ces trois mois de présence, je peux vous le dire en toute honnêteté, la vie de compassion, c’est dur. Parfois je me dis qu’il aurait été tellement plus simple d’aller construire un orphelinat. C’est si gratifiant, si motivant de voir s’édifier notre projet, de pouvoir contempler les fruits de notre travail jour après jour. Dans notre mission avec Points-­Cœur, il s’agit de mettre l’autre au centre de sa vie, de se donner entièrement pour chacun, quelque soit la dureté de sa vie, des évènements qu’il nous partage et dans la totale incertitude où cela va nous mener. On peut parfois observer l’évolution du comportement de certains enfants, qui font trois pas en avant mais malheureusement dix en arrière la semaine suivante. Se réjouir de la confiance et de la joie de vivre de certaines mères malgré leur situation de vie difficile et le jour suivant s’attrister de voir leur désespoir devant la maladie de leur enfant. Nous sommes là, et notre cœur bat au rythme de celui de chacun : adulte comme enfant, mères, pères ou grands-­parents. Puis, à certains moments, tout s’arrête. Lorsque nous prenons conscience que l’instant que nous sommes en train de vivre est fabuleux. Je ne parle pas du genre de moment où nous réussissons à couper parfaitement un concombre, mais plutôt lorsque par exemple devant nous, nous pouvons voir avec émerveillement la joie de tous ces enfants, laissant les tracas de leur vie parfois si durs à porter pour faire une partie de foot et s’amuser tous ensemble. Ou bien lorsque nous pouvons admirer l’enthousiasme de Jésus, après avoir posé l’ultime pièce d’un puzzle qui durait depuis le début de la semaine. Un jeune de trente ans qui vit avec le syndrome de Down et sa courageuse maman la señora Yolanda. Ou encore lorsque nous pouvons écouter Tatou sur son lit d’hôpital, nous racontant avec entrain la douceur de ses petits déjeuners à l’hôpital national des enfants, le jour suivant son opération de purification du sang et d’extraction d’un caillot qui s’était logé tranquillement dans son unique rein fonctionnant mal depuis déjà tant d’années. La vie de compassion que nous avons choisie, aussi belle soit-­elle, n’est pas de tout repos, et c’est peu dire ! Il faut reconnaître qu’il nous arrive parfois d’être très fatigués, autant physiquement que moralement. Mais heureusement, la Providence a placé un certain nombre de bons Samaritains qui s’occupent si bien de nous, nous apaisent, nous chouchoutent et nous permettent parfois de recharger les batteries de notre cœur et de notre corps. Je pense à la Madre Yajaida, une Carmélite cloîtrée qui malgré la grille qui nous sépare m’organisa une cérémonie d’anniversaire incroyable. Je pense aussi à la famille Tang, qui nous accueille de tout leur cœur et comme des rois dans leur palace pendant notre jour de repos hebdomadaire. Et enfin à mon oncle Charles, qui organise pour moi des sorties de toutes les couleurs et me régale de ses pancakes chaque matin que nous pouvons passer ensemble. Tant d’attentions qui nous font tellement de bien ! J’ai baptisé ce phénomène, la chaîne de la compassion.

 

 

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Eduquer avec tendresse et exigence

Vénération de la Croix à l’Enfant Jésus crucifié de la Fazenda do Natal

Marcos et Maicon, qui sont accueillis à la Fazenda do Natal avec leur papa, se retrouvent subitement sans maman. Lucie s’occupe d’eux et plonge dans leur souffrance, leur solitude, découvre l’exigence de les éduquer avec justesse.

A la Fazenda, la croix qui se trouve dans l’église est celle qui représente l’Enfant-Jésus crucifié. Il symbolise tous les innocents, en particulier, les enfants qui souffrent. Lors de la vénération de la croix, le vendredi saint, de nombreux visages me reviennent en mémoire. Il y a, bien-sûr, celui de Marcos et Maicon, âgés de presque deux ans et cinq ans. Comment pourrais-je les oublier ? En effet, j’ai passé la plus grande partie de mon temps, lors du Triduum pascal, à prendre soin d’eux. Leur famille a été accueillie, il y a déjà plusieurs mois à la Fazenda. Après plusieurs semaines, leur mère, Jo, a décidé de les quitter. Elle a le même âge que moi, vingt-neuf ans. Ce qui me frappait le plus, au cours de nos conversations, est le fait qu’elle avait un passé déjà si lourd à porter : un mélange de violence, d’alcool, de drogue… Elle est arrivée à la Fazenda avec le désir de donner une nouvelle chance à la famille qu’elle forme avec Pequeno, le surnom du père de ses enfants. Elle s’était aussi inscrite à des cours du soir pour devenir, dans quelques années, aide-soignante. Malgré son apparence si forte, il semble que ses vieux démons l’ont rattrapée. Pequeno a décidé de rester vivre à la Fazenda. Avec son calme habituel, il tente d’éduquer ses enfants. Récemment, il a enfin trouvé un emploi dans une fazenda voisine. Évidemment, Marcos et Maicon souffrent de l’absence de leur maman. Jo allaitait encore le plus jeune lorsqu’elle est partie. Ce qui me frappe le plus est le fait qu’ils pleurent très rarement ; si Marcos tombe, il se relève aussitôt et recommence à courir. Durant la semaine sainte, Pequeno travaillait de nuit. J’ai donc pu remarquer que la seule cause des pleurs de Marcos est liée au manque de présence. Ainsi, Marcos refuse de s’endormir seul. Lors de la veillée pascale, il était impossible de le laisser dormir sur la couverture, il restait littéralement accroché à mes bras. La nuit suivante, à chaque fois qu’il commençait à pleurer, le fait de le toucher, l’apaisait et lui permettait de se rendormir. Maicon, son frère, semble s’endurcir durant ces dernières semaines. Il a parfois un air si grave, si sérieux. Il est toujours très attentif à son frère. C’est un enfant qui est perturbé, qui peut être agressif, en retard à l’école. Cependant, il continue à me surprendre. Ainsi, il est beau de le voir chanter des alléluias durant les offices qui sont toujours un peu agités. Un matin, au moment du lever, il me dit : « Allez Lucie, on prie ! » Ce matin-là, il prendra sa douche en chantant : « Marie, si belle, Jésus t’aime… » ; en portugais, ça fait des rimes ! Un peu plus tard, dans la journée, alors que je lui montre la statue de Marie dans l’église, en lui expliquant qu’elle est toujours avec lui, il me demande : « Et si je vais à la plage, elle est là aussi ? » Il y a aussi ce jour, où il nous explique que si nous rencontrons des loups à la Fazenda, nous devons parler à Jésus. Accompagner Marcos et Maicon me demande toujours de trouver un juste équilibre entre la tendresse et l’exigence. Il n’est pas évident de leur donner toute la tendresse dont ils ont besoin et en même temps de les corriger, de les éduquer.

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Lucie D.
Volontaire à la Fazenda do Natal au Brésil

Qu’il est grand de se faire petit !

Solène et Don Julia – Honduras

Auprès de Don Julio du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa, Solène découvre la beauté de la dépendance…

Don Julio est le « grand-­père » du quartier, la toute première personne que j’ai visitée. Combien j’étais surprise qu’il m’accueille comme sa propre petite-­fille, avec des gestes d’une si grande tendresse. Don Julio a une plaie ouverte à la cheville, qui l’empêche de bien marcher. Chaque mercredi, le curé de la paroisse vient célébrer la messe au Point-­Cœur. Et, venir à la messe chez nous, c’est la plus grande joie de Don Julio, d’autant plus qu’il ne peut se déplacer jusqu’à l’église, qui est bien trop difficile d’accès pour lui, étant située en hauteur. Un jour, nous allions donc chercher notre ami pour l’aider à marcher, en lui donnant le bras. Vous l’auriez vu, si fou de joie et de fierté, de dire à tous les passants dans la rue : « Je vais à la messe au Point-­Cœur !! » C’était la grande sortie ! Le trajet de deux minutes a bien duré un quart d’heure… Une des personnes, sur le chemin, lui a tendu un billet. Ce n’est que lors de la quête que j´ai pu comprendre ce beau geste de générosité. Quelle belle solidarité ! Au moment de l’élévation de l’hostie, Don Julio a tenu à se mettre à genoux pour se faire tout petit devant Jésus-­Eucharistie, alors que cette position lui était inconfortable et même insoutenable. De chaque côté, nous nous sommes empressées de le soutenir fermement, en lui donnant le bras afin qu’il puisse tenir en équilibre. Cela avait tant de sens pour moi, à ce moment précis, de me préparer à recevoir Jésus, en si profonde communion avec mon frère en Christ, Don Julio. Au fond, je réalise que c’est un peu ça notre mission ici. Amener les personnes qui souffrent le plus à Celui qui nous aime le plus, en partageant une amitié simple et profonde, en offrant toute notre présence d´amour. L’attitude de Don Julio était si belle, se mettre à genoux pour mieux contempler la grandeur de Jésus à travers notre propre petitesse, dans tout ce que nous avons de plus pauvre et de plus fragile. Qu’il est grand de se faire petit ! Et qu’il est humble de s’abaisser ainsi, tout en sachant ne pas avoir la force de se relever par la suite. Quelle humilité alors d’accepter l’aide d’une main pour se mettre debout, en se reconnaissant dépendant, en épousant la plénitude de ses fragilités, en se servant de celles-­‐ci pour se rapprocher de notre voisin avec confiance et abandon. Mourir à soi…, pour renaître avec les autres ! La dépendance, la dépendance… C’est quelque chose dont j’apprends à découvrir la beauté. Combien je me suis sentie dépendante en arrivant ici, sans pouvoir parler espagnol et immergée dans ce nouveau monde qui m’était donné, sans rien pouvoir maîtriser… Tout était à accueillir… Grâce à vous, mes chers parrains, je réalise combien, lorsque que l’on se fait mendiante, lorsque que l’on se fait dépendante, Dieu nous donne la grâce d’aimer d’un amour qui nous dépasse, d’un amour bien plus grand, de Son amour…

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Solène de F.
Volontaire au Point-Cœur du Honduras

« Dans la souffrance, tout le monde s’enfuit, mais vous, c’est là que vous restez »

Claire est en mission à Cuba où elle découvre toujours plus profondément la souffrance de leurs amis et en même temps de la puissance de la simple présence. 

Après la messe de Pâques à la Havane, avec quelques amis

Chaque mardi soir, on se retrouve pour l’école de communauté (partage sur un texte lu pendant la semaine). Nous nous réunissons avec N. et F., de la Fraternité Maximilien-Kolbe, et un couple de jeunes mariés A. et A. Il y a un mois, nous avons appris qu’A. était enceinte. Seulement, elle devait rester chez elle, sans bouger, car elle risquait de perdre son bébé. Sa paix, sa confiance et sa positivité m’ont profondément touchée. Il y a une semaine, ils ont perdu leur bébé… Après deux jours sans vouloir parler à personne, ils ont commencé à s’ouvrir. Quand nous sommes allées les voir, A. nous a beaucoup parlé… Face à une incompréhension et une révolte on ne sait pas comment réagir parfois… Mais n’ont-ils pas juste besoin de notre présence, que leurs amis soient là, auprès d’eux, sans essayer de trouver une solution, mais d’être là, de les aimer, aussi dans leur souffrance ! Après la vigile pascale, ils sont passés à la maison pour boire un chocolat chaud ; un peu moroses, ils restaient fidèles à eux-mêmes : vouloir juste être là, entourés de leurs amis dans ce moment de joie, un cadeau ! Eux, comme beaucoup d’autres, me marquent par leur confiance et leur optimisme. Beaucoup auraient de quoi couler, mais ils se battent tellement, jusqu’au bout…

Il y a quelques semaines, nous sommes allées voir R. et son frère A. R. était très malade, nous ne l’avions jamais vu comme ça. Un homme si sage, qui prêche sa foi dès qu’il le peut et, là, au cœur de sa souffrance, de ses peurs, il semblait si fragile, si pauvre. Nous avons passé l’après-midi à la polyclinique avec eux, en attendant les analyses et les avis des médecins. Je me souviendrai toujours de ce qu’il nous a dit ce jour-là : « Dans la souffrance, tout le monde s’enfuit, mais vous, c’est là que vous restez ». Ce moment a été pour lui essentiel dans notre amitié. Il nous en reparle à chaque fois.

L. a passé le dimanche de Pâques au Point-Cœur avec d’autres de nos amis. Comme souvent, elle sentait l’alcool. Au début de la semaine, elle a sonné à notre porte, seule, les veines entaillées… Elle disait vouloir s’endormir et ne plus jamais se réveiller… Quoi de plus grand comme cri du cœur : « Regardez-moi, aidez-moi, je ne peux plus ! » Depuis ce moment, nous allons la voir tous les jours ; petit à petit, elle sourit et l’entendre rire est le plus beau cadeau. Comme si notre simple présence l’aidait à trouver un sens.

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Claire D.
Volontaire à Cuba

« Cris » de nos amis à Bangkok

Temple à Bangkok

Marianne en mission au Point-Cœur de Thaïlande, nous confie quelques histoires et paroles qui habitent son cœur, et nous sont confiées…

Immigration detention Center, Bangkok

J’aimerais vous amener dans ce lieu qu’est le centre de détention de personnes en situation illégale de Bangkok. Nous allons, une fois par semaine, visiter les personnes détenues là-bas. Je fus, pour ma part, très marquée par plusieurs rencontres d’hommes, qui avaient été en prison en Thaïlande, avant d’attendre leur visa pour repartir dans leur pays. Si, dans les relations mondaines, nous cherchons souvent à nous présenter sous notre meilleur jour, eux, m’avaient surpris en commençant immédiatement par m’expliquer pourquoi ils étaient là, c’est-­à- dire en montrant « le pire », sans emphase, ni fierté, mais avec beaucoup d’honnêteté. Je repense à l’un d’entre eux, qui commentait toujours nos visites d’un « comme il est bon de pouvoir parler ! » Lors de l’une de nos visites, nous voyons un homme, qui semble très malade, allongé, sans forces. Les autres nous expliquent qu’il est Vietnamien, et, qu’il a décidé de mourir et donc d’arrêter de manger. Émues, nous essayons de parler en thaï avec lui ; il semble sortir de son état, nous regarde et nous dit immédiatement : « Je veux rentrer à la maison, pitié, aidez-­moi à rentrer à la maison ». L’une d’entre nous, qui est Vietnamienne, a ainsi pu commencer à le visiter ; cet homme a, partiellement, perdu la tête, mais il a été frappant de voir combien cette amitié toute simple l’a remis debout, au sens propre comme au figuré. Il s’est remis à manger, à marcher, à recommencer à parler aux autres, et à sourire. Nous avons rencontré deux nouveaux amis, depuis quelques mois dans ce centre. Ils étaient, alors, tous les deux malades et partageaient la même pièce de détention, avec quelques autres personnes. L’un, S, est Sri-­lankais, l’autre, W, est Pakistanais. Il est né une très belle amitié entre eux, qui transmettait une atmosphère paisible à tous les autres. Chacun a une histoire assez difficile, mais leur amitié leur permet d’aller plus loin que la situation actuelle. Ils nous partageaient qu’ils pouvaient échanger en profondeur sur le sens de la vie, sur ce qui leur arrive. Lorsque S a été muté dans une autre cellule, cela a été très dur. W. nous confiait : « Je ne peux pas parler avec les autres, au même niveau ». W s’enquérait toujours de savoir comment allait S, si sa santé ne se dégradait pas, s’il supportait les conditions de sa cellule, plus dures…

Vietnam

Lors d’un passage au Vietnam, l’une de nos belles étudiantes de Saigon me présente l’une de ses amies : la dame, bien âgée, se prénomme Thanh, et souffre de démence depuis plusieurs années. Parfois, elle ne reconnaît plus sa famille, et a du mal à exprimer un discours compréhensible. Mais, après quelques minutes à ses côtés, elle me dit : « Je sais qui tu es : tu es Maria. » Puis, juste après, dans un français parfait : « Je me sens très seule ».

Bangkok, jet Sip Raj

Les enfants sont aussi ceux qui peuvent avoir des paroles bouleversantes. Comme cette petite fille, Miki, que je n’avais pas croisée depuis plusieurs jours, dans le quartier à Bangkok, et qui vient m’embrasser en me disant : « Comme tu m’as manqué, cela fait si longtemps ! » Nous avons aussi plusieurs nouvelles amitiés, avec des hommes âgés du quartier, qui pour différentes raisons, sont un peu « exclus » soit de leur famille, soit de leur entourage proche. L’un d’entre eux, lung Sasaphorn, a été baptisé protestant, il y a de nombreuses années. Et je l’entendais expliquer à un autre ami (bouddhiste) que ce baptême était quelque chose « qui lavait le coeur », où l’on « ne peut pas faire semblant ».

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Marianne P.
Membre permanent au Point-Cœur de Bangkok

Vivre l’Evangile dans nos rencontres

Arnault est à Procida et il découvre sa mission grâce aux amis dont la dure vie est une école d’espérance

Une grande grâce de notre mission est qu’en quittant nos vies, nous prenons le temps et la liberté de chercher de vivre l’Evangile dans l’amitié des personnes que nous rencontrons.

Le jardin de la miséricorde avec Giuliano

Le meilleur exemple que je peux vous donner est ce que je vis avec M. En décembre dernier, il est parti dans un centre de désintoxication pour l’alcool. Il y a tenu un mois et fin janvier nous l’avons croisé à Procida tranquillement installé à la table d’un café. Depuis, sa situation s’est particulièrement aggravée. Il a été déclaré bipolaire par un psychiatre. Il risque de perdre sa pension en septembre prochain et de temps en temps, il est simplement hors de contrôle et se met à boire jusqu’au dernier sou. Pour autant, notre amitié, elle, se développe en profondeur. Il va travailler avec Giuliano trois à quatre fois par semaine dans une propriété de Procida. Régulièrement, nous le trouvons sur la place à côté de chez nous pour papoter un peu. Vendredi dernier, M. est venu déjeuner chez nous pour mon anniversaire et m’a fait un beau cadeau puisqu’il m’a accompagné ensuite à l’apostolat auprès des Sœurs de Mère Térésa. C’est toujours une joie d’être avec M., il est drôle, bon vivant et peu de chose semble pouvoir affecter sa bonne humeur. Nous sommes de plus en plus complices et je m’attache de plus en plus à lui. Alors comment réagir à chacune de ses histoires, de ses sorties de route ? Déjà, prier pour lui est un bon début mais aussi pour que le Seigneur nous guide avec lui. Ensuite accepter sa maladie et son démon puis en parler avec Giuliano pour prendre du recul et voir ce qui est juste et bon pour lui. Nous cherchons aussi à le maintenir occupé pour éviter qu’il ne se retrouve seul trop longtemps. Pour cela, nous avons commencé un jardin dans sa maison, le jardin de la miséricorde… Bécher la terre, planter des salades, arroser le basilic, discuter du meilleur moment pour mettre les semis de tomates en terre et enfin terminer par un gros barbecue sont d’excellentes occupations pour M. ! Mais finalement, la clé est de ne jamais perdre l’espérance parce qu’après tout, le Christ, Lui, ne l’a jamais perdue pour nous. Et c’est là ce dont M. a le plus besoin, lui, que l’on sent tellement blessé par le regard des autres qui n’ont plus aucune espérance pour lui. « Ne jamais perdre l’espérance », c’est une belle phrase que celle‐ci, dans le même style que « l’amour comme seule réponse possible ». Pour autant, vivre avec elles chaque jour peut relever d’une vraie prouesse d’acrobate.

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Arnault S.
Volontaire au Point-Cœur de Procida

Christos nous aime sans rien savoir de nous….

Adélaïde et Christos, à Athènes

« …et c’est profondément réciproque », constate Adélaïde du Point-Cœur d’Athènes, en parlant de cet homme sans-abri qui pense aux autres avant de penser à lui

Christos, peut-­être Grec, est un sans-­abri que nous visitons toutes les semaines. On sait très peu de choses sur sa vie si ce n’est qu’il a fait de la prison. Lorsqu’on lui propose à boire ou à manger, il nous demande toujours de ne pas lui en donner trop pour pouvoir en garder pour les autres. D’ailleurs régulièrement, il nous propose de l’accompagner pour en donner à ses amis un peu plus loin. Et là, c’est l’épopée, parce que Christos, la jambe droite à moitié valide, se déplace à l’aide d’un déambulateur. Mais contre toute attente, il fonce et en particulier sur la route. Inutile de préciser qu’il n’attend jamais le feu rouge pour traverser. Sur ces grandes routes, les camions et les voitures klaxonnent et s’arrêtent au dernier instant pendant qu’on lui hurle tout ce qu’on sait en grec pour qu’il s’arrête. Parfois, il rit discrètement avant de traverser, car il sait par avance qu’elle sera notre réaction. A chaque fois, on prie comme des fous pour qu’il arrive entier de l’autre côté. Christos nous aime sans rien savoir de nous et c’est profondément réciproque. Ces derniers temps, il me disait qu’il allait partir mais je n’en ai pas trop tenu compte car tous semblent avoir besoin de se raccrocher à un futur départ sans pour autant pouvoir le réaliser. Hier, ses affaires ont disparu et Christos n’était plus là. Sa rue est devenue bien vide et son départ bien plus triste que je ne l’avais imaginé.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Petit à petit j’apprends à aimer

La Communauté du Costa Rica au complet !

Pauline est depuis trois mois au Point-Cœur du Costa Rica, petit pays d’Amérique centrale ou depuis un an nous découvrons de nouveaux amis, de nouvelles familles souvent brisées, déchirées. Joie et souffrance se découvrent ensemble…

Au cours des visites et, en voyant la vie du quartier, j’apprends petit à petit à découvrir ses richesses tout comme ses souffrances (parfois différentes de celles du pays en général). A plus petite échelle, je découvre, dans ma propre vie, mes dons et mes faiblesses. Il est à la fois magnifique et à la fois difficile de constater ces choses-­là.
Il est tellement douloureux de voir toute la souffrance de ce peuple, de voir les plaies telles que la drogue et l’alcool qui détruisent famille après famille. Elles sont la lèpre d’aujourd’hui : elles contaminent (car c’est en voyant qu’on imite), elles détruisent la vie et coupent de l’entourage (beaucoup de jeunes et de moins jeunes vivent dans la rue, écrasés de solitude et de culpabilité qu’ils fuient en vivant des joies éphémères et des hallucinations qu’offrent la drogue et l’alcool.) Quand cela ne suffit même plus à faire taire leur souffrance, ils voient, comme dernière alternative, le suicide (dont le taux, en ce qui concerne les hommes, est extrêmement élevé dans le quartier). Les femmes, pour la plupart, vivent un grand ennui, car elles ont des enfants très jeunes et ne terminent, donc, souvent pas le secondaire (équivalent du lycée). Il leur est, en conséquence, très difficile de trouver un travail dont la rémunération soit acceptable. Pour beaucoup d’entre elles, la vie a un goût amer car elle se déroule de façon monotone, sans épanouissement de soi.
Il est, à la fois, tellement vivifiant d’apercevoir toute la beauté et la richesse qui habitent le cœur des gens. Il est tellement beau de voir leur générosité, leur joie qui surpasse, de loin, leurs souffrances pourtant bien présentes, leur grande simplicité à se montrer tels qu’ils sont, leur confiance en nous et leur accueil, leur sens de la fête qui est une réelle célébration de la vie.

Mes sœurs de communauté sont de réels exemples, elles ont chacune des dons incroyables, tout en étant humaines, comme moi. Quand je comprends que, toute seule, je suis incapable d’aimer comme je le voudrais, cela fait mal. Mais, c’est aussi à ce moment-­là, que je demande de l’aide à Dieu et qu’il agit en moi, qu’il aime l’autre tel qu’il est à travers moi, et, faire cette expérience est magnifique.
Avec Lui, j’apprends, petit à petit, à aimer une famille que l’on connaît depuis peu. Une famille brisée, avec des parents séparés et dont la violence a toujours fait partie de la vie quotidienne. Aujourd’hui, cela fait douze ans qu’Ivan (fils âgé de vingt-­deux ans) « est tombé » dans la drogue. Il a déjà participé à de nombreux programmes de désintoxication et a été interné pendant un mois, dans un centre, en décembre ; mais rien n’y fait, la souffrance de son passé est trop grande pour qu’il soit prêt à se libérer de sa dépendance. En allant le visiter dans le centre, nous nous sommes rapprochées de sa sœur, Monica, qui est devenue une amie proche du Point-Cœur. Elle a deux enfants, Brandon cinq ans et Brittany trois ans, (voir photo) et l’on remarque très nettement que l’éducation qu’elle a reçue a des répercussions sur la leur. Je me suis vite retrouvée devant mon incapacité à aimer ses enfants, plutôt turbulents, parfois violents. Jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion d’aller visiter, avec eux, leur grand-­père (le papa de Monica). Ce jour-­là, j’ai mieux réalisé la souffrance de cette famille. Cela a été comme une invitation à les aimer de manière plus juste, plus vraie, de leur offrir mon sourire et ma présence.

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Pauline F.
Volontaire au Point-Cœur du Costa Rica

Une joie et un honneur de passer dans ce service !

Pierre et le Point-Cœur du Salvador vont visiter les enfants du service oncologique de l’hôpital Bloom. Auprès de Carlos, Stephanie, Douglas… s’émerveiller de chaque éclat de rire.

Pierre au Point-Cœur du San Salvador

Comme vous le savez déjà, visiter le service d’oncologie est un de nos apostolats. Lors de nos visites, notre objectif est de changer l’atmosphère qui y règne. C’est un cadre aseptisé, parfois triste et effrayant. Nous tentons de le transformer en cour de récréation, pour que tous oublient la vie quotidienne de l’hôpital. Nous utilisons le rire et le jeu pour que les enfants s’évadent, mais aussi, pour créer la communion entre les personnes présentes. Comme dans chaque hôpital, à chaque fois, au début, on est perdu ; il faut donc prendre possession du lieu et apprivoiser les bruits, les odeurs et les vues.

Ici, la solitude est palpable. Les chambres sont des espaces séparés. Peu de choses rompent la routine. La télévision marche tout le temps. La douleur chronique est un traumatisme. En effet, chaque personne qui entre dans une chambre peut être porteuse de beaucoup de souffrances et venir pour un examen. Il y a, aussi, à prendre en compte la charge émotionnelle des parents inquiets. Semaines après semaines, notre préparation et notre équipement évoluent. Ainsi, on trouve, maintenant, dans ma besace : ballons de baudruche, jeu d’échecs, tour qui dégringole, feutres, crayons, papier, savon à bulles. On devient aussi, expert en jeux en tout genre : les devinettes, tennis-­ballon, bataille de coussin, le chaud-­froid, jeux vidéo, jeux de société, les avions de papiers, embêter les médecins.Notre premier rituel est d’aller à la chapelle. Ensuite, nous faisons un tour du service. C’est l’occasion de se montrer et de jeter un coup d’œil sur la situation du jour. Puis, vient le moment de la rencontre avec les enfants.

Carlos était un de ceux‐là. Je l’ai visité jusqu’à la fin. Il était âgé de quinze ans. Je l’ai vu durant trois mois. C’était, pour lui, difficile la vie à l’hôpital ! À son âge, on veut découvrir le monde, on ne veut pas rester enfermé. J’ai, aussi, beaucoup parlé avec sa mère, un exemple de force et de dignité. Lors de ma dernière visite, je lui ai offert une figurine de chat : il adorait les chats. Ce jour-­là, sa fin approchait et il dormait. J’ai laissé le jouet près de lui. Je ne sais s’il l’a vu. J’ai seulement parlé avec sa mère. Elle m’a expliqué le diagnostic, on a parlé de Carlos, de la vie, de la mort. On s’est serré dans les bras. Je leur ai dit « adieu ». Carlos est mort quelques jours plus tard.
Permettez-­moi, aussi, de vous parlez de Stéphanie. C’était une enfant de douze ans. Vers l’âge de dix ans, les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur au cerveau. Il y a eu une rémission, mais, deux ans plus tard, une rechute. La première fois que je l’ai vue, elle était déjà mal, mais elle bougeait encore et nous comprenait. Je me rappellerais toujours d’une caresse qu’elle a adressée à Vincent, mon camarade de visite. La semaine suivante, après de graves convulsions, elle ne bougeait plus. Vinrent ensuite trois semaines d’agonie, trois semaines pour connaître sa mère pleine d’amour et d’attention pour sa fille mourante.
J’aimerais aussi vous parlez de Douglas. Il a douze ans. Je l’ai visité lors de mes premiers mois, environ six ou sept fois. Et il était rentré chez lui. Malheureusement, depuis maintenant deux mois, il est revenu « au Bloom ». Il mène une lutte terrible contre la maladie. Il a toujours été un enfant réservé. Et, maintenant qu’il a perdu la vue, c’est encore plus dur pour lui de s’ouvrir aux autres. Quand je le visite, je lui prends la main, je lui parle mais, très vite, il me rejette. Pourtant, chaque semaine, je vais le voir un peu. Il ne faut rien forcer, il lui faut du temps. Parfois, il nous faut oublier les jeux et être simplement là.

Visiter l’hôpital Bloom, c’est passer du chaud au froid, des rires au silence. Malgré tout, c’est une joie et un honneur de passer par ce service. Souvent, quand nous partons, on peut entendre les enfants rire et les gens parler et vivre à nouveau. Les premiers départs sont les plus durs. Ils frappent au cœur. Que représentons-­nous pour ces enfants ? Devant la rechute d’un « gamin », comment gérer sa peine ? Où trouver les mots face à un adolescent devenu aveugle ? Que dire à une mère qui a perdu son fils ? Pour continuer, il nous faut nous émerveiller de chaque éclat de rire. Il faut garder à l’esprit la chance que nous avons d’assister à ces moments d’amour entre parents et enfants ; la chance de voir les gestes tendres des médecins ; la chance de créer des amitiés.

 

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Pierre L.
Volontaire au Point-Coeur du San Salvador

Deux amies au Ciel : Claudia et Mirella

« Pouvoir se reposer sur la cœur d’un autre », est l’expérience forte qu’a fait Charlotte, au Point-Cœur de Barrios Altos alors que deux amies chères partent rejoindre le Père…

Mirella

Nous avons vécu deux départs particulièrement éprouvants. Claudia, une jeune maman de vingt-­six ans, est partie en une semaine au Ciel, suite à une brûlure au troisième degré qui s’est compliquée à l’hôpital. Nous avons cherché à la visiter mais, malgré la demande de Claudia de nous voir, l’unité de soin ne laissait entrer qu’une personne à la fois et son compagnon était présent en permanence. Grande amie du Point-Cœur depuis longtemps, abandonnée par ses parents, elle vivait avec son fils, José Antonio, et sa tante, Berta. Berta a beaucoup de tendresse pour José Antonio, elle s’en est toujours occupée du mieux qu’elle pouvait, malgré ses nombreux soucis de santé. Mais aujourd’hui, elle se sent bien seule. Presque chaque jour, elle nous appelle ou vient chez nous. Un lundi, nous sommes en réunion pour préparer la semaine et le camp des filles. Je suis particulièrement fatiguée alors, quand j’entends frapper à la porte, je me lève de mauvaise humeur avec l’envie de dire : « Je ne suis pas là ». La porte s’ouvre, je vois Berta et je soupire… Ne peut-­elle pas nous laisser un peu ? Nous avons tant de choses à organiser ! Mais Berta me dit : « Hola hermanita, je viens juste demander si je peux prendre une tisane chez vous ? » José Antonio est à côté d’elle. J’ouvre grand la porte. Rapidement, nous décidons de terminer la réunion l’après-­midi et nous venons entourer Berta. François joue avec José Antonio. Berta nous parle de Claudia, nous confie sa peine, son angoisse face à l’avenir, sa solitude. Au bout d’une heure, avec un petit sourire en coin, elle nous dit : « Bon, il faut que j’y aille, je passais rapidement, j’allais au marché en fait ! » Elle fait mine de se lever mais, finalement, continue de nous parler. Je comprends à quel point pour elle notre amitié est importante. Elle vient pour bien plus qu’une tisane. Elle a tant besoin de voir que nous sommes avec elle dans ce moment si difficile.

Après Claudia, c’est Mireilla qui a rejoint le Ciel à vingt-­neuf ans. Souffrant d’obésité depuis des années, elle ne pouvait plus se déplacer. Les volontaires venaient donc chez elle pour passer un bon moment avec les jeux qu’elle aimait. Un jour, elle a dû aller à l’hôpital, suite à une infection. Celle-­ci s’est généralisée à cause du mauvais suivi des médecins. Je n’ai visité que trois fois Mireilla, mais elle m’a beaucoup touchée par sa vie toute simple et son courage, sa capacité à faire des blagues, même à l’hôpital. Pendant ma dernière visite, avec Karla et Andrzej, nous l’avons vue souffrir terriblement. Selon les médecins, il n’y avait plus rien à faire. J’étais simplement là, lui tenant la main, caressant son front, mais, intérieurement, je bouillonnais. Comment ne pas se révolter contre ces médecins, contre les conditions de suivi de cet hôpital, contre cette mort si rapide ? Nous ne comprenons pas. Nous sommes impuissants. Face à ce mystère, plus que jamais, comme Marie au pied de la Croix, il nous faut rester au plus près de nos amis qui souffrent. C’est encore et toujours la présence qu’il nous est demandé de vivre. Présence auprès de la famille, présence autour du corps de Mireilla, pour prier le chapelet à leur demande, présence auprès de sa grand-­mère, si fragile, que ce départ a profondément affectée. Une présence toujours plus intense, profonde, attentive. C’est dans ce silence, cette douleur partagée, ces gestes et regards, ces paroles si simples, que le cœur peut se reposer sur le cœur d’un autre. Je vous les confie toutes les deux, Claudia et Mireilla, ainsi que leurs familles.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Charlotte C.
Volontaire au Point-Coeur de Barrios Altos, Lima

L’Evangile fait chair

Arnaud est en mission au Point-Cœur de la Coroa à Salvador da Bahia au Brésil. A la rencontre des amis du quartier, il fait une expérience très concrète de l’Evangile. 

Domingo et la communauté du Point-Cœur

Sur le chemin, nous avons retrouvé un de nos amis de la rue, Domingo, la tête ensanglantée, des blessures aux genoux, sans chemise… Un homme semblait l’avoir battu, nous n’avons pas vraiment compris l’histoire et comment il en était arrivé là, car il était sous l’emprise de l’alcool ainsi que ses autres amis. Mais ce n’était pas l’essentiel, le plus urgent était de le soigner ! Après un long débat avec Domingo, ce dernier s’est enfin décidé à venir avec nous pour être soigné. Lui n’aspirait qu’à trouver un t-shirt pour être décent devant nous et pouvoir entrer dans notre maison. Après lui avoir administré les premiers soins,

J’ai demandé à Lucie de l’emmener à l’hôpital car sa blessure à la tète était profonde. Une fois chaussé et vêtu, le voilà avec une de ses amies qui voulait l’accompagner à l’hôpital. Après avoir cherché différentes voitures pour aider Lucie, nous nous sommes résolus à prendre le bus. Au même moment, une voiture remonte la pente : nous lui demandons de nous aider. Le chauffeur fait demi-tour pour nous ! En regardant de plus près son pare-brise, j’ai pu lire l’inscription suivante : « Deus e fiél » (Dieu est fidèle), quelle belle phrase !!! De retour chez nous, Domingo revient avec Lucie pour déjeuner et goûter le fejao que nous avons préparé entre temps avec plusieurs personnes seules ce jour-là que nous avions invitées !! Quelle belle ambiance. Durant tout ce moment, je me suis rappelé́ ces phrases de Mt. 25, 35-40 : « Car j ́ai eu faim et vous m ́avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ces paroles n’ont jamais été́ aussi vivantes, concrètes et d’une telle force pour moi. Et elles le seront jusqu’à la fin de mes jours.

Souvent les enfants ou des voisins passent le matin ou à n’importe quelle heure pour demander un verre d’eau ou un thé. La plupart du temps, c’est un prétexte pour rester un peu avec nous, discuter ou simplement les écouter. Ces phrases de Saint Matthieu n’ont jamais raisonné aussi fort dans mon cœur. « Um copo de agúa por favor ? » (Un verre d’eau s’il vous plait ?), parole concrète, action concrète qui sort tout droit de l ́évangile. Nous sommes là pour aider les gens du quartier, et part eux c’est Jésus que nous servons. Quelle joie de mettre en pratique les paroles du Christ.

 

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Arnaud de SP
volontaire au Brésil

L’apostolat au couvent des sœurs de Mère Teresa

Arnault est en mission à Procida, dans la baie de Naples depuis déjà cinq mois. Il quitte parfois l’île de Procida pour rejoindre le couvent des sœurs de Mère Teresa où l’attendent des hommes qui ont eu la vie dure… 

Arnault S.

Nous rejoignons le cœur de Naples, où se situe le couvent des Sœurs de Sainte Mère Térésa. Elles nous accueillent toujours avec un grand sourire et leur vie semble ainsi faite : si un volontaire vient les aider, elles s’en réjouissent, si le lendemain il n’y a personne, elles continuent de servir avec la même joie. Au dernier étage de leur immeuble, vivent une petite trentaine d’hommes qui ont pour seul dénominateur commun d’avoir vécu dans la rue et d’être là pour goûter un peu de paix. Les premières fois que je suis venu, j’étais très impressionné par ces hommes, leurs vies, leurs histoires, leurs infirmités. Maintenant je n’y pense plus, non pas que j’oublie qu’ils soient malades, mais disons que ce n’est plus ce qui les définit à mes yeux.

Ce jour-là, en arrivant là-haut, je ne vois pas Patrick qui habituellement se tient sur le canapé du salon. Patrick est un Américain natif de Brooklyn, il est aussi un ancien chercheur en mathématique et a fait un doctorat dans une grande université de la côte Ouest. Souvent, je le trouve occupé à faire des démonstrations pleines de lettres et de chiffres sur de grandes feuilles blanches, un savoir qui m’est totalement inaccessible. Hormis le fait qu’il ait été abandonné par sa famille, je ne sais pas grand-chose de lui, ni des raisons de sa présence ici à Naples, dans ce centre d’accueil d’hommes de la rue. En revanche, je sais juste qu’il m’accueille toujours avec un grand sourire et me répond invariablement quand je lui demande comment il va, « discretamente », un mot pour dire que ce n’est pas terrible mais qu’il « fait avec ». Etonné de son absence, je vais le voir dans sa chambre et je le vois tordu de douleur dans son lit, son corps ne répond plus. Il est incapable de ce lever aujourd’hui, des larmes coulent sur ses joues et mon cœur se fend en deux. Tous les autres hommes sont à son chevet, aux petits soins. Patrick est aimé de tous, sa discrétion et sa joie muette font que tous se sentent attachés à lui. Eugenio débarque. C’est un grand gaillard qui respire l’expérience, dont la présence rassure. Avec beaucoup de douceur il aide Patrick. Un quart d’heure plus tard, je retrouve ce dernier dans le salon tout souriant, il me regarde et me tend la main. Il peut enfin me dire bonjour. Je lui demande comment il se sent et évidemment, il me répond : « Discretamente ».

Je rejoins Salim, un Algérien qui, à la suite d’un accident de travail, a son bassin brisé en mille morceaux. Pour lui, la potion est amère, il est immobilisé pour de longs mois. C’est moi qui l’ai accueilli quand il est arrivé au centre ; il y a comme une complicité entre nous. Avec Salim, nous parlons un peu français, un peu italien mais surtout nous jouons aux cartes, et là, il me faisait comprendre qu’il m’attendait de pied ferme. Pendant ce temps, Leonardo, un Napolitain historique du centre, que tout le monde appelle nono (grand-père), m’interpelle : il me demande si j’arrive de France. Je lui réponds que je viens chaque semaine de Paris, rien que pour lui. Evidemment, il ne me croit pas, mais pour autant ses yeux s’illuminent, et si…

Notre temps d’apostolat se poursuit avec la prière du chapelet puis s’achève avec leur dîner, pour lequel nous filons un coup de main. En descendant l’escalier pour repartir, nous croisons Filippo qui rentre de l’hôpital ; il semble désolé de nous avoir loupés. Les yeux humides, il nous laisse passer contre la promesse que nous revenions la semaine d’après.

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Arnault S.
Volontaire en mission à Procida, Italie

Marion : un cœur qui saigne !

Alexandre vient d’arriver aux Philippines, après dix ans de mission en Picardie. Il rencontre Marion, son premier ami :

Alex et Marion

Marion est mon premier ami ici. Comme un signe évident et lumineux que je suis attendu. Comme un signe tangible que la mission de Points-Cœur est nécessaire. Caritas urget nos !  

Marion a treize ans. Le teint mat, les cheveux en pagaille et rougit par une pseudo-teinture qu’il s’est faite avec son meilleur ami Jerry comme pour signifier son look intérieur du moment : un cœur qui saigne… A cheval entre l’enfance et l’adolescence, la vie de Marion a basculé il y a quelques jours, juste avant que je ne débarque aux Philippines.

Pour gagner quelques pesos afin de nourrir les six bouches qui vivent dans une minuscule pièce commune familiale, sorte de cabanon de tôle insalubre, le père de Marion se fait dealer. En compagnie de sa femme, ils vendent et consument aux yeux de tous la terrible drogue locale, le pire dérivé chimique existant de la cocaïne. Terrible fléau dans notre pauvre quartier de Dagat-Dagatan. Improbable moyen de survie pour qui y succombe.

Le quotidien de Marion est donc marqué au fer rouge par ce sceau scandaleux et si courant à la fois. Ce p’tit gamin, dernier de la fratrie, est connu et reconnu comme le fils de kuya Bong, infréquentable pauvre père. Cependant, Marion aime son papa et le regarde avec gratitude car les quelques pesos qu’il parvient à glaner avec ses trafics lui permettent d’aller à l’école. Son rêve : devenir un jour policier pour aider les pauvres gens et être au service du peuple philippin. Douce promesse pour ce cœur innocent, celui d’un enfant…

Or, voilà qu’un soir, une terrible descente de police, violente, met à sac sa frêle existence. Faisant brutalement irruption dans leur cabanon, les hommes armés conduisent manu militari tous les enfants de la fratrie dehors, dans la rue. Seule la maman et kuya Bong restent confinés à l’intérieur. Ils sont mis en joue. Des cris. Des pleurs. La nuit étoilée se déchire. La peau du dealer est mise à prix. Sa courageuse femme s’accroche à lui menaçant de mourir avec lui si des coups de feu sont échangés. Ordres. Contre-ordres. Désordre et scandale. Pleurs en pagaille. Le quartier est en émoi. J’imagine les yeux de Marion gorgés de larmes, impuissants et bouleversés. Finalement sauvé in extremis par sa femme, kuya Bong est emmené en prison où il purge actuellement une lourde peine.

Pour Marion, s’en est finit de son rêve. Il s’est fracassé instantanément face à ce déchaînement de violence. Fini l’école. Il l’abandonne. Il n’y a d’ailleurs pour lui plus aucun sens à cela. Il n’y a d’ailleurs plus de pesos. Maintenant, il erre toute la journée dans la rue. Il passe ses heures durant à aller de-ci, de-là. Parfois, quelques poubelles à transporter, parfois un coup de main à donner aux voisins. Dans ses yeux, une immense tristesse. Quelque chose s’est brisé.

Marion est un joueur à part entière de notre petite équipe de foot. Chaque dimanche, après les avoir emmenés à la messe, nous réunissons nos quelques enfants pour un entraînement sérieux ou un match au sommet. Un bon prétexte pour les aider à grandir. Ce dimanche, Luigi et M. Bean avaient programmé une rencontre pour me présenter, moi Kalec leur nouveau coach et ami. Tous étaient présents. Seul Marion manquait à l’appel. Il était parti rendre visite à son papa en prison. De retour tard le soir et ayant entendu par les autres le récit de notre après-ˇ‐midi durant laquelle nous avons regardé une belle vidéo de football (un mini documentaire sur les plus grands footballeurs évoluant en Europe : Messi, Ronaldo, Ibrahimovic, Pogba, Sanchez, Neymar et Suarez) et partagé un succulent gâteau au chocolat offert par une amie riche de Manille, Marion est venu frapper à la porte du Point-Cœur pour me saluer. Timide. Discret. Rencontre au sommet !

Avec les pauvres rudiments de tagalog que je possède et les simples mots d’anglais dont il se sou- vient de l’école, nous faisons connaissance. Immédiatement, je perçois chez cet enfant quelque chose de différent.

Un je-ne-sais-quoi qui rayonne en silence ! Dans ses yeux emprunts d’une profonde tristesse, une petite lueur brille mystérieusement, une perle d’espérance. Comme si son cœur hurlait le besoin d’une présence, d’une amitié. Il me parle de son père avec une immense émotion. Je lui de- mande alors le prénom de son papa. Il me le murmure tendrement à l’oreille comme son trésor de vie. J’ai bien du mal à comprendre. Ces prénoms tagalog sont si différents. Alors, je prends un stylo et lui demande de m’écrire le prénom sur la main, ainsi je pourrai prier pour lui. Il me fixe alors dans les yeux avec un regard que jamais je ne pourrais oublier. Sans qu’il puisse le retenir, un flot de larmes incontrôlable envahit ses joues. Sans honte aucune comme si déjà il m’avait adopté comme ami, il les laisse couler abondamment et, saisissant le stylo que je lui tends, écrit doucement en rouge, couleur sang, au creux de ma main les quatre lettres qui figurent son père : B-O-N-G. Puis, délicatement, il la prend dans la sienne et la serre si fort que je peux sentir les battements de son cœur. Je lui propose d’aller confier son papa à la Vierge Marie, Notre Mère de consolation. Nous mon- tons dans notre toute petite chapelle. Il s’agenouille. Nous restons en silence. Un silence complice. Habité. Elle saura si bien consoler ce cœur qui saigne !

Depuis, Marion vient chaque jour au Points-Cœur. Hier, il m’a aidé à cuisiner un plat typique philippin. Ce soir, une partie de carte, la messe. Je lui montre des clichés de mes anges-gardiens en France. Nous regardons en- semble un album photos du Points-Cœur de Dakar. Et demain, dimanche un match de football au sommet contre une équipe d’enfants des rues travaillant sur la décharge.

Je confie Marion à votre prière pour que ce cœur qui saigne soit un cœur qui règne !

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Alexandre Descours
Membre permanent de Points-Cœur en mission aux Philippines

« Voilà des années que personne ne m’a traité comme vous le faites… »

Thomas le jour de son anniversaire et Anaïs, au Point-Coeur

Thomas le jour de son anniversaire et Anaïs, au Point-Cœur

En Grèce, les nombreux migrants habitent les rues de la ville d’Athènes. Anaïs nous présente Thomas, un autre loin de sa terre, qui a fêté son anniversaire au Point-Cœur.

Thomas, nous l’avons rencontré dans la rue il y a cinq mois, alors qu’il venait d’arriver de République Tchèque. Tout jeune gars qui s’est retrouvé en Grèce sans trop savoir pourquoi, son enfance semble bien compliquée. Il a passé plusieurs années en centre d’accueil, après que sa mère se soit remariée et que son beau-­père ne l’ait jamais accepté. Après plusieurs visites, nous l’aidons à trouver un endroit où vivre pendant deux semaines. Ouf, le voilà sorti de la rue. Puis le responsable du foyer reçoit un don de 100 euros : parfait, cela pourrait couvrir le prix d’un billet d’avion ! Nous l’aidons à réécrire son CV, à postuler pour trouver un job… Mais quelques jours après, Thomas a disparu. Apparemment envolé avec les 100 euros, nous espérons qu’il est arrivé à bon port. La semaine d’après, quelle n’est pas notre surprise de le découvrir au centre des Sœurs de Mère Térésa ! Nous sommes si étonnées, et lui semble si mal à l’aise. Aucune explication n’est donnée, le voilà qui s’évanouit une nouvelle fois dans la nature. Nous avons prié près de deux mois pour lui, sans aucune nouvelle. Puis j’entends dire un jour qu’il continue à se rendre chez les Sœurs, mais qu’il évite de venir le mardi, jour où nous venons aider. Je décide alors de m’y rendre un mercredi pour tenter de le rencontrer. Plusieurs personnes me disent qu’elles ne l’ont pas vu depuis une semaine, pas de chance… Mais je l’aperçois au fond de la salle, youpi ! Sa barbe a bien poussé, mais je le reconnais derrière ses petites lunettes. Je suis si heureuse de le voir, et à la fois, je tente une approche toute en douceur, pour éviter de l’effrayer : « Thomas, je suis Ana, tu te souviens ? — Bien sûr que je me souviens, tu es Anaïs Guillerm » me rétorque t-­il. Incroyable ! Nous discutons ensemble, il me donne quelques nouvelles. Je lui propose de m’attendre à la fin du repas pour discuter un moment ensemble. Mais lui de trouver une excuse, et s’échapper comme un courant d’air. Après le service, je m’installe à une table et je commence mon déjeuner. Thomas revient et s’assied en face de moi : « Finalement, j’ai changé d’avis, je serai heureux de parler avec toi ! » Il m’explique qu’il a reçu des nouvelles de sa maman qui veut lui envoyer un colis de vêtements pour son anniversaire. Il aura vingt-­deux ans dans quelques jours. Je l’invite alors à déjeuner chez nous pour l’occasion, en lui redonnant notre adresse, etc. A voir s’il viendra ! Le 31 décembre, à 12h pile, Thomas sonne à la porte du Point-­Cœur. J’explose de joie, je ne suis pas la seule. Nous sommes si heureuses de l’accueillir à nouveau, et tout spécialement pour son anniversaire. Il ne revient d’ailleurs pas de tout cela. Il vit maintenant dans un coin de jardin, dans le centre d’Athènes, sous une tente ; il fait si froid. Mais il ne se plaint jamais, et tente à chaque fois d’aller de l’avant. Il connaît tous les lieux où il peut recevoir un peu d’aide et y passe ses journées. Dimanche dernier, nous l’avons invité à la plage, pour un pique-nique avec quelques amis. Le lendemain, il nous écrivait : « Je vous remercie pour ce moment passé ensemble. Voilà des années que personne ne m’a traité comme vous le faites. J’aimerais tant avoir la possibilité de vous rendre tout ce que vous m’apportez ».

 

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Anaïs G.
Membre permanent, en mission au Point-Cœur d’Athènes

Camp hivernal à Procida

Elisabeth et les enfants au camp à Procida

Du 2 au 4 janvier, Elisabeth, du Point-Cœur d’Afragola, s’est rendue sur l’île de Procida avec sept enfants du quartier : une aventure de générosité, Procida et Afragola réunis !

Marika, douze ans, Rudy, douze ans, Santo, onze ans, Carmela et Pasquale, dix et neuf ans, Giani et Patti, douze et dix ans ! Nous avons été accueillis par le Point-­Cœur de Procida : Giuliano, Laetitia, Mercedes et Arnaud. Nous sommes arrivés dans l’après-­midi, le lundi, et sommes repartis le mercredi matin. Ce fut court mais très intense. Le lundi, nous sommes allés nous promener et jouer aux alentours du Point-­Cœur. Malgré le froid, le ciel était bleu et on s’est tous émerveillés, l’île est magnifique ! Se mettre à l’école des enfants, écouter leurs cris, leurs envies, apprendre à devenir une vraie grande sœur… Rire, courir, jouer avec eux. Partager les grandes joies et les petits bobos. Être attentif à tous et à chacun en même temps. Toute la journée du mardi, nous sommes allés jouer à l’Oratoire, grand jardin avec un local et un grand terrain de foot, où les enfants peuvent courir, crier, jouer en toute sécurité. Le Point-­Cœur de Procida avait invité huit enfants procidanais à venir jouer avec les enfants Grand jeu avec les enfants procidanais et afragolais. Quelle beauté de voir que des enfants qui viennent de milieux si différents peuvent jouer et rire ensemble, simplement. La générosité des habitants de Procida pour les enfants d’Afragola est sans limite. C’est impressionnant d’être témoin de cela. On aimerait avoir la même générosité, la même envie de se donner pour l’autre. Tous les repas, du petit déjeuner au dîner, ont été cuisinés par quelques amies de Points-­Cœur. Nous avons été invités à dîner chez des amis le mardi soir, nous huit et les volontaires du Point-Cœur de Procida. Je vous laisse imaginer la tablée, et surtout les sept monstres affamés à nourrir ! Le capitaine du bateau, qui relie Procida à la terre ferme, a offert le trajet aller-­‐retour pour chaque enfant… Ce camp a été aussi l’occasion de connaître chacun un peu plus, et d’être témoin de quelques petits miracles. Par exemple, Pasquale, neuf ans, petit frère de Carmela, est réputé pour être un vrai terrible, à l’école, à la maison, au soutien scolaire. Ses parents m’ont même dit : « Tu es sûre de vouloir le prendre avec vous ? C’est la première fois qu’il dormira loin de la maison. » Comme je sais que Pasquale a cruellement besoin de sortir de chez lui, j’ai pris le risque. Résultat : ce fut l’enfant le plus tranquille et attentif du camp ! Observer aussi la bienveillance entre eux, et la reconnaissance dans leurs yeux, parfois. Quelle aventure, quel trésor !

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Elisabeth A.
Volontaire au Point-Cœur d’Afrgola

Une mission remplie de musique

Adélaïde au violon, au Point-Cœur d’Athènes

En Grèce, la musique est partout et Adélaïde découvre en elle une force pour sa mission, un moyen de rencontre, une consolation et une joie.

J’ai le souvenir d’une pianiste qui évoquait le célèbre plafond de la Chapelle Sixtine pour expliquer ce qu’est la musique : « Cet espace entre la main de Dieu et la main de l’homme, c’est là qu’elle se trouve ». C’est une image qui m’est revenue ces derniers temps à Athènes : notre mission est remplie de musique, de tous types et de tous niveaux….Mais toujours si belle ! Alors aujourd’hui, c’est un peu musicalement que je vais vous parler de notre mission.

Yakovos et Niketa vivent dans un appartement tout près de chez nous, rempli de bibelots et de souvenirs. De caractères très différents, ils ont pourtant plus de cinquante années de mariage derrière eux, et s’asseyent encore et toujours l’un contre l’autre, parfois main dans la main. L’un comme l’autre ont des problèmes pour se déplacer, Yakovos ne pouvant plus se lever et Niketa utilisant des béquilles. Ils ont perdu leur fils il y a quelques mois et vivent depuis dans une grande tristesse. Lorsqu’on leur rend visite, on parle peu, voire pas du tout : face à une telle souffrance, quoi dire ? Yakovos est un passionné de musique classique mais, ne pouvant presque plus se déplacer vers le lecteur, il n’écoute plus rien. Alors, quand j’arrive, je mets de la musique. C’est souvent source de discussions animées parce qu’aucun de nous ne se rappelle comment allumer le lecteur ! Mais quand la musique démarre enfin, les yeux de Yakovos s’éclairent. Lui comme moi nous dessinons la mélodie des mains, nous prenant un peu pour des chefs d’orchestre, et nous regardant l’air entendu dans nos passages préférés. Puis la musique s’arrête et nous revenons à la réalité, dans le salon. Avant de partir, il me prête toujours un CD, et puis, sans dire grand‐chose, nous repartons.

Il y a deux mois, nous avons rencontré Margarita, une Polonaise qui vit dans la rue. A peine nous lui disons « Bonsoir » qu’elle se met à chanter l’Ave Maria de Schubert. Ma première réaction n’a pas été très belle, puisque j’ai eu une profonde envie de rire, Margarita chantant d’une manière particulièrement originale et puissante. Mais elle m’explique alors que c’est le Seigneur qui lui a donné ce don et que, depuis, elle chante sans cesse. Elle chantait si fort, et moi, gênée du regard des passants, je n’avais pas perçu tout l’amour qu’elle pouvait offrir à travers sa voix.

Tous les dimanches, Klaudia et moi jouons à la messe, ce qui nous vaut quelques moments de stress, beaucoup d’improvisations, mais surtout de grands moments de complicité. Un dimanche, un ami me demande de lui jouer l’Ave Maria et je m’exécute, maladroitement, n’ayant ni la partition ni le souvenir dans les doigts. Pourtant quand je finis de jouer, Yorgos pleure, m’expliquant qu’on l’avait joué le jour de son mariage, quarante ans plus tôt. Avant de partir en Grèce, un ancien volontaire m’a conseillé d’amener mon violon. Je l’ai pris avec moi sans grand enthousiasme (ne m’étant plus entraînée depuis des années, je savais que mon orgueil en prendrait un coup lorsque je rouvrirais mon étui poussiéreux). Mais une fois encore depuis que je suis ici, je réapprends tout comme une enfant : j’apprends à réapprivoiser mon violon et j’apprends inévitablement l’humilité. Et plus encore, je redécouvre la force de tout ce que la musique peut porter, au-­delà de toute qualité esthétique ou technique. Je ressens de plus en plus que cette force musicale, qui nous relie tant parfois, n’est pas uniquement humaine. Et je dois dire que je n’ai jamais joué aussi mal… mais jamais avec autant de joie !

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Coeur de Grèce

Donner à manger à celui qui a faim

Pierre est en mission au Point-Cœur du Salvador. A la rencontre des personnes de la rue, il découvre que ni le pain ni les vêtements ne suffiront à combler les plus pauvres, mais sa seule réponse est de donner, de se donner… 

Pierre en mission au Salvador

Chaque dernier jeudi de chaque mois, un groupe de paroissiens s’en va dans le centre‐ville donner à manger, à boire et des vêtements aux gens de la rue. Nous avons rejoint ce groupe. Nous nous retrouvons après la messe, devant l’église, vers huit heures, où nous chargeons le pick-up des provisions récoltées durant la semaine. J’ai pris l’habitude de me placer à l’arrière, prêt à bondir tel un Salvadorien, et à lancer des « Dale niño ! » au chauffeur. Ce qui, avec mon accent, amuse beaucoup le groupe.

Quand nous apercevons des SDF, nous nous arrêtons : « Buenas noches, pancito, cafecito ». À certains endroits, on trouve un homme seul que l’on réveille, à d’autres, un groupe de dix, à d’autres, un couple, à d’autres encore, une cinquantaine de personnes, dont femmes et enfants. Au-delà du don, c’est l’occasion de partager un peu, d’écouter des gens que personne n’écoute, de parler anglais avec ceux qui le désirent.

Un jour où nous n’avions plus de vêtement à donner, un homme m’a demandé ma chemise. J’ai profondément hésité mais je ne pouvais me permettre de rentrer torse nu. J’ai donc refusé. Mais, hanté par cette demande, le mois suivant, j’ai donné de mes t-shirts. J’ai constaté que, malgré mon don plus personnel, il manquait encore et toujours de quoi vêtir. Malgré le sentiment de faire une bonne action, d’être remercié comme si j’étais le Pape lui‐même, je ressens à chaque fois beaucoup de tristesse en rentrant de cette tournée. C’est étrange d’aller à la rencontre des gens de la rue. Souvent, j’ai envie de rester avec eux.

Quand je pense à l’après Point‐Cœur, je n’ai pas beaucoup de certitudes. Ce que je sais, c’est que je veux continuer à aller à la rencontre des gens de la rue et donner un peu de pain. Même si l’insuffisance du don par rapport au besoin peut m’amener à la désespérance, lorsque je donne je me sens utile. Et je sais en mon cœur que c’est bon de le faire. Alors j’oublie que cela ne changera pas le monde, et je garde le fol espoir qu’un jour tous les petits dons réunis le feront.

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Pierre L.
volontaire au Salvador

Madame Henmi a déménagé

Sylvie, du Point-Cœur de Sendai, visite régulièrement Mme Henmi qui a quitté son logement provisoire (kasetsu) pour un appartement, pour une autre solitude…

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Voici quelques nouvelles de Mme Henmi, que je visitais tous les mois en maison provisoire après le tsunami. Maintenant elle a déménagé dans un petit appartement, mais se retrouve toute seule. La précarité s’est transformée en solitude. Il est 9h du matin. Nous venons de terminer une heure d’adoration. On m’appelle pour m’annoncer que le lieu où nous devions nous rendre aujourd’hui a été annulé. J’appelle de suite Mme Henmi, une vieille dame de quatre-­vingt-­sept ans, rencontrée il y a quatre ans dans une des maisons provisoires construites après le tsunami en 2011. Elle a maintenant déménagé dans un vrai appartement, il y a un an environ. Nous lui rendons régulièrement visite. Mais, comme elle oublie jusqu’à mon prénom, quand je l’appelle c’est toujours la première rencontre… Lorsque nous arrivons au parking, elle est déjà là, courbée en deux, à nous attendre appuyée sur sa canne. Dès le premier regard, tous les souvenirs lui reviennent ! Et nous parlons pendant des heures du bon temps en Kasetsu (maison provisoire en japonais), passant les pages de son album-­‐photo en se demandant ce que deviennent les uns les autres. Comme pour beaucoup, le détachement avec les autres membres a été difficile. Elle vit seule dans un nouvel appartement avec tout le nécessaire, pourtant… « Là-­bas on prenait soin les uns des autres, on ne se sentait pas seul. Ici, c’est tellement impersonnel.» La solitude : fléau de notre ère. Sa seule compagnie : la TV. Mais Mme Henmi a encore de la chance, une personne vient lui faire la cuisine trois fois par semaine, et son fils n’habite pas loin. Le temps passe vite, il est déjà 16h. Mme Henmi, qui oublie tout dans les 30 secondes, arrête la discussion pour regarder à travers la fenêtre : « Les corbeaux vont bientôt s’envoler pour rentrer chez eux, je les vois tous les jours à la même heure ». Et dans les cinq minutes, nous voyons quatre corbeaux qui prennent leur envol. « Comme la T.V. n’est pas toujours intéressante, je regarde les voitures passer pendant des heures tous les jours. » Il y a un an, lors de notre dernière rencontre en Kasetsu, Mme Henmi me disait oh combien elle m’aime, et me considère comme membre de sa famille. J’ai rencontré ma grand-­mère au Japon ! Mme Henmi est une femme pleine d’Amour, de respect, qui ne dit que du bien des autres. Après toutes les souffrances qu’elle a vécues, elle me dit comment accepter l’inacceptable, comment aimer ce qui nous est donné de vivre. Sur le chemin du retour, je me rends compte que ces heures passées avec elle ne sont pas « perdues », mais justement me rendent plus humaine, aimante et proche de Dieu.

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Sylvie M.
Membre permanent de Points-Coeur, en mission au Point-Coeur du Japon

Deux nouvelles familles à la Fazenda

A la Fazenda do Natal au Brésil, deux nouvelles familles arrivent avec leur lot de souffrance et de douleur que Sr Bénédicte, Servante de la Présence de Dieu, et la communauté portent avec eux au quotidien.

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Deux nouvelles familles sont arrivées depuis ces derniers mois. La joie des petits fait celle des plus grands ! Anita sourit à nouveau. Elle me disait qu’une communauté sans enfant est une communauté triste. Elle revit ! La sortie de la messe a repris des allures de jeux mélangés aux discussions des adultes. Les maisons sont visitées par des petites mains qui demandent un jeu, un verre d’eau, un goûter, un bisou ou qui cherchent à faire une bêtise ! La fazenda refleurit également au sens propre du terme. Arivaldo (dit Pequeno=petit), un des papas, connait et aime les fleurs et la culture et s’y est attelé depuis son arrivée. Dans son sillage, chacun s’essaie à la plantation de roses, de mais, de manioc et autres légumes ! Après une amitié de quatre ans avec Jo et Pequeno dont on visite le village, ceux-ci ont décidé de venir vivre avec nous, de partager cette expérience de vie communautaire, de prière, de service et d’apostolat. Jo avait envie de laisser une dernière chance à leur couple qui était en train de se détruire. Les fruits ont été beaux pendant quelques semaines  : ils se sont retrouvés et les avoir avec nous était un vrai plaisir et d’une vraie simplicité. Pequeno, en bon bahianais, d’une tranquillité sans pair et heureux comme un poisson dans l’eau, nous saluait chaque matin de sa maison – alors qu’on prenait  le petit déjeuner et qu’il allait arroser ses plantes – d’un bonjour enthousiaste. Il était devenu un rayon de soleil. Jo aidait à la cuisine chaque matin en chantant et en louant le Seigneur à tue-tête. Avec sa franchise, son honnêteté, sa soif, sa joie dans le travail, elle nous en donnait une leçon ! Elle allait à l’école quelques après-midi par semaine, ce qu’elle n’arrivait plus à faire lorsqu’elle était chez elle. Hier, Jo est partie. Nos amis sont bien fragiles et inconstants. Et sans le Christ est-il possible de traverser la tempête ? Pequeno reste pour l’instant avec les deux petits Maikom et Marcos. Notre mission est maintenant de les accompagner dans cette épreuve. Entourer d’amour les petits qui recevront peu l’amour de leur maman ou qui pensent qu’ils ne sont pas aimés par elle!

Juliana et Augusto sont arrivés depuis six mois maintenant avec leur bébé Nathan qui a un an aujourd’hui. Ils sont arrivés à la fazenda « forçés » par le destin dans une situation de souffrance (ils étaient presque dans la rue). À leur arrivée, la fazenda était comme un souffle, une respiration, un repos dans le cœur du Christ. La blessure est grande, ouverte. La sensibilité, la fatigue, l’angoisse reprennent le dessus certains jours. Je vous demande de prier pour eux. Les deux tentent de travailler pour se refaire une vie après : cuisine, ventes, travail proposé par quelques amis. Ils tentent également de se refaire une santé. Nous espérons qu’ils puissent découvrir les bénédictions de la croix, l’amour dans la souffrance, la gratuité, la dépendance de Dieu. Tant de valeurs chrétiennes essentielles dans notre chemin vers le Père. Nous prions beaucoup, tentons de les accompagner dans leur lutte par notre amitié, notre aide, telle une main qui se tend sur le chemin.

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Sr Bénédicte
Servante de la Présence de Dieu, en mission au Brésil

Modesto a perdu sa maman…

Et tout le quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa se joint à lui pour  veiller et enterrer sa maman, nous raconte Bérengère.

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Le Point-Cœur du Honduras, dont Bérengère !

Modesto a perdu sa maman, Doña Toya, il y a peu de temps, le 10 décembre. Modesto, nous ne le connaissons pas depuis très longtemps. Nous le croisions régulièrement lorsque nous allions jeter nos poubelles, car celui-­ci récupérait tout le plastique de la beine-­à-­ordures pour le revendre, c’est comme cela qu’il gagnait sa vie. Notre amitié est née de cette manière, en le saluant tous les jours. Sa maman, les anciens missionnaires la connaissaient davantage. Un jour, je ne me rappelle plus de quelle manière très exactement, Modesto est venu nous trouver pour nous dire que sa maman, âgée, était hospitalisée. Alors nous l’avons accompagné à l’hôpital pour lui rendre une visite. Modesto, qui n’a pas un sou et qui vit très pauvrement, avait tenu à payer le bus pour tout le monde, aller‐retour : il était si fier de pouvoir le faire et, compte-­tenu de sa situation, son geste était si beau et portait à réfléchir. Doña Toya est finalement rentrée chez elle car les médecins ne pouvaient plus rien faire pour elle. Alors nous sommes allées prier le chapelet à son chevet, elle ouvrait les yeux de temps en temps mais ne s’alimentait déjà plus depuis une semaine et perdait conscience petit à petit. Quelques jours après, elle rejoignait le Père. Ici, les habitants du quartier ont pour habitude de veiller les corps, chez eux, nuits et jours, jusqu’au jour de l’enterrement. Alors nous avons accompagné Modesto dans cet instant difficile. Sa maison était remplie d’amis, de voisins, d’inconnus. Tous étaient là pour le soutenir et pour prier pour sa maman. Modesto, quelques jours avant la mort de sa maman, était très inquiet car il ne savait pas comment il allait faire pour payer l’enterrement, mais aussi pour offrir de quoi boire et manger à tous ceux qui allaient venir veiller le corps de sa maman. Quand nous sommes arrivées chez lui, à 23 heures du soir, pour veiller le corps, il y avait de quoi se sustenter de tous les côtés… Les habitants de la colonie n’étaient pas venus les mains vides. Béto avait même fait du porte-­à-porte pour récolter de l’argent, alors qu’il ne connaissait pas plus que cela Doña Toya et Modesto. Dans ces moments-­là, ils sont tous solidaires et je n’avais pas l’habitude de vivre les choses de cette manière-­ci. Le jour de l’enterrement, un bus (comme à chaque enterrement) avait été mis à disposition pour que tous les habitants de la colonie puissent venir au cimetière. C’est ainsi que nous avons accompagné Modesto, pelle en main, pour aller enterrer sa maman. Lorsqu’il mit le cercueil en terre et qu’il eut fini de remettre la terre, son visage était apaisé et il regarda longtemps le ciel en souriant…

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Bérengère L.
Volontaire au Point-Cœur de Tegucugalpa

Une famille marquée par la souffrance

Sabine est au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, elle retrace le décès de Señora Nelly : Au cœur d’une famille divisée, recueillir et porter leur souffrance.

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Charlotte, Karla, Marta et Sabine au Point-Cœur de Barrios Altos

Sonia habite en face de chez nous, avec deux de ses frères, sa belle-­sœur et sa fille, ses trois enfants Cecilia, Matias et Gerard et deux de ses neveux, Fátima et Luciano. Elle connaît Points-­Cœur depuis son enfance et, malgré les déménagements de sa famille et ceux de notre Point-­Cœur, curieusement (ou plutôt, providentiellement !), ils ont toujours habité près de chez nous. Je crois que je n’ai jamais connu une famille plus marquée par la souffrance que celle-­ci. Il semble que rien ne leur est épargné : maladie, addiction, violence et j’en passe. Depuis un an, la maman de Sonia, Señora Nelly, avait des problèmes de santé ; plusieurs fois nous l’avons accompagnée à l’hôpital. Sa santé s’est beaucoup dégradée au mois de septembre, jusqu’à un jour, où elle est restée hospitalisée, dans un état critique. Je crois que je me souviendrais toute ma vie de cette matinée que j’ai passée à l’hôpital avec deux de ses enfants, Sonia et Edwar. Señora Nelly était dans une grande salle commune d’une trentaine de lits ; elle était inconsciente, sa respiration allait vite, elle tremblait, c’était tellement angoissant de rester à ses côtés ! Il me semblait qu’elle pouvait mourir d’un instant à l’autre mais que personne ne s’en préoccupait, et je me sentais terriblement impuissante. Tour à tour, j’essayais de consoler Sonia et Edwar, en les prenant dans mes bras quand ils pleuraient. Il y avait tant de douleur dans le regard d’Edwar et leur détresse était si grande que ce que je pouvais leur apporter par ma présence me semblait bien dérisoire. Au fur et à mesure de la matinée, les médecins ont donné de nouvelles indications et ils ont finalement emmené Señora Nelly dans l’unité de soins intensifs. A partir de ce moment-­là, nous ne pouvions plus entrer, seuls les membres de la famille étaient acceptés. Le lendemain, nous avons été dans un autre hôpital pour demander s’il était possible de faire un examen qu’ils ne faisaient pas dans celui-­ci, puisque la machine était en panne. Mais quand nous sommes revenus en leur disant que nous avions peut-­être une solution, les médecins ont annoncé que ce n’était plus la peine et qu’il ne lui restait plus que quelques heures à vivre. Alors, ses enfants, un à un, malgré tous les conflits et discordes qui existent entre eux, sont allés à l’hôpital pour lui dire au revoir une dernière fois. Le soir-­même, Señora Nelly est décédée. Une de mes sœurs de communauté a dû l’annoncer à certains de ses enfants et petits-­enfants ; ce fut un choc terrible pour eux. La Señora Nelly était un peu le trait d’union dans leur famille, celle qui soutenait tout. Ici, lorsqu’il y a un décès, la famille veille le corps, généralement dans la maison du défunt. Comme il était impossible de le faire chez eux, il a été décidé que nous le ferions chez nous, au Point-­Cœur. Chacun souffrait à sa manière ; c’était si douloureux de voir toute leur souffrance et les manières dont elle s’exprimait ! Matias (huit ans) m’a dit en pleurant que c’était de sa faute si sa grand-­mère était morte et que c’est lui qui l’avait tuée. Quelle douleur pour moi d’entendre cela et de voir que mes mots ne suffisaient pas pour l’apaiser et le convaincre qu’il avait tort de penser cela. Comment ne pas se sentir révolté face à tout cela ; révolté pour les conditions de prise en charge dans les hôpitaux publics, pour tout ce que traverse cette famille, pour ces enfants à qui l’on retire leur innocence… Oui, c’est absurde, c’est injuste. Mais c’est consolant de savoir que, depuis vingt-­deux ans, il y a un Point-Cœur près de chez eux, un petit refuge qui n’a jamais aussi bien porté son nom, un lieu où les portes leur seront toujours ouvertes et où ils trouveront une épaule sur laquelle pleurer, un confident, une présence, une protection face à la violence, un ami, un frère. Puisque, comme nous l’a dit Sonia un jour, chaque volontaire n’est pas seulement quelqu’un qui vient d’un autre pays, un ami de plus qui passe au Point-Cœur, mais bien un membre de sa famille.

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Sabine P.
Volontaire au Point-Cœurde Barrios Altos, Pérou

« Ici, vous êtes l’espérance »

Arnalt est au Point-Cœur de Procida, à travers une rencontre, une phrase, il décrit cette petite île et la mission du Point-Cœur.

Juliano, Laetitia, Arnault et Mercedes à Procida

Juliano, Laetitia, Arnault et Mercedes à Procida

« Ici, vous êtes l’espérance » : cette phrase nous a été adressée par une dame que j’ai croisée vingt minutes chez une amie. Elle arrivait, nous partions, je ne lui ai quasiment pas parlé. Avant de passer le pas de la porte, elle a agrippé le bras d’un volontaire de passage qui ne comprenait pas l’italien, elle lui a dit ces quelques mots : les autres étaient déjà sortis, je suis le seul à les avoir compris. Il est vrai que, depuis mon arrivée, l’absence d’espérance des habitants de cette île m’a particulièrement frappée. Derrière son cadre idyllique, qui aurait, selon la légende, poussé Ulysse à y faire une étape prolongée (c’est vrai que la baie de Naples n’est pas la route la plus directe entre Troie et la Grèce, mais sur les dix années de son Odyssée il a bien pu passer par là), se cache un véritable sentiment de fatalité. En italien, l’île se dit l’isola, et ce mot illustre bien la situation de ce rocher de 4 km2 : isolé du continent par la mer, dont la traversée nécessite une petite heure et se trouve interrompue dès que le temps ne la permet plus. Ainsi les Procidanais ont intériorisé cet isolement comme une chose à laquelle ils ne peuvent pas remédier. Les hommes prennent la mer ou s’en vont chercher du travail dans la lointaine et besogneuse ville de Milan. Absolument tout le monde se connaît et n’ose s’exposer, par peur du « qu’en dira‐t-­on ? », sachant que tout finit par se savoir. Les vieux se plaignent des jeunes, trop plan-­plan à leur goût, sans reconnaître la fatalité dans laquelle ils les ont élevés et qui les pétrifie eux-mêmes. Entre ces deux générations se creuse un fossé d’incompréhension, où les enfants rejettent la résignation de leurs parents ainsi que ce qui a fait leur vie, à commencer par leur foi. Mais, loin de faire tomber les maux de l’isola, ils en ajoutent de nouveaux par le consumérisme ambiant, les records en âge et en quantité de consommation de drogues dures… Ceci agissant en palliatif d’une situation inextricable, représentée par ce bras de mer qui les sépare de Naples. C’est de ce portrait noir que je viens de vous brosser que sort cette phrase : « Qua, siete la speranza ». Ces mots ont résonné dans ma tête puis dans mon cœur, de quelle espérance parle cette dame ? Sûrement celle qui nous permet de passer chez un ami pour prendre un café, celle qui nous permet d’aller chez la voisine pour apprendre une recette, celle qui nous permet de faire une partie de scopa (le jeu de carte napolitain) avec ce couple, qui habite pourtant à l’autre bout de l’île. Il s’agit sûrement de cette espérance qui nous pousse chacun à quitter nos vies dans nos pays respectifs, pour venir sur cette île et nouer des amitiés désintéressées, discrètes, confiantes, toutes simples. Cette espérance qui nous pousse à accueillir l’autre et à se passionner gratuitement pour sa vie. Qu’il s’agisse de cet homme connu de tous comme l’alcoolique de l’île, au point d’en être la bête noire à éviter ; de cette femme qui traverse une période terrible avec son mari au su et au vu de tous ; de cet homme de cinquante ans que la vie a isolé au sein même de l’isola, et qui nous remercie tout simplement pour notre présence en ce soir de match pour Napoli ; de cette vieille dame qui pleure encore sa fille, décédée avant l’été, et dont la succession ressemble terriblement à un excellent cas pratique notarial ; de cette famille bulgare qui, accumulant toutes les différences apparentes, vit recluse et accusée de tous les trafics jusqu’au vol et la prostitution.
Cette même espérance qui anime Franco et Tina lorsqu’ils se contentent de vivre le jour présent, ne sachant de quoi demain sera fait. Cette espérance qui part du cœur et semble absurde à notre raison. Cette espérance qui nous dit que cet amour de l’Autre est le vrai sens de notre vie. Cela doit être de cette espérance que parlait cette dame. Espérance qui, ainsi évoquée quelques jours avant Noël, s’incarne dans Dieu fait homme dans une mangeoire d’une pauvre étable, et qui sera mis à mort plus tard sur une croix comme un vulgaire truand. Espérance que nous portons ici avec Points-­Cœur et que, comme chrétiens, nous devons porter au monde. Décidément, cette visite qui, a priori, ne semblait rien, fut beaucoup. Comme souvent, le vrai se cache dans ce qui est tout simple et insignifiant pour notre intelligence. Avant de conclure, je voudrais terminer en vous racontant ceci : une dame, à qui je demandais la façon dont elle était devenue une amie de Points-­Cœur, m’a répondu que, lorsqu’elle a vu le regard des volontaires, elle est tombée amoureuse. Je crois que c’est cette espérance qu’elle y a trouvée.

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Arnault S.
Volontaire au Point-­Cœur de Procida, Italie

Le temps d’une llegada (arrivée)… et d’une despedida (départ)

Barrios Altos Marta, Charlotte et Karla avec les enfants

Barrios Altos Marta, Charlotte et Karla avec les enfants

Charlotte est arrivée il y a quelques semaines à Barrios Altos au Pérou, elle est présentée aux amis par Marta qui prépare son retour en Pologne. Transmission et découverte d’une amitié qui redonne l’espérance.

Ce premier mois fut très riche en rencontres, parce que je suis arrivée alors que Marta se préparait à partir, et ces deux événements ne sont pas anodins dans le quartier.
Mardi soir, 20h. J’atterris tout juste, et, au dîner, les jeunes viennent nombreux pour m’accueillir. Ils sont heureux de savoir que je reste deux ans et cela me touche parce que, pour ma part, quand j’y pense, cela me paraît vertigineux ! On joue au loup-­garou. C’est Juissia qui mène le jeu avec sa voix forte et son rire communicatif. Elle appelle Luis « el neno » (en effet, il est né nain) mais avec tant d’affection qu’on voit bien qu’elle ne se moque pas de lui. Il y a aussi une grande bienveillance entre tous, en particulier envers Roxana qui souffre d’un handicap mental. Je suis donc bien dans un Point-­Cœur. Une table où sont accueillis et aimés les plus faibles, les plus simples. J’en fais partie, puisque je dois tout apprendre, que je viens de quitter ma famille, mes amis, que je connais mes limites quand je suis fatiguée. J’arrive avec mes craintes aussi : est-­‐ce que je saurai aimer ceux qui frappent à notre porte ? Ces enfants dont les familles souffrent ? Est-­‐ce que j’arriverai à garder confiance même dans les petits soucis du quotidien ? Est-­‐ce que les filles avec qui je vis vont m’accepter comme je suis, et moi aussi à mon tour ? C’est donc le temps de ma llegada, mais c’est aussi celui du départ pour Marta, sa despedida. Après quinze mois aux côtés des enfants et des familles du quartier, elle doit maintenant leur dire au revoir. La séparation est difficile. Lors des visites, Marta garde le sourire mais je sais que son cœur se déchire : elle a vraiment aimé chacun. Pour les amis aussi, l’annonce du départ est difficile. Pourtant, après la première réaction, souvent un silence se fait qui laisse la place à des paroles plus profondes : l’amitié va continuer parce que, même loin, les cœurs restent unis par la pensée, la prière, les attentions concrètes suivant les occasions. Dans la vie de Marta, cette mission est loin d’être une parenthèse. Elle a reçu l’amitié de ceux auprès de qui nous vivons, elle s’est donnée à eux, et pour toujours elle gardera cette fidélité dans l’amitié. Marta me présente comme la nouvelle, en expliquant que c’est moi qui la remplace. Mais je sais que jamais je ne pourrai la remplacer. Chacun est unique. Le nom de chaque volontaire est inscrit en lettres de feu pour les amis du quartier. Alfredo se souviendra toujours d’Alma, une Hondurienne qui, par son amitié et ses encouragements, l’a aidé à ne plus retomber dans la drogue et à retrouver la foi qu’il avait perdue. Berta me parle de Benjamin, qui a donné son sang lorsqu’elle a eu une opération importante. La petite Fatima, abandonnée par sa mère et élevée par sa tante, n’oubliera jamais hermanita Flore (« petite sœur » Flore), qui par sa tendresse lui a montré que sa vie avait du prix. C’est simplement cela que propose Points-­Cœur : un lieu et du temps pour construire une amitié et vivre la foi. Une amitié d’autant plus forte qu’il s’agit d’être présent à tous les moments de la vie, qu’ils soient joyeux ou douloureux. Une amitié qui redonne l’espérance.

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Charlotte C.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima

De nouveaux voisins, de nouveaux amis à Kasimode

Ces gestes du Point-Cœur de Kasimode qui font grandir l’amitié avec Dinesh, Kannaga et Ravi.

Kannaga et Dinesh

Kannaga et Dinesh

Nous avons de nouveaux voisins depuis presque un an, une petite famille avec deux enfants adorables, qui sont tous les jours devant la porte du Point-Cœur, Dinesh, un petit garçon de trois ans, et Kannaga, une fille de six ans. Leur papa, Anbalagan travaille sur le port et leur maman, Amouda est femme au foyer. Le petit Dinesh joue souvent tout nu devant la maison, et un de ses jeux préférés est de faire claquer la poignée de notre grille pour attirer notre attention, ce qui met rapidement notre patience à l’épreuve. Mais tout énervement fond quand nous voyons son sourire malicieux et nous entendons sa petite voix nous appeler : « Uncle ! » Il n’a maintenant plus peur de rentrer dans la maison, il vient voir dans la cuisine ce que nous préparons ou joue avec les autres enfants. Il a bien compris que pour pouvoir entrer il faut avoir enfilé sa culotte et ne pas emmener de nourriture. Son « akka » (grande sœur) Kannaga est souvent là aussi le matin dès le réveil à 6h à nous appeler et revient dès son retour de l’école. Elle est très sage quand elle joue à la maison et aime nous montrer ses dessins ou les maisons qu’elle construit avec les dominos. Elle vient aussi aux cours de soutien scolaire gratuits que nous organisons le soir à la maison. Nous avons maintenant une nouvelle personne pour diriger cette étude du soir, une jeune fille appelée Lalitha, qui est étudiante en anglais, et que nos enfants aiment beaucoup.

Il y a deux mois, nous avons fait connaissance avec Ravi, un homme d’une quarantaine d’années qui vit seul après que sa femme et ses enfants se furent séparés de lui et qui travaille à Kasimode comme conducteur de vélo-­rickshaw. Il n’a plus de nouvelles d’eux et a perdu sa maison en même temps. Lui et son frère avaient une roue-­‐manège dans laquelle ils faisaient asseoir les enfants et les faisaient tourner pour quelques sous, allant de rue en rue à leur rencontre. Maintenant il dort sur le trottoir ou dans son rick-­shaw comme la plupart des hommes de cette profession. Le matin, il emmène pour quelques dizaines de roupies les nombreuses vendeuses de poisson qui vont et repartent du port avec leurs marchandises qu’elles partent vendre dans les quartiers voisins. C’est un ami à lui qui est handicapé, Kalaivan, que nous voyons tous les matins en allant à l’église, qui nous a demandé de lui venir en aide car il avait un début d’hernie et n’avait personne pour l’accompagner à l’hôpital. Pendant deux semaines nous nous sommes donc relayés au Stanley Hospital, le grand hôpital public du nord de Chennai, le temps que Ravi soit opéré et qu’il fasse convalescence. Petit à petit, nous sommes devenus familiers avec lui et avec le personnel et les gardiens de l’hôpital qui au début comme toujours, étaient très étonnés de voir des « visages pâles », et même amis avec les autres malades voisins de Ravi dans le grand dortoir où il était hospitalisé. Nous allions prendre le thé avec lui quand il était encore valide avant l’opération ou lui acheter ses repas à la cantine, et petit à petit Ravi, qui n’est pas bavard et un peu bourru, s’est ouvert et une confiance s’est installée entre nous. Depuis qu’il est retourné à Kasimode, nous avons appris avec joie qu’un de ses frères avec qui il a gardé contact est venu le voir, il n’est donc pas complètement coupé de sa famille. Quelques jours plus tard, il est venu nous informer en souriant qu’il venait de reprendre son travail, en nous montrant son vélo-­‐rickshaw peint en orange avec des petits cocotiers en plastique accrochés sur le guidon. Nous nous rencontrons souvent le matin, il a un bon sourire franc en nous voyant mais il n’ose pas encore venir chez nous bien que nous l’ayons plusieurs fois invité à prendre le petit-­‐déjeuner ou un simple thé avec nous ; je crois qu’il se sent très pauvre et honteux de sa situation. A travers lui, nous avons pu aussi faire connaissance avec certains de ses amis, qui sont très pauvres et sans famille pour la plupart. Début octobre, nous avons organisé un deuxième petit camp scout de trois jours à l’occasion de vacances scolaires et à la demande pressante des enfants. Les effectifs étaient légèrement plus restreints, avec deux patrouilles de garçons et une de filles, mais c’était encore un moment de grande joie. Le thème du camp était Robin des Bois, une histoire totalement nouvelle pour eux, que nous avons conté à travers un sketch. Le feu de camp pour la veillée est resté en l’état mais trempé car un gros orage nous a obligé à nous replier dans le hall, mais la soirée avec danses, chants et sketchs n’en était pas moins très réussie. Il y avait quelques nouveaux enfants qui étaient tout contents de découvrir le jardin et sa communauté, et de participer pour la première fois à un camp scout. Leur joie et leur enthousiasme, l’amitié avec les enfants qui grandit à chaque fois nous motivent beaucoup pour continuer et préparer le prochain camp.

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Aymeric B.
En mission au Point-Cœur de Chennai

Omar, petit mais déjà grand

Omar vient tous les jours au Point-Cœur de Dakar et Davina découvre sa soif, sa souffrance, et celle de ces enfants du quartier…

Omar à Dakar

Omar !

 

Omar est issu d’une famille de trois enfants. Il a un frère de cinq ans et une sœur qui, après jugement pour aller à l’école, a désormais sept ans. Elle a commencé l’école cette année, après que nous ayons fait de longues démarches pour qu’elle puisse y aller ! Leur maman est peu présente car elle travaille tôt et termine tard. Le père est certainement décédé ; alors, en l’absence de la maman, la garde des enfants est confiée à l’une de leur cousine, qui a vingt ans. À vingt ans, on ne sait pas toujours comment éduquer un enfant, alors le plus simple c’est de taper pour se faire obéir.

Omar et son frère viennent tous les jours comme des grands à la maison (« keur toubab », comme les gens l’appellent en wolof). Ils jouent, ils prient et mangent parfois avec nous ! Ils viennent surtout pour trouver de l’attention… C’est avec son petit air malicieux qu’Omar nous regarde quand il fait une bêtise, attendant toujours notre réaction. Arrive le soir et le moment où tous les enfants doivent rentrer chez eux. Tous courent se cacher, espérant rester avec nous, mais ce n’est pas possible… Lorsque c’est ma permanence, je leur dit : « Fo dierna, demleen », 15 minutes avant l’heure à laquelle je veux qu’ils partent, car je sais qu’ils ne partent jamais du premier coup et qu’il me faut les chercher dans tous les recoins de la maison ! Une fois attrapés, on les met dehors. Avec Omar, c’est toujours la même scène qui se produit. Sans qu’aucune larme ne coule, il pleure de toutes ses forces une fois qu’on l’a attrapé et mis dehors. C’est avec le cœur serré que je ferme la porte car je n’ai pas le choix, il faut être ferme ! Et puis, il faut bien qu’il rentre chez lui… Il reste un certain temps derrière la porte mais, voyant que la porte reste close, il s’en va. Je vois bien que nous sommes comme une boussole pour lui, mais également pour tous les autres enfants. Une fois, il est venu taper à notre porte vers 23h car il s’était fait frapper chez lui. D’autres viennent se faire soigner alors que leur bobo a une belle croûte saine… Ils crient « aïe » avant même que nous les touchions. Que recherchent-­‐ils ? Ils recherchent des personnes qui s’occupent d’eux, qui se soucient d’eux… Je ne peux pas marcher dans la rue sans entendre de toute part « Davina, Davina ». C’est avec un grand sourire qu’ils me saluent, voir me sautent dans les bras ! C’est toujours une joie de les voir, mais également une tristesse… Comment puis‐je me réjouir alors que je sais que ces enfants souffrent au plus profond d’eux ? Je souffre parce qu’ils souffrent. Ce ne sont que des enfants… Je me demande si la vie telle qu’ils la vivent est une normalité pour eux. J’aimerais qu’ils soient heureux éternellement !

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Davina O.
Volontaire au Point-Cœur de Dakar

Un anniversaire en prison

Le Point-Cœur du Honduras est très lié à une famille dont le père est en prison. Son anniversaire est l’occasion de rencontrer d’autre détenus jusqu’à s’en faire de nouveaux amis. 

La communauté du Point-Cœur du Honduras et leurs amis, prêts pour aller à la prison

La communauté du Point-Cœur du Honduras et leurs amis, prêts pour aller à la prison

Je voudrais vous présenter une grande famille amie du Point-Cœur, chez qui nous allons régulièrement nous reposer les lundis, et qui habite tout près de chez nous. Doña Alma et Don Efrain sont mariés et ont quatre enfants : deux vivent en Espagne et deux vivent encore chez eux, Rigo et Regina. Don Efrain est en prison depuis plus d’un an et demi maintenant, alors qu’il est innocent. Il était avocat et il est accusé d’avoir vendu illégalement des terrains qui ne lui appartenaient pas, sa signature s’étant retrouvée sur des documents. L’affaire est particulièrement complexe, de grosses sommes d’argent devant être en jeu, et, la justice ici n’étant évidemment pas la justice française, il n’a toujours pas été jugé. Fin octobre, nous sommes tous allés lui rendre visite à la prison avec sa famille, à l’occasion de son anniversaire. L’atmosphère qui y règne pour franchir les cordons de sécurité est très particulière et est bien différente de celle pour entrer dans la prison des femmes. Nous sommes beaucoup plus contrôlés, même si nous arrivons à passer plus rapidement avec une autorisation spéciale « membres d’église ». Dans cette prison, il y a plusieurs quartiers, dont un réservé à la mara (tout en ne mélangeant évidemment pas les gangs). Celui où se trouve Don Efrain est réservé aux détenus n’ayant pas encore été jugés et il est assez calme.

Et contrairement à ce que vous pourriez penser de prime abord, ce fut une journée familiale remplie d’émotion et de joie. C’était la première fois que je rencontrais Don Efrain, et il m’a accueillie comme un membre de sa famille à part entière, avec tant de simplicité et de générosité, attentif à chacun d’entre nous continuellement. Il était si heureux qu’il a passé son déjeuner debout, à s’assurer que chacun avait ce qu’il lui fallait et ne manquait de rien ! Son regard débordait de joie, et son sourire, si radieux ! Je l’admire beaucoup. Ce premier anniversaire, certes passé en prison, mais rempli de joie et d’émotion, je ne suis évidemment pas prête de l’oublier non plus.

Ce même jour, j’ai également fait la connaissance de deux autres compagnons d’infortune de Don Efrain, dont je ne pourrai également oublier le visage. Le premier, José, est en prison depuis un peu plus d’un an et demi aussi. Il était ingénieur et chef d’entreprise, et on l’accuse d’avoir détourné l’argent de son entreprise, en privilégiant certains de ses salariés. En réalité, il leur a simplement versé deux salaires en un mois, n’ayant pas pu les payer le mois précédent… Difficile de croire que l’on peut se retrouver en prison simplement pour avoir voulu régulariser la situation. Ici, la justice étant elle aussi corrompue, c’est un peu tout ou rien… Lui aussi nous a accueillis comme ses amis, s’intéressant réellement à chacun d’entre nous et à ce que nous faisions. Lui non plus ne s’est lamenté sur sa situation à aucun moment. Il nous a tous offert un bracelet dizainier en corde, fait de ses mains, et j’ai été si touchée de son attention et admirative de sa Foi en dépit des circonstances, qu’il ne quitte désormais plus mon poignet. Chaque jour, en le regardant, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces prisonniers innocents et de prier pour leur rapide libération.

Le second, Jorge, est brésilien. Il est en prison depuis plus de quatre ans et attend toujours son extradition pour le Brésil. Ici, il n’a pas de famille, il se sent bien seul et a perdu tout espoir en l’avenir. Il était pilote d’avion de tourisme et a été forcé par la mara, pour rester en vie, à transporter de la drogue entre la Colombie et le Honduras. Malheureusement, il a été arrêté et attend toujours son jugement. Son visage s’est illuminé lorsque Don Efrain l’a invité à venir avec nous et lui a offert une part de son gâteau. Et ce n’est pas le seul qu’il a invité à partager ce moment de fête avec nous. Chacun à leur tour, ses compagnons de galère lui ont dit qu’ils priaient pour que cet anniversaire soit son dernier en prison, et qu’il était comme un père pour eux… Un moment bien émouvant pour chacun d’entre nous.

Trois semaines après, nous sommes retournés passer le dimanche à la prison. Et c’est avec autant de plaisir et de joie que j’y ai retrouvé Don Efrain, José et Jorge. Nous avons repris nos discussions là où nous les avions laissées, trois semaines plus tôt.

Au moment où je vous écris, la situation a évolué pour José. Sa dernière audience du 18 novembre lui a été favorable : il est désormais innocenté et va pouvoir sortir de prison ! Je ne vous décris pas la joie de sa famille et la nôtre ! Toutefois, les démarches pour sa libération effective peuvent prendre du temps et nous espérons tous qu’il sera rentré chez lui pour passer Noël en famille…

Quant à Don Efrain, nous avons l’habitude d’accompagner Doña Alma aux différentes audiences. Elle nous appelle « ses petits anges ». Son mari a de grandes chances de sortir, en attendant que son procès ne commence en mars 2017, mais la justice est si corrompue que tous les moyens sont bons pour retarder sa sortie… J’ai pu le constater de mes propres yeux lorsque j’ai accompagné Doña Alma à la dernière audience. Elle n’a cessé de m’attraper le bras durant toute l’audience…

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Bérengère L.
Volontaire en mission au Honduras

La pauvreté n’est pas toujours apparente

Depuis trois semaines, Jeanne dans sa nouvelle mission en Roumanie. Elle se heurte à la pauvreté criante des familles tziganes et puis au hasard d’une nouvelle visite, elle découvre une autre pauvreté… 

Ola, Jeanne et Martha de la communauté du Point-Cœur de Deva, 2016

Ola, Jeanne et Martha de la communauté du Point-Cœur de Deva

La pauvreté n’est pas toujours apparente. Ainsi, lorsque j’étais chez Denisa, je me disais que c’était bien sympa que je sois ici, mais que visiblement ma présence n’était pas nécessaire, dans le sens où cette famille avait une belle maison et que c’était une famille unie… Je me trompais, je ne faisais que regarder, constater, sans chercher à creuser, comprendre pourquoi Martha m’avait amenée là. En écoutant la maman de Denisa, j’appris qu’elle rentrait tout juste, après six ans passés loin de sa famille, en Italie. À présent, c’est son mari qui est loin. Cette maman est fatiguée, elle ne veut plus partir. Comment cette famille fait‐elle pour ne pas désespérer ? En parlant avec Denisa, on se rend rapidement compte de la foi de cette jeune fille de vingt ans. Chaque chose qu’elle entreprend, elle la précède d’une prière. Elle ne désespère pas. Elle a eu un accident, sa jambe s’est fragilisée, elle est contrainte de rester chez elle. Elle a mis entre parenthèse ses études et son travail. Elle ne peut faire tout ce qu’elle voudrait… Or, jamais elle ne se plaint, elle accepte la vie, les épreuves. Elle ne peut aller à l’université… Tant pis, elle étudie les langues chez elle, par Skype avec ses amis. Elle a appris l’anglais et l’italien en lisant la Bible dans ces langues. Denisa est une source d’espérance, de gratuité, d’amour. Elle est un diamant à l’état pur. En quelques heures, elle est devenue une véritable amie.

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Jeanne E.
Volontaire en Roumanie

Le regard de tendresse de Yorgos

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Vue d’Athènes ©Irénée de Poulpiquet

Adélaïde nous introduit à la vie du Point-Cœur d’Athènes et nous présente Yorgos…au regard qui étonne et éduque.

Athènes est une ville étonnante à bien des égards. Elle est à la fois très terne et très colorée. Terne, parce qu’elle vit une situation économique plus que compliquée (et que les édifices en pâtissent), parce que la population, vieillissante, perd espoir, parce que, dans certains parcs, les dealers ne se cachent même plus pour vendre leur drogue. Colorée, parce qu’elle se construit continuellement entre l’Orient et l’Occident, et que l´on peut parfois avoir la sensation de changer de pays autant de fois que l’on change de rue. Klaudia, ma sœur de communauté, toujours enthousiaste, me disait justement il y a quelques jours, dans le bus : « Si tu ne regardes que cette rue, nous sommes à Londres ! », alors que certaines musiques, dans des coins de rues ou certains marchés (je pourrais écrire toute une lettre à ce sujet…), vous plongent dans un univers semblable à certains souks. C’est au milieu de tout ce beau désordre, dans le quartier de Kipseli, que se trouve notre Point-­Cœur !
Nos missions sont variées. Nous visitons régulièrement des familles de réfugiés et jouons avec des enfants syriens. Quelle énergie ! Et je peux vous dire que c’est contagieux. J’en ressors toujours à la fois épuisée et pleine de force. Comme on ne parle pas la même langue, il a fallu trouver un moyen pour se comprendre. Ni une ni deux, nous avons commencé à créer notre propre langage, composé essentiellement de cris d’animaux, de grands gestes et de mimiques faciales souvent très drôles. Je les quitte toujours avec l’envie d’y retourner aussitôt.
Nous allons également aider les sœurs de Mère Térésa à la « soup Kitchen », pour préparer le repas avec elles et passer du temps avec ceux qui viennent déjeuner.
Nous visitons deux centres pour personnes âgées, qui souffrent souvent d’une grande solitude. Notre présence semble être une vraie joie pour eux… Et pour nous aussi !
Enfin, nous nous rendons régulièrement dans les rues et les parcs d’Athènes pour passer du temps avec les sans‐abris. Il est parfois difficile d’imaginer un bel avenir pour les Athéniens, ou de garder espoir, dans une ville où la situation économique et politique semble tirer les habitants vers le bas. Ma lueur d’espoir est venue de là où je croyais devoir moi-­même l’apporter : Yorgos vit dans les rues d’Athènes depuis bien des années. Comme pour beaucoup d´amis dans la rue, il est difficile de lui donner un âge, tant les épreuves de la vie semblent lui avoir sculpté le visage beaucoup trop tôt. Il a une jambe recouverte de cicatrices et ne peut se déplacer qu’avec des béquilles. Un soir où nous étions en plein centre-­ville, nous l’avons croisé sur une route en train de mendier. Il s’est alors assis avec nous et a commencé à nous parler, en grec, en allemand, en anglais, en français. Il nous parle de l’univers, du cosmos et des dernières planètes découvertes, avec l’enthousiasme d’un enfant et les connaissances d’un érudit ; du devenir des Athéniens et du miracle de sa propre vie (il a eu un grave accident il y a quelques semaines). Il parle de Dieu, les yeux dirigés vers le ciel : « People don´t realize how much God is a giant, with no beginning and no end » (les gens ne réalisent pas à quel point Dieu est immense, sans début ni fin). J´aimerais que vous soyez ici pour voir les yeux de Yorgos : ils sont remplis de tendresse. Et ce n’est en aucun cas de la naïveté ou de l´aveuglement. Bien au contraire, c’est avec toutes ses souffrances et toutes ses difficultés que Yorgos semble porter sur le monde un regard de tendresse. C’est bouleversant à voir. Moi qui croyais être là pour lui redonner un peu d’espoir, c’est tout l’inverse qui s’est produit.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-­Cœur d’Athènes

Un regard nouveau à la Fazenda

Hortense et François-Xavier, un jeune couple de bretons, vient d’arriver à la Fazenda do Natal. Ils découvrent le rythme de vie dans ce village Points-Cœur, et les premiers visages de ceux qui leur sont confiés… 

François-Xavier à la Fazenda

François-Xavier à la Fazenda

A la Fazenda, on ne s’embête jamais ! Les matinées sont consacrées à l’entretien de la Fazenda, à la cuisine, au ménage. J’ai (François-Xavier) déjà été investi de plusieurs tâches de bricolage pour les semaines à venir. Les déjeuners se prennent tous ensemble. Puis, l’après-midi, nous partons en apostolats (visites) dans les villages alentours : Menino Jesus, Passagem dos Texeiras, Simoes Filho, Canta Gallo, Candeias.

Ce début de mission est pour nous l’occasion de faire connaissance avec les amis de Points-Cœur. Ilona nous présente Dona Matilde, femme de 104 ans qui vit dans une favela et est assez isolée. Lucie nous présente Io et ses cinq enfants qui vivent dans une seule pièce dans des conditions très précaires. A chaque visite, nous sommes frappés par la pauvreté dans laquelle les gens se trouvent… Les gens ne vivent de rien, mais pourtant ils nous accueillent toujours dignement. Nous rentrons petit à petit dans le charisme de compassion de l’œuvre Points‐Cœur. Nous apprenons à être tout simplement présents (de toute façon, nous n’avons pas encore le niveau pour rentrer dans de grandes discussions en portugais !), nous apprenons à les aimer.

Cette mission est pour nous l’occasion d’avoir un regard nouveau ! Nous comptons sur vos prières pour nous aider à rentrer dans ce beau programme que nous propose Points‐Cœur. Tous les lundis après-midis, nous faisons une visite un peu spéciale : nous allons à l’orphelinat de Simoes Filho. Nous découvrons au milieu de la ville, un bâtiment sale : il n’y a pas de jeux pour les enfants, la télé est allumée toute la journée et ils ont des chips au goûter ! Nous rencontrons des enfants qui ne demandent qu’à être aimés : Paulo, demande encore et encore des câlins, il ne nous lâche pas… Nous sentons chez ces enfants un profond manque d’affection que nos visites hebdomadaires ne pourront pas combler. Ils sont ravis de jouer avec les jeux que nous apportons : Uno, domino, nous créons peu a peu avec eux une amitié.

Enfin, le mardi, nous passons la journée dans le Points‐Cœur de la Coroa, quartier très pauvre de Simoes Filho. C’est pour nous l’occasion de faire connaissance avec Weverton (treize ans) et Ana Carolina (dix ans) que nous allons bientôt accueillir dans notre maison à la Fazenda. Fini la vie à deux, on passe déjà à quatre ! Ces deux enfants passent beaucoup de temps dans la rue, vont à l’école au gré de leurs désirs. Leur maman est soulagée que nous puissions les prendre. Le premier contact est un peu compliqué. Il va falloir les apprivoiser très doucement. Notre mission n’est pas tant de les éduquer, mais de s’en faire des amis, qu’ils aient confiance en nous, et nous en eux. Nous appréhendons un peu leur arrivée. Mais si d’autres volontaires l’ont fait, alors pourquoi pas nous ?!

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Hortense et François-Xavier L.
Volontaires en mission à la Fazenda do Natal

« Plus les semaines passent, plus je me sens napolitaine »

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Agnieska, Sixtine, Elisabeth, Anna, Mathilde

Elisabeth poursuit sa mission au Point-Cœur d’Afragola en Italie et s’émerveille chaque jour de ses rencontres…

J’ai vraiment appris à aimer ce peuple, avec tout ce qu’il possède de beau et de moins beau, avec ses grandes souffrances, sa foi sans limite, sa ferveur, son enthousiasme simple face à la vie. Chaque jour, je m’émerveille devant nos amis, leurs réactions, leur façon de parler et de s’énerver pour un rien, leur humour un peu lourd parfois mais qui me fait tellement rire. Quelques mots en napolitain m’échappent de temps en temps, mon ventre s’est bien habitué à manger jusqu’à n’en plus pouvoir, je parle plus fort et avec les mains. Le peuple napolitain est devenu petit à petit mon peuple, sans que je ne m’en rende tout à fait compte finalement ! Ce qui est beau aussi, en restant plus d’une année, c’est de réussir à comprendre mieux la culture, les traditions (encore bien présentes ici), la mentalité. À avoir toujours un regard plus fin et plus vrai, plus délicat peut-­être aussi, sur nos amis du quartier, sur les enfants, sur chaque personne qui m’entoure. La grande épreuve de ces derniers temps fut le départ de ma sœur de communauté polonaise, Agnieszka, le 16 septembre dernier. Nous avons vécu une année ensemble et elle est devenue pour moi une vraie sœur. Douleur de voir une véritable amie partir, mais joie aussi car je sais que l’on se reverra. Avant son départ, chaque volontaire fait sa despedida (qui veut dire « départ » en espagnol). Pendant deux, trois semaines, le volontaire salue toutes les personnes qu’il a connues durant sa mission, tous les amis qu’il a visités chaque semaine. Nous avons donc accompagné Agnieszka dans cette despedida et c’était une vraie course contre la montre, pleine d’émotions et de surprises ! Tant de personnes à saluer, à remercier, à serrer une dernière fois ! Ce qui m’a le plus touché, c’est de voir à quel point nos amis sont touchés de notre présence auprès d’eux, de notre simple présence. Le lien qui nous lie à eux est simple et fort. Agnieszka a reçu d’innombrables cadeaux et plus d’une fois, j’ai été émue aux larmes à la fin d’une ultime visite, d’un ultime au revoir. Pour rendre grâce à Dieu pour ces quatorze mois donnés à Dieu et aux autres, on a célébré une belle messe et, après la messe, nous avons organisé une petite fête dans la cour de la paroisse. Chaque ami avait apporté quelque chose à manger, c’était beau de voir chacun se mettre au service, se donner du mal pour qu’Agnieszka ait le droit à une belle fête de départ… Il y avait aussi énormément d’enfants, venus prendre une dernière photo avec elle ! Tellement touchants. Au milieu du mois d’août est arrivée Sixtine, dix-­huit ans, française, dans notre communauté. Elle succède en quelque sorte à Agnieszka ! Cela fait maintenant deux mois qu’elle est là, et tout se passe pour le mieux. Une nouvelle personne dans la communauté, c’est toujours une nouvelle aventure, un nouveau visage, une nouvelle personnalité avec laquelle composer et avancer… Nous sommes donc maintenant quatre filles : Mathilde, Anna, Sixtine et moi.

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Elisabeth A.
Volontaire au Point-Cœur de Naples

Laisser de côté la haine et la rancœur pour aimer plus, davantage !

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Fatima et Roki, à Athènes

Bientôt trois ans de vie du Point-Cœur d’Athènes où Anaïs y est en mission et nous décrit ces rencontres sur cette terre meurtrie : Apprendre à tout donner, à porter l’espérance.

Le vendredi matin, depuis quelques semaines, nous nous rendons dans un hôpital pour personnes handicapées et en fin de vie. En allant visiter un couple d’amis de la paroisse, Fernand et Lisa, ceux-­‐ci nous ont encouragés à nous rendre dans ce lieu, tout proche de notre appartement, où tant de personnes ont soif de présence. Accompagnée de Roki, nous tentons une première approche : le gardien est bougon, il ne comprend pas l’anglais et nous demande de partir… Une autre fois, c’est Julia et Roki qui arriveront à rencontrer l’équipe de direction, très enthousiaste de notre venue hebdomadaire. Le premier jour, toute la communauté vient se présenter à l’infirmière référente. Elle est très heureuse de notre présence, elle nous prépare des badges pour chacun où sont écrits nos noms et notre statut : « amis de l’asile ». Puis elle nous dit : « Voilà, vous pouvez aller rendre visite aux résidents, allez passer du temps avec eux ». C’est fou comme ils ont tout de suite compris notre mission ! Dans ce lieu, il y a une foule de personnes seules, parfois six par chambre, parfois moins. Certains sont en fauteuil roulant, d’autres si handicapés qu’ils restent dans leur lit. Mon pauvre apprentissage du grec ne permet pas de grandes discussions, alors ma présence est souvent bien silencieuse, faite de regards, de sou-­‐ rires, de caresses. Un petit rien qui semble tout pour beaucoup. Parfois ce sont des larmes que nous récoltons, à d’autres moments des éclats de rires. C’est un lieu que j’aime beaucoup, car auprès des plus petits, des plus pauvres, je dois tout réapprendre. Comme avec Lola, la cinquantaine, en fauteuil roulant, toujours très belle et très coquette, qui a bien compris que je ne parlais pas grec. Alors, elle me fait signe : « Viens, je vais te montrer ». Je l’accompagne tout au bout du couloir, nous rentrons dans une chambre où deux jeunes femmes handicapées mentales résident. Elle se « gare » juste à côté de leurs lits, et prend la main de l’une d’elle. Puis elle me lance un regard : « À toi de faire de même ! » Quelle est belle cette provocation à aimer !

Le samedi matin, nous allons chez les sœurs de Mère Térésa qui accueillent des familles réfugiées (mères et enfants). Nous passons la matinée à jouer avec les enfants, laissant aux mamans et aux sœurs du temps pour s’occuper des tâches ménagères de la maison. Certaines familles viennent de Syrie et ont fui la guerre : les hommes sont déjà passés en Europe de l’Ouest et tentent de faire rapatrier leurs familles. En ce sens, la mission exige de tout donner ! Il nous faut sans cesse vivre chaque instant comme si c’était le dernier, avec une intensité toute particulière, car nous ne savons pas si la semaine d’après, nous reverrons nos amis. Certains enfants sont parfois violents, et demandent de nous encore plus de patience, parfois de fermeté, souvent de tendresse. Un grand maître pour chacun de nous, c’est Fatima ! Elle doit avoir deux ans, ne marche pas, ne parle pas. Elle a été grièvement blessée suite au bombardement de sa maison en Syrie ; elle avait à peine six mois. La moitié de son corps si frêle est brûlée. La première fois que je l’ai rencontrée, j’avais envie de crier, de pleurer, j’en voulais à la terre entière, à ceux qui avaient provoqué cette guerre, ce bombardement… Mais en Fatima, il n’y a rien de tout cela, ni violence, ni énervement, ni désespérance. Elle porte en elle une joie toute particulière, une lumière très spéciale irradie son être. Elle est totalement dépendante des autres et donne une grande paix à ceux qui s’approchent d’elle. Quand nous ne savons que faire avec les plus turbulents, son visage nous indique la voix à suivre : aimer davantage, avec toujours plus de miséricorde ! Laisser de côté la haine et la rancœur pour aimer plus, davantage !

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Anaïs G.
Membre permanent, en mission au Point-Cœur d’Athènes

L’arrivée des nouveaux volontaires !

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Point-Cœur de Dakar

La communauté de Dakar a bien bougée ces derniers temps, Emmanuelle se réjouit de ces nouveaux venus qui évitent « l’arthrose du missionnaire » !!

Nous avons eu à accueillir trois nouveaux : Davina, Française, Anna, Polonaise, et João, Suisso-­portuguais. Qu’il est chouette de découvrir chacun, sa personnalité, la touche de couleur qu’il va apporter à la mission ! C’est pour nous, les anciennes, un peu comme un départ à chaque fois. Avec Gosia nous partons toutes les deux mi-­novembre, notre mission actuelle consiste donc à transmettre. Transmettre les amitiés tout d’abord, en présentant chacun à tous nos amis. Il est d’ailleurs beau de voir combien tous attendent que nous leur présentions les nouveaux. Je suis touchée de voir combien cela compte pour eux. Il nous faut donc faire cela « vite », pour ne vexer personne en tardant à venir… Transmettre signifie aussi les initier peu à peu à notre mission, à notre quotidien, qui nous paraît si banal et couler de source, mais en fait non ! On ne peut deviner que l’énorme klaxon qu’il faut guetter le matin, indique qu’il faut apporter la poubelle au camion ; il n’est pas normal en Europe d’avoir du passage non-­stop à la maison, et que reste manger toute personne présente, même si elle n’était pas prévue ; ou encore que les femmes en blanc qui parfois distribuent des gâteaux à la fin de la messe de semaine portent en fait le deuil, et célèbre ce jour-­là les huit jours de décès de l’être cher… Enfin, cela demande beaucoup d’attention et de disponibilité : le nouveau a­‐t-­il de l’eau minérale, lui qui ne peut pas encore boire de l’eau du robinet filtrée ? Il ne mange pas beaucoup, est‐ce qu’il arrive à s’habituer à la nourriture ? Il a des problèmes de ventre (classique au début !), il faut le rassurer. Anna qui ne parle ni français, ni wolof, il faut ne pas oublier de lui traduire en anglais les conversations qui fusent à table. Et je suis même devenue professeur de français et de wolof, Anna et João ayant droit chacun à leur cours particulier quasi tous les jours ! Vous l’aurez compris, même à la fin de la mission, on apprend, car tout cela est un exercice nouveau, et ce n’est pas inné ! Mais c’est tellement important. Car notre accueil est finalement le terreau de la mission de nos frères et sœurs de communauté, qui vont prendre le relais auprès de tous nos amis dans le quartier. Donc finalement, prendre soin d’eux, prendre du temps avec eux, c’est prendre soin de nos amis, en assurant la relève ! Et non seulement, nous apprenons à prendre soin d’eux, mais aussi à les regarder. Car le regard et l’attitude des « bu bees » (= nouveaux) sur la vie ici et sur notre mission est une vraie joie. Ils sont comme des petits enfants : ils s’émerveillent de tout, posent beaucoup de questions, s’interrogent sur la vie de nos amis, et cela vient nous bousculer, les anciennes, là où nous avions peut être commencé à nous « encrouter » un petit peu, et c’est bon ! Cela nous évite « l’arthrose du missionnaire » !

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Emmanuelle C.
Volontaire au Point-Cœur de Dakar

Contrastes, couleurs, odeurs, rencontres des premiers jours en Inde !

Cléa vient d’arriver au Point-Cœur d’Inde, premières impressions et premières rencontres, colorées !!

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Cléa et les enfants, après la danse !

Me voici en Inde depuis trois semaines, après un vol de 13 heures 45, où je n’ai pas réussi à trouver le sommeil, coincée sur mon siège entre deux Indiens bien endormis. J’ai posé mes pieds dans l’état du Tamil Nadu, à Chennai, par une chaleur de 36 degrés. Premier panorama : des ouistitis partout, des vaches allongées au milieu de la route, des pousses-pousses motorisés en abondance, et des bus pleins à craquer. Le pays tamoul est un état indien où les traditions sont bien ancrées. C’est pour cette raison que j’ai été accueillie selon la coutume indienne : chants, collier de jasmin, bindi sur le front et repas de fête.
La ville où j’habite, Chengalpattu, se trouve à une heure environ en train de Chennai. C’est une chouette ville, délimitée par les montagnes, avec de jolies maisons colorées. Sur le seuil des portes des maisons, on aperçoit des kolam, des dessins géométriques dessinés sur le sol en signe d’accueil. J’apprécie ma nouvelle maison où, avec mes deux sœurs de communauté, Jennifer et Maria, l’on vit à l’indienne : des nattes en guise de matelas, des coussins en guise de sièges, un tapis en guise de table, des gamelles et des épices dans la cuisine. Difficile de décrire ce que je vis ici. Chaque jour, je rencontre de nouvelles personnes ; chaque jour, je découvre un peu plus la culture indienne. Chaque jour est unique.
Lors de mon troisième jour en Inde, je me promenais avec Maria, ma sœur de communauté polonaise, dans les rues de Chengalpattu, lorsque nous avons rencontré un groupe d’enfants, de trois à douze ans. Très vite, ils sont venus vers nous pour nous poser des questions. Maria, qui est en Inde depuis bientôt deux ans, me traduisait : « Quel est ton nom ? Ton âge ? D’où viens-tu ? Aimes-tu l’Inde ? » Voyant que je ne connaissais pas grand-chose à leur langue, ils ont essayé de m’apprendre quelques mots en tamoul, mais ils ont vite trouvé une idée bien plus amusante : m’apprendre la danse indienne ! Sous un soleil de plomb, j’ai donc (essayé) d’apprendre les gestes qu’ils me montraient. Au début, à chacun de mes mouvements, ils éclataient de rire, attirant l’attention des voisins, qui arrêtaient leurs activités pour nous regarder danser. Une bonne heure s’est écoulée à étudier la danse indienne sous le soleil et, lorsque nous avons arrêté de danser, une fillette d’environ dix ans a enlevé son bindi (le petit point rouge sur le front, qui n’est bien souvent en fait qu’un simple autocollant !), pour le coller sur le mien : « Now, you’re an Indian ! » m’a-t-elle dit. Je dois l’avouer, j’étais ravie de ce geste. Nous n’avons pas pu refuser, avec Maria, lorsqu’ils nous ont demandé de jouer encore avec eux, alors que nous devions rentrer chez nous pour préparer le dîner. Une bonne heure s’est donc encore écoulée, à jouer dehors à divers jeux indiens, puis, voyant qu’il se faisait tard et que nous devions vraiment partir, deux petites filles nous ont préparé un thé pour nous retenir encore… Malignes !

Contraste. C’est le mot qui me vient pour terminer cette lettre.
L’odeur des égouts est mêlée à celle du jasmin, dans les cheveux des femmes.
Les rires des enfants dans les rues font concurrence au bruit des klaxons des pousses-‐pousses.
La rue, envahie d’ordures et de déchets, retrouve chaque matin une seconde jeunesse, grâce aux nombreux kolam dessinés sur le seuil des maisons.
Ne dit-­on pas que « la beauté sauvera le monde » (Dostoïevski) ?

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Cléa G.
Volontaire au Point-Cœur de Chengalpet

Le langage d’amour des débuts de mission

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Kasia, Sr Eleonore, Assunta, Guillemette et Claire

Guillemette vient d’arriver au Point-Cœur de Cuba et nous présente Rey auprès de qui le langage de l’amour est sans mot.

Découvrir la culture cubaine, son fonctionnement, est passionnant. Faire connaissance avec les amis, encore plus. Mais, pour cela, il faut passer par l’étape du dépouillement. Et oui… Ce n’est pas simple d’avoir une conversation et de comprendre l’autre, sans parler la langue. J’ai l’impression d’être une enfant qui doit tout apprendre. Et pas seulement pour cela… Utiliser une nouvelle monnaie (deux en l’occurrence), comprendre le système des courses, cuisiner de nouveaux aliments, vivre dans une autre temporalité avec une météo particulière, prier en espagnol. J’apprends donc à me faire toute petite et à recevoir des autres. Exercice inhabituel mais nécessaire et… salvateur ! Je peux donc vous certifier que je vis la compassion à travers le regard et la patience de mes sœurs de communauté, et des amis que je rencontre. Comme vous le comprenez, je ne peux pas encore discuter trop longtemps avec les Cubains. Figurez-­vous que cela ne m’empêche en rien de créer des liens, bien au contraire. Ce que je vis, c’est la présence, véritablement : être assise, boire un café sans dire grand-­chose, mais tout en étant attentive à l’autre. Et pour cela… il existe un autre langage. Celui du corps !
Laissez-­moi vous présenter une personne, qui est le reflet parfait de cette si belle langue. Chaque mardi, nous allons dans un hôpital qui accueille des personnes polyhandicapées, femmes et hommes de tout âge. Ces dernières n’ont pratiquement pas accès à la parole, et celles qui le peuvent sont difficilement audibles. Je ne vous cache pas que c’est assez impressionnant. Je reste donc là, assise au milieu de tous ces fauteuils, et les regarde chacun tout en posant ma main sur la leur. Ce geste, ce simple geste peut avoir un impact si fort… que même une parole ne pourrait suffire. Au cours d’une visite je me promenais dans le couloir, à l’étage des hommes. Là, j’aperçois un monsieur en fauteuil, prostré, le regard vide. Il ne bouge pas, ne transmet aucune expression. Il est comme « déconnecté ». Il a l’air d’attendre quelque chose ou quelqu’un, qui, vraisemblablement, n’arrivera pas. À ce moment-­là, je suis tellement impressionnée par cette détresse et cette violence de la solitude, si flagrante, que je n’ai qu’une envie : partir. Ce qui me pousse à y aller, sans trop savoir quoi faire, quoi dire. Je ne connais même pas son prénom, je ne sais même pas ce qu’il va comprendre, comment il va réagir. Je m’approche, me tords dans tous les sens pour trouver son regard. Enfin, nos yeux se croisent ! Pas de réaction. J’ai beau parler, lui poser des questions, dire qui je suis… Il ne réagit pas, ne me regarde pas. J’ai l’impression d’être invisible. Impuissante et touchée, je m’accroupis à côté de lui, pose ma main sur la sienne tout en le regardant. Et là… Je vous assure, cet homme passe du tout au tout ! Il tourne sa tête vers moi, me sourit, ses yeux pétillent. Il met sa main sur la mienne et me montre ses poignets et ses bracelets. Je fais de même. Sa deuxième main vient se poser sur la mienne. Et nous restons là… sans rien dire. Car, comme je vous l’ai expliqué, ce n’était pas nécessaire. Il s’appelle Rey et ne demande qu’une chose : être regardé simplement, être aimé pour ce qu’il est, avoir une présence simple mais réelle ! Sans cela, il peut recevoir tous les soins du monde, cela ne le rendra pas plus heureux qu’un autre. Comment ne pas penser à ce si beau texte de Saint Paul ? « J’ai beau parler toutes les langues de la terre, s’il me manque l’Amour, je ne suis rien ». Je vous souhaite de vivre cette expérience !

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Guillemette E.
Volontaire au Point-Cœur de La Havane

Merci aux amis d’Athènes et à ma communauté !

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Weronika, Julia, Inès, Irénée, Albina

De retour en France, Inès remercie pour ce peuple et cette mission qu’elle a vécue au Point-Cœur de Grèce.

J’ai laissé derrière moi la Grèce, un pays incroyable qui restera pour moi un lieu d’attache, un lieu de souvenirs, d’espérance et de joie. Quelle surprise d’être envoyée là-­bas, et que de richesses j’y ai trouvées. On connaît souvent ce pays par son histoire antique, ses îles paradisiaques, ou encore par les médias qui nous décrivent les difficultés économiques et sociales. Mais j’ai l’impression que nous sommes peu à connaître ce peuple plus en profondeur.
Athènes est une ville que beaucoup de personnes fuient. On vous dira souvent que la capitale n’est pas du tout représentative du pays. C’est absolument vrai. La pollution, la saleté, les graffitis, les blocs de bétons blancs identiques ne sont pas des éléments attractifs. Et pourtant, il y a tout un pays qui continue de vivre. Malgré les blessures des guerres gréco-­turques, malgré la difficulté économique qui touche absolument toutes les classes sociales, malgré l’arrivée de beaucoup d’étrangers qui secoue leur identité, les Grecs sont généreux, accueillants, et très touchants. Il y a aujourd’hui tous ces visages d’hommes et femmes, Grecs, immigrés de longue date ou de passage. Toutes ces personnes qui créent leur vie ici, qui ont chacune leur histoire. C’était un privilège de partager avec eux ces moments-­là. Toutes ces personnes que j’ai pu rencontrer m’ont appris le sens de la générosité, de l’amour gratuit. La plupart de nos amis vivent de très peu, mais nous donnent tout.

Ma communauté a aussi été un soutien incroyable. On m’avait prévenu avant de partir : quant on demande à un volontaire la chose la plus belle et la plus difficile de sa mission, on obtient souvent la même réponse : la communauté. Oui, c’est difficile. Pour cela, nous sommes bien humains ! De cultures différentes, avec des personnalités et convictions distinctes. Un vécu différent, un chemin spirituel personnel. Ce sont les petites choses de tous les jours qui parfois font obstacle. J’ai lutté contre cela, jusqu’au jour où je me suis moi-­même remise en question. Pourquoi serait-­ce moi qui aurait raison ? C’est très facile d’accuser toujours la personne qui nous énerve, et beaucoup plus difficile de prendre conscience de nos faiblesses. Si ma sœur de communauté n’est pas parfaite, c’est que moi non plus je ne le suis pas ! J’ai appris que c’est ce geste d’humilité qui dénoue la discorde : il nous donne la possibilité de porter un regard bienveillant sur les autres, ainsi que sur nous-­même… la première victoire de l’amour !
Fort heureusement, les moments difficiles ne valent rien par rapport à la joie que j’ai reçue de mes frères et sœurs de communauté. C’est eux qui m’ont permis de réfléchir, d’avancer humainement et spirituellement, d’oser (sans cela je ne me serais jamais mis à l’orgue !). Ensemble, nous avons ri, échangé, partagé, donné. A travers notre mission, Dieu nous a donné cette bouffée d’amour. Les personnes qui nous entourent nous permettent d’avancer : « Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » ! Je remercie Irénée, Marichka, Albina, Julia et Weronika qui m’ont tous accompagnée dans cette expérience, et m’ont permis de voir plus loin.

 

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Inès dC
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Yay Somchit ou l’art d’aimer comme Il aime

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Yay Somshit et Anne-Laure

Anne-Laure est au Point-Cœur de Bangkok depuis un an, elle nous fait connaître Yay Somshit :

Aimer comme Il Aime, aider comme Il aide, donner comme Il donne, servir comme Il sert, sauver comme Il sauve. (Mère Térésa)
Cette similitude, c’est Yay Somchit qui l’incarne dans sa vie, sans le savoir : comme Marie, elle a tout fait comme son fils et pour lui. Ces derniers temps, Yay ne va pas très bien. Elle a mal un peu partout et surtout au dos, elle n’arrive presque pas à marcher, et même se lever pour aller de son lit aux toilettes, juste à côté, lui demande un effort. Elle se sent surtout très seule. C’est dire, après avoir passé trois jours à l’hôpital, elle nous confie, les larmes aux yeux, qu’elle ne voulait pas rentrer car, là-­bas, il y avait des gens autour d’elle… On essaie de la visiter plusieurs fois par semaine. Pour autant, Yay n’a pas perdu son humour ni sa profondeur. Une fois où je venais la voir, Yay, comme toujours, me touchait par ses mots, sa beauté rien qu’à elle. Elle me racontait son histoire, ses problèmes d’yeux (elle a perdu un œil et l’autre devient aveugle), la naissance d’Anan, sa vie consacrée à son fils. Avant de partir, je lui dis — ça m’échappe —, que je l’aime… Elle m’attrape le menton et, de son œil voyant à moitié ouvert, Yay me lance un de ses regards à donner des frissons : « Cin? » (Est-­ce que c’est vrai ?). Hola… Pas question de mentir avec Yay ! C’est du solide, ou rien ! Elle sait de quoi elle parle. Je sens tant d’affection en elle, une tendresse, de ceux qui nous connaissent et nous aiment tel qu’on est : Yay m’aime avec mon caj ron (cœur‐chaud), quand, pour les Thaïs, il faut être caj yen (cœur­‐frais, soit sang‐froid). Depuis la mort d’Anan, Yay répète « Je veux mourir ». Elle a accompli ce qu’elle voulait, jusqu’à laisser partir son fils avant elle. C’est souvent le contraire, mais, pour Yay, c’est aussi la preuve de son amour, elle ne pouvait mourir et laisser son fils seul… Depuis peu, elle dit : « Je vais mourir »… Petite différence pas anodine, qui résonne difficilement pour nous. Elle est prête, elle peut partir en Paix puisqu’Anan n’est plus là, et elle n’a pas peur. C’est nous qui ne sommes pas prêtes!

 

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Anne-Laure M.
Volontaire au Point-Cœur­ de Bangkok

Marion, ou la petite fille qui voulait voir Dieu

La barque échouée, © Frédéric Eymeri

La barque échouée, © Frédéric Eymeri

Sr Aurélie rencontre une petite fille lors d’un mariage, le dialogue s’engage…

Ce jour-là, c’était la fête ! J’étais invitée au mariage d’un des membres de ma famille. Très vite, je remarquai une petite fille, qui vint vers moi. Elle n’était pas bien timide, et mon habit l’intrigant, elle commença à jouer avec mon scapulaire. Chétive, on pouvait percevoir qu’elle avait beaucoup souffert. D’ailleurs, elle était accueillie en famille d’accueil, et c’est ce qui nous donna de nous rencontrer, en ce jour de noces.

Vint le temps des questions… et quelles questions !

  • Est-ce que Dieu existe ?
  • Oui, il existe.
  • Mais certains disent qu’Il n’existe pas.
  • Oui, c’est vrai. Mais moi je crois qu’Il existe et d’ailleurs, je lui ai donné ma vie, c’est pour cela que je suis habillée comme ça.
  • Tu as déjà vu Dieu ?
  • Non, c’est assez rare tu sais, ceux qui le voient. Mais on peut croire en Lui sans l’avoir vu.
  • J’aimerais tellement le voir.
  • Oui, je comprends, moi aussi.
  • Mais, Il pourrait se montrer ?
  • Oui, pour Lui tout est possible, Il pourrait apparaître, mais souvent ce n’est pas la manière qu’Il choisit.
  • S’il te plaît, dis-lui de venir, j’aimerais le voir. J’aimerais tellement le voir ! Si tu dis qu’Il peut venir, pourquoi Il ne vient pas ?

Cette supplication, ce cri m’atteignirent profondément. Ce n’était pas un caprice, mais l’appel profond de son cœur, de sa chair, de toute sa vie : « Je veux Le voir ». J’admirais secrètement cette petite fille, qui a son jeune âge, avait déjà vécu tellement d’épreuves et de souffrance, mais qui gardait si vivement ce désir d’un amour total, sans limites. Déçue dans son désir d’être aimée et dans la confiance qu’elle avait faite, elle gardait le cœur ouvert, avec le pressentiment qu’à un désir infini correspondait une réponse infinie.

  • Tu sais, je comprends que tu veuilles le voir. Figures‐toi qu’il y a des milliers d’années, des hommes ont dit la même chose : si seulement je pouvais voir Dieu, s’Il pouvait déchirer les cieux et descendre sur la terre. Et tu sais quoi ? Dieu l’a fait, Il est venu, Il est devenu l’un de nous, comme nous pour venir vivre avec nous. Il s’est fait homme et s’appelait Jésus.
  • Oui, mais ensuite, Il est mort !
  • Tu as raison, Il est mort, mais ensuite, Il est revenu à la vie, on utilise un mot un peu compliqué pour ça, on dit qu’Il est ressuscité.
  • Oui, mais on ne peut plus Le voir…
  • Cela arrive parfois qu’Il apparaisse à certaines personnes, mais c’est assez rare. Il vient plutôt nous parler dans notre cœur. Si tu fais silence et que tu pries dans ton cœur, tu peux le rencontrer, tu peux devenir son amie, tu peux découvrir qu’Il t’aime. Il est toujours avec toi.
  • Mais comment Il me montre qu’Il m’aime ?

Je réfléchis un instant. Je ne voulais pas éviter la question si grave, si profonde, si existentielle du petit être qui me faisait la grâce de sa confiance. Et sans doute l’Esprit Saint vint‐Il à mon secours.

  • Tu sais, Il y a un autre moyen pour rencontrer Dieu : on peut le rencontrer s’Il nous apparaît, ou dans notre cœur, mais aussi parfois, Dieu vient à notre rencontre en nous faisant des signes.
  • Des signes ? Qu’est‐ce que cela veut dire ?
  • Et bien, par exemple, moi tu vois, je ne suis pas Dieu, ça c’est sûr, mais peut-être que je peux être pour toi un signe que Dieu t’aime et qu’Il veut devenir ton ami, que tu es importante pour Lui.

Elle garda quelques instants de silence, prit son ballon et partit jouer, sans un mot, comme si elle avait eu satisfaction, me laissant éblouie et attendrie par un cœur si pur et une soif si ardente.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

Merci à la Pologne !

Pani Janina, Varsovie, Septembre 2016

Pani Janina, Varsovie, Septembre 2016

A l’heure de quitter la Pologne après quatre belles années, Angie rend grâce à cette terre de mission à travers une poésie : 

Ma terre couronnée du sang des saints quotidiens
Enveloppée de ton blanc manteau, de bonheur

Tu n’as pas peur de mettre les mains dans la boue,
Tu es fière de tes mains calleuses

Parfois, ils te reprochent d’être distante ou froide
Mais tu es une des fleurs les plus douces et proches
Ah ! Heureux celui qui te découvre réellement

Toujours belle, toujours attentive, travailleuse.
Rouge et blanche, ma terre !
Avec tes montagnes et tes lacs
Tu laisses voler les plus beaux oiseaux
Parce que tes yeux et ton sourire
Sont la beauté de ta foi.
Ma terre blanche et rouge

Merci !

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Suzanna, maman seule dans la banlieue de Lima

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Suzanna et ses jumeaux avec Sr Miriam

Suzanna vient de donner naissance à un petit Isaac, et, le temps qu’elle se remette de l’accouchement, nous avons pris Sarah chez nous à Guayabo. « Six religieuses et un couffin »…

Suzanna habite à Retamal, un bidonville à 20 minutes de notre village, une de ces collines désertiques de la périphérie de Lima qui, depuis quelques années, se sont couvertes de baraques en bois. Chaque mardi après-midi, nous allons visiter ce quartier, si abandonné. Pourquoi venir vivre là, avec pour seul horizon ces collines de roches ? « Pour que mes enfants puissent étudier » me dit un jour Suzanna, ajoutant que, oui, la sierra (les montagnes de la Cordillère, d’où elle vient) lui manque. Elle me fait comprendre cette dure réalité : pour beaucoup, ce lieu si peu hospitalier permet tout de même un accès aux soins et à l’école, meilleur que dans certaines régions du Pérou. Suzanna vit seule avec ses trois enfants, Yan-Pol et Abraham, des jumeaux de cinq ans et la petite Sarah, car son compagnon est en prison, suite à une accusation sans doute mensongère, et le procès n’avance pas. Sa maison est une des plus pauvres que je connaisse : des planches de bois vieillies, un toit de tôle, un sol de terre battue, quelques poules dans un coin, pas d’eau courante ni d’électricité. Ces conditions de vie me choquent, mais Suzanna, elle, ne se plaint pas. Elle est toujours souriante. Elle accueille notre aide avec gratitude – les couches, les habits, le lait en poudre, donations reçues providentiellement ces dernières semaines, que nous lui apportons -, mais elle-même ne nous demande rien. Son visage a une lumière particulière, et surtout, il rayonne d’amour pour ses enfants, un amour qui se reflète dans leur joie de vivre. Il n’y a qu’à voir les jumeaux, si débrouillards et adorables. Au début, quand ils nous voyaient, deux sœurs en habit marron et voile blanc, ils pleuraient et partaient se cacher. À présent, ils nous accueillent en criant « Hermana ! » (« ma sœur ! ») et nous emmènent jouer avec eux. Ils me montrent de petits sacs-en-plastique noirs ; à l’intérieur se trouvent leurs trésors : des petites voitures à moitié cassées, des cailloux, des bouts de bois. Ils ont une imagination incroyable pour s’amuser avec trois fois rien : un vieux pneu de vélo devient un super cerceau, un tas de sable, un circuit géant de voitures… Je ne cesse de m’émerveiller de ce contraste, une maison si pauvre, et les visages si heureux des enfants ! J’admire aussi les élans de générosité qui se déploient pour aider Suzanna. Quand elle mit au monde Sarah, elle avait accouché seule, chez elle, au milieu de la nuit. Quel choc quand nous l’avons appris ! Pour que cela ne se reproduise pas, nous avons demandé à une amie de Retamal que nous connaissons bien, Sonia, de veiller sur Suzanna. Et elle s’est occupée d’elle comme de sa propre sœur ! Le jour de l’accouchement, c’est elle qui l’a emmenée au centre médical, avec le bus local. Les médecins aussi étaient pleins d’attention, venant visiter Suzanna chez elle, lui prêtant un téléphone portable. Et dernière bonne nouvelle : le prêtre de la paroisse pourrait fournir à Suzanna une maison préfabriquée, pour remplacer sa baraque ! Ces initiatives sont d’autant plus bienvenues que les voisins de Suzanna sont plutôt distants et méprisants envers elle. La façon dont elle vit cette situation difficile, avec tant d’endurance et d’amour, me fait penser aux paroles de Saint Paul : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi […] ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 27). Merci de garder Suzanna et sa famille dans votre prière !

 

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

Tamas et Hajdi, du centre d’accueil d’urgence, à Rome !

Au Point-Cœur de Vienne, 2016

Au Point-Cœur de Vienne

P.Clément est prêtre de Points-Coeur en mission à Vienne et aumônier de l’association Vinzirast, qui vient en aide aux personnes en grande détresse, en particulier les personnes de la rue. Rencontre et cheminement avec Tamas et Hajdi…

Je visite donc le centre d’accueil d’urgence, et, depuis quelques mois, les appartements qui se situent au-dessus, sont destinés aux personnes qui cherchent à se réinsérer. Moyennant un soutien médico-­social et administratif, un loyer très bas et la possibilité de participer à quelques événements communautaires, une trentaine de personnes lutte au quotidien contre d’anciens démons — rue-­drogue‐alcool — pour tenter de se reconstruire. Il y a plus ou moins de « réussite », mais ma mission se situe ailleurs, ce que tout le personnel encadrant, ainsi que les personnes accueillies, ont bien compris. C’est à ce titre que j’ai rencontré Hajdi, qui a manifesté son désir de me rencontrer. Dans un allemand bien maladroit, nos conversations sont néanmoins immédiatement descendues au cœur. Une seule chose l’intéresse : qui est Jésus ? Peut-­il m’aimer jusqu’au bout, malgré tout ce que j’ai fait, malgré ce que je suis, malgré le monde d’où je viens ? Au fil des échanges, j’ai découvert une âme blessée à vif, tant éprouvée par tout le mal, qu’il lui est difficile de croire à l’amitié, à la bonté, à la gratuité. Il semble que son existence s’est résumée à parcourir un sentier obscur, à la recherche de la moindre étincelle de lumière. Beaucoup de mirages se sont présentés à elle, notamment la sorcellerie et l’ésotérisme, mais l’unique véritable lumière, bien que minuscule et lointaine, c’est ce Nom : Jésus. C’est donc avec ce simple Nom que j’essaie de panser les plaies du cœur qu’elle, et son ami Tamas, ne cessent de me présenter. Au fil du temps, l’amitié grandit et, avec elle, la confiance. Tamas et Hajdi sortent peu à peu de la résignation et réapprennent à écouter leurs désirs. L’un d’eux est de recevoir le baptême. Un autre d’écrire au pape. Un troisième d’aller voir le pape. Nous travaillons ensemble sur les deux premiers, et le troisième est en voie d’être exaucé, puisque quelques membres du Vinzirast iront en pèlerinage au mois de novembre, avec l’organisation Fratello, qui veut permettre à des personnes en situation de grande précarité d’aller à la rencontre du pape. Le moto est tout simple, c’est une parole du pape François que nous connaissons bien : « Comme je voudrais une église pauvre pour les pauvres ». Je confie à votre intention ces semaines de préparation au pèlerinage, puis au baptême. Les désirs d’Hajdi et de Tamas sont grands, mais la volonté est parfois très faible, ils ont donc besoin d’un fort soutien des anges pour vaincre les nombreux démons qui les assaillent.

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P. Clément I.
En mission au Point-Cœur de Vienne

Le retour de Cuba, la transition, l’amitié avec Fabien

COmmunauteCUBA-NL

Communauté de Cuba

Les aurevoirs pendant lesquels « l’apparent banal prend une autre saveur » : Marie raconte ce dernier mois à Cuba.

Un retour, ça s’anticipe avant même le départ. Il grandit et prend de plus en plus de place dans le quotidien. Tout commence par la réception du billet d’avion : le 25 juillet, 14h45, départ de la Havane, arrivée à Paris le 26 juillet, 14h30. Rien de plus concret, de plus officiel. Dès ce moment, je porte un regard différent sur tout ce qui m’entoure, des personnes qui partagent ma vie aux moindres petits détails de mon quotidien. Tout prend, par son aspect éphémère, plus de consistance et d’importance. La Havane, à la fois vivante et nonchalante, ses rues fleuries, habillées de palmiers, son air humide et chaud, son grand ciel bleu lumineux, aux couleurs nuancées à la tombée du jour. Sa vie trépidante : les conversations joyeuses et animées aux coins des rues, ou dans les longues files d’attente, les enfants qui jouent dans les rues, les joueurs de dominos installés dehors… Les cris des vendeurs ambulants « Flore, Floreroooo ! » (Fleurs !), le son de la sonnette, pourtant si strident, qui me rappelle pourquoi je suis ici. Et surtout, nos amis : ceux qui viennent quotidiennement et qui font partie de la maison. Ceux que l’on croise dans les rues et qui nous racontent avec simplicité les petites anecdotes du quotidien. Ceux qui nous ouvrent leurs portes et qui nous laissent entrer dans leur histoire, avec simplicité et confiance. L’apparent banal a alors une autre saveur.

Durant le dernier mois qui précédait mon départ, j’ai particulièrement reçu. Avec Violeta, volontaire mexicaine qui partait également au mois de juillet, nous avons organisé une fête de départ et une messe d’action de grâces, en présence de tous nos amis, au Point-­Cœur. Pour moi, c’était un cadeau immense d’avoir tous nos amis réunis, ceux dont l’histoire a rythmé mon quotidien pendant deux ans. Durant plusieurs semaines, nous avons pris le temps de visiter une dernière fois chacun de nos amis. C’était un moment privilégié vécu avec chacun. Beaucoup d’entre eux, particulièrement les personnes âgées, tentaient de me transmettre, durant nos derniers échanges, ce qui pour eux était l’essentiel, l’ « enseignement » qu’ils ressortaient de leur longue expérience de vie : l’importance de la famille, la foi, comment faire face aux difficultés… Je recevais ainsi ces concentrés de vie, que je voudrais maintenant garder précieusement. Une semaine avant mon départ est arrivée Kasia, une nouvelle volontaire polonaise de trente ans. Sa présence durant mes derniers jours à Cuba m’a aidée à vivre ce départ avec paix. Son regard neuf et émerveillé m’a permis de prendre de la distance, et de prendre davantage conscience de la beauté de ce que je vis. Ses questions me poussaient à lui transmettre tout ce que j’ai reçu, autant sur les petites choses du quotidien que mon regard sur nos amis et sur Cuba. L’occasion pour moi de faire le relais, et d’accepter avec plus d’humilité que cette mission n’est pas mienne.

Au Point-­Cœur de Cuba, beaucoup de jeunes trouvent un espace d’échange et de convivialité. Tous les mercredis soirs, nous les accueillons pour un temps assez simple de jeux de société, et, un dimanche sur deux, nous organisons une rencontre culturelle (autour d’un film, d’un témoignage, sur un texte…). Au départ, je percevais mal le sens de notre présence auprès d’eux. Au fur et à mesure, j’ai découvert leurs histoires personnelles et surtout la souffrance de ce pays. Cuba reste un pays pauvre où les perspectives d’avenir sont très limitées. Chaque jour, nombreux sont les Cubains qui s’en vont pour aller vivre, pour la plupart, aux États-­Unis. Cette situation a pour conséquence la séparation et la division des familles, la solitude de beaucoup. Nombreux sont les jeunes qui ont perdu tous leurs amis et se sentent isolés. Ils sont souvent sans espoir quant à l’avenir de leur pays, et leur unique objectif est de partir. Dans ce contexte, Points-­Cœur est un lieu où ils peuvent se rencontrer et s’exprimer librement. Il s’y crée des amitiés, et nous tentons, à travers nos rencontres culturelles, de transmettre un regard d’espérance sur leur réalité. Rappelez-vous, Fabien est ce jeune homme d’une trentaine d’années. Blessé par le départ de sa mère, enfant, il est imprégné par cet abandon. Anxieux et fragile, il se protège avec une certaine distance qu’il impose avec les personnes qui l’entourent, et il se cache derrière des valeurs où l’argent, le pouvoir et le bien-­être personnel sont une fin. Au Point-­Cœur, il s’est ouvert petit à petit, et dit avoir rencontré de vrais amis. Cependant, il garde une position ferme quant à ses idées. Durant ma dernière soirée au Point-­Cœur, les jeunes adultes sont à la maison, il y règne une belle ambiance. Mais Fabien garde le visage fermé. Il dit se sentir mal et veut partir, je l’accompagne donc. Moment privilégié au pied de la porte, où nous échangeons sur notre vision du sens de la vie. Il affirme encore que, pour lui, le but de la vie sont la richesse et la gloire, « quant à l’amitié, c’est dépendre des autres, et moi, je ne veux dépendre de personne ». S’attacher à quelqu’un, c’est se confronter de nouveau à la peur de l’abandon ; lui se protège des blessures du passé. Avec son histoire, je ne peux que le comprendre. Tout simplement, je lui parle de ma mission à Cuba, ma découverte de la joie du don de soi, l’importance de l’amitié. Je lui avoue aussi combien il est douloureux pour moi de partir, après deux ans ici, de quitter toutes ces personnes qui me sont devenues chères. Qu’il aurait été plus simple pour moi de rester en France et d’éviter la douleur des « au revoir ». Mais que, pour rien au monde, je ne regrettais cette expérience. Fabien m’écoute, mais conclut que nous sommes différents. Nous nous séparons. Le lendemain matin, c’est l’euphorie du départ : la valise, les derniers « au revoir »… Et puis, cet appel inattendu : Fabien, qui me dit avoir pensé beaucoup à notre conversation : « Tu as raison, je me suis trompé sur l’essentiel… On garde contact, hein ? »

 

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Marie GC.
Volontaire à Cuba

Marcu, au plus près de Toi

Une matinée d’accueil au Point-Cœur de Deva, où Marcu découvre Jésus-Hostie…

DevaRoumanie2016

Communauté du Point-Cœur de de Deva

Marcu, un ami tsigane qui vit dans notre rue, est venu, je crois, presque tous les jours du mois de juillet. Les filles étant parties aux JMJ, nous sommes restées à la maison avec Timea (la volontaire française de passage pour quelques mois). Ce jour-­là, Marcu est là depuis 10h du matin, il nous aide à faire le ménage, à ranger, puis nous déjeunons. Il reste avec nous, mettant beaucoup d’animation du haut de ses cinq ans ! Il est 13h30, le ménage est à peu près fini, je lui dis alors que, moi, je vais prier à la chapelle. Naturellement, il me répond directement : « Moi aussi, je viens ! ». Je suis surprise et enchantée de sa réponse. Nous entrons, je chante en ouvrant le tabernacle puis m’agenouille à ses côtés. Alors, il m’interroge sur ce que c’est là-­bas, en montrant le tabernacle ouvert, avec Jésus dans la Sainte Hostie. Je lui explique donc que, pour nous, c’est « Jésus dans le pain », parce qu’il est mort pour nous sur la croix. Il s’arrête alors un moment, les yeux grands ouverts et étonné, la bouche entrouverte, tellement il n’en croit pas ses oreilles ! Et il dit : « Il est mort pour nous !? ». Vu son étonnement, je lui demande s’il connaît l’histoire de Jésus, car je me rends bien compte que non. Je prends alors le livre d’enfant sur la vie de Jésus, écrit en hongrois mais avec de belles images, qui me permettent de lui commenter chacune. Il est si attentif, si émerveillé… Mon cœur se serre car je me rends bien compte que cet instant si magique ne vient pas de moi, mais bien de Celui en face de qui nous sommes agenouillés. Mais ce n’est pas fini, les bontés du Seigneur sont grandes ! Marcu continue et dit : « Comment Jésus va au Ciel ?… C’est de la magie ? », je lui réponds alors, amusée : « Oui, c’est la magie de Dieu, et si nous nous aimons les uns les autres, alors nous aussi nous pourrons aller au ciel » ! Quelques instants plus tard, arrive sa grand-­mère. Marcu s’empresse de lui dire que nous étions en train de prier dans la chapelle. Elle dit alors, avec une grande simplicité, qu’elle veut aussi venir avec nous. Mon étonnement est grand, je ne pense pas que son intention était vraiment de prier, mais plutôt de la curiosité, n’étant, je pense, jamais entrée dans notre maison. Je suis alors, au début, un peu mal à l’aise de l’accueillir dans la chapelle, avec Jésus présent dans le tabernacle ouvert. Puis, je lâche finalement prise et me dit que Jésus ne m’en voudra pas d’accueillir cette femme, si proche de Son Cœur ! Nous parlons alors de notre mission ici, de nos temps de prière, de nos visites… Cette femme de caractère m’écoute de manière attentive et ouverte. Elle sait ensuite garder le silence lorsque je referme le tabernacle en chantant. Nous la raccompagnons jusqu’à la porte, elle nous remercie bien pour tout. Timea et moi restons sans voix de ce moment si grand, si fort, que le Bon Dieu venait de nous offrir !

 

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Anne-Charlotte B.
Volontaire au Point-Cœur de Deva

Paola, une rencontre, cadeau de la Providence

Paola Procida

Paola au centre, entourée du Point-Cœur

A Procida, Gabrielle découvre au cœur de la souffrance de Paola, un cœur qui aime et fait aimer.

Il y a eu aussi des moments difficiles en particulier le départ dans sa dernière demeure d’une amie chère, Paola. Dans un monde matérialiste, concentré sur la beauté physique et la réussite, notre amitié avec Paola restera pour moi un véritable cadeau de la Providence. Et plusieurs fois, je me suis dis : « Qui suis-­je pour recevoir son amitié, sa confiance ? » Tout a commencé l’hiver dernier, alors que nous visitions Carmelina, une amie âgée de notre quartier. Elle nous demande de prier pour sa nièce Paola et la confie à nos chapelets. Son intention devient la nôtre pendant plusieurs mois et on profite souvent sur le chemin de nos visites, pour prier une dizaine à l’intention de Paola. Un jour, un homme nous entend prier un « Ave maria », se retourne, plaisante et commence à réciter cette dizaine avec nous. On s’arrête, il se présente et nous lance : « Priez pour moi la dizaine suivante, je vais visiter ma cousine Paola, elle souffre d’un cancer ». On s’étonne en entendant le nom de Paola… Coïncidence ou providence ? On reste stupéfaits ! Antonio sonne à l’interphone de Paola, lui raconte notre rencontre, et elle nous invite à entrer. Incroyable fête que cette rencontre ! Chaque semaine, Paola nous accueille au milieu de ses amies, de ses collègues, de sa famille, venus lui rendre visite. Petit à petit sa santé se dégrade. Son entourage refuse de l’entendre souffrir : « Elle est belle, elle est jeune, elle est forte, elle doit guérir ». Paola aimerait tant y croire mais elle sait que son état de santé est grave. Elle nous confie qu’elle aime prier et qu’elle n’y arrive plus seule. On prie avec elle : « Priez pour nous pauvres pêcheurs maintenant et à l’heure de notre mort ». Pourquoi Paola nous reçoit-elle ainsi ? Je ne saurai le dire. Puis, je comprends que ce qu’elle aime, c’est de voir que l’on cuisine ce qu’elle cuisine, que l’on vit les traditions de l’île comme elle les vit, que l’on aime contempler la vue sur la mer de sa terrasse comme elle la contemple, que l’on aime s’occuper des enfants à qui elle enseignait à l’école. Ce qu’elle aime aussi, c’est de savoir que l’on prie pour elle, de pouvoir prier avec nous pour tout ce qu’elle porte, de recevoir un message de soutien quand elle doit aller à Naples pour sa thérapie… Ce qu’elle aime le plus, c’est de se sentir écouter quand elle souffre. Quand quelqu’un lui demande ce qu’est Points-­Cœur pour elle, elle répond : « C’est quand tu t’y attends le moins, qu’il t’arrive de belles choses. Un après-midi froid et humide, ils sont arrivés dans ma maison… » « Ce sont de silencieux protagonistes d’une grande œuvre ». Au cœur de sa souffrance, Paola m’a appris à aimer être cette présence d’écoute qu’elle désirait.

 

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Gabrielle B.
Volontaire en mission à Procida

Stupéfaite de tant de beauté !

Kelly Benedicte et Wendy Ensenada

Kelly, Bénédicte et Wendy, à la Ensenada

Bénédicte vient de rentrer en France et nous parle de ses au-revoirs, de ces mois à la Ensenada, des ses amis…

Cette mission dans le cadre de Points-Cœur me laisse stupéfaite. « Bien curieux », pourriez-vous dire. Je pense pourtant que c’est le terme le plus approprié. Stupéfaite de la beauté de ce que j’ai pu voir. Stupéfaite de ces amis, stupéfaite de ceux qui ont suivi une mission à mes côtés, stupéfaite de l’œuvre de Dieu pour moi. « Le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom », proclame Marie dans le Magnificat. Il m’a été difficile de partir, j’avais presque envie de suggérer, comme Pierre l’a fait durant l’épisode de la Transfiguration : Seigneur, ici je voudrais planter une tente. Je veux rester. Je suis habituée à ce quartier, j’aime ce pays, j’aime cette langue, j’aime mes amis, j’aime la famille que j’ai acquise à la Ensenada. Donc : pourquoi partir ? Mais j’ai aussi appris quelque chose. La beauté est un don de Dieu, et c’est Lui aussi qui nous donne la possibilité d’en être réceptifs. Que ce soit admirer le soleil couchant sur les maisons poussiéreuses, admirer les premiers pas de Roxana, une enfant de Villa Marta. Admirer la dextérité de Raquel quand elle cuisine. Admirer les grandes collines de la Ensenada, alors que je me demandais comment je pourrais un jour m’y habituer. Et nous ne pouvons pas détenir la beauté. On ne peut pas l’enfermer dans ses plans personnels…I l me faut donc accepter de ne pas perdurer dans ce quartier, alors qu’en lui j’ai trouvé mille étoiles de beauté, plus qu’en vingt ans passés en France. Je rentre donc, tellement reconnaissante de ce que j’ai pu voir !

La « despedida » : le départ
Le mot est petit pour parler d’un moment fort. En un mois, l’objectif est de visiter toutes les familles que je connaissais. J’annonce à mes amis que je pars, je les invite à la messe d’action de grâce, qui a lieu le dernier dimanche avant l’avion. Les amis sont toujours peinés, certains plus que d’autres. « ¿ Porque te vas ? », telle est la question. Mais ils se réjouissent beaucoup de mes plans en France : « Tu étudies le droit… tu vas être avocate ? Tu vas revoir ta famille, ta maman doit beaucoup de manquer… Salue-les de ma part ! ». Les réactions des enfants sont souvent bien différentes des adultes. Parfois, la nouvelle atterre les adultes autant que l’annonce d’un décès. Je ne peux pas nier que ce soit triste, car les chances de se revoir sont minces. Mais si ce n’est pas un « au revoir », c’est donc un « à Dieu ». Je suis sûre que nous nous reverrons, si ce n’est sur terre, ce sera près de Dieu. Dario, un jeune de Maranguita, m’a prévenue qu’il préparerait ses blagues pour que l’on se les raconte durant l’éternité. Du côté des enfants, la légèreté l’emporte. Michel me demandait si on allait fêter cela avec des gâteaux. Nombre de petits m’ont étouffée de leurs bisous. Kelly me serre très fort et longtemps dans ses bras, en me disant ce qu’elle avait au fond du cœur. Puis elle me regarde en souriant : « Tu sais, moi aussi je vais faire ma despedida. Mon papa cherche une nouvelle maison et on va déménager. Comme toi, je ferai une grande fête ». Ainsi nous nous comprenions !

J’aurais aimé vous parler de toutes les personnes qui ont joué un rôle dans ma mission, j’aurais tellement à dire tant ces amis me sont précieux ! Je reviens endettée de tout ce que j’ai reçu. Ce n’est pas une dette qui me pèse, car chaque moment m’a fait grandir et m’a rendue plus heureuse. Heureuse, alors même que je me rendais compte de mes limites, des limites des autres, de la misère que nous ne pouvons pas fuir. Que nous choisissons de ne pas fuir. J’ai appris que Dieu utilise toutes les circonstances pour nous montrer qu’Il nous aime, et qu’Il nous promet à son Royaume, car nous sommes ses enfants. Abuela Victoria, une grand-­mère aveugle, qui a perdu sa fille au cours de l’année, et qui porte sur ses épaules le poids d’une vie d’efforts et de sacrifices, répète sans se lasser : « Gloire à Dieu ! »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Bénédicte F.
Volontaire au Point-Cœur du Pérou

Anita, une présence fidèle à la Fazenda do Natal

Anita et Bernardo

Anita et Bernardo

La présence incontournable d’Anita qui vit depuis plus de vingt ans à la Fazenda do Natal au Brésil. Une rencontre inoubliable, une attention aux autres, une compassion à fleur de peau.

Au sein de la maison qui est confiée à Sainte Thérèse-de­‐l’Enfant­‐Jésus vit aussi la personne qui réside à la Fazenda depuis le plus longtemps, c’est-à‐dire depuis vingt ans. Elle s’appelle Anita. Elle a cinquante-deux ans. Elle est croate. Cette femme a la particularité d’être atteinte de schizophrénie. Elle a souvent des visions, entend des voix… Elle parle souvent d’ennemis… C’est une femme qui a de beaux yeux bleus. Elle a un vrai amour pour la Sainte la « Sainte de son pays » comme elle dit, « la Reine de la paix ». Elle ne lâche jamais son chapelet. Avant que sa maladie ne se déclare, Anita était une artiste qui a eu l’occasion de voyager. C’est une femme très sensible, qui souffre beaucoup du fait de sa maladie. Par exemple, elle croit qu’elle peut transmettre sa maladie aux enfants. Elle s’alimente seule, n’accepte de prendre que certains aliments. C’est une femme discrète, qui a une petite voix. Elle est aussi très fidèle. Elle ouvre les portes de l’église chaque matin et les ferme chaque soir. Elle sonne les cloches à heures régulières. Elle prépare chaque jour l’autel pour la messe. C’est aussi une fidèle du ménage de l’église, chaque vendredi matin. Elle passe beaucoup de temps à la balayer dans la semaine. Elle met régulièrement un bouquet de fleurs devant le tableau représentant Sainte Thérèse. Nous rencontrons régulièrement Anita durant la journée. Elle vient souvent nous demander s’il reste du café dans notre maison. Ainsi, chaque matin, à 6 heures, après avoir sonné les cloches de l’église pour la première fois de la journée, elle fait une halte à la maison Saint-­Gabriel et balaie notre terrasse, en attendant que le premier café préparé par Père Christian soit prêt. Anita s’assoit toujours en retrait du groupe, sur un petit banc qu’on utilise pour faire l’adoration. C’est aussi une femme très profonde, qui explique qu’elle s’alimente ainsi pour jeûner, pour faire pénitence. Du fait de sa maladie, tout est excessif. Elle a une vraie vie de prière, chaque jour, elle prend son tour pour adorer une heure, elle participe à la messe, à la prière du chapelet. Il est toujours surprenant d’entendre, au milieu de ses descriptions de visions, une remarque vraie et profonde. Ainsi, un dimanche matin, alors que nous prenions un café ensemble, au détour d’une conversation banale, elle s’arrête pour me dire : « Elle doit vraiment être là aujourd’hui, “ma Sainte” cachée. On ne la voit pas, parce que le ciel est tout bleu ». Ou, un autre jour, elle m’avoue que, déjà dans le ventre de sa mère, elle souffrait. Anita aime beaucoup les enfants. Elle est la marraine de Bernardo, un enfant de cinq ans, qui était accueilli à la Fazenda l’année dernière, avec sa famille. Il a reçu le sacrement du baptême, ainsi que sa famille, durant son séjour à la Fazenda. Aujourd’hui, malheureusement, il vit dans un orphelinat. Il était le seul à pouvoir entrer dans la chambre d’Anita. Chaque dimanche après-midi, nous allons lui rendre visite. C’est toujours difficile pour Anita d’accepter de sortir. Elle ne manque cependant jamais de prendre de ses nouvelles, et de donner un paquet de gâteaux aux volontaires pour Bernardo. Un jour, Anita m’explique qu’elle l’aime beaucoup, qu’elle prie beaucoup pour lui, parce que : « Lui, il est tellement pauvre en amour ». Anita aime aussi souvent répéter cette phrase : « Paix et amour ». Elle peut la dire à chaque personne qu’elle rencontre dans la rue. Il est ainsi très facile de faire de nouvelles rencontres en sa compagnie. Cette personne a un point faible : les gâteaux ! C’est l’un des seuls moments où elle accepte de manger en notre présence. Il est aussi très beau de voir Marcus, un adolescent de quinze ans qui fait le pain pour le village, penser à donner un pain à Anita. Celle-­ci, après en avoir mangé la moitié toute seule, alors qu’il est encore chaud, le met dans son sac et l’emporte dans sa chambre. Anita est aussi très attentive à Diego. Elle ne passera jamais à côté de lui sans lui adresser une parole, sans avoir un geste pour lui. Une fois, elle me dit : « Tu te rends compte, il a tellement de souffrances en lui, il ne peut rien faire tout seul ».

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Lucie D.
Volontaire à la Fazenda do Natal

Cosimo-Pio n’est pas un ange et pourtant…

CosimoPio avec ses freres et Mathilde

Cosimo-Pio (en bas à gauche) avec ses frères, Carlo et Mathilde

Cet petit gars difficile du quartier du Point-Cœur d’Afragola vit un grand jour à la plage…sans mettre un pied dans l’eau !

Cosimo-­Pio est notre voisin d’en face. Il est le troisième d’une fratrie de cinq garçons. C’est un des enfants les plus difficiles, mais aussi un des plus attachants. Il est venu quelque temps au soutien scolaire à la paroisse, et puis, au vu de son comportement, on ne pouvait plus l’accueillir. Il peut être violent, dans ses gestes, mais aussi, et surtout, dans ses paroles. Cet été, il a commencé à venir chez nous de temps en temps, pour jouer avec ses frères. Un jour, on a décidé de l’emmener avec son frère à la plage, pour passer un peu de temps avec eux, apprendre à les connaître. Ils étaient plus que partants, ça allait être le premier bain de Cosimo ! Le matin, on passe les prendre, on va chez une amie qui devait nous emmener en voiture à la gare, pour prendre le train. Arrivé chez elle, Cosimo commence à angoisser, et veut retourner chez lui. On essaie d’abord de le rassurer : « Tu vas voir comme on va s’amuser à la plage ! », « On te ramène chez toi ce soir avec ton grand‐frère, ne t’en fais pas ! »… Mais rien à faire ! À un moment, pris de panique, il prend son petit-­frère par la main et se met à courir pour rentrer chez lui à pied. Je le rattrape et il s’écroule en pleurs. Il était complètement terrorisé à l’idée de partir une journée loin de sa maman, et surtout qu’on ne le ramène pas chez lui. Il est surpris que je ne me fâche pas, qu’au contraire j’essaie de le comprendre, que je l’aime, et que, devinant bien son mal-­être, je décide de le ramener chez lui. On le dépose donc à sa maison, et on prend un autre de ses frères, plus grand, qui saute de joie à l’idée de faire quelques plongeons. Le soir, après la sortie à la plage, nous voyons débarquer au Point-Cœur Cosimo, comme rassuré que tout se soit bien passé avec ses frères, et surtout avec une grande confiance en nous, un grand respect. Il n’est pas venu, mais l’effet est le même ! Il prie les vêpres avec nous. Sans broncher, essayant de suivre sur le livre. Il prie pour ses cousins. Et après il me dit : « Quand est-­ce que l’on refait cette prière ? Demain ? Je peux venir ? Elle est belle ! ». Et le jour suivant, il vient. Juste pour la prière. S’appliquant en apprenant le signe de la croix, s’accrochant aux prières, aux phrases qu’il connaît, nous imitant nous levant, nous agenouillant, nous prosternant. Incroyable ! Un petit miracle s’est produit ! Cet enfant, capable du pire, est également capable du meilleur ! Celui que l’on appelle « l’enfant terrible » a ouvert son cœur à l’amitié, a trouvé des personnes en qui il pouvait avoir confiance, des amis sur qui il pouvait compter, qui ne réagissent pas comme les autres adultes. Et surtout, il a vu l’important : où nous puisions notre force, ce qui fait notre singularité : la prière. La confiance a jailli, toujours fragile, mais elle est née. Il continue de venir presque tous les jours, avec son voisin Carlo, tout deux ne sont pas pour autant des enfants de choeur, mais ils continuent de venir, et nous permettent ainsi de faire grandir chaque jour l’amitié. On les a emmenés la semaine dernière à la plage et, cette fois-­ci, Cosimo-­Pio ne s’est pas dégonflé ! Je comprends toute l’importance de notre mission, de notre impact auprès des plus petits, et de la puissance de l’amitié avec Cosimo-­Pio.

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Mathilde G.
Volontaire au Point-Cœur de Naples

Les cris de Thiago

A l’hôpital où les volontaires du Point-Cœur de Buenos Aires vont régulièrement, Camille encontre ce petit Thiago qui va chambouler son cœur…

PC Buenos Aires

Les enfants à la porte du Point-Cœur de Buenos Aires

J’ai rencontré un petit garçon qui a un peu tout bouleversé. C’était il y a déjà quelques semaines, et ça m’avait un peu trop touchée pour que j’arrive à vous le raconter. Mais il a particulièrement besoin de vos prières, je crois. Il s’appelle Thiago, il a cinq ans. Je l’ai rencontré au Muniz (Hôpital). La première fois que je l’ai vu, il jouait avec Magda. Je n’avais aucune envie d’aller avec eux, Thiago avait l’air capricieux, violent, incontrôlable. Je suis restée avec d’autres enfants. J’ai juste aidé Magda au moment de partir : Thiago refusait de lui rendre un des jeux que nous avions apportés. J’ai essayé de le distraire, de le faire rire, pour le reprendre sans drame ; mais, au moment où j’ai eu le malheur de l’attraper, il s’est mis à hurler, taper, pleurer… Il serrait ses mini-­mains très fort et donnait de vrais coups de poing à Magda. Il hurlait des gros mots que même moi j’essaye de ne pas trop dire. Il m’avait impressionnée. La fois suivante, je n’avais aucune envie de jouer avec lui. Du haut de ses cinq ans, il me terrorisait. J’ai essayé de le fuir, d’aller voir d’autres enfants, mais, à chaque fois, une autre volontaire me rejoignait et je me sentais inutile. Bref, à contre cœur, j’ai fini par aller jouer avec Thiago. Il était avec un autre petit garçon du même âge, Enzo. Sans trop savoir pourquoi, j’ai commencé à mimer une auto. Et comme ça, malgré ma mauvaise volonté, et sans le moindre jouet, nous avons passé la meilleure après-­midi du monde. Ils étaient deux petites autos lancées dans une course folle, ils se percutaient et venaient me voir pour que je les répare à coup de chatouilles. Ils repartaient en courant, piaillaient, riaient. Le pavillon des enfants est une sorte de grand hall, il n’y a pas réellement de chambre individuelle, si ce n’est quelques espaces vitrés pour isoler les porteurs de maladies trop contagieuses. Ils étaient tellement drôles que toute la salle s’est arrêtée pour les regarder courir, et riait avec eux. Je ne sais pas pourquoi Enzo était là, je ne sais pas s’il a le sida comme Thiago. Je ne l’ai vu que ce jour‐là, mais, grâce à lui, simplement parce qu’ils étaient deux petits garçons du même âge, qui avaient envie de jouer et de rire, on a passé tous les trois une vraiment très bonne après-­midi. Au moment de partir sont revenus les cris et les pleurs de Thiago, mais moins forts. Cette fois, ils ne m’ont pas fait peur, mais ils m’ont fait de la peine. J’ai passé la semaine à attendre le jeudi, pour le retrouver, me demandant comment il serait la prochaine fois, s’il voudrait jouer, et puis, un peu, s’il me reconnaîtrait… En fait, j’étais sûre que non : entre les infirmières et les assistantes sociales qui s’occupent de lui, il voit trop de visages. Mais il m’a fait la plus belle surprise du monde : il s’est précipité pour se jeter dans mes bras. Enzo n’était plus là, alors nous avons joué tous les deux. Il était plus fatigué que l’autre fois, moins excité, plus doux. Nous jouions aux cartes, et Diego en passant, m’a attrapée pour me faire un câlin, tout en essayant de me faire tomber de mon banc. Thiago, y voyant une forme de violence, s’est mis à hurler. Il est monté debout sur la table, menaçant le grand Diego, de quatorze ans, de son petit poing d’enfant de cinq ans. Je l’ai pris dans mes bras pour le calmer, mais il me donnait des coups de poing en pleine figure. Finalement, sans que je sache pourquoi, il s’est remis à jouer et à rire. J’étais un peu troublée par sa réaction. Son assistante sociale m’a donc un peu parlé de sa vie. C’est elle qui m’a dit que le beau-­père de Thiago est violent avec sa maman, mais avec lui aussi. Sa mère est dans un hogar (foyer) pour le moment, et elle ne savait pas si, en sortant de l’hôpital, il serait placé dans un orphelinat ou s’il irait la rejoindre. Puis, nous avons continué à jouer. Ce qu’il préférait, c’était faire une grande pile de cartes sur ma tête, puis m’attraper les joues et me secouer pour les voir tomber de tous les côtés. À la fin de l’après-midi, il était fatigué, il s’est allongé pour prendre son biberon et m’a demandé, avec son ton autoritaire, de venir à côté de lui. Il s’est blotti contre moi, juste deux minutes, puis s’est relevé pour jouer encore. De la brute qui nous hurlait « putaaa » la première fois, Thiago était devenu un tout petit enfant, fragile, qui avait besoin de quelqu’un, n’importe qui, pour le serrer dans ses bras. Ça a été dur de partir. Je ne dis pas qu’il avait besoin de moi ; Rachel, son assistante sociale, est très gentille, elle s’occupe bien de lui, joue avec lui. Mais, simplement, ça a été dur pour moi. Comme Rachel n’était pas sûre qu’il soit toujours interné la fois suivante, je lui ai demandé de voir si elle pouvait me laisser un contact, et demander à sa maman si elle accepterait que j’aille le voir de temps en temps. Je pense que cela n’a pas pu se faire : il est sorti de l’hôpital et je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où il a pu être envoyé. Je ne sais pas s’il est en orphelinat, dans ce hogar avec sa maman, ou rentré chez lui — je ne sais même pas s’il a un « chez lui ».
[…] Alors je vous offre tout ça, parce que je n’ai pas les réponses et que personne ne les a. Priez pour lui. Priez pour qu’il ait quelque chose, un jour, dans sa vie, qui le sorte de tout ça, au moins un peu. Je vous confie aussi Rachel, son assistante sociale, qui vit ce genre de rencontres sans arrêt : elle accompagne les enfants un temps, parfois des mois entiers, puis doit s’en séparer du jour au lendemain. Elle s’était réellement attachée à Thiago, cela se sentait. C’est grâce à elle, ou à d’autres personnes semblables, que des petits gars comme Thiago ou Diego peuvent parfois s’en tirer un peu.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Camille D.
Volontaire au Point-Cœur de Buenos Aires

L’attente de Dany…

Un grand fidèle du Point-Cœur de Pignans, Dany, âgé de soixante-neuf ans, n’a plus aucune famille, son cœur d’enfant demeure intact…

Presbytère de Pignans

Presbytère de Pignans

Ce pauvre en esprit – il souffre d’un handicap mental – nous rejoint tous les dimanches matin pour partager le petit-déjeuner et nous accompagner à la messe. Lorsqu’il nous aperçoit, il nous salue en ouvrant les bras : « Mes copains ! » et nous embrasse comme du bon pain.

Ces dernières semaines, notre grand ami Dany nous a fait quelques frayeurs après avoir souffert de plusieurs malaises cardiaques. Un samedi après-midi, nous sommes allés le visiter alors qu’il se trouvait en convalescence dans un hôpital psychiatrique d’une commune voisine. À notre arrivée, les horaires de visite étant dépassés et après avoir écrasé nos doigts à maintes reprises sur la sonnette, nous avons confié notre infortune entre les mains de la Vierge Marie… aussitôt confié, aussitôt réalisé ! Une sympathique infirmière s’empresse de nous ouvrir la porte et nous nous retrouvons dans une sorte de cour de « récré » pour adultes, une vraie cour de solitude… À quelques pas de nous, nous apercevons une femme assise, seule sur un banc, face à une table en bois, les yeux perdus au loin. Quelques secondes passent puis elle se lève, le regard vide de toute expression, et se dirige lentement vers un autre coin de la cour pour s’asseoir sur un autre banc, et repartir finalement quelques instants plus tard. Ce manège durera tout le temps de notre visite. Quelques pas plus loin, un homme d’une soixantaine d’années, après avoir testé la solidité du portail de sortie, transporte un tuyau d’arrosage en vue d’une improbable tentative d’évasion… Un instant plus tard, un compère prend le portail à bras le corps et le bouge tant et si bien qu’il finira par s’ouvrir. J’avertis les infirmières qui rejoignent en courant les deux « évadés » qui sont finalement demeurés bien sagement dans la cour. Quelle solitude ! Comment rejoindre toutes ces personnes souffrant parfois de dépressions sévères, souvent perdues dans les méandres de leur esprit, prisonnières d’un monde auquel nous n’avons pas accès ? Il est difficile de rester sur le seuil sans parvenir à franchir cette porte pour les rejoindre profondément dans leur détresse. Il y a là un mystère de souffrance, un mystère auquel nous pouvons toutefois participer à travers notre simple présence. En entrant dans le bâtiment, c’est d’ailleurs un Dany bien mal en point, livide et faible, qui nous accueille les bras grands ouverts. La force avec laquelle il nous serre témoigne de sa joie de nous revoir. Nous l’accompagnons vers un banc pour échanger un moment avec lui. Le regard éteint, le visage fatigué tourné vers le sol, il ne va pas cesser de nous montrer ses doigts : « Plus que deux, deux journées et le taxi vient me chercher ». Il posera à maintes reprises sa tête sur mon épaule comme pour manifester la consolation que notre amitié lui apporte, signe aussi que l’essentiel de sa journée consiste désormais à attendre ce fameux taxi. Mais aujourd’hui, la journée pour lui fut différente. Une heure durant, son attente a été habitée par la présence de deux amis. Nous étions présents pour attendre avec lui. Son état nous a fait bien de la peine et nous étions heureux d’apprendre quelques jours plus tard que le fameux taxi est finalement venu le chercher pour le conduire dans une structure adaptée dans autre village. Nous irons lui rendre une petite visite prochainement et je vous ferai parvenir de ses nouvelles. Je le confie à vos intentions.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Bruno dK
Membre de la Fraternité Sacerdotale Moloka’i, au séminaire de Toulon

Les mots de Dona Beatriz…

Louis a recueilli les mots de Dona Beatriz qui vit très seule depuis la mort de son mari. Elle habite dans un village voisin de celui de la Fazenda do Natal.

Dona Beatriz

Dona Beatriz

Au cours d’un de mes derniers passages, elle a fait mémoire de façon émouvante de ces années d’histoire de visites…

« Un jour, nous étions en train de restaurer le mur de la maison pour faire une chambre, et sont arrivés Luiz, et Gael et Julieta, et ils se sont mis à travailler sur le mur, à arranger la porte. Ils ont pris les briques pleines de charbon, et on a tant ri. Ils sont si amusants. Il n’y avait pas d’outils, ils ont été en demander aux voisins. Vous voyez comme Dieu est bon ! Sans que je demande, ils ont réparé ma porte, c’est Dieu qui passe à travers les personnes ! Il y a tant de moments où je suis seule… Cela fait quatre ans que je vous connais, et vous êtes plus que ma famille. Mes enfants ne s’occupent pas tant de moi. Je suis malade, et vous venez par ici m’apporter de la joie et du plaisir. Quand mon mari était malade, vous veniez ici prier pour lui et il vous adorait. À chaque fois que vous repartiez, il disait : « Où ils sont partis ? » Et quand vous ne veniez pas, c’était une tristesse pour lui, et pour moi aussi. Tout était sombre dans ma vie, mais quand vous veniez par ici, , alors tout cela s’arrêtait. Pour moi, c’était très bon, ma santé s’est améliorée. Le père Arnaud venait confesser mon mari alors qu’il était gravement malade. Après, il ne pouvait plus parler ni manger normalement, mais il l’a confessé. Alors il est mort dans la main de Dieu. Le jour où il est mort, Yassine, il ressemblait à un petit ange. On n’aurait pas dit que c’était lui. Il a tellement changé… »

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Louis dA.
Membre permanent de Points-Cœur, en mission au Brésil

Selena, cette terreur qui finit par m’attendrir

Maylis est à Procida en Italie. Chez les Sœurs de Mère Teresa où les volontaires se rendent chaque semaine, Selena qui a six ans se laisse apprivoiser avec le temps, beaucoup de temps…

MaylisProcida

Maylis au centre

Cela fait dix jours que l’école est finie. Notre mission chez les sœurs de Mère Teresa, pour faire du soutien scolaire aux enfants des quartiers plus populaires de Naples, s’est donc achevée ! Il a fallu dire au revoir aux enfants que je prenais, il y a huit mois, pour des terreurs, et dont j’ai fini par m’attendrir ! Il aura fallu des semaines, et même des mois pour certains, pour nous accepter ; et pour nous, volontaires, pour les comprendre et les aimer, malgré toute la violence qu’ils pouvaient parfois manifester envers nous… La plus grande amie que je me suis faite chez les Sœurs, c’est Selena, elle a six ans. Elle vient d’une famille d’une grande misère morale, où les problèmes semblent tous se résoudre par la violence. Cette violence, elle en souffre et elle la traduit notamment par son rapport aux autres. Selena est toujours la dernière à partir, attendant désespérément devant la porte que sa maman vienne la chercher. Généralement, une Sœur finit par la ramener chez elle, voyant que la mère n’arrive pas. Notre amitié n’était vraiment pas gagnée, je me rappelle encore de ma première séance avec elle : Selena refusait de mettre une chaise à côté de la sienne, car elle ne voulait pas travailler avec moi, et elle me repoussait physiquement pour me faire comprendre que je n’étais pas la bienvenue à sa table… ! Les semaines suivantes, je me souviens avoir redouté travailler avec cette petite, qui m’impressionnait tant et devant laquelle je me sentais sans défense. Petit à petit, les mois passant, les heures passées assise à côté d’elle, à nous arracher les cheveux sur la conjugaison italienne, ou à jouer à la corde dans la cour, ont fait grandir sa confiance et donc notre amitié. J’ai eu la chance de faire les dernières séances avec Selena qui me serrait fort dans ses bras à chaque fois que je l’encourageais, et qui insistait pour faire ses devoirs sur mes genoux, et non sur sa chaise ! Qui aurait cru, il y a huit mois, que je pouvais devenir la chaise sur laquelle elle voulait s’appuyer… Les enfants ont l’art de nous surprendre et de nous donner bien plus que ce qu’on leur donne ! Une chose est sûre, les enfants qui viennent chaque jour chez les Sœurs y trouvent un lieu de paix et d’amour, qu’ils n’ont pas chez eux et dont ils ont une incroyable soif pour grandir ! L’expérience que je vis ici m’apprend à regarder la souffrance d’une autre manière, à voir la beauté là où je n’aurais jamais pensé en voir, à croire que la souffrance peut être féconde.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Maylis duP.
Volontaire en mission à Procida, Italie

Ces mères qui pleurent leur fils…

Sr Josette est en mission au Salvador dans le petit village de San Pedro Perulapan, bien éprouvé par la violence des « marras ».

Sr Josette et le groupe de jeunes de San Pedro Perulapan, El Salvador, 2016

Sr Josette et le groupe de jeunes de San Pedro Perulapan

Quinze jours avant la semaine sainte, un évènement très douloureux a frappé notre village : deux de ses jeunes : Pablito (18 ans) et Ricardo (21 ans), ont été tués par les Marras, ces bandes locales qui sont une vraie plaie pour notre cher pays salvadorien, une grande souffrance pour ses mamans. Pablito est notre voisin, et venait au catéchisme chez nous quand il était petit, sa soeur a fêté ses 15 ans (grande fête au Salvador) le même jour que les 15 ans de notre prieuré. Ils ont été tués parce qu’ils ont loupé le bus, et en conséquence, ils sont descendus à pied, passant un tronçon du village qui appartient à une Marra différente de là où ils habitent, ainsi, ils ont été repérés et tués dans la foulée. Le soir même, nous sommes allées dans les deux maisons pour la Vela (très belle tradition au Salvador de veiller le corps à la maison où se réunissent voisins et famille pour prier et soutenir la famille éprouvée).

Je ne vous cache pas que ma première réaction était la révolte, me demandant : « Pourquoi ? Pourquoi la vie si précieuse de deux jeunes est si insignifiante pour les bandes pour les tuer en une seconde, gratuitement ? » Quel mystère ! Voyant la douleur de ces mamans à la Vela, pensant à la gratuité de cette violence, à ses conséquences, au mal qui ronge le monde et qui semble gagner toujours plus de terrain, plus que jamais, j’ai mendié et attendu la Résurrection du Christ. Ces mamans si courageuses m’ont appris par leur espérance que la mort n’aura jamais le dernier mot, qu’elle est déjà vaincue. Leur douleur était immense pleurant leurs enfants, et à la fois, cette certitude au fond d’elles-mêmes que la mort n’aura jamais le dernier mot, habitait profondément leur cœur. La dignité avec laquelle elles vivent cette lourde épreuve m’apprend beaucoup !

Pendant la procession du Santo entierro le vendredi saint, au milieu de la foule, juste derrière la dépouille du Christ porté par une vingtaine d’hommes de notre village, je perçois la maman de Pablito, toute discrète et humble, les larmes aux yeux, très dignement elle suivait le Christ, tué aussi injustement comme son fils. J’ai posé discrètement ma main sur son épaule, sans rien dire, elle me sourit, et nous marchions en silence toutes les deux, comme confiant la douleur de ses mamans à l’intercession de la Vierge, Elle qui, en ce jour du vendredi saint a aussi pleuré Son Fils. Je confie à votre prière toutes ces mamans.

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Sr Josette
Servante de la Présence de Dieu

Marina, cette maman qui ne baisse pas les bras

Au Point-Cœur de Buenos Aires, Camille nous offre à contempler le cœur gigantesque de Marina cette maman si courageuse !

Point-Cœur à Buenos Aires

Point-Cœur à Buenos Aires

Parmi les petites filles qui viennent souvent jouer chez nous, il y a Candelaria, une jolie plante, très soignée, déjà presque un petit bout de femme, avec ses insolences et ses naïvetés d’enfant. Bien que ce soit notre voisine d’en face, nous ne savions pas grand-chose de sa famille, si ce n’est – à en croire la pancarte – que sa maman vendait des empanadas (petits chaussons fourrés de viande ou de poulet, typique d’Argentine) et autres douceurs… C’est justement grâce à une torta de ricotta, le meilleur des desserts argentins, que nous avons eu la chance de rencontrer sa maman, Marina. Elle vint nous pro‐ poser un jour la moitié d’une torta qu’elle n’avait pas vendue.
Quelques jours plus tard, Marina nous offrait un peu de sa sopa paraguaya, une spécialité paraguayenne absolument délicieuse. Et pas à pas, ou d’em-­pas-­nadas en empanadas, s’est créée une nouvelle amitié. Dimanche dernier, à l’heure du café, Marina a frappé à notre porte avec un énorme gâteau sur les bras. C’était son anniversaire, elle s’invitait pour le café. « C’est mon premier anniversaire avec Punto Corazon », nous dit-elle, timide et joyeuse à la fois. Marina est pleine de vie, douce et drôle, pleine d’attentions pour tous. Quand elle a un jour de libre, elle aime bien partir en vadrouille avec Azul. Elle la peigne, elle l’habille, et elles partent avec José, son mari, faire un tour de manège en ville. Pourtant Azul n’est ni sa nièce, ni sa filleule ! Elle n’est rien de plus que sa petite voisine facétieuse, comme pour nous. Il n’y a pas non plus que nous, qui ayons droit à ses incroyables petits plats : elle offre souvent le surplus à Ana-Maria, une petite grand-­mère très pauvre et très seule, qui vit trois maisons plus loin. Bref, Marina a un cœur gigantesque et une joie de vivre incroyable. Elle a aussi beaucoup de courage, c’est une maman qui ne baisse pas les bras : son fils de vingt ans a eu la tuberculose mais refusait de se laisser hospitaliser. Elle s’est donc occupée de lui pendant plus de trois mois, le gardant avec autorité, enfermé chez elle pour qu’il se soigne d’une part et qu’il ne contamine pas les autres d’autre part. Aussitôt guéri, il a filé et a recommencé à traîner la nuit avec sa bande de copains. Comme d’autres mamans, elle n’arrive pas à dormir tant qu’il n’est pas rentré, d’autant plus qu’elle a peur qu’il retombe malade. Alors parfois, elle se lève et part le chercher au beau milieu de la nuit. Il faut bien se rendre compte : se promener seul dans nos rues un peu avant l’aurore, c’est une chose que même les hommes évitent de faire. Mais parmi ces chicos dont les gens se méfient, il y a peut-­être son fils, alors elle y va, elle le cherche et lui demande de rentrer. Et malgré tout ça, toutes ses préoccupations, elle trouve la force d’être une petite maman pour nous, pour Azul, d’être généreuse avec ceux qui passent.
Ce n’est jamais vraiment facile d’être maman, mais je crois qu’ici c’est particulièrement difficile, surtout quand on a de grands garçons.
Un vendredi par mois, nous organisons une « prière des mères ». Nos amies viennent prier pour leurs enfants dans la petite chapelle de notre maison. Elles confient leurs joies et craintes de maman. Quand Estella nous disait que los chicos de Punto Corazon l’avait aidée, elle parlait essentiellement de ce moment, où elle venait prier pour ses fils, au milieu de mamans qui portaient parfois le même genre de douleur que la sienne. Nous avons proposé à Marina de venir la prochaine fois, et elle a semblé enthousiaste.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Camille D.
Volontaire au Point-Cœur de Buenos Aires

« C’est normal, on est de la même famille »

Charlotte Jardin

Charlotte au Jardin de la Miséricrode

Charlotte est en mission au Jardin de la Miséricorde en Inde, elle grandit dans sa découverte de l’Inde à travers cette vie simple et familiale.

Quelle JOIE de vivre ici ! Quelle JOIE de partager le quotidien de ceux que je considère désormais comme ma famille indienne. C’est une joie simple mais profonde, chargée de petites perles. Un sourire échangé avec Stella, une discussion, plus gestuelle que verbale, avec Paty (en tamoul, ce mot signifie « grand-­mère »). C’est également accepter de chambouler son programme pour aider au cutting des légumes, ou bien tout simplement être assis dans le dining, ne rien comprendre aux conversations, mais contempler la beauté des échanges. Ce que je vis au Jardin est véritablement un voyage. Les paysages que je découvre sont très exotiques pour mes yeux d’Européenne : palmiers et cocotiers juste devant mes fenêtres, rizières sur le bord de la route, temples et autres constructions si surprenantes ! Cependant, je réalise peu à peu que ce n’est pas là que l’essentiel se joue. Le nombre de temples visités, de belles photos prises en face de paysages imprenables, importe peu. Ce qui compte, c’est les rencontres, les rencontres de plus en plus profondes avec mes amis indiens. Connaître quelqu’un nécessite du temps, beaucoup de temps. C’est le fait de vivre quelque part, pour un laps de temps assez long (encore que, vraiment court !), qui me permet d’aller au-­delà du superficiel ; le vrai voyage, le grand, le beau, est intérieur. En découvrant peu à peu mes frères indiens, c’est moi que je découvre plus en vérité. Je pourrais errer des années durant à travers des milliers de lieux différents, sans parvenir à effleurer ce que je vis ici. Le monde est vaste. Mille vies ne suffiraient pas pour le parcourir. Je préfère donc me contenter du Jardin, pour le moment, car au fond, ce qui compte, c’est la qualité et non la quantité. La qualité des échanges, des temps partagés, des services rendus…
Les personnes que je rencontre sont formidables. Avec Pryia notamment, une étudiante qui vit ici car ses parents habitent trop loin de son université, une belle complicité se crée peu à peu. Tout semble nous séparer (langue, culture…), et pourtant elle est véritablement en train de devenir mon amie. Le matin, à 6 h, il nous arrive assez régulièrement d’aller jouer au badminton ensemble. Je suis impressionnée par son dévouement, la manière dont elle se donne sans compter à la cuisine, au ménage, alors que ses études de droit sont plutôt prenantes. J’apprends, ou du moins j’essaye, à son exemple, à modérer ma tendance à chercher la justice égalitaire en toute chose, et particulièrement dans le service. À son contact, ainsi que par l’amitié avec tant d’autres, je découvre la gratuité, le don, la joie dans le service. Si je coupe trois oignons, ce n’est pas une raison pour aller fanfaronner !!! Ces femmes indiennes sont admirables pour leur dévouement. Elles refusent même qu’on les remercie, car après tout : « C’est normal, on est de la même famille » !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Charlotte H.
Volontaire en Inde

Pa Lek, la Croix ne vient jamais sans le Christ

AnneLaure-PaLek-Bangkok

Anne-Laure et Pa Lek à Bangkok

Une longue histoire d’amitié et d’agonie, unie le Point-Cœur de Bangkok et Pa Lek, cette femme qui a maintenant hâte de voir le Seigneur.

Nos journées et nos esprits sont bien remplis par Pa Lek. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était au début de ma mission, quelqu’un nous en parlait comme d’une femme très malade, à qui il ne restait plus bien longtemps. Malgré les gonflements, son visage m’avait déjà marquée par sa douceur et sa quiétude. Depuis, nous l’avions perdue de vue. Il y a un mois, nous avons retrouvé le soy où elle habite. En rentrant et en la voyant sur son lit, c’est à peine si je l’ai reconnue, tellement son corps était meurtri par la maladie. Le médecin de l’hôpital gratuit du quartier a dit qu’elle n’avait rien, ce qui veut dire ici qu’il n’y a plus rien à faire, que ses jours sont comptés. Son diabète a rendu ses yeux aveugles, et ses reins ne fonctionnent plus, le moindre aliment ou goutte d’eau la fait terriblement souffrir. Pour moi, c’était un flot continu de larmes que je ne pouvais pas arrêter… Allongée sur son lit, bras étendus, jambes pliées, une couche pour seul vêtement, la comparaison est tellement frappante… Il ne manquait plus qu’elle me dise : « J’ai soif ! » Depuis, chaque visite est une évangélisation, non pour elle, mais pour moi. Car je ne lui ai jamais parlé de Dieu. C’est elle qui n’arrête pas de m’en parler. Elle L’a rencontré, car elle a découvert un des plus beaux trésors : la Croix ne vient jamais sans le Christ, sans l’AMOUR. Elle l’a compris de l’intérieur, et c’est elle qui me l’enseigne. Elle Le voit partout. « J’ai mal, mais Il habite avec moi, on se bat ensemble. » Malgré ses yeux aveuglés, je sens qu’elle cherche les miens, pour lire dans mon âme, et je me sens indigne d’un tel regard… Quand je la regarde me regarder, tendre les bras si souvent pour me serrer et m’embrasser, je pense au témoignage de Maria, ancienne volontaire à Naples : « Qui suis-je, moi, pour que Toi Qui souffres sur la Croix, Tu me regardes ? » Pa nous appelle ses filles, ses anges. Je lui disais qu’on ne faisait rien en comparaison à sa belle-fille qui s’occupe d’elle. « Mais vous prenez mieux soin de moi, parce que vous m’Aimez. » Alors que je lui confiais mes peurs quant à ma mission, et lui demandais si elle-même avait peur, elle me dit : « J’ai hâte d’aller vers le Seigneur. Tu ne dois pas avoir peur ! » Pa Lek, c’est Jésus Qui vient Lui-même me prendre dans Ses bras et me dire : « Courage, J’ai vaincu ! » Les dernières visites avec Pa sont marquées par la Joie, les rires. Pa est dans la Paix, la vraie Paix, celle que je mendie pour moi, celle de savoir au plus profond de moi que Dieu ne me laissera jamais seule…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Laure M.
Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

A l’école du plus pauvre…

Elisabeth est depuis un an au Point-Cœur de Naples, un tournant vecu avec la visite de ses parents et la décision de prolonger son temps de mission.

Communauté Afragola

Communauté d’Afragola, Naples

Ces derniers temps ont été bien mouvementés ! D’abord, célébrer Pâques à Afragola fut un cadeau : chaque jour de la Semaine Sainte est pleinement vécu. Ici, on prie avec le Christ à Gethsémani, on l’accompagne dans son agonie comme on accompagnerait un ami, un frère. On vit ces jours d’angoisse et de mort, puis de retour à la vie, de joie, de tout son corps et de toute son âme ! C’est impressionnant et bouleversant. Puis, j’ai reçu la visite de mes parents et de mes frères. Ils sont restés dix jours ! Expérience mémorable que celle de présenter mes proches à mes amis du quartier, à ma communauté, de leur faire découvrir ma vie, nos habitudes, les Napolitains, Naples et ses alentours. J’en garde un magnifique souvenir. J’ai présenté en particulier une de mes grandes amies dont je vous ai déjà parlé, et qui s’appelle Patrizia, à ma mère et à Barthélémy. Ce fut un moment intense. D’abord, l’accueil que nous a fait Patrizia, ensuite, la discussion longue et animée avec elle et sa plus jeune fille. C’était beau de constater que, finalement, ma mère la connaissait déjà à travers mes mots. Le courant est très vite passé entre elles, même si elles ne pouvaient pas se comprendre, je faisais la traduction. Patrizia souffre encore beaucoup, elle n’arrive pas à accepter les changements physiques que le cancer et les chimios ont opéré sur son corps, même si aujourd’hui elle est sur la voie de la guérison… Prise d’un élan de tendresse et de compassion, ma mère lui a pris la main, et elles se sont mises à pleurer toutes les deux. Moment hors du temps, qui m’a fait beaucoup réfléchir sur l’importance de nos lettres aux parrains. Vos prières et pensées sont vraiment précieuses pour nos amis, elles les aident concrètement dans leur vie, et nous, volontaires, nous ne sommes que le lien entre vous et eux. Quelle responsabilité incroyable avons-­nous ! Nous avons aussi accueilli une nouvelle recrue dans la communauté : Anna, dix-­neuf ans, polonaise. Notre communauté est donc maintenant au nombre de sept : Vicky, Agnès, Mathilde, Anna, Cesare, Benoît et moi. Benoît doit repartir à la fin du mois prochain, Agnès en septembre.

Une année s’est presque écoulée et, après de longues interrogations, j’ai finalement pris une décision importante : rester à Afragola six mois de plus ! Six mois de plus, parce que j’ai vite réalisé qu’une année serait bien trop courte pour comprendre, intégrer, approfondir cet incroyable et si particulier charisme de compassion et de consolation. Je pense être appelée à demeurer auprès de nos amis, dans notre communauté, dans le quartier ! Appelée à demeurer pour que cette mission ne soit pas une simple expérience, mais qu’elle ait des répercussions profondes sur ma vie, qu’elle soit une expérience fondatrice. Expérience de vie sur laquelle je puisse m’appuyer pour mes choix futurs, pour la suite de mes études. Parce que, comme je l’ai dit dans une de mes précédentes lettres, ici, je suis à l’école du plus pauvre, à l’école de l’Amour, à l’école de la présence concrète et bienveillante. Six mois de plus, donc, pour aller jusqu’au bout, pour me donner toujours plus, pour approfondir les amitiés qui me sont données. Pour suivre Dieu là où Il me veut ! Je vous laisse les mots d’Etty Hillesum qui me semblent bien mieux parler que les miens :
« Rester fidèle à tout ce que l’on a entrepris dans un moment d’enthousiasme spontané, trop spontané peut‐être.
Rester fidèle, à toute pensée, à tout sentiment qui a commencé à germer.
Rester fidèle, au sens le plus universel du mot, fidèle à soi­‐même, fidèle à Dieu, fidèle à ce que l’on considère comme ses meilleurs moments. Et, là où l’on est, être présent à 100%. Mon “faire” consistera à “être”. »
Et bien sûr, c’est avec vous que ma mission continue !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth
Volontaire au Point-Cœur d’Afragola

Villa Martha et le perpétuel émerveillement de l’enfance

Perou-Carlos

Carlos du centre Villa Martha

Les volontaires du Point-Cœur de la Ensenada au Pérou vont régulièrement visiter un orphelinat. Bénédicte nous raconte ces rencontres à Villa Martha.

Villa Martha est un foyer qui accueille des enfants jusqu’à leur majorité. Certains sont orphelins, d’autres ont été placés par la justice pour un temps déterminé. Enfin, certains ont été laissés par des parents qui se trouvaient dans l’impossibilité de les élever. Parfois, les enfants rentrent chez eux et vivent de nouveau avec leur famille. Dans les murs de béton résonnent sans cesse les petits cris des enfants ou les appels des éducateurs. Dans la cour, des chiens se prélassent, profitant d’avoir un instant de répit avant que n’arrivent les enfants à la fin du jour pour jouer ensemble avant le repas. Nous longeons le bâtiment principal, de cinq étages, avec une façade grise et verte, pour entrer dans la nurserie. C’est en ce lieu que nous venons jouer avec les plus petits. Il n’y a pas de souci, tous sont extrêmement mignons ; mais tous doivent encore apprendre à vivre en collectivité. Quand nous arrivons, les réactions sont multiples. Les habitués nous accueillent en tapant des mains ou fuient en courant, riant à l’idée que l’on courra après eux toute l’après-­midi. Les nouveaux — il y en a souvent — nous regardent, figés, parfois avec grande crainte. Je me rends compte que ces enfants portent des évènements lourds dans leurs histoires pourtant si nouvelles, encore si petites.
Je pense à Carlos, qui ne cessait de brandir un poing crispé, prêt à frapper quoi que ce soit et à tout instant. Ou je revois Kelvin, qui refuse de nous adresser la parole et cherche à rester seul. Il ne tient parfois qu’à un geste pour changer la situation. Francesca ne cesse de nous faire d’immenses sourires depuis que l’on a passé du temps avec elle pour jouer. Il n’y a pas d’illusion à se faire, ces enfants sont blessés. Il n’est pas naturel de ne pas être dans une famille, et peut être ont-ils en mémoire des moments difficiles vécus avec leurs parents. Mais ce sont des enfants ! Ils ne cessent de vivre au jour présent et pour eux, le passé comme le futur ont peu de poids. Ils se contentent de vivre intensément le moment qui leur est donné. Un petit exemple amusant de ce présent démesurément présent : Kaila, une petite de six ans, me voit de loin et se précipite vers moi en criant : « Je te connais, je te connais ! » Et, heureusement, je la connaissais moi aussi, car je me souvenais avoir joué avec elle, il y a de cela trois mois, dans une course-­poursuite endiablée dont le seul but était de dévorer son ballon. Elle saisit une balle et fuit en criant : « On va jouer comme hier, ok ? » Hier était trois mois !

Que retenir de ces enfants ? Je viens chez eux avec les soucis du quotidien qui m’alourdissent les jambes. Durant des heures, nous jouons avec des petits qui ne cessent de recommencer les mêmes actions sans se lasser : descendre et remonter le toboggan, lancer le ballon, chercher à entrer dans le secteur réservé au personne, rien de mieux que le frisson de l’interdit, etc. Avec le même émerveillement que s’ils venaient tout juste de commencer cette action. Et, peu à peu, j’appris à passer de cet état de frustration propre aux grands (« Bien… ne voudraient-­ils pas un peu changer de jeu ? ») à cet émerveillement du temps présent, ce temps privilégié à jouer avec eux. Il nous faudrait être comme ces enfants dans tout ce que l’on entreprend dans notre journée, que ce soit cuisiner, visiter les amis, étendre le linge… Que chaque chose soit nouvelle ! Et cela, pour nous, n’est possible que si nous le faisons avec amour. Si nous avons conscience que chaque petit geste compte, et qu’il mérite en cela d’être bien fait.
Je me rends compte de l’importance de tout cela dans la vie communautaire que nous avons à la maison de la Ensenada. Habiter ensemble c’est bien, mais pour vivre ensemble, c’est un pas de plus qui doit être fait ; un petit pas d’amitié qui est posé dans le quotidien. Cela nous empêche de nous croiser dans le couloir comme le feraient deux bateaux dans le sommeil d’une nuit brumeuse : ils échangent les « bwoooot » de rigueur et se limitent à cela. Les moments de prière sont l’occasion de faire l’unité de la communauté, unité dans le Christ. Il fait cela à perfection.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Bénédicte F.
Volontaire au Points-Cœur de la Ensenada, Pérou

« Pourquoi le Seigneur me permet-il de vivre ça ? J’ai compris que c’était pour me sauver. »

Sr Eleonore, Roki, Marie, Ola, Assunta et Magda

Sr Eleonore, Roki, Marie, Ola, Assunta et Magda (2015)

Marie est à Cuba depuis presque deux ans, elle nous parle de ses rencontres au centre pour personnes polyhandicapées où elle apprend un nouveau regard sur la différence, grâce à Luis, Pedro, Mily etc.

Il y a cette réalité douloureuse : la fragilité humaine mentale et physique qui s’offre à nous. Et puis une question qui s’impose : Pourquoi ? Le mystère est grand quand on est face à la souffrance. Cela fait maintenant presque vingt mois que je vais régulièrement à ce centre pour personnes polyhandicapées. Avec le temps, les rencontres que j’y ai faites, me donnent multiples réponses, comme si chaque personne donnait sens par son unicité. Ici, j’ai créé de belles amitiés qui se construisent parfois dans le silence d’une présence, par un sourire, un regard, un geste.

Là-bas, on y rencontre aussi le souriant Pedro, priant le chapelet avec tant de volonté et de foi malgré son handicap, les gestes maladroits qui rend la tâche difficile et les mots peu audibles. Et qui durant la messe, se jette littéralement au sol de sa chaise roulante, pour s’agenouiller face au saint sacrement. Pedro avec qui je joue le facteur, transmettant des petits cadeaux à sa copine Odalis.

e ne résiste pas non plus à vous parler encore une fois de Milagro (Miracle) que l’on appelle Mily qui est devenue une très bonne amie. Mily est une jeune femme d’une trentaine d’années, une présence joyeuse et rayonnante par un grand sourire qui illumine son visage aux traits fins. Elle est en chaise roulante et se déplace grâce à ses jambes ; son torse et ses bras étant presque paralysés. Mily ne parle pas, mais sait se faire comprendre, elle a un visage si expressif et utilise ses jambes et ses pieds pour s’exprimer. Pour répondre par oui ou par non à mes questions, elle secoue son pied dans un sens ou dans l’autre. C’est ainsi que nous conversons. Mily est toujours équipée d’un ou deux sacs où elle emmagasine ses trésors : deux photos de sa famille qu’elle aime me monter, des feuilles de papier, un peigne, des stylos, des élastiques, du vernis, une peluche… A l’aide de son pied, elle va chercher dans son sac ce qu’elle veut me montrer, elle a toujours une idée bien précise et m’impressionne par sa ferme volonté et ses exigences. Depuis mes débuts à Cuba, notre amitié a grandi malgré l’absence de mots et nos échanges parfois limités, mais comme tant d’autres ici, elle me permet de prendre conscience, comme l’écrit le père Jérôme, que « l’amour, l’amitié ont une exigence principale : la présence mutuelle » qui va bien au-delà des mots.

Je souhaiterais vous présenter Luis que j’ai rencontré il y a peu et dont l’histoire est un enseignement pour ma vie. J’aimerais vous la partager. Je rencontre Luis pour la première fois dans ce grand dortoir d’hommes, où il doit être probablement l’unique qui ne soit pas atteint d’un handicap mental. Luis a une quarantaine d’années, il a le corps maigre, la peau noire, il porte fièrement une barbe et son visage aux traits fins dégage une belle sérénité. Luis m’accueille chaleureusement et ne tarde pas à me raconter son histoire.
Il commence à me raconter sa conversion lorsqu’il avait huit ans : il visitait une église et face à une statue du Christ sur la croix, c’est le choc, la rencontre, il décide alors de se faire baptiser rapidement. Son entourage ne lui permet pas de vivre sa foi et il s’éloigne petit à petit de l’Église. Les années passent, Luis devient un adulte rebelle, il vit dans des quartiers violents, il se livre à des bagarres, boit beaucoup d’alcool, se drogue. Il se décrivait comme « imbu de lui-même et arrogant ». Un grave accident met fin à tout cela. Depuis, il est en partie paralysé et est envoyé dans ce centre pour personnes handicapées, « entouré de fous ! « >» comme il le dit. Seul, il devient aigri, dépressif et se renferme sur lui-même. Il fait la connaissance d’une religieuse qui travaille dans le centre et avec qui il se lie d’amitié :« Elle ne parlait pas de Dieu, de tout ça, elle prenait simplement le temps de m’écouter. » Un jour, elle propose de lui prêter un livre, l’autobiographie d’un homme atteint d’une grave maladie mais qui le vit avec une profonde foi. Tout au long de la lecture, Luis a commencé à se poser des questions : «Comment cet homme qui a eu une vie si douloureuse peut il être aussi heureux ? » et puis des réponses surgissent : « Moi qui était en colère contre ma situation, j’ai compris que le problème n’était pas Dieu, mais moi, ma manière de vivre les choses ». Fruit de ses lectures et de longues conversations avec la religieuse, Luis fait une véritable rencontre avec le Christ. «Je me posais beaucoup de questions : mais pourquoi suis-je dans cette situation ? Mais finalement, la question est passée du pourquoi à pour quoi. Pourquoi le Seigneur me permet-il de vivre ça ? J’ai compris que c’était pour me sauver. Avant, j’étais perdu, violent, sans sens moral. Je n’étais pas heureux. Si je n’étais pas passé par là, je serais sans doute mort par la drogue, la violence. Ici, j’ai rencontré le Christ, je sais qu’il m’aime et que je ne serais jamais seul. Avant je n‘étais jamais satisfait de ce que j’avais, on veut toujours plus tu sais, une belle maison, une meilleure copine… Maintenant je remercie le Christ pour ce que j’ai : la vue, le mental… »
Un soir, alors qu’il était désespéré et se sentait profondément seul, il demanda au Seigneur un signe de sa présence. Le signe ne tardera pas, une colombe s’installa sur la fenêtre juste au dessus de son lit et se mit à roucouler. Elle reviendra tous les soirs, elle y a installé son nid. Son chant quotidien lui rappel qu’il n’est jamais seul.
Je repars de cette rencontre, l’odeur, les cris, l’agitation qui règnent dans la salle contrastent avec le visage paisible de Luis.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marie GC.
Volontaire au Points-Coeur de Cuba

Quand la mort transperce de son aiguillon

En mission à Flassans-sur-Issole, Anne est une membre permanente de Points-Cœur, elle travaille à l’aumônerie de l’hôpital de Toulon. Elle accompagne en particulier les patients du service de gériatrie, où elle se trouve souvent confrontée à la mort.

Anne L.

Anne L.

Je voudrais vous parler de la mort. C’est un mot que nous n’aimons pas entendre. C’est une réalité de la vie que nous voudrions omettre. Voilà récemment des situations que j’ai rencontrées. Des parents qui ne veulent pas annoncer aux enfants la mort de la grand-mère. Des enfants qui ne veulent pas dire à leur mère âgée, qui est en maison de retraite, que la jeune sœur de celle‐ci est décédée. En maison de retraite ou à l’hôpital, le personnel soignant qui cherche à cacher la mort d’un résident. Cela n’est pas évoqué. Les corps sont subrepticement transportés hors des locaux. Je rencontre la mort très souvent à l’hôpital, en milieu gériatrique. Nous la rencontrons tous dans nos vies, avec celle de nos proches, et aussi par les informations, les morts dus aux guerres, aux tremblements de terre… Nous avons besoin d’être encouragé pour regarder la mort avec le regard de la foi, qui nous fait voir les choses comme elles sont en réalité. La mort n’a plus aucun pouvoir ! Dans sa dernière Exhortation apostolique, Amoris Laetitia (La joie de l’Amour), notre Saint Père François aborde cette question (dans les paragraphes n°253 à 258). Il veut nous encourager, nous consoler. Il dit : « Nous pouvons empêcher la mort de nous « empoisonner la vie », de rendre vains nos liens d’affection, de nous faire tomber dans le vide le plus obscur ». Je rencontre beaucoup de personnes, à l’hôpital, qui sont dans une grande tristesse ou dans une grande révolte d’avoir perdu un être cher. Très souvent, quand je leur dis que l’être aimé qui est décédé est toujours avec eux, qu’il prie pour eux, ils s’en trouvent consolés. Dans notre cœur est inscrit cette Espérance que nous reverrons tous les êtres chers qui nous ont quittés. Je vous partage quelques rencontres faites à l’hôpital.

Maurice. Il était très mal. L’infirmière m’a dit que c’était le moral qui l’empêchait de remonter la pente de son mal physique. Il refusait de se battre. Il n’avait plus envie d’ouvrir les yeux, de manger. Je suis restée un bon moment en silence à ses cotés. Je lui ai demandé doucement s’il avait des visites pour l’encourager. Il a réussi à dire que sa fille venait. Puis il m’a parlé de son épouse, qui était décédée quelques mois auparavant. Je lui ai dit : « Demandez‐lui de l’aide, elle peut vous aider ». Il m’a dit : « Je ne suis pas croyant et ma femme non plus ne l’était pas. ». Je lui redis : « Croyez‐moi, elle peut vous aider. Elle est toujours à vos côtés. Je vais lui demander qu’elle vous aide, je vais prier pour elle ». Cette annonce a éveillé tout son être ; il m’a regardé avec étonnement, avec stupeur ! La visite suivante, il avait les yeux bien ouverts. Il mangeait un peu. Son corps est bien fatigué, mais une lueur est revenue dans ses yeux. Je prie pour lui et les siens, pour son épouse défunte. Je vous les confie.

Catherine. J’ai accompagné Catherine plus d’une année. Elle vient de décéder. Elle était atteinte d’une démence sénile. Chaque fois qu’elle me voyait, elle me remerciait de ma visite. Elle disait que « cela lui faisait du bien ». Elle était d’origine italienne. Elle voulait toujours prier un Notre Père et un Je vous salue Marie. Elle le disait en italien. Elle me parlait toujours de ses deux fils : Henri, qui a un handicap mental et qui vit en foyer, et un autre, Georges, qui a une maladie psychique et qui est en hôpital psychiatrique. Elle était pleine d’inquiétude pour eux. Chaque fois, je lui disais que Marie, notre Mère, s’occupait d’eux, et nous priions ainsi pour eux. Elle en était vraiment consolée. Nous pouvons prier pour eux.

Thérèse. Je vous en ai parlé dans la dernière lettre. Je vous avais dit qu’elle m’appelait « mon amie » ! Elle vient de décéder. En dernier, elle était toujours très agitée et complètement incohérente. La dernière visite que je lui ai faite, quelques jours avant sa mort, elle était bien agitée encore. Elle n’a dit que ce mot, le répétant sans cesse de façon saccadée : « MERCI ».Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne L.
membre permanente de Points-Cœur

Hogar de la Paz : A l’école de Mère Teresa

Un apostolat exigeant du Point-Cœur de Barrios Altos où les volontaires dont Sabine retrouvent les enfants du Hogar de la Paz.

Flore au Point-Cœur de Barrios Altos

Flore au Point-Cœur de Barrios Altos

Tous les vendredis matins, nous allons à l’Hogar de la paz (Foyer de la paix), tenu par les Sœurs missionnaires de la charité, à la suite de Mère Teresa de Calcutta. Ce foyer accueille notamment des jeunes garçons polyhandicapés, entièrement  dépendants,  abandonnés  par  leur  famille.  Le  travail effectué  par  les Sœurs,  les  professionnels et  les  volontaires, est  remarquable,  autant  par  son  ampleur  (par  exemple,  les  vêtements et  les draps sont lavés tous les jours à la main), que par l’amour avec lequel ils le font. Lorsque  nous  y  allons,  nous  aidons  dans  ce  que  nous  pouvons :  étendre  ou  plier  le  linge,  couper  les ongles  des  garçons,  leur  donner  à  manger,  faire  du  ménage,  etc.  Cet  apostolat  est  une  grande  école d´humilité, une école d’amour pour les petites choses du quotidien, sur les traces de Mère Teresa. En effet, n’est-il pas merveilleux de pouvoir faire le ménage, non par devoir, sinon par amour pour ces jeunes, dont la santé est fragile et qui ont besoin d’une atmosphère propre et saine ? Par amour pour Jésus, qui se cache derrière les visages parfois un peu déformés de ces garçons ? Chaque semaine, notre apostolat se termine par le repas ; c’est un moment que je redoute toujours un peu et, à la fois, c’est un moment privilégié avec les jeunes. Je me souviens particulièrement du jour où j’ai donné à manger à Andy. Au début, je ressentais une certaine impatience, parce qu’il mangeait très lentement. Petit à petit, la salle-à-manger se vidait, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que nous. Finalement, je sentais que j’étais vraiment invitée à être toute attentive à lui, à me coordonner à son rythme, et que c’était cela le plus important. Ce fut un beau moment partagé avec lui, qui m’a procuré de la joie.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sabine P.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos au Pérou

Don Jamen, Don Tito et Don Luis

Ces trois hommes sont des habitués du Point-Cœur de Valparaiso, Thibaut nous les présente dans ces rencontres quotidiennes.

Don Jamen et Andrea

Don Jamen et Andrea

J’aimerais raconter l’histoire de trois hommes qui m’ont profondément marqué, trois hommes qui ont beaucoup souffert dans leur vie, trois hommes qui nous offrent l’honneur de leur présence au Point-Cœur tous les jours. Parfois, on oublie de valoriser leur présence car on s’y est habitué, mais elle est pourtant un signe magnifique de leur amitié : quand j’y repense deux secondes, c’est extraordinaire. Pour venir tous les jours dans la même maison, c’est qu’ils y ont trouvé quelque chose qui les rend heureux. Je vois Don Jamen qui vient toujours avec son chien. En réalité, ce n’est pas le sien, mais son véri-table maître l’ayant toujours laissé dehors, il a élu Don Jamen comme copain et le suit partout. Il l’attend à la sortie de la maison du Point-­Cœur à chaque fois, et lorsqu’il sort, il lui fait la fête. Don Jamen le frappe pour le calmer, et lui l’aime encore plus ! Il me fait rire lorsqu’il se balade dans la rue avec ses lunettes vert-­pomme, les mains dans les poches, et la tête en l’air. Sa chambre est rangée comme celle d’un écolier, les sacs sont soigneusement accrochés au mur, le lit bien fait. Il ne dort pas avec son chien : « Il a plein de poux ». En réalité, sa maison entière en est infestée. Il vit avec son frère visiblement atteint d’une maladie mentale. Don Jamen se fait parfois frapper par ce dernier, mais il ne se plaint pas, jamais. Il ne vient pas pour ça, tout ce qu’il demande en arrivant au Point-Cœur, c’est un thé avec deux cuillères de sucre. J’y vois avant tout un prétexte pour venir s’asseoir avec nous, et nous regarder cuisiner, rigoler ou jouer avec les enfants. Ce fut magnifique de voir Andrea (volontaire argentine) arriver dans la communauté, et lui apprendre à lire et à écrire. Et il arrivait au Point-Cœur, le lendemain, avec un énorme sourire, nous montrant avec fierté les exercices qu’elle lui avait préparés, tous terminés.

Don Tito est également un homme que la vie a broyé… Réellement, je crois que sans nous il serait totalement seul. Quand il a un problème, il donne notre numéro de téléphone, rien que ça c’est impressionnant. Il vit dans une maison, une cabane plutôt. Il fait son feu à l’intérieur… Déjà son corps en ressent les mauvais effets. Il vit avec ses chats qui lui tiennent bien compagnie. Il ne s’entend pas avec ses voisins qui prennent son jardin pour une déchèterie. L’autre jour, deux camions sont arrivés et ont déversé deux bennes de terre dans sa parcelle… Les jeunes du quartier viennent l’embêter, c’est leur passe-­temps, voler quelque chose au vieux fou. Il se plaint davantage que Don Jamen, mais, quand il est avec nous, il est heureux. On lui a appris le check des jeun’s ! Et il en redemande ! C’est un homme qui a beaucoup travaillé dans sa vie, malheureusement sa pension de retraite ne lui permet pas de vivre correctement. Quand il arrive chez nous, on lui donne quelque chose à manger, mais il ne vient pas pour ça. Il vient pour regarder, comme Don Jamen. Il s’installe dans un fauteuil et nous observe, on le sent soudainement se détendre, je crois que ça le repose de venir ici. Un jour, je les ai surpris tous les deux à dessiner au milieu des enfants ! On les sentait revivre, oublier deux secondes leur réalité propre : quel bonheur !

Don Luis

Don Luis

Enfin Don Luis : c’est un homme qui a vraiment une vie compliquée, il s’est séparé de sa femme, ne voit plus ses enfants et ne parle plus à sa mère. Il vit seul avec son père borgne, dont l’autre œil faiblit chaque jour. Lorsque je l’ai connu en septembre, son père était parti et, fou de chagrin, il s’était mis à boire. Grâce à la patience de la communauté, qui l’a accompagné tout au long de cette difficile période, puis, par la suite, avec le retour de son père, nous l’avons vu renaître. Aujourd’hui, il poursuit sa vie avec des hauts et des bas. Lorsqu’il va travailler, il revient souvent ivre. Ce n’est pas la même intensité qu’auparavant mais ça revient et ça repart. Le plus impressionnant, c’est qu’il revient toujours. Il sait très bien qu’on l’a vu ivre, mais il revient, il s’excuse, il reconnaît sa propre misère, il se reconnaît homme.C’est un homme, et il n’y en a quasiment aucun comme ça dans le quartier, qui est profondément reconnaissant de l’aide qu’on lui porte, et il la rend au centuple. Combien de fois est‐il arrivé au Point-­Cœur au moment où arrive le camion de poubelle, gants sur les mains, et nous a sorti les ordures avant même qu’on se soit dit : « Allez, on y va » ! Le plus beau fut lors de l’anniversaire de Carolina. Carolina est une amie qui pleure beaucoup la mort de sa mère, elle non plus n’a pas été épargnée par la vie. Elle est arrivée sans entrain ce jour-là. Et Don Luis s’est mis à danser la cumbia, la cuequa… C’était à mourir de rire. On avait tous les yeux rivés sur lui, à rire, à partager un bon moment. Pendant un instant, nous avons tous oublié notre réalité, et Carolina est rentrée chez elle, heureuse. Le plus beau, avec ces trois hommes, c’est de les voir en fin de journée, alors qu’on est en train de ranger la maison : ils sont là à discuter autour de la table. Ils discutent de tout et de rien, peu importe. Chaque fois que l’un d’entre eux arrive, il demande des nouvelles des autres. C’est drôle parce qu’ils ne sont pas tendres entre eux ! « Comment il s’appelle déjà le gars des chiens ? Jamen ? Bizarre comme prénom, et puis il se balade avec des gants, ça sert à rien ». Ou l’autre qui arrive et qui dit, en parlant de Don Luis : « Il a quelques problèmes avec l’alcool lui » !! Mais, dans le fond, ils s’apprécient beaucoup. Je pense que, sans cet endroit un peu magique qu’est le Point-­Cœur, peut-­être ne se seraient-ils jamais parlé. Mais plus que tout, je me plais à croire que, si le Point-Cœur venait un jour à disparaître, ils continueraient à se voir.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Thibaut S.
Volontaire au Chili

Lucimare marche, écrit, apprend…

Lucimare au Point-Coeur

Lucimare au Point-Cœur

Claudia reçoit Lucimare au Point-Coeur de Simões Filho au Brésil. Malgré son handicape, Lucimare a soif d’apprendre.

Lucimare habite une maison après la nôtre, elle vit chez sa grand-­mère avec son grand frère. Elle est pratiquement née en même temps que la fondation de notre maison : elle a vingt-­deux ans. Elle est atteinte d’un handicap moteur qui l’empêche de bien marcher, et elle ne peut utiliser sa main gauche. Elle vient tous les matins pour nous demander si la maison va ouvrir cette après-­midi. Elle m’a appris la patience et la fidélité à la prière, car elle vient tous les jours prier le chapelet. Comme tous les après-­midis, durant la permanence des enfants, elle demande une feuille pour dessiner, et, ce jour-­là, elle souhaite que j’écrive pour elle un mot à une des tia d’ici — Tante, c’est comme ça qu’on nous appelle —, et lui fait un dessin. Ce jour‐là, je me suis dit : comme elle sait écrire son prénom, je vais voir si elle sait écrire d’autres mots. Et là, avec beaucoup d’émotion, je me rends compte qu’elle sait écrire, du moins copier. Ici, les enfants sont rentrés à l’école depuis début février, et c’est vrai que nous avons un peu moins d’enfants durant la permanence. Je me disais que Lucimare a besoin elle aussi d’apprendre de nouvelles choses, d’évoluer selon ses capacités. Une chose très importante et très belle que je ne vous ai pas racontée : Lucimare a appris à marcher dans notre maison, elle avait déjà cinq ans et elle rampait car personne de sa famille ne lui avait appris à se lever. Ce sont les volontaires qui lui ont appris à marcher. Ici, j’ai appris à demander tous les jours au Seigneur de nous guider, et de nous montrer de quoi nos amis ont besoin aujourd’hui. Pour le moment, nous sommes allées prendre des renseignements dans une école qui accueille les enfants en difficulté. Prochaine étape : faire une visite de l’école avec Lucimare.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Claudia B.
Volontaire au Point-Cœur de Simões Filho au Brésil

Santiago

Camille vient d’arriver en mission au Point-Cœur de Buenos Aires. Elle découvre les amis du quartier et en particulier Santiago, ce petit voisin de cinq ans : 

Santiago, Buenos Aires, 2016

Santiago et Chichu

Santiago, c’est mon petit spectacle de tous les jours : à chaque fois que je mets le nez dehors, il est là, devant chez nous, en train de faire des allers‐retours sur son mini‐vélo… pardon, sa moto ! Il passe vraiment ses journées à slalomer entre les creux et les bosses du bitume, en imitant le bruit d’un gros moteur de moto. Parfois, quand on ouvre les portes de la permanence, il rentre déposer son beau vélo chez lui, trois maisons plus loin, et revient en courant pour jouer avec nous. Ce n’est pas le plus facile à canaliser, surtout les jours où il retrouve Azul, sa grande amie et complice dans toutes les bêtises possibles et imaginables. Mais les deux sont tellement drôles qu’on finit par les suivre plutôt que les gronder. Vendredi dernier, Vendredi Saint, Santiago arrête sa moto devant la maison et me demande : « Il va y avoir une permanence aujourd’hui ? ». Je lui explique que non, et commence à lui demander s’il sait qu’aujourd’hui est un jour un peu particulier. Il me coupe très fier et me dit : « Oui, je sais, c’est Jésus… », je complète maladroitement : « Oui, voilà, Jésus est mort », et je lui annonce que du coup non, pas de permanence malheureusement. L’articulation était malheureuse : sa moto fait trois petits pas en arrière, il me regarde et… « Mais … plus jamais ? ». Heureusement, Jésus a eu la grande idée de ressusciter, on est sauvés, les permanences continueront !

Il y a parfois des brusques retours à la réalité. Quand on joue avec les enfants notamment, on oublie vite où l’on est, parce qu’ils ont la même innocence que partout ailleurs, ils font les mêmes bêtises… Et puis ça nous rattrape d’un coup… Hier, par exemple, on m’a dit qu’il semblerait que le papa de Santiago soit mêlé au trafic de drogue. Je ne sais pas si c’est vrai, les ragots sont légions, et peu importe car si ce n’est pas son papa à lui, c’est le papa d’un autre enfant, juste à côté. Alors on se demande comment ça se passe chez lui, comment il sera dans dix ans. On n’est pas venues pour changer le monde, ni la vie de nos voisins. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on apprend à le regarder complètement différemment.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Camille D.
Volontaire à Buenos Aires

Mariana, petit à petit s’adoucit…

Anne-Charlotte, du Point-Coeur de Deva en Roumanie, nous présente cette maman, Mariana, qui, petit à petit se laisse rejoindre, grâce à ses enfants qu’elle offre à notre amitié.

DevaRoumanie2016

Le Point-Cœur de Deva en Roumanie

Mère de quatre enfants, elle vit avec les deux derniers, Larissa et Sander. Au début de ma mission, j’ai rencontré Mariana dans son ancien logement à Pe Deal (sur la colline). Elle vivait dans des baraques en briques, sans eau et peu d’électricité. Elle était au téléphone et nous a à peine porté attention, allongée sur un lit dans leur salle-à-­vivre. Nous restons quand même et échangeons quelques pauvres mots avec Larisa, qui fait la vaisselle. Un peu plus tard, lors d’une autre visite dans ce même quartier, Mariana apparaît sur le chemin, chargée de sacs et si heureuse de nous voir : j’en ai du mal à la reconnaître, car le sourire qui éclaire son visage m’était encore inconnu. Elle nous sollicite pour l’aider à déménager, nous l’accompagnons alors dans un bloc un peu plus loin, où elle emménage dans une garçonnière (unique pièce pour tous et tout… cuisine, chambre‐à-coucher, et WC et salle-­de-bain sont communs pour tout l’étage). Depuis qu’elle habite dans ce nouveau logement, elle n’est pas du tout la même, comme si le fait d’avoir un nouveau logement, plus décent, lui permet de nous accueillir plus paisiblement dans son intimité. En janvier, nous sommes allées la voir pour lui souhaiter son anniversaire, nous n’étions pas très à l’aise au début, car elle avait des invités et il n’y a pas beaucoup de place. Mais une fois ses invités partis, elle a su nous mettre à l’aise et nous accueillir comme elle a pu. Mariana parle peu, comme à son habitude, et son visage traduit un fort caractère et beaucoup de souffrances. Comme toujours, nous parlons un peu avec elle, puis, de son plein gré, elle laisse la place à son fils, Sander, pour jouer avec nous. Alors, elle nous regarde jouer avec lui, il est plein de vie et plein d’idées, rieur et simple, et le visage de Mariana s’adoucit, devient plus radieux, je crois même voir un semblant de sourire et des larmes dans ses yeux ce jour-là. Elle aime son fils, et sa façon de le regarder jouer avec nous le traduit ! Nous sommes là pour elle, elle le sait, mais elle, simplement, elle nous offre son fils…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Anne-Charlotte B.
Volontaire au Point-Coeur de Deva, Roumanie

Dilip : « le Roi du Jardin »

Mathilde est en mission au Jardin de la Miséricorde en Inde depuis 3 mois. Elle s’est liée d’amitié avec Delip qu’elle surnomme le « Roi du Jardin » !

Mathilde et Delip, 2016

Mathilde et Dilip

J’aimerais dans cette lettre vous parler de mon ami Dilip. Dilip est un de nos plus vieux amis, il est présent depuis la création du Jardin. Nous le connaissons depuis plus de vingt ans. Suite à un problème lors d’une opération quand il avait huit ans, Delip ne peut plus bouger, ne peut plus parler, il reste alité. Mes frères doivent le laver, lui donner à manger, le coucher, dormir avec lui. Il peut seulement bouger son visage, et donc sourire ! Delip comprend aussi l’anglais, il est donc très facile de communiquer avec lui, faire des blagues… Delip est un grand joueur ! Juste après nos repas consistants de Pâques, je lui répétais : « Delip, Delip, tu manges beaucoup trop, tu vas devenir « günde » comme moi, fais attention ! » Günde veut dire gros dans le langage familier Tamil !!! Je découvre sa joie et son sourire un peu moqueur en le charriant.

Dilip est un homme certes blessé, mais rempli d’Amour. Après ces trois mois au Jardin, une grande relation d’amitié s’est créée. Grâce à ces regards, à ces gestes d’attention, je découvre que le langage va au‐delà de la parole. Je découvre qu’une amitié est possible, c’est un échange de cœur, un langage du cœur. Des moments partagés au Jardin, en lui donnant à manger, en restant auprès de lui et en étant une simple présence me font dire aujourd’hui que j’ai un nouvel ami, il s’appelle Dilip. Depuis un mois, ses parents se sont installés au Jardin, son papa a des problèmes avec son travail et un de ses frères est alcoolique. Le Jardin est donc un refuge pour s’écarter des difficultés quotidiennes, et c’est surtout l’occasion de retrouver leur fils. La présence des parents de Dilip a réellement changé l’ambiance de la communauté. Une famille qui vit au Jardin est une grande grâce. Je découvre l’union de Delip et ses parents.

Mathilde et Delip'Amma

Mathilde et Dilip’Amma

Malgré la barrière de la langue, Dilip’Ama (la maman de Delip) est aussi une de mes grandes amies, une nouvelle Akka (grande soeur) pour moi. Ma relation avec Dilip a touché son cœur. En me voyant m’occuper de son fils, rigoler avec lui, lui donner à manger, une réelle complicité s’est créée entre nous trois. Comme si je faisais en quelque sorte partie de leur famille maintenant. Et en plus de son fils, Ama s’occupe de ma santé ! Elle ne tarde pas pour m’apporter dans ma chambre une énième potion magique indienne, qui guérit les maux de ventre après ces plats trop épicés !!!

Delip est un trésor pour la communauté. Christ est en lui. Dilip nous rappelle que tout Amour est possible, d’où son surnom King of the Garden !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde S.
Volontaire

« O’ creatur’ », ces enfants napolitains !

Francesca, Antonella,  Carmela, Pasquale, Fatima et tant d’autres, ces enfants qu’Elisabeth et le Point-Cœur d’Afragola voient tous les jours !

Communauté Afragola

Communauté du Point-Cœur d’Afragola

« O’ creatur’ » : c’est comme cela que les Napolitains appellent leur progéniture. J’aime beaucoup ce mot, et je trouve qu’il illustre bien le statut presque sacré qu’ont les enfants d’ici… Surprotégés par leurs mères dès le berceau, les « créatures » grandissent sous l’œil bienveillant de toute la famille (oncles, tantes, cousins, grands-­parents…) ! Et cela engendre de véritables petites terreurs en culottes courtes. Les enfants sont partout ici, et font partie de notre quotidien. Carmela, Pasquale, Marika, Santo, Luigi, Marco, Antonella, Fatima, Melania, Paola, Patti, Giani… Autant de petites têtes que nous voyons quasiment tous les jours, dans la rue ou chez nous. Ils débordent tous de vie !
Francesca est une de nos amies fidèles. Elle a onze ans et habite dans la cour juste en face de la nôtre. Elle sonne régulièrement à notre porte. J’aime sa spontanéité, la façon dont elle nous court dans les bras, en criant « Amore mio ! » (« Mon amour ! ») à chacune de ses venues, comme si elle ne nous avait pas vu depuis des années. Elle entre à peine dans l’adolescence et elle a déjà de vraies manières d’adulte, de femme ! C’est incroyable comme ici les petites filles paraissent grandes et matures. Lorsqu’elle vient à la maison, Francesca nous aide en tout : passer un coup de balai, mettre la table, faire la cuisine… Parfois, elle vient même prier avec nous. Comme nous, elle s’agenouille devant le Saint Sacrement. C’est très touchant de la voir nous imiter. La dernière fois qu’elle est venue chez nous, c’était dimanche soir dernier. Il était 18h, j’étais seule et elle voulait faire ses devoirs… Selon moi, c’était aussi un bon prétexte pour passer simplement un peu temps chez nous. Nous avons passé deux heures assises côte à côte, à faire des soustractions, des divisions et des multiplications. Moment spécial, privilégié, car il est rare que nous nous retrouvions à deux, en tête à tête. Au fil des semaines, notre amitié grandit, et sa confiance envers nous aussi.
Et puis il y a Marika et Santo, Melania, Paola, Giani et Patti… qui viennent souvent déjeuner et jouer chez nous. Quand ils débarquent, c’est toujours un tourbillon de cris et de rires ! C’est parfois si dur de garder son calme et sa patience devant ces enfants qui nous testent sans arrêt. Tous les dimanches, nous emmenons quelques enfants du quartier à la messe. Antonella, neuf ans, rencontrée par le biais de sa grande sœur, Maria, qui habite en face de chez nous, m’a particulièrement touchée ces derniers temps. Elle a sept frères et sœurs et elle est la petite dernière. Sa maman est malade, elle a fait en peu de temps trois infarctus, qui l’ont beaucoup affaiblie… Antonella vit avec elle et sa grande sœur, Frederica, dans une petite maison pas loin de notre rue. Elle a pris subitement notre rendez­‐vous du dimanche très au sérieux (contrairement à la plupart des enfants que nous tentons d’arracher du lit…), et je sais à présent qu’elle m’attend de pied ferme toutes les semaines. C’est si étonnant de voir un petit bout de jeune fille de neuf ans trop contente d’aller à la messe ! Le plus beau, c’est que c’est elle qui me prend par la main et m’entraîne jusqu’à l’église. Je comprends peu à peu que tous ces enfants qui viennent frapper à notre porte ont avant tout soif de notre regard sur eux, de notre attention, de notre amour. Soif d’avoir de vrais exemples de « grands » qui se penchent sur eux ! Car, à la maison, ils sont trop souvent livrés à eux-mêmes, sans limite, sans règle, coincé par l’amour étouffant de leur maman, de leur famille.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Elisabeth A.
Volontaire au Point-Coeur d’Afragola

Mère Courage et sa fille Mégane

Pierre est en mission au Point-Cœur du El Salvador, de ses rencontres quotidiennes, il nous présente les visages de ces deux femmes, Mère Courage et sa fille Mégane.

Mère Courage et Lindsay, volontaire au El Salvador

Mère Courage et Lindsay, volontaire au El Salvador

Voilà l’histoire de Mère Courage et de sa fille, Mégane. Mère Courage a soixante-dix-sept ans et sa fille, quarante-quatre. C’est lors d’une visite dans leur maison que j’ai fait leur rencontre. J’ai parlé de « maison », mais il faut comprendre une champita (baraque). Mon premier sentiment fut de la tristesse pour ces femmes. Malgré son âge avancé, Mère Courage travaille toujours. Elle ramasse des déchets plastiques et les aplatit pour les revendre. C’est un travail, cela va sans dire, fastidieux et peu rémunérateur. Trois tas de plastique d’un mètre quatre-vingt de haut sur cinquante de large, sont rachetés moins de vingt dollars. Mégane, elle, ne peut travailler. Cela fait maintenant quelques années qu’elle fut victime de convulsions qui l’ont laissée dans un piteux état. Elle parle peu et difficilement. De plus, après ce choc, son esprit s’est comme fermé et elle a cessé d’utiliser ses jambes. Ainsi, j’ai appris que Mégane n’était pas sortie de chez elle pendant quatre ans. Ce qui, évidemment, n’a fait que renforcer son mutisme. Une seconde visite fut l’occasion d’amener Mégane à une consultation médicale. Comme vous pouvez l’imaginer, ce fut un moment riche en émotion pour elle, et pour moi, toute proportion gardée. Nous l’avons sortie, portée, et poussée en fauteuil jusqu’à la clinique. Lors de cette sortie, comme virginale, les larmes ont coulé sur son visage. Maintenant que ce cap est passé, nous les emmenons le plus régulièrement possible passer un après-midi dehors, pour reprendre goût au soleil. Elle parle et sourit un tout petit peu plus, et tient péniblement sur ses jambes, juste le temps de quitter sa chaise roulante pour rejoindre son lit. Les progrès sont infimes mais certes visibles. J’ai le fol espoir qu’entre nos prières et nos visites, Mégane reprendra goût à la vie.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Pierre L.
Volontaire au Point-Cœur du El Salvador

A Athènes, les Missionnaires de la Charité et Points-Cœur en état de service

Irénée revient de deux ans de mission en Grèce et voici un des visages marquant de cette mission : Sr Maria, avec elle, le Point-Cœur a vécu bien des rencontres, des apostolats, des coups de main… des moments forts et inoubliables.

Irénée en mission en Grèce

Irénée en mission en Grèce

Je vous présente une sœur des Missionnaires de la Charité : sœur Maria, une française arrivée en Grèce il y a quatre ans. C’est Mère Térésa, il y a une vingtaine d’années, qui a reçu ses vœux. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était pour aller visiter une prison pour sans-­papiers à Corinthe. Ma mission avait commencé depuis quelques jours et c’était un de mes premiers apostolats. Le but de cette visite était bien sûr d’apporter un peu de nourriture et de fournitures pour les immigrés mais nous étions là aussi pour célébrer une messe de Pâques pour tous les catholiques de la prison. Comme vous le savez, la Grèce est un pays orthodoxe et les relations entre catholiques et orthodoxes sont compliquées. A force d’insister très fortement auprès des gardiens de la prison, sœur Maria obtint la permission que nous puissions célébrer la messe « mais pour 5 minutes seulement ». Cette messe dura un peu plus de 5 minutes, car 5 minutes plus tard, quand les gardiens de la prison vinrent mettre un terme à cette messe, sœur Maria, demanda « encore 5 minutes ! », et cela se répéta plusieurs fois, et vue sa détermination, aucun policier n’osa émettre son avis.
Depuis cette première rencontre, elle n’a jamais cessé de m’étonner par sa motivation, tous les jours nouvelle et son excitation un peu enfantine permettant de réaliser des apostolats aussi fous que magnifiques !
Ainsi au plus fort de l’été dernier, quand les immigrés afghans, dormaient sur les places d’Athènes, elle n’hésita pas organiser la confection et la distribution de centaines de repas pour ces personnes. Et il faut l’avouer, ces distributions étaient impressionnantes et pouvaient être dangereuses, mais sœur Maria ne se laissait pas intimidée par la centaine d’inconnus arrivant en courant à l’arrivée de la voiture des Sœurs de la Charité ! « Ok sister, we have Jesus with us ! » disait­‐elle pour rassurer sa communauté dans un bon accent français. « Irénée, tu peux faire la sécurité ? — Bien sûr ma sœur ! », lui répondais­‐je à chaque fois, et c’est assez étonnant de faire la sécurité quand vous-­même, vous ne vous sentez pas vraiment en sécurité. Mais voilà, je remplissais ma mission de présence. Et si des débordements éclataient entre les Afghans, aucun n’a levé sa main sur une des sœurs ou sur moi­‐même, reconnaissant l’aide que l’on amenait. D’ailleurs, certains finissaient toujours par nous aider au plus grand plaisir de tous, car les Afghans ne parlent pas anglais ni français et encore moins grec mais farci, ce que sœur Maria ne parle pas vraiment !
C’est aussi avec sœur Maria et sa communauté que nous sommes allés à l’intérieur d’un petit village de tentes et de cabanes, peuplé essentiellement de drogués. Ce « village » se situe dans un des plus gros parc d’Athènes pas loin du Point-Cœur, et en deux ans, je l’ai vu grossir de manière inquiétante. C’est devenu un supermarché de stupéfiants. Sa population est composée de Grecs mais aussi de beaucoup d’étrangers, qui en arrivant en Grèce, n’ont trouvé que cet endroit pour vivre. Ces personnes font peine à voir, et beaucoup de Grecs évitent cet endroit. Nous n’avions jamais osé aller à l’intérieur, un peu effrayés par l’ambiance, c’était sans compter sur sœur Maria et ses idées… Et nous voilà à Noël dernier, à jouer devant l’entrée de ce « village », la scène de la Nativité, devant le regard éberlué des passants, mais sous le regard joyeux de certains drogués ! Quand à la distribution de chocolat et de sandwich organisé après ce théâtre de rue, elle se fit dans une ambiance très paisible, ils avaient faim mais étaient tellement peu habitués à des gestes d’amour qu’ils attendaient sagement leur tour, comme des enfants !
Depuis ce jour, les Sœurs de la Charité nous invitent très souvent pour aller parler et distribuer un peu de nourriture à toutes les personnes de ce « village », et dans l’enfer de cet endroit, de vrais petits miracles se réalisent à chaque fois ! J’ai encore plein d’anecdotes au sujet de sœur Maria : je pourrais en écrire un livre, tellement sa motivation et sa joie se renouvellent chaque jour, guidées par sa foi et sa confiance en Jésus ! Un jour, elle nous a donné le secret de cette motivation toujours nouvelle : « Tous les matins, nous avons l’honneur de recevoir Jésus à la messe, et dans la journée, nous avons à cœur par notre action de le partager avec les plus pauvres, si Jésus vient en nous tous les jours, c’est pour que nous le servions tous les jours ! »

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Irénée de P.
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Señor Ruben et Dianet, amis de jeux !

Au Point-Cœur de Cuba, Marie accueille grands et petits et la simplicité du jeu allège les cœurs lourds…

SenorRuben-Dianet-Cuba

Señor Ruben et Dianet au Point-Cœur de Cuba

Señor Ruben (ami de soixante-dix-sept ans) arrive comme régulièrement au Point-Cœur, chargé de son chariot. Quand je lui demande comment il va, il me répond : « Mal ! » Comme bien souvent, il est préoccupé de ne pas trouver cigares et gâteaux qu’il vend dans la rue et est blessé par les personnes qui l’entourent. Il se plaint de mensonges, de vols et des méfaits de l’alcool. « Il y a tant de personnes mauvaises » me dit-il régulièrement comme un refrain. Il peut rester à parler en boucle et durant des heures de ses difficultés et de la méchanceté des hommes, ses pensées négatives dont il avoue lui-même avoir du mal à en sortir. Mais ce jour-là, à la maison, il n’est pas seul : Dianet, une jeune fille dynamique et joviale de douze ans est avec moi. Celle-ci le salue et lui propose de jouer aux dames. Les voilà tous les deux pris dans une partie de jeu de dames et moi qui tente maladroitement de les conseiller. Señor Ruben gagne bien sûr à chaque partie. Dianet en rit et joue la désespérée : « Oh non, j’ai encore perdu ! C’est que vous avez beaucoup d’années d’expérience. » Cela fait sourire Señor Ruben qui commence à se détendre et lui explique ses tactiques. Ensuite nous jouons aux cartes, la spontanéité de Dianet donne un peu plus de joie et de légèreté à l’atmosphère. « Bon et maintenant on joue à la corde à sauter ! » s’anime Dianet. J’accepte, Señor Ruben quand à lui, se renferme. Mais Dianet ajoute : « Ah ! Mais vous n’allez pas rester tout seul Señor Ruben ! Venez avec nous. Au moins vous tenez la corde à sauter. » Et voilà Señor Ruben qui tient timidement et maladroitement la corde à sauter, et très vite rit à me voir tenter de suivre le rythme. Un simple après-midi au sein de notre Point-Cœur où la rencontre de Dianet, a permis à Señor Ruben, l’histoire de quelques heures, à s’échapper de ses idées noires et de vivre un moment d’amitié avec simplicité. Ce jour-là, il partira de la maison un peu plus léger.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marie GC.
Volontaire au Point-Cœur de Cuba

Shanti Ma, le courage d’une mère

Aymeric est depuis plusieurs années en mission au Point-Cœur de Chennai. Il connaît Shanti Ma et sa famille depuis bien longtemps, dont Sagay Mary, sa fille, qui est décédée il y a peu.

Kasimode-famille

Quartier du Point-Cœur de Kasimode, Chennai ©NicolasTHYS

Shanti Ma est une femme courageuse qui a eu une vie très difficile. Après une enfance dure dans la pauvreté, elle fut mariée à son cousin (mariage traditionnel dans la culture tamoule) qui buvait beaucoup et avec qui elle se disputait souvent. Agée maintenant de soixante-­dix ans, elle est veuve depuis de nombreuses années et a élevé en partie seule ses cinq enfants, dont deux sont handicapés, après en avoir perdu deux en bas âge. En 1998, le Point‐Cœur l’a aidé, à sa demande, à trouver un centre d’accueil pour son fils David, handicapé mental, puis celui-­ci est venu vivre dans notre Jardin de la Miséricorde, où il est maintenant depuis cinq ans. Ses trois autres enfants s’étant mariés, elle est restée seule avec sa fille aînée, Sagay Mary, qui est aussi handicapée mentale et physique et a une cinquantaine d’années. C’était pour elle son devoir sacré de mère de veiller sur Sagay Mary jusqu’au bout, et elle l’aimait profondément et tendrement, mais c’était aussi une croix très lourde à porter, qui la faisait éclater en sanglots souvent, lors de nos visites. Elle redoutait surtout de décéder avant sa fille, et priait Dieu qu’elle n’ait pas à la laisser à la charge d’un autre. Toute sa vie était centrée sur Sagay Mary qui, elle, s’affaiblissait avec le temps, passant par des périodes de grande maladie et faiblesse, mais qui toujours s’en remettait. Et Shanti Ma restait toujours chez elle pour veiller sur sa fille, ne pouvant la laisser seule une heure. Ces dernières semaines, alors que nous ramenions David chez lui, comme toutes les six semaines, pour qu’il puisse rester quelques jours auprès de sa mère, Shanti Ma nous disait combien Sagay Mary était devenue faible, alitée en permanence et ne mangeant presque plus, mais souffrant beaucoup de ses escarres et geignant jour et nuit, en appelant « Amma, Amma ! » (Maman, Maman !), combien c’était dur pour elle, qu’elle n’en pouvait plus. Père Peter, lors d’une de ses visites, proposa de lui donner le sacrement des malades, l’extrême‐onction, et nous pûmes aller tous ensemble réconforter Shanti Ma et prier pour Sagay Mary avec David. Une semaine plus tard, celle‐ci partait au Ciel pour y trouver enfin la paix. C’est une grande épreuve pour Shanti Ma, mais aussi un grand soulagement. De nombreux membres de la famille étaient là avec nous, à la messe d’enterrement et au cimetière, et Shanti Ma était heureuse que nous ayons pu venir aussi au seizième jour après le décès, jour de mémoire du défunt. Nous avons pu prier le chapelet devant la photo encadrée de Sagay Mary, décorée de fleurs et embaumée de bâtons d’encens qui brûlaient, après quoi la famille servit un bon repas. Mais surtout nous voulons rester proches de Shanti Ma comme avant, aller la revoir régulièrement, car elle est comme une mère pour nous, comme Marie au pied de la Croix, humble et aimante dans la douleur de voir partir ses enfants, toujours forte dans la foi et l’espérance.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Aymeric B.
Membre permanent en mission au Point-Cœur de Chennai

Rencontre à l’hôpital de Naples

Mathilde, Agnese et Elisabeth, du Point-Cœur d’Alfragola, sont conduites auprès de Simon et ses parents à l’hôpital de Naples, au cœur de leurs souffrances.

MathildeAfragola

Mathilde, Agnese et des jeunes en sortie à Procida

Simon est un petit Polonais de dix mois, qui était dans la même chambre que Marianna (petite amie du Point-Cœur) lors de sa dernière opération. Rosella, maman de Marianna, a été prise  de compassion pour ce petit garçon avec une tumeur à la tête, et pour ses parents qui ont tout quitté  pour venir soigner leur fils. Ils ne parlent pas un mot d’italien, alors ils se sont parlés en faisant les traductions sur un portable. Rosella a tout de suite pensé à Points-Cœur et à Agnese, ma sœur de communauté polonaise, pour venir les visiter.  Lundi, jour de l’opération, on a donc été, Elisabeth, Agnese et moi, à l’hôpital de Naples. Quelle  étrange expérience ! Un peu avant la rencontre, on commence à prendre peur : « Qu’est-ce qu’on va leur dire ? On ne les connaît pas ! Peut-être ne voudront-ils pas de nous ? » On se lance tout de même,  de toute façon maintenant on est là ! On rencontre finalement le jeune couple devant le bloc opératoire. L’opération a commencé à 9h, il est 15h, et cela peut durer jusqu’à 22h. L’hôpital a mis Viola, une  Polonaise qui fait le ménage à l’hôpital, à leur disposition pendant ce temps d’attente.
Rafa et Asha, les parents de Simon, sont incroyables. À peine arrivés, ils nous proposent un café, nous sourient, font de l’humour. Rien ne semble refléter la gravité du moment, de la situation. Et pourtant, on ne peut que remarquer les cernes énormes d’Asha, qui laissent imaginer les larmes et les insomnies. Chaque fois que la porte du bloc s’ouvre, c’est comme un sursaut pour savoir qui en sort. Et  quelle joie lorsqu’ils rencontrent Agnese et commencent à lui raconter leur histoire. Comme pour faire  le point sur tous les évènements qui se sont succédés ces derniers temps et qui ont bousculé leur vie. Avec Elisabeth, on ne comprend absolument rien, et pendant presque toute notre visite, on reste en  silence à observer la scène, comme des témoins de quelque chose qui nous dépasse. Une certitude  nous habite : on est bien là où on doit être. Ils racontent tout, de la découverte de la maladie, trois mois plus tôt, aux moments difficiles face aux médecins polonais leur disant qu’il n’y a plus rien à faire,  jusqu’à leur venue en Italie, à l’appel d’un chirurgien réputé qui accepte d’opérer leur fils. On voit des  infirmières, d’autres mamans d’enfants malades, s’arrêter pour prendre des nouvelles, donner un  geste d’affection et de soutien à la maman de Simon. Encore une fois, on remarque combien ce peuple  napolitain a un cœur plein de compassion pour les plus souffrants.  On aurait pu rester encore des heures avec eux, tant on avait envie de les porter, d’être présents auprès d’eux. Ce n’est pas évident de retranscrire par les mots ce que l’on a pu vivre ce jour-là. On a partagé avec ce couple quelques heures, un peu de leurs souffrances, de cette interminable attente. Et  surtout, on a été témoins de combien Dieu donne des grâces à ceux qui aiment et s’abandonnent à lui.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde G.
Volontaire au Point-Cœur de Naples

L’Inde, Kazimode et les enfants du Point-Cœur

Stéphane a plongé dans l’Inde et le quartier de son Point-Cœur à Kazimode : couleurs, odeurs, foi, et visages, tout une explosion de vie !

Enfants Kazimode Noel

Enfants au Point-Cœur de Kazimode à Noël ©NicolasTHYS

L’Inde est mystérieuse, attirante et enivrante… Elle vous prend et vous retourne, ou vous tombez amoureux dès le premier regard, ou elle vous rebute… L’Inde est un foisonnement sans fin, une aventure de tous les jours, une culture d’une richesse absolument ahurissante, une profondeur de foi incroyable ! On trouve une présence de la religion que je n’ai jamais vue ailleurs. Ici, l’athéisme est impossible : que l’on soit très pratiquant ou non, ne croire en rien est une idée complètement absurde pour les Indiens. L’Inde est remplie de couleurs, de sons, de sourires, d’odeurs… Ici, chaque maison est peinte de manière différente, en couleurs souvent très vives ! On est loin de l’uniformité des immeubles parisiens ! Cependant cette diversité est loin de l’organisation européenne : on a comme l’impression, parfois, d’être tombé dans un gribouillage d’enfant, un désordre ineffable, qui tout de même a son charme propre : chaque maison, chaque couleur, a son propre sens, qui le plus souvent m’échappe. Mais on sent tout de même que le hasard a peu de place : tout est organisé dans l’idée de la roue de la vie, symbole de l’Inde, présente sur le drapeau national.
De même, chaque jour, nous sommes assaillis de sons très différents les uns des autres : cela va des voisines qui discutent entre elles (plus ou moins discrètement) dès quatre heures du matin, jusqu’aux temples qui, à chaque fête, proposent, voire imposent, leur musique, qui évidemment est peu discrète : il faut que chacun sache que la fête est là ! Et les chrétiens ne sont pas en reste : une nouvelle petite chapelle ? Prévenons tout le quartier par de la musique ! Et si elle s’arrête ne serait‐ce qu’une fois, ça ne compte pas ! De même, à chaque fête familiale, la musique est là pour inviter tout le quartier à la fête ! Il n’est donc pas rare de voire de gigantesques enceintes dans nos rues… Ainsi, que l’on connaisse ou non la famille, que l’on ait connaissance de la fête ou non, chaque célébration est pour nous le moyen de nous rapprocher des enfants, de manière très simple : il suffit de danser avec eux ! Et ils en raffolent ! Surtout, ils trouvent très drôle de nous voir danser avec eux, nous, de grands garçons parfois un peu empotés ! Ah… Ces enfants… Ils sont notre joie ! Ils ont un tel bonheur de vivre et un tel désir de rire, que parf… euh… souvent, Naresh, Kanimuri, Gautam et Reshma, à la porte du Point-Cœur nous en faisons les frais ! Leur espièglerie n’a d’égal que la grandeur de leur sourire, spécialement gigantesque quand ils nous demandent pardon : « Sorry Uncle ! » avec un grand, grand, graaaaaand sourire. Mais ils sont tellement mignons que l’on ne peut que leur pardonner. Passer du temps avec eux est notre but premier : c’est principalement pour eux que nous sommes là ! Deux fois par semaine, nous les accueillons pour un tuition, un soutien scolaire. C’est un ami de la paroisse, étudiant, qui vient les aider à étudier. Nous essayons de leur donner le plus de temps possible, et quand nous sommes là, la porte de la maison est toujours ouverte, à de rares exceptions près : pour nos prières (laudes, vêpres et prière de la nuit) et pendant la sieste. Ce repos quotidien nous est indispensable, pour toujours mieux les servir ! À la maison, nous avons différents jeux, comme des jeux de cartes et de memory, ou encore un jeu d’échecs, la passion des Indiens. Il n’est pas rare de devoir assumer une défaite la tête haute, devant un gamin haut comme trois pommes ! Une fois par mois, nous leur consacrons un dimanche, où nous restons à Kasimode au lieu de partir dans d’autres apostolats. Nous les emmenons soit à la plage, où ils peuvent se baigner, c’est-­à-­dire se jeter dans les petites vagues, la plupart ne sachant pas nager, ou encore jouer au cricket, qui connaît en Inde le même engouement que le football dans notre terre natale. Le cricket est, pour un non-­initié, aussi difficile que les échecs, sauf qu’en plus, il faut courir. Enfin, quand on arrive à utiliser la batte correctement et qu’on envoie la balle assez loin, les enfants sont ravis ! Du moins ceux de notre équipe ! Comme quoi, un passé scout dans lequel la take (dérivé du base-­ball) est reine, ça peut être utile !Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Stephane P.
Volontaire au Point-Cœur de Chennai, Inde

La sagesse des anciens, Yay Phat et Yay Somlyaj

Marianne, du Point-Cœur de Thaïlande, décrit ses rencontres, preuve qu’ « il y a toujours sur notre chemin des personnes qui nous rappellent à l’essentiel, qui nous font retourner à l’Unique nécessaire ».

Marianne P.

Marianne P.

Yay Phat est une dame âgée de notre quartier, qui se sent souvent bien seule. Lors de nos  visites, il est courant qu’elle soit quelque peu perdue dans ses souvenirs du passé et qu’elle se  plaigne des personnes de son entourage, persuadée qu’elle parle de l’époque présente. Mais, il se  produit régulièrement un petit miracle lorsque nous l’interrogeons sur sa vocation de danseuse.  Elle s’illumine alors d’un grand sourire, et nous montre quelques mouvements de danse (thaïe)  avec ses mains, déformées par les rhumatismes et l’âge, mais d’une grâce bien réelle. Elle oublie  littéralement, en un clin d’œil, toutes ses histoires et ses rancœurs et ne semble habiter que par la  beauté de son art.  Récemment, en arrivant chez elle, nous la trouvons tout sourire, respirant la paix. Nous  demandons si nous la dérangeons, et si nous pouvons entrer la visiter. Et elle nous explique qu’elle  était en train de prier (elle est bouddhiste). Toute la visite, elle nous explique combien il est  important de prier, que son père lui a appris à le faire, qu’il faut toujours prier avant quelque  évènement important, ou avant de dormir pour être protégée. Elle précise : « Je me sens souvent  énervée et frustrée, et je ne sais pas pourquoi ; alors je prie et mon cœur se trouve détendu et en  paix. »

Yay Somlyaj est une grande amie. L’une de celles dont nous ne savons pas, quand nous les  visitons, qui entoure l’autre de sa tendresse. D’une famille pauvre, elle n’a pas reçu d’éducation à  l’école, puisque née fille, d’une autre époque, il n’y avait pas de raison de l’envoyer à l’école. Elle  fait pourtant preuve de beaucoup de sagesse et de bon sens, qui font un bien fou à nos pauvres  esprits occidentaux. Sa vie a été marquée par beaucoup de souffrances, dont celle, jamais guérie,  de la perte de son fils, mort brutalement, à la trentaine. Elle a expliqué, que pour les bouddhistes,  si nous nous aidons dans cette vie, c’est parce que nous étions amis dans une vie précédente, et elle disait surtout, avec ses mots : « Il n’y a pas de hasard, si nous nous rencontrons et sommes  amies. »  Elle me touche beaucoup par son désir, et sa manière toute simple de savoir si je suis bien  heureuse, si je suis ce que dit mon cœur… Elle a une très belle façon de dire qu’il faut avancer  dans la vie et souvent écouter son cœur, écouter ce qu’il nous dit, si nous vivons conformément à  notre cœur. Elle me touche aussi par l’absence de peur qui habite sa vie. Un jour que je lui  demandais si elle ne craignait une opération qu’elle devait subir, elle répondit : « Pourquoi  craindre ce que l’on ne peut pas éviter et qu’il faut faire ? »Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Marianne P.
Membre permament en mission à Bangkok

Grande et petite à la fois

Lors d’une après-midi toute simple dans le quartier de Villa Jardin à Buenos Aires, Alicia et sr Françoise-Thérèse visitent E. Une rencontre simple, un instant dense et pourtant plein d’espérance.

Sr Françoise-Thérèse et Alicia devant le Point-Cœur de Villa Jardin

Sr Françoise-Thérèse et Alicia devant le Point-Cœur de Villa Jardin

E. qui vit dans le  quartier où vivent les volontaires du Point-Cœur. Un vendredi après-midi, avec Alicia, volontaire polonaise, nous arrivons à son humble maison où elle vit seule avec sa fille et trois chiens. E. est occupée à laver les chiens. Elle laisse aussitôt son tuyau d’arrosage (le toilettage se passait dans une petite cour intérieure) et la brosse et vient nous accueillir : « C’est incroyable que vous veniez juste aujourd’hui. Je ne me sentais pas bien! Lundi prochain c’est l’anniversaire de la mort de K. » K est l’un de ses deux fils décédés. Il est mort dans des conditions tragiques à l’âge de 14 ans. A chaque anniversaire, revient la douleur de l’arrachement brutal d’un fils à sa mère. E. était en train de s’occuper aux activités de la maison pour ne pas se laisser aller, pour ne pas « sombrer dans la dépression! » Alicia lui annonce que sa fille, la plus jeune de la famille est invitée au camp que la communauté des volontaires organise cet été. E se confie à nous avec beaucoup de simplicité, verse quelques larmes, nous parle de son travail, de son fils qui est en prison. Elle lutte au quotidien pour chercher un sens à cette épreuve, demande des grâces de paix pour continuer à avancer et à élever sa fille. Chaque rencontre avec E. se déroule tout de suite à un niveau profond parce qu’elle ne nous cache pas sa souffrance, se montre telle qu’elle est, petite et à la fois grande par l’espérance qui l’anime au quotidien. Elle ne cesse de nous redire sa gratitude pour notre amitié et notre présence.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sr Françoise-Thérèse, Servante de la Présence de Dieu
En mission à Buenos Aires

La Grèce aujourd’hui c’est aussi Athènes et son Point-Cœur

Inès vient de s’installer au Point-Cœur d’Athènes en Grèce où elle va vivre ces prochains mois. Rejoignant une équipe de cinq volontaires, dont le plus vieux est arrivé il y a vingt mois, elle découvre ce pays, son histoire, sa situation actuelle difficile, mais aussi des visages amis :

Léoni, Albine et Zeta

Léoni, Albina et Zeta

Je suis entourée de quatre filles, Albina, Marichka (Ukrainiennes), Weronika (Polonaise) et Julia (Autrichienne), et d’un garçon, Irénée (Français). On parle anglais en communauté. OUF ! Le grec est très dur à apprendre, c’est un alphabet nouveau, des terminaisons qui changent tout le temps… Cela prend du temps ! Pour l’instant, je connais quelques mots, ainsi que le « Je vous salue Marie » en entier… Nous prions en communauté tous les jours – lever à 7h pour les laudes et s’ensuit la messe, le chapelet, l’adoration puis les vêpres pour terminer la journée. C’est un cadeau de pouvoir vivre une vie de prière si intense. Nous en avons vraiment besoin pour nous recueillir, reprendre des forces et écouter l’appel de Dieu pour notre mission. Chaque jour est différent, nous allons en apostolat, nous visitons des personnes, nous parlons aux personnes dans la rue, nous accueillons chez nous ou sommes invités chez nos amis.

Athènes est une ville surprenante. En arrivant, je m’imaginais que cela ressemblerait à peu près à Rome, à cause de son histoire et j’ai été très déçue. À part l’Acropole et le Parthénon, véritables joyaux de la Grèce antique qui dominent la ville, les bâtiments se ressemblent tous. Cela s’explique par la forte migration de personnes de l’Asie mineure vers Athènes, à partir des années 1920. Avec l’arrivée de tant de populations, les quartiers se sont densifiés et des blocs d’immeubles ont été créés à la place des vieux, pour rapidement loger les gens. Aujourd’hui, il y a cinq millions de personnes dans Athènes et ses environs, dont un million d’étrangers. Cela correspond à la moitié de la population de la Grèce, c’est énorme ! Depuis la crise, on sent vraiment que le pays s’est renfermé. Il y a beaucoup de graffitis, le quartier dans lequel je suis est très sale, certains bâtiments, magasins, sites (comme le site olympique) sont laissés à l’abandon, faute de subventions de l’État, complètement endetté. C’est un moment très difficile pour la Grèce. En plus du nombre très important de migrants qui rentrent dans le pays, la crise économique a aussi eu un impact énorme sur la qualité de vie de tout le monde. Le coût de la vie est maintenant très cher, parce que les salaires ont presque été divisés par deux alors que les taxes augmentent. Les personnes âgées sont les plus touchées car les pensions ont été considérablement réduites. Lorsque l’on visite nos amis, c’est loin d’être le luxe. Temporairement, plus le droit non plus d’exporter de l’argent, c’est‐à‐dire de payer par carte bancaire à l’étranger, et un plafond de 420 euros par semaine pour retirer de l’argent. Pour tous, il faut donc s’adapter puisque quand on paie son loyer, il ne reste plus beaucoup d’argent pour la semaine… C’est difficile pour moi d’imaginer ces contraintes de vie dans un pays de l’Union Européenne. Je rencontre tellement de personnes incroyables, c’est une vraie bénédiction de partager la vie de nos amis. Ce que j’adore, c’est qu’il y a une diversité de cultures, d’âges et de chemins de vie. Sans pouvoir vous parler de tout le monde, j’ai choisi quelques apostolats et personnes importantes.
Notre paroisse est la paroisse Sainte-­Thérèse. Deux prêtres y sont attachés, le père Alekos et le père Victor. Ils sont très heureux de voir un peu de jeunesse au milieu de leur assemblée… La Grèce en effet est un pays orthodoxe : 95% de la population l’est, contre 0,5% de catholiques. L’entente entre les deux églises est très difficile, c’est souvent une barrière lorsque nous essayons de tisser une amitié avec quelques Grecs. Être une minorité religieuse est une chose à laquelle je n’ai jamais été confrontée auparavant, c’est donc étrange pour moi…. Les paroissiens sont très attachants. Voici quelques-­uns d’entre eux :

Manolis : un homme retraité célibataire et très érudit. Nous sommes allés un jour visiter le musée archéologique avec lui, et très fier, il nous a raconté l’histoire de la Grèce en intégralité. C’était très impressionnant, et c’est alors que j’ai découvert une autre forme de solitude, celle d’un homme intellectuel qui n’a personne avec qui partager cela. Deux semaines après, il nous parle encore de notre excursion.
Léoni : notre très grande amie. Elle est congolaise et vit avec son fils handicapé. Elle vient chaque jour à la messe et reste la matinée dans l’église pour prier. Elle aime Marie et lui fait confiance. Je l’ai rencontrée le deuxième jour de ma mission, nous l’avions invitée à la maison pour son anniversaire. Avant de partir, elle nous a dit : « Je vous aime tellement, je sais que Dieu vous a amenés ici pour moi. »
Papou : C’est ainsi qu’on appelle Steve, Papou signifiant « grand-père ». C’est un homme vieux qui a une histoire très compliquée. Congolais et ancien militaire, il a fui son pays corrompu et s’est installé ici, il y a une trentaine d’années. Il a emménagé avec une femme et ses enfants, mais ils ont eu beaucoup de problèmes. La femme est décédée, une des filles de cette femme, Corinne, a commencé à se droguer et s’est vu retirer la garde de ses enfants puisqu’elle n’arrivait pas à s’en occuper. Elle ne vit plus avec Papou, mais elle revenait dans la nuit le voler. C’est très difficile pour lui. Papou est un homme bon, mais il fume et boit beaucoup. La solitude l’enferme sur lui-­même, il sort peu et regarde la télévision toute la journée. Plus je le connais, plus j’éprouve de l’amour pour ce vieil homme qui me semble si petit et si fragile. Je ressens vraiment à travers lui, qui n’a rien ni personne, le visage du Christ aimant.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Inès dC
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Premier mois en Inde, premiers amis…

Mathilde est arrivée en début d’année au Jardin de la Miséricorde près de Chennai. Elle découvre ce lieu mais aussi les visages de ceux qui deviennent des amis, des sœurs : des « Akkas »…

Mathilde au Jardin

Mathilde au Jardin

Je suis arrivée au Jardin de la Miséricorde le 4 janvier et je découvre un lieu de contemplation, de refuge, de prière. Points-Cœur accueille des femmes et des hommes seuls, blessés. Loin de bruit de la ville et de cette folie matérielle, le Jardin est source de paix et de calme. Notre vocation est l’accueil. Respecter l’histoire de nos amis, les accueillir avec délicatesse et patience est essentiel. Le Jardin est une terre de compassion. Tout me sépare de Dorothy : la culture, la langue, l’âge, mais sa volonté de donner nous unie. Dorothy est au Jardin quinze jours par mois. Elle ne peut pas encore s’installer définitivement au Jardin car sa maman a encore besoin d’aide à la maison pour nourrir ses petits frères et sœurs. Ses problèmes physiques l’empêchent de faire de grands déplacements et de marcher trop longtemps, elle passe donc la plupart de son temps en cuisine. Dorothy est au Jardin pour donner, donner de l’Amour à travers ses repas, donner de la joie à travers son grand sourire. Elle rayonne d’Amour. « Ne me dit pas merci, nous sommes sœurs de communauté » me répond-elle après m’avoir préparé un bon plat non épicé. Je suis surprise et je me réjouis de voir qu’une si grande relation d’amitié grandit chaque jour un peu plus. Une relation de fraternité, telle une grande sœur. Dorothy m’apprend en témoignant d’un don gratuit. Tu les appelles fils et filles, je les appelle frères et sœurs. « Akka, Akka ! » crie Sonia avec un grand sourire rempli de joie. Sonia court vers moi dès mon arrivée au village. Akka signifie grande sœur en Tamil. Cela fait une semaine que je la connais, elle m’appelle déjà grande sœur.

Avec Points-Cœur, nous faisons des apostolats, nous rendons régulièrement visite chez nos amis comme Sonia. Ce sont souvent des villages ou des familles en difficulté. Je me rends compte que la plus grande pauvreté, ce n’est pas le manque de confort ou de matériel mais une des grandes pauvretés, c’est la solitude. A travers ce que je peux puiser au Jardin, j’essaie d’être ce pont, ce lien, ce sourire d’espoir, ce cœur, cette grande sœur qui regarde l’enfant, qui prend le temps de partager la joie. Je m’émerveille face à la recherche d’unité des indous. En effet, en Inde, pays majoritairement hindouiste, on cherche ce qui unit plutôt ce qui diffère pour ensuite découvrir que nous sommes qu’un. Je commence à toucher ce désir d’unité. Cela passe par découvrir l’autre par sa passion ou le rejoindre par sa blessure pour permettre un échange de cœur, un échange d’Amour.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Mathilde S.
Mission courte au Jardin de la Miséricorde en Inde

Les reines du Point-Cœur de la Enenada

Ces deux reines que Bénédicte nous présente, sont Abuela Gladys et Palmira, des piliers du Point-Cœur de la Ensenada au Pérou.

Abuela Palmira

Abuela Palmira

Gladys est une vieille amie de notre Point-­Cœur. Elle est un miracle à elle seule ! En effet, depuis trois ans, elle part faire des dialyses trois fois par semaine. Les médecins ne lui avaient pas donné deux ans pour survivre, d’autant qu’elle ne se ménage pas vraiment ! Mais elle est encore là, à venir nous visiter quasiment tous les jours. La coutume de ses visites a mis en place comme un cérémonial scrupuleusement respecté. Elle frappe, on ouvre. La porte laisse place à son visage tout ridé, elle nous regarde de son unique œil et s’écrie : « ¡ Ola Mami ! ». Elle entre en peinant sous le poids de son fourrage qui servira à nourrir ses cuys1, et s’installe sur le siège en plastique blanc qui est devenu son trône, car elle est notre reine. Elle reste ainsi parfois des heures à régner, en discutant avec ses princesses (oui, nous avons été proclamées princesses), tout en sirotant son thé à l’anis. Elle nous chérie tellement. Presque autant que ses cuys (1), c’est dire ! Cette femme fait preuve d’un courage extraordinaire face aux souffrances qu’elle endure. De plus, ses dialyses la laissent chaque fois sans force. Un soir, nous nous apprêtions à commencer notre repas en communauté, quand Gladys vint, pleurant de douleur et de peur, la poitrine ensanglantée. Elle avait heurté le tube qui sert à effectuer ses dialyses et le sang coulait. En deux minutes notre maison s’est transformée en hôpital de campagne, le temps qu’une amie infirmière s’occupe de la blessée. Gladys demeurait inquiète, tourmentée par ses problèmes du quotidien qui semblaient tous refluer en cet instant. Mais une fois le pansement refait, sur le chemin de sa maison, elle se remit à rire et à parler de ses cuys. C’est pour moi un formidable témoignage d’espérance et de foi. Sa vie, avec ses souffrances continuelles, n’a de sens que parce qu’elle a confiance en Dieu qui ne l’abandonne jamais. Elle me fait penser au pauvre Lazare dans l’Evangile (Luc 16, 19-­‐31), qui se voit attribuer une place de choix auprès de Dieu alors qu’il avait été rejeté du monde durant toute sa vie.

Je pense aussi à Palmira et à son espérance qui a su défier les vagues de malheurs qui auraient pu la submerger. Cette femme a vécu des choses dures. Sans compter qu’elle se fait âgée : cette année elle ne pouvait aller au cimetière visiter son mari car elle ne peut marcher sans douleur. Six de ses neuf enfants moururent d’une maladie génétique, trois de ses petits‐enfants et son mari de même. Cela, elle nous le raconte en tricotant, et en commentant les attaques répétées de son canard contre le chien. J’admire cette dame, dont chacune des rides paraît taillée par l’épuisement et le chagrin de veiller, puis perdre, ses enfants et son époux. Elle vit, et je pense que c’est pour elle une raison suffisante pour ne pas se plaindre de ce qui lui arrive. Mais surtout, elle vit avec espérance. Il y a presque une insolence à vivre avec espérance : ce n’est pas logique ! On pourrait plutôt avoir envie de s’enfuir, de quitter ce monde de souffrance, parfois en s’enfermant dans un rêve sans retour. Face à la réalité et son lot de malheurs, l’espérance fait de cette femme un exemple pour nous tous. Elle se contente de vivre, et elle le fait bien. Chose marquante : elle nous a raconté l’histoire de sa famille le jour des défunts. Je m’aperçois qu’elle vit avec la conscience très forte d’une vie nouvelle, une fois passé le seuil de la mort.

 

(1) Cuy : cochon d’Inde. Au Pérou, la viande de ces petits animaux est très prisée. Les Péruviens sont toujours étonnés quand ils apprennent qu’en France les cuys ne sont vus que comme des animaux domestiques, d’utilité décorative.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin


Le silence qui écoute et console

Maylis est au Point-Cœur de Procida en Italie. Auprès d’une grande amie qui est condamnée par la cancer, les mots lui manquent, les paroles se vident … elle découvre la place du silence et de l’écoute.

Maylis et les enfants à Procida

Maylis et les enfants à Procida

Paola est une femme d’une cinquantaine d’années. Atteinte d’un cancer du pancréas, elle a subi un nombre incalculable d’interventions et de chimio, mais il semble aujourd’hui qu’il n’y ait plus d’espoir de guérison. Nous allons régulièrement la visiter. À chaque fois que nous passons la porte de chez elle, nous trouvons quatre ou cinq femmes : amies, sœur, mère, collègues, voisines, elles sont là tous les après-midis auprès de Paola. Depuis quelques semaines, son état s’est aggravé. Je réalise au fil des visites que, malgré les douleurs physiques énormes qu’elle endure, sa plus grande souffrance est morale. Son angoisse de la mort est de plus en plus présente dans les conversations, elle est de plus en plus forte et profonde. Soir de Noël avec Franco, Giuliano (volontaire roumain), son frère et sa sœur venus pour Noël.

J’ai déjà été confrontée à la souffrance de la perte d’un proche, la mort est donc un sujet sur lequel je pensais savoir déjà beaucoup de choses, mais la souffrance de quelqu’un qui sait qu’il va mourir est une toute autre douleur. C’est une douleur devant laquelle je reste muette, je me sens si petite devant la peur de Paola de mourir. Sa souffrance me dépasse complètement. Devant ce grand silence, plusieurs fois je suis sortie de chez elle en me demandant ce qu’on lui apportait, à elle, qui semble si entourée, mais aussi qui paraît si attachée à nos visites régulières. Au fond, je réalise que dans cette foule de femmes qui l’entoure, personne ne la laisse parler quand elle évoque la mort ; les femmes la coupent, lui demandent d’arrêter de dire des bêtises, puisqu’elle ne va pas mourir, de changer de sujet. Personne ne l’écoute, personne ne se confronte à sa souffrance. C’est donc sûrement cela que recherche Paola dans notre présence : une oreille attentive et apaisante qu’elle ne trouve pas dans son entourage. Il m’aura fallu une dizaine de visites pour le comprendre. Mais je peux vous dire que je réalise qu’une simple écoute peut parfois être bien plus consolatrice et rassurante que des paroles. Depuis quelques visites, nous commençons aussi à prier avec Paola.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Maylis dP.
Volontaire en mission en Italie

Elvira, un départ vers le ciel et un départ du Pérou

Adrien vient de terminer sa mission à la Ensenada au Pérou, il nous laisse le cadeau de ce visage d’Elvira qui est juste décédée quelque temps après son départ. Une visage, un témoignage, une grande reconnaissance…un retour en France !

Elvira et Adrien à la Ensenada

Elvira et Adrien à la Ensenada

Je veux vous parler d’une grande femme qui a rejoint la maison du Père, il y a quelques semaines : Elvira. Je n’avais pas spécialement pensé vous en parler, avant d’apprendre la nouvelle de sa mort, début janvier, par mes sœurs de communauté restées sur place. Je voudrais rendre témoignage à cette femme qui, par sa fin de vie crucifiée, nous a montré le Père qu’elle est allée rejoindre. Je veux vous parler également d’elle car son histoire résume le sens de la mission de Points-Cœur, montrer l’Invisible. Elvira est la fille d’Abuela Victoria, connue mondialement pour la croix qu’elle a faite construire et ériger au sommet de la Ensenada, il y a plus de quinze ans, avec l’aide des Amis des enfants. C’est une amie fidèle depuis longtemps. La foi et le fort caractère de la Abuela sont connus de toute la Ensenada. Sa fille, Elvira, âgée d’une soixantaine d’années, était, depuis plusieurs années, atteinte d’une fibrose pulmonaire qui la rendait toujours plus cadavérique. Assise sur un canapé au milieu d’un courant d’air, Elvira passait toute la journée avec sa maman, souvent endormie dans la chambre d’à côté ; ses six enfants vivant tous près d’elle. Souvent, lors de mes visites, je trouvais Elvira dans une sorte de détresse, de solitude un peu absurde a priori, puisqu’en réalité elle vivait avec l’ensemble de sa famille. Tous étaient près d’elle. Ses petites-filles la soignaient et sa maman était là. Mais, pour Elvira, c’est comme si elles n’y étaient pas. Quelque part, la soif de présence d’Elvira ne pouvait être comblée par les membres de sa famille. Et cela la rendait angoissée, car elle se sentait vraiment seule. Personne ne pouvait rejoindre la souffrance qu’elle supportait, et qui s’en prenait à son corps chaque jour. Parfois, nos passages étaient des rayons de soleil pour elle. D’autres fois, nous ne pouvions la consoler. Le cœur du mystère de la compassion se révélait particulièrement dans mes relations avec elle. Je ne pouvais comprendre son mal, ni la raison de celui-ci, mais j’étais auprès d’elle, essayant de la rejoindre au plus près de sa souffrance, notamment par la prière. Cette souffrance, chez Elvira, était comme sous-tendue par une foi inébranlable dans la miséricorde du Père. Son chapelet autour du cou, elle n’hésitait pas à prier avec sa mère à tout moment. La Abuela étant, d’ailleurs, en action de grâce permanente pour les merveilles de Dieu. Il y a une grande part de mystère, Mystère qu’Elvira voit maintenant dans son face-à-face avec le Père. Enfin, nous prions pour cela.

Cette petite histoire de l’ordinaire de la vie d’un Point-Cœur, de la vie du monde sûrement, me marque profondément dans mon retour au pays. Je crois que c’est grâce à ce type de rencontre que je reviens changé dans ma patrie. J’espère, et je compte sur vos prières aussi, que ce regard d’émerveillement sur mon pays, et sur ceux qui le peuplent, ne s’éteindra pas. En partant, je me suis demandé, un peu comme à mon arrivée, quel était réellement le sens de ma présence ici, et, maintenant, de mon départ. Pourquoi être venu quelques mois seulement au cœur de ce si beau peuple, qu’il faudrait des années pour réellement découvrir ? C’est un mystère et cela le restera. Mais l’expérience vécue montre que tout cela ne peut prendre son sens profond qu’en Dieu, qu’en se rappelant chaque jour que je suis créature de Dieu, et que j’ai à mendier l’humilité du cœur. Dieu m’a appelé à la Ensenada pour donner ce temps, Il a inscrit en moi des visages qui me font voir son Visage. Spécialement avec les enfants. J’ai découvert comme un trésor avec eux. Dans leur simplicité, et dans leur innocence, et dans leur émerveillement, j’ai découvert à quel point ma vocation est d’être un éveilleur de la beauté de l’homme et du monde. En vivant en France, je me rends compte que je suis comme émerveillé par mon pays, par ma région, par sa particularité, par son climat, etc. J’ai comme un nouveau regard sur cette réalité qui a toujours été la mienne. Je crois que ce sont particulièrement les enfants de la Ensenada qui m’ont appris cela. Ils ne sont pas si différents des enfants de France, mais je leur en suis pour toujours reconnaissant.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Adrien S.
Volontaire au Point-Cœur de la Ensenada au Pérou

« Je ne sais pas prier… »

Sr Marie-Madeleine habite au Point-Cœur de Genève et travaille comme audioprothésiste chez un opticien du centre ville. Ce travail est souvent le lieu d’une véritable évangélisation…

Communauté du Point-Cœur de Genève : Aurélie, Sr Pascale, Sr Marie-Madeleine et Anne, 2015

Communauté du Point-Cœur de Genève

Cela a fait 6 ans en novembre que j’ai commencé mon travail comme audioprothésiste chez un opticien à Genève. J’y passe la moitié de mon temps et je ne doute pas d’être aussi là dans un lieu de souffrance. Combien de confidences je recueille dans ma cabine insonorisée ! Les patients, loin du bruit et du tumulte, livrent souvent leur cœur au milieu des examens auditifs. J’essaye de les écouter au mieux tout en donnant le meilleur de moi même pour les aider à rester au cœur du monde en entendant leur entourage et ainsi ne pas tomber dans l’isolement total.

Mes collègues sont charmants bien que parfois je sente aussi les tensions pour faire face au chiffre d’affaires que l’on nous demande d’accomplir, les jalousies, les médisances. Je mange avec eux tous les midis ce qui me vaut bien des confidences sur leur vie. Parfois je me sens à part, il me semble impossible de les rejoindre, ce qui suscite en moi des questions quant au sens de ma mission ici. C’est dans ces moments de doute que le Seigneur m’a fait un beau cadeau, celui de voir que c’est là qu’il me veut, malgré mes distractions, mes fatigues, mes incompréhensions.

Un jour alors que je partageais mon repas, ma collègue Esther me dit : « Comment fais tu pour garder la paix avec cette pression que l’on nous fait pour le chiffre d’affaire, etc.… Je pense même à changer de métier. Cela fait des mois que je surfe sur internet pour trouver comment faire pour avoir la paix du cœur mais en vain. » Tout de suite, je saisis l’occasion pour lui parler de ma vie de prière, véritable force pour affronter les journées, de l’Eucharistie quotidienne, de l’amitié de mes sœurs de communauté qui me soutient. Elle me répond : « Je ne sais pas prier ! » Nous avons parlé longuement et elle m’a demandé de l’aider à prier. Les semaines suivantes, elle avait acheter une bible et venait tous les jours avec des tonnes de questions : « Pourquoi ? Pourquoi l’Eglise dit que ? Pourquoi ? ». Magnifique ! C’est parti ! La voilà qui inscrit son plus grand garçon au catéchisme et elle décide avec son ami de faire baptiser le deuxième. Anne, permanente qui habite avec moi au Point-Cœur m’accompagne au baptême. La famille nous a accueillies avec joie à la cérémonie. Nous lui avions offert un petit Jésus modelé par les petites sœurs de l’Enfant‐Jésus en argile. Ce petit Jésus n’a pas quitté le joli coin prière qu’Esther a fait dans la chambre de son enfant.

Je rends grâce à Dieu pour cette nouvelle amitié. En décembre dernier, nous avions organisé une retraite en ville de deux jours à l’Eglise de Carouge au cœur de Genève sur le thème de la Miséricorde. Esther était là, le cœur ouvert, les yeux écarquillés, buvant les paroles du prédicateur, bien qu’elle ait hésité auparavant à venir en me disant : « Je ne sais pas ce que c’est qu’une retraite. ». Nous, nous invitons, le Seigneur fait le reste. Je vous confie à vos prières le chemin de foi de ma collègue.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Sr Marie-Madeleine
Servante de la Présence de Dieu

Fioretti d’une despedida indienne

Après huit ans de mission en Inde, Agnès quitte ce pays si cher à son cœur pour une nouvelle mission en Amérique latine. Elle a recueilli quelques mots de ses amis indiens :

Despedida d'Agnès au Jardin de la Miséricorde, Inde, 2016

Fête de départ d’Agnès au Jardin de la Miséricorde

Cela aura fait un peu plus de huit ans que je serai restée en Inde (en comptant ma première expérience en tant que volontaire). « Restée » n’es
t pas vraiment le bon terme… On ne reste pas en Inde, on vit en Inde. Une vie qui dépasse tout ce que je pouvais imaginer. L’Inde est un pays déconcertant, qui m’a permis de repousser toujours plus loin mes limites, de me découvrir telle que je suis réellement ! C’est un pays qui ne peut pas nous laisser indifférents. Incredible India ! Oui ! Vraiment, c’est un masala de tous les extrêmes : je peux passer de l’emportement à l’émerveillement en moins d’une minute ! La vocation qui m’a été offerte me donne la joie de rencontrer le Christ à travers le visage des enfants, des mamans, des grands-mères et des grands-pères de Chengalpet. Pour cette dernière lettre indienne, je voudrais vous partager quelques instants uniques qui m’ont été donnés de vivre.
Voici quelques mots de nos amis :

Reka, la première de nos amies. Je l’ai connue lorsqu’elle avait treize ans… Maintenant, elle a un petit garçon de cinq ans ! Elle me demande, comme presque tous nos amis : « Est‐ce que tu m’oublieras ? » Bien sûr que je ne peux pas oublier tous ces visages ! Et elle, d’ajouter : « À partir du jour où vous avez emménagé dans cette maison, c’est une love story qui a commencé. » Oui, et on ne peut pas oublier une histoire d’amour !

Barathi s’inquiète pour Maria, Dominika et Jennifer : « Qui va s’occuper d’elles ? » Je suis touchée par son attention.

Shiva, lui donne la réponse : « Le Seigneur s’occupe de TOUT ! ». Je le remercie pour tout ce qu’il a pu m’enseigner. « Mais que t’ai‐je enseigné ? » Tellement de choses ! La fidélité dans l’amitié, la vérité dans les relations… 

Babu annan et Jasmine akka : en arrivant chez eux, je demande où est Babu annan car j’ai quelque chose à leur annoncer. Jasmine se précipite au magasin, afin qu’il puisse le fermer et qu’il vienne nous rejoindre ! Après un petit moment, ils me demandent : « Que pouvons nous t’offrir ? » Je leur réponds que le plus grand cadeau est de garder en mémoire leur sourire.

Lattha : elle me dit tout simplement : « Ok ! Tu t’en vas… alors je viens avec toi ! — Mais tu sais, Lattha, là‐bas, on ne parle ni anglais ni tamoul — Pas de problème, je vais apprendre ! »