Témoignages

Les volontaires qui partent en mission avec Points-Cœur s’engagent à écrire régulièrement à leurs parrains, partageant ainsi des nouvelles de leur quartier, des personnes qu’ils servent, de leur communauté et témoignant de leurs découvertes et de leur émerveillement face à la beauté des rencontres. En voici une sélection régulièrement agrémentée des derniers témoignages reçus.

Hommage au Senhor Mateus

Père de quatre enfants confiés il y a des années à la Fazenda do Natal où ils ont grandi, Senhor Mateus a vécu sa maladie comme un vrai chemin de Croix. Lucie l’a accompagné…

Vendredi Saint à la Fazenda, 2019

Ces dernières semaines furent particulièrement intenses pour moi. En effet, nous avons eu la grâce d’accompagner Senhor Mateus lors de ces dernières semaines de vie terrestre. Il est décédé le 31 octobre à la Fazenda. Pour moi, rien ne fût simple, ni évident. Senhor Mateus et Dona Rosi sont les parents de Rafaela, Diego, Mateus et Rafael. Ils ont été accueillis et ont grandi à la Fazenda. Les parents nous les avaient confiés durant de nombreuses années. Dona Rosi souffre de problèmes psychiatriques. Senhor Mateus avait des problèmes d’alcool. Ce sont des personnes assez humbles pour reconnaître leurs limites. Parfois, Senhor Mateus venait rendre visite à ses enfants. Certains ont le souvenir que les enfants de la Fazenda aimaient écouter les histoires, les contes que senhor Mateus leur racontait. Ils habitaient dans une maison insalubre. Dona Rosi a eu plusieurs AVC, il y a deux ans. Elle est restée handicapée, avec des difficultés pour se déplacer. Senhor Mateus a donc après plusieurs années d’alcoolisme décidé d’arrêter de boire pour prendre soin de sa femme. L’amitié avec les membres de la Fazenda a toujours continué. Il y a déjà plusieurs mois que sont apparus les premiers signes d’une maladie. Cependant, Senhor Mateus ne pouvant pas laisser sa femme seule, n’est pas allé consulter un médecin. Leur maison se situait dans un quartier assez isolé. Bref, il y a quelques semaines les enfants ont demande à la Fazenda d’accueillir leurs parents pour une durée de trois mois, le temps de leur construire une maison proche d’un de leurs enfants. Assez rapidement après son arrivée, les médecins ont découvert que senhor Mateus souffrait d’un cancer au niveau de la gorge. Les jours suivants, face à la douleur de cet homme, les médecins ont décidé de lui poser une sonde alimentaire et une trachéotomie pour lui permettre de pouvoir s’alimenter et de respirer plus facilement. Cela fût assez difficile pour senhor Mateus qui fumait depuis de nombreuses années. Il a aussi à ce moment-­là perdu l’usage de la parole. C’était il y a tout juste deux mois. A la suite de cela, il a clairement exprimé en écrivant sur une feuille son refus de subir la chimiothérapie, la radiothérapie et l’intervention chirurgicale prévue. Ces deux mois furent pour lui un véritable chemin de croix. Ses souffrances physiques et morales n’ont pas cesse de croître. Il est cependant assez beau de voir le chemin qu’il a parcouru spirituellement. Père Philippe, qui le connaît depuis longtemps l’a accompagné. Il a donc reçu le sacrement des malades. Pour moi, c’est assez mystérieux de penser que cet homme n’aura passé que deux mois dans sa vie à la Fazenda. Et ces deux mois furent les derniers de sa vie. Il est évident que Dieu l’a envoyé ici pour le préparer à la vie éternelle, à La Rencontre. Peu à peu, sa famille si pauvre, si éclatée, s’est réunie autour de lui. Senhor Mateus m’a aussi marqué par son amour pour sa femme. Ils n’étaient pas mariés. Néanmoins, à chaque fois que l’on rentrait dans la maison pour s’occuper de lui, il nous montrait assez fermement avec le doigt Dona Rosi. Il était visiblement préoccupé pour elle. Je ne doute pas que toutes ces souffrances auront des répercussions sur sa famille, sur la Fazenda. Je reste profondément marquée par la souffrance de cet homme. Ici, au Brésil, la souffrance, la mort ne sont pas cachées, il n’y a pas de maquillage. C’est la croix tout simplement. Une personne qui m’a particulièrement touchée est Marco. Le seul ami de senhor Mateus qui venait lui rendre visite de temps en temps à la Fazenda. C’est aussi le premier qui soit arrivé après l’annonce du décès. Il a fait une formation d’aide-­soignant. Il a donc voulu nous aider à prendre soin du corps meurtri de senhor Mateus. Derrière ses grands muscles, il était visiblement ému. Autre fait important : Louis a découvert senhor Mateus mort quelques minutes avant le début de la messe célébrée par Père Philippe. Elle fût donc célébrée pour le repos de son âme. La sépulture eu lieu le jour même, dans l’après-­midi. Père Philippe, de nouveau a réussi à se libérer pour un temps de prière au cimetière. Comme un clin d’œil du ciel, juste à la fin est apparu un magnifique arc-­en-­ciel ! Au cours de ce mois de novembre, mois dédié aux âmes de purgatoire, je confie donc à vos prières le repos de l’âme de senhor Mateus ainsi que toute sa famille.

 

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Lucie D.
En mission au Brésil

Victor, sur les traces de Faustino Perez

Gaspard est en mission au Point-Cœur Faustino-Perez au El Salvador depuis trois mois. Dans le quartier les jeunes grandissent à l’ombre du Point-Cœur, certains sont des pépites et des maîtres de vie et de foi.

Nous essayons d’être des exemples d’unité et de foi pour les jeunes du quartier, mais ils ont également tellement à nous apprendre. C’est le cas de Victor, un jeune de seize ans, qui reconstruit sa vie avec caractère et humilité. Brutalement orphelin à onze ans, il tente de mettre fin à ses jours. Il est adopté par ses grands-parents, son seul réel soutien familial. Des problèmes de santé l’obligent à passer trois heures par jour à l’hôpital. Et, dès son retour, il passe par le Point-Cœur, toujours prêt à rendre service, il nous aide à cuisiner, à faire les courses au marché (pour ne pas se faire avoir sur les prix !). Et, petit à petit, il prie également avec nous. Il participe tous les jours au chapelet, en suivant l’exemple de bienheureux Faustino Perez. Puis, il nous accompagne également à la messe. De confession évangélique, nous sommes initialement surpris et impressionnés par sa démarche personnelle de foi. Sa tante lui interdit d’aller à l’église, et le bat pour ça. Mais, malgré cela, il nous annonce avec conviction qu’il veut se faire baptiser et recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Cette annonce renforce notre amitié. Je suis de plus en plus épaté par la simplicité de cœur de ce jeune. Le jour de son anniversaire, nous lui demandons ce qu’il lui ferait plaisir et il nous répond : « Je sais que je suis né le même jour que la fête de la vierge du Rosaire, j’aimerais simplement aller avec vous à l’église El Rosario ». Quelle « claque » pour nous, il ne recherche pas les biens matériaux, seulement partager sa foi et son amitié.

Victor est un exemple de foi pour nous mais, également, pour les autres jeunes du quartier car, au fond, il partage également leur quotidien. Je suis toujours étonné de voir que, dans la misère du barrio, les jeunes se soutiennent mutuellement. Tous jouent ensemble sans préjugés, de deux à dix-huit ans, handicapés ou non. Ils partagent leur nourriture, leur téléphone. Dans la pauvreté de ce quartier la solidarité est naturelle.

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Gaspard M.
Volontaire en mission au El Salvador

« Je te blesse parce que je suis brisé »

Une rencontre inattendue dans les montagnes autour du Point-Cœur de la Ensenada : Marie, volontaire, nous présente cette famille avec qui l’amitié est promesse….

Cuisine avec les enfants au Point-Cœur de la Ensenada

J’ai, dernièrement, rencontré beaucoup de nouvelles familles qui vivent sur les hauteurs de la Ensenada. Une zone beaucoup plus pauvre, et où la souffrance se fait d’autant plus ressentir. J’étais un jour avec Marion et July, et on s’était arrêté pour discuter un moment d’une famille qui vivait là. A ce moment, une vieille dame qui était assise devant sa maison nous fit signe de nous approcher. Nous allons donc la saluer et commençons à discuter avec elle. Elle nous explique qu’elle s’appelle Orfelinda et qu’elle vit ici avec sa fille et son petit-­fils, depuis environ deux ans. Elle criait et ne parlait pas distinctement, c’était très difficile de la comprendre. Mais la détresse dans laquelle elle était plongée sautait aux yeux. Elle pouvait à peine marcher, donc impossible pour elle de quitter sa maison. Par bribes, nous comprenons que sa famille la maltraite, ne lui apporte pas toujours à manger, qu’elle vit dans une profonde solitude. Elle se met à pleurer, on essaie de la calmer, bien que totalement démunies devant la situation. Grâce à l’humour de July, elle finit par s’apaiser et sourire. Ce sourire a redonné tout son sens à notre visite et, plus généralement, à la mission de Points-Cœur. Quelques temps plus tard, je suis retournée à sa maison avec Alexa, une nouvelle volontaire américaine. À notre arrivée, une femme inconnue nous claque immédiatement la porte au nez. Je comprends qu’il s’agit de sa fille. Nous restons perplexes quelques instant, puis commençons à nous en aller. À ce moment, un vieil homme ouvre la porte et nous demande ce que l’on veut. On lui explique qu’on aimerait discuter un moment avec Orfelinda. Il nous laisse alors nous approcher de la porte et on commence à discuter avec lui. Il s’agissait du mari d’Orfelinda. À ce moment revient sa fille, le visage fermé, sans nous prêter la moindre attention. J’essaie de l’aborder en lui demandant comment elle s’appelle. Elle commence à nous insulter et à dire qu’elle ne veut pas nous voir chez elle, encore moins discuter avec nous. Nous lui demandons calmement des explications et commençons ainsi à engager la conversation. Elle se détend, petit à petit, et finit par accepter de nous dire son prénom : Sule. On comprend rapidement la grande souffrance dans laquelle est plongée cette famille, n’ayant pas tous les jours de quoi manger, la maison misérable, les grands-­parents, tous les deux, en mauvaise santé et demandant beaucoup de soins. Sule est une femme bien, bien abîmée, si blessée qu’elle rejette quiconque tente de s’approcher d’elle. Elle m’a rappelé cette phrase si juste de Gustave Thibon : « Je te blesse mais c’est parce que je suis brisé. Il n’y a rien de plus tranchant que le fragment d’une urne cassée ». Et pourtant, ce jour-­là, Sule nous a témoigné une grande soif d’être regardée dans sa misère, écoutée, conseillée. Elle ne s’arrêtait plus de parler, nous livrant toutes les épreuves qu’elle avait à traverser…. Alors, peut-être qu’on est au début d’une grande amitié avec Sule.

 

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Marie D.
En mission au Pérou

Les apostolats du Point-Cœur du Honduras

Tugdual vient d’arriver au Point-Cœur de Tegucigalpa, il découvre la mission, le quartier et les apostolats extérieurs au quartier où les volontaires se rendent tous les jeudi. Ce sont des lieux de grande souffrance et il est parfois dur d’y rester au chevet de nos amis. Tugdual raconte sa première expérience.  

La communauté du Point-Cour de Tegucigalpa avec un ami

Le jeudi après-midi est exceptionnel. Il est le jour des apostolats, qui sont au nombre de trois : la prison des femmes (apostolats uniquement pour mes sœurs de communauté), l’asilo (maison de convalescence et de retraite) et l’hôpital psychiatrique Santa Rosita. Ce sont des lieux de mission difficiles. L’asilo est un établissement pauvre de la capitale, qui manque fortement de personnel. Les personnes y sont seules, n’ayant pas beaucoup d’intimité et le service y est déplorable. Mais, quand les personnes nous (religieuses, séminaristes ou Points-Cœur) voient arriver pour les visiter, leur joie est telle qu’ils se mettent à parler librement et c’est presque difficile de les arrêter et de leur dire que nous devons rentrer chez nous. Le second apostolat que je connais est celui de l’hôpital psychiatrique qui est à une heure de bus et de moto-taxi de Tegucigalpa. Il est, de loin, l’apostolat le plus dur. Le service y est, pour le coup, extraordinaire et les patients y sont bien traités. Mais les personnes qui y vivent ont un véritable handicap mental et, pour suivre une discussion, cela est vraiment difficile. Par exemple, un homme vient toutes les cinq minutes pour nous serrer la main, un autre se prend pour un danseur professionnel, une femme très perturbée souhaite que nous mangions tout ce qu’elle nous apporte, une autre très triste pleure tout le temps, se cognant la tête contre le sol et les murs… et j’en passe. Mais, pour tenir pendant les deux heures que nous passons avec eux, il faut s’en remettre au Christ et ne pas oublier le charisme de Points-Cœur : la compassion. Parce que, certes, ces personnes ont une déficience mentale, mais elles sont humaines. Elles ont besoin de nous et sont très heureuses que nous les visitions.

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Tugdual G.
Volontaire en mission a Honduras

S’émerveiller de ce que sont nos amis aujourd’hui !

Doña Ofelia lors du Pèlerinage à Notre-Dame-de-Compassion

Béatrice est arrivée au Point-Cœur du Costa Rica il y a un peu plus d’un mois. Voici un premier visage, une première amie, une « grand-mère » du Point-Cœur, un professeur es-beauté !!

Je vais vous présenter Doña Ofelia, la star de Colonia Cruz ! C’est une abuela (grand-­mère) d’environ soixante-­quinze ans. Elle vit à quelques rues de chez nous. C’est une grande amie du Point-­Cœur depuis le début. Lors de notre première visite chez elle, je fus

Béatrice au Point-Cœur de San José

marquée par son accueil. Etant très proche de la communauté, pour elle pas de différence, chaque membre sera accueilli chaleureusement dans sa maison. Cela m’a beaucoup touchée, je me suis tout de suite sentie à l’aise. Nous l’avons revue deux semaines plus tard, lors de notre pèlerinage annuel en l’honneur de la fête de Notre-­Dame-­de-­Compassion. J’ai eu la chance de marcher avec elle tout le long, et de discuter avec elle une nouvelle fois. C’était incroyable, tout le long du chemin elle était positive et s’émerveillait de chaque plante ou parole ! Tout ce qu’elle voit, elle le voit avec les yeux du Christ. Elle ne cessait de remercier Dieu pour tant de beauté. C’est une abuela hors du commun, la vie ne lui a fait pas de cadeaux, mais jamais elle ne se plaint de ce qu’elle a eu à traverser. Elle a toujours un mot gentil pour chacune, nous accueille toujours chez elle à bras grands ouverts. Elle a une capacité à s’émerveiller de tout ce qui l’entoure : plantes, animaux, personnes, tout est magnifique à ses yeux. Etre avec elle m’a appris à m’émerveiller de chaque banalité du quotidien. Cela a été pour moi un véritable déclic pour le début de ma mission. Apprendre à voir, au-­delà des souffrances de chacun, ne pas réduire une personne à ce qu’elle a vécu mais, au contraire, s’émerveiller de ce qu’elle est aujourd’hui.

 

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Béartrice A.
En mission au Costa Rica

« Vous souvenez vous de Miguel ? « 

Accueil des enfants au Point-Cœur de La Havane

Après une année au Point-Cœur de La Havane, Héloïse nous plonge dans une rencontre simple avec cet adolescent Miguel, un après-midi fait de « riens » et pourtant signe de la fécondité d’années d’amitié.

… Après un long moment sans qu’il apparaisse au Point-­Cœur, nous le croisons finalement dans la rue. Nous discutons avec lui et prenons de ses nouvelles. Il nous dit qu’il ne va pas en cours depuis la rentrée parce qu’il y a un problème d’uniforme et qu’il s’occupe en faisant « des trucs » avec des amis… Nous lui proposons d’aller faire un tour à la maison où Alexandra est de permanence. Avec Yenny, nous continuons notre chemin. Miguel regarde le terrain de foot où il doit retrouver ses amis et prend la direction du Point-­Cœur. Il y passera l’après-­midi. Quand nous rentrons le soir, Miguel est dans la cuisine et aide Alexandra en épluchant, tant bien que mal, un boñato (sorte de patates douces). Il est là tout content de lui et nous montre ses deux coupures aux doigts, fruit de son travail. Le boñato, quant à lui, est toujours quasi intact. Mais cela ne le préoccupe pas. Il est fier de lui ! Le temps de terminer la préparation du dîner et nous disons à Miguel que nous allons prier les vêpres. Il nous accompagne alors spontanément dans la chapelle. Il chante avec nous tous les psaumes malgré sa voix qui mue et lui qui ne tient pas en place, reste tout tranquille. Un petit miracle que nous voulons célébrer en l’invitant à dîner, ce qu’il accepte. Nous passons tout le repas à rire avec lui. Il est l’adolescent dans toute sa splendeur ! Chaque histoire qu’il nous raconte à sa manière, nous fait rire et lui ravi d’avoir un public en rajoute encore et encore, mais il reste lui-­même. Il a un sourire radieux, il est heureux. Vient le moment de la vaisselle, Miguel ne s’enfuit pas, il nous anime en chantant, accompagné d’Alexandra et de la guitare. La vaisselle se transforme en un concert ou plus exactement, jolie cacophonie, des classiques cubains. Un moment tout simple et rempli de joie. Miguel nous dira que finalement ça peut être sympa la vaisselle. Quand il s’en va content, nous restons un petit moment à la regarder partir, le sourire aux lèvres. « Comme il a grandi ! », voilà ce qui vient rompre le silence… Ah ! comme ce moment que nous avons passé avec lui est bien plus précieux que tous les moments plus compliqués ! Rien d’extraordinaire dans cette soirée, et pourtant nous sommes là en ayant l’impression d’avoir vécu quelque chose de grand ! Et nous sommes heureuses pour cela. Heureuses de le voir serviable et de le voir prier avec nous, heureuses de voir comment son comportement a évolué, finalement heureuses d’être témoins de la fécondité d’années d’amitié avec le Point-­Cœur.

 

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Héloise duR.
En mission à Cuba

Un chapelet pour Eric

Lucie est en mission au Point-Cœur de Procida, un lieu qui peut devenir un refuge pour ceux qui se sentent si impuissant face à la souffrance d’un ami.  

Au détour d’une conversation avec une amie de Procida, nous avons appris qu’un enfant de Procida de onze ans, Eric, était gravement malade. Il ne peut pas recevoir de visite car son immunité est trop faible. Cette amie a des jumeaux qui sont dans la classe d’Eric et elle nous racontait à quel point c’est difficile pour tous les enfants de la classe de savoir que leur camarade de classe souffre et qu’ils ne peuvent rien faire. Nous avons donc invité tous les enfants de la classe au Point-Cœur pour prier le chapelet ensemble pour Eric. Dans cette prière si simple du chapelet, nous étions véritablement avec Marie au pied de la croix. Face à la souffrance d’un ami, on se sent si impuissants. « Marie se tient là. Et nous sommes étonnés de sa passivité, et tout à la fois de l’extraordinaire intensité de sa présence. »

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Lucie M.
Volontaire en mission à Procida, Italie

« Pars heureuse ! »

La mission se termine, et elle est même terminée… Chiara revient sur ce moment important des au-revoir de son Point-Cœur en Inde à travers des rencontres.

Je vous écris du train qui me ramène à Marseille. L’environnement a bien changé depuis mon retour en Europe. Le TGV n’a pas grand-­chose à voir avec le train que je prenais parfois pour me rendre à Chennai. Le wagon est silencieux, j’ai un fauteuil bien délimité qui peut même s’étendre pour une petite sieste, les fenêtres sont fermées, les gens sont calmes. Pas de wagon réservé aux femmes, pas de voisines sur ma banquette pour discuter, pas de bébé à calmer, de vendeurs qui passent proposer aux voyageurs des friandises, du thé, des bijoux, des fleurs et des légumes. Comme en Inde, je regarde le paysage qui défile. Je pourrais dire que le calme me pousse à l’admiration des terres au-­delà de la fenêtre, pourtant, en Inde j’ai appris à assimiler le bruit comme partie intégrante de la vie : me réveiller le matin avec la musique du temple voisin, entendre les vendeurs ambulants crier le nom de leurs marchandises pendant l’adoration, un temps de prière silencieux le matin. Certes les klaxons étaient parfois pénibles pour une française habituée aux villes peu peuplées et aux grands espaces calmes, mais j’ai appris à ne pas lutter contre le bruit mais à l’inclure dans mon environnement, et si c’est parfois trop dur de l’accueillir, de le laisser couler. C’est ainsi que j’ai appris à prier avec le vendeur de poissons, les voisines qui se disputent, le bébé qui pleure et que, de retour à Marseille, je pourrai prier avec le cri des goélands et les sirènes de pompier.

Chiara avec Selima akka

Je me revois un mois plus tôt dans la rue du Point-­Cœur, au moment de dire au revoir aux femmes qui ont été mes voisines et mes guides pendant plus de dix mois. Mes yeux se mouillent aux dernières paroles échangées. Sandra akka me regarde alors en disant : « Il ne faut pas pleurer », puis en lançant le poing en l’air comme un cri de guerre : « Pars heureuse ! » Tel un combattant, elles me lancent sur le champ de bataille de la vie. Suis-­je seulement prête ? Elles aussi savent que je n’étais là que pour un temps. C’est difficile pour elles, il faut toujours recommencer, accueillir des nouvelles et accepter de s’attacher à elles tout en sachant qu’elles partiront un jour. Les amis me l’ont beaucoup dit : « Tu arrives, tu ne parles pas la langue, et une fois que tu parles tamoul, que l’on te connaît bien tu repars ! » « Une nouvelle volontaire arrive bientôt ! », leur dis-­je pour leur remonter le moral. « Ça ne sera pas pareil. » C’est vrai, ça ne sera pas pareil. Car chaque volontaire est différent et chaque amitié est différente. Pour ma part, j’étais à l’aise dès le début avec les femmes, mais la mission m’a aidée à me mettre à la hauteur des enfants avec qui cela était plus compliqué au début. La mission m’a appris à compter sur les autres, à partager mes joies et mes difficultés en communauté ou avec les amis. Elle m’a aussi appris à lâcher les règles trop rigides, à accepter que les parties de mikado se transforment en concours du plus grand nombre de bâtons en bois dans les cheveux ou en concert de percussion sur la boîte du Memory. J’ai appris que, en fin de compte, la grande finalité de tout c’est l’amour, la manière de me mettre à l’écoute de celui qui est en face de moi.

En Inde, j’ai découvert une culture où l’on ne fait rien à moitié, où il faut plonger entièrement dans la vie, circuler entre les motos, manger avec les doigts, parler fort, où les cinq sens sont continuellement sollicités. J’ai découvert des modèles de vie spirituelle à l’instar de Rosemary akka et Selima akka, qui ont fait de leur vie une prière perpétuelle. Deux femmes, l’une catholique et l’autre musulmane, avec des vies difficiles, marquées par la solitude ou la maladie et qui offrent toutes leurs souffrances à Dieu. Entre deux douleurs, Selima akka, le corps meurtri par une décharge électrique alors qu’elle était adolescente, et qui a subi une vingtaine d’opérations, murmure souvent : « God is great. » (Dieu est grand) Dans chaque maison les amis me font leurs dernières recommandations : « Tu étudies bien, tu travailles bien, tes parents doivent te trouver un bon mari, après tu as de beaux enfants et tu reviens nous voir ! — Kandippa ! » (C’est promis !)

 

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Chiara F.
En mission en Inde

« N’ayez pas peur ! »

Agnès est en mission au Point-Cœur du Costa Rica. Par le jeu, elle nous montre comment les enfants eux-mêmes désarment nos peurs. 

Jareth (à gauche) et son frère, Kenan (à droite) après leur baptême, première communion et confirmation à Pâques

Jareth est un petit garçon de onze ans qui nous a donné une belle leçon. Ce petit garçon possède une grande générosité de cœur, un cœur qui ne compte pas. Avant de vous conter l’histoire, je dois juste vous introduire à la personne de Jareth. Nous l’avons rencontré par l’intermédiaire d’une de nos amies qui est mariée avec le grand-père de Jareth. Celui-ci va souvent rendre visite au frère aîné de Jareth, qui est élevé par son grand-père. Lui, Jareth, est élevé par son arrière grand-mère : Dona Digna. Ils ont un petit frère. Tous, ils ont la même maman, mais un papa différent. La maman, elle, ne peut s’occuper d’eux parce qu’elle vit dans la rue et qu’elle a des problèmes de drogue. Tous les trois la connaissent mais vous pouvez imaginer combien il est dur, pour ces enfants, de la voir et de ne recevoir aucun regard de sa part. Le papa de Jareth, lui, est décédé peu de temps après sa naissance. Jareth est un enfant affectueux : chaque fois que nous le rencontrons dans la rue, il nous donne un abrazo.

Dimanche dernier, plusieurs jeunes sont venus pour nous aider à recevoir les enfants du quartier. Comme nous étions nombreux, nous leur avons proposé de nous diviser et nous sommes donc partis avec un jeune, Ronaldo, qui venait pour la première fois à Tirrases. La pluie pointant son bout de nez, nous nous sommes réfugiés chez Dona Digna. Jareth était là et nous lui avons demandé s’il n’avait pas un jeu de société. Deux minutes plus tard, il revient avec El gran banco (un Monopoli tico!) Pendant plus de deux heures, Jareth nous a fait rire avec ses blagues et a tout fait pour mettre à l’aise notre invité… A un moment du jeu, Analia a dû aller en prison et Ronaldo ayant une carte pour sortir de prison lui proposa de la lui vendre à cinq-cents colones, alors qu’Analia lui avait vendu la sienne à cent colones quand lui en avait eu besoin… D’un coup, Jareth lui proposa de la lui acheter ! Ronaldo la lui vendit. A peine l’ayant reçue, il la tendit à Analia !! Nous sommes restés bouche bée devant ce geste si spontané et d’une si grande générosité. Il nous a donné une leçon d’une portée incroyable ! Il a offert sans rien calculer… Puis, lorsque nous sommes rentrés au Point-Cœur, Ronaldo nous avoua qu’il avait tremblé intérieurement quand il cheminait dans les rues du quartier, étant sûr que « quelque chose » allait se passer… En effet, ce quartier a une mauvaise réputation… puis, sa peur s’amplifia quand il avait commencé à regarder les photos du fils de Dona Digna : un homme tatoué jusqu’au blanc des yeux ! Il n’était pas certain de sa réaction si, par hasard, cet homme entrerait dans la maison… Finalement, l’attitude de Jareth, durant le jeu, lui a soufflé la réponse : « N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme. » (Jean-Paul II dans son homélie de la messe de son intronisation)

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Agnès B.
Membre permanente de Points-Cœur au Costa Rica

Se donner, est comme l’unique moyen de se sauver

Héloïse, actuellement en mission au Point-Cœur San José Lopez à Cuba, partage une belle rencontre avec Dayan et Pedrito.

Photo du baptême : Dayan (au centre), entouré de Pedrito son parrain et Odalys sa marraine

Ce sont deux amis du lieu de vie pour personnes handicapées que nous visitons chaque semaine. Un mardi matin, en arrivant là-bas, mon regard se pose sur Pedrito et Dayan assis l’un à côté de l’autre. Les deux sont un peu voutés en avant et semblent comploter quelque chose. En m’approchant, je vois dans les mains de Dayan, le chapelet de Pedrito et, sur les genoux de Pedrito, leurs casquettes respectives. Pas de complot ici, sinon deux personnes qui se réunissent pour prier. Je les rejoins, heureuse de pouvoir partager ce moment avec eux. Ensemble nous offrons une dizaine du chapelet pour leurs intentions. Ils ne peuvent peut-être pas parler, ou peu, mais il suffit de les regarder à cet instant, pour savoir que tout leur cœur est tourné vers le Seigneur. Ils sont profondément recueillis. A la fin de ce temps de prière, je dessine une croix sur le front de Dayan, qui me rend son plus beau sourire. Pedrito prend son temps et fait son signe de croix tout seul. Mais il attrape ma main et la colle à son front, pour que je fasse de même avec lui. Il récupère ensuite son chapelet des mains de Dayan et le range dans sa banane, poche avant, lieu dédié à cet effet. Il me demande seulement de l’aider pour fermer la fermeture éclair. Chaque fois, sa persévérance dans les tâches qu’il veut accomplir, m’impressionne. S’il rate, il recommence, jusqu’au moment où il y arrivera. Il entreprend ensuite de remettre sa casquette et me donne celle de Dayan pour que je la fixe sur sa tête. Pedrito a appris à se découvrir pour prier et, maintenant, il a à cœur de l’enseigner.

Pedrito a une cinquantaine d’années, Dayan, seize ans. Le premier a une foi inébranlable et le second se prépare à recevoir le baptême. Pour cette occasion, Pedrito me fait comprendre qu’il aimerait que nous offrions un chapelet à Dayan. Il prend son rôle de parrain très au sérieux. Il souhaite accompagner son ami dans son chemin de foi. Dayan, lui, a ce désir si pur de devenir enfant de Dieu. Il suit en confiance l’exemple de Pedrito. En s’arrêtant et en les regardant, en prenant le temps d’être avec eux, on y découvre des maîtres. Des maîtres dans la fidélité à la prière, des maîtres dans la manière de se préparer et de se recueillir, des maîtres dans l’abandon au Christ. Ils pourraient entrer dans la plainte constante ou dans la tristesse, mais ils ont choisi d’offrir leur vie et de rayonner de l’amour du Christ au milieu des autres. Quel signe d’espérance, quelle lumière au milieu de tant de souffrance !

Il y a quelques jours, nous sommes allées là-bas avec un petit groupe d’adolescents qui veulent rencontrer nos amis de ce lieu. J’aimerais vous décrire un moment, celui qui m’a le plus touchée. En écoutant un de ces jeunes jouer de la guitare, Pedrito m’envoie le chercher pour qu’il joue à ses pieds. Devant lui s’exécute donc Raley, avec une chanson connue. Se joint à lui deux autres jeunes et, peu à peu, quelques amis. Tous chantent, dansent, tapent des mains et savourent le plus possible ce petit instant de bonheur ! Au loin, j’aperçois Milagro, en fauteuil roulant, qui vient d’être sortie dans le patio. En voyant ce qu’il se passe, elle se dirige vers nous et un sourire immense illumine son visage. Plus elle se rapproche, plus il se fait grand, plus elle agite ses jambes au rythme de la musique. Jessica lâche alors son déambulateur, attrape les pieds de Milagro et danse avec elle. La scène est belle : ces jeunes adolescents qui veulent partager avec eux un moment gratuit et ces amis qui, une fois de plus, nous impressionnent par la joie qu’ils savent transmettent. Sur le chemin du retour, un des jeunes nous dit qu’il est entré dans ce lieu « normal » et qu’il s’étonne d’en sortir aussi joyeux, en pensant à tout ce qui a pu le choquer à première vue. Un mystère pour lui ou, peut-être, l’œuvre de Dieu…

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Héloïse du R.
Volontaire en mission à Cuba

Au-­delà des mots, vers de nouvelles amitiés

Arrivée depuis peu au Point-Cœur de La Ensenada, Marion nous présente de nouvelles amies, de nouvelles rencontres… Au-dela des mots !

Rosa devant le Point-Coeur de la Ensenada

Rosa devant le Point-Cœur de la Ensenada

Le lendemain de mon arrivée, nous avons eu pas mal de visites, dont celle de Rosa juste après le déjeuner. Après avoir salué chaleureusement Marie, elle m’a regardé d’un air interrogatif. Marie lui fait des signes et lui montre le chapelet que je porte autour de mon poignet, me disant : « C’est pour lui faire comprendre que tu es une nouvelle volontaire ». Rosa n’entend pas bien et ne parle pas. S’en suit un échange silencieux entre elle et Marie, qui essaie de lui faire comprendre que je vais rester ici. A plusieurs reprises, elle lui fait signe que je ne vais pas m’en aller, mais Rosa, gardant son air interrogatif n’a pas l’air bien convaincue. Nous prions ensuite ensemble le chapelet. Assise non loin de moi, Rosa continue de me regarder, et nous échangeons quelques sourires et regards. Ses yeux pétillent et me sourient. Un échange s’établit, au-­delà des mots. Tout en priant, je la rencontre un peu plus. C’est vraiment étonnant la manière dont elle communique par son regard. Qu’est-­ce que j’aimerai que mes yeux puissent parler ainsi ! En sortant, par des signes, elle me demande si je vais rester ici. Après quelques instants, j’arrive à lui faire comprendre que oui, je vais rester dans cette maison. Son visage s’illumine alors d’un magnifique sourire, puis elle s’approche et me sert dans ses bras. Un geste tout simple qui m’a profondément touchée. Ainsi commence peut être une belle amitié. Je l’espère, et il semble que je n’aie pas besoin de savoir parler pour cela.
La première semaine Julie, une amie du quartier d’une trentaine d’années est venue nous aider Marie et moi, et a pu nous présenter d’autres anciens amis du Point-­Cœur que nous ne connaissions pas. Ainsi un après-midi, nous sommes dirigées vers les hauteurs du quartier, et nous avons commencé à grimper sur l’une des collines pleine de terre et de poussière, où les maisons se construisent avec trois riens. Souvent elles n’ont pas plus de quatre planches de bois, une porte, une ouverture faisant office de fenêtre, et des tôles pour le toit. Sur notre chemin, nous avons vu une dame âgée sortir doucement de sa maison en bois, et s’assoir sur un tabouret en plastique. Elle nous regardait. Julie non plus ne la connaissait pas. Elle nous dit : « Allons faire de nouvelles amitiés ». Nous nous approchons, nous présentons, et l’abuela nous invite à nous assoir à côté d’elle. Elle s’appelle Orfelinda. Julie entame la discussion pour faire un peu plus connaissance. L’abuela Orfelinda a un problème de diction, et il y était très difficile de la comprendre. Seule Julie, qui est péruvienne, arrivait à déchiffrer à peu près ce qu’elle disait. Je regardais les traits de visage de cette dame, marquée par l’âge et une vie certainement bien difficile. Ces cheveux gris hirsutes étaient dressés à la verticale sur sa tête, lui donnant un air un peu étrange. Les pieds nus, elle semblait frigorifiée. Elle a quatre-­vingt dix ans, et elle ne peut pas descendre les escaliers raides toute seule ; quelqu’un est obligé de la porter. Elle vit ici dans cette toute petite maison avec sa fille et son petit-­fils. Julie continuait de lui poser des questions, quand elle a commencé à pleurer. Dans ses sanglots, elle nous a parlé de son mari qui la frappait, en se tapant elle-­même la tête. Julie, lui prenant la main, et essaie de consoler. Avec douceur, elle essuie les larmes d’Orfelinda avec la manche de son pull. La proximité de Julie avec elle et ses gestes de tendresse m’ont beaucoup touchée. Avant de la quitter, Julie demande à Orfelinda si nous pouvons revenir lui rendre visite une autre fois. Celle-­ci acquiesce d’un sourire. Puis nous désignant, Julie lui dit : « Tu vois, tu as maintenant deux nouvelles petites filles qui viendront te visiter ! » Un grand sourire illumine alors son visage ! Julie prend ensuite sa propre écharpe en laine et l’enroule autour de la tête d’Orfelinda pour la réchauffer, en lui faisant remarquer joyeusement qu’elle ressemble à la Vierge Marie ainsi. Puis nous la quittons. En m’éloignant, je regarde une dernière fois le visage transformé de l’abuela Orfelinda, illuminé d’un magnifique sourire et entouré d’un voile de tendresse.

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Marion F.
En mission à Lima

Notre voisine du dessous

A son retour de mission au Brésil, Arnaud a choisi de continuer à vivre la mission tout en reprenant son travail d’ergothérapeute. Pendant un an et demi il a ainsi vécu au Point-Cœur de Villejuif. Voici un extrait de sa dernière lettre.

Arnaud entouré d’enfants du quartier

Depuis quelques mois, notre mission s’est tournée vers notre voisine du dessous. En effet, après l’arrivée de son quatrième enfant, il y a un an, nous avons appris qu’elle était de nouveau enceinte. Malgré les difficultés financières et d’organisation familiale, elle a su accueillir cette nouvelle. C’est beau de voir dans ce ménage l’attention que portent les parents à leurs enfants, malgré les difficultés de la vie. Nous avons très peu de familles unies dans notre cité. Il y a quelques mois, le père de famille est rentré au pays pour deux mois, avec leur quatrième enfant. C’est à partir de ce moment-là que notre voisine a eu plus de difficultés pour gérer seule les trois autres. Effectivement, entre l’école, les activités de la vie quotidienne, gérer le budget du mois et aussi le  stress engendré par des douleurs abdominales (ce qui nous a valu d’aller aux urgences deux fois), notre voisine a eu encore plus de quoi paniquer, le jour où son mari a disparu, enlevé au pays. Notre petite communauté a eu de quoi faire. Nous nous sommes relayés à tour de rôle pour nous occuper des enfants afin de soulager les épreuves de notre voisine, qui n’a seulement que vingt-neuf ans. Je dois avouer que, tout seul, rien n’aurait été possible, heureusement que nous étions plusieurs pour la porter dans nos prières, la réconforter, l’aider à se reposer !! Le mari va bien, rassurez-vous, ces épreuves passées nous ont pour toujours unis ! Depuis, notre amitié avec notre voisine et ses enfants est grandissante !

INFO : Si vous voulez faire la même expérience qu’Arnaud, il reste des places au Point-Cœur de Villejuif : une coloc’, une vie de prière et une présence auprès des voisins du quartier. Pour tout renseignement, cliquez ici !

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Arnaud de SP
Jeune pro au Point-Cœur de Villejuif

Dîner d’adieu chez Abdul et Selima

Après seize mois de mission au Point-Cœur de Chengalpett en Inde, Guillemette rend visite aux amis pour leur dire au revoir, certains l’invite à dîner en action de grâce pour sa mission. La visite d’au-revoir chez Abdul et Selima fut particulièrement marquante pour la générosité de ses hôtes. 

Ce jour-là, Selima va au plus mal, elle souffre beaucoup de ses hernies, et est allongé sur son lit la bouche tordue de souffrance. Nous restons à ses côtés sans trop savoir quoi dire, essayant de lui changer les idées, avec Maria. Je n’ose lui dire que je rentre bientôt dans mon pays… Abdul prend les devants : « Tu pars la semaine prochaine non ? Alors, c’est d’accord, on vous invite à dîner ! » J’aimerais refuser catégoriquement. Ces amis ont eux-mêmes à peine de quoi manger. Régulièrement, on venait leur apporter de la nourriture pour les dépanner. Cette fois-ci, c’est eux qui nous invitent ! Et pas question de refuser ! C’est pour eux un devoir sacré et un grand honneur…

Guillemette entourée d’Abdul et Selima

Le lundi suivant, nous arrivons en retard. On se fait gronder, ils nous attendaient de pied ferme ! Etait-ce bien sérieux cette invitation ? En Inde, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre… Eh bien OUI ! Tout est prêt !

Sambar, appalams, poisson frit, riz et mangue. C’est un festin de pauvre. Il y a même en quantité ! Chacune de nous se fait resservir. Deux pleines assiettes, on est gâté ! On se laisse embarquer par la joie simple d’Abdul, son rire d’enfant. Tous les soucis et douleurs de Selima se sont aussi envolés, elle nous donne avec enthousiasme les détails du menu. Oui, nos amis ont décidément un très grand cœur !

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Guillemette B.
Volontaire en mission en Inde

Christina, extravagance et fidélité !

Dans ces rencontres qui nous bouleversent, celle avec Christina ne manque pas de provoquer les cœurs des volontaires du Point-Cœur d’Athènes, Agnès en fait partie.

Roki et Christina au Point-Cœur d’Athènes

C’est dans l’église nommée Sainte Trinité que nous avons rencontré Christina. Une sacrée femme ! Ma première impression d’elle était très forte, comme pour chacun d’entre nous. Il faut dire qu’on ne peut que la remarquer et ensuite impossible de l’oublier. Notre rencontre s’est faite chez elle et elle m’a directement prise dans ses bras en me disant dans un bon français et de sa voix forte : « Bienvenue chez toi ma fille ! »
Christina est une femme d’une cinquantaine d’années si je ne me trompe pas, mi-­bolivienne mi-­tunisienne mais ayant été adoptée par un couple de Grecs. Elle a un fils d’à peu près mon âge pour qui elle est prête à donner tout ce qu’elle a. Elle m’impressionne beaucoup par sa force de caractère, sa bonté, sa folie incontrôlable et tout l’amour qu’elle a à donner malgré toutes ses épreuves et le peu qu’on lui rende. Je ne sais comment vous l’introduire, elle est un tel arc-­en-­ciel, mais je voulais tellement rendre hommage à notre amitié. Elle n’a parfois même pas de quoi payer l’électricité chez elle et parfois elle ne souhaite pas nous accueillir par honte mais elle aime à s’imaginer avec moi comme deux princesses en plein milieu du Sahara et nous voilà à rire pendant une heure. Mais si elle a ne serait-­ce qu’une vingtaine d’euros, elle aime nous inviter pour nous offrir le plus somptueux repas qu’elle puisse nous préparer. Mais cela fait bien longtemps maintenant que nous n’avons plus reçu une invitation même pour un café… Elle essaie, depuis plus d’un an maintenant, de trouver de l’argent pour financer le diplôme de pilote de son fils, ce qui représente une somme énorme. Il est à la fois très beau et très douloureux de la voir se débattre ainsi pour l’avenir de son enfant, donner jusqu’à la dernière miette de ressource qu’elle ait pour qu’il ait un futur meilleur que le sien. Elle visite régulièrement la même maison de retraite que nous et veut que nous puissions y instaurer, une fois par mois, la prière du chapelet avec tous les pensionnaires intéressés. Elle a aussi mis en place, dans sa paroisse, un moment pour boire un café tous ensemble après la messe dominicale mais malheureusement, de par son caractère très extravagant, elle fait l’objet de mauvais commérages et ne s’occupe désormais plus de cette activité qui lui tenait tellement à cœur. Malgré tout, elle continue d’être fidèle à cette église, à aimer ses paroissiens et à donner une nouvelle vie aux personnes endormies dans leur foi. Elle évangélise partout où elle passe, comme une lumière sur nos routes pour nous guider vers Dieu. Je me rappelle une fois où nous avions organisé une soirée d’adoration chez nous avec nos amis et elle était venue chez nous avec son amie Hélène. C’était la première fois qu’elle participait à une adoration car les gréco-­catholiques n’ont pas d’adoration. Je lui avais un peu expliqué de quoi il s’agissait au téléphone et elle s’était exclamée : « Vous pouvez vraiment faire ca ? Mais c’est extraordinaire ! Vous avez Jésus chez vous ! Je n’avais pas compris que c’était ça dans la boîte de la chapelle ! » Elle est donc arrivée avec sa discrétion légendaire et son amie tout aussi discrète et les voilà qui rentrent en même temps que moi dans la chapelle où sont déjà cinq ou six amis en prière. Et c’est le plus naturellement du monde qu’elles commencent à commenter très haut ce qu’elles voient, se demandant pourquoi on enferme Jésus dans une boîte d’où il ne peut sortir, combien de temps ça va durer, riant car elles glissaient sur les petits bancs en bois pour s’agenouiller et tombaient à moitié, et se demandant quelle prière faire devant le Saint Sacrement alors que je lui avais expliqué très clairement le but de cette prière tandis que nos autres amis commençaient à s’impatienter de toute cette agitation. Quant à moi, j’étais partagée entre le rire, l’agacement, l’attendrissement, et l’émerveillement devant la beauté de ces deux femmes pleines de foi mais aussi d’incrédulité, comme des enfants. Car elles ne savaient pas comment faire mais elles voulaient faire au mieux pour Dieu et ça m’a permis de voir ma prière d’une autre façon.

 

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Agnès B.
En mission en Grèce

Apprendre à lâcher prise !

Hermine est en mission au Point-Cœur de Deva en Roumanie, elle nous partage sa mission et son apprentissage à lâcher prise ! 

La communauté du Point-Cœur de Deva : Mollie, Hermine, Francesca et Philippine

Il y a ce que je pensais vivre, et cette mission si imprévisible. Il y a tout ce à quoi je m’attendais, et ces mille petites surprises du quotidien. Il y a tout ce que je pensais savoir, et l’ampleur du mystère que je découvre. Il y a les talents que je me connaissais et toutes ces faiblesses que je n’avais pas imaginées ! Bousculée dans mes certitudes, il a fallu que j’apprenne à lâcher prise. Accepter que je ne connais pas tout, que je ne suis pas capable de tout, que je ne pourrai jamais tout faire, tout apprendre, tout voir, tout comprendre et surtout, qu’aimer… ce n’est pas du gâteau ! Normalement, quand je traverse un « gouffre » comme celui-là, ma maman est là pour me dire de lâcher du lest et de vivre tranquillement cette journée sans me faire un million de nœuds au cerveau (merci maman) ! Ici, il y a ma communauté : Francesca, Philippine et Mollie, qui m’apprennent à lâcher prise, à me laisser faire et à tout abandonner puisque, finalement… tout ne dépend pas de moi ! Alors, au milieu des pauvres, je découvre ma propre pauvreté et, quand je comprends enfin que je n’ai rien à leur donner, je reçois d’eux des trésors que je ne suis pas prête d’oublier !

Lâcher prise c’est accepter qu’il y ait des journées difficiles, où les fardeaux de chacun s’amoncellent et où la souffrance devient étouffante. Mais lâcher prise c’est aussi se laisser surprendre par Armando, Strugurel et leurs copains, surgis d’on ne sait où mais à point nommé pour illuminer cette journée. Ces enfants livrés à eux-mêmes, la plupart du temps dans la rue, capable de traverser à toutes jambes une avenue, sous les coups de klaxon, pour venir nous rejoindre sur le trottoir d’en face et nous serrer dans leurs bras. Ils ont cet incroyable talent d’apparaître au cœur des journées les plus éprouvantes pour repeindre, à coups de sourires et de jeux au beau milieu de la rue, le ciel en bleu.

Tanti Irina

Lâcher prise c’est accepter qu’il y ait des journées où tout commence de travers et où je m’épuise à force d’essayer de sourire. Mais lâcher prise, c’est aussi accepter de se laisser attendrir, alors que se termine cette journée ratée, par le câlin de Tanti Irina qui vous serre dans ses bras à vous en casser les épaules.

Lâcher prise c’est accepter de passer son après-midi à courir après un voleur de vélo, qui s’avère être précisément un des enfants à qui nous avions décidé de faire confiance. C’est accepter de se faire proprement jeter dehors par ses parents, aussi honnêtes que lui. Mais c’est aussi accepter que, malgré tout, ce petit voleur, Fernando, et ses frères, ils ont beau nous en faire voir de toutes les couleurs, je ne peux pas m’empêcher de les aimer comme ils sont. Et, lorsque nous les croisons, au détour d’un bloc, avec l’air de ceux qui ont fait des bêtises, un paquet de cigarettes dépassant de leurs poches, c’est une joie pour moi de rester discuter cinq minutes avec eux et d’apprendre à les connaître mieux.

Lâcher prise c’est accepter de recevoir parfois des insultes de la part d’enfants que la pauvreté ou la violence ont abîmés. C’est accepter d’avoir le cœur qui saigne devant les blessures injustes qu’ils ont reçues. Mais c’est aussi recevoir comme un magnifique cadeau la petite fleur que me tend celui qui a senti que je venais d’être blessée par les paroles d’un de ses amis. C’est voir, tout d’un coup, une pluie d’enfants l’imiter et courir vers moi, une brassée de fleurs, quelques racines, des touffes d’herbe et surtout beaucoup d’amour à la main. C’est renter à la maison avec le meilleur des pansements : le plus gigantesque bouquet de fleurs du monde !

Lire la suite de la lettre d’Hermine sur le Blog Terre de Compassion.

Le plus grand bouquet de fleurs du monde !

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Hermine P.
Volontaire en mission en Roumanie

L’arrivée de Suresh au Jardin

Le Jardin de la Miséricorde accueille des personnes pour un temps plus ou moins long, Alexis raconte l’arrivée d’un nouvel habitant du Jardin : Suresh.

Suresh et David

Il y a bientôt trois mois, une femme d’une trentaine d’années est arrivée au Jardin avec son mari. Nous ne les connaissions pas, bien qu’ils habitent le village de Nenmeli à deux kilomètres. Et elle s’est mise à nous expliquer qu’ils prennent sur leur argent personnel pour nourrir une cinquantaine de personnes qui vivent dans la rue à Chengalpet, ville voisine de 50 000 habitants. Et, l’un d’entre eux, Suresh d’une quarantaine d’années, avait sérieusement besoin d’être soigné à la jambe où une plaie s’était infectée. Pourrions-nous l’accueillir au Jardin ? Voici donc deux d’entre nous partis avec ce couple à la rencontre de Suresh. Son lieu habituel est à l’entrée de la ville, sous la statue d’un ancien personnage politique très populaire. Autant dire que nous sommes passés des centaines de fois tout près de lui sans jamais le remarquer. Cette première rencontre fut très positive. Et, ayant jugé qu’il avait un vrai désir d’être pris en charge, et cette femme s’étant porté garante pour lui, Suresh a débarqué au Jardin dès le lendemain.

Les premiers jours ne furent pas faciles pour lui. Il ne voulait pas rentrer dans notre grande pièce de vie, le dinning, probablement par un mélange de timidité et de sentiment d’indignité d’être parmi nous. Il s’était donc installé à côté de la porte, sur le sol de la galerie ouverte qui fait tout le tour du bâtiment. Et nous nous relayions pour lui apporter à manger et veiller à ce qu’il ne manque de rien. Une des conditions pour qu’il vienne chez nous était que les religieuses voisines acceptent de le soigner. Elles ont créé un dispensaire il y a quelques mois et c’est bien pratique pour nous ! Ainsi, Suresh allait chaque jour pour faire nettoyer sa plaie et refaire son pansement. Il n’y va maintenant que tous les deux jours. Sa blessure guérit petit à petit, et son cœur s’est laissé attendrir. Il n’hésite plus à s’asseoir à table au moment des repas, il veille à ce que le ventilateur sous lequel nous sommes assis soit bien en marche et vérifie qu’aucun n’a été laissé allumé lorsque nous partons. Et comme il ne bouge pas beaucoup du dinning, c’est un peu notre gardien, toujours au courant des allers et venues. Lorsqu’il a reçu récemment un peu d’argent de son frère, la première chose qu’il a faite est d’aller se faire raser et couper les cheveux. Et il est revenu un autre homme. C’est beau de voir qu’il cherche à prendre soin de lui-même et c’est maintenant un grand sourire que nous voyons chaque jour sur son visage.

 

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Alexis D.
Membre permanent en mission en Inde

« Ce temps que nous donnons pourrait paraître parfois inutile… »

Au Point-Cœur de la Ensenada à Lima, les permanences, ces moments d’accueil des enfants sont des défis d’attention, de tendresse et d’éducation. Thibaut nous présente quelques visages de ces grands moments.

Vue du quartier de la EnsenadaLa fragilité des enfants ne cesse de me frapper depuis mon arrivée. Chaque après-­midi, nous ouvrons le Point-Cœur pour deux heures et demi environ. Ce temps de permanence est dédié aux enfants qui, souvent, se retrouvent seuls l’après-­midi, les parents étant au travail. Aucun de nous n’a de formation d’animateur pour parvenir à gérer, au moins un peu, le bazar que peut provoquer l’arrivée de dix enfants ou plus, un peu turbulents, dans le Point-­Cœur mais, au fond, ce n’est pas là l’important. L’important, Paz me l’a rappelé l’autre jour. Paz signifie « paix », un nom bien mal choisi si vous voulez mon avis, tant elle est une pile électrique. Ce qui m’interpelait depuis que je l’ai rencontrée c’est que Paz restait toujours plus fermée que les autres enfants. Peut-­être était-­ce là son caractère et puis voilà tout. Parfois un bonjour, éventuellement quelques jeux ensemble mais toujours une distance. Et puis un jour, alors que la permanence était pleine, alors que je tentais aussi bien que mal de donner un peu d´attention à chaque enfant, Paz s´approche de moi et me tire par le bras. Elle voulait absolument faire quelque chose avec moi mais je persistais à refuser devant le nombre d’enfants qui réclamaient aussi mon attention. Alors le visage de Paz s’est encore plus fermé que d’habitude mais il n’y avait aucune colère, seulement une grande tristesse. J’abandonne alors les autres enfants et je me dirige vers elle pour la prendre dans mes bras et tenter de la faire revenir avec les autres. Sans un mot, elle s’agrippe à moi et reste blottie. Combien de temps ? Je ne sais pas trop mais ce fut long et je n’ai pas cherché à l’écourter. Derrière cette fille fière, à la carapace déjà un peu dure, il y a toujours cette enfant qui demande à être aimée. Finalement, c’est pour un instant comme celui-­là que je vis mes permanences, plus que pour la satisfaction d’avoir été le meneur d’un après-­midi plein d’activités toutes bien menées, tenter davantage, à chaque instant, de rester à leur écoute, de leur donner la première place quelques heures, de les aimer. Et ils en demandent tant ! C’est drôle de les voir signifier leur demande de présence, chacun à leur manière. Certains par les pleurs, d’autres qui se cachent à moitié au cours d’une partie de cache-­ache, désirant davantage être trouvés que de gagner. Une fois, Joël s’est assis près de moi au début de la permanence. Il a six ans mais son corps a un problème de croissance et semble être resté aux deux ans. Il sort un petit livre rempli d’images. Il m’en montre une avec insistance, je regarde l’image et je lui souris. Il transpire de bonheur. Alors il tourne les pages pour en trouver une autre. Il en trouve une et me la montre avec la même insistance. Une fois encore je lui souris. Toujours aussi heureux, il cherche une autre image. Et cela a duré quelques temps ! Ah ! À la fin, je ne regardais même plus les images, mais lui directement et je le voyais, ce petit homme, tout heureux de l’attention qu’il recevait. Parfois, les aimer signifie aussi hausser le ton lorsque le tout se transforme en « bronx », ce merveilleux risque de l’éducation ! Ce temps que nous donnons pourrait paraître parfois inutile, une perte totale de temps mais je suis intimement convaincu du contraire, que chaque petite empreinte de tendresse qui sera laissée sur eux sera un cadeau pour leur vie, tout comme elle l’est pour la mienne.

 

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Thibaud S.
En mission au Pérou

« Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi ! »

Alice, en mission au Point-Cœur d’Afragola à Naples, raconte comment l’amitié avec le Point-Cœur permet aux enfants du quartier de grandir et à leurs mamans de s’appuyer dessus pour élever leurs enfants.

Renato et Carlo« Quand Padre Raphaël me donne le pain de Jésus (parce que dans le pain, il y a le cœur de Jésus tu sais ?), pulisce tutte le immondizie che ho dentro di me! » (Ça me nettoie toutes les saletés que j’ai en moi), nous dit Francesco-Pio, d’un air à la fois théâtral et très sérieux.

Nous avons dessiné des illustrations pour les mystères du rosaire chez nous et, lorsque nos enfants viennent à l’heure du chapelet, ils essayent de deviner, au début de chaque dizaine, quelle scène de la vie de Jésus est représentée. Et leurs interprétations sont parfois très comiques ! C’est beau de les voir venir d’eux-mêmes, simplement pour égrainer les Ave Maria avec nous… On n’a rien à faire pour rendre la chose attrayante, c’est le Christ qui attire à Lui, à travers le pauvre instrument de notre amitié…

Un regard qui fait grandir : c’était ma conclusion quand je parlais de notre présence auprès de nos scugnizzi (enfants terribles), lors de témoignages que j’ai eu l’occasion de faire ce mois-ci. Nous avons présenté notre mission et les amis de notre quartier aux classes de deux écoles. C’était une riche expérience, assez rare pendant la mission, mais que je serais heureuse de renouveler après, en France ! Un regard qui fait grandir donc, qui aide ces graines de terribles à fare il bravo. Nous devons souvent les corriger, leur poser des limites, exiger qu’ils demandent pardon… Ça aussi, ça fait partie de notre amour, notre intérêt pour eux. Et il y a de beaux moments de grâce ! Il y a ceux qui sont le fruit de plusieurs années d’amitié, comme avec Luigi, qui vit une période pas facile, mais qui me laisse le raisonner (sur l’usage des écrans que sa mère ne limite en rien) parce que, derrière cela, il y a cette amitié profonde et fidèle. Et, il y a d’autres moments, guidés par la main de l’Esprit Saint… Par exemple, en allant pour la première fois visiter ce Francesco-Pio du soutien scolaire : il était tellement honoré qu’on monte dans son tout petit appartement, de nous présenter sa maman… qu’il est passé d’un silence intimidé à un tas de questions sur nous et sur Jérusalem, où il rêve aller (il m’a aussi demandé si mes chaussures datent de l’époque de Jésus !) A l’école, il avait pris du retard et ne savait pas encore lire, il y a quelques mois. Ensemble on s’est dit que, cet été, il viendrait lire notre bible illustrée…

Dans les quartiers et bidonvilles où sont les Points-Coeur dans le monde, les enfants sont souvent les victimes innocentes des réalités les plus dures. Dans le cas de Francesco-Pio (et tant d’autres !), il s’agit surtout de leur donner une attention qu’ils n’ont pas forcément à la maison. On sent vite parfois, derrière un aspect très provocateur, une soif de tendresse, et aussi beaucoup la recherche d’un repère en terme d’éducation (rien que dans la manière de s’habiller, l’usage du téléphone). C’est beau aussi notre relation avec les mamans, qui constatent les fruits de notre rapport de grand frère ou grandes sœurs avec leurs enfants, surtout la maman de Marco qui nous le redit à chaque fois. Parfois même, ça arrive que l’une ou l’autre nous demande conseil. En ce moment, c’est surtout la maman de Gennaro qui, à douze ans, fait déjà du décrochage scolaire… Je trouve ça incroyable, la confiance de ces mamans, sans une once d’assistanat, dans la gratuité de notre amitié avec leurs fils.

 

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Alice A.
Volontaire en mission à Naples

L’amitié s’ouvre dans un geste silencieux

Blanche est en mission au Point-Cœur de Navotas aux Philippines depuis trois mois. Elle nous partage en poésie ses premières impressions, l’une de ses premières rencontres.

Je suis ici depuis trois mois, je me souviens de l’arrivée à la fin de la journée à l’aéroport.
Le soleil rouge, l’air si différent.
Je me souviens du temps pour traverser Manille toute noire de fumée et grouillante de vie.
Ce n’est pas une belle ville, les fast-foods, les buildingset la crasse s’accumulent sans qu’il soit possible de comprendre comment s’organise cet agglutinement. Mais mon quartier est beau.
Je me souviens du premier jour où je l’ai traversée sac au dos.
Je me souviens du premier jour dans la « Demeure du cœur » (Tahanang puso = Points-Coeur, en tagalog).
La maison est dans une petite ruelle devant une petite échoppe où un couple de petits vieux regarde la télé en menant leur commerce.
Les gens passent dans la ruelle pour acheter des cigarettes au détail ; l’allumette craque et ils vont et viennent tour à tour.
Les enfants achètent des sucreries toute la journée, leurs mains secouent quatre pesos et ils sourient les dents toutes noires.
Les enfants s’accrochent à la grille de la maison, vont et viennent chez nous, piaillent nos prénoms ; ils fêtent l’existence dans une farandole ouverte, farandole de la rue.
Notre ruelle est jointe à une petite cour où pousse un arbre aux fleurs roses et blanches ; les gens font griller du poisson au gaz ; les enfants font pipi dans les trous du béton ; les rats sont gros comme des chats et les chats maigres comme des souris. Les chiens dispersés partout sont des ombres oubliées : ils secouent leurs chaînes et personne ne les regarde.
Ici les gens ont le sens de la débrouille. Rien n’est défini ; tout est débrouillé.
Les gens fonts des petits métiers patients : éplucher de l’ail pour vendre de l’ail pré-épluché dans des sachets plastiques. Le temps n’est pas à la même mesure ; la journée passe dans des petits gestes éparpillées mis ensemble pour vivre.
Chercher du carton dans la décharge, trier les bouteilles plastiques consignées.
Laver le linge, manger, aller là-bas, suspendre le linge, revenir, aller…
Le cœur des Philippins est patient et humble comme leur gestes quotidiens.
Dans l’impossibilité du langage où je suis, c’est les gestes d’un jour éparpillé qui sont le dialogue silencieux de la rencontre.

L’amitié s’ouvre dans un geste, comme avec Justin, petit garçon sauvage qui a ma préférence. Justin qui m’a suivie en silence de la rue à la maison d’une voisine où il attend avec moi, et qui attache ma sandale à mon pied quand je sors de la maison. Il prend la sandale de mes mains et il l’attache à mon pied. Par un seul geste, il gagne mon cœur et ma confiance. Quand je le vois dans la rue, je le salue avec crainte car j’ai peur de blesser sa vérité, je le laisse mener notre amitié, je ne veux rien lui demander.
Il est là soudainement et il m’accompagne un bout de chemin, on ne parle pas et il s’en va quand il s’en va.
L’autre fois, j’étais dehors pour acheter à manger, je voulais rentrer vite avant de tomber sur qui que ce soit, pas le courage d’être l’étrangère aujourd’hui.
Pas grand monde dehors, c’est l’heure la plus chaude. J’entends une dizaine de gosses qui crient mon nom, Justin est avec eux.
Tous des enfants que je vois toujours dans la rue, ils m’accompagnent et je leur ouvre la porte.
C’est la première fois qu’ils entrent dans la maison depuis que je suis là, ce ne sont pas les enfants qui ont l’habitude de venir.
La maison est bouleversée.
Chaque fois que quelqu’un qui n’a pas ou plus l’habitude de franchir la porte, entre dans la maison, j’ai le cœur en fête. J’aime ce bouleversement, j’ai envie d’écrire sur les murs :
AKO BAHAY, IKAW BAHAY – KAMI BAHAY, KAYO BAHAY. TAYO BAHAY !
Ma maison, ta maison – notre maison, votre maison. Notre vie !

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Blanche P.
Volontaire en mission aux Philippines

La violence des enfants

Benjamin est au Point-Cœur d’Equateur et les enfants ne sont pas toujours des anges. Quelle réponse à cette violence qui peut les habiter ? Celle de la fermeté, mais surtout de l’amour ferme !

Yeikos, ce petit ami d’Equateur !

Un jour on invite une amie à cuisiner avec nous, elle a dix-­sept ans. Elle était un peu mal à l’aise au début : normal, c’était la deuxième fois qu’on la voyait. Enfin bon, on discute, on rigole encore plus, arrivés dans notre maison ! Cette maison Point-­Cœur, ils la connaissent bien, ils se sentent libres ici, en paix. Ils ne nous connaissent pas, nous, mais ce dont nous faisons partie ! C’est très beau de voir à quel point ils se sentent en confiance, beau de pouvoir être acceptés et aimés si rapidement, d’entrer dans des amitiés déjà fondées ! Je me rends compte que je fais partie de quelque chose de bien plus grand. Cette fille-­là nous l’a fait découvrir bien plus concrètement. Durant le repas, on rigolait sur le fait que les enfants sont terribles parfois. Jusqu’à ce qu’elle dise : « C’est vrai, depuis qu’on est petit, on vient au Point-­Cœur avec ma sœur, on venait ici parce qu’on savait qu’on pouvait trouver quelqu’un qui nous aime ! C’est vrai, parfois, on voulait s’amuser, on chahutait pas mal… c’était juste un jeu pour nous, pour attirer l’attention. C’est dur de vivre dans le quartier, de rentrer chez soi et d’entendre crier sa mère : « T’étais où ?? File dans ta chambre !! », ou de la voir pleurer par votre faute. Ça fait vachement mal ! Les enfants qui viennent ici, ils me font vraiment de la peine, les parents ne s’occupent pas d’eux… Faites-­leur des câlins, à ces enfants, donnez-­leur de l’affection, ils en ont tant besoin ! » Personne n’a répondu… Je me suis senti bête d’avoir rigolé de ces enfants et, en même temps, tellement chanceux ! Parce qu’on a eu la chance de voir le fruit de notre mission et à quel point elle est importante ! Elle nous a donné envie de donner trois fois plus à ces enfants qui sont si nombreux à venir chez nous ! Ces enfants… C’est si triste de voir comme ils sont souvent délaissés… Je vois parfois un enfant d’un an qui marche tout seul dans la rue, personne n’a l’œil sur lui pour voir s’il ne lui arrive rien. Quel dégât est causé sur un enfant que personne n’éduque, dont personne ne s’occupe de voir s’ils sont bien habillés, propres, à qui personne ne dit qu’ils sont aimés… Je les aime, ces enfants ! Ils sont beaux ! Ils ont une vie dure, mais ils ont une telle joie !

Yeikos, cet enfant qui me faisait des doigts d’honneur, cet enfant, c’est l’exemple d’un enfant délaissé… On ne peut pas non plus laisser ces enfants faire ce qu’ils veulent, nous insulter, nous lancer des pierres à la figure, il faut bien leur montrer les limites si personne ne leur apprend… J’ai essayé de parler avec lui. Evidemment, il s’est mis à se boucher les oreilles, à crier, m’insulter, se débattant quand je l’ai sorti de la maison… « Tu reviendras quand tu auras dit pardon !! » Il revient un peu plus tard avec l’œil rouge demandant qu’on le soigne… Je le laisse entrer un peu énervé contre lui, nettoie son œil. « C’est bon ça va mieux ? — Oui ! Donne-­moi de l’eau ! — Il manque quelque chose non ? » (J’attendais un s’il te plaît !) Et là, il me saute dans les bras et me fait un énorme câlin… Quelques semaines après, il passe devant moi en disant : « T’es maudit ! T’es maudit ! T’es maudit ! » Plus tard, je vais lui parler pour lui dire : « Pourquoi tu m’as dit ça ? Ce n’est pas beau… — Je vais aller en enfer… — Pourquoi tu dis ça ? — Parce que je ne suis pas sage, je me comporte comme quelqu’un de mal élevé… Personne ne m’aime… — Si, moi je t’aime ! — Non tu ne m’aimes pas… seulement ma maman… J’aurais voulu vivre avec vous… — C’est pas possible… C’est chez toi que tu dois vivre, mais notre maison sera toujours là, tu n’auras qu’à frapper à la porte et on sera là ! Parce qu’on t’aime ! — Moi aussi je vous aime… » Il a six ans. Cette phrase, « J’aurais voulu vivre avec vous », m’a démuni. Parce qu’il voit que la compassion et l’amour vivent en nous. J’espère qu’il comprendra que tout cela est purement l’œuvre de Dieu ! Que l’on est juste instrument de sa grâce. Priez fort pour tous ces enfants…

 

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Benjamin D
En mission en Equateur

Un moment entre amis !

Wilson, Vivian, Natalia, Mateo et Fernando dans pendant le déjeuner d’anniversaire

Benjamin est depuis plusieurs mois au Point-Cœur de Montevideo. Vivian est un pilier fidèle du chapelet, et l’amitié ne fait que grandir.

Je connais Vivian depuis le début de ma mission. Elle vit avec Wilson son époux, et Alan son neveu. Vivian a de gros soucis de mémoire et, peut-­être pour cela, elle a une grande réserve à chaque fois qu’un nouveau arrive dans la communauté. Une fois ce cap de la confiance passé avec moi, c’est incroyable comme notre amitié s’est enrichie ! Toute sa famille nous avait accompagnés à notre sortie du 1er janvier, et 2019 a vu bien d’autres moments partagés avec elle ! Très souvent, Vivian vient en début d’après-­midi pour prier le chapelet avec nous. Cette fidélité à la prière qu’elle a, m’a vraiment ouvert les yeux, tandis que je vivais chacune de ses visites comme une épreuve de patience, (elle arrive souvent à l’heure de la sieste, moment sacré dans notre journée bien chargée !), elle a su m’aider à vivre pleinement ma prière par l’intensité qu’elle y met. Après quelques semaines avec ce rythme de visites de Vivian pour prier, la voici qui arrive un après-­midi chez nous avec un peu d’avance. Je lui ouvre la porte encore à moitié endormi et lui demande si elle est venue pour prier. Vivian me répond en riant : « Non, je suis venue passer un moment avec mes amis ! » Dans la mission, j’ai vu plus d’une fois que l’extraordinaire jaillit de la routine. Dans cette situation si simple, Vivian a su me montrer qu’elle était bien plus que « l’amie du chapelet», mais une amie en vérité qui cherche avant tout à passer du temps avec nous. Aujourd’hui, elle est, plus que jamais, présente auprès de « ses amis les missionnaires » comme elle nous appelle. Parfois, elle vient alors que nous sommes déjà avec d’autres amis, et alors elle se place silencieusement dans un coin, heureuse de pouvoir être auprès de nous. Déjà en France, j’étais heureux de pouvoir fêter les anniversaires de mes amis auprès d’eux. Maintenant plus encore, et nous avons donc reçu Vivian et Wilson pour leur double anniversaire avec Alan, Fernando leur fils (qui a mon âge), Natalia sa compagne et Mateo leur enfant. Sans notre invitation, ils n’avaient pas trouvé une occasion de le fêter tous ensemble entre le travail (pour Fernando et Wilson) et l’école (pour Alan). La fête était belle, et le moment était si rare, si profitable que je l’ai vraiment vécu comme la fête d’une seule et même famille dont notre communauté faisait partie.

 

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Benjamin F
En mission en Uruguay

« Vous voulez être mes amis jusqu’à la mort ? »

Virgen de la Caridad

Ce cri du cœur d’une nouvelle amie du Point-Cœur de Cuba a bouleversé Héloïse qui nous raconte cette rencontre inattendue.

Mardi après-­midi, par un grand soleil, nous nous rendons chez Elio et Caridad. Il y a quelques jours, Elio a été opéré de la cataracte, ce qui l’oblige à rester chez lui et à se reposer. Chose inhabituelle pour lui qui, à quatre-­vingt-­un ans, continue de travailler presque tous les jours. A la recherche d’un peu d’ombre sur le chemin, nous empruntons une autre rue. Nous marchons, sans prêter grande attention, quand une femme nous interpelle d’une voix forte en disant : « Que Dieu les bénisse ! » Nous nous retournons vers elle, la regardons, lui sourions, puis, au moment de reprendre notre chemin, cette femme d’une cinquantaine d’années, nous interpelle de nouveau et nous demande comment nous nous appelons. Elle est appuyée à la porte de sa maison, debout en chemise de nuit, peu soignée. Nous nous rapprochons et répondons : Tomas et Eloisa. Elle les répète d’une voix forte, et demande : « Tomas et Eloisa, vous voulez être mes amis jusqu’à la mort ?» La question me surprend, mais la réponse est pour moi comme une évidence : « Oui ». Elle s’appelle Miriam. Elle parle vite et, en quelques minutes, nous raconte qu’elle a des troubles mentaux, qu’elle a perdu tous ses amis, qu’il ne lui reste que le Christ. D’ailleurs, elle priait la Vierge Marie de lui envoyer des amis, quand elle nous a aperçus dans la rue, passant devant sa maison. C’est pour cela qu’elle nous a interpelés. Nous échangeons un peu avec elle. Puis, elle nous demande de passer la visiter le lendemain matin. Comme ça, sans même nous connaître, elle nous invite chez elle. Pour elle, c’est évident. Le rendez-­vous est donc pris. Avant de nous quitter, elle demande plusieurs fois si nous allons venir. Chaque fois nous le lui promettons. Elle ne nous connaît pas, n’a jamais entendu parler de nous et, pourtant, elle semble mieux que personne comprendre notre présence ici : elle veut simplement nouer une amitié. Quand nous retournons chez elle, c’est sa maman Blanca qui vient nous ouvrir. Elle nous dit que sa fille lui a déjà parlé de nous. Avant de nous laisser passer, elle nous dit simplement que sa famille n’a besoin de rien d’autre que d’être aimée. Elle nous invite ensuite à rentrer et appelle sa fille. En nous voyant, Miriam, toujours vêtue de sa chemise de nuit, veut changer ses chaussures pour nous accueillir plus convenablement. Nous rencontrons à ce moment son père et son frère. Puis, au retour de Miriam, celle-­ci nous demande de prier avec elle pour qu’elle se tranquillise. Elle prend ma main et plonge son regard dans le mien. Il est intense et transperçant. Elle me demande si je vais m’occuper d’elle le jour où ses parents meurent, si je vais lui fermer les yeux le jour de sa propre mort, si je vais être présente à ses côtés toujours. Je lui réponds simplement que cela dépend de la volonté de Dieu, mais que j’ai ce désir de l’accompagner. A moitié satisfaite par ma réponse, elle se tourne vers le Père Thomas pour lui demander si elle va bientôt mourir et pourquoi elle souffre de tous ces troubles. Miriam est là devant nous, avec ses questions si profondes et existentielles qui s’enchaînent, dans cet environnement empreint de folie. Ce qui la préoccupe est d’être aimée et entourée, c’est ce qu’elle cherche en nous. Au moment de partir, elle nous demande de ne pas l’oublier, de revenir la voir, d’être ses amis jusqu’à la mort. Je la remercie de nous avoir appelés dans la rue, car je suis heureuse de la connaître. A cela, elle répond qu’elle remercie Dieu de nous avoir mis sur son chemin, puis elle me serre dans ses bras et m’arrache quelques larmes qui jusqu’ici étaient restées contenues… Deux semaines plus tard, nous reprenons le chemin de la maison de Miriam avec Alexandra. Avant, j’ai appelé Miriam pour lui demander si je peux venir la visiter pour lui présenter une nouvelle amie. Elle aime cette idée de rencontrer d’autres amies, car elle me dit que sa souffrance est supportable en notre présence. A notre arrivée sa maman me répète qu’elle n’attend rien de nous, sinon donner un peu d’amour à sa fille et l’aider à prendre soin d’elle. La visite est intense, car chaque membre de la famille souhaite être écouté, et partager avec nous un peu de sa vie. De tous, se sent le désir immense d’être regardés, et tous ont un regard qui vous saisit. Miriam, avec ses questions, son regard, sa soif d’amitié, m’a complètement chamboulée. Son cri du cœur, sa confiance instantanée, m’ont enseigné que les personnes les plus simples sont celles qui manifestent le plus facilement le désir d’aimer et d’être aimées et vous invite à la même spontanéité. Miriam est très attachée à la Virgen de la Caridad (Sainte Patronne de Cuba), elle m’a répété plusieurs fois que notre rencontre est le fruit de ses prières et que, maintenant, elle va lui rendre grâce… J’aurais eu la tentation d’y voir le hasard de la vie, mais Miriam m’ouvre les yeux sur les signes que nous envoie Dieu dans notre vie.

 

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Héloïse duR
En mission à Cuba

Quand les cœurs se libèrent

Dans le quartier de Chengalpett

Guillemette est dans son dernier mois de mission à Chengalpett en Inde, elle nous présente des amis, Angeli et les enfants de la colline… cœurs assoiffées, plein de vie et de souffrances…

Angeli, notre « petite sœur »
Dernièrement, nous avons reçu Angeli pour trois jours à la maison. Cette amie qui vit au Jardin est si jeune (elle n’a que seize ans) et, à la fois, elle est déjà si mûre, si généreuse, si souriante ! Et pourtant, combien la vie l’a éprouvée… Elle, qui ne peut plus rentrer chez elle, car ses parents veulent la marier de force à un homme âgé pour éponger leurs dettes. Nous l’aimons beaucoup ! Elle est incroyable ! Nous avons passé ce temps ensemble comme si elle était notre petite soeur. Elle était enthousiaste de tout… La première dans la cuisine pour éplucher les tomates et évider la coconut. Elle est venue visiter nos amis dans le quartier comme si elle les avait toujours connus, se préoccupant de leurs difficultés. Et, avec joie, elle priait à nos côtés Dieu « qui prend soin d’elle ». Le plus beau était cette visite au Leprosery Hospital, où elle a rencontré une autre Angeli. C’est une jeune fille de dix-­‐huit ans qui a la lèpre. Après avoir quitté cette fille qui a presque son âge, souffrant de la lèpre, notre Angeli est pensive, le visage préoccupé, elle me dit : « C’est injuste. Pourquoi Dieu permet-­il cela ? » — « Peut-­être Dieu la veut-­il plus prêt de lui, parce qu’il l’aime plus particulièrement ? », lui aurait dit Mère Térésa.

Akkapasangel, nos amis du quartier en haut de la colline
Nous aimons aller visiter cette ribambelle d’enfants pleins de vie, un peu sauvages ! Ils sont livrés à eux-mêmes la journée car leurs parents travaillent et nous sautent dessus à notre venue pour jouer. Nous avons appris la triste nouvelle, le mois dernier, tout juste en rentrant de Varanasi, que ces trois enfants pétillants, Greeta, Naresh et Prakesh, venaient de perdre leur père qui s’était suicidé. L’ambiance alors est pesante, le chagrin nous prend au cœur. Quand nous apprenons la nouvelle, nous sommes sans voix, le cœur lourd. Les enfants nous invitent à partager le repas pour l’occasion. Notre présence les touche. Nous sommes discrètes, en retrait. Le lendemain, ils nous invitent à nouveau, la vie a repris. Nous jouons toute la matinée avec les enfants excités, ils ont tant d’énergie à décharger (toutes ces questions, pleurs, douleurs, angoisses…) La maman nous implore de les inviter au Jardin. Une semaine plus tard, nous les invitons au Jardin. Quelle énergie ! Quelle joie ils ont ! Ce bain d’air frais, de verdure, d’espaces… Leurs cœurs se libèrent, ils courent, jouent, dansent librement. Brother Dominic, grand oncle du Jardin, y vivant depuis quinze ans, après avoir perdu sa jambe gauche, a concocté du poulet en sauce. Il y a plus que de mesure ! Les enfants se régalent et se resservent. Ils se sentent aimés, c’est l’essentiel ! « A quand la prochaine fois ? » « On retourne bientôt à Nemeli ? » « Nemeli me manque déjà ! » Bref, la vie est belle et riche ! Nos cœurs sont remplis d’heureux évènements ici…

 

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Guillemette B.
En mission en Inde

Cette lumière éclatante dans son regard

Marie est arrivée depuis deux mois au Point-Cœur de la Ensenada, au Pérou Dans sa première lettre, elle partage ses premières impressions, ce qui la marque à son arrivée…  

Marie et Patrick, un enfant du quartier de la Ensenada

Ce qui m’a marquée à mon arrivée, c’est d’abord l’accueil que m’ont réservé les amis du quartier. Imagine, tu débarques dans un endroit dont tu ne connais rien et où tout est nouveau pour toi. Tu ne connais personne et, pourtant, tout le monde t’aime déjà et te reçoit comme un ami de longue date. Alors, forcément, au bout de deux jours tu te sens chez toi et, déjà, tu aimes ce peuple et ce pays. Il faut savoir que beaucoup de nos amis entretiennent une amitié depuis de nombreuses années avec le Point-Cœur et les différents volontaires qui se succèdent. Il n’est pas rare, quand je rencontre quelqu’un dans le quartier, qu’il me dise : « Ah tu es de Points-Cœur ! J’allais jouer là-bas quand j’étais petit ! » Et les grand-mères qui te racontent des histoires sur les volontaires d’il y a vingt-cinq ans… Je me suis vite rendue compte que, pour beaucoup, l’association a une grande importance. Quand la personne, que tu vas visiter avec les autres volontaires, en nous voyant arriver, s’illumine et nous dit : « Vous voilà ! J’ai cru que vous m’aviez oubliée ! » Quand tes amis t’accueillent comme un roi et t’offrent un café ou des fruits, alors qu’ils doivent se priver pour nourrir leurs enfants. Et toi tu te demandes ce que tu as bien pu faire pour mériter cela. Et tu apprends à recevoir gratuitement.

Toute la journée, c’est un défilé à la maison. Des écoliers sur le chemin du collège, le voisin dès qu’il n’est pas au travail, un ami passant par là en profite pour dire bonjour, un enfant que sa maman nous a confié pour la matinée… Beaucoup viennent simplement nous demander de l’eau, je les soupçonne cependant d’avoir également soif d’autre chose ! Et quand celui-là frappe à ta porte parce qu’il cherche un foyer accueillant, tu es honoré de sa visite. Car il t’accorde toute sa confiance en espérant être reçu dans ta maison. Or, après un bon repas et peut-être de grands éclats de rire, voici que surgit cette lumière éclatante dans son regard. Et il plonge ses yeux dans les tiens avec cet air profond qui veut dire : « Merci d´être mon ami ». Et toi tu ne comprends plus rien. Tu ne peux détacher ton regard de la flamme que tu as ravivée dans ses yeux, qui te réchauffe le cœur et qui te désaltère, qui à la fois t’élève, et pourtant te dépasse. Et tu en avais besoin comme de nourriture. Enfin t’apparaît ce visage qui naît des choses et par lequel elles prennent sens. C’est cette étincelle dans les yeux de ton ami qui t’éclaire le chemin à présent. Et toi tu es comblé et tu essayes de capturer cette lumière. Et quand il s’en va, il ne te reste plus que le souvenir de sa beauté. Mais ce souvenir te suffit pour que, dorénavant, plus rien ne t’apparaisse vain. C’est lui qui t’a donné à boire. Et toi, tu n’as rien à lui donner.

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Marie D.
Volontaire au Pérou

Señora Rosa : la plus belle rose de notre quartier

Jonathan est en mission depuis maintenant quatre mois au Point-Cœur de Valparaiso. Il nous présente la première amie qu’il s’est faite dans son quartier de Porvenir Bajo : une dame âgée de quatre-vingt ans, du nom de Señora Rosa.

Le quartier du Point-Cœur : Porvenir Bajo

Comme chaque après-midi durant la semaine, nous allons visiter nos amis du quartier : ce sont plus de soixante familles qui connaissent Points-Cœur et tout ses volontaires, à qui nous allons régulièrement rendre visite dans leur maison. Avant de vous présenter mon amie, je voudrais tout d’abord vous conter le contexte, son lieu de vie, puis enter dans sa maison et vous la présenter personnellement. La Señora Rosa vit seule dans une petite cabane faite de quatre murs en planches de bois, sans eau ni électricité, avec juste son lit et une petite fenêtre pour laisser entrer le jour et éclairer son visage. Maintenant que nous avons une vue géographique de l’endroit où vit mon amie, vous pouvez avec moi descendre un petit chemin en terre, observer un moment sa petite cabane au fond de ce chemin, puis, une fois descendu jusqu’à la porte de sa maison, l’appeler d’une voix forte : « Allo, Señora Rosa, Puntos Corazon ! » et attendre jusqu’à entendre sa petite voix dire: « Pase, pase… » (Entrez, entrez…). Alors, à ce moment-là, nous rentrons dans le rosier le plus beau que la terre n’ait jamais porté. Allongée sur son pauvre lit, la Señora Rosa ne peut pas marcher car ses reins ne fonctionnent plus et elle n’est pas dialysée… je vous laisse imaginer ses souffrances. De plus, Señora Rosa a un cœur trop grand (dans les deux sens du terme) et des poumons qui fonctionnent très mal (grandes difficultés respiratoires). Je peux donc dire qu’au niveau médical, c’est une femme qui souffre, jour et nuit.

Mais continuons notre visite, car elle est loin d’être finie et nous avons encore un peu de chemin à faire avec elle… La Señora Rosa nous attend toujours, elle connaît le Point-Cœur depuis longtemps et a une grande confiance en chacun des missionnaires qui viennent la visiter. Une fois arrivé au pied de son lit, l’espace est si petit qu’il faut rester debout tout le long de la visite ! Courage, ça en vaut la peine, ne nous arrêtons pas là ! Et à partir de là, le ciel s’ouvre. Face à son sourire, sa joie, son espérance, sa foi, sa petite voix, je ne peux plus rien dire. Un tel témoignage, si fort, si beau, tel une rose finalement. La Señora Rosa, malgré ses souffrances passe une bonne partie de sa journée à prier. Je retrouve même sur son lit ce livre, Histoire d’une âme de la petite Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’elle lit et relit chaque jour. Encore un petit clin d’œil de cette sainte qui m’accompagne chaque jour de ma mission. Rendre visite à la Señora Rosa, c’est aller au cœur d’un foyer de lumière qui éclaire et rayonne dans tout le quartier. Tout part de la plus petite maison, la plus pauvre, et de là, cette lumière rayonne si fort, si fort ! Avoir l’honneur de connaître cette dame et l’immense joie d’être son ami me comble tellement que rien que pour cela, ma mission pourrait se terminer, et je serais heureux de l’avoir vécue. Au cœur de la simplicité, de la pauvreté, de l’abandon et de la foi se trouve une rose, une rose belle, délicate, pure ; et qui sans le vouloir reste la plus belle des roses ! Quelle grandeur de vivre ces moments avec la Señora Rosa, quelle beauté et quel cadeau ! Puis se termine notre visite, après avoir parlé quinze, vingt, trente minutes, nous terminons par un temps de prière, un « au revoir » chaleureux. Puis nous retournons à la maison, le cœur rempli, en silence sans rien dire, face à la grandeur de ce que nous venons de vivre et qui reste une fois de plus dans mon cœur, tel un sceau qui marque pour l’éternité, mais un sceau qui brûle d’amour et ainsi ne te fait aucun mal lorsqu’il est posé sur le cœur…Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Jonathan R.
Volontaire en mission au Chili

L’hôpital comme un Point-Cœur

Père Arnaud, en mission en Argentine, a été nommé aumonier de l’hôpital Dr. Ignacio Pirovano de Buenos Aires. Il découvre cette nouvelle mission à l’hôpital, « comme dans un Point-Cœur ».

L’hôpital Dr. Ignacio Pirovano, Buenos Aires

Le charisme de Points-Cœur, ce charisme de compassion et de consolation, qui se veut être une présence au sein de la souffrance à l’image de Marie présente à la croix, ce charisme vécu intensément pendant ces vingt-cinq dernières années, m’aide pour cette nouvelle expérience d’aumônier. En fait c’est plus que cela, sans le charisme je n’aurai pas tenu deux semaines. Sans la lumière du charisme, sans l’expérience vécue au sein de mes bidonvilles du Pérou et du Brésil, je crois que j’aurai un mal fou à poursuivre. En effet, je considère mon hôpital comme mon bidonville de la Ensenada, celui de ma première expérience Points-Coeur, de 1996 à 1998 au Pérou. Ce village était divisé en quartiers (Cesar Vallejo, Virgen del Carmen, Señor de los Milagros…) où l’on accédait par des routes. Eh bien mes nouveaux quartiers s’appellent désormais: UTI, Oncoematologia, guardia (les urgences), infeciologia, clinica, traumatologia, gyneco, unidad coronaria, neurologia, neonatologia, etc. et ils sont reliés entre eux par un grand couloir central : c’est ce couloir que j’appelle « la rue ».

De fait, comme c’est un hôpital public on y croise de tout : le personnel qui s’active (que j’apprends à reconnaître avec les couleurs des blouses : bleu = manutention, rouge = nettoyage, blanc = médecin, autre = infirmier…) mais aussi les personnes qui viennent en consultation (et leur famille), des enfants qui courent (des pigeons aussi qui rentrent et sortent par les portes et fenêtres ouvertes), des colporteurs, des personnes de la rue… Et donc dans cette « rue », je fais comme à Lima, je pars visiter un « quartier », par exemple Urologie, et je reste disponible pour saluer le maximum de gens et me rendre disponible à qui m’interpelle : parfois un membre du personnel soignant (« Hola padre como le va? »), ou d’autres services (vigile, policier pompier…) parfois un malade (« Bonjour Julia et alors ce traitement cela avance ? », « Buenos dias Alberto, et ton opération finalement c’est pour quand ? », « Hola Juliana, tes enfants sont venus te voir aujourd’hui ? ») Parfois une des nombreuses (c’est surtout des femmes) volontaires de Caritas ou de Schoenstatt : « Padre, il faut passer voir Gladys de la 404 : elle a un cancer métastasé, on n’est pas sûr qu’elle sera encore là demain. » Et donc je reviens sur mes pas pour aller chercher les huiles… et l’Urologie attendra.

Aujourd’hui, j’ai dépoussiéré le nécessaire pour l’onction des malades que j’avais acheté après mon ordination en 2007 et dont je ne m’étais pratiquement jamais servi… Désormais c’est un fidèle compagnon de voyage, je crois avoir donné plus d’onctions des malades en un mois qu’en onze années de sacerdoce.

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P. Arnaud de M.
Prêtre en mission en Argentine

Le Bon Dieu est bien présent au milieu de la prison

A Dakar, les volontaires visitent une prison. A Noël, ils y ont organisé une messe et une crèche vivante, à Pâques, deux des prisonniers ont été baptisés. Vianney raconte :

La crèche vivante en prison à Noël, 2018

A Noël, nos amis prisonniers se sont vraiment prêtés au jeu et étaient enchantés de présenter l’évangile à leurs compagnons de cellules. C’était cocasse de voir un « bandit » en ange Gabriel ! L’après-midi se passa ensuite avec leurs amis musulmans. Qu’ils étaient heureux ! J’ai eu l’occasion de débuter une amitié avec François et Trésor. Ils m’ont ouvert les yeux sur la dure vie de détenu. L’ambiance au sein de la prison a l’air tout de même plus détendue que dans nos prisons françaises, mais les conditions sont sans doute plus terribles. Ils sont entassés dans des dortoirs de deux-cent, donc ils n’ont aucune intimité et ils doivent sérieusement en baver lorsqu’il fait 40°C. Il arrive souvent que leur peine soit trop élevée (deux ans minimum) pour leur motif d’accusation et, apparemment, ils sont parfois innocents (ça, seul Dieu le sait). En fonction des affinités, les gardes pénitentiaires peuvent leurs mener la vie dure (privation de coup de téléphone avec la famille, mise au cachot…) Et, pour finir, bien souvent, leur entourage coupe les ponts avec eux car leur situation sociale est inacceptable à leurs yeux. Ils se retrouvent donc très seuls et se soucient de leurs futurs, après leurs sorties. Comme l’a dit le curé lors de son sermon, le risque n’est pas les quatre murs qu’ils ont autour d’eux, mais ceux qu’ils se mettent en tête et c’est dans leur cri de désespoir qu’ils doivent se tourner vers Dieu. Je pense qu’ils l’ont bien saisi. On sent qu’ils se serrent les coudes et que la communauté chrétienne qu’ils constituent leur donne la force de tenir. Il suffit de les entendre chanter à la messe. Ils donnent tout, ils en font trembler les murs de la chapelle. C’est leur carburant pour la semaine ! On sort toujours de ces offices avec une pêche incroyable. Le Bon Dieu est bien présent au milieu d’eux. Leurs témoignages mènent à la conversion de leurs frères de cellules. A Pâques, il y a deux baptêmes et un protestant va devenir catholique !

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Vianney de L.
Volontaire en mission au Sénégal

Tant de souffrances, mais un sourire et une foi qui en disent long…

Agnès au Point-Cœur d’Athènes

Agnès est au Point-Cœur d’Athènes, elle y a rencontré F. qui ayant fui tant de souffrances… rencontre enfin une présence consolante.

Il me semble important de vous présenter enfin une amie qui m’est très chère. F. vient du Congo, pays dont on ignore parfois les souffrances immenses ces derniers temps. J’ai rencontré F. à la messe du dimanche, comme un don de l’Esprit Saint. Elle a traversé le plus simplement du monde la masse de gens qui soit sortaient, soit rentraient dans l’Eglise entre les deux messes dominicales pour me demander si je parlais français. Elle n’a pas hésité ou demandé aux autres personnes présentes mais s’est laissé guider par le Saint Esprit. Elle m’explique que cela fait trois semaines qu’elle est à Athènes et qu’elle cherche l’Eglise catholique car elle est seule ici et que les catholiques sont désormais sa seule famille dans cette ville inconnue. Elle semble tellement soulagée de trouver enfin quelqu’un pour parler mais la messe va commencer et je la guide vers ma sœur de communauté qui a un magnificat pour l’aider à suivre la liturgie. Au sortir de la célébration, elle nous explique qu’elle est venue en Grèce avec son fils sur l’île de Lesbos mais qu’elle a dû quitter l’île pour se faire soigner et que son fils est toujours là-­bas. Elle nous demande de pouvoir nous parler plus longuement et nous décidons de l’inviter le lendemain à prendre un café chez nous. Comme elle n’a pas mangé depuis deux jours, nous la dirigeons vers notre ami Yorgos qui s’occupe de l’association Caritas dans notre paroisse et lui donne un sac rempli de denrées alimentaires qui l’aideront jusqu’à ce qu’on lui trouve des aides plus solides. Le lendemain, elle arrive donc chez nous avec un sourire à fendre les cœurs de pierre. Il faut dire qu’elle est de ces personnes qui vous réchauffent de leurs sourires et qu’on ne peut qu’aimer tant leur cœur est pur. On s’installe dans notre salon et je lui propose des petits gâteaux et du chocolat. Je ne sais pas depuis combien de temps elle n’a pu manger de sucreries mais son regard sur notre maigre goûter me fend l’âme. Je n’osais pas prendre moi-­même un cookie pour qu’elle en ait le plus possible. Elle commence alors à nous raconter son histoire le plus simplement du monde, comme si nous étions ses amies de toujours ou des prêtres à qui elle se confessait. J’aurais aimé pouvoir penser que j’étais digne de l’avoir accueillie dans notre paroisse et d’avoir recueilli sa vie et sa croix, mais la vérité c’est que Dieu nous offre les plus belles grâces avec une gratuité et parfois une injustice pure et simple. Il n’empêche que cela m’a été offert et que ma foi en a été agrandie à travers la sienne.
Elle commence par nous expliquer la situation au Congo. Elle nous dit que l’ancien président ne voulait pas laisser le pouvoir et que l’Eglise Catholique du Congo a protesté contre cet usurpateur. Malheureusement, le soir de Noël, pour se venger de cette église rebelle, le président a envoyé son armée dans l’église où elle célébrait la naissance du Seigneur avec son mari, son fils et une de ses filles. L’église était pleine pour la messe de minuit et beaucoup de personnes avaient dû rester dehors devant le bâtiment et c’est ainsi qu’elle fut prévenue de l’arrivée des soldats, par les cris des personnes présentes dehors. Elle s’est alors enfuie avec sa famille et s’est réfugiée dans un bâtiment désaffecté non loin mais les soldats les ont retrouvés. Sa fille et son mari ont été tués devant ses yeux et je me passerais de mots sur ce qui lui a été fait à elle à ce moment. Ils l’ont par la suite envoyée en prison avec son fils dans de terribles conditions. Elle a fini par s’en échapper avec l’aide d’un gardien de prison qui venait du même village qu’elle. A partir de ce moment, il lui fallait fuir le Congo au plus vite avec son fils. Elle n’a pas pu prendre le temps de retourner chercher ses deux filles et a pris le premier avion pour la Turquie. Là-­bas, les réfugiés ne peuvent rester qu’à condition de travailler pour vivre, mais sans connaître ni l’anglais, ni le turc, il est difficile de trouver un boulot. Elle y a rencontré un homme qui lui a expliqué que sa meilleure chance était de rejoindre la Grèce pour ensuite aller en France ou en Belgique. En écoutant son histoire, il a décidé de lui payer le billet pour traverser la mer sur un bateau de fortune. Pour rejoindre son embarcation, elle a traversé une « grande forêt effrayante » jusqu’à une plage secrète. Mais la encore, les problèmes s’en mêlent et la police intercepte le convoi avant même qu’ils ne partent de Turquie. F. et son fils se retrouvent une fois de plus en prison. J’imagine que leurs prisons sont pleines de réfugiés car ils les relâchent après seulement une semaine. Par la grâce de Dieu, elle retrouve l’homme qui l’avait aidée et il accepte, par je ne sais quel miracle, de lui payer un nouveau billet (plus de mille euros pour chaque personne). Cette fois, le bateau gonflable réussi à quitter la terre ferme et la voilà partie pour son nouveau pays d’accueil. Quand ils arrivent enfin sur l’île de Lesbos, quarante cinq personnes sont mortes noyées et les autres sont à bout de forces. Le voyage ne s’arrête cependant pas là pour F. et son fils. Ils sont placés dans un camp installé spécialement sur l’île qui accueille des milliers de migrants arrivant par la mer. Tous les nouveaux arrivants sont examinés par des médecins et c’est ainsi qu’on a découvert une maladie à F. Pour se faire soigner, elle devait aller à Athènes mais sans son fils qui est majeur. Son seul espoir dans cette grande ville est de trouver sa famille spirituelle : l’Eglise catholique. Mais la Grèce étant un pays orthodoxe, elle a eu beaucoup de mal à trouver notre petite église ressemblant plutôt à un gros bâtiment. Elle est cependant maintenant entre les mains de Dieu et son fils a quitté l’île il y a trois mois pour s’installer dans une ville très proche d’Athènes. Ils sont venus fêter le 25 Décembre chez nous avec beaucoup de nos amis. Comme le dit le père Alekos : « Regardez-­la ! Elle n’a rien, elle est toute maigre, mais elle a un cœur plus gros que n’importe lequel d’entre nous et elle sourit toujours ! » Oui, j’aime beaucoup prendre exemple sur F. qui, malgré toutes ses souffrances, arrive chaque matin avec un sourire plus gros que son visage et une foi à faire pâlir les saints. Ces derniers jours, elle a pu avoir des nouvelles de ses filles grâce à la communauté des assomptionnistes basée au Congo. Elles vivent avec leur grand-­mère et bien que l’une d’elle vient de se faire opérer de l’appendicite, elles peuvent désormais recevoir l‘aide spirituelle et matérielle de leur congrégation.

 

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Agnès B.
En mission à Athènes

Des retrouvailles 15 ans plus tard

En 2005, le Point-Cœur des garçons en Inde à déménagé du quartier de Tondiarpet à Kasimode, un petit village de pécheurs. Encore aujourd’hui, les volontaires continuent à rendre visite à leurs « vieux amis » de Tongiarpet. C’est ainsi qu’Aymeric a retrouvé Ponnamma et sa famille, quinze ans après :

Aymeric (à gauche) et la famille de Ponnamma

Le mois dernier, nous avons eu la joie de revoir une ancienne voisine de notre Point-Cœur quand il était à Tondiarpet. Nous allons régulièrement revoir nos anciens voisins et amis dans la 2ème rue de Tondiar Nagar à Tondiarpet, mais cela faisait presque quinze ans que je n’avais plus de nouvelles de Ponnamma et de ses trois enfants Sougey, Jiva et Jivita qui étaient de très bons amis. Or en quelques jours, nous eûmes la chance de revoir Ponnamma assise dans la rue en face de notre ancienne maison, de rencontrer par hasard Jiva en allant à un mariage dans un quartier voisin, et d’aller visiter Jivita et sa famille avec sa mère. Jivita habite avec son mari et ses deux enfants à la campagne au nord de la ville et nous avons passé un très bon dimanche en leur compagnie. La famille de son mari qui était hindoue est devenue chrétienne et ils nous ont présenté aux frères et sœurs du mari qui habitent quelques maisons plus loin, et fait visiter la petite église évangélique où ils vont prier. Cela faisait plaisir de voir Ponnamma et Jivita heureuses après toutes ces années, menant une vie toute simple et modeste dans la petite hutte que Jivita partage avec ses beaux-parents, et leur désir de continuer cette amitié commencée il y a vingt-et-un ans (dès le début du Point-Cœur à Tondiarpet en 1998, bien avant que je n’arrive) ! Ils nous ont chaudement invités à revenir les voir très vite et nous avons bien envie de le faire au plus tôt.

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Aymeric B.
Membre permanent en mission en Inde

Joie et tristesse dans l’amitié

Marguerite nous présente des amis de Manille. La joie de nos amis émerveille, la tristesse ne peut se partager que dans l’amitié.

Marguerite, Franceneil, Bunso, bebe-­o et leur maman

Je souhaite vous partager la première amitié que j’ai eue ici. Kuya Benito habite chez les Missionnaires de la Charité. Grace à son état de santé qui s’est amélioré, il a été renvoyé dans sa famille en janvier. Je ne me souviens plus de son âge, peut-­être la soixantaine. Son anglais courant m’a permis de bien parler avec lui, dès le début de ma mission. Il a toujours l’air joyeux. Ses jambes et pieds gonflés ne l’empêchent pas de rendre service à tout le monde, distribuant les repas aux infirmes et aidant à nettoyer. J’ai passé beaucoup de temps à rigoler avec lui, il voulait toujours que je lui en dise plus sur moi et ma mission. Quelques rares fois, il me confiait qu’il se mourait et qu’il avait peur de perdre la tête. Ces mots étaient difficiles à croire, tellement il était souriant et serviable. A travers cette amitié toute simple, je n’ai cessé de contempler la force de Kuya Benito, qui ne laissait jamais son sourire s’effacer et qui, malgré ses propres souffrances, n’a jamais cessé de placer les autres avant lui.
Ate Louisa était également une résidente des Missionnaires de la Charité. Cela faisait deux jours qu’elle était arrivée quand je l’ai visitée. Atteinte d’un cancer du sein, elle était accablée de douleur et de tristesse. J’ai passé la plupart de mes visites à lui tenir l’épaule alors qu’elle pleurait. Il est si difficile de réconforter une personne qui souffre autant. Tout ce que j’ai pu lui donner était mon écoute. Cela lui suffisait. C’était même ce dont elle avait le plus besoin. La dernière fois que je l’ai vue, elle me remerciait de tout cœur pour notre amitié. Ses paroles m’ont extrêmement touchée. Elle s’est éteinte en février.

« Under the bridge » est un apostolat où j’aime beaucoup aller. Plusieurs familles avec de nombreux enfants vivent en contrebas d’un pont, dans des maisons improvisées, faites de planches et de toiles. Nous y venons régulièrement pour jouer avec les enfants aux Mikados et au Memory. Les parents sont impliqués dans le trafic de drogue, ce qui a causé la fuite de plusieurs familles, pourchassées par la police. Il y a un mois, il ne restait plus que deux familles. Maintenant, il n’y en a plus aucune. Parmi les quelques enfants qui restaient, Angelo et Dandan, deux frères, rayonnaient particulièrement. Leur mère étant en prison, c’est leur grand-­mère qui s’occupe d’eux. Malgré leur enfance bien difficile, ils gardent constamment un IMMENSE sourire. Dandan est du genre excité, il est sans cesse en train de courir en rigolant. Quand je lui dis que j’en ai marre de le faire monter et descendre du muret pour la vingtième fois, il court ailleurs trouver un nouveau jeu. Angelo est moins turbulent et c’est incroyable de le voir jouer au Memory en montrant toutes les réponses à ceux qui jouent avec lui au lieu de garder les paires pour lui. Comment de si petits corps peuvent contenir autant de joie ?

 

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Marguerite dLaF
En mission à Manille

Le cœur immense des mamans bahianaises

Lucie est en mission à la Fazenda do Natal près de Salvador da Bahia. Auprès des mamans qu’elle rencontre, avec qui elle vit, elle découvre le cœur de ces mamans, un cœur qui accueille et qui se rend disponible.

Paloma, accueillie à la Fazenda, découvre les poupées

J’aime beaucoup regarder les mamans brésiliennes et leur comportement vis-­à-­vis de leurs enfants. Elles ne les lâchent jamais ! Une auxiliaire de puériculture française, en visite ici, me disait que cela explique pourquoi les petits Bahianais grandissent plus vite que nos petits Français. Ils ont toujours un contact physique avec leurs mamans, ils sont stimulés passant de bras en bras. Ils reçoivent beaucoup de tendresse. Personne n’aurait l’idée, ici, de laisser les bébés dans une poussette. Dans les villages aux alentours, il n’y en a pas ou très peu. Les mamans font vraiment tout avec leurs enfants dans les bras.

En vous écrivant au sujet de la maternité, cela me fait penser à Uba. Cette femme a habité à la Fazenda durant onze ans. Elle a eu une fille, Bel, alors qu’elle était âgée de seulement quatorze ans. Elle a donc été accueillie avec sa fille à la Fazenda. Quelques temps plus tard, une amie du village de Passagem lui a demandé si elle accepterait d’accueillir sa fille dans sa maison. En effet, cette femme, consciente de ses limites, voulait confier son enfant à une femme de confiance. Elle venait tout juste de perdre un autre enfant. Uba a accepté et a commencé à prendre soin de Bia. Bia, âgée de quelques mois est arrivée très malade. Tous se souviennent encore des pleurs de Bia ! Uba raconte qu’en regardant Bia dans les yeux, elle a senti qu’elle lui demandait de l’aide, de la sauver. Petit à petit, Bia a gandi avec Uba. Quelques années plus tard est arrivé le moment, pour Uba, de quitter la Fazenda avec sa fille Bel. Uba est restée très ferme et a exigé de pouvoir emmener Bia avec elle. La maman de Bia ne s´y opposant pas, ainsi fût fait. Aujourd’hui, Bia a onze ans et vit toujours avec Uba. Ainsi on emploie une expression qui se traduit par « une maman qui t’éduque ». C’est cela qu’est Uba pour Bia. Aujourd’hui, Uba accueille aussi sa nièce qui est âgée de dix-­huit ans, avec son enfant de huit mois. Cette grossesse était complètement inattendue. Après l’accouchement, Ninha, la maman, avait visiblement des difficultés pour prendre soin de son enfant. Uba explique qu’elle n’avait pas l’instinct maternel. Lors d’une visite, je me souviens que je suis restée surprise devant l’attitude de cette maman qui, je pense, n’acceptait pas du tout son enfant. Elle ne le prenait pas dans ses bras lorsqu’il pleurait. Elle ne semblait pas être heureuse. Elle refusait de l’allaiter. L’enfant pleurait beaucoup. Uba a donc accueilli sa nièce et son enfant au sein de sa propre maison et, petit à petit, Ninha est devenue maman. Je suis allée leur rendre visite la semaine dernière, Ninha s’occupe de son enfant. Celui-­ci a arrêté de pleurer durant des heures entières la nuit. Autre détail, cet enfant s’appelle Emanuel, « Dieu avec nous »… J’aime beaucoup la simplicité d’Uba, qui illustre parfaitement la simplicité de ce peuple bahianais. Il n’y a pas de calcul, pas de plan pour les années à venir. Elle accueille simplement les évènements de la vie. Elle vit le moment présent : aujourd’hui, je peux accueillir Bia, aujourd’hui, je peux accueillir ma nièce. J’aime beaucoup la disponibilité de ce peuple à l’image d’Uba. Elle est toujours ravie de recevoir, d’ouvrir sa porte à l’improviste. J’aime cet accueil chaleureux, presque maternel. Ce peuple religieux utilise aussi toujours cette expression « si Dieu le veut », lorsqu’on essaie d’organiser une rencontre. Ici, c’est impossible d’organiser une sortie, un événement trois mois à l’avance, tellement d’imprévus peuvent survenir ! Ici, on s’organise pour aujourd’hui, pour demain et le futur est laissé à Dieu. Il n’y a pas de « oui » ou de « non », mais « si Dieu le veut ». Tout s’organise à la dernière minute. Je pense que Dieu doit se reposer dans ses cœurs bahianais, qui ne sont jamais complètement fermés mais disponibles à L’accueillir. Il y a ce qui est prévu puis, les événements du jour, la réalité qu’ils ont une grande facilité à accueillir. N’allez pas croire que cette femme roule sur l’or. Elle se lève tous les jours de la semaine à trois heures du matin pour aller tuer des poulets et les vendre au marché. Elle récupère aussi des vêtements d’occasion pour les revendre. Quel bel exemple de sainteté cachée pour ce temps de carême.

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Lucie D.
En mission au Brésil

Junior Disney et Sangry

Héloïse est en mission à Cuba depuis cinq mois. Jouer avec les enfants n’est pas toujours un « jeu d’enfant », elle nous raconte la violence que certains d’entre eux portent en eux.

Un de nos apostolats est de se rendre, un après-midi par semaine, dans un quartier proche du nôtre, pour jouer avec les enfants. Sur le chemin, en nous voyant, ils laissent leurs occupations et nous suivent. Ils nous prennent la main, nous sautent dans les bras, et s’animent à l’idée de jouer avec nous. Plus nous approchons du terrain où nous nous installons, plus le groupe s’agrandit. Une fois arrivés, il y a ceux qui veulent jouer au foot, ceux qui jouent aux cartes, ceux qui écoutent une histoire, ceux qui veulent qu’on les attrape… Bref, s’ils nous ont suivies jusqu’ici, c’est à notre tour de suivre leurs envies ! Parfois, nous proposons aussi à quelques amis de nous accompagner car, pour les enfants, plus il y a d’adultes, plus il y a d’attention pour chacun d’eux.

Sangry

Ce jour-là, nous avons proposé à Junior de venir avec nous. C’est un jeune qui travaille comme gardien d’une maison de retraite que nous allons visiter régulièrement. Nous l’avons rencontré depuis peu et, c’est justement pour avoir l’occasion de le connaître un peu mieux, que nous l’invitons. Quand nous arrivons là-bas, chacun se met à jouer avec quelques enfants. De mon côté, je m’occupe d’un petit gars de cinq ans, tremendo, Sangry, que j’affectionne particulièrement. Quelque chose, en lui, m’interpelle, peut-être sa douceur qui, en un rien de temps, se transforme en une violence impressionnante. S’il est quasi toujours au bord d’exploser, au fil des semaines, une belle relation se tisse entre nous deux et il accepte un peu plus  que je m’oppose à lui. Ce petit bonhomme, donc, il suffit de peu pour qu’il devienne agressif et, déjà, les règles de la rue sont imprimées en lui…

Disney, un autre enfant, nous connaît bien et apprécie de passer du temps avec nous. Mais, parfois, lorsqu’il vient, son seul but est de mettre le bazar. Aujourd’hui, Disney s’en prend, entre autre, à Sangry et ce dernier, inévitablement, réagit. En un rien de temps, les deux se courent l’un après l’autre, en se lançant des cailloux et des bouts de verre. Impossible de les arrêter. D’autres enfants entrent dans le conflit. Cette fois, ce ne sont plus des cailloux, mais des pierres qu’ils veulent se lancer. La règle, ils la connaissent : s’ils commencent à être violents, nous partons. Nous ramassons donc les jeux en essayant de les arrêter. Disney, furieux que je lui retire notre ballon de foot des mains, commence à me lancer des cailloux. Junior le prend alors par les épaules et s’en va avec lui pour qu’il se calme. Comme nous commençons à partir, certains enfants se calment et nous demandent de rester, Sangry dit qu’il veut continuer de jouer, les autres s’en vont. Quelques minutes plus tard, Junior revient avec Disney. Ce dernier ne veut pas s’excuser, mais il dit au revoir à chacune de nous. Nous commençons à marcher et écoutons des enfants dire à Disney : « Pourquoi t’as fais ça ? Maintenant ils partent. »

Sur le chemin, Junior nous fait part de la discussion qu’il a eu avec ce jeune. Il nous dit qu’il lui a parlé de Cubain à Cubain, d’homme à homme. Junior a posé trois questions à ce jeune : « Tu sais d’où elles viennent ? De très loin… Tu sais pourquoi elles viennent ? Pour jouer avec toi, qui vis ici, pas pour faire du tourisme… Et tu sais ce que ne doit jamais faire un homme ? S’en prendre à une femme. » Disney l’a écouté sans dire un mot et finit par dire : « D’accord, mais ce n’est pas ma faute. »Il ne peut pas demander pardon, car le faire c’est reconnaître sa faute, reconnaître sa faute, c’est perdre. Et, ici, perdre est un signe de faiblesse, chose qui ne doit pas transparaître… Mais, ce qui n’est pas perdu, c’est l’échange qu’on eu Junior et Disney, car le premier a posé ses yeux sur le second avec calme, attention et amour.

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Héloïse du R.
Volontaire en mission à Cuba

Les femmes du quartier du Point-Cœur de Chengalpet

Ramia et son fils Jewesh

Chiara est en Inde depuis quelques mois et elle découvre toujours plus la beauté des femmes de sa rue et de son quartier !

Au fil des mois, je me sens de plus en plus appartenir au quartier, faire partie du voisinage, compter dans le groupe de femmes de notre rue. Chacune d’entre elles continue de m’introduire dans leur culture, de m’expliquer les rituels quotidiens. Je sens de plus en plus que la relation change : je suis là parmi elles. De fait, nous sommes invitées à toutes les célébrations des femmes du quartier : fête pour l’arrivée de la puberté de la jeune fille, fiançailles, mariage, baby shower pour les neuf mois de grossesse. Etre une femme en Inde, c’est vraiment faire partie d’un cercle, d’une confrérie. Toutes doivent (ou devraient) revêtir le sari, porter des boucles d’oreilles, bracelets de bras et de pieds, collier, bijoux de nez, dessiner un point de couleur sur le front, s’attacher les cheveux pour sortir. C’est magnifique et aussi très exigeant. Ce sont des femmes fortes, ces femmes indiennes, des femmes qui se lèvent à quatre heures du matin pour stocker l’eau qui arrive une fois par semaine ou alors aller la chercher à la pompe et porter des bidons de vingt litres sur la hanche. Dès cinq heures, elles nettoient devant leur porte, tracent des kolams puis cuisinent pour la famille. Ensuite, il faut faire la vaisselle, laver les vêtements à la main, nettoyer la maison. Bien que je sois loin d’être totalement une jeune femme indienne, quand il m’arrive, le soir, de discuter (en tamoul !) avec les voisines sur le pas de la porte, alors que nous sommes toutes habillées en nighty (sorte de chemise de nuit qui sert de tenue pour la maison), je me sens l’une d’entre elles.

Je voudrais vous parler d’une autre amie du quartier, Ramia, une amie de longue date du Point-­Cœur. Bien qu’elle ait un an de plus que moi, Ramia m’appelle « auntie » (tante), comme les autres volontaires avant moi. Je trouve ça assez cocasse. Il y a deux ans, alors qu’elle était très malade et que sa famille avait perdu espoir, les volontaires l’ont accompagnée à l’hôpital pour qu’elle puisse être soignée. Aujourd’hui, elle va beaucoup mieux, elle s’est mariée l’année dernière et a un petit garçon de neuf mois prénommé Jewesh. Quand on va les visiter on arrive, de temps en temps, à l’heure de la toilette du petit. C’est un moment très beau. Elle le lave avec de l’eau qu’elle tape sur son corps, puis le couvre de talc et le maquille. Elle dessine des points noirs sur son visage, un sur le front, un sur la joue et un sur le menton pour éviter que son fils ne soit trop mignon et chasser les esprits mauvais qui voudraient s’en emparer. Malheureusement ce petit bonhomme a un problème d’audition et doit subir une opération pour qu’il puisse entendre correctement. La date de l’opération ayant été fixée le mois dernier, nous avons accompagné Ramia à l’hôpital de Chennai, à deux heures de route, avec son mari et son fils. Il fallut faire la queue longtemps pour les admissions dans les grands bâtiments. Pas franchement indispensables dans cette aventure, nous les soutenons en tenant les sacs et en faisant la conversation. A l’heure du déjeuner, nous descendons tous dans la cour de l’hôpital et Ramia me laisse son bébé pour le nourrir avec des petits bouts de gâteau et disparaît dix minutes pour aller manger. Quelle confiance de laisser une petite blanche de vingt-­deux ans, qu’on a vu trois fois dans sa vie, avec son bébé. J’aurais pu partir avec lui, mal le nourrir, le laisser tomber par terre… Pas de problème, elle revient ensuite comme si de rien n’était. Finalement, le petit ne sera pas opéré ce jour-­‐là et nous replions bagages pour rentrer à Chengalpet. Dans le compartiment pour femmes du train du retour, Ramia se recroqueville et pose sa tête sur mes genoux pour dormir. Le moment n’aura duré que quelques minutes avant que Jewesh ne se remette à pleurer. Pourtant, il m’aura beaucoup touchée. Cette femme devenue maman qui, un instant, redevient petite fille et s’endort sur mes jambes en toute confiance, moi qui, il y a encore quelques mois, était une inconnue. Son amitié m’est donnée si vite et si simplement.

 

 

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Chiara F.
En mission en Inde

Les camps avec Alicia

Organisés par le Point-Cœur de Buenos Aires, ces camps sont un temps de grâces qui peut changer bien des choses, des regards, des personnes… Alicia par exemple ?!

Camps d’été à Buenos Aires pour les plus jeunes

Je vous parlerais un peu plus du camp des petites filles de sept à onze ans, qui m’a beaucoup marquée. Je ne vous cache pas que sa mise en place a été difficile, et semée d’embûches. Mais, finalement, nous avons reçu, pendant ces quelques jours, une pluie de grâces ! Nous avons accompagné un petit groupe de six filles : cela nous a permis de passer un temps privilégié avec elles. J’avais l’impression d’être en famille. Vous transmettre ces temps simples de jeux, de rires, de chants, ces petits échanges, ces moments d’affection, serait difficile. C’était, à la fois, très simple et, en même temps, un vrai moment de rencontre et d’amitié avec chacune de ces petites filles. Pour moi, la grande grâce de ce camp a été l’amitié avec Alicia.

Alicia, Marie et Lola

Alicia est une petite fille qui vient tout juste d’avoir huit ans. Depuis très jeune, elle vient presque quotidiennement au Point-­Cœur, sa deuxième maison, pour ne pas dire son refuge. Elle vit dans des conditions très difficiles avec ses quatre frères et sœurs. Tout d’abord, une très humble maison : ils vivent tous avec ses parents dans une même salle, sans pièce à eau. Elle passe la majorité de son temps dans la rue. Je me demande souvent quand elle va à l’école, qui semble optionnelle. Sa maman a de graves problèmes d’alcool et de drogue. Victime de ses excès, elle rejette souvent violemment sa fille par des gestes et des paroles. Elle ne sait pas comment l’aimer. Et je m’interroge souvent sur les raisons de ce rejet souvent orienté vers Alicia. Son papa, quant à lui, semble impuissant et baisse les bras face à la situation. Ce qui me marque chez Alicia, depuis le début, c’est son regard absent, perdu, comme si elle fuyait la réalité. Son allure négligée, sa manière de se jeter au sol, comme si elle ne méritait pas mieux. Son rire forcé parfois, comme pour masquer un fond de tristesse. Alicia a une présence particulière, comme si cette blessure, déjà visible sur son visage d’enfant, la rendait plus sensible, et appelle tous ceux qui la rencontrent à l’affection. Son regard noir ne laisse pas indifférent. C’est une petite merveille, qui ne le sait pas encore et qu’on essaye, quotidiennement, de lui rappeler par notre manière de l’aimer : à travers le jeu, un temps de cuisine partagé, un chant, une histoire racontée… Je garde un souvenir d’elle qui m’a beaucoup marqué. Alors que j’étais dans la rue, je croise Elena sa maman, visiblement sous l’effet de la drogue, elle titube, le nez en sang. Alicia la suit. Son visage n’est même pas marqué par l’inquiétude, la tristesse. C’est pire : elle a l’habitude. Je les salue, Elena me confie aussitôt sa fille : « A vous, je vous fais confiance ! » Puis, elle s’en va. Je prends Alicia par la main, puis je la serre fort dans mes bras. En chemin nous jouons, nous rions. Comment arrive-­t-­elle à rire ? C’est la force de l’enfance. Et c’est sans doute qu’elle a appris à se protéger. Emmener Alicia en camp n’a pas été chose facile mais, à force de persévérance (merci à Sixtine, ma sœur de communauté qui a su déplacer des montagnes), Alicia est partie avec nous. Quelle joie ! Comment vous décrire Alicia au camp ? Elle était tout simplement transformée. Je ne l’ai jamais vue avec une telle paix, aussi centrée et en joie. Pas de grands événements, ni d’échanges particuliers, juste un temps privilégié dans la simplicité du quotidien, qui nous a permis de nous rencontrer. A peine rentrées du camp, alors que nous rangions tout le matériel, Alicia s’enthousiasme : « Et Marie, tu te rappelles quand on jouait au poisson dans la piscine ? Et tu te rappelles de la chasse au trésor ? Et tu te rappelles ….? » Alicia est si joyeuse. Dès que, dans notre rue, résonne par les baffles des voisins notre tube du camp, Vamos pa’ la playa, nous voyons Alicia apparaître à la fenêtre avec un regard complice, le sourire aux lèvres. Ces camps, au-­delà d’un temps de loisir et d’évasion de leur réalité, c’est un temps de construction, de liberté et, plus que tout, un lieu d’amitié, de rencontre. Un temps où ils peuvent redevenir enfant quand leur quotidien ne le leur permet pas toujours. Dans notre relation avec Alicia, il y a un avant et un après « camp », comme si elle avait eu l’assurance de notre amour pour elle. Elle ne vient plus voir « Points-­Cœur », mais « Sixtine, Madeleine et Marie » et ça change tout. Notre relation s’est nourrie de ces moments si simples du quotidien. Serais-­je objective si je vous disais qu’elle a changé depuis ? Ou serait-­ce mon regard sur elle qui a changé ?

 

 

 

 

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Marie GC.
En mission à Buenos Aires

Dernière Ode à la joie de Iakobos

Quand au fond de sa solitude, cet ami retrouve le sourire grâce à la musique mais surtout à la présence du Point-Cœur… Rencontre de Iakobos, ami du Point-Cœur d’Athènes.

Iakobos et Niketta

Dans une précédente lettre, je vous parlais de Niketta, une amie qui venait de décéder et que nous avions accompagné dans ses derniers jours. Son mari Iakobos est resté seul, très seul après sa mort. En l’espace d’une année, il a perdu son fils d’une attaque cardiaque, sa sœur, puis sa femme, l’amour de sa vie. Malheureusement, nous ne pouvions plus lui rendre visite car sa fille préférait ne pas le déranger et pensait qu’il serait trop perturbé à l’idée de nous accueillir. Nous avons bien sûr respecté cette décision non sans un énorme pincement au cœur. Le 31 décembre, il y a une tradition toujours perpétrée ici : les enfants passent de portes en portes pour chanter des chants de Noël. En retour, ils reçoivent quelques friandises ou un peu d’argent. Cherchant de quoi financer un prochain voyage, nous nous sommes aussi lancées cette année : j’ai revêtu les apparats du vieux bonhomme rouge, et avec Maria Thérésa, notre adolescente espiègle et toujours fidèle, nous avons sillonné les rues de notre quartier, son triangle à la main. Après plusieurs heures passées à danser et à chanter, nous sonnons à la porte de Iakobos. Je savais que sa fille, habitant à l’étranger, était de passage à Athènes. Souhaitant la saluer, nous tentons notre chance. C’est son mari qui nous ouvre, mais ne me reconnaît pas du tout. J’enlève mon bonnet et il laisse exploser sa joie : « Descendons tout de suite au 3ème voir Elektra et Iakobos, quelle bonne surprise ! » Elektra nous ouvre à son tour, étonnée et très heureuse, et nous emmène tout de suite devant son père. Alors nous commençons à chanter et à danser. Iakobos, toujours avachi sur sa chaise, semble sortir de sa dépression pour un court moment : il mîme avec ses mains le bâton du chef d’orchestre. Sa fille, derrière lui, ne peut contenir ses larmes : après des mois et des mois de tristesse, un sourire illumine le cœur de cet homme, et c’est pour tous une grande consolation. Il y a quelques jours, nous lui avons rendu visite à nouveau. Je prends avec moi un CD de la 9ème symphonie de Beethoven, connaissant son goût pour le classique. En arrivant, la personne qui prend soin de lui nous accueille et nous introduit à Iakobos. Très vite, nous écoutons ensemble la musique qu’il commentera à quelques reprises. L’une ou l’autre fois, il semble s’endormir mais se reprend après, en nous disant qu’il écoute mieux les yeux fermés. Une heure est passée ainsi, très simplement. Le sentant fatigué, nous nous éclipsons. Mais juste avant, il nous sert la main en nous disant : « Revenez me voir ». Une douce joie me pénètre, et je suis déjà à la recherche d’un compositeur qu’il pourrait apprécier pour la prochaine fois.

 

PS : Au soir de cette visite, Iakobos est retourné auprès du Père et de son épouse…

 

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Anaïs G.
En mission à Athènes

Jusqu’au bout de la vie

Sixtine est en mission au Point-Cœur de Buenos Aires depuis déjà un an. Elle a accompagné une amie du quartier jusqu’au bout de sa vie, dans son cancer, son baptême, son mariage, sa mort…  

La communauté du Point-Cœur au chevet de Clara

Clara était toujours hospitalisée. Nous continuions nos allers et retours à l’hôpital pour lui rendre visite. Après avoir discuté avec le Père Edouard, notre responsable, elle a ressenti le désir et le besoin de recevoir le baptême, puis l’onction des malades pour lui apporter la force nécessaire pour affronter ce cancer.

Quelques jours avant Noël, son beau-frère arrive au Point-Cœur et m’annonce que l’état de Clara s’est énormément dégradé. Elle est en train d’agoniser. C’est la fin. Je ne pensais pas que cela irait si vite. Je pensais que les médecins allaient au moins essayer de lui donner un traitement pour ralentir le cancer s’ils ne pouvaient pas la soigner. Elle n’a même pas eu l’opportunité de se battre, de lutter ! Pas le temps de penser à tout ça. Je dois appeler Père Edouard pour qu’elle puisse au moins recevoir le baptême et l’onction des malades avant de mourir. Je prends le bus direction l’hôpital. Si elle meurt, je veux voir mon amie une dernière fois. Là-bas, je retrouve toute sa famille. Peu de temps après, Père Edouard arrive. Nous nous réunissons tous autour de Clara, son compagnon, plusieurs de ses enfants, ses sœurs, ses neveux et nièces et moi. Le moment tant attendu arrive. Clara reçoit le sacrement du baptême comme elle l’a désiré. C’est un moment extrêmement fort en émotions, mélange de joie et de tristesse. Clara est trop faible pour ouvrir les yeux ou pour parler, mais elle est là, présente. Une fois baptisée et, après avoir reçu l’onction des malades, Clara ouvre les yeux et appelle sa fille aînée. Elle veut lui demander pardon. Puis, elle demande à s’asseoir, à se changer, et veut papoter…

Le lendemain matin, nous retournons à l’hôpital avec Rosa, une autre de ses sœurs. Elle nous dit alors qu’elle sent que sa sœur ne va pas mourir. Elle ne peut pas l’expliquer mais c’est ce qu’elle ressent. De mon côté, je dois dire que je suis très sceptique et j’ai surtout peur que Rosa souffre encore plus quand elle sera face à la réalité. Quand nous arrivons à l’hôpital, la surprise est énorme, je reste sans voix. Clara est assise dans son fauteuil, sans masque à oxygène. Elle rit car une de ses nièces lui a fait croire que, en plus de recevoir le baptême la veille, Père Edouard l’avait mariée ! La sérénité et la paix que dégage Clara, ce jour-là, me laissent bouche-bée, je ne l’ai jamais vue ainsi. Elle est si reconnaissante du soutien, de la présence, de l’amitié, de l’amour que tous lui témoignent depuis qu’elle est malade. Chacun a droit à son petit mot doux quand il quitte sa chambre.

Les jours passent, chaque jour est une victoire et une chance de pouvoir profiter de la vie. Quelques jours après son baptême, Clara nous annonce fièrement qu’elle a reçu la Première Communion, étape très importante pour elle. Clara se sent changée, transformée. Elle nous dit qu’elle n’est plus la même et que la « nouvelle Clara » lui plaît beaucoup plus que « l’ancienne ». Elle se sent en paix, elle a rencontré Dieu, elle le sent et cela se note sur son visage. Elle a passé Noël à l’hôpital avec son compagnon, Valentin, et elle me confie que c’était merveilleux car ils ont ouvert leurs cœurs et ont parlé comme ils ne l’avaient pas fait depuis bien longtemps. Ils se sont redécouverts. A chaque fin de visite, Clara nous demande de prier ensemble et insiste pour que ses enfants, neveux et nièces aillent à la messe de Noël dite dans la chapelle de l’hôpital. Clara reparle de la blague de sa nièce sur son pseudo mariage mais, plus les jours passent, plus l’idée de se marier sérieusement avec Valentin occupe son esprit.

Clara le jour de son mariage

Et puis, un jour elle nous dit que si, elle veut se marier et Valentin, le sourire jusqu’aux oreilles, aussi. Waouh ! Depuis son baptême Clara est rayonnante, elle a une force incroyable et un regard nouveau sur la vie et sur les personnes qui l’entourent. Il est maintenant temps d’organiser ce mariage ! Le samedi 12 janvier, nous revêtons nos belles petites robes. Ce n’est pas vers une église que nous nous dirigeons mais à l’hôpital. Quand nous arrivons dans sa chambre, Clara est en train de se préparer. Elle a revêtu une belle robe, ses filles l’ont coiffée, lui ont fait les ongles et la future mariée est aussi stressée qu’une jeune fille de vingt-cinq ans, se préparant à dire « oui » à l’homme de sa vie, avec qui elle va fonder une famille. Nous descendons tous à la chapelle de l’hôpital où le prêtre est en train de dire la messe. A la fin, ce dernier appelle les futurs époux. Valentin est déjà là, il attend impatiemment. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Clara, radieuse, apparaît dans sa chaise roulante, accompagnée par ses trois sœurs et rejoint l’entrée de la chapelle. Il est 17 heures, ce samedi, quand Valentin et Clara remontent ensemble l’allée centrale jusqu’à l’autel sous les applaudissements et le regard émerveillé de leur famille et des fidèles toujours présents. L’émotion se fait sentir et gagne, petit à petit, tous les visages. La cérémonie du mariage commence. « Clara, voulez-vous prendre pour époux, Valentin, ici présent pour l’aimer et le chérir toute votre vie jusqu’à ce que la mort vous sépare ? ».Le prêtre a à peine le temps de terminer que le « sí » de Clara se fait entendre. Il sortait du cœur ! Au tour de Valentin d’accepter Clara comme épouse. Certains yeux deviennent brillants et des larmes coulent sur plusieurs visages. Les voilà unis devant Dieu. Leurs yeux pétillent, on sent l’amour qui les unit. Au début, ils ne voyaient pas l’intérêt de se marier, puis l’idée a fait son chemin dans leur tête et leur cœur et on se rend bien compte, ce jour-là, à quel point ce mariage est une grande preuve d’amour, un nouveau départ pour leur couple et une confiance en Dieu. La « réception » se déroulera ensuite sur le palier du quatrième étage de l’hôpital, où tout le monde avait apporté quelque chose à partager pour le repas. Les nouveaux époux se prêtent au jeu des photos puis, Clara retourne dans sa chambre car toutes ces émotions l’ont épuisée.

Quelques jours après, ils se marieront civilement. L’état de Clara se dégradera à nouveau, une fois le représentant de l’Etat parti. Je retournerai la voir le samedi, une semaine après son mariage religieux. Clara sera extrêmement fatiguée, elle m’écoutera même si elle n’aura pas la force d’ouvrir les yeux. Valentin me dira qu’il est à bout, qu’il ne supporte plus de la voir souffrir, que tout est accompli, que Clara a eu une belle vie et qu’il prie maintenant le Seigneur pour qu’il la ramène à lui. Je rentrerai à la maison et, quelques heures après, une de ses sœurs m’appellera pour m’annoncer le décès de Clara. Nous sommes le 19 janvier 2019. Je ne pensais pas être aussi triste suite au décès d’une personne du quartier, mais Clara n’était pas n’importe quelle personne, c’était mon amie. Durant sa maladie, nous avons tissé des liens très forts et très profonds et, grâce à elle, j’ai compris le sens de ma mission, de ma présence ici. Je suis extrêmement reconnaissante de cette amitié et de tout ce qu’elle m’a appris. Clara est un témoignage de foi incroyable : en un mois, elle a fait sa rencontre avec Dieu et a reçu tous les sacrements ! Elle avait une foi impressionnante et une profonde confiance en Dieu. Elle a eu la force de tenir jusqu’à son mariage, s’unir à l’homme de sa vie pour lui prouver son amour, lui demander pardon. Montrer à ses enfants que la vie vaut la peine d’être vécue à fond et l’importance de faire confiance à Dieu. Grâce à l’exemple qu’elle a donné, Rosa veut se baptiser ainsi que sa fille aînée.

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Sixtine de B.
Volontaire en mission en Argentine

On est responsable de ce qu’on a apprivoisé.

Victoire est en mission au Point-Cœur de Procida. Tous les vendredis, elle traverse la baie de Naples pour se rendre dans un centre des Missionnaires de la Charité pour enfants :

Victoire, au milieu au fond, avec les enfants du centre

Tous les vendredis, je me rends au couvent des sœurs de Mère Teresa dans le cœur de la vieille ville, pour aider une quinzaine d’enfants, de six à treize ans, à faire leurs devoirs. Le temps d’aide aux devoirs est divisé en trois : nous prions tous ensemble, puis nous travaillons, chaque volontaire avec un, deux, trois enfants et, enfin, nous nous défoulons tous ensemble dans la cour du couvent. J’aime ce temps chez les sœurs, qui me permet de découvrir une autre réalité que celle de la plupart des maisonnées procidanaises et, quel que soit le nombre d’enfants qui se présentent, je suis toujours sûre de rentrer au Point-Cœur avec un cerveau qui bouillonne et un ventre creux. Ces enfants habitent dans le quartier des sœurs et ont une énergie débordante et des capacités de concentration et d’intériorité plutôt limitées. Souvent issus de situations familiales complexes, ils peuvent avoir des histoires d’immigration difficile ou d’absence parentale. De manière générale, ils sont peu suivis et ont besoin d’affection plus que de soutien scolaire. On s’attache très vite à tous ces petits rebelles aux grands cœurs malades et, les voici le 6 janvier déguisés à l’occasion de leur spectacle de Noël pour les parents. A ma gauche, vous pouvez voir Marie, une jeune fille de dix ans qui paraît bien plus grande et qui a du mal avec l’estime de soi. Je ne l’ai même pas remarqué au début mais Marie s’est particulièrement attachée à moi. Quand elle arrive en retard avec ses cinq copines, elle vient se poster devant moi avec un énorme sourire en attendant que j’accepte qu’on fasse ses devoirs ensemble. Marie m’a aidée à voir que, dans la vie, certaines personnes semblent nous choisir plus que d’autres, ou parfois on les choisit plus que d’autres. Car elles s’offrent à nous et entrent dans notre coeur avec une facilité étonnante ou parce qu’elles sont mises sur notre chemin à un moment particulier. J’apprends ici, ces derniers mois, à être attentive à ces choix. A Points-Coeur notre mission première est d’apporter une présence, une amitié gratuite, notamment aux personnes seules ou mises à part. Si je remarque qu’un enfant de Procida ou un ami du Point-Cœur s’attache particulièrement à moi et/ou que je pense d’une manière particulière à lui, alors peut-être s’agit-il d’un « apprivoisement » comme l’entend Saint-Exupéry. Et, comme ce dernier l’a bien compris, on est responsable de ce qu’on a apprivoisé. Aussi, si je manque d’être attentive à ces personnes, si je ne m’applique pas à leur apporter la présence de Points-Coeur et à prier pour elles, je manque à ma mission au sein de l’Association car c’est par moi qu’elle pourrait passer pour toucher ces personnes.

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Victoire L.
volontaire en mission en Italie

Lever les yeux… pour voir le cœur !

Tout est nouveau quand on arrive en Thaïlande, pays si différent de la Belgique d’où vient Lucie. Alors le regard s’éduque à la nouveauté et les rencontres sont précieuses pour découvrir la beauté de cette réalité.

Lucie, Allen et des enfants devant le Point-Cœur de Bangkok

C’est une expérience assez déstabilisante d’arriver dans un quartier aussi dépaysant que le nôtre et de plonger directement au cœur de la réalité de ses habitants. Je me souviens d’une phrase que j’avais lue d’une ancienne volontaire en Thaïlande. Elle écrivait : « A première vue, les choses ne sont pas belles, mais elles ont une beauté cachée. Cette vie m’a appris à voir Dieu dans les petites choses ». Cette phrase me touche beaucoup, car elle m’invite à adopter une attitude de « chercheur de Dieu » dans ce quartier. Même si beaucoup de choses me font encore peur dans ce nouvel environnement (odeur, animaux, bruit, langue incompréhensible, etc…), j’essaie de chercher constamment des petites lumières dans ce labyrinthe de soi (ruelle en thaï). Pour vous donner une anecdote concrète, durant les premiers jours, lorsqu’on se déplaçait dans le quartier, je marchais toujours en regardant uniquement mes pieds (de peur de croiser un animal ou n’importe quel autre obstacle). Progressivement, je me force à lever les yeux en marchant et à chercher de belles choses dans ces minuscules soi : le regard d’un enfant qui passe, la dextérité des vendeurs de nourriture qui déambulent en moto, les (très nombreuses) photos du roi qui montrent la fierté des Thaïlandais pour leur pays, etc… Cette invitation à élever mon regard est un vrai enseignement pour toute ma mission. À première vue, la réalité n’est pas belle, c’est vrai, mais j’essaie d’aller au‐delà de cette première impression et de chercher activement le trésor plus grand qui se cache dans le Cœur de ses habitants.

Lung Sattapom et Lucie

J’aimerais vous partager ma rencontre avec un ami que j’apprécie beaucoup, Lung Sattapom. En trois semaines, j’ai déjà eu l’occasion de le visiter plusieurs fois puisqu’il réclame nos visites de manière assez insistante (en nous appelant plusieurs fois, chaque jour, au téléphone !) Suite à un accident, il a perdu la motricité de la moitié de son corps, du côté gauche. Chaque jour, un membre de sa famille l’amène avec sa chaise roulante dans le Sanam du quartier (un genre de terrain de basket). Il passe la journée là, à regarder les gens qui passent et à s’exercer en essayant de marcher. Il a une persévérance incroyable pour essayer de garder la forme ! Et il ne cesse de nous dire, qu’avant l’accident, il était beau et sportif ! Ce qui me touche beaucoup chez lui est son attitude fière et polie avec nous. Certes, il a une pauvreté physique évidente mais, en dehors de cela, je le vois vraiment comme un grand monsieur ! Il a un beau langage (je le sais par les traductions de mes sœurs de communauté, c’est le premier thaï du quartier que j’entends utiliser la forme polie que j’ai apprise à l’école), il fait preuve d’une grande patience pour essayer de comprendre ce que j’essaie de lui dire en thaï, il a des conversations intéressantes et pleines de sagesse, et puis, je trouve qu’il a un regard magnifique.

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Lucie M.
Volontaire en mission à Bangkok

Elisabeta : de mon humeur de chien le matin à la joie dès potron‐minet

Devenir amie n’est pas une petite affaire, mais une belle aventure qui se transmet. Philippine nous le décrit de Roumanie.

Elisabeta et Nina à Deva

C’est une femme d’une trentaine d’années qui est une grande amie du Point‐Cœur depuis, maintenant, dix ans environ. Comment vous la décrire ? Pour beaucoup, elle pourrait être décrite comme une femme avec un déficit intellectuel et des troubles psychiatriques. Pour moi, c’est avant tout une démarche de bonhomme, un blouson trop large pour elle et un bonnet sous lequel se dessinent des traits tsiganes, des grands yeux verts et un petit sourire en coin qui lui va bien. C’est une de mes pépites de mission. Cependant, mon amour pour elle au départ n’était pas transcendant : pourquoi fallait‐il qu’elle arrive toujours au mauvais moment ? Quand je dis mauvais moment, je parle, bien‐sûr, de tout ce qui se passe autour de moi avant mon réveil effectif de 10‐11h et mes quatre ou cinq litres de thé noir dans le sang… La grille grince, la porte claque, sa voix tonitruante résonne et vient m’assaillir de questions. Combien de fois me suis‐je sentie agressée par sa venue impromptue, me suis‐je demandée comment faisaient les filles pour l’accueillir avec tant de joie et de gentillesse ? Les semaines sont passées, j’ai commencé à m’habituer à sa présence et à ses venues inopinées.
Et puis, il y a eu ce soir‐là, où elle nous a invitées chez elle pour un dîner karaoké. Nous avions préparé quelque chose de très simple à partager avec elle. Peu à peu, à sa demande (plus ordre que demande d’ailleurs) et, à tour de rôle, nos voix si mélodieuses (!) ont résonné entre ses quatre murs. Elle aussi s’est prise au jeu de bon cœur, de si bon cœur que ses chansons sont restées dans nos têtes pendant un bon bout de temps. La soirée s’est clôturée ainsi et, me direz‐vous, cette soirée n’avait rien de foufou. Je suis pourtant repartie de chez elle avec une joie immense : comme si notre amitié enfin débutait. Depuis ce fameux soir, notre complicité grandit de jour en jour et je l’accueille maintenant (même le matin) à coup de petites blaguounettes, de sourires taquins et de regards malicieux. Car c’est désormais une de mes amis d’ici.

 

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Philippine G
Volontaire en mission à Deva

De visite en visite, les cœurs s’ouvrent petit à petit

Au cœur de la vie du quartier, de la vie de nos amis, de la vie du Point-Cœur de Naples… joies et consolations que découvrent Alice.

C’est le cœur de l’hiver à Afragola, le sommet du Vésuve est enneigé, et avec ce froid les rues sont bien calmes… un vrai temps de samedi saint ! Mais entre la prière, les visites, et la vie communautaire… cela non plus, cela ne nous arrête pas.
Notre communauté grandit avec l’arrivée d’Alberto (espagnol) et Michael (polonais) en mars. Et bientôt partira Evelina… difficile après deux ans ! Mais la présence de Point-Cœur auprès d’un peuple dépasse l’expérience seulement personnelle : certains sèment, d’autres récoltent, et tous les jours nous cultivons les liens de confiance et d’amitié !

Astrid en visite dans le quartier d’Afragola, Naples

Je m’étonne toujours avec quelle justesse les Afragolais perçoivent le sens de notre mission. Nos visites sont toutes simples : nous arrivons toujours à l’improviste, et au nom de Punto Cuore, la porte s’ouvre. La mamma nous reçoit tranquillement, comme sa propre famille, souvent dans un tout petit appartement. Nous nous asseyons autour de la table, qui est comme le centre de la maison. Le temps que le caffè de la machinetta monte, nous racontons nos nouvelles, nous rions de petits riens. Puis la mamma vient s’asseoir avec nous, et d’une voix plus basse nous confie souvent ses préoccupations… La semaine dernière, P. nous a demandé de passer chez elle. Son gendre a de lourds problèmes qui pèsent sur toute la famille, et elle avait besoin d’en parler, d’en pleurer. C’est toujours incroyable, ces dames qui ont vécu tant de choses, de se laisser consoler par deux jeunettes et étrangères comme nous… quelle preuve d’humilité !
Il y a V. aussi, qui nous ouvre son cœur petit à petit. Blessée dans son passé, elle a peur des relations humaines, n’ose pas sortir de chez elle hors de son travail. Nous sommes sûrement les seules à qui elle se confie… Quelle responsabilité de se savoir, pour certains, les seuls signes de consolation !
Nous allons comme ça, deux par deux. Nous veillons à être particulièrement présents lorsqu’un ami traverse une épreuve, mais la plupart du temps nous sommes tout simplement présents dans la vie quotidienne. Quand il y a des enfants, l’une de nous joue avec eux ou aide aux devoirs. Nous nous intéressons à leur famille, leurs histoires… à eux ! Nous fêtons les anniversaires et les onomastico (fête du saint), comme une manière de dire : tu es unique, et tu comptes pour nous. C’est une chose très importante surtout pour notre amie E. C’est une femme très simple, qui vit avec son père. Son anniversaire, son onomastico et la corrida (le concours de chant de la paroisse, dont elle a gagné cette année la coupe) sont les trois moments dans l’année qu’elle attend, dont elle parle sans cesse et se souvient. Les joies minuscules remplissent les cœurs simples.

 

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Alice A.
Volontaire au Point-Cœur de Naples

Sur les routes autrichiennes

Denis, en mission en Autriche, a l’occasion de témoigner de sa mission auprès d’autres jeunes…

La communauté du Point-Cœur de Vienne

Je suis souvent sur les routes dorénavant, afin de semer, encore semer et toujours semer. Quoi donc ? Tout simplement la possibilité offerte par Points-Cœur de faire une mission de volontariat à l’étranger. Pour mon plus grand bonheur, car cela est une grande joie, étant donné grande la diversité des rencontres qui me sont données de vivre ! De fait, nous ne sommes pas encore très connus ici.

Au festival des jeunes familles de Pöllau (bourg situé à une heure au sud de Vienne), j’y expérimentai le plus beau jusqu’à présent en terre autrichienne. Tout simplement, parce qu’il a été vécu en compagnie de belles personnes, ouvertes, curieuses, intéressées, et priantes surtout ! Malgré le temps parfois pluvieux et glacial, non de saison, le cadre, reposant et idyllique de la vallée y a largement contribué. Pour ces deux mille personnes et enfants, le rendez-vous est à nouveau donné pour l’été 2019…

Notre cadeau fut l’intérêt vrai de Rosa et Léopold, rencontrés lors de ce même festival. Après le premier week-end de discernement, ils ont donc dit OUI et partiront en mission avec Points-Cœur en septembre 2019. Je les confie à vos prières.

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Denis C.
Membre permanent, en mission en Autriche

Noël au Point-Cœur du Costa Rica

Pour le Point-Cœur Costa Rica, Noël et le Nouvel An ont été l’occasion de visiter les plus éprouvés de leurs amis.

Nous avons fêté Noël chez une amie, Mercedes. Cette amie a perdu, il y a six mois son mari Don Carlos, cet homme qui avait une insuffisance rénale, et qui m’a tant appris sur le fait d’offrir sa souffrance en s’unissant au Christ. Après la messe, nous sommes donc allées chez Mercedes et le miracle de cette Sainte Nuit fut que son fils, de quatorze ans, ait partagé avec nous le dîner de Noël. Ce jeune garçon, normalement ne sort pas de sa chambre, lorsqu’il y a des invités chez lui. La soirée fut simple et pleine de tendresse. Nous sommes rentrées au Point-Cœur pour déposer l’Enfant Jésus dans la crèche, et prendre un temps d’adoration pour rendre grâce à Dieu du grand cadeau qu’Il nous a donné en nous envoyant son Fils. Le lendemain, nous avons déjeuné chez Juli, qui avait préparé des tamalesde riz (spécialité du sud du pays), puis nous avons continué en saluant plusieurs familles du quartier.

Pour le 31, nous avons commencé à visiter nos amis dés 19h. Nous avons été embrasser Jenika, qui était en larmes pour l’anniversaire de la mort de son papa… Puis, Ana qui est atteinte d’arthrite et ne peut pas beaucoup bouger. Elle nous a tellement remercié de cette simple visite. Puis, Aida dont l’époux est décédé il y a peu de temps. Elle était déjà couchée mais elle s’est levée juste pour nous saluer. La famille d’Irénée (une jeune femme qui s’est approchée du Point-Cœur depuis peu), nous a accueillies comme si elle nous attendait ! Ce fut un beau moment pour faire plus ample connaissance. Monica était occupée à faire griller des brochettes pendant que les enfants s’amusaient dans la rue. Puis, nous avons frappé à la porte de Lijia. Nous avons un peu attendu, car Lijia n’avait rien prévu pour cette fin d’année, et toute la famille s’était réunie chez son ex-mari, alors elle est restée seule à regarder la télévision… Ce passage fut tout simple. Chez Estrella et Angel, l’ambiance était teintée de nostalgie, avec pour fond musical des chansons typiques du Nicaragua. Cette famille a fui la répression qui sévit dans ce pays… Enfin, nous avons terminé la soirée avec Yosseline et Mainor. Lui a été renversé, il y a un mois, par un bus, et depuis il est à la maison et il doit faire de la rééducation deux fois par semaine. J’ai été surprise d’apprendre qu’il allait à la messe avant sa séance de rééducation. C’est très rare de voir ces amis à la messe du dimanche, alors ce fut une grande joie d’entendre que Mainor cherche à se rapprocher du Seigneur.

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Agnès B.
Membre permanente, en mission au Costa Rica

Les lunettes de la Miséricorde

Tilda, volontaire hongroise, est en mission au El Salvador depuis neuf mois. Chaque semaine les filles de la communauté se rendent auprès de femmes qui se prostituent. Tilda raconte l’amitié avec l’une d’entre elle, Rosita. 

Tilda et une enfant du quartier du Point-Cœur

Je voudrais vous parler de Rosita, notre très chère amie qui est bien importante pour moi. C’est une femme très joyeuse avec un cœur immense. Elle m’a beaucoup enrichie. J’ai toujours hâte de la revoir. Sa bonne humeur est bien contagieuse, et je l’attrape toujours très rapidement. Comme moi, elle aussi adore être auprès de l’eau. Mais, malheureusement, elle est souvent très seule. Les membres du Point-Cœur sont ses seuls amis. La plupart de son temps, elle préfère le passer plutôt dans son « travail », ainsi, au moins, elle ne se sent pas seule. Elle parle de « son travail », d’une façon très naturelle, ça nous surprend, chaque fois. Son lieu de travail : c’est une petite chambre simple avec un lit. Rosita « travaille » en tant que prostituée, cela fait maintenant vingt-cinq ans. Elle nous raconte toujours sa journée avec tant de simplicité et nous dit, de façon naturelle, combien de visites elle a reçues. C’est une immense grâce d’être son amie. Et le plus grand cadeau est peut-être que notre amitié est bien plus importante, pour elle, que l’argent. Car, auparavant, si un client arrivait en notre présence, elle partait. Alors qu’aujourd’hui, si nous sommes avec elle, elle ne reçoit pas le client, malgré ses problèmes financiers. Je me rappelle qu’avant arriver ici, j’avais tellement mal de voir les clubs de nuits, j’ai même souvent détournée la tête. Maintenant, de la façon la plus naturelle au monde, je m’assoie à côté de Rosita, dans la petite chambre, en ignorant sa tenue incomplète et je bavarde avec elle sans soucis, en ignorant l’environnement, en ignorant les regards des hommes.

Nous préjugeons si facilement des gens que nous ne connaissons pas. Mais si, un jour, nous prenons « les lunettes de la miséricorde » de Dieu, à la place du jugement, nous pourrions nous tourner vers l’autre avec amour et tendresse. Rosita a été élevée par des parents adoptifs (elle était la seule fille adoptive). Avec ses parents adoptifs, elle avait une très bonne relation, comme s’ils étaient ses vrais parents, mais elle les a perdus très tôt. N’ayant pas une bonne relation avec ses frères adoptifs, elle est restée seule. Bien-sûr, ce n’est pas une raison pour qu’elle se prostitue, mais en connaissant son histoire, ça aide à comprendre mieux notre amie.

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Tilda S.
En mission au El Salvador

La présence de l’autre en face de nous !

Agnès est en mission à Athènes et continue de découvrir auprès des enfants, spécialement Biorgi, que l’amitié peut être une histoire mouvementée, mais qu’elle avance toujours….

Biordi, Martin, Thomas et Annabel au camp d’été en Grèce

Cette année, comme j’ai appris ! J’ai appris du bonheur, du courage, de la foi, de l’amour de nos amis mais aussi dans l’humiliation. Cette année, Dieu a démoli ma fierté à grands coups d’amour. Moi qui pensais savoir aimer et qui avais la certitude de savoir donner, je suis tombée de très haut devant l’amour et le don de soi de nos amis. « On donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. » J’ai vu des mères de famille usées par leur quotidien, nous aider dans nos tâches quotidiennes pour alléger le poids de notre mission pourtant bien moins fatigant que leur vie ; d’autres qui ne se nourrissent que de pommes de terre ou de pâtes, nous donner leur meilleur paquet de céréales pour nous offrir leur amour symboliquement ; nos voisins afghans qui ne manquent jamais de nous offrir leur jouet préféré pour nos anniversaires… Et moi qui pensais tout donner simplement en venant ici alors que je suis encore trop pudique pour même juste offrir une chanson à nos visiteurs sous prétexte que je suis timide. Quelle grâce de recevoir cette humiliation ! Mais trêve de parler de moi, parlons de mes maîtres.
Vous souvenez-­vous de Klaudia, ma petite mouche que j’aime tant ? Son frère Biordi est l’un de ces maîtres d’humilité qui me poussent dans mes derniers retranchements et me font découvrir qu’il suffisait simplement d’ouvrir la porte juste derrière moi pour accéder à une paix plus grande. Si Klaudia est une mouche, Biordi est un essaim d’abeilles ! Du haut de ses quinze ans, il court, saute, chante (très faux), crie, retourne notre maison en moins de temps qu’il n’en faut pour dire bazar. Mais ce qui m’agaçait le plus, c’était sa manie d’essayer d’apprendre à jouer du piano qui trône dans notre salon. Cela me rendait folle d’entendre toujours les mêmes mélodies un peu bêtes et très mal jouées à longueur de temps. Si bien que j’appréhendais chacune de ses visites. Un évènement en particulier nous a fâché pour un très long moment. Biordi étant adolescent, a trouvé drôle d’apprendre le mot « merde » en français pour le dire à chaque occasion. Nous n’en avons jamais fait trop grand cas car nous savions que ça lui passerait en grandissant et que plus on y prêterait attention, plus il prendrait plaisir à le dire ostensiblement. Mais durant le camp d’été auquel il participait, je lui ai demandé de m’aider à déplacer des tables et c’est le plus naturellement du monde qu’il m’a répondu « merde ». J’ai alors eu une réaction disproportionnée car il ne connaissait bien entendu pas ce que pouvait signifier exactement ce mot. Cette grosse dispute m’a profondément touchée et m’a montré mes limites. Je pensais venir sauver le monde et me voilà juste en train de blesser un adolescent. Le temps passant, nous nous disions tout juste bonjour en nous croisant et je demandais au Seigneur de m’aider à trouver son pardon. Biordi ayant grandi avec les volontaires du Points-­Cœur (il venait régulièrement passer un week-­end avec les volontaires quand il était plus jeune), son cœur est naturellement empli de compassion. Il était touchant de le voir faire lui aussi des efforts pour nous trouver des passions communes et ainsi nous rapprocher. C’est d’abord la musique qui nous a réunis. J’ai des goûts musicaux éclectiques et il écoute en général des chansons aux textes peut-­être un peu bêtes mais pas vulgaires. Avec un peu de bonne volonté des deux côtés, il m’a fait découvrir ses chanteurs préférés et nous discutions musique avec de plus en plus de passion dans la voix. Il a ensuite découvert que j’ai suivi des cours de judo pendant six ans et il s’est mis en tête de m’apprendre ses propres techniques d’arts martiaux. Je me retrouve ainsi souvent avec quelques hématomes dus à de faux mouvements mais surtout pliée de rire devant ses techniques inventées ridicules. C’est lors d’une de nos séances un peu douteuses de Kung Fu avec des coussins qu’il me demande humble-ment pardon pour cet été. Quelle grâce ! En étais-­je digne ? Vous me direz qu’il m’a pardonné après qu’on se soit tapé dessus mais c’est tout le contraire. Dans les arts martiaux, il faut sans cesse faire attention à ne pas blesser l’autre et le respecter. On ne pouvait plus s’ignorer mais il fallait être pleinement conscient de la présence de l’autre en face de nous. Qui aurait pu imaginer que mes années de judo allaient m’aider à entrer dans le cœur de cet adolescent ? Il m’a même proposé une sortie prochainement. Notre amitié continuera donc de grandir doucement ….

 

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Agnès B.
En mission à Athènes

Être une grande soeur

Hermine est arrivée au Point-Cœur de Deva depuis bientôt deux mois. Elle découvre la mission, si finalement il s’agissait simplement « d’être une grande sœur » ?

Alexia

Depuis que je suis arrivée à Deva, j’ai rencontré beaucoup d’enfants, tous très différents. Pas facile de savoir ce dont ils ont besoin, tant les situations familiales et les difficultés de chacun sont différentes mais je crois, en fin de compte, que ce qu’ils attendent de moi c’est simplement que je sois pour eux comme une grande sœur. La première fois que je suis allée visiter « Pe Deal », un des quartiers tziganes situé sur les collines qui bordent la ville, j’ai fait la connaissance d’Alexia. A peine arrivée, je vois cette petite fille, toute frêle, courir vers moi pour se jeter dans mes bras. Immédiatement, elle me demande : « Est-ce que tu veux bien être ma grande sœur ? » Je ne m’attendais pas à une telle question ! J’ai répondu « oui ». Elle était toute heureuse et nous avons commencé à jouer ensemble. Quand je suis revenue la semaine suivante, nous l’avons croisée sur le chemin. Elle revenait de la boulangerie avec un autre petit garçon. Alors que nous marchions ensemble, elle s’est tournée vers moi et m’a demandé avec de grands yeux inquiets : « Tu es toujours ma grande sœur ? » Et moi qui me demandais quelques minutes auparavant si elle se souvenait de moi ! « Bien sûr », lui ai-je répondu. Un grand sourire s’est dessiné sur son visage. Ce n’est pourtant pas évident d’être une grande sœur pour ces enfants dont la vie est si différente de la mienne. Heureusement, j’ai deux ans pour apprendre à l’être !

Alexia, ravie de cuisiner au Point-Cœur

Quatre petits visages m’ont beaucoup appris sur ce rôle si important et si exigeant à la fois. Ce sont ceux de Diana, Andra, Ela et Alexia. Ces quatre sœurs aux immenses yeux bleus vivent à Bejan, un autre quartier tzigane proche de notre maison. Elles habitent tout au bout d’un petit chemin de terre, dans une étroite baraque faite de bric et de broc et, malgré la pauvreté du lieu et les difficultés de leur vie quotidienne, chacune d’entre elles rayonne d’une joie unique. La première fois que je les ai rencontrées, alors que nous jouions ensemble dans l’unique chambre de cette pauvre maison, leur maman ouvre brusquement la porte et se fâche violemment. Les rires et les jeux cessent immédiatement aux cris de cette dernière et chacune s’éclipse rapidement pour ranger le linge, balayer le sol, apporter du bois pour le feu… Chaque fois que nous venons passer un moment avec elles, nous assistons à la même scène. Leur maman arrive tout d’un coup, le visage fermé et plein de colère, et les rappelle à l’ordre à grand renfort de cris et de claques. Malgré tout cela, cette maman est, elle aussi, très touchante. Je crois que quand elle crie, ce sont toutes ses souffrances et sa solitude qui jaillissent comme si elle ne pouvait plus les contenir. Dans ses yeux, les mêmes grands yeux bleus que ceux de ses filles, se lit une immense tristesse. Au fond, je suis sûre qu’elle les aime, mais elle ne sait tout simplement pas comment le leur dire ou le leur monter. Peut-être que personne ne lui a jamais appris comment faire…

Un après-midi, alors que nous étions venues pour l’anniversaire d’Ela et que nous jouions dans la maison avec les filles, elle est entrée, comme à son habitude, furieuse. Puis… surprise ! Elle est venue s’asseoir à côté de nous pour discuter. Telle une petite fille timide, elle nous a posé quelques questions avant de nous proposer un sac de pommes : « Elles sont très bonnes vous verrez ! Prenez-les, j’en ai trop, elles vont se perdre ! » Profitant de l’occasion, nous lui demandons si elle accepterait que ses filles viennent chez nous pour cuisiner quelque chose avec ces pommes. Elle accepte et, le samedi suivant, nous passons l’après-midi à cuisiner avec Diana, Andra, Ela et Alexia. Je me rends vite compte que ce qui les intéresse, ce n’est pas tant ce que nous allons cuisiner mais plutôt le fait de passer un moment spécial avec nous. Elles parlent toutes en même temps, nous racontent leur journée, Ela prépare de petits gâteaux avec Nina, Alexia voudrait jouer avec tous les jeux en même temps… Notre cuisine résonne de rires et je suis heureuse pour ces petites filles qui semblent souvent bien trop sérieuses pour leur âge. Quelle joie de partager ce moment tout simple avec elles. C’est peut- être ça, être une grande sœur !

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Hermine P.
Volontaire en mission en Roumanie

Une alliance pour toujours

Charlotte termine sa mission de deux ans au Point-Cœur de Barrios Altos au Pérou. Elle vit la despedida, temps des abreuvoirs et temps de grâce. En deux ans, une alliance est scellée pour toujours !

La communauté du Point-Cœur de Barrios Altos : Agnieszka, Charlotte, Lukas et Mariano

Dans tous les Points-Cœur du monde, la fin de la mission est marquée par un temps particulier : la despedida. Un moment privilégié pour remercier les amis. Jamais je n’aurais imaginé recevoir autant de bonheur en un mois, surtout que j’ai généralement du mal à dire au revoir ! La mission, à l’image de la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, est caractérisée par l’amour des petites choses, le soin donné à chaque détail pour que l’autre se sente bien chez nous, ait un espace pour être lui-même et retrouver un peu de souffle dans sa vie. L’amour du temps présent, où Dieu se donne à chaque minute. Eh bien, vraiment, Il m’a permis de savourer chaque goutte de notre vie jusqu’à la fin !

Au fil des dernières visites, derniers repas partagés, derniers échanges, j’ai pris conscience à quel point mon cœur s’était ouvert. Si l’on réfléchit en vérité, quel intérêt pourrait-on trouver à un quartier jonché de poubelles, où de nombreux jeunes vendent de la drogue et en consomment ouvertement, où on entend tant de disputes dans les maisons, où les chiens règnent en maître et où les transports n’ont aucun confort ? Comment est-il possible de rester un ou deux ans au milieu du bruit, de la saleté, de la violence, de la pauvreté morale de tant de personnes ?

C’est seulement que, dans ce quartier, il y a Bertha et José Antonio, soldats de la vie, Sonia, âme blessée qui hurle si souvent vers Dieu et me rappelle mes propres cris, il y a Fakoundo, trois ans, petit bonhomme si avide d’apprendre et si heureux de donner tant de joie quand il vient jouer chez nous. Et celle qui consomme de la cocaïne le soir, c’est Marie, qui me bénit chaque fois que je passe devant elle. Nos amis sont des personnes blessées à vif, qui n’ont rien à défendre : aucun bien de grande valeur, aucune histoire bâtissant une famille illustre et reconnue, aucune carrière brillante. La blessure est grande, et pour beaucoup, elle prend des années à cicatriser. Quelques-uns ferment leur cœur. Mais la grande majorité l’ouvre de part en part, est prêt à tout recevoir. Chaque sourire, chaque jeu, chaque prière ensemble, chaque bon repas, chaque petit geste d’affection est accueilli comme un baume bienfaisant sur cette plaie qui fait si mal.

Face à eux, nous sommes apparemment ceux qui avons. Cependant, une fois atterrie à Lima, il m’a fallu moins d’une semaine pour voir mon incapacité d’aimer, mes blessures, mes préjugés, mes doutes… et voir que je fais partie de cette humanité blessée. L’amitié que nous vivons ensemble va jusqu’au bout. Il n’y a plus de hiérarchie entre nous, ou plutôt si : ce sont eux, mes maîtres en amour.

Oui, pour un long moment je ne les verrai plus, ils ne me verront plus, mais le lien que Dieu a créé entre nous ne se détruira jamais. D’abord, je les aime pour toujours, ils sont dans mon cœur pour toujours. Ensuite, ils le savent : je pars, mais la communauté reste, la maison reste, ils pourront toujours frapper à la porte. Pour beaucoup, nous sommes leur seule famille. Enfin, et c’est au cœur de notre vie : chacun est unique, personne n’est remplaçable, mais si on s’attache à chaque visage, c’est parce qu’il nous renvoie à quelqu’un de plus grand, à un amour encore plus grand, à la source qui permet ces amitiés, à Celui qui seul sauve. Et c’est un lien pour toujours.

 

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Charlotte C.
Volontaire en mission au Pérou

Biou, un petit ange de notre quartier

Une amitié longue à construire… Astrid nous raconte celle avec Biou, fidèle du Point-Cœur de Bangkok.

Biou

Le visage que je souhaite vous présenter est celui de Biou. Cet adolescent de quinze ans est notre voisin. Petit, il participait à toutes les sorties organisées par les filles du Point­Cœur puis, il est devenu grand et les sorties devinrent plus difficiles. Son handicap, une forme d’autisme, l’enferme dans son monde et l’isole des autres enfants. Petit, beaucoup se moquaient de lui mais, désormais, il est devenu grand et bien plus fort que les autres par sa corpulence, alors les enfants l’embêtent moins mais ne sont pas moins durs avec lui. Il apparaît souvent sur le pas de notre porte lorsque nous déjeunons, et nous demande s’il peut se joindre à nous. Lorsque nous ouvrons la maison aux enfants, ça lui arrive de venir aussi. Souvent, il est très difficile à gérer avec les autres enfants, il ne sait pas exprimer ce qu’il ressent ni comment jouer avec eux, alors il les embête et peut être très violent, ou bien il décide de s’allonger de tout son long au milieu de la pièce et de ne plus bouger. Parfois même, lorsqu’il nous voit rentrer chez nous en fin de journée, il essaie de rentrer bien que nous lui expliquions, comme aux autres enfants, que ce soir nous n’ouvrons pas. Mais nos explications sont veines et il a tellement de force qu’il nous met dehors et alors, de longues minutes de négociations commencent pour pouvoir entrer chez nous ! Dès le début de ma mission, ce garçon m’a beaucoup touchée. J’essayais alors très vite de créer une amitié avec lui, une complicité qui me tenait à cœur. Je voulais lui montrer mon amour, entrer dans son monde et devenir ami avec lui mais c’était à lui de choisir et non à moi. Cette amitié ne m’appartenait pas. Ce fût long. Parfois, il était adorable à la maison, parfois on devait lui demander de sortir car la situation devenait incontrôlable avec les autres enfants. Un jour que la maison était pleine des cris de joie des enfants, je coloriais avec l’un d’eux des coloriages que j’avais rapporté de France. Biou vint et s’imposa. Il voulait dessiner avec moi mais seulement avec moi, pas avec les autres enfants. Alors, il commença à s’appliquer et, pour la première fois en presqu’un an, je le vis concentré sur quelque chose plus de dix minutes. Il coloria pendant une heure avec beaucoup de calme et d’application. Nous nous sommes regardées avec Pauline et nos regards se disaient : « Yes ! On a réussi ! » On n’avait rien réussi du tout, c’était lui qui avait réussi. Le temps de quelques heures, il a su trouver le calme et l’apaisement dans son coeur d’enfant si meurtri par les moqueries, l’incompréhension de son entourage et peut-­être aussi le manque d’amour. Le lendemain, on se croise dans la rue et il m’interpelle : « Phii Saaj ! N’oublie pas, samedi prochain on doit finir le coloriage qu’on a commencé ensemble ! » J’étais si touchée par l’attention qu’il me portait et par son application à vouloir finir ce qu’il avait commencé. J’avais réussi une chose, à être ami avec lui. La fois d’après, je jouais avec un autre enfant lorsqu’il se mit à colorier. Comme tous ces enfants, lui aussi a besoin d’attention et d’amour. Colorier tout seul, quel intérêt ? Aucun. Alors, il a commencé à embêter les autres, j’ai tenté de lui expliquer qu’on ne pouvait pas être qu’avec lui tout le temps mais il ne comprenait pas. Sa volonté de finir ce coloriage était si belle, son appel si grand que je l’ai finalement rejoint. Il a terminé tout seul mais j’étais à côté et je l’encourageais. Quelle fierté on pouvait lire sur son visage quand j’ai accroché son coloriage au mur près des dessins des autres enfants à la fin de l’après-­midi. Il avait réussi quelque chose et c’était beau.

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Astrid R.
En mission en Thailande

Apprivoisement par le jeu

Maguelonne vient de rejoindre Guillemette, Chiara et Paola au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. A défaut de pouvoir engager de grandes conversations en Tamoul, elle apprivoise les enfants du quartier à travers les jeux.

Guillemette, Chiara, Maguelonne, Paola et Paulina du Point-Cœur de Chengalpett

C’est avec Yenbitnes que j’ai fait la première expérience de créer un lien avec un enfant sans l’aide de Paola, Guillemette ou Chiara. On est arrivé à quatre dans la maison des parents de Vanu, et Yenbitnes se trouvait là. C’est le fils de la voisine, il a quatre ans. Il était très impressionné et timide de voir arriver autant de monde dans cette maison. Je lui ai posé quelques questions en tamoul, mais face à sa passivité et après avoir remis en question ma prononciation, je lui ai proposé des jeux. Timidement, il s’est approché, pas de trop près quand même. L’avantage avec les petites voitures, c’est qu’on peut jouer en restant loin. C’est d’un bout à l’autre de la pièce que l’on commence à s’échanger des regards, des mots, des gestes, des sourires et des rires ! On est parti en laissant sur son visage un sourire heureux.

Le jeu préféré des enfants c’est le Memory. Pendant ces quatre semaines, j’y ai joué un bon nombre de fois (je stimule ma mémoire pour mieux retenir le tamoul !). Dans une maison du haut de la ville, dix enfants étaient là (les enfants du voisinage), avec eux les règles sont différentes. Le but du jeu est de trouver toutes les paires, pour cela tous les coups sont permis : mettre sa mémoire au service de l’autre en l’aidant à trouver la paire, respecter le tour de chacun pour profiter du jeu, accueillir et intégrer la nouvelle venue qui rentre juste de l’école, partager la joie du suivant qui trouve la paire, ne pas compter les points et commenter les images. J’étais très surprise de voir leur partage naturel, leur facilité à profiter pleinement de cette demi-heure de jeux et leur capacité à créer une unité entre chacun quand l’un part, l’autre arrive, le troisième chante, le quatrième combat les moustiques, le cinquième démarre un autre jeu. L’important est de jouer, de s’amuser et de profiter de ce moment ou de respecter les règles, de faire régner l’ordre et de gagner. Ces enfants ont très bien su me montrer ce qu’ils souhaitaient ! […]

J’ai fait la connaissance d’une famille qui habite après la décharge de Chengalpet. C’est un quartier d’intouchables situé à l’écart de la ville. Avec Paola, j’ai d’abord rencontré Vagesh (dix ans) qui me demandait d’aller jouer chez lui, puis il nous a présenté son petit frère Harish (neuf ans) et sa mère, Parimala, qui attendait devant la maison. Paola, les a rencontrés en même temps que moi. Impatients de jouer et ne tenant plus en place, les garçons me demandaient : « Maggy akka, games games ! »et la valse rapide des jeux a commencé ! J’ai sorti les Mikados, jeu qui demande une certaine dextérité et concentration. Leur but était juste de jouer le plus possible pour profiter de ces jeux qu’ils n’ont pas. Incapables de contenir leur énergie et leur enthousiasme, ils criaient « tricheur » pour arriver plus vite à leur tour, mais ils allaient à toute vitesse donc leur temps de jeu se réduisait à deux secondes… Ils me lançaient chacun leur tour un regard qui voulait dire : « J’espère que tu n’as pas vu les mikados bouger, comme ça je peux continuer à jouer. »Malheureusement pour eux, le frère n’avait pas ses yeux dans les poches ! Memory, Jenga, la même énergie vivante les habitait. C’est le papier et les crayons qui les ont un peu apaisés. Vagesh, Harish et Parimala ont laissé une trace de ce qui se passe dans leur être, une trace de leur passage. Il me tarde de les retrouver, Paola a croisé Vagesh hier qui rentrait de l’école, il a insisté pour qu’on revienne jouer chez lui. C’est dingue, trente minutes de jeux partagés ensemble il y a deux semaines, et il garde ce souvenir bien présent.

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Maguelonne G.
Volontaire en mission en Inde

Où se trouve la beauté de nos amis ?

Mama Julia et Bertille

De retour depuis peu de sa mission au Point-Cœur de Barrios Altos, Bertille se livre sur cette expérience qui reste mystérieuse et bien réelle.

Si je devais résumer ma vie avec vous aujourd’hui, je dirais que ce sont d’abord des chansons de reggaetón. Car si Dieu laisse son serviteur se reposer, le reggaetón et la salsa ne laissent pas ce luxe dans mon quartier. J’ai fait mienne la prose de haute volée qui me permettait étonnamment de communiquer plus facilement avec mon entourage qu’avec des citations bibliques. Il y en a même une qui a traduit, en des termes simples, le fondement de toute ma mission : « Tú me partiste el corazón, ¡Ay mi corazón! Pero mi amor no hay problema, ahora puedo regalar un pedacito a cada nena… » Maluma n’avait probablement pas une soudaine fibre dominicaine quand il a écrit sa chanson, mais en disant que s’être fait briser le cœur lui avait permis d’offrir un petit bout à chaque fille, il traduisait façon Barrios Altos ce que disait le Père Dehau : « Le cœur de l’apôtre, comme celui de son divin Maître, appartient à tous : tous ont le droit d’entrer dedans. » C’est ce que cette année m’a appris : le fondement de toute vie évangélique est de tout livrer à Dieu et d’offrir son cœur à l’autre pour qu’il y trouve ce qu’il cherche. Et cela ne peut se faire sans se débarrasser des innombrables couches de peurs et d’idéaux dont on le recouvre pour se protéger. J’avais besoin de tout jeter par les fenêtres puis de me jeter moi-­même par la fenêtre pour comprendre cela, et je rends grâce à tous ceux qui l’ont permis. En manque de tout, prenant de plein fouet toute la souffrance qui me faisait si peur, je n’ai jamais expérimenté un tel bonheur, ni une telle liberté.
J’ai commencé cette lettre un mois après mon retour, en me disant qu’elle serait l’apothéose de mon témoignage, que j’y mettrais tout ce qu’il y a de plus beau dans ma mission, dans mes amis. La réalité, dans une attitude proprement dictatoriale, a refusé de se conformer à mon projet si bien ficelé, et trois mois plus tard j’étais toujours bloquée devant ma page. Cette année a transformé ma vie dans ses plus petites dimensions. Pourtant, quand j’essaie de parler du Pérou, je me heurte à un obstacle des plus frustrants : il me semble impossible de transmettre ce qui compte le plus pour moi et dépasse sans nul doute tout le reste. Je peux parler de Dieu (un peu), de mon quartier créole et de son charme désordonné (beaucoup). Mais je n’ose m’étendre sur ce qui a fait la magie de ma mission : mes amis et mes frères. Comment expliquer à quel point ils sont merveilleux quand au détour d’un « mais comment sont-­ils ? » je n’ai pas l’ombre d’un argument pour décrire leur beauté… En cherchant la beauté dans chaque personne qui demandait mon amitié, j’ai découvert qu’elle ne se situait pas là où je la trouvais avant (dans ses qualités) mais dans son âme. Ce petit bout de divin que porte chaque homme et qui est, au-­delà de tout trait de caractère, la marque unique de sa personnalité. C’est quand on a accès à cette toute petite chose que la personne devient passionnante. L’amour est complètement sous-­coté, en fait, c’est un terrain d’exploration tout à fait fascinant ! Il est difficile de décrire une expérience aussi grande quand on l’a vécue à travers des choses si simples. Poursuivre mon entourage avec ma musique de barbare en leur promettant que ça les rendra joyeux ne m’est pas trop difficile. Leur faire comprendre combien sont émouvantes les lettres d’adieux de Fátima, faites de chansons de reggaetón recopiées devient étrangement compliqué. C’est probablement parce que les mystères auxquels nous touchons nous dépassent complètement.

 

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Bertille D.
En mission au Pérou

Paolo et Carla… Les mystères de la beauté du cœur

Accueil des enfants au Point-Cœur de Simões Filho

Arrivée au Point-Cœur de Simões Filho au Brésil, Angélique vit ses premières rencontres avec intensité, « le cœur dilaté d’une joie toute simple ».

Ce qui m’impressionne est le contraste qu’il y a entre les conditions de vie misérables de nos Amis et leur beauté ! Beaucoup portent dans leur regard quelque chose qui m’est mystérieux et qu’ils vont m’apprendre à connaître au long de ces mois. Le regard des enfants en particulier, eux qui sont pourtant tellement blessés souvent dès leur plus tendre âge, va droit au cœur.

Chaque semaine, nous allons à l’orphelinat de Simões Filho, dirigé par une femme extraordinaire, âgée aujourd’hui et véritable grand-mère des orphelins, qui a donné pour eux toute sa fortune et se démène jour après jour pour leur offrir un foyer. J’y ai rencontré Paolo. C’est un grand garçon maigre d’une dizaine d’années, qui souffre d’un retard mental, mais surtout d’une soif d’amour insatiable. Le voyant seul, à l’écart, je lui ai souri. Il s’est laissé apprivoiser doucement et, soudain, m’a fixée d’une façon qui m’a tellement transpercée. Il exprimait une soif désespérée. J’ai soutenu ce regard plusieurs secondes, incapable de l’abandonner des yeux. Et soudain, il m’a déposé un baiser sur la joue, avant de poser sa tête sur mon cœur comme un tout petit enfant… J’étais bouleversée. Combien d’enfants ont ce regard, trop grave pour leur âge, combien d’enfants crient silencieusement !

Une autre rencontre qui m’a beaucoup marquée a eu lieu lors de ma première visite à l’hôpital, avec Karolina. Carla y était hospitalisée, attendant depuis deux jours d’être opérée dans un autre hôpital plus équipé, après avoir reçu une balle d’un locataire refusant de payer son loyer. Quand nous l’avons vue, elle avait le visage marqué par l’angoisse. Son mari est parti, elle est mère de six enfants dont la dernière a à peine six mois, et ceux-ci sont seuls durant son absence. Elle ne sait même pas quand elle va être opérée, ni combien de temps va durer l’hospitalisation. Peu à peu, elle s’ouvre à nous, exprime son angoisse, le visage sillonné de larmes, et en même temps si belle, si courageuse dans sa douleur de mère ! Je ne comprenais pas bien ce qui se disait, je priais donc intérieurement. Avec une immense tendresse, Karolina lui a nettoyé sa main encore maculée de sang. Le silence s’est fait. Un peu en retrait, soutenant le bras blessé de Carla, j’étais émerveillée par la scène, véritable instant béni au cœur d’un drame. Quand nous nous sommes quittées, une petite flamme d’espoir dansait dans les yeux de Carla, et dans mon coeur battait cette phrase de l’Évangile vécue sous mes yeux : « J’étais malade et vous m’avez visité […] En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Nous nous sommes séparées toutes les trois, le cœur dilaté d’une joie toute simple.

 

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Angélique duC.
En mission au Brésil

Ramesh et Ramu, comme père et fils

Ramesh au Jardin de la Miséricorde

Au Jardin de la Miséricorde, nous avons accueilli, il y a quelques mois, Ramesh, un nouvel habitant d’une cinquantaine d’années.

Les premiers temps ont été difficiles pour lui et nous sentions bien qu’il avait du mal à trouver sa place et à être heureux chez nous. Originaire de Chennai, pas très loin du Point-­Cœur de Kasimode, ce sont les volontaires qui nous l’ont amené. Il vivait auparavant chez les Petites Sœurs des Pauvres mais son comportement parfois violent posait problème et il s’est retrouvé pratiquement à la rue. Pour nos pensionnaires du Jardin, il est difficile d’accueillir un nouveau au milieu de leur existence déjà bien réglée, mais Ramesh ne prenait pas tellement d’initiatives non plus pour participer aux tâches de la vie quotidienne. Si nous ne lui demandions pas explicitement d’aider à la vaisselle, par exemple, il restait assis à attendre que cela se fasse sans lui. Il avait sûrement perdu l’habitude dans les différents lieux où il avait été accueilli auparavant car il était pris en charge du début à la fin. Puis, petit à petit, il a commencé à s’ouvrir un peu et à sourire, mais il demandait constamment aux volontaires de Chennai de le ramener avec Ramesh eux. Que faire, puisqu’il n’avait aucun autre lieu où aller ? Les Petites Sœurs ne voulaient plus entendre parler de lui. Puis, un jour, la situation familiale d’une femme du village voisin que nous connaissons bien est devenue très délicate. Et son fils de trente-­cinq ans, qui souffre d’une maladie nerveuse depuis qu’il est petit, a dû trouver refuge au Jardin pour quelque temps. Ramu a ainsi débarqué dans notre vie et nous avons proposé à Ramesh de s’occuper de lui. Ramu peut parler et est indépendant pour se laver et faire sa lessive. Mais il ne peut pas tenir sur ses jambes et ses tremblements incontrôlés l’empêchent de se nourrir seul. Et voilà que nous avons vu Ramesh devenir comme un père pour lui. Et non seulement pour lui, mais, d’une certaine manière, il est maintenant, de manière très naturelle, une présence paternelle pour le Jardin. Il est très présent en cuisine, s’occupe toujours de me garder un peu de nourriture de côté lorsque je suis à l’extérieur et arrive après l’heure du repas, s’inquiète si je suis en retard, vérifie que j’ai bien pris du dessert, m’interroge sur ma journée, même si nos conversations en tamoul sont bien limitées. Et il a ces mêmes préoccupations pour les autres aussi. Son goût pour la prière a grandi et il est le plus fidèle aux temps quotidiens d’adoration silencieuse, pendant lesquels nous l’entendons toujours sortir son chapelet de sa petite boite en plastique. Il égraine les « Je vous salue Marie » et il est heureux. Son visage rayonne. Il retourne parfois passer un ou deux jours à Chennai mais il rentre toujours à la maison, au Jardin.

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Alexis D.
En mission en Inde

Qui sont ces visages qui rendent notre quartier si beau ?

Premiers regards sur son quartier de mission : Pierre-Vincent ouvre grand les yeux sur ce/ceux qui l’entoure(nt) à Arafat, quartier du Point-Cœur de Dakar.

Marie-Christine et son regard timide

Je ne pense pas que l’on puisse dire que notre quartier est beau. Les rues sont faites de sable, on trouve des chiens errants et des chats plein de puces, des chèvres en liberté se nourrissant des restes de repas et de carton lorsqu’elles ont un petit creux (nos amis disent que c’est bien pour la digestion), des vaches avec des cornes de trente à soixante centimètres, heureusement très douces… A cela, vous ajoutez les centaines de raccords électriques sur un seul poteau et les déchets qui traînent un peu partout. Enfants comme adultes jettent tout dans la rue, du morceau de journal qui enveloppe leur sandwich aux spaghettis (PDJ local), en passant par le sachet de bonbon. Tout est jeté, la rue est une poubelle. Cependant, tous les matins à 6h30, les femmes d’un même immeuble se relaient tout au long de la semaine pour balayer la portion de rue devant leurs immeubles, puis s’en vont évacuer ces déchets au passage du camion poubelle vers 9h (vous ne pouvez pas le louper, il klaxonne si fort et si longtemps…). S’en suit alors une longue file de femmes qui attendent, sacs poubelle à la main, de pouvoir jeter la récolte du matin. Ces femmes veulent que leurs enfants puissent grandir dans une rue propre. Elever leurs enfants dans la dignité, voilà le fond de leurs gestes. Les rues sont ainsi propres le matin et sales le soir : la vie est un cycle, je le savais, mais je ne connaissais pas ce cycle-­là. Non, notre quartier n’est pas beau extérieurement et selon nos critères il est laid. Si vous demandez à un habitant d’Arafat s’il trouve son quartier beau ou laid, il vous regardera l’air ahuri et ne comprenant pas vraiment la question. Effectivement, s’il est né ici, c’est son quartier, c’est comme ça. Le seul point de comparaison dont il dispose ce sont les maisons des blancs dans les séries TV Novelas qu’ils passent leur temps à regarder (avec tous les matchs de foot). Ah oui, j’oubliais ici, blanc se dit « Toubab » et Toubab = riche et modèle de beauté. A chaque fois que vous marchez dans la rue pour aller prendre votre bus, les taxis qui passent ont la fâcheuse manie de vous klaxonner. « Un toubab est riche, il ne marche pas, il cherche un taxi donc je le klaxonne ».
Non, notre quartier n’est pas beau extérieurement. Avec le temps on s’habitue. Et surtout, il est beau et riche de tous nos amis. Ce petit Marcel qui vous saute dans les bras dès que vous franchissez le seuil de la porte, la voisine d’en face, Eva da Costa, qui vend des shampoings en écoutant du rap toute la journée sur son enceinte. Elle a toujours une minute pour vous apprendre quelques mots de Wolof, elle est également joueuse de foot pro. Cette petite Marie-­Christine qui vous regarde les yeux grands ouverts de derrière un poteau avant de venir vous réclamer timidement un câlin. Diminega, sa mère, qui passe son temps à travailler pour scolariser ses enfants. Elle m’a appris à cuisiner sénégalais, c’est déjà une grande amie. Oui, la beauté de notre quartier est cachée dans les visages de nos amis. C’est vrai au Sénégal, mais c’est aussi vrai en France. Dans notre quotidien, on trouve la beauté de notre journée dans une rencontre, un footing, un dîner avec des amis et non dans une ligne de métro que l’on connaît par cœur ou encore ce trajet que l’on refait pour la énième fois. C’est une des premières choses que j’ai apprise ici, la laideur de notre quartier ne conditionne pas notre capacité à apprécier la vie et à aimer nos amis qui nous aimaient même avant notre arrivée. En effet, quelle joie pour moi de m’être senti aimé tout de suite. Dès mon arrivé dans la maison, une vingtaine de dessins d’enfants venaient en témoigner. Des « Bienvenue Pierre-­Vincent ! » écrit bien maladroitement et des petits hommes crayonnés ressemblants davantage à des oiseaux qu’à un volontaire Point-­Cœur. Beaucoup d’enfants connaissaient déjà mon prénom. Ils toquent à la porte durant toute la première semaine pour rencontrer le ku Bes (nouveau en Wolof). Les vingt-­cinq années de notre Point-­Cœur dans le quartier et le sens incroyable de l’accueil des Sénégalais expliquent que l’on se sent bien tout de suite. Vingt-­cinq ans de présence c’est vingt-­‐cinq ans d’amitié, certes les volontaires défilent et restent un ou deux ans, mais le lien perdure. Lorsqu’on arrive, on reçoit des amis en héritage, vingt-­cinq années d’héritage.

 

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Pierre-Vincent D
En mission à Dakar

Welcome to the Philippines !!

Marguerite et les enfants à Navotas, devant le Point-Cœur

Marguerite est arrivée depuis peu à Manille au Philippines, plus particulièrement à Navotas, ce quartier où est installé le Point-Cœur depuis 25 ans ! Ouvrons les yeux… Nous y sommes :

Cela fait un peu plus d’un mois que je suis arrivée à Manille et j’ai déjà tant de choses à raconter! Ma première heureuse découverte a été la joie et l’accueil du peuple philippin. Mon physique d’ Amerikano m’attire des sourires, salutations et de nombreux : « Hello ma’am, welcome to the Philippines ! » Il est agréable de se sentir la bienvenue dans un pays complètement inconnu. Le Point-­Cœur se situe à Navotas, au nord-­est de Manille. Quelle a été ma surprise de découvrir la beauté de notre quartier, moi qui m’attendais à un endroit bruyant, sale et pollué ! Les banderoles bariolées, les maisons colorées, les enfants, les visages… La pollution et les déchets ne sont plus qu’un détail dans ce lieu grouillant de vie. Cela n’empêche pas les coqs de chanter à n’importe quelle heure de la nuit ou les voisins d’écouter de la musique dès 5h du matin, mais cela a le mérite de m’avoir donné un sommeil à toute épreuve. La vie des habitants de Navotas est principalement extérieure. Les enfants jouent dans la rue ou sur un terrain de basket, les adultes discutent devant leur maison, certains se retrouvent le soir pour boire et chanter… Et plus la musique est forte, plus la fête bat son plein. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir le karaoké et chanter à longueur de journée.

Les enfants du quartier font ma joie. Dès mon arrivée de l’aéroport, j’ai été encerclée par cette bande de moucherons, dont tous les noms m’ont été donnés à la fois, tout excités et joyeux de voir une nouvelle tête. Quasiment tous les jours, j’apprends le nom de l’un d’entre eux, avant de l’oublier le lendemain. En même temps, ce ne sont pas des Nicolas ou des Léa, mais des Motmot, Bébé, C.J, Francenel, et j’en passe… Impossible de sortir de la maison sans qu’un ou plusieurs courent vers nous, nous enlacent et essayent de nous suivre le plus loin possible.

Tous les dimanches matin, nous prenons un « tricycle » (une moto à laquelle est accroché un side-­car) jusqu’à une cathédrale où une salle a été consacrée par l’évêque à l’accueil des enfants des rues. Ils y viennent pour jouer avec nous et recevoir un repas préparé par plusieurs mamans. A mes yeux, leur comportement diffère de celui des enfants « normaux ». Le fait d’être une nouvelle tête permet de le constater d’une manière particulière. Le regard dubitatif d’une enfant qui nourrit sa petite sœur me laisse perplexe. Timidité, méfiance…? Que vit-­‐elle pour me regarder ainsi ? Je pourrais me poser la même question à propos du comportement de chaque enfant. Pour celui qui se blottit contre moi, celui qui chipe de la nourriture dans l’assiette des autres, celui qui aide seul à tout ranger et nettoyer… Mais, le plus marquant reste la beauté de l’attention entre quelques frères et sœurs. Deux aînés passent leur repas à s’assurer que leur petite sœur ne manque de rien et protègent leur plateau-­repas. Un beau message fraternel dans cette ville où tant de familles sont détruites.

Au cours de mes premières visites, j’ai été très marquée par la figure de nombreuses mères et grand-­mères. Elles travaillent dur et sont incroyablement courageuses. Les conditions de vie de certaines sont très précaires ; leur famille est entassée dans des maisons de huit mètres carrés, un réchaud et une casserole font office de cuisine et le sol sert de table, lieu de vie et lit. Sans toujours obtenir une aide du père, ce sont les mamans qui doivent prendre soin des enfants, de leur éducation et de leur scolarisation quand c’est possible, payer le loyer et la nourriture. Le témoignage d’ate Tess est particulièrement touchant. Elle a travaillé très dur pour monter son échoppe et a dû prendre seule en charge l’éducation et la scolarisation de ses deux enfants. Elle raconte que c’est un miracle qu’elle ait réussi à le faire, ainsi qu’à ne pas divorcer de son mari. Sa foi et son courage m’ont impressionnée. Je me rends compte, après ce premier mois de mission, de la force de la joie. Dans tous les lieux où je passe, lieux de pauvreté et de souffrances, les sourires et les rires effacent toute peine. La joie donne consolation, la foi donne espoir.

 

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Marguerite deLF
En mission à Manille

Pénétrer dans le monde des gitans…

Depuis quinze ans, les volontaires du Jardin de la Miséricorde accompagnent les gitans d’un petit village voisin. Pourtant il faut du temps pour pénétrer dans leur monde, pour entrer dans leur communauté, pour approfondir l’amitié… Père Pierre-Marie raconte :

Depuis presque quinze années, des membres du Jardin se rendent une fois par semaine dans un petit « village », un peu à l’extérieur de Tirukalukundram, petite ville à neuf kilomètres d’ici. Ce petit hameau d’une quarantaine de maisons est fait de maisons en ciment et briques et de quelques huttes réparties sur deux rues parallèles. C’est là que vivent nos amis narikuraver, une petite communauté de gitans indiens. Ce sont les Pères Salésiens qui ont construit ces maisons, la petite école et la grande citerne à eau pour eux, alors qu’ils avaient été rejetés du village où ils vivaient.

Lorsque nous arrivons, le vendredi après-midi pour leur rendre visite, il y a toujours de l’animation dans la rue principale du village. Récemment, des groupes d’hommes jouaient aux billes ! Mais attention, pas comme dans la cour de récréation : ils jouent par équipe de cinq avec de grosses billes et ça ressemble plus à une pétanque. Mais, surtout, ils jouent pour de l’argent, ce qui rend la chose plus excitante ! Devant les maisons, quelques femmes s’occupent de leurs enfants rentrés de l’école, des groupes de femmes et jeunes filles font des colliers avec des perles en plastique de différentes couleurs et formes, qu’elles iront vendre sur des marchés improvisés à l’occasion de fêtes de village ou à Mamallapuram, auprès des touristes. On voit aussi des hommes bricoler leur grand fusil qu’ils utilisent pour aller chasser (une activité très enracinée chez eux). Ils confectionnent eux-mêmes la poudre et les balles, ce qui cause régulièrement des accidents graves. Un peu plus loin, une jeune femme cuisine une sauce dont la couleur rougeâtre dit la quantité d’épices qui doit s’y trouver ! A côté du feu de bois se trouvent deux oiseaux (des aigrettes, je crois) rapportés par un des chasseurs… Nos amis préfèrent la viande aux légumes et mangent toutes sortes d’animaux !

Nous avions le projet d’emmener un groupe de jeunes gitans pour quelques jours de sortie. Le projet prenait forme… Mais, récemment, plusieurs du groupe se sont mariés ! L’un d’eux, Maghesh, que nous connaissons très bien ne nous a avertis que la veille au soir ! Il nous a expliqué qu’il n’était rentré au village que trois ou quatre jours avant et avait été très occupé. Je n’ai pu m’y rendre, mais le Père Olivier a pu y aller, ce qui a beaucoup touché nos amis. Ce n’est que depuis peu de temps qu’ils nous invitent pour des mariages qui ne sont célébrés qu’au sein de la communauté.

Ceci dit, notre ami Maghesh (à gauche sur la photo) nous a raconté, à notre plus grande surprise, qu’il avait trouvé sa femme par Internet ! Elle est pourtant gitane, elle aussi, mais elle est originaire de l’Etat voisin, l’Andhra Pradesh. Ils se sont rencontrés par intermédiaire de WhatsApp ou Facebook ! Les grands jeunes comme Maghesh aiment bien discuter avec nous. Ils voient que nous nous intéressons à leur vie, à leurs coutumes, alors ils sont toujours contents de nous parler de leur culture, des évènements de leur communauté.

Lors de ma dernière visite, Maghesh et Suresh (un jeune de dix-huit ans) me demandaient de leur apprendre un peu d’anglais à chacune de mes visites. Ils regrettent d’avoir quitté l’école trop tôt et de ne pas savoir lire ou écrire, ou trop peu. C’est, pour nous, un peu un privilège de pouvoir pénétrer peu à peu dans leur monde, leur vie, d’ordinaire si close. Espérons que ces liens enracinés dans une amitié ancienne continuent à s’approfondir.

 

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P. Pierre-Marie T.
Prêtre en mission en Inde

Auprès d’eux, se simplifier…

Guillemette et Chiara au Point-Cœur de Chengalpet

Accueillir les nouvelles volontaires est une mission dans la mission. Guillemette approfondit ainsi sa présence, sa mission auprès des amis du Point-Cœur de Chengalpet.

Pourquoi ma présence ici en mission ? Ce mois-­ci je suis devenue l’« Akka » de la maison, c’est moi l’ancienne qui transmet à nos deux nouvelles volontaires notre quotidien, nos amitiés, la culture indienne… Me voici transformée en professeur de tamil, apprentie chef en cuisine indienne, organisatrice de la vie quotidienne, hihi ! Car notre vie est possible par le maillage des générations, où les anciennes apprennent aux nouvelles notre raison d’être dans le quartier (Paula Akka, ma grande sœur argentine, a dû nous quitter pour quelques semaines). J’ai de la chance, Chiara est pleine d’enthousiasme et le cœur grand ouvert pour rencontrer et aimer nos amis, Maguelonne n’arrive que dans une semaine*. Un petit coup d’œil dans notre quotidien ? Hier, nous avons cuisiné le matin pour Babu Anna, notre ami seul chez lui. Sa famille et ses filles sont parties vivre dans la famille maternelle. Il a beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Puis, débarque Sarala Akka à qui nous offrons les chapatis restants. Cette amie vient nous visiter presque tous les jours pour trouver un refuge, son mari boit et elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur comme femme de ménage pour subvenir à ses besoins et éduquer ses deux filles Saranya et Magalakshmi.
L’après-­midi, après la sieste et le chapelet, commencent nos apostolats. Nous allons visiter Abdul et Selima, deux frères et sœurs très touchés par la maladie : Selima a eu plus de dix opérations chirurgicales. Et pourtant, ils accueillent largement le petit frère, le neveu, le voisin et la voisine, seul endroit où ils ont trouvé refuge et amour. Nous visitons aussi Yasmine et sa famille, une famille musulmane qui nous accueille toujours à bras grands ouverts avec un jus ou un café indien (du lait, du café et beaucoup de sucre. Celui offert par nos amis est le meilleur !) Yasmine, du haut de ses douze ans vient de devenir une « grande fille » avec sa puberté. Ils ont donc fait une grande fête avec les robes en velours, coiffes de fleurs jusqu’aux pieds et plusieurs kilos de bryani pour les nombreux invités. On ne peut plus les quitter : « Restez encore cinq minutes avec nous ! » « Vous venez la semaine prochaine ? »
Je crois que Chiara, et bientôt Maguelonne sont affreusement mal tombées avec moi. Car je déteste m’ennuyer et vivre la routine ! L’Aventure scoute ! Attention à ne pas exprimer trop sérieusement ses désirs à Dieu ! Il nous prend au sérieux, et sait comment mettre du piment dans nos vies, hihi ! Ainsi Dieu nous surprend et nous attend dans le quartier.
Dimanche, nous sommes allées visiter nos amis de la décharge, un quartier d’intouchables. C’est incroyable comme de nombreux nouveaux enfants courent à notre rencontre, ils sont avides de jouer aux Mikado ou Jenga, dessiner et colorier nos images de saints. Une nouvelle amie nous reçoit pour la première fois, elle nous raconte qu’un an après son mariage, son mari l’a abandonnée pour une autre femme. Quelle culpabilité pour elle vis-­à-­vis de ses parents qui ont payé la dote onéreuse, et quelle honte pour la société indienne… Désormais, nous la visitons chaque dimanche, c’est comme si c’était évident pour elle, notre amitié ! Elle a le cœur grand ouvert pour nous accueillir et partager du temps ! Comme je le disais à Chiara, notre mission, et surtout nos amis nous donnent de nous simplifier. Ils nous invitent à regarder l’essentiel dans nos vies et nous apprennent à réellement nous occuper les uns des autres. J’ai appris à décortiquer un crabe chez cette amie de la décharge : à notre deuxième visite, elle ne nous a pas laissées partir sans qu’on déguste crabe et poisson mijotés aux épices, piment rouge et feuilles de curry. C’est leur plus belle façon de nous aimer : nous donner ce qu’ils ont de plus précieux, la nourriture qui nous permet de vivre et survivre. Leur générosité me touche beaucoup !

*Maguelonne est maintenant au Point-Cœur !

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Guillemette B.
En mission en Inde

Fête de Notre-Dame-du-Rosaire à Afragola

Pèlerinage dans les rue d’Afragola

Astrid en mission à Naples, découvre cette fête qui se déroule sur plusieurs jours en l’honneur de la Madonna. La vie et la foi ne font qu’un !

C’est très beau car, ici, la foi est très incarnée. Elle fait partie de la vie et la vie fait partie de la foi. C’est à l’occasion de la fête de Notre-­Dame-­du-­Rosaire que j’ai pu davantage réaliser cela. Notre paroisse étant sous son patronage, nous avons vécu intensément la fête du 7 octobre. En réalité, cela a commencé le 4 octobre au soir, par la messe de la vestizione de la Madonne, au cours de laquelle, quelques femmes de la paroisse ont habillé une très belle statue de la Vierge Marie ainsi que l’enfant Jésus. Le lendemain après-­midi, 5 octobre, commençait la grande procession. De 16h à 20h, nous avons marché à la suite de la Madonne dans les rues d’Afragola, en priant et en chantant, accompagnés au son d’une fanfare. C’était incroyable ! Les gens sortaient aux fenêtres pour acclamer la Vierge Marie, jetaient des confettis et interpellaient les prêtres pour qu’ils viennent bénir leur famille ou leur commerce. A deux reprises, nous avons fait une pause au cours de laquelle il y a eu des chants, puis un buffet de pizzas, et aussitôt la procession a repris de plus belle. Le soir, la Madonne est arrivée dans une petite chapelle de la ville où elle a passé la nuit. Le samedi 6 octobre, la fête reprenait son cours en commençant par la messe auprès de la Madonne puis, de 9h à 13h, elle a continué sa visite aux habitants d’Afragola. La procession a repris une dernière fois l’après-­midi de 16h à 20h et, enfin, accueillie par un feu d’artifice exceptionnel et les acclamations de la foule, la Madonne est rentrée dans l’église du Saint-­Rosaire. Cette procession était un peu à l’image de notre vie : nous étions ensemble à la suite de Marie qui nous donne son Fils, nous avons prié, nous avons chanté, nous avons ri, nous avons même mangé, et il y avait également des moments pénibles (4h de procession, c’est long !!)… C’était à la fois tout simple mais plein de profondeur ! Après la procession, a eu lieu la fête paroissiale, samedi soir. Dimanche 7 octobre avait lieu la messe en l’honneur de Notre-­Dame-­du-­Rosaire et, le soir, de nouveau une grande fête à la paroisse avec un inoubliable concours de chansons ! L’amour de la Vierge Marie est si vivant ici, que lorsqu’elle est fêtée, cela est toujours grandiose, tout en restant naturel.

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Astrid E.
En mission à Naples

« Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous… »

La mission du Point-Cœur à Athènes est très habitée par les migrants, personnes perdues, seules et en grande souffrance… Florence est une de ces personnes que la Providence a mise sur notre route.

Agnès au Point-Cœur de Grèce

Il y a deux semaines, lors de la messe dominicale, Agnès a rencontré Florence, jeune femme du Congo arrivée récemment à Athènes. C’est Florence qui s’est dirigée directement vers elle, lui demandant si elle parlait français. Il est beau d’entendre Agnès nous confier combien elle s’est sentie être un simple instrument dans les mains de Dieu à cet instant-­là. Tout a été donné, comme si cela était voulu, désiré depuis longtemps dans le cœur d’un Autre. Agnès l’accompagne auprès de notre bon curé, qui lui offre de quoi se nourrir et des vêtements. Le lendemain, elle vient au Point-­Cœur et nous confie son histoire. Une partie de sa famille a été assassinée sous ses yeux, lors de la messe de Noël l’an dernier. Elle a dû confier ses filles à sa mère et a fui le pays pour sauver sa vie. Nous ne savons pas quels drames elle a pu subir lors de son voyage et de son temps en Turquie. Elle semble s’être retrouvée un temps en prison, après une tentative avortée pour rejoindre la Grèce. Puis, c’est la grande traversée, elle sera repêchée par la police et débarquée sur l’île de Lesbos. Florence est très malade et doit venir à Athènes pour se soigner. A son arrivée, elle se met en quête d’une église catholique, mais tous de lui répondre : « Ici, il n’y a que des orthodoxes ! » Trois semaines plus tard, Florence est décidée à se rendre à l’église pour prier Son Seigneur. Elle s’en remet à la Divine Providence, et déambule dans les rues d’Athènes. Elle croise alors un homme à qui elle demande une nouvelle fois l’adresse d’une église catholique. Il l’accompagne jusqu’à Sainte-­Thérèse, notre paroisse, c’est là que nous la rencontrons. Quelques jours plus tard, nous nous rendons chez Florence. Elle habite dans une chambre d’un appartement mis à la disposition d’une famille camerounaise. Elle a le nécessaire pour vivre, pas encore pour se nourrir. Mais ce qu’il lui manque le plus, c’est une activité, une présence. Car elle passe ses journées à tourner en rond, à penser et repenser à sa vie, à sa famille perdue, à ses filles dont elle n’a pas de nouvelles, aux drames qu’elle a vécus, à sa solitude. Nous nous asseyons sur son lit, elle n’a que cela à nous offrir et en souffre. Florence nous prend alors chacune la main, puis elle se met à pleurer en nous disant : « Tu sais, je ne vous ai pas tout dit de mes souffrances. Ça me fait encore trop mal d’en parler. Mais, s’il vous plaît, ne m’abandonnez pas. » A chaque rencontre, ce sont ses mots de conclusion : « Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous. »

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Anaïs G.
En mission à Athènes

Anita, maladie, petitesse et émerveillement

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Accueillie depuis plus de vingt ans à la Fazenda do Natal, Anita se donne, dans sa maladie, dans sa pauvreté et ses crises, dans son amour des plus petits.

Aujourd’hui, j’aimerais vous écrire plus longuement au sujet d’Anita. Âgée de cinquante-­six ans, elle a beaucoup vieilli au cours de mon absence. Depuis au moins vingt-­cinq ans, cette femme souffre de schizophrénie. La semaine dernière, le psychiatre nous a orientés vers un neurologue. En effet, en parallèle de cette maladie, il semble qu’une démence sénile s’installe. Nous devons attendre les semaines à venir pour avoir un diagnostic. Chaque personne est unique. Avec Anita cela se vérifie davantage. Elle reste pour moi un mystère. Elle est complètement hors cadre. Cette femme croate, artiste peintre, s’est mariée, n’a jamais eu d’enfant, est venue vivre au Brésil. Elle a énormément voyagé. Elle parle plusieurs langues. Elle a été modèle dans le domaine de la mode. Puis, tout à coup, s’est déclenché cette maladie, la schizophrénie. Il semblerait que son mari aussi ait développé une maladie mentale. La famille de celui-­‐ci l’a recueillie et les Sœurs de la Charité ont recueilli Anita. Elles l’ont accompagnée à la Fazenda, il y a plus de vingt-­trois ans. Anita a fait un séjour d’un mois dans sa famille, il y a quelques années. Cependant, elle a souhaité rentrer vivre à la Fazenda. Aujourd’hui, elle n’a plus de contact avec sa famille. Sa maladie se serait déclenchée au moment de la guerre en Yougoslavie. Il lui arrive de parler de la guerre, de sa maman. Elle est parfois perturbée, agitée. Elle semble parfois parler en croate. Elle a des hallucinations. A la schizophrénie s’ajoute la démence. Il est difficile de savoir ce qu’elle vit intérieurement. Il me semble que je perçois seulement la partie visible de l’iceberg de souffrances que provoquent ces maladies. Cependant, malgré, ou plutôt grâce à ces souffrances, Anita est un modèle de sainteté. Elle est humble. Elle accepte l’aide que nous lui proposons. Elle accepte de se faire aider pour tous les gestes de la vie quotidienne qu’elle oublie certains jours : se laver, s’habiller… Elle accepte de manger avec nous, de manger la nourriture que nous préparons. Il y a deux ans, elle prenait tous ses repas seule. Elle me touche aussi par sa facilité à entrer dans la volonté d’un autre, par sa confiance. A ma grande surprise, maintenant, elle accepte assez facilement de sortir de la Fazenda pour aller chez le médecin par exemple. Elle se laisse faire même si cela est source d’angoisse pour elle. Ainsi, lors de la dernière consultation chez le médecin, dans une salle d’attente remplie, elle a commencé à s’impatienter et à être agressive (ce qui nous a permis d’être reçues plus tôt !) Après cela, dans la voiture, elle s’est excusée à plusieurs reprises. Elle continue à vouloir aider en balayant par exemple, en voulant laver son assiette. C’est aussi un modèle de compassion. Elle est toujours sensible aux plus souffrants. Elle se préoccupe toujours pour Diego. Elle reste des heures assise à côté de lui. Anita me met toujours en présence d’un plus grand que nous. Elle s’émerveille des nombreux arcs-­en-ciel, des oiseaux, des poules, des crapauds… Elle est ravie de voir des enfants à la Fazenda. La fécondité d’Anita me surprend aussi. Elle est au cœur de notre maison. Elle semble aussi éduquer le cœur de Weverton. Cet adolescent de la rue est attentif à Anita. Elle le provoque et l’oblige à se décentrer de lui-même. C’est émouvant de voir Weverton devenir plus doux au fil des semaines, de le voir offrir à Anita un geladinho qu’il a fait, de le voir lui offrir un verre de jus de fruit… Ainsi, si je lui explique que je dois aller aider Anita à se laver, à l’heure à laquelle il prend son petit-déjeuner, il pense tout seul à laver sa tasse, sa cuillère… Il semble comprendre que je ne puisse pas m’asseoir avec lui, qu’Anita a besoin. Cela le rend plus autonome, plus responsable. Cela peut paraître évident, mais le fait que Weverton fasse cela représente un miracle !

 

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Lucie D.
En mission à la Fazenda au Brésil

Rodoflo, de la violence à le tendresse…

Rodolfo et Sixtine

Fidèle du Point-Cœur de Buenos Aires, Rodolfo se laisse apprivoiser doucement, Sixtine nous le confie.

Rodolfo a dix ans. C’est un petit garçon à la peau mate et aux yeux noisettes avec un regard très intense. Rodolfo n’a pas sa langue dans la poche mais son petit cheveu sur la langue argentin me fait craquer ! Le premier aspect de la personnalité de Rodolfo que j’ai découvert fut son extrême violence et la haine qu’il peut éprouver pour son petit frère de huit ans. Nous étions au mois de février, durant le camp d’été, et Rodolfo a couru après son frère, un couteau à la main. La haine et la violence si fortes qui se lisaient sur son visage et dans ses yeux m’ont totalement paralysée si bien que je suis restée figée sur place sans réussir à intervenir de peur que le coup de couteau ne m’atteigne moi (même si ce n’était qu’un petit couteau de table usé par le temps qui, de ce fait, n’aurait pas pu me faire grand chose ! ) Cela faisait moins d’un mois que j’étais arrivée en Argentine et la violence de cet enfant de dix ans m’a laissée sans voix. Moi qui me plaignais du comportement de certains de mes petits patients à Bondy ou à Choisy le Roi… je n’avais encore rien vu ! En rentrant du camp, j’avais presque peur de ce petit bonhomme et pensais que je n’allais jamais réussir à créer de liens avec lui ni même l’aimer. Je me trompais sur toute la ligne. En effet, de retour au Point-­Cœur, Rodolfo venait régulièrement nous faire un coucou à la fenêtre, il était toujours là pour nous aider à cuisiner. Un soir, alors que nous étions en train de répéter les chants pour la messe, la voix rauque de Rodolfo et d’autres enfants se fait entendre, chantant en chœur avec nous le chant à Marie que nous avions appris durant le camp. Nous découvrions alors les premiers fruits du camp. Petit à petit, j’ai découvert un autre aspect de la personnalité de ce petit brun ténébreux : sa recherche d’amour et de tendresse qui s’explique notamment par sa situation familiale complexe. Rodolfo est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Cependant il n’a pas le même père que les trois autres. Conséquence de cela, le compagnon de sa maman ne le veut pas chez lui et Rodolfo est confié à sa grand-­mère. Beaucoup de secrets ou de non-­dits persistent. Il appelle « papa » l’homme qui le rejette et a deux mamans, sa mère et sa grand-­mère. Sa maman étant l’aînée d’une famille nombreuse, il vit donc au milieu de ses oncles et tantes comme le dernier de la fratrie tout en étant à une rue de la maison familiale sans réellement comprendre sa mise à l’écart. Rodolfo est perdu. Il a besoin de l’amour d’une mère et voir son petit frère recevoir toute l’attention et l’amour maternels le blessent. Pour combler cela, ce sont de gros câlins auxquels nous avons le droit quand il rentre dans la maison et nous salue. Récemment, il a été hospitalisé et nous sommes allés lui rendre visite. Quand nous avons franchi la porte, le visage de Rodolfo s’est illuminé et il s’est jeté dans nos bras comme un enfant se jette dans les bras de sa maman ou de son papa. Au sortir de l’hôpital, il est venu directement au Point-­Cœur. Rodolfo veut parfois jouer au gros dur mais laisse rapidement tomber son masque, comprenant qu’avec nous il peut être lui-­même, un enfant, qui a besoin d’attention, d’amour et de tendresse.

 

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Sixtine deB
En Mission à Buenos Aires

Une onction des malades incroyable

A Buenos Aires, nous visitons depuis quelques années le « foyer de la Miséricorde » ou vivent des personnes âgées. Voici le chemin de foi d’une de ces femmes, Rosa :

Rosa est une dame âgée du « foyer de la Miséricorde » que nous visitons depuis quelques années. Elle a tendance à se plaindre beaucoup, tout est dramatique et négatif avec des histoires impossibles. Il est vrai qu’elle a beaucoup de soucis et que le personnel ne l’aide pas beaucoup. Elle sait qu’elle doit aller dans une vraie maison de retraite parce qu’elle ne peut plus marcher et cela l’angoisse profondément. Cela veut dire pour elle partager le dortoir à plusieurs et si l’une ou l’autre personne ronfle ou est un peu perdue, cela va lui être très difficile à supporter. Ses voisines et le personnel du foyer ne savent plus trop comment s’y prendre avec elle, car elle n’est jamais contente et malgré tous les petits services que l’un ou l’autre lui rend, cela n’est jamais assez. Aussi beaucoup se sont fatigués à la longue et l’ont laissée seule avec ses angoisses. Très souvent, elle nous dit au bord des larmes : « Je voudrais que le bon Dieu me prenne maintenant, je ne veux pas aller dans une maison de retraite, je veux qu’on me laisse mourir tranquille. Je suis seule et je souffre trop, je ne comprends pas pourquoi le Seigneur me laisse en vie. »Depuis quelques mois, je lui parle souvent de l’onction des malades pour lui donner la paix, la force et la consolation pour vivre tout cela : sa vieillesse, sa maladie, son handicap. Mais le simple fait qu’elle doit se confesser la rebute.

Or, ce lundi, elle nous téléphone pour nous demander de venir la visiter car elle est angoissée et tout va mal. Je lui promets d’aller la voir le lendemain. J’y vais et après m’avoir expliquée pendant une heure les causes de ses angoisses, je lui propose l’exercice de voir ce qui fut positif dans la journée… « Rien du tout ».Alors, je reprends un à un tous les évènements qu’elle m’avait raconté pour lui montrer où était le positif qu’elle ne voyait pas. Je perçois qu’elle écoute et se rend compte aussi. Une fois de plus, je lui propose le sacrement des malades lui disant combien cela va l’aider car sans la grâce, c’est difficile. Elle me dit : « J’aimerais bien, mais je n’ai pas de péchés, je suis dans mon lit tout le temps, je ne peux pas pécher ! »Et je lui réponds : « Quand on voit tout négatif, et qu’on ne voit pas les bienfaits de Dieu et qu’on ne l’en remercie pas, c’est déjà un péché. »Alors elle se tait, puis accepte de recevoir ce sacrement. Je suis aux anges. Elle me demande de prendre rendez-vous pour elle avec le prêtre. Elle est heureuse que je m’occupe d’elle. Le lendemain matin, je téléphone au prêtre qui est d’accord pour vendredi matin à 10h. Je téléphone ensuite à Rosa, elle est très heureuse, elle me remercie beaucoup. Comme elle ne s’est pas confessée depuis des années et qu’elle n’a jamais reçu le sacrement des malades, je lui imprime deux petites feuilles en lettres très grandes pour qu’elle puisse lire tranquillement sur l’onction des malades et sur comment se confesser avec un petit examen de conscience. Nous passons la voir pour lui laisser les deux feuilles et elle nous demande davantage d’explication sur l’onction des malades. Je la sens très impatiente et heureuse.

Vendredi à 9h45, je me rends dans sa chambre pour voir dans quelle humeur elle est ce jour-là. Elle commence comme toujours avec sa litanie de plaintes et de drames, puis je lui dis : « Aujourd’hui vient le prêtre ».Elle me sourit, elle attend cela avec impatience, les yeux fixés sur sa petite horloge. Elle me dit qu’elle a lu les deux feuilles et que cela l’a beaucoup aidé, et qu’elle veut garder ces feuilles. Le prêtre arrive, je les laisse seuls, puis je reviens après la confession, pour le sacrement des malades. Je suis aussi émue que Rosa qui a la gorge nouée d’émotion ce qui transforme son Amen en un petit cri aigu. Elle a les larmes aux yeux, elle est si belle et rayonnante. J’imagine les anges et la fête au Ciel pour cette âme qui se réconcilie avec Dieu et se remet entre Ses mains. Mon cœur exulte de joie avec elle. Sûrement, elle ne changera pas de caractère, mais Dieu est avec elle, tout proche, qui la réconforte et la soutient dans sa lutte. J’en suis certaine.

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Maylis

La prière, une expérience vraiment nouvelle

Au cœur de la Thaïlande, pays bouddhiste, la prière monte… celle du Point-Cœur de Bangkok où vit Astrid.

J’aimerais vous parler, dans cette lettre, d’un autre élément qui fait partie intégrante de ma vie quotidienne : la prière. Vaste sujet me diriez-­vous et peut-­être un peu audacieux mais je voudrais vous en parler car, sans cette dernière, ma mission serait bien différente. La prière est omniprésente dans notre journée. Le matin, départ pour la messe à 7h. Sur le chemin, qui est parfois bien long (et oui, le bus ne déroge pas à la règle de la fameuse circulation de Bangkok !), je prie les laudes, la prière du matin. Nous prions le chapelet en communauté après la sieste et nous prions les vêpres le soir, avant le dîner. Dans la journée, chacune d’entre nous trouve un moment de libre pour prier l’adoration pendant une heure, car nous avons la chance d’avoir, dans la petite chapelle de notre petite maison (comme dans les autres Points-­Cœur), la Présence Réelle. Et enfin, avant d’aller dormir, nous prions les complies après avoir remercié le Seigneur pour cette journée et demander pardon. La Thaïlande est un pays de religion et de culture bouddhiste, moins d’ 1% de la population est catholique. Notre présence dans le quartier pourrait donc paraître futile ou bien même stérile. Cependant, notre mission n’est pas de convertir les bouddhistes mais de prier pour eux. Notre prière et la présence de Jésus dans le tabernacle sont très importantes dans un quartier comme le nôtre. Aucune de nos journées ne se ressemblent mais toutes sont bien remplies ! Les heures passées dans les transports, l’apprentissage de la langue, l’exigence de beaucoup de nos amis quant à notre présence et notre aide, l’écoute de leurs confessions parfois difficiles à entendre ou à accepter, tout cela demande beaucoup d’énergie physique et mentale ! Les moments de prières sont alors des moments de calme, d’apaisement dans le tumulte de ma journée. Je me pose et je dépose tout ce que j’ai entendu et reçu au pied de Jésus. Je lui confie mes joies, mes inquiétudes, mes doutes. Dans certaines situations, nous ne savons plus quelle est la meilleure façon d’agir alors, ensemble ou chacune personnellement, on les confie au Seigneur afin qu’Il nous apporte une réponse ou un petit signe pour nous aider à prendre une décision. Ces moments de prières sont aussi l’occasion de prendre du recul et de ne pas agir dans la précipitation. Ce n’est pas évident à partager avec des mots mais la prière, qui est pour moi une expérience vraiment nouvelle, m’apporte une grande paix intérieure, un certain repos mais aussi du courage et de la force dans les moments de grande fatigue ou de découragement. Cependant, la prière n’est pas uniquement présente lorsque je suis dans la chapelle, au calme, elle m’accompagne aussi tout au long de la journée. Voici quelques expériences marquantes que je voudrais vous partager. Au tout début de ma mission, il y a plusieurs mois déjà, lorsque nous partions visiter nos amis dans le quartier, je ne comprenais strictement rien à la conversation. Parfois les filles me traduisaient mais pas toujours. Je me souviens d’une fois, en particulier, nous visitions une amie âgée et très pauvre, jaaj Lek, avec Hoa. Je ne comprenais pas ce qu’elle disait mais, à travers les expressions de son visage et le ton de sa voix, j’ai compris sa détresse. Alors, je me suis mise à réciter des Je vous salue Marie pour cette jaaj. Cette petite prière me permettait de participer, à mon niveau, à la conversation et elle me permettait aussi de rester présente et de ne pas m’évader dans mes pensées, ce qui est parfois tentant lorsqu’on ne comprend rien. C’était beau car je me sentais toute proche d’elle. J’ai appris ensuite qu’elle était très triste car une de ses filles était en train de mourir d’un cancer. Elle est morte quelques semaines après. Ma prière n’a pas guéri le chagrin de jaaj, ni le cancer de sa fille mais c’était ma façon de lui apporter quelque chose.

 

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Astrid R.
En mission à Bangkok

Mía, une figure du Point-Cœur de Barrios Altos

Au cœur de ce quartier anciennement colonial de Lima, Barrios Altos, le Point-Cœur installé depuis 24 ans, est un refuge pour les enfants et aussi pour ceux devenus grands… Laetitia nous présente Mía, une habituée de ce lieu d’amour !

Mia sortant le gâteau du four

Cette petite fille, belle et fine ne vient jamais seule au Point-­Cœur. Elle vient avec sa petite bande. Du haut de ses dix ans, elle sait toujours s’entourer pour se faire remarquer, manier son petit monde et, d’une certaine manière, amène son public pour faire le pitre ! Je sais qu’elle a fait tourner en bourrique plus d’un volontaire et qu’elle n’est pas des plus simples à gérer, surtout quand elle entraîne avec elle ses quatre-­cinq amies. Elle est capable de vous faire croire que sa petite sœur est mourante à l’hôpital, alors qu’elle n’a pas de petite sœur, capable de vous supplier de dormir au Point-­Cœur car elle est à la porte de chez elle et qu’il est 11h30 du soir, alors que la porte de chez elle est bien ouverte. Magnifique actrice ! Ma première rencontre avec elle n’a pas failli à la règle : j’ai été testée… sauf que le résultat n’a pas forcément été celui qu’elle attendait. Avec sa petite voix de sainte nitouche, elle me posa cette question, alors que je lui avais donné un verre d’eau : « Si, à tout hasard, hermanita, je m’étouffe au moment où je bois, et par malchance, je crache toute mon eau sur toi, tu réagirais comment ? » Je lui réponds gentiment que je suis certaine qu’avec tout le respect dont elle fait certainement preuve, elle éviterait à tout prix qu’une seule goutte d’eau tombe sur moi. Effectivement, elle fait alors semblant de s’étouffer et recrache son eau, de sorte que seulement quelques gouttes tombent sur le bout de mes pieds. Et elle continuait sa provocation quand, tout à coup, je lui versai un quart de verre d’eau sur la tête… en lui retournant la question ! Elle, et toutes ses amies avec, étaient sous le choc, mais le test avait été gagné. Elle ne m’a plus jamais regardée de la même façon et, tout en continuant à me provoquer, une affection spéciale était née entre nous. Mía a ses raisons pour être si provocante et chercher à tout prix l’attention des adultes. Elle vit dans des conditions terribles, pour dire vrai. Ses parents ne sont pas là. Elle vit chez son grand-­père qui passe le plus clair de ses journées ivre. Ils n’ont pas d’eau courante, je pense, leur maison (une pièce) est minuscule. Je ne connais pas tous les détails de sa  vie, mais elle a certainement déjà vécu beaucoup de choses que personne n’aimerait vivre au cours de toute une vie. Elle semble avoir grandi toute seule, et plus vite que n’importe quel enfant. Son cœur semble s’être durci, protégeant sans doute, comme dans un coffre-­fort sa petite humanité. Un jour, elle est venue me demander de lui soigner un doigt de pied. Là encore, j’imagine que c’était un peu un test pour voir si j’étais prête à lui consacrer du temps, voir comment j’allais m’en sortir. Il faut dire qu’il était bien tard le soir. Surprise que j’accepte, elle a elle-­même accepté de se laisser soigner. Je l’ai laissée entrer seule pour qu’elle soit libre de son public. Et pendant quelques minutes, j’ai pu sentir une vraie sincérité et peut-­‐être même un peu de tendresse. Une autre fois, nous l’avons invitée à passer une après-­midi à la maison avec cinq ou six autres filles préadolescentes pour des activités manuelles. Pas tellement motivée par les petites perles, je l’ai aidée à finir son collage de perles et l’ai invitée dans la cuisine à commencer avec moi l’atelier suivant pour faire un gâteau pour le goûter ! Elle était ravie d’être toute seule avec moi dans la cuisine, et toute fière d’apporter une vraie collaboration à l’après-­midi. J’étais profondément touchée par ces petits moments, où la gratuité de l’amour a fait naître chez elle un moment de vérité. Tout à coup, elle oublie de se regarder, elle oublie de maintenir son image de clown ou de révoltée, et elle reçoit la vie avec une joie sincère. Cela ne dure pas longtemps, et pourtant cela vaut de l’or. C’est dans ces moments que je reconnais la vraie « Mía », celle voulue par Dieu, celle dont le cœur blessé n’attend qu’une chose, c’est d’être aimée et regardée. Je vous confie cette petite fille, que je porte beaucoup dans mon cœur.

Enfin, je vous partage une dernière anecdote, toute petite. Ce quartier est particulièrement typique par ses « quintas ». Ce sont des genres de mini-­quartiers dans le quartier. On entre par un portail qui semble donner sur une cour et l’on entre dans une petite ruelle, qui ouvre sur un petit monde fermé dans un pâté de maisons. Les ruelles minuscules sont des lieux idéaux pour les voleurs qui cherchent à échapper à la police, mais c’est aussi le lieu idéal pour les enfants qui veulent jouer à l’abri des voitures. Du coup, depuis de nombreuses années, le Point-­Cœur va jouer avec les enfants une matinée par semaine, une fois dans une quinta, une fois dans une autre. Une fois, donc, j’étais assise par terre sur la petite place d’une quinta, où trône un petit sanctuaire marial (comme à chaque coin de ruelle), toujours fleuri. En peu de temps, les enfants débarquent et l’on commence à jouer. J’étais prise par mon jeu de dominos, quand passe un groupe de quatre-­‐cinq jeunes, d’une vingtaine d’années. Ils ne semblent pas de bonne fréquentation, un peu provocants, se croyant visiblement un peu les rois du monde. Mais je vois l’un d’eux réagir en nous voyant. Son visage est comme réveillé et il hésite à s’arrêter. Finalement, il lance : « Puntos-­Corazón », tout en continuant sa route. Et je me demande combien dans cette quinta auront grandi en jouant avec des volontaires Points-­Cœur. Et je me demande ce que chacun garde dans son cœur de cette expérience. Je me dis qu’il est bien justifié de dire que Points-­Cœur est un signe. Nous ne pouvons être la solution aux problèmes de l’enfance dans le monde. Mais nous pouvons être un signe. Simplement par le fait de jouer aux dominos, nous espérons être un signe pour ces enfants que quelqu’un les aime. Et de manière plus cachée, notre présence est pour les plus grands, un rappel de quelque chose de vrai, vécu il y a dix ou quinze ans, quelque chose dont leur cœur a toujours autant soif, c’est à dire d’une amitié où la violence n’a pas sa place, où la drogue n’a pas sa place, mais où la joie vient simplement d’un cœur ouvert pour aimer.

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Laetita P.
En mission au Pérou

Quand une enfant du Point-Cœur vit à son tour cette mission de compassion

Yann est en mission au Point-Cœur de la Ensenada au Pérou, quartier où est née et a grandit July à l’ombre du Point-Cœur. Aujourd’hui, July est infirmière dans un village de la Sierra et elle essaye de vivre auprès de ses patients ce qu’elle a découvert au Point-Cœur :

Sur les côtes désertiques du Pérou, il y a Lima, sur ses bordures il y a la Ensenada. A la Ensenada naquît un Point-Cœur, et il y eut July, qui rencontra ce Point-Cœur et devint sa fidèle amie. July devint ensuite infirmière et reçut un poste dans un petit village de la Sierra se nommant Sansayca. Un petit village perdu dans les hautes cimes des Andes, à plus de quatre-mille mètres d’altitude. July vit seule, luttant contre l’isolement et l’extrême précarité matérielle et sanitaire, découvrant une autre réalité présente au Pérou, celle de l’abandon total de la population présente sur ces vastes étendues de hautes montagnes : les Andes ou ces remparts emprisonnant tant de personnes. Livrés à eux-mêmes, au manque d’équipement, à l’inaction du gouvernement en termes d’approvisionnement de matériel et d’envoi de médecins nécessaires, de construction d’écoles et d’hôpitaux. Les Andes, ces remparts ou cette porte qui ouvre vers un autre monde. July reçut ce poste comme sa « mission Points-Cœur ». Un beau jour, elle invita deux d’entre nous à la rejoindre sur place (vers le début de ma mission). Partirent Gaétan et Renata. Puis, elle renouvela son invitation et la Providence décida qu’Anna des Etats-Unis et moi-même partirions vers Sanysaca.[…]

Sanysaca n’est pas sur sa cime, fière telle une couronne. Sanysaca n’est pas ce Machu Picchu insolent se dressant les pics. Sanysaca n’est visible que si l’on passe cette porte et si l’on daigne s’approcher assez jusqu’à tomber sur elle. Sanysaca est dans un creux, humble, simple, concrète et protégée par les flancs de sa puissante Mère montagne. Humble, simple et pauvre à l’image de ses habitants.

Le Péruvien est venu là, a construit, a partagé, a cultivé la terre, a travaillé, a élevé son bétail et a créé un oasis de vie dans un désert humain. Et nous y sommes arrivés, la porte s’est refermée derrière nous.

Nous retrouvons finalement July qui nous présente rapidement le « poste » où elle travaille. Le lendemain, nous accompagnons July à ses visites journalières pour examiner ses patients et amis qui habitent le village. Au fur et à mesure des visites, je vois la beauté du travail de notre amie. Elle ne fait pas qu’examiner, diagnostiquer, conseiller ou distribuer des médicaments. Par sa conversation animée, son regard attentionné, son sourire amusé ou ses questions chargées de préoccupation, bref par sa présence, elle se charge d’amour et le distribue autour d’elle. Cette chose fondamentale dont l’homme a tant besoin, dont le manque provoque des réactions si catastrophiques. Cette chose-là, July, consciemment ou non, l’offre gratuitement à qui l’accepte. Elle passe avec sa bonne humeur comme le Père Noël et, de maison en maison, elle soigne le corps et apaise le cœur. Quelle leçon !

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Yann L.
volontaire au Pérou

Au fishport de Manille, visite chez Mary-May

Alors que Ségolène vient de rentrer de sa mission à Manille, elle nous présente cette grande famille du fishport, lieu de visite régulière, et famille unie à toute épreuve.

Mary-May et Ségolène

Amassement de poubelles sur un fond marin. Des bateaux amarrés sur une mer de déchets, débordant bien trop souvent du petit mur construit pour séparer la mer de la terre. Des rats par milliers se léchant les babines en finissant les quelques grains de riz tombés d’une assiette partagée à quatre, cinq ou six, ou plus, des cafards indiscrets, parfois quelques pleurs d’enfants mais toujours des sourires. Quelques bouts de bois empilés sur lesquels s’arrangent tant bien que mal cartons, bâches et taules. Nous arrivons chez Ate Natividad et Kuya Renato et leurs enfants, Renato, Junior, Mary-­May, Eulolalio… Ici, quoi qu’il leur arrive, nous sommes toujours accueillis par un sourire.
Amis fidèles du Point-­Cœur depuis de longues années, il m’était bien difficile de cacher ma joie en me rendant chez eux. Je n’en ai jamais parlé plus tôt dans mes lettres, papier indigne ou mots trop légers, j’ai toujours tout effacé. Une fois n’est pas coutume, je réessaye. Tandis que Kuya Renato met la pâtée à toute personne osant s’aventurer à une partie d’échecs contre lui, et que, quelques vaillants missionnaires s’acharnent à prendre leur revanche chaque semaine, Ate Natividad et Mary-­May, leur fille de dix-­huit ans, nous racontent leur quotidien actuel. Parfois calme, souvent très mouvementé. En ce moment, beaucoup trop mouvementé. Sur leurs visages souriants et riants, se trouvent souvent des yeux fatigués ou tristes. Famille unie à toute épreuve, leur courage m’a très souvent énormément touchée, témoignage de force à transmettre à beaucoup d’autres amis. Alors que Kuya Renato se bat tant bien que mal contre sa tuberculose galopante, lui rendant ses déplacements très compliqués, Mary-­May attend son deuxième enfant et Ate Natividad, avec sa santé fluctuante, se retrouve bien souvent très faible et douloureuse. Enfants emprisonnés les uns après les autres, sans raison évidente, ou du moins sans papier d’arrestation, libérés, pour certains, quelques mois plus tard, pour d’autres non. Trop peu de moyens pour leur rendre visite, entrée malheureusement trop souvent refusée. Encore une fois, les petits se font écraser. Pourtant, ils ont été de tellement grands maîtres pour moi. Les mots sont bien difficiles à trouver et je voudrais vous parler de deux visites qui m’ont vraiment particulièrement touchée.
La première était au mois de février. J’avais emmené papa et maman. Papa tentait sa chance aux échecs. Et on discutait, maman, Ate Natividad et moi. Elle nous racontait, assise sur son seau, sa famille, ses joies et ses problèmes, ses heures passées à chercher quelque chose à Kuya Renato, joueur d’échecs revendre dans les poubelles, le dos courbé, le corps douloureux, les bras plein de cambouis, les yeux transparents de fatigue. Elle était comme envahie de fatigue et de pauvreté. Mais, soudain, un sourire éclaira son visage, le rendant plus radieux que jamais et elle dit avec une voix très calme : « J’ai de la chance d’avoir une famille unie et, de toute façon, on n’emportera pas nos richesses au paradis. » Bim dans le mille ! Elle était tellement belle et rayonnante d’espérance. Il y avait en elle, beaucoup plus qu’Ate Natividad que j’avais devant les yeux. J’ai pu découvrir cette force qui les habitait un autre jour. Après avoir traversé avec peine l’inondation noire, pleine de déchets, reste de la tempête de la veille, nous trouvons Kuya Renato seul chez lui. Il nous accueille, comme à l’accoutumée, avec son grand sourire et son jeu d’échec. Il nous dit aussi que les autres vont revenir. En effet, quelques minutes plus tard, arrive le reste de la famille, l’eau jusqu’à la taille, tirant d’énoooormes sacs poubelle, remplis de tous les déchets qu’ils avaient pu trouver, déposés par les vagues en masse. Mary-­May, enceinte de huit mois, son fils, Florentz, sur un bout de polystyrène pour ne pas couler, Ate Natividad les bras lourds de fatigue tirant un sac poubelle encore plus lourd et Ruby, leur petite-­fille de douze ans. Un sourire inévitable en nous voyant de loin. Les voilà qui nous racontent leurs longues heures à marcher dans l’eau, et celles qui leur restent à trier tous ces sacs, faire sécher les cartons pour gagner quelques pesos qui permettront d’aller visiter leurs fils et frères en prison. La fatigue est évidente mais Ruby part chercher de l’eau pour qu’ils se douchent, Mary-­May commence à laver son linge et Ate Natividad nous tient compagnie, souriante. J’étais incroyablement touchée par leur courage et leur sens de l’amitié. Il n’avait probablement qu’une envie, c’était d’aller se coucher, mais nous étions là, alors ils sont restés, le plus simplement du monde.
Depuis que je suis rentrée, un deuxième enfant, Renato Junior, est sorti de prison, Mary-­May a eu son deuxième bébé qui s’appelle Renlex et la famille a déménagé en province, laissant Kuya Renato et Renato junior au fishport.

 

 

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Ségolène M.
En mission à Manille

Ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait

Dans ce quartier de Lima, Barrios Altos, Alfredo est un exemple, un pauvre dans le cœur de Dieu !

Alfredo et Sabine

Dans notre quartier de Lima, nos rues sont en travaux. C’est une bonne idée, mais pas très pratique pour les fauteuils roulants ! Alfredo, ami du Point-­Cœur depuis des années, ne peut pas sortir de chez lui, sauf avec l’aide de gros bras qui les portent, son fauteuil et lui. Nous voulions l’inviter un dimanche à déjeuner, mais n’ayant ni les gros bras, ni le sol adéquat pour un voyage aussi délicat, nous lui avons proposé de lui apporter le repas, remplaçant pour un moment la personne qui le lui prépare tous les jours. Inès a cuisiné une soupe au poulet et aux légumes, ce qui n’est pas tout à fait un plat de dimanche, mais parfait pour le régime de notre ami ! Alfredo vit dans une toute petite chambre, avec un lit contre lequel s’appuient une commode et un téléviseur, il y a trois chaises sur le côté, une petite table dans le coin, puis au fond, derrière un rideau, un cabinet exigu avec la douche. Accrochés au mur, une photo de sa mère et un poster de la Vierge de Guadalupe. Dans le tiroir de la commode, les photos de plusieurs volontaires de Points-­Cœur. Ce jour-­là, j’arrive en croyant que c’est nous qui lui apportons de la joie, de la consolation. Et de fait, il est très heureux de la soupe et de notre présence ! Mais en fait, c’est lui qui nous donne une leçon de vie. Alfredo sort un papier : des membres de la municipalité lui ont rendu visite dans le cadre de la « Classification socio-­économique » des habitants de Barrios Altos. Y figurent ses coordonnées, son régime de santé, ses revenus, les aides auxquels il a droit, puis, en bas, la mention : « Catégorie socio-­économique : pauvre ». A Barrios Altos, ils sont assez directs ! Alfredo n’est pas du tout peiné, mais constate simplement : « Ils disent que je suis pauvre. Mais ils ne savent pas comment je vis ! Regardez, on m’a offert ces chaises, et ce matelas est tout neuf, et ma télé, elle encombre un peu, mais bon, elle est bien utile ! J’ai un endroit pour mon hygiène, et les derniers examens de l’hôpital me disent que je n’ai rien ! » Aussi, il a des amis, du plus jeune au plus vieux, qui en passant devant sa porte ouverte toute la journée, le saluent, restent un moment à parler avec lui. Et ses amis de coeur, les volontaires qu’il a adoptés comme ses enfants : « Tous les jours, je prie d’abord pour Alma, puis pour Marta, puis pour Magdalena, puis pour Peter… » La liste n’en finit pas. Nous avons un ami qui pense à nous chaque jour. La vie ne l’épargne pas, mais il nous dit : « Certains pensent que Dieu les punit, mais ce n’est pas vrai, Dieu ne punit pas, c’est nous qui souvent nous punissons nous-­‐mêmes, parce que notre cœur se durcit ». Pour lui, ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait. Alfredo a tout à fait conscience que sa vie n’est pas parfaite, que lui-­même ne l’est pas. Mais il est terrifié à Alfredo pendant une visite l’idée de blesser quelqu’un, et quand lui viennent des idées noires, il demande de l’aide à Dieu à qui il parle tout le temps. Il lui donne son sourire, ses larmes, ses cris. Il sait qu’il n’est pas seul, qu’il a reçu des amis, et que sa mère et la Vierge Marie veillent sur lui. En juin nous avions laissé son adresse au prêtre de notre paroisse, et pour lui c’est un bonheur de recevoir ses visites, et les sacrements. Pour moi, il est comme un ermite dans ce quartier. A sa manière, depuis sa chambre si pauvre, il confie dans la prière chacun de nous et toute sa vie, sans cesse.

 

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Charlotte C.
En mission à Lima

La force de ces mamans

A Athènes, les amis sont de nationalités très variées et leurs histoires sont pleines de souffrances. Agnès pose un regard sur ces mamans-courage dont la force et l’humilité ne peuvent que bouleverser.

Victorine, Anais et Davidou, Papou, Roki et Patricia

Il y a quelques jours, nous parlions de l’humilité avec Anaïs et la question est venue de ce qui m’aidait à rester humble quand l’orgueil prend le dessus. J’ai alors tout de suite pensé à toutes les mères si braves, si fortes que nous connaissons et qui gardent à tout instant cette présence silencieuse et pourtant indispensable.

J’ai pensé à Marie, la maman de Pierina, à Flora, la maman de Klaudia mais aussi à Maury, la maman de Maria-­Theresa. Maury est une femme qui a immigré du Sri Lanka et qui vit avec son mari Kumar, quand ce dernier ne travaille pas dans une île grecque, et leur fille unique Maria-­Theresa. Je me suis très rapidement prise d’affection pour cette famille d’abord grâce à Maria-­Theresa qui est une jeune adolescente (treize ans) très intelligente, mature d’une certaine façon et surtout bien unique dans sa manière de voir le monde et d’être elle-­même. Mais à longueur des visites, j’ai pu découvrir cette personne très discrète mais finalement omniprésente qu’est Maury. Il est beau de voir qu’avec tous nos amis, une porte s’ouvre à un moment donné. Pour certains, cela se fait tout de suite, dans une confiance et une acceptation complète de l’amitié. Mais pour d’autres, cette intimité s’offre comme le plus précieux des cadeaux et se dévoile comme une fleur fragile mais éternelle. Ainsi en a-­t-­il été avec Maury lorsqu’elle m’a ouvert la porte de sa famille. Pendant longtemps, elle ne m’a parlé que de sa fille et de son mari, me demandant régulièrement d’aider Maria-­Theresa avec son français ou avec quelque problème de mathématique. Puis, un jour, elle m’a raconté son parcours, son pays, ses rêves oubliés et les sacrifices qu’elle ne veut pas voir son enfant faire. Elle se livrait avec une pudeur et un réalisme qui m’a touchée. Elle ne cherchait ni à se rabaisser, ni à se mettre en avant, seulement à se raconter. Voici l’humilité dont j’aimerais m’inspirer tout au long de ma vie : celle de cette femme qui a tout donné pour son époux et son enfant et qui reste dans l’ombre pour offrir quelque chose qui la dépasse au monde et à Dieu : sa fille qui grandit.

Une autre mère qui m’inspire toute l’humilité du monde est Victorine. Elle vient du Cameroun où elle a grandit et où elle s’est mariée plutôt jeune. Malheureusement, son mari est allé travailler dans une ambassade d’Europe et elle est restée vivre chez sa belle-­famille. Le temps passant, il trouvait toujours plus d’excuses pour qu’elle ne le rejoigne pas. Elle a pourtant fini par y parvenir et a découvert après quelque temps que son mari s’était remarié là-­bas. Malgré la peine de la trahison (tous les membres de sa belle-­famille chez qui elle vivait étaient au courant de cette histoire) elle a pris la décision de s’effacer de sa vie sans scandale pour ne pas faire vivre à cette autre femme sa propre douleur. Mais, entre temps, elle a découvert qu’elle était enceinte de cet homme et elle ne pouvait alors pas rentrer affronter ses proches dans cette situation de déshonneur. Elle a décidé d’émigrer et est arrivée en Turquie illégalement à un stade déjà avancé de sa grossesse après avoir tout perdu. Seule et sans repères, avec sa seule foi en Dieu pour l’accompagner dans cette épreuve, elle a donné naissance à un petit garçon né avec un problème cardiaque et une trisomie 21. C’est avec les larmes aux yeux qu’on l’écoute décrire la joie, l’amour, l’espoir et la force infinie que lui offre son premier contact avec son fils. Ce petit être minuscule et malade allait être son plus grand soutien, l’homme qui ne la trahirait jamais. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle rencontre un peu plus tard un homme qui l’accepte, elle ainsi que son fils handicapé. Ensemble, ils auront une petite fille très énergique et en excellente santé. Ils ont vécu quelque temps en petite famille heureuse malgré les tourments. Mais Victorine n’a jamais réussi à pleinement s’intégrer dans ce nouveau pays. On lui parlait alors de la Grèce et de voyages clandestins dont elle pourrait profiter. L’ayant déjà fait une fois et y ayant survécu tout en étant enceinte, elle choisit de tenter à nouveau l’aventure. Mais son compagnon ayant un travail en Turquie a décidé de la laisser partir seule avec les enfants. Il lui a payé le trajet ainsi qu’à un inconnu qui s’occuperait d’un des enfants pendant la traversée. Voici notre super maman dans un bateau pneumatique en route pour la Grèce et un futur meilleur pour ses enfants avec un faux-espoir que son compagnon la rejoindra. Apres avoir survécu à la traversée, être passée par des camps de réfugiés, elle vit désormais dans une maison avec une autre maman célibataire grâce à une association prenant en charge les réfugiés. Ses enfants, David et Patricia, ont quatre et six ans et sont plein d’énergie et de joie. Cependant, l’école publique n’accepte plus David car il nécessite une surveillance constante et une école spécialisée coûte beaucoup trop cher. Elle a travaillé quelques mois en tant que femme de ménage pour trois euros de l’heure mais les horaires étaient prolongés chaque jour sans que les heures supplémentaires ne lui soient payées et le tout ne suffisait largement pas à ses besoins. Sa situation nous semble sans espoir mais elle garde une confiance en Dieu et une foi qui nous impressionne beaucoup mais après tout, il est vrai que le Seigneur l’a accompagnée jusqu’à maintenant et elle a ses deux merveilleux enfants auprès d’elle.

 

 

 

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Agnès B.
En mission à Athènes

Roberto, la soif d’une amitié

La vie bouleversante de Roberto, devenu proche du Point-Cœur de Buenos Aires. L’accompagner à de nombreux rendez-vous a permis à l’amitié de grandir et à Roberto de « gagner quelque chose de grand ».

Roberto au Point-Cœur de Buenos Aires

Roberto, petit homme de quarante-sept ans, aux petits yeux noirs rieurs est rentré dans la vie du Point-Cœur très soudainement. Voici quelques mots sur sa vie. Il y a deux ans, Roberto avait tout pour être heureux : une maison, une femme, trois enfants, un travail dans le bâtiment qu’il aimait. Du jour au lendemain, tout a basculé : un grave accident de travail, une chute de trois étages. Il tombe alors dans le coma. Il se réveillera trois mois plus tard et il ne lui restera plus rien : sa femme est partie avec un autre homme et ses enfants, sa maison habitée par une autre famille. Au-delà de cela, Roberto n’est plus tout à fait le même, il est gravement atteint par son accident : de lourds troubles de la mémoire et de multiples séquelles physiques provoquant douleurs et l’handicapant au quotidien. Lorsqu’il sort de l’hôpital il se retrouve seul et ne sait pas où aller. Il vivra un temps dans une maison en ruine, puis est mis dehors. Une connaissance lui prêtera temporairement une camionnette pour dormir. Ses problèmes de mémoire l’empêchent d’avoir un vrai suivi médical car il oublie ses rendez-vous et leurs finalités. C’est alors qu’on lui parla de Points-Cœur comme « un groupe de jeunes volontaires de l’Eglise qui pourront l’accompagner aux rendez-vous médicaux ». Sans en savoir davantage, il viendra à notre rencontre, nous acceptons de l’accompagner chez le médecin. Le jour du rendez-vous, Roberto ne viendra pas à notre rencontre. Inquiets, Victor et Gabriel iront le chercher, ils le retrouvent anéanti. Il leur dit : « Cela ne m’intéresse plus d’aller chez le médecin. A quoi cela sert-il de me battre pour ma vie ? Pour qui ? Pourquoi ? Je n’ai plus personne, je suis seul (…) Je n’ai plus envie de vivre (…) L’unique chose dont j’ai besoin c’est un ami. » Roberto a su mettre les mots sur le sens de notre présence ici. Il a mis le doigt sur ce à quoi l’Homme aspire au plus profond de son être. Depuis ce jour, nous avons engagé une amitié avec Roberto. Il vient presque quotidiennement au Point-Cœur, il y vient raconter sa vie, ses souffrances, ses inquiétudes. Au début, il vivait ses souffrances avec un profond désespoir, il s’interrogeait, se révoltait : « Il est où Dieu dans tout ça ? Je lui demande de l’aide mais il ne vient pas ! » L’amitié grandit et la réponse s’impose à lui : « Le Seigneur vous a envoyé pour m’aider. » Claudel aurait ajouté : « Le Christ n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter de sa présence. » Cette présence aimante qui passe parfois par une main tendue. De temps en temps, il vient prier avec nous. Un jour, dans le silence de l’adoration, il lira à voix haute un passage de la Bible qui rend gloire au Seigneur. Nous l’accompagnons à ses multiples rendez-vous médicaux et, au-delà de notre aide nécessaire, ces accompagnements sont l’occasion de partages avec lui, des moments privilégiés qui font grandir l’amitié. Le goût de vivre et de se battre est revenu, il trouve des petits boulots, ponctuellement, et a envie d’améliorer sa situation. Alors que nous fêtions ces quarante-sept ans à la maison, Roberto nous fit un long discours ému : « Avant mon accident j’avais des amis « du monde », ils étaient intéressés. C’étaient des amis pour les bons moments. Après mon accident, ils sont tous partis. Mais le Seigneur m’a offert de nouveaux amis : vous, qui êtes présents dans les bons et les mauvais moments. C’est une amitié gratuite qui n’attend rien de moi. J’ai tout perdu, mais j’ai gagné quelque chose de plus grand. »

 

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Marie GC
En mission à Buenos Aires

A Villejuif, une communauté, des amis, une vie dense !

Après une mission au Brésil, Arnaud vit maintenant au Point-Cœur étudiant et jeune professionnel de Villejuif. Présentation et découverte !!

Au Point-Cœur de Villejuif

En juin, j’ai commencé un nouveau travail dans une clinique aux Buttes-Chaumont à Paris. J’ai décidé aussi de prolonger un peu la mission en m’installant au Point-Cœur de Villejuif. Ce dernier a déjà vingt ans et est situé dans un quartier HLM, où quatre étudiants ou jeunes professionnels vivent. Ils sont aussi bien engagés dans leurs études ou leur travail qu’auprès de leurs voisins et amis du quartier, en particulier les week-ends. C’est une façon, pour nous, d’approfondir l’unité entre notre vie professionnelle, notre vie personnelle et notre vie spirituelle, en plaçant l’amitié au cœur de notre existence. Je vis donc avec Ivan, un Chilien qui est étudiant à la Sorbonne en histoire de la philosophie, sa cousine, Giordana, qui travaille dans un hôtel en tant que réceptionniste et enfin Diana, Russe orthodoxe, qui est en stage dans un laboratoire qui fait des recherches statistiques pour des personnes malades, des patients. Dans notre immeuble, il y a une famille catholique, le reste de l’immeuble et les autres aux alentours, de religion musulmane. La vie dans mon nouveau Point-Cœur est aussi basée sur les trois piliers, la vie communautaire, la vie spirituelle et enfin la mission. Cette dernière est bien-sûr différente de ma mission au Point-Cœur du Brésil mais elle n’est pas moins dense. En effet, nous avons toujours des enfants qui viennent toquer à notre porte. Nous visitons aussi des personnes âgées dans une résidence pas loin du quartier, nous visitons aussi quelque amis isolés qui sombrent parfois dans la dépression.

Chaque Point-Cœur a son enfant, ou une personne dont la famille est le Point-Cœur. Au Brésil, c’était Lucimari qui venait chaque jour. Ici, c’est M., qui est Egyptien et vient de Côte d’Ivoire. Depuis qu’il est tout petit, il vient au Point-Cœur, il a quinze ans, maintenant, mais ne va pas à l’école car il a un handicap mental qui ne lui permet pas de suivre l’école normal. Sa maman doit l’inscrire dans une école adaptée mais c’est plus difficile que l’on ne croit. A mon arrivée il était un peu timide mais, très vite, il s’est attaché !! Son jeu préféré c’est le Uno, il avait sa manière de jouer et, petit à petit, Ivan lui a appris la vraie règle du Uno. C’est un long travail et qui demande beaucoup de patience m’a dit Ivan. Nous allons essayer de lui apprendre d’autres jeux de société. Marcos est quelques fois le bouc émissaire des autres enfants, comme il ne comprend pas toujours très bien et, parfois, il n’articule pas bien. C’est difficile pour lui de communiquer, les autres enfants ne font que très peu attention à lui. Il y a un point en commun avec les autres c’est qu’il aime et joue assez bien au foot. Le problème est qu’il se fatigue très vite et, après quelques minutes, ne peut pas suivre le rythme des autres, c’est difficile pour lui d’accepter ses limites. De mon côté, en voyant cela il m’aide aussi à accepter les miennes, mais comme pour lui, ce n’est pas toujours évident !

 

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Arnauld dSP
Du Point-Cœur de Villejuif

Il faut continuer à vivre…

A Buenos Aires, quand la mort surprend une famille : être présent au cœur de cette souffrance…

20 ans du Point-Cœur de Buenos Aires

J’ai accompagné une femme qui est, un jour, venue me voir pour me dire que son époux, son jeune époux (à peine la cinquantaine), venait de recevoir le diagnostic d’un cancer du foie, et que les médecins ne lui donnaient que six mois de vie et répétaient : « On ne le sauvera pas ». Avec deux enfants à charge, à qui il a fallu annoncer la nouvelle, à qui venir se confier ? C’est vers Points-­Cœur qu’elle est venue, pour nous donner régulièrement des nouvelles de son époux, et tout simplement rechercher une aide ou tout simplement pleurer. Un jour, deux mois après notre première rencontre, je reçois la nouvelle : « Mon époux est à l’hôpital, il a eu mal au ventre hier et il est hospitalisé ». Je demande si je peux aller le voir. « Oui, mais demain, car là il est sous sédatif. » Lorsque je me prépare à partir, je reçois ce Whats-­App : « Il vient de décéder subitement. Tu viens quand-­‐même ? » Je ne peux que partir, et là c’est la rencontre dans le hall de l’hôpital, il y a aussi les deux enfants. Le plus grand drame, la perte d’un père et d’un époux, et Dieu nous a mis justement là pour qu’ils ne le vivent pas tout seuls. Que reste-­t-­il à faire sinon rester ensemble, aller un moment à la chapelle de l’hôpital et, là, confier à Dieu cet homme qui est parti trop tôt ? Je repense au film « Jeux Interdits » avec le prêtre qui enseigne à la petite Brigitte Fossey la phrase à dire lorsqu’elle annonce la perte de ses parents : « Que le Bon Dieu les reçoive dans son paradis ». Nous ne pouvons que balbutier cela. Impossible d’oublier cet instant où nous nous sommes quittés, eux partant à droite et moi à gauche après un « Allez les enfants, il faut rentrer à la maison maintenant ». Ils étaient venus quatre à l’hôpital et ils repartent à trois. L’un reste sans vie désormais, ils ne le reverront plus. Je les vois s’éloigner et ne peut m’empêcher d’être admiratif devant tant de courage au milieu de l’épreuve. Ils repartent lentement dans la rue. Les gens qui les croisent se doutent-­ils de ce qui vient de leur arriver ?

La vie continue, il faut continuer à vivre, chercher les clés de la voiture, mettre la ceinture, enlever le frein à main, conduire, penser au dîner, à l’école et puis il y a toutes les démarches administratives, les funérailles qui viennent et qui sans cesse vont rappeler ce qui vient de se passer, la perte, l’absence. Il y aura cette répétition incessante de l’annonce que celui que tu aimes n’est plus là. Comment vivre tout cela ? Il y a cette phrase de Paul qui veut consoler les Thessaloniciens : « Ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Tess 4,13). Il n’a pas seulement dit : « Ne pleurez pas », il faut ajouter : « comme ceux qui n’ont pas d’espérance ». C’est cette espérance de la résurrection qui prend tout son sens lors de moments pareils. Toutes les fibres de notre être se rebellent et crient : « Non, cela ne peut pas être la fin ». Et le Christ, ému aux larmes devant la mort de Lazare, voyant la détresse de ses deux sœurs, a eu ces belles paroles : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11,25). Déjà, lors de la messe d’enterrement, je vois combien la grâce de Dieu est forte pour ceux qui s’appuient sur lui. La douleur est immense mais la grâce semble plus immense encore. Je suis témoin de cette réalité qui m’avait tant marquée lorsque je visitais les hôpitaux à Paris comme à Paraná : c’est ceux qui sont les moins concernés directement par le drame qui semblent avoir le plus de difficulté à vivre cette réalité d’un décès prématuré. Alors que les premiers affectés, les plus affectés jusqu’au moindre recoin de leur être, la famille proche, vivent cela non sans douleur, mais avec une certaine force et beaucoup de dignité. C’est pour moi le signe, qu’au cœur de la souffrance, le Christ est plus jamais présent et qu’il a sanctifié cet état par sa passion. La croix du Christ, qui nous paraît si lointaine lorsque notre vie va bien et que les choses avancent comme nous le voulons, prend tout son sens de consolation lorsque l’absurde nous rejoint.

 

 

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Armando
En mission en Argentine

Une nouvelle famille arrive à la Fazenda

Une nouvelle aventure commence à la Fazenda do Natal au Brésil, avec l’arrivée d’une nouvelle famille, Flavia et ses trois enfants. Mathilde et Adrien suivent et s’émerveillent des pas posés par chacun.

Marcelo coupant les cheveux des enfants, Elizeu, Melissa et Isaqeu

Ces derniers mois, la Fazenda, est arrivée Flavia et ses trois enfants : Mélissa, sept ans, Isaquel, cinq ans et Elizeu deux ans. Elle nous a été envoyée en urgence par les services sociaux de la ville voisine, suite à une plainte qu’elle a déposé pour violences aussi bien à son encontre qu’à celle des enfants. Elle ne devait rester au départ que quelques semaines, mais les délais pour lui obtenir une aide familiale et trouver un nouveau logement étant plus longs, elle a fait la demande de rester plus, pour le bien de ses enfants. Il y a eu en effet un changement impressionnant chez ces trois petits. Nous avons été, au départ, déstabilisés par leur violence aussi bien physique que verbale envers quiconque s’occupant d’eux et les contrariant. Les temps des douches étaient tout particulièrement violents, provoquant de leur part hurlements et insultes. Aujourd’hui, ces trois enfants sont méconnaissables ! De petits sauvages sans règles, ils sont quasiment devenus des petits anges ! Quasiment, car il y a toujours des crises, mais de coups ou d’insultes il n’est presque plus question. La présence de Kelsey, une volontaire américaine au sein de leur maison a sans doute fait beaucoup, à force de limites et de patience. Cependant, je suis impressionnée par la force que l’amour, l’attention et l’éducation peuvent avoir sur le développement des enfants ! La dernière fois, nous avons fait une petite promenade suivie d’un goûter et j’ai été émerveillée par leur curiosité, leur énergie débordante et surtout par leurs bonnes manières ! Isaquel a fait le service du jus de fruits, en veillant à commencer par les filles d’abord, tandis que Mélissa proposait régulièrement les pop-corn à partager. Tous disaient naturellement s’il te plaît, merci… Ces moments sont d’une beauté et d’une douceur inoubliables ! Aujourd’hui, la mission consiste davantage à responsabiliser Flavia dans son rôle, l’aider à être mère, tout simplement, elle qui trouve difficilement le juste milieu entre tendresse, jeux, laxisme. Souffrant également de problèmes psychiatriques et de dépression, elle a du mal à leur accorder de l’attention, à se faire obéir et à leur donner ainsi un cadre sécurisant. Elle est aussi très influençable et continue à prêter attention aux manipulations de sa famille, ne sachant pas discerner le vrai du faux et le bien du mal. Nous espérons qu’avec le temps et la confiance, ce temps soit bénéfique pour tous et donne à Flavia les clés pour recommencer une nouvelle vie auprès de ses enfants !

 

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Mathilde et Adrien C.
En mission au Brésil

Une cigarette au goût d’éternité

Sophie est en mission au Point-Cœur de Berlin. Elle nous parle d’un « ami très cher » :

Sophie

Il vit à l’autre bout de Berlin. Un « pèlerinage » d’au moins une heure et demie est nécessaire pour lui rendre visite dans son home pour personnes âgées (à savoir que notre ami est âgé d’à peine 50 ans) ! Il vit dans une chambre close, une bactérie multi résistante l’isolant du reste du monde. A première vue, cet homme semble confiné à un espace si restreint, prisonnier de sa chambre, prisonnier de son corps tétraplégique dont seules les mains lui obéissent encore, quoique si peu… Mais lorsqu’on passe du temps à ses côtés, lorsque le regard embué se laisse saisir par son regard à lui, lumineux, rayonnant, passant du rire aux larmes comme celui d’un enfant, alors il semble que tout est là. Un mystère de souffrance et d’amour…

La première fois que je l’ai vu, il y a un ou deux ans, j’étais sur la terrasse du home en compagnie de quelques amis. A l’époque, comme il n’était pas encore contaminé, il pouvait être déplacé dans le bâtiment, installé dans une énorme chaise roulante. Cet après-midi-là, il a passé quelques minutes sur le balcon, le temps d’une cigarette et de quelques paroles échangées rapidement. Puis, sans que je m’en aperçoive, l’infirmier l’a ramené dans sa chambre. Le bref échange, et surtout son regard ayant suffi pour me donner le désir de le connaître davantage, après m’être renseignée sur le numéro de sa chambre, je suis allée sur la pointe des pieds lui dire au-revoir et lui demander si je pouvais revenir lui rendre visite. A cette question, j’ai cru qu’il allait tomber du lit de surprise ! J’aurais aimé pouvoir décrire avec des mots le sourire et la merveilleuse expression qui ont alors jailli sur son visage… C’est ainsi que, de visite en visite, l’amitié grandit.

Ses escarres lui font souffrir le martyr. Le personnel soignant, souvent débordé, n’est pas toujours en mesure de répondre à ses besoins, des besoins pourtant si évidents, basiques : le laver, le redresser dans son lit, lui servir le repas avec la cuillère adéquate… Il a besoin de tout. Même avaler est parfois difficile !

Et pourtant, pas l’ombre d’une révolte sur son visage. Pas de résignation non plus. Il pleure parce que l’infirmier de service, lui ayant apporté par inadvertance le repas avec une cuillère conventionnelle, ne prend pas le temps de lui apporter des services adaptés qui lui permettront de manger avec ses mains engourdies. Lorsque nous lui proposons de rester pour lui donner à manger, le visage s’illumine aussitôt, les larmes disparaissent: « Vous feriez cela ? » Il a un grand amour pour la Sainte Vierge et les anges. D’ailleurs, en face de son lit, il y a un petit autel plein de croix, d’angelots kitsch et de représentations du Seigneur. Il y a aussi une petite Sainte Vierge en plastique, que Margit (ma sœur de communauté) a ramenée d’un pèlerinage à Lourdes, pour la plus grande joie de notre ami. Désignant une image des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, il aime à nous rappeler que, « dès le réveil, je vois cette image, alors je pense à vous, « Points-Cœur », et je prie pour vous et pour votre Œuvre ». Quelle grâce d’avoir un tel intercesseur ! A chacune de nos visites, il attend et réclame la Communion. C’est presque étrange, dans cette ville de Berlin si marquée par l’athéisme, de découvrir une personne avec un tel désir des sacrements. Comme un rappel de l’Essentiel…

Un dimanche, alors que nous Margit et moi lui rendons visite, il nous demande timidement si la fumée nous dérange. La question nous étonne ; il s’explique : en effet, il est autorisé à fumer dans sa chambre… mais uniquement si quelqu’un est présent à ses côtés. Comme s’il s’agissait de la plus grande des faveurs, il nous demande si nous sommes d’accord de rester pendant qu’il fume une cigarette. Je crois que jamais je n’oublierai ce moment. Chaque seconde était comme chargée d’une incroyable intensité. Chaque geste devenait presque sacré… En silence, nous avons cherché dans son tiroir le paquet de cigarettes, enfilé la cigarette dans le porte-cigarette noir que nous avons placé entre ses lèvres, puis allumé la cigarette. Le temps était comme suspendu alors que notre ami en savourait chaque bouffée…

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Sophie B.
en mission au Point-Cœur de Berlin

La crise : des temps difficiles pour les Argentins

En mission à Buenos Aires, Sœur Françoise-Thérèse est témoin des conséquences de la crise sur la vie de leurs voisins et amis.

Sr Françoise-Thérèse, Buenos Aires

Dans l’hémisphère sud, nous voici dans un hiver plutôt changeant. Certains jours, un vent froid nous fait sortir les manteaux bien chauds, le jour suivant, nous pouvons presque nous promener en pull dans les rues, tant les températures sont clémentes. Un hiver, pour le moment donc, peu rude dans la capitale et, hélas, peu à l’image de la situation du pays qui s’enfonce toujours plus dans une crise économique qui affecte ce beau peuple argentin. Le peso ne vaut presque rien, tant l’inflation est énorme. Le manque d’investissements d’entreprises étrangères, la mauvaise gestion de certaines entreprises locales, mais surtout les nombreuses grèves qui paralysent le pays entier en sont quelques facteurs. Nous sommes témoins de combien cette crise affecte beaucoup de nos amis.

Via l’application si pratique de Watsapp je m’enquiers des nouvelles de Maria Jose qui, l’an dernier, a perdu son mari atteint d’un cancer et reste donc seule avec ses deux enfants de cinq et quatre ans. Je propose de lui faire une petite visite, après un long temps sans avoir de ses nouvelles. Elle répond aussitôt qu’elle serait ravie de nous voir et qu’elle a également besoin d’aide pour garder son fils aîné, le temps d’une consultation pour sa fille. Oui, Maria José est bien seule. Sans autre famille et très peu d’amis, elle lutte au jour le jour pour ses enfants. Psychologue, travaillant pour une mutuelle, elle ne gagne pas suffisamment, à elle seule. Sœur Blandine et moi restons plus d’une heure, avec Felipe, déterminé, du haut de ses cinq ans, à faire des courses à vélo sur le trottoir, devant l’immeuble. Sœur Blandine fait le chronomètre avec sa montre et voilà notre petit ami lancé sur sa bicyclette, insatiable, dans une vraie course contre la montre, évitant de justesse le peu de passants sur le trottoir. Je m’essaie à courir pour battre Felipe mais c’est peine perdue. Son enthousiasme et son jeune âge l’emportent. A son retour Maria José se livre à nous autour d’un thé, pendant que ses enfants regardent, épuisés, un dessin animé. Quittant son domicile, chaque jour à 8h00, elle ne rentre que vers 20h. Elle doit donc employer une baby-sitter pendant quelques heures par jour. Elle cherche par tous les moyens à trouver d’autres emplois que ces consultations et reçoit quelques aides matérielles de la part de sa paroisse. Mais l’inflation est telle que ça ne lui suffit pas pour pouvoir payer les charges de son logement. Courageuse, elle est en recherche de travail supplémentaire et nous demande d’être attentives aux offres d’emploi. Maria José nous est infiniment reconnaissante d’avoir passé ce temps avec elle, alors que sa situation reste la même. Je prends conscience de l’importance de notre présence et du courage de beaucoup de gens qui, en ces temps si difficiles, luttent au quotidien pour faire vivre la famille. A notre retour en métro, un homme à la retraite propose à toutes les personnes présentes dans les wagons quelques crayons à 20 pesos pour compléter sa retraite insuffisante.

 

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Sr Françoise-Thérèse
Servante de la Présence de Dieu

Qu’il est bon d’être ici !

Sr Alix en mission à Guayabo au Pérou, nous présente señora Aurelia dont la joie et les sourires surpassent les difficultés du quotidien, la grisaille devient lumière !

Señora Aurelia

Ici, dans les collines toutes de sable et de poussière de Retamal, quartier invasion que nous visitons régulièrement, et où brille le sourire de señora Aurelia ! Cette amie d’un certain âge, toute recroquevillée par une maladie qui doit être de l’arthrite et d’autres complications, nous a été présentée par une de ses voisines, dont le fils faisait le catéchisme l’an dernier avec sœur Gabriel. Après l’avoir visitée chez elle plusieurs fois, nous avons voulu lui offrir une « sortie » jusque chez nous, pour le jour de Noël. Il n’y a que 20 minutes de voiture entre Retamal et Guayabo, mais ce fut toute une aventure ! Tout d’abord, il nous a fallu l’encourager à mettre le beau pull tout neuf que son fils lui avait offert mais qu’elle n’osait pas mettre de peur de l’abîmer. Comme elle était belle et rayonnante avec son nouveau pull ! Son fils nous a aidées pour la porter jusqu’à la voiture, puis pendant le trajet, je me suis assise à côté d’elle pour la tenir, et je la voyais s’émerveiller de tout ce qu’elle apercevait par la fenêtre, transfigurant ainsi pour moi ce paysage devenu si quotidien. Et puis, elle demandait comme une enfant ce que nous allions faire ensemble chez nous, et s’il allait y avoir du Coca Cola ou de l’Inka Cola (boisson gazeuse péruvienne), et nous riions de tout et de rien tellement elle était heureuse de cette aventure. Après un bon déjeuner de fête avec quelques autres amis invités, elle nous a offert un chant de Noël en quechua, sa langue natale. Ce fut bouleversant de la voir installée à même le sol sur un petit tapis, chantant de tout son cœur avec une simplicité qui reflétait pour moi l’humilité, la pauvreté de l’Enfant Jésus dans la crèche, tout à fait désarmé sur son lit de paille. Pour la fête des mères, jour très important ici, nous avons invité à nouveau notre amie Aurelia, sachant que son fils ne pourrait rien faire pour célébrer ce jour-­là. Je ne saurais pas vous dire qui d’elle ou de nous a fait un plus grand cadeau à l’autre : elle était extrêmement heureuse d’être chez nous, et a pleuré d’émotion en ouvrant le petit paquet que nous lui offrions, mais à notre tour, nous avons été comblées par la simplicité de la rencontre avec elle et par la joie partagée. Son humour est tel, et toujours tellement surprenant, qu’elle est capable de tout de suite entrer dans le jeu que nous lui proposons. Par exemple, pendant plusieurs semaines, elle nous demandait de lui trouver et apporter un petit chien noir pour lui tenir compagnie. Evidemment, nous arrivions chez elle les mains vides, mais un jour, je lui dis : oui, il est là ! Et j’ai fait semblant de sortir quelque chose de ma poche, et de verser de mes mains dans les siennes, le fameux petit chien sans savoir trop comment elle réagirait. Eh bien, mieux encore que ne l’aurait fait un enfant, elle a fait semblant de le bercer et de lui parler, en éclatant de rire ensuite avec nous, spectatrices médusées ! Ou encore, nous avons joué un bon moment avec un personnage tout à fait inventé à partir d’une serviette de table et deux petites cuillères. Comme est bonne cette joie si simple qui irradie au milieu de « la grisaille et de la quotidienneté du monde ! »

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » s’exclame l’apôtre Pierre en voyant la lumière et la gloire de la Transfiguration.
Depuis ce temps-­‐là, le christianisme, l’Église, la foi ne sont qu’une répétition incessante de ces paroles radieuses :
« Il est bon que nous soyons ici ! ».
Paroles qui sont aussi supplication pour accéder à cette lumière éternelle, aspiration à l’illumination et à la transfiguration.
À travers l’obscurité, la grisaille, la quotidienneté du monde, comme des rayons à travers les nuages, resplendit cette lumière.
Notre âme la connaît, notre cœur, par elle, est réconforté, notre vie s’en nourrit constamment et se transfigure dans le secret.
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !»
P. Alexandre Schmemann dans Vous tous qui avez soif

 

 

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Sr Alix
En mission au Pérou

Au bout de la ruelle, l’amitié

Une longue amitié, faite de lutte et de retrouvaille, Lung Sunang est un grand monsieur qui a la fin de sa vie, reçoit les filles du Point-Cœur de Thaïlande comme une grande bouffée d’air.

Lung Sunang

J’aimerais aussi vous parler d’un ami, Lung Sunang. Cet homme de soixante-­dix ans est un rayon de soleil dans ma mission et pourtant, notre amitié ne fût pas toujours évidente. Quand je suis arrivée à Bangkok, Lung s’était remis à boire beaucoup. Nos visites étaient de plus en plus compliquées, nous étions dans une impasse car son immense solitude justifiait notre présence, sa famille s’occupant peu de lui, mais son état d’ébriété rendait nos échanges et notre amitié difficiles. Pendant un petit mois, nous ne sommes pas allées le visiter et un jour, alors que nous essayions depuis plusieurs semaines de le voir, il était là, rayonnant. Je me souviendrai de ce visage et de son sourire lorsqu’il nous a vu arriver du bout de soi (ruelle en thaï). C’était magnifique et j’ai à nouveau compris le pourquoi de ma présence ici. Une véritable renaissance s’était opérée en lui, cette joie de se retrouver m’a bouleversée car elle était le signe d’une amitié profonde. Depuis, c’est toujours une joie d’aller le visiter. La vieillesse a pris le pas sur sa vie, il souffre de dépendre des autres, de ne plus pouvoir faire les choses tout seul, il voit et entend très mal, il se ferme donc, un peu malgré lui, au monde qui l’entoure et pourtant, lors de nos visites, les barrières tombent et il s’ouvre à nous avec une joie profonde malgré la simplicité de nos échanges. Un jour, il nous a invité à déjeuner, il avait tout préparé et était excité depuis plusieurs jours à l’idée de ce déjeuner tous ensemble. Lors de la conversation, il nous dit avec son sourire contagieux et la simplicité et la profondeur qu’ont nos amis thaïs : « À l’idée de vous voir, je chante dans mon cœur ! » Avec lui, nous rions beaucoup et à chaque fin visite, je suis remplie d’énergie et de joie ! Notre amitié est une grande richesse dans ma mission et Lung m’apporte sans doute bien plus que ce que je lui donne.

 

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Astrid R.
Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

Je t’aime – Moi non plus !

Bertille commence ses aurevoirs, période de quelques semaines avant le départ de son Point-Cœur de Lima, moments de rencontres importants, et Fatima lui rappelle le précieux de l’amitié donnée.

Fatima et Bertille

Fátima, Douze ans, adolescente, râleuse, championne de la mauvaise foi et des piques perfides. Tout à fait mon style ! Néanmoins, mon instinct de survie ayant décidément bien peu de poids dans mes décisions, je m’y suis énormément attachée dès le début. Elle m’a très vite fait confiance et réclamé chaque jour ses dix minutes de câlin syndicales. Nous avions une relation privilégiée et, rapidement, j’ai eu droit au titre très honorifique de « grande sœur ». Rapidement, ses blessures l’ont rattrapée et j’ai vu à quel point il est difficile d’aimer quelqu’un qui est terrorisé par l’amour. Elle ne peut pas croire qu’on puisse l’aimer vraiment, donc elle pousse l’autre dans ses retranchements pour arriver jusqu’au rejet et prouver qu’elle a raison. Par conséquent, la vie avec elle ressemble à une telenovela mexicaine, toujours entre disputes et réconciliations. Parfois, elle est capable de rester toute un après-­midi, juste derrière moi, pendant que je joue avec les enfants, pour dire à qui veut l’entendre que je suis moche et qu’elle me hait. Je suis tenace et j’ai décidé que j’étais là pour Dieu et que ça ne serait certainement pas son cinéma qui me ferait changer d’attitude (à têtue, têtue et demie en fait, c’est un basique bras de fer). Donc je reste stable et indifférente aux piques, au silence quand je m’adresse à elle, etc. Mais j’ai parfois l’impression d’être masochiste. Une petite victoire m’a montré que j’avais raison : chaque fois qu’elle se comporte mal, elle m’écrit une lettre pour me de-­‐ mander pardon et me dire qu’elle m’aime. Une fois elle m’a dit : « Je t’aime aussi parce que, même quand je me comporte vraiment très mal avec toi, tu restes gentille avec moi. » J’ai maintenant 2,3 kg de lettres mais je continue parce que les bons moments sont aussi très précieux. L’année avançant, j’ai fait l’expérience de la deuxième grande faille de Fátima : elle est persuadée que chaque personne qu’elle aime va l’abandonner. Sa mère, embourbée dans la drogue, l’a un jour abandonnée avec son petit frère dans un parc. Ils avaient trois et cinq ans et elle s’en souvient. Maintenant ils vivent chez leur tante, Sonia, face au Punto. La famille en est très proche et elle s’est particulièrement attachée à certains volontaires, qui, finissant leur mission, sont partis. Elle vit ces départs comme des abandons personnels et quand elle a pris conscience qu’un jour aussi je devrais partir, j’ai eu droit à quasiment trois semaines de guerre ininterrompue. Il ne m’est pas non plus facile de trouver une réponse convaincante car, même en lui montrant qu’il y a toujours des nouveaux volontaires qui l’aiment comme moi, comment expliquer que l’amitié ne m’appartient pas parce que je suis venue donner Dieu et pas seulement mon affection à un enfant qui répond : « Oui, mais c’est à toi que je me suis attachée » ? Cela m’a fait comprendre combien est importante et délicate une despedida (Période des aurevoirs).

 

 

 

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Bertille D.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

« J’ai franchi le seuil de la porte de Yorgos »

Yorgos et Simon

Comme chaque semaine, les volontaires du Point-Cœur de Grèce vont visiter les personnes qui vivent dans la rue, Yorgos en fait partie. Visite inédite chez un ami !

Chaque lundi (« Il faut des rites », dit le Petit Prince) deux ou trois d’entre nous rendent visite à nos amis qui vivent dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là, je suis heureux de me mettre en route avec Roki et Santhosh pour les retrouver, après plusieurs semaines où j’étais pris par d’autres visites. Au moment d’arriver à son « palace », je suis comblé par le sourire inoubliable de Yorgos, et notre joie évidente de nous retrouver tout simplement. Je vous l’avais présenté dans ma dernière lettre, à l’occasion d’un moment guitare grandiose. D’ailleurs, je ne me prive pas désormais d’emporter quasi systématiquement la guitare qui le réjouit tant ! Mais cette fois-­là, un autre magnifique petit pas d’amitié m’a rendu heureux : après de chaleureuses embrassades de retrouvailles, il me proposait pour la première fois de m’asseoir à côté de lui, sur ce qui lui sert de lit. J’hésitais presque devant l’honneur mais je comprenais, à cet instant, que Yorgos m’ouvrait la porte de chez lui, m’y accueillait comme on accueille son ami, simplement. Alors, moi aussi, simplement, je me suis assis, j’ai franchi le seuil de sa porte.

« Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry.

Et nous avons encore passé un doux moment, tous les quatre, autour d’un thé glacé et de la guitare qui chante, au milieu du flot des passants dont l’indifférence assomme habituellement notre ami. Mais la musique et l’amitié soulagent, pour un moment, ce fardeau-­là. Rien n’a plus d’importance, puisque l’on est ensemble. Yorgos nous a encore régalé de ses « pauvres souvenirs de guitariste », qui sont en fait plus qu’honorables et m’inspire l’humilité ! On chante, on rigole, on échange ! Ce qui est un pas de plus dans notre amitié, contrastant avec d’habituels monologues passionnés sur les théories d’Einstein, le pillage international du langage grec, ou l’impensable puissance d’une bombe atomique. Non, cette fois il rêvait qu’on lui chante Supergirl. Mince, on ne connaît pas. Pour fêter son anniversaire la semaine d’après (avec un peu de retard… oups), c’était la surprise : un bon gâteau au chocolat d’Agnès, et Supergirl, timide mais sincère. Il était ravi. Cet homme me touche. L’amitié qu’il m’a offerte encore plus. Cette fois, enfin, je peux vous présenter en photo son beau visage, et vous imaginerez sa belle musique …

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Simon S.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Mary, une amie qui occupe mes pensées et mon cœur

Comment vous parlez de Mary, à la vie si chaotique… Mathilde, du Point-Cœur de Montevideo, « déchausse ses sandales » pour nous présenter cette amie du quartier.

Mathilde, Mary, Valentina et Jiro

Si je ne vous partage que des faits, vous serez peut-­être horrifiés. Les gens du quartier, qui pourtant n’ont pas toujours une vie simple non plus, ont souvent jugé Mary sans appel. Alors, je ne partage pas souvent sur la vie de Mary avec d’autres. Et pourtant, il me semble que Mary est une femme très digne et très forte, humble dans sa misère, joyeuse dans ses épreuves et qui garde au cœur l’espérance alors qu’elle est sans cesse nouvellement abandonnée ou mise en face de « ses échecs ». Parce qu’elle consommait un dérivé de la cocaïne, on lui avait retiré ses enfants, un à un. Cette drogue très peu chère et très addictive rend bien difficile une possible récupération. Mais Mary en est sortie et, petit à petit, elle a récupéré ses quatre enfants. Elle est venue vivre dans la partie la plus pauvre de notre quartier. Ce n’était pas le meilleur mais, pour la première fois, elle avait un foyer à elle, travaillait et prenait soin de ses enfants. Nous sommes arrivés dans le quartier presque en même temps. Alors que nous parlions avec une voisine, elle s’est approchée et nous a demandé d’où nous venions. Dès ce premier instant, elle nous a marqués, car elle s’est approchée de nous spontanément, et puis, très vite, elles nous a présenté ses enfants et raconté un bout de son histoire. Chacun de ses enfants, selon leur besoin, allait dans une école différente. Avec ses voisins, c’était parfois compliqué. Pourtant nous avons souvent rencontré dans la maison de Mary une femme hébergée parce qu’elle vivait une situation de violence domestique grave. Même si Mary paraissait forte, la situation déjà exigeante s’est compliquée. Mary porte une histoire bien lourde, ses enfants aussi et cela a eu pour conséquence qu’en un an, trois de ses enfants ont dû rejoindre un foyer. Mary aussi a dû partir du quartier et, aujourd’hui, elle vit avec le petit dernier, Jairo, qui a quatre ans. Jonathan, le plus grand, a fêté ses quinze ans, cela faisait trois mois qu’une fête se préparait avec de l’argent qu’il avait lui-­même économisé. Et cela faisait trois mois que nous étions invités. Mary nous avait prévenus : « Vous êtes notre seule famille, vous ne pouvez pas manquer nos anniversaires ! » Et elle nous rappelle très souvent les dates de chacun. Le jour de l’anniversaire est donc arrivé, nous allions tous nous retrouver pour l’occasion ! Cela faisait deux mois que nous n’avions plus vu Mary, en raison du déménagement et des activités de la maison. Mais, voilà que, ce jour-­là, Mary nous dit qu’elle n’ira pas… Nous nous doutons que la raison doit être sérieuse. Alors nous décidons de nous partager en deux : Alexis et Sixtine iront à l’anniversaire, et, avec Bernardo, nous retrouverons Mary. Nous arrivons au lieu de rendez-­vous et il n’y a personne, nous patientons plus d’une heure, nos messages restent sans réponse, même si nous voyons que Mary les lit… Je me souviens d’un élément de son adresse, alors nous décidons de partir à la recherche de sa maison. Je laisse un nouveau message à Mary. Finalement, elle répond : « Je veux être seule, je ne veux voir personne. » Cela nous inquiète et nous continuons notre quête. Nous décidons d’acheter quelques petites choses pour au moins les lui laisser avec un petit paquet que je lui avais préparé, qu’elle puisse sentir la présence d’un autre à ses côtés dans sa détresse… Nous commençons à prier en chemin, un chapelet d’Ave Maria et Notre Père qui n’a plus de fin. Et là, je me souviens que Mary nous avait laissé son adresse un jour. Nous reprenons notre chemin, un peu plus confiants, et faisons une petite halte dans une jolie église en chemin. Et, finalement, nous arrivons au carrefour indiqué, il nous manque le numéro de porte. Arrêtés devant un passage étroit, nous appelons Mary et, cette fois-­ci, elle répond au téléphone. Là où nous sommes arrêtés, elle vient… nous l’avons trouvé. Tout de suite, Mary nous raconte pourquoi elle n’était pas à l’anniversaire, elle nous fait écouter un message de son fils l’interdisant de venir et la traitant de tous les noms, les larmes brillaient dans ses yeux et la colère et la tristesse avaient envahi son cœur, colère et tristesse pour Jonathan et Valentina, qui, à l’occasion d’une rencontre entre eux, avaient mal parlé de leur maman et rejeté toute leur propre peine et colère sur elle. En ce jour tant attendu, qui devait être un jour de fête, la famille était davantage divisée. Mary nous a ensuite raconté ses deux derniers mois, où elle avait vécu dans trois maisons différentes et, chaque fois, à cause des grandes difficultés de comportement de Valentina, ils avaient dû partir. Valentina est donc la dernière qui est partie vivre en foyer et, ce jour-­là, elle était à l’anniversaire de son frère. Après nous avoir raconté tout cela, Mary est plus tranquille, elle nous offre un maté, sort les petits gâteaux que nous avons apportés et puis s’exclame : « Vraiment, je ne pensais pas que vous arriveriez jusque-­là, je vous croyais déjà repartis ! Et puis, je voulais être seule car je pensais que c’était le mieux. » Mary reprend ses confidences, mais Jairo, le petit, vient les interrompre innocemment et rend la joie à sa maman. Mary n’est pas en reste et ainsi, même dans ce contexte, nous avons aussi bien ri et profité de ce moment de retrouvailles, après ces deux mois. Aujourd’hui, les trois grands de Marie, Jonathan, quinze ans, Milagros, treize ans, et Valentina, douze ans, vivent dans différents foyers. Cela veut dire que Marie n’a plus aucune autorité ni droit sur eux. Il lui reste maintenant son petit dernier, proche d’elle. Mary n’est pas la maman idéale et, autour d’elle et de ses enfants, il n’y a pratiquement pas de famille, les amitiés vont et viennent et ne sont pas toujours des meilleures. C’est beaucoup de solitude, d’échecs et de douleur. Pourtant, elle n’abandonne pas. Et puis, elle est capable de nous faire nouvellement confiance, en nous ouvrant son cœur et en nous offrant son amitié et sa vie, simplement, telle qu’elle est. Cette amitié est chère à mon cœur, à notre communauté et il y a là un terrain sacré où je ne puis entrer sans « retirer mes sandales », c’est à dire l’écouter et la connaître avant tout jugement et l’accompagner pour porter avec elle un bout de sa vie.

 

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Mathilde C.
En mission en Uruguay

Dona Santos et Panel, de l’amour d’une mère pour son fils

Aurélien est en mission à Tegucigalpa au Point-Cœur du Honduras, il nous présente Dona Santos, une mère courage du quartier et son fils Panel.

Dona Santos et son fils Panel

Je souhaite vous présenter une amie, elle s’appelle Dona Santos. Cette dame également âgée habite notre quartier avec son fils Panel. Cette famille est à l’image de beaucoup d’autres : une maman qui est totalement livrée pour son enfant. Il y a quelques mois, Panel a subi un accident, une moto taxi l’a heurté à la jambe. Il a donc suivi une période de récupération à l’aide d’un plâtre qu’il fallait changer tous les mois à l’hôpital. Je suis allé une fois à l’hôpital avec Dona Santos et Panel pour les accompagner. Pour avoir le rendez-­vous de 7h, il fallait arriver à 5h du matin. Nous sommes donc partis en taxi pour arriver à 5h là-­bas. Le simple fait d’arriver sur place fut un véritable périple car Panel souffre d’un handicap qui l’empêche de se déplacer normalement, et sa fracture à la jambe rendait la marche impossible. Je devais donc le soutenir, et même le porter depuis sa maison jusqu’en bas pour atteindre la rue principale. Et cet effort était très important, étant donné la carrure de Panel. Mais en le faisant, je pensais à Dona Santos qui, par amour pour son fils, était prête à tout et l’accompagnait ainsi au quotidien. Arrivés à l’hôpital, on apprend que le docteur en question ne pourra pas nous recevoir avant 14h, pour la simple raison qu’il ne travaillait pas cette matinée-­là. Dona Santos était dans l’obligation de rester, n’ayant pas les moyens de payer un taxi de nouveau. Mais elle me propose de rentrer au Point-­Cœur, de revenir pour 14h et, preuve de sa générosité sans limite, elle me tend un billet pour me payer le bus, que je refuse poliment (en général au Honduras, nous ne refusons pas ce que nos amis nous offrent car c’est, pour eux, important et un refus peut blesser, ne serait-­ce que simplement un café). Je décide à ce moment de rester avec eux en me disant, au fond de moi, que j’aurais dû emmener de quoi lire. Mais lors de cette mission rien n’arrive par hasard et je faisais ce pas de confiance en la Providence. Dieu m’a alors récompensé en m’offrant la messe ! Et oui, en allant à la chapelle, j’apprenais que tous les jeudis à 9h un prêtre vient célébrer la messe. Je suis donc descendu pour prévenir Dona Santos et elle est venue la vivre avec moi. Enfin, jusqu’à 14h, j’ai beaucoup partagé avec elle et Panel (que je ne comprends pas très bien mais je profitais de la présence de Dona Santos pour m’aider), j’ai prié un chapelet pour cette famille et je leur ai offert le déjeuner. Le rendez-­‐vous a bien eu lieu à 14h et le plâtre a été changé. Maintenant, Panel n’utilise plus de plâtre, il se sent beaucoup mieux car cela ne lui a pas été très agréable. Chaque fois que nous le visitons, il nous montre avec un sourire énorme, sa jambe qui s’améliore de jour en jour, merci Seigneur !

 

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Aurélien M.
En mission au Point-Cœur de Tegucigalpa

Une journée particulière pour Mathias

Groupe d’amis de Lima en sortie à Guayabo

Au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, Charlotte nous confie Mathias, nouvel ami de Jésus.

Une grande joie dont je voulais vous parler. Vous connaissez Mathias, le fils de Sonia qui habite en face de chez nous, le frère de Gérard (celui qu’il m’a tant coûté d’aimer quand il faisait ses crises). Il a dix ans. Sa famille est une de celles qui souffrent le plus, dans notre quartier. Cela, vous le savez, mais je ne vous ai pas encore parlé de son chemin de foi. Très souvent, quand nous partons à la messe, Mathias court vers nous et nous demande s’il peut nous accompagner. Il reste tout le temps de la messe et, chaque fois, au moment de la communion, il essaie de négocier pour aller, lui aussi, recevoir l’hostie consacrée, Jésus. Voyant son désir de communier, nous en avons un peu parlé avec sa mère il y a quelques mois. Hors de question, il ne s’inscrira jamais à la préparation à la paroisse, plus la peine d’en reparler ! C’est, entre autres, grâce à Hugo, un ami péruvien parti en mission avec Points-­Cœur au Brésil, que Sonia a fini par ouvrir son cœur au désir de son fils. Hugo vient nous visiter de temps en temps, et Mathias l’aime beaucoup, tant il l’appelle son parrain. Ce terme montre son affection, mais Hugo y a pensé sérieusement et a fini par lui proposer de l’être en vrai, si un jour il voulait se faire baptiser. A la grande joie de Mathias ! L’amitié qui les unit est précieuse pour Mathias, lui, dont le père est mort, et qui a tant besoin d’une figure masculine aimante à ses côtés, d’un modèle d’homme qui l’accueille tel qu’il est et l’aide à grandir. J’ai pu donc accompagner Sonia à la paroisse pour inscrire son fils, à la première communion en décembre, et au baptême en octobre. Dimanche de Pentecôte, Mathias s’est levé tôt pour se préparer et partir avec nous à la messe de 9h. Jamais il n’a été aussi attentif, spécialement au moment de la consécration. A la fin de la messe, il me demande de le laisser aller tout seul au cours de « caté ». A 11h30, au Point-­Cœur, on frappe à la porte. Gaëtan, un volontaire du Point-­Cœur de la Ensenada, qui a terminé sa mission et a voulu donner encore un temps pour aider chez nous, ouvre : « Mathias ! Tu vas m’aider à cuisiner ! » Mathias est trop heureux de couper les carottes, les haricots, avec un grand frère. Il nous a montré son premier cours sur la Création, où après avoir rempli les phrases à trous de la Bible, il a pris la résolution de respecter les autres et de faire attention à la propreté de son environnement. Il est resté déjeuner avec nous, a mangé avec appétit, pétillant de joie, tranquille, heureux de ce moment privilégié juste pour lui. Pour ma part, c’est magnifique de voir un enfant que j’aime, grandir non seulement physiquement, en intelligence, mais aussi dans la foi, dans l’amour.

 

 

 

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Charlotte C.
En mission à Lima au Pérou

« A n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas »

Antonine dans le quartier, lors de ses aurevoirs

Antonine revient juste de dix-huit mois de mission à Chengalpett en Inde, une mission simple, plongée dans une réalité toute différente, une école et une intense action de grâces.

Fini le spectacle de la rue avec sa circulation rocambolesque, son concert de klaxons, ses odeurs d’épices et de fleurs de jasmin, ses vaches, ses véhicules surchargés et la démarche princière de ces femmes indiennes en saris colorés… Je me revois assise à l’aéroport attendant fébrilement le décollage pour l’Inde. Dix-­huit mois me paraissaient alors bien longs. Je n’étais pas rassurée à l’idée de quitter la France pour ce pays de plus d’un milliard d’habitants, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin d’imaginer que la culture, le mode de vie et les mentalités différaient aussi radicalement de la civilisation occidentale. J’ai découvert une réalité bien différente de la nôtre, un pays où les gens sont particulièrement chaleureux, accueillants et profondément croyants. En vivant dans un quartier marqué par des souffrances matérielles et morales (pauvreté, alcoolisme, maltraitance), j’ai aussi pris conscience de la dureté de leur vie quotidienne, de la logique des castes, du fatalisme social et du combat des femmes victimes d’injustice. Avec Points-­Cœur, j’ai été pour nos amis du quartier une présence de compassion dans les moments de joie comme dans les épreuves. Je n’ai pas cherché à les changer car Points-­Cœur ne prétend pas vouloir changer le monde mais simplement réconforter les hommes, les femmes et les enfants qui souffrent. Au contraire, j’ai appris à « me laisser guider par les événements, les imprévus, à ne pas être dans l’attente et à accepter que nos projets soient contrariés ». Difficile pour moi de retranscrire ce que j’ai vécu pendant dix-­huit mois. Mais à n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas. Je rends grâce pour toutes les amitiés que j’ai reçues et que je garderai précieusement dans mon cœur. Cette belle mission à l’école des plus pauvres et des plus souffrants sera j’espère un fondement pour toute ma vie.

 

 

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Antonine L.
Volontaire en Inde

Avant le départ…

Solène dans la cour du Point-Cœur de Tegucigalpa, lors de ses aurevoirs.

Solène rentre du Honduras après quatorze mois de mission, elle fait ses aurevoirs, son sac et ses dernières rencontres… Rosie en fait partie.

Je vous écris cette dernière lettre pour vous remercier de votre soutien durant ces quatorze mois de mission. Ça n’a pas toujours été facile, mais cette expérience m’a fait beaucoup grandir et je repars avec autant de trésors que de visages dans le cœur : des visages édifiants qui m’ont appris tant de choses. Je me souviens, lors du chemin de croix à la prison, une amie qui a des difficultés pour marcher portait un grand sac contenant les tableaux des stations. A chaque fois que l’on passait une station, elle récupérait le tableau. Evidemment, plus on s’approchait de la crucifixion, plus son sac était lourd et plus elle s’appuyait sur sa béquille de l’autre côté. Je lui demande alors : « Fanny, je peux t’aider ? Donne-­moi le sac. » Elle me répond : « Merci, c’est gentil, tu n’es pas la première qui me propose. Mais ce sac, c’est ma croix. Et je veux la porter jusqu’au bout. » J’étais émerveillée de la foi avec laquelle Fanny vivait ce chemin de croix. Elle le vivait avec tout son corps et avec tout son cœur. Il y avait tant d’amour dans sa démarche ! Je suis toujours impressionnée de la foi de mes amis. Ils traversent des épreuves si difficiles et ils les vivent pourtant avec beaucoup d’espérance, avec beaucoup de foi, confiants en la bonté et la miséricorde de Dieu et s’en remettant totalement à Lui. C’est une grande école pour moi et je n’ai pas fini d’apprendre. Je suis aussi impressionnée par la valeur du temps, ici. C’est tellement tentant pour moi de vivre dans le passé ou dans le futur. Ils ont, eux, une facilité à vivre dans le présent, pleinement disponibles à la réalité et aux personnes qui les entourent. C’est si précieux ! La sainteté ne se conjugue qu’au présent, comme on dit. J’ai tellement tendance à oublier que le présent, comme son nom l’indique, est un cadeau de Dieu.

Rosie et Jennifer

Cette fois, je vais être courte, je voudrais simplement vous parler de mon amie Rosie. La dernière semaine, elle tenait absolument à nous inviter chez elle à l’occasion de notre départ (celui d’Agata et le mien). On avait déjà invité toute sa famille pour leur dire au revoir, mais c’était important, pour elle, de nous recevoir. On arrive alors une demi-­‐heure plus tard que l’heure prévue, comme de coutume ici au Honduras. Et, là-­‐bas, surprise : pas de Rosie. Ses sœurs, ses enfants, ses neveux, oui, mais Rosie brillait par son absence. Sa sœur Agata et Doña Virginia nous apprend qu’elle nous a attendues une demi-­‐heure avant d’aller travailler. On passe malgré tout un bon moment. Rosie nous avait cuisiné un délicieux dîner. Puis, avec Agata et Estefanía, au lieu de rentrer à la maison, on passe lui rendre visite au stand où elle vend les meilleures baleadas du quartier (galettes honduriennes). Elle nous apprend qu’on a détecté un cancer à son père et qu’ils n’ont pas d’argent pour le traitement. Alors, elle ne pouvait pas se permettre le luxe de ne pas travailler cette soirée. On est resté jusqu’au bout avec elle, jusqu’à 23h. A 22h, heure de fermeture, il lui reste une énorme pile de baleadas qu’elle n’a pas encore vendues. Elle a le visage triste et fatigué : « Cette soirée, je n’ai presque rien vendu, mais tout ce que j’ai gagné, je vais l’envoyer à mon père. » C’était moins de dix euros. « Je n’ai presque rien vendu mais Dieu m’a envoyé trois petits anges pour me consoler », rajoute-­‐elle. C’est vrai que c’était une belle soirée. J’ai beaucoup plus partagé avec elle, que ce que je n’aurai sans doute pu partager si elle avait été là au dîner. Elle s’est beaucoup livrée. C’était fort de l’accompagner dans son quotidien. On l’a aidée à replier tout le stand. Car, si elle le laisse là, il n’y a plus rien le lendemain. On l’a aidée à transporter tous les ustensiles (hyper lourds) chez elle. Tout le monde dormait. Quel travail ! Le jour suivant, elle se lève tôt pour faire la pâte et pouvoir vendre, dès 8h le matin. Je l’admire tellement. Elle travaille avec tant d’amour. Elle ne pourrait pas avoir cette force de travail sans l’amour qu’elle porte à ses enfants et à sa famille. Sans amour, c’est impossible. Elle gagne son pain à la sueur de son front par amour et avec amour. Ce soir-‐là, quand je suis allée me coucher, je me suis sentie toute petite mais, surtout, grandie par cette amitié. Rosie est une petite sainte !

 

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Solène deF.
Volontaire au Honduras

Plus loin que les mots

Au Point-Cœur de Bangkok, l’apprentissage du thaï est un sacré défi pour les volontaires, mais il faut aller « plus loin que les mots » nous dit Pauline, en mission en Thaïlande depuis déjà six mois : 

Songkran avec Phii Oo

Six mois se sont passés depuis mon arrivée en Thaïlande. A présent, je commence à bien connaître les environs, j’arrive presqu’à me repérer dans le labyrinthe du slum et à connaître le prix des aliments et les gens du quartier… La langue vient doucement, comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, à la lecture de cette lettre.

Chaque jour, avec notre communauté, nous rendons visite aux amis du Point-Cœur. Un jour, mère Sumalie, un autre jour, l’oncle Saxapong, un autre, grand frère Chaya, etc. C’est grâce à la fidélité des rencontres que de vraies relations se tissent entre nous. Les amis apprennent à comprendre « notre thaï à nous » et nous apprenons à comprendre « leur thaï à eux ». Il ne s’agit pas de savoir parler thaï, purement et simplement, mais d’essayer d’aller plus loin que les mots.

J’aimerais vous présenter une petite mamie que j’aime particulièrement aller visiter, c’est Yaay Biin ! Une minuscule grand-mère de plus de quatre-vingt-dix ans, qui ne marche plus et qui reste sur le seuil de sa maison une partie de la journée à regarder passer les gens. Elle se déplace sur les fesses ou sur les genoux. Quand elle voit qu’on passe devant sa maison, dans la seconde elle rentre chez elle comme un bernard-l’hermite qui se rétracte dans sa coquille. C’est sa façon de nous inviter à entrer. Elle machouille constamment une espèce de chique rouge qu’elle crache dans un pot. Quand yaay Biin parle, c’est très difficile de comprendre ce qu’elle dit car elle a plein de cette pâte dans la bouche. Mais grâce aux visites répétées et à ce désir de pouvoir mieux nous connaître, nous parvenons à avoir de vrais échanges, j’apprends à reconnaître sa façon de parler. La dernière fois, elle riait aux éclats en me racontant la vie, des histoires des uns et des autres. Elle aime quand on lui masse ses genoux douloureux.

Naa et ses filles

Durant quelques jours, nous avons accueilli à la maison Naa, une jeune maman de vingt-trois ans dont j’aurai sûrement l’occasion de vous reparler dans une autre lettre. Son mari étant parti en Inde un certain temps, elle nous a demandé de l’aider avec sa fille d’un an et demi. Naa a un tempérament de feu qui mettait parfois la maison sens dessus dessous mais, finalement, nous avons vraiment passé un bon moment avec elle et sa fille. A l’occasion de sa venue, son autre fille, qui est élevée chez sa sœur, Fy, est aussi venue dormir à la maison. Toute les trois, mère et filles, ont pu passer un temps privilégié ensemble, ce qui n’est pas forcément évident compte-tenu de la situation compliquée de cette famille. Naa vient au Point-Cœur depuis qu’elle a un an et est habituée à la façon de parler des volontaires avec leur vocabulaire simple, leurs tons qu’il faudrait exagérer quatre fois plus, et leurs phrases décousues. Elle s’improvise souvent comme notre traductrice. Pour moi, Naa est en quelque sorte l’une des « mémoires vivantes » du Point-Cœur de ces vingt dernières années. Elle se souvient de toutes les volontaires et nous raconte parfois les sorties et événements passés, d‘il y a dix ans ou plus…

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Pauline G.
Volontaire en Thaïlande

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. »

Claire est en mission au Point-Cœur de Cuba depuis déjà 20 mois. A un mois du départ, elle partage encore les amitiés qui l’émerveille au quotidien. 

La communauté devant le Point-Cœur : Claire, Kasia, Marcela et Tania

J’aimerais vous partager dans cette lettre mon émerveillement face à nos amitiés. Après un bon bout de temps ici, je goûte à la grâce de pouvoir vivre, jour après jour, les rires et les larmes de nos amis, de pouvoir partager des moments si simples et parfois très courts, mais tellement fondateurs pour construire et vivre une vraie amitié, source d’une vraie liberté…

Un ami si important est bien notre grand-père cubain, P., âgé de soixante-seize ans. Il a perdu sa fille dans un accident d’avion quand elle avait vingt ans, son fils a dû partir pour le Pérou et sa femme est décédée il y a deux ans et demi. Un homme qui a beaucoup souffert mais, depuis quelques mois, nous le voyons reprendre souffle, revivre… Un homme qui a de grandes blessures mais cela ne l’a pas rendu amer, bien au contraire, par sa présence, sa confiance et son affection, par sa simple amitié, Point-Cœur est devenu pour lui comme une famille. Il se désole toujours tant de n’avoir aucune nouvelle de ses petits-enfants mais, ici, il a comme trouvé une certaine consolation, il a trouvé un refuge, un ami qui écoute.

L. est aussi une grande amie qui, pour toute la communauté, est si importante dans notre mission. Cette dame de soixante ans, dont je vous ai déjà parlé, qui est alcoolique, que son fils traite au plus mal, qui a tenté de se suicider l’année dernière et qui cherche chaque jour un peu d’argent pour manger (on se demande comment elle paye ses bouteilles d’alcool.) L., qui souffre tant de sa solitude, encore aujourd’hui, est venue à moitié ivre, disant qu’elle était épuisée de vivre… Elle a perdu sa maman. C’était une grande dame élégante connue du quartier mais, depuis cette perte, elle erre dans les rues, titubante, et les voisins se moquent d’elle. Elle a des millions de problèmes de santé et ne trouve pas la force de s’occuper d’elle, vit seule dans sa maison et déteste voir du monde. Mais au Point-Cœur, comme elle a dit un jour en pleurant pendant une dizaine du chapelet, elle a trouvé la famille dont elle a toujours eu besoin… Elle est loin d’avoir trouvé une solution ou une guérison à tous ses problèmes, mais peut-être une consolation qui lui donne un peu plus de force pour se lever chaque matin. Elle a trouvé un lieu où elle peut pleurer, où elle peut crier sa douleur, un lieu où elle est juste aimée et consolée, un besoin qu’on a tous !

J’aimerais aussi vous présenter A. : un père de famille, qui a perdu sa femme il y a quatre mois. Un homme très discret, surtout depuis ce qui est arrivé. De fait, nous n’allons pas souvent le voir, il le dit lui-même. Il a mis et met encore du temps pour accepter le regard des autres. Un après-midi, nous sommes passées chez lui, tout en tentant de rester délicates pour ne pas le brusquer. D’un coup, il s’est dévoilé totalement. Sa confiance et sa simplicité m’ont fait monter des larmes… Sans poser aucune question, il nous expliqua tout de suite qu’il ne va plus à l’Eglise en ce moment, qu’il veut prendre du recul, ne veut pas de la pitié des gens. Il reconnaît en toute simplicité qu’il se sent encore trop faible pour assumer leur regard… Mais, à la fois, dans sa profonde douleur, il nous dit qu’il sent son épouse tellement présente autour d’eux, avec lui et chacun de leurs enfants, qu’elle est partie laissant un tas de problèmes et il sent combien, depuis là-haut, elle aide à ce que, petit à petit, tout se résolve… Il nous a aussi dit, les larmes aux yeux : « Je connais la Bible, mais maintenant je comprends cette phrase : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » » Une douleur si profonde, un cri silencieux mais perçant et, pourtant, il parvient toujours à regarder La lumière…

« Dans le fond, c’est ça la loi suprême de l’incarnation : l’Amour Infini est toujours capable de sortir du mal un bien meilleur » P. Thomas Philippe

S. du centre polyhandicapés

Un ami du centre de polyhandicapés, S., est un maître par excellence, car il a la grâce de savoir tirer un bien meilleur de sa souffrance. S. a fêté ses cinquante ans l’année dernière. Etant adolescent, il a fugué de chez lui, et a passé une jeunesse assez mouvementée… A l’âge de vingt-cinq ans, il a eu un accident, est devenu hémiplégique, ne sachant plus que bouger le haut de son corps, et est pratiquement tout le temps allongé sur le ventre pour d’autres raisons de santé. Face à cette situation, S. s’est beaucoup révolté jusqu’à perdre toute volonté d’avancer, de continuer de vivre… Les personnes de son entourage l’ont secoué (en tant que bons Cubains luchadores) et l’ont aidé à se relever. Cela fait presque vingt ans, maintenant, qu’il est dans ce centre et a développé tout un art, avec de la pâte à modeler, qu’il travaille avec la paume de sa main, tout en étant allongé sur le ventre. Participant à des concours, S. est connu comme l’unique artiste en son genre, dans son pays… Cet homme, comme certains là-bas, a toute sa tête, est bien (trop) conscient de la réalité qui l’entoure. Son handicap et son quotidien sont loin d’être faciles, mais il a décidé de lutter. Chaque jour, il a choisi la vie ! Comme il dit si bien « chacun a un don, le Seigneur nous les enseigne quand on en a besoin. » Une vie si pauvre mais il l’accueille et la vit de la meilleure manière qu’il le peut selon ce qu’il a… Un vrai chemin, son handicap !

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Claire D.
Volontaire en mission à Cuba

Marina, la force d’une mère

Dans le quartier de Buenos Aires où est installé le Point-Cœur depuis des années, les mamans sont souvent seules pour élever leurs enfants. Marie nous présente un visage, celui de Marina, une femme qui cherche le Bien pour ses enfants au milieu des tentations du quartier…

Santiago avec les volontaires du Point-Cœur pendant le camp d’été 2018

Ce jour-­là, avec Victor, (volontaire allemand) nous allons visiter les amis du quartier. Moment d’indécision : à qui allons-­nous rendre visite ? Finalement c’est Juan, un enfant de sept ans, qui a pris Victor par la main avec insistance et nous a mené jusqu’à chez lui. Il veut jouer avec lui, sa maman Marina le rappelle à l’ordre : « Tu as tes devoirs à faire ! » Victor se propose de l’aider. C’est ainsi que je rentre pour la première fois dans la maison de Marina. Comme à chaque visite dans le quartier, elle me propose le traditionnel maté et très vite me parle de ses deux fils : Juan, sept ans et Alejandro dix-­huit ans. Elle me parle et de sa difficulté à les éduquer, en particulier Alejandro. « C’est un jeune très difficile. » D’autant plus dans un quartier où la drogue, l’alcool, violences et vols font partie de leur quotidien. Il est facile pour un adolescent de se laisser entraîner par l’effet de groupe qui pousse à faire le dur, le fort, à ne pas se laisser écraser par les autres, sinon « tu es mort ». Surtout dans un contexte où le jeune est abîmé par un milieu familial déjà touché par la violence et l’addiction. Pour Alejandro, comment être suffisamment fort pour dire non, pour refuser de s’échapper un instant de cette réalité : un papa trafiquant de drogue, violent et en prison, un oncle et un cousin tués… Alors, oui, c’est difficile pour Marina, femme de valeur, d’éduquer ses enfants, seule, dans ce quartier, dans cette réalité. Comment transmettre à son fils sa force et ses valeurs « Moi aussi quand j’étais jeune, tous mes amis se droguaient, j’ai toujours refusé ! » Marina a compris qu’elle était, là, la vraie liberté, choisir le Bien. « Hier on s’est encore disputé avec Alejandro. Je lui ai dit : « Pourquoi les jeunes du quartier volent, se mettent dans des trafics de drogue ? Parfois parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se nourrir, pour se vêtir… Mais toi, tu as un toit, on ne roule pas sur l’or mais tu as de quoi manger. Tu as même des vêtements de marque. Mais tu veux toujours plus ! Tu es prêt à perdre tes principes pour de la marque ? » » Elle ajoute : « C’est difficile d’être mère dans ce quartier, il faut lutter, transmettre ses valeurs, sa foi… » Marina n’a pas toujours été comme ça. Il y a une dizaine d’années de cela, son compagnon est tombé, lui aussi, dans la drogue. Après avoir appris que son fils avait une tumeur au cerveau, il a cherché à masquer sa souffrance et son impuissance dans la drogue. Il est devenu très violent. Alejandro était victime indirect des violences de son père sur sa mère. Marina restait enfermée chez elle, son compagnon ne voulait pas qu’elle sorte, qu’elle voit ses amis. Lui, en profitait pour aller voir ailleurs… Elle a perdu confiance en elle, elle a perdu le goût de la vie, mais elle continuait à lutter, pour ses enfants, la peur au ventre. Jusqu’au jour où elle a eu le courage de se séparer de son compagnon, pour elle, pour ses enfants. Deux semaines plus tard, il s’est retrouvé en prison, cela fait maintenant quatre ans. Depuis, Marina s’est prouvée qu’elle était capable de dire « non », elle était capable de protéger ses enfants et de prendre sa vie en main. Aujourd’hui, elle aime sortir avec ses amies de temps en temps, tout en étant très présente auprès de ses fils, son entourage dit qu’elle est transformée. Et c’est vrai, Marina est rayonnante. La vie continue, elle lutte chaque jour pour ses enfants, pour leur transmettre ses valeurs, sa force, sa foi. Je lui demande : « Et comment appréhendes tu le retour de ton ex-compagnon cet hiver ? » Elle me répond : « Je ne suis plus la même qu’avant, aujourd’hui je me sens plus forte et je me sens capable de me protéger et de protéger mes enfants. » Marina m’impressionne : sa force de se battre pour ses enfants, sa force de choisir le Bien et de toujours chercher à le transmettre.

 

 

 

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Marie GC
En mission au Point-Cœur de Buenos Aires

La gratuité et la joie des enfants : une fraîcheur bienfaisante

Les Servantes de la Présence de Dieu, en mission au El Salvador, participent à la catéchèse de la paroisse de leur village. Certains enfants aiment ainsi tellement venir au catéchisme que certains ne veulent plus arrêter et d’autres réclament une retraite ! C’est ainsi que Sœur Agnès a organisé une petite retraite pour l’un de ces groupes :

Parmi les différents groupes d’enfants du catéchisme dont nous nous occupons sur notre Canton, nous avons inventé ce que nous appelons un groupe de « persévérance ». Il s’agit des enfants qui n’ont pas encore intégré le cycle de préparation à la Confirmation, parce qu’ils sont trop jeunes, mais qui désirent continuer à venir chez nous le samedi. L’an dernier, un tout petit groupe de quatre jeunes filles de 11 ans m’a été confié. S’y est rajoutée la grande sœur de l’une d’elles, Saraï, qui ayant déjà fait sa confirmation, ne pouvait se résoudre à nous quitter. Je l’ai donc nommée Assistante et je me suis retrouvée en charge de ce sympathique petit club des cinq que nous avons baptisé « groupe Bienheureuse Laura Vicuña ».

Puisqu’il n’existe pas de programme particulier pour notre groupe, nous avons passé une année à réfléchir très simplement sur notre vie chrétienne, à l’aide de l’exemple de notre petite Bienheureuse chilienne, et puis surtout avec l’aide du Saint-Esprit qui vient au secours des pauvres catéchistes inexpérimentés.

Un samedi, durant la saison des pluies, à la fin de notre rencontre hebdomadaire, je me retrouvais avec Angie, sous le toit abri à l’entrée du chemin qui mène à la maison. Nous étions prisonnières d’une averse torrentielle et tout en attendant que son père vienne la chercher, nous discutions. J’essayais de savoir pourquoi elle avait manqué les rendez-vous, deux samedi de suite, pourquoi elle paraissait triste. Quelques phrases, entrecoupées de longs silences et nous regardions tomber la pluie. Puis, juste avant que son père n’arrive, Angie me demande soudain, sans préparation : « Madre, pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas un week-end de retraite chez vous, avec le groupe ? On pourrait dormir dans l’hôtellerie ? Vous croyez que s’est possible ? ». L’idée me parut excellente et me toucha profondément.

Lorsque je fis part aux autres de l’idée d’Angie, ce fut l’enthousiasme général et c’est ainsi qu’après trois mois d’attente, nous nous sommes retrouvées pour clôturer la fin de l’année de notre groupe avec cette petite retraite. Les conditions étaient simples : les filles voulaient faire une pizza et moi je me chargeais du reste !

L’inspiration me vint grâce à la neuvaine de l’Immaculée Conception composée cette année 2017 par le Cardinal Sarah. Il s’y reflétait si bien la vie de la petite Laura Vicuña offrant sa vie pour sauver sa propre mère. Peu après je reçu cinq magnifiques rosaires et Sœur Bénédicte accepta de nous accompagner avec sa belle voix et sa présence pendant la retraite. Sœur Anne pris en charge l’atelier pizza, ce qui n’était pas une mince affaire. Le plus difficile fut d’obtenir l’autorisation du papa de Martita ; sa fille en effet, n’avait jamais passé de nuit hors de chez eux, et c’est avec l’aide des autres mamans que nous avons réussi à le convaincre. J’ai organisé un petit programme, avec des horaires : temps de prière, une promenade dans la finca, des tours pour les services, divers petits enseignements autour de la neuvaine.

Sr Agnès et ses retraitantes

La retraite se passa à merveille, les filles ne se lassaient pas d’admirer leur rosaire, ce qui me permis de leur donner deux enseignements sur la prière, et l’amour de la Vierge Marie. Je fus presque étonnée de voir combien toutes les propositions les ont enchantées. Promenade, vaisselle, cuisine, mettre la table, tout était vécu dans le sérieux et l’enthousiasme, je n’arrivais pas à le croire. Le samedi soir une mémorable partie de UNO nous fit pleurer de rire sœur Bénédicte et moi tant les filles mettaient toute leur énergie et se battaient presque pour gagner. Puis le dimanche matin, le jeune diacre de la paroisse nous accorda quelques minutes avant la messe pour bénir les chapelets des filles et leur dire quelques mots sur la prière.

Cette expérience si belle et inattendue pour moi me rappela que les enfants, les petits sont nos maîtres souvent, ils savent introduire la gratuité et la joie dans notre temps organisé, une fraîcheur bienfaisante dans notre vie !

La partie de UNO

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Sr Agnès
Servante de la Présence de Dieu

Dimitrio « Prie pour moi. »

Yann et les enfants, en visite dans la quartier de La Ensenada

Face à la vie et puis la mort… Yann du Point-Cœur de Lima face à la mort, la souffrance, la prière, la paix…

« Hola Yann ! Tu vas où ? A la messe non ? » C’est Dimitrio.
Il est quasi 7h du matin et, en effet, je vais à la messe. Je suis en retard et je trottine donc seul dans la rue en espérant rattraper ma communauté ayant abandonné tout espoir de m’attendre. C’est sans surprise que je rencontre Dimitrio qui, chaque matin, nous voit passer devant sa maison pour aller à la messe. Il nous salue chaleureusement et, à notre retour, nous entamons les conversations : « Oui ! Comme toujours ! Comment ça va ? — Bien, bien, prie pour moi, oui ? — Euh oui bien-­‐sûr ! Pour toi et ta famille ! Oui ? — Ya ya ! » Il me tapote l’épaule et je continue ma route emportant un sourire avec moi. Dimitrio, c’est un homme de soixante-­dix-­neuf ans, une personne aimée du quartier car très gentille et aimable. Je me demande quels soucis il doit avoir pour me demander de prier pour lui si directement. La journée passe, la nuit s’installe. Je raccompagne Gladys, une personne âgée qui a besoin d’aide pour porter tout un tas de trucs jusqu’à la petite baraque qu’est sa maison. En passant dans la rue de Dimitrio, il y a de l’agitation, un attroupement, et, en se rapprochant, des pleurs. Un infarctus. C’est la réponse qu’on nous donne quand Gladys demande la raison de cette agitation. Dimitrio a eu un infarctus et est inconscient. Gladys le connaissait, ses yeux s’humidifient et commencent à briller dans la nuit. Les ambulances sont bloquées dans le trafic. Ils vont essayer d’y aller par leurs propres moyens. Après un moment à poser des questions, Gladys veux partir. Sur le chemin, elle annonce la triste nouvelle au voisinage avec un pessimisme ou un réalisme qui me surprennent. Il est déjà mort pour elle. J’essaie de donner un peu d’espoir à notre vielle amie qui s’efforce de me sourire et je me rends chez notre ami, inconscient. Mes pensées rythment ma marche qui s’accélère. Que penser ? Mort, vivant. Ça paraît irréaliste pour cette personne qui fait systématiquement partie de notre quotidien. L’attroupement s’est intensifié autour d’une voiture, devant la maison du souffrant. Les voisins alarmés sont tous là. De la voiture, on sort la silhouette d’un corps enroulé dans un drap blanc, et on l’emmène dans la maison. Les urgences ne venant pas, ils ont essayé d’amener le mourant vers l’hôpital par leurs propres moyens. Dimitrio est mort sur le trajet. A l’arrière de la voiture, il y a un jeune qui pleure, le fils. Ce fils paraît d’habitude comme un homme mais, là, c’est un enfant. L’armure a craqué de part en part, et a cédé place à une lame qui vient de trancher sec, le lien qui l’unissait à son père, et qui l’avait construit tout au long de son existence, depuis sa naissance. Je voudrais lui laisser de l’intimité mais je ne peux me résoudre à détourner le regard. Je me sens si près de lui, je ne peux rien voir d’autre, il y a lui, sa peine et moi. Mon cœur s’alourdit pas seulement pour Dimitrio, mais pour cette personne qui souffre tant de sa mort. Mon regard se porte sur les autres, il y a ceux qui pleurent et ceux qui regardent les autres pleurer.
Tout ça s’est passé la veille. Aujourd’hui je suis face à Dimitrio, enfin de son corps. Il y a des fleurs, des amis, les voisins, la famille et Dimitrio dans un cercueil. Et puis, il y a nous, Agustina et moi, Points-­Cœur. Compassion et consolation. Je regarde Dimitrio et je me remémore les dernières paroles qu’il m’avait adressé : « Prie pour moi. » Oui, mon frère, je vais prier pour toi, le repos de ton âme et pour ta famille. Et nous commençons le chapelet ensemble, debout, nous parlons au ciel pour Dimitrio. La paix s’installe en moi et je sens qu’une nouvelle étoile veille au-­dessus de nos têtes. Je crois même que je souris. La Pâque est proche, elle vient, et avec elle la Rédemption et la promesse de la vie éternelle. La paix s’installe.

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Yann L.
Volontaire au Point-Cœur de la Ensenada

Solène et sa communauté du Honduras

Flor et sa lutte contre le cancer

Accompagner Flor atteinte d’un cancer et trouver dans ces rencontres la force de l’amitié et de la foi : Solène, du Point-Cœur de Tegucigalpa nous confie cette femme et sa lutte contre la maladie.

J’aimerais vous partager une belle amitié, celle de Flor et sa famille (les prénoms ont été modifiés). Flor est mariée et a deux enfants. Il y a quelques mois, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Ce jour-­là, elle est venue se réfugier au Point-­Cœur, accompagnée de sa fille Alicia, de qui nous sommes très proches. C’était terrible. Elle nous partageait son combat : « Qu’ai-­je fait pour mériter cela ? Quelle est ma faute Seigneur ? Pourquoi me punis-Tu ? » Et, dans la même soirée, un acte de confiance et d’abandon incroyable : « Seigneur, je ne comprends pas tout mais je sais que Tu es là avec moi. Ce n’est pas une punition mais une proposition. Un bien plus grand m’attend. J’ai foi en toi. Je sais que Tu vas me sauver. » Je suis émerveillée de voir combien elle vit son combat avec Dieu : « Le Seigneur me donne la force de vivre cela », nous assure-t-­elle. Le lendemain, j’ai pu accompagner Flor à l’hôpital, avec Agata. Le médecin lui a offert l’examen qui valait presque 200 euros, en lui disant : « Les pauvres sont mes patients VIP ». Quelle solidarité ! Dans le bus, en sortant de l’hôpital, je demande à mon amie si une parole de la Bible l’aide à vivre son cancer. Elle me répond du tac au tac avec un sourire qui illumine son regard : « Ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse. C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12, 9-­10
C’est fou comme cette épreuve m’a rapprochée de Flor. Je l’ai toujours portée dans mon cœur mais sans aller autant en profondeur. Elle aussi a un élan d’amour nouveau pour Points-­Cœur. J’imagine qu’une telle épreuve peut fortifier et unifier la famille, comme l’éclater et la diviser. Alicia me confiait que son papa, qui avait une grande carapace vis-­à-­vis de la religion, s’était ouvert à Dieu au travers de cette épreuve. Je suis admirative de la foi de mes amis qui se réveillent chaque nuit à 3h du matin pour prier, tous les quatre réunis. Demandant à Flor pourquoi cet horaire tant matinal, elle me répond : « C’est dans le silence de la nuit que je peux m’ouvrir à un moment privilégié avec Dieu, loin du bruit et des distractions. Le soir, il y a toujours le bruit du trafic, des aboiements ou de la visite. » Comme écrit le moine bénédictin Anselm Grün : « Pendant que les autres mortels dorment, les moines désirent faire la vigile. Réveillés, ils espèrent la venue du Seigneur qui vient à celui qui l’attend. Dans la nuit, le moine se sent très proche de Dieu, rien ne le dérange, rien ne le distrait. C’est dans la nuit que surgissent les plus profondes expériences divines. Ainsi la vigile nocturne se base sur l’attente mystique du Seigneur. C’est l’appel dirigé à l’Epoux invisible pour lui demander qu’il revienne. » Chaque nuit, c’est une personne différente qui anime la veillée de prière. Flor a la conviction « qu’il n’y a rien de plus efficace, de plus productif que la prière. » Je suis aussi émerveillée par la solidarité de sa famille, qui se mobilise plusieurs fois par mois pour vendre dans la rue des baleadas, tacos ou pupusas (plats typiques honduriens, mexicains et salvadoriens), afin de récolter des fonds pour financer le traitement. Nous essayons de l’accompagner à chaque rendez-­‐vous à l’hôpital. J’ai pu l’accompagner la dernière fois à la séance de chimiothérapie. C’était un vrai cadeau pour moi de pouvoir partager avec elle un peu de son quotidien dans les moments plus difficiles. J’y ai fait la (belle) rencontre d’une grande amie de Flor, chef du service de microbiologie. Nous avons beaucoup parlé. Un moment, cela m’a beaucoup touchée : je suis partie chercher un vaccin pour Flor, et quand je suis revenue, j’ai retrouvé son amie assise sur le banc, en train de consoler la femme de ménage qui pleurait de savoir son fils en prison. Ça me touche beaucoup de voir des personnes exerçant de telles responsabilités, être si attentives, sur leur lieu de travail, aux personnes qui les entourent, regardant chaque personne, connue ou inconnue, avec la même intensité d’amour, la recevant comme fille de Dieu, ni plus ni moins ! En amour, les Honduriens sont mes maîtres ! J’apprends d’eux chaque jour… Merci, c’est grâce à vous !!

 

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Solène deF.
Volontaire en mission au Honduras

Danny et Clara

Mara et Clara en train de cuisiner – Guayaquil

Dans le quartier du Point-Cœur de Guayaquil, la rencontre avec Danny et sa fille Clara qui veut sortir de la drogue et de la rue, est une provocation de foi.

Un après-­midi, les enfants étaient partis plus tôt et je prends le temps de balayer devant notre porte. Tout à coup, je suis interrompue par un spectacle inattendu !! Une jeune femme, tenue par les mains et par les pieds est emmenée je ne sais où et elle se démène à corps et à cris… Je suis toute seule à la maison et je ne sais pas trop si je dois m’en mêler ou pas. Je demande à une personne qui accompagne et que je connais : « Avez-­‐vous besoin d’aide ? » Je me disais que, certainement, elle allait me répondre que non, étant donné qu’ils sont déjà assez nombreux. Mais elle me répond « oui » sans hésiter. Surprise, je le reçois vraiment comme un appel du Saint Esprit et je me joins à ce cortège un peu spécial. Sur le chemin, je suis présentée au papa de la jeune fille, qui m’explique qu’il veut récupérer sa fille qui se drogue. Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’il la cherche et il veut la ramener chez elle, pour la faire revenir à la raison. Je ne sais pas trop où cette histoire me mène, mais je suis la petite troupe jusqu’à chez eux, à quelques centaines de mètres de chez nous. Le papa, Danny, essaie de m’expliquer un peu la situation, sa vie de veuf avec son unique fille qui se drogue, son impuissance face à cela, sa tristesse. De son côté, Carla continue de hurler qu’elle veut rester dans la rue et ne veut vivre avec son père. Les insultes continuent à fuser et la confusion monte. Je demande à rester un moment seule avec Carla, que j’essaie de calmer. Après les insultes, coups de pieds et de poings, elle finit par se réfugier dans mes bras et devient tel un petit bébé qui pleure son besoin de tendresse. Je crois que j’aurais pu rester des heures sans qu’elle ne bouge. Mon cœur est prêt à exploser, de toute cette souffrance ! Elle me demande d’aller dormir chez nous, ou de rester dormir avec elle. Lui, me supplie de l’aider à trouver une solution. Je ne promets pas de solution mais, après avoir ramené un peu le calme, je promets de revenir le lendemain et de chercher un lieu pour qu’elle se désintoxique en dehors de chez elle. Le lendemain, puis le surlendemain, nous allons les voir. Carla, peu à peu s’apaise. Il est beau de la voir reprendre le goût de vivre quand nous lui proposons de cuisiner avec nous : le poulet frit préparé par nos deux cuisinières est partagé par tous avec une grande joie. Mais la question reste : Carla veut bien tenter de sortir de la drogue, mais ne veut pas rester chez elle. Finalement, après avoir cherché de notre côté, c’est Danny lui-­même qui me parle d’un lieu dont il a entendu parler mais dont il ne sait pas grand-­chose. Je lui propose qu’on aille avec lui voir ce lieu. Je suis particulièrement touchée par l’attitude de Danny, si humble et plein de confiance envers nous. Dès le premier jour, il s’avoue totalement imparfait, comme père, confesse ses défauts et ses erreurs. Et, plusieurs fois en quelques jours, il nous demande humblement ce que nous en pensons avant de prendre une décision pour sa fille. Ce jour-­là, alors que nous allons voir cet internat de réhabilitation, il est rassuré que nous soyons avec lui, afin de pouvoir juger avec lui, si c’est un bon lieu ou pas. Carla aussi est avec nous. Après quelques détours dans un quartier de banlieue que nous ne connaissons pas, nous arrivons enfin sur place et y rencontrons quelques personnes. Le lieu semble correct, propre et bien tenu même si, à vrai dire, ce genre de lieux ne donne jamais envie. C’est un genre de mini-­prison, ou l’on s’enferme volontairement, avec un régime strict, l’impossibilité de voir sa famille pendant plusieurs mois, avec tout de même l’espérance de sortir désintoxiqué et avec un plus grand désir de vivre ! Carla semble ravie d’avoir la proposition concrète d’un lieu qui ne soit pas sa maison et elle semble toute prête à entrer le jour-­même ! Danny, lui, n’a pas du tout prévu de laisser sa fille et est pris de court ! Mais ce qui lui fait le plus peur, c’est de ne pouvoir s’acquitter de la mensualité, finalement rabaissée à cent-­cinquante dollars. Il travaille dans la construction, au jour le jour, et ne sait jamais s’il aura du travail le lendemain ! De plus, il avait, à un moment, quelques économies, mais a décidé d’arrêter de travailler environ un mois pour veiller sur sa fille, afin qu’elle n’aille vivre dans la rue, jusqu’à ce que les économies arrivèrent à leur fin. Aujourd’hui, il a, en tout et pour tout, trente dollars. Il est prêt à les donner, mais comment trouvera-­t-­il le reste ? D’un autre côté, nous savons tous que Carla accepte aujourd’hui de rentrer dans ce lieu, mais personne ne peut dire si demain ou après-­demain elle acceptera, ou si entre temps, elle s’échappera, répondant à l’appel de la rue et de la drogue ! Nous invitons Danny à faire un pas dans la foi, et lui assurons de nos prières. J’admire, à ce moment, la décision qu’il prend de sauter à l’eau, par amour pour sa fille. Il s’engage à travailler autant qu’il le pourra pour payer cette somme considérable pour lui, sachant que le travail n’est jamais sûr, surtout en ces temps de crise économique que nous traversons. Appuyé sur notre foi, il confie en Dieu et par amour, dit au revoir à sa fille, la larme à l’œil. Dans le bus, il a le cœur gros, laissant ce qu’il a de plus cher au monde dans les mains d’autres. Son amour ne pourra plus se manifester par des mots ou des gestes, mais par son travail afin que sa fille puisse rester le temps nécessaire dans ce lieu. Justement, nous avons besoin d’un travail de maçonnerie et l’embauchons pour quelques jours. Cela ne fait pas même la moitié de ce dont il a besoin, mais cela aide un peu et l’encourage pour la suite. Et après à peine deux jours, il vient nous dire, en sautant de joie : « Ça y est !!! » Deux autres petits travaux lui ont été confiés et il sait qu’il va pouvoir payer le premier mois à temps. Un sourire illumine son visage. Il vient d’avoir la preuve qu’il n’est pas seul dans cette aventure ! La Providence se manifeste : le Seigneur est avec lui et nous aussi !! Aujourd’hui, Carla est retournée chez elle, après plusieurs mois de réhabilitation, mais continue de lutter avec l’appel de la rue. Je vous demande de prier pour elle.

 

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Laetitia P.
En mission enEquateur

La joie plus forte que la souffrance du handicap

Ségolène et Michèle qui joue de la Bandouria – Manille

Sortie à la piscine avec les enfants du centre orthopédique que le Point-Cœur de Manille visite régulièrement. Joie, amitié, jeux et chants au cœur du handicap…

Le minibus plein de fauteuils roulants qui file à travers les kilomètres d’autoroute philippine, pour nous emmener dans ce centre aquatique, va me permettre de passer une journée sous le soleil de cette belle réflexion qu’il m’est donné de méditer. Animées par ces dix-­huit jeunes et moins jeunes que nous rencontrons juste les deux heures qui nous séparent de notre destination, passent en un éclair. Au son de la musique et des chants, des blagues, des taquineries et des rires, cette famille riche en énergie ne laisse pas une minute de répit aux heureux missionnaires points-­cœuriens, qui ont encore un peu de mal à émerger après ce réveil bien matinal. Qu’ils sont beaux, rayonnants, chacun avec sa malformation qui le rend encore plus unique ! Kim, la plus jeune, ses os en freezbee et ses yeux pétillants de joie, Edson, son frère, dont le sourire ne tarit jamais, Jenalyne, ses jambes de vingt centimètres toutes recroquevillées, mais prête, maquillée toute en rose, sa couleur préférée pour aller à la piscine. Jick avec son pied mal fichu et son sourire édenté vient en aide à tous les autres. Michèle, avec son dos bossu et son visage si heureux, rieur, Crystal, Angel, Nardo… Pendant que le minibus s’éloigne des grands boulevards de Manille, j’aime à contempler Jenalyne, les yeux rêveurs et les cheveux au vent qui regarde défiler le paysage, tout en veillant sur Michèle qui dort à ses côtés. J’entends à côté de moi Christelle, qui s’impatiente, Kuya Oliver, le plus âgé, et Darwin qui font l’animation avec leurs blagues (j’ai eu le droit à un quiz culture, je peux vous dire que je ne dirai plus jamais que je viens de Cebu (ville des Philippines). A peine arrivés, nous voilà en tenue de bain pour plonger dans cette piscine dont nous ne sortirons que la nuit tombée. Michèle, qui ressemble à un requin avec sa grosse bosse sur le dos et dont les yeux pétillent de mille et une étoiles, a besoin d’une main pour faire des tours de piscine. Je la rattrape en bas du toboggan, riant, avant qu’elle n’y reparte pour un tour. Kim veut apprendre à nager puis à flotter. Nardo et Edson veulent explorer le parc et tous ses toboggans et piscines. Angel, Christelle, Crystal, Jenalyne préfèrent le son du karaoké dont je reste à une distance raisonnable pour éviter que ne vienne mon tour (et qu’elles ne finissent le gâteau à force de m’obliger à manger !) Et c’est alors, qu’au détour d’une petite pause-­déjeuner, les instruments s’accordent sous la main de maître de Jenalyne. Voix, triangle, guitare et bandurria, chacun (ou presque) y met du sien, avec ses talents. Malgré moustiques et frelons, je pourrais rester des heures à les écouter, à les regarder. Leur musique est magnifique, pleine de vie. Celui qui n’a pas de bras chante, celui qui n’a que trois doigts joue du triangle et celui qui n’a pas de jambe joue de la guitare. Chacun y met du sien, avec ses capacités et ses limites, à l’image de notre grand orchestre de la vie. Qu’ils sont beaux ! Pleins de joie, pleins d’énergie ! Dans chacun de leur rire résonne cette vie qu’ils vivent à deux mille pour cent. Ils sont vraiment comme une famille où chacun prend soin de l’autre, le plus grand du plus petit, celui qui a des jambes de celui qui n’a que ses bras. Je confie à vos prières ses cœurs d’enfants qui vivent, au jour le jour, de leur souffrance et de leur joie et qui ont su accepter ce handicap pour devenir de vrais enfants de Dieu.

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Ségolène M.
Volontaire au Point-Cœur de Manille

Diana et ses enfants, histoire d’amitié avec la Fazenda do Natal

Lucie vit à la Fazenda do Natal depuis deux ans, proche de cette maman, Diana, et de ses quatre enfants. Déboires et rebondissements d’une famille.

Sourires de la Fazenda !

Diana est une femme d’à peu près trente-­trois ans. Elle habite avec ses enfants en face du Point-­Cœur qui se situe à Simões Filho. Elle a des problèmes de santé. Elle paraît être toujours sans force, sans énergie. Elle semble être toujours complètement dépassée par les événements. Elle a eu quatre enfants avec des pères différents. L’aînée, Daiane a dix-­sept ans. Elle est suivie de Priscilla qui est âgée de quatorze ans. Weverton, le seul garçon de la famille a douze ans. La plus jeune, Ana-­Carolina a onze ans. La famille a été accueillie durant quelques mois à la Fazenda, il y a quelques années. Aujourd’hui, les deux derniers des enfants sont accueillis du lundi au vendredi. J’ai eu l’occasion de vivre avec eux. C’est l’une des premières familles que j’ai rencontrée. Ce qui me touche beaucoup chez eux, est le fait qu’ils s’aiment beaucoup. Diana est assez humble pour reconnaître ses limites. Elle fait assez confiance aux personnes vivant a la Fazenda (des étrangers !) pour leur confier ses enfants. Elle accepte l’amitié que nous lui proposons. Cette maman a de graves problèmes financiers. Ana-­Carolina et Weverton aiment beaucoup leur maman. Cette petite fille impressionne beaucoup par son sérieux et sons sens des responsabilités. Ainsi, l’année dernière, cette petite fille, du haut de ses dix ans, se réveillait tôt le lundi matin. Elle réveillait son frère et réchauffait le plat de pâtes de la veille en guise de petit-­déjeuner. Puis, ils allaient à l’école. Ces derniers temps, Weverton semble vouloir gagner de l’argent en travaillant le week-­end. Ceci est assez préoccupant car ce désir peut ouvrir la porte a beaucoup de dangers dans la rue au Brésil. Lorsque je lui ai demandé pour quelles raisons il souhaite travailler, il m’a répondu que c’est pour aider sa maman. Lorsqu’ils sont dans leur quartier, en famille, les enfants passent l’essentiel de leur temps dans la rue, livrés à eux-­mêmes. Un jour, au cours d’une conversation avec une volontaire, Ana­Carolina a avoué qu’elle aime vivre à la Fazenda car il y a des règles à suivre… réponse surprenante de la part d’une petite fille ! Il me semble qu’en vivant à la Fazenda, ces enfants font l’expérience d’être aimés. Dans notre village, Weverton passe la majeure partie de son temps à jouer aux billes avec Daniel, à râler lorsqu’on lui demande de laver son linge, de ranger sa chambre ou de faire ses devoirs. Quoi de plus normal pour un adolescent de douze ans qui a reçu très peu d’éducation si ce n’est celle de la rue ? La Fazenda offre a chacun la possibilité d’être à sa place : les enfants jouent, les adolescents râlent, les femmes cuisinent… Weverton me surprend aussi par sa capacité à se réjouir des petits plaisirs de la vie. Il est capable de sauter de joie à l’idée de manger un pat de pâtes pour le dîner, son plat préféré ! Il demande encore à ce qu’on lui lise une histoire avant de se coucher. Priscilla, sa sœur est âgée de quatorze ans. Elle va accoucher d’ici quelques semaines. Lorsque je suis arrivée, il y a deux ans, Priscilla était une adolescente très renfermée. Elle ne me parlait jamais, avait toujours son visage caché derrière ses cheveux. Il semblerait qu’elle ait voulu être enceinte. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle semble plus heureuse que jamais à l’idée de devenir mère. Elle marche fièrement avec son ventre de femme enceinte. Son visage s’est ouvert. Elle a rompu avec le père de l’enfant mais elle dit vouloir rester en contact avec lui. Elle a travaillé pour acheter le nécessaire pour l’arrivée de ce bébé. Après des débuts difficiles, Diana a décidé d’accompagner Priscilla et de l’aider dans ce nouveau rôle. Cela peut paraître évident, mais il est bon de vérifier que malgré toutes les difficultés du moment, un enfant qui pointe le bout de son nez apporte toujours avec lui de la joie !

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Lucie D.
En mission au Brésil

Musique et amitiés dans les rues d’Athènes

La communauté à Athènes : Anaïs, Roki, Aude (visiteuse), Simon,Agnès Santosh

Simon, du Point-Cœur d’Athènes est un passionné de musique. Sa guitare ouvre des coeurs, des regards, des rencontres des confidences inattendus…

Je dois vous parler de la musique, de la couleur particulière dont elle habille notre communauté, ma famille d’ici. Dès mon arrivée il y a déjà cinq mois, en chantant (bafouillant) pour la première fois les psaumes en grec aux cotés de mes sœurs de communauté aux voix d’anges, je me réjouissais d’être ainsi accueilli par cette douceur familière qu’est pour moi la musique. Je ne soupçonnais pas cependant qu’au fil des mois, elle continue de grandir au milieu de nous, ni qu’elle puisse donner autant de beaux fruits dans notre mission. Oui quel cadeau, la musique ! Nous avons le privilège d’avoir récupéré un piano, et depuis trois mois une guitare est arrivée : généreux cadeau d’un de mes parrains. Ces deux là trônent côte à côte dans notre salon, et nos invités ne peuvent manquer de les remarquer. Alors très souvent, nos amis nous demandent simplement de jouer et de chanter pour eux. Ah, quel bonheur de pouvoir leur faire ce cadeau là. Et aussi humble, aussi petit qu’il soit, force est de constater que ce cadeau les touche souvent, et qu’il les rejoint dans leurs joies ou dans leurs peines comme peu de mots savent le faire. En voilà d’un formidable instrument pour consoler, et parler de cœur à cœur. Depuis que le duo Roki-­Simon maîtrise quelques morceaux qui forment à peine un « répertoire » digne de ce nom, l’idée est naturellement venue de partager nos mélodies hors des murs de la maison. Et nous voilà partis ce jour-­là, la guitare emmitouflée dans des couvertures car il nous manque encore l’étuis, pour aller visiter nos amis qui vivent dans la rue.
Chaque lundi après-­midi, deux ou trois d’entre nous vont retrouver Ali, Yorgos, Andonis, Vaiya et d’autres encore, chez eux… dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là donc dans le sac à dos, au coté des sandwichs et du thé chaud, nos partitions, pour la première fois. Et jamais encore je n’avais été si heureux de pouvoir partager la musique, avec eux qui n’entendent plus depuis longtemps que le concert incessant des voitures et des klaxons. Avec Ali, notre ami iranien de la rue Ipokratous, ce fut pour moi une formidable opportunité pour le rencontrer véritablement. On s’assoie ensemble sur ce bout de trottoir autour d’un thé chaud qui fait du bien au creux de l’hiver (même grec). Il accepte qu’on joue pour lui quelques « classiques », et en redemande. Puis, la musique ayant sûrement ouvert une porte, il nous laisse entrer pour la première fois dans l’intimité de son histoire. Dans un anglais-­grec rudimentaire, il me raconte le drame qui a changé sa vie : « Sadam, Boum, Maison… Moi, Ecole. » Car ce jour-­là, il était à l’école, lorsqu’une bombe est tombée sur sa maison, ses parents et ses frères. Il a ensuite atterri à l’hôpital où étaient recueillis les orphelins comme lui. Le reste de son parcours jusqu’aux rues d’Athènes, on ne le connait pas. Un autre jour, dans une autre rue piétonne d’Athènes, il nous a été donné une nouvelle perle d’amitié grâce à la musique, vrai instrument de rencontre.
Yorgos vit à l’abris de la vitrine d’un magasin abandonné qui porte toujours son enseigne : « Palace »… sombre ironie. Son visage, pourtant marqué par des années de vie dans la rue, est magnifique. Depuis quelques temps déjà, je voulais vous présenter cet ami de longue date, que nous visitons depuis plusieurs années, toujours dans ce même endroit, en lui apportant du thé, des sandwichs qu’il accepte toujours avec joie, et notre oreille attentive. Car Yorgos a beaucoup de choses à dire. Lors de mes premières rencontres, il s’agissait surtout de l’écouter louer le génie scientifique d’Einstein (sa photo et une icône de Jésus sont scotchés au dessus de ce qui lui sert de lit) et l’antique civilisation grecque qu’il connait si bien, ou bien désespérer de l’indifférence du flot de passants qui ne lui accorde ni un regard, « ni même vingt centimes. » Assis en tailleur devant lui, nous nous mettons à l’école de Yorgos. Et de ce flot de paroles un peu mélancoliques et parfois embrumées par sa fatigue ou la drogue, émerge pourtant souvent des vérités qui me touchent, de sincères leçons de vie qu’il m’offre en me fixant droit dans les yeux. Depuis quelque temps, nos visites changent un peu de couleur, l’amitié prend un tournant. Les retrouvailles sont affectueuses, il se préoccupe de chacun de nous, nous confie ça et là son histoire de vie mouvementée, et interrompt volontiers son monologue pour un véritable échange. Quand nous sommes arrivés cette fois-­là avec la guitare, il était d’abord si heureux de cette promesse tenue. Nous avons joué, chanté pour lui, et c’était doux d’être simplement ensemble sans devoir remplir nos retrouvailles de trop de mots. Il fermait les yeux… ah ce qu’on était heureux de pouvoir vivre ça avec lui. Et après qu’il nous ait remercié, je lui tends la guitare et l’installe pour lui entre ses mains, pour voir… Il pose timidement ses doigts sur le manche, et nous offre un parfait « riff » de guitare digne d’une vrai rock-­star ! Incroyable ! On n’en revient pas ! Tout humble, il dépoussière pour nous ses souvenirs du groupe dans lequel il jouait dans une autre vie, et nous dit avec son air mélancolique : « Il faudrait que je les rappelle. » Lorsqu’il me rend la guitare, je suis un peu assommé par la grandeur et la beauté de cet homme, qui vit pourtant dans l’indifférence et la misère. Lorsqu’il faut finalement remballer la guitare et nous dire au revoir, il nous remercie encore trop pour ce moment partagé, alors que c’est à nous de le remercier d’être notre ami.

 

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Simon S.
Volontaire en mission à Athènes

La passion du football

Tous sur le terrain pour le football du samedi !!

Les premiers mois de mission passés, l’amitié a grandit entre les enfants et Charles du Point-Cœur de Dakar. Les après-midi foot avec eux sont des moments privilégiés pour les accompagner.

Me voici donc à la moitié de ma mission maintenant et je me dis déjà qu’en rentrant, toute cette ambiance va me manquer. Cette ambiance, mais aussi cette école de la simplicité. En effet, je ne vis pas dans un film d’action, je ne sauve pas des vies tous les jours, je ne transmets pas mon savoir scolaire, je ne passe pas ma vie à me balader au milieu de la savane. Non, je ne suis qu’un simple garçon qui joue au foot sur le trottoir devant sa porte, qui est plutôt mauvais aux parties de billes, et qui aime se vautrer dans les canapés. Ce n’est pas une vie très compliquée, mais une vie à laquelle j’essaye, tant bien que mal, d’ajouter un peu d’amour et d’humanité, qui manquent tant aux enfants ici. Ma mission évolue au fil du temps qui passe. L’apprentissage du wolof (je suis encore très très loin de le maîtriser) et le temps me permettent d’établir de vrais liens avec nos amis. Ce ne sont plus uniquement des rencontres, des connaissances, des visages. Ce sont maintenant de véritables amis, avec lesquels je partage le quotidien et son lot de joies et de difficultés. Les enfants ne sont plus les enfants pauvres qu’il faut aider, mais « mes » enfants, que j’ai le devoir de faire grandir et d’éduquer, grâce à une relation qui arrive avec le temps.

L’an dernier, João, ancien volontaire, avait décidé de vivre avec les garçons du quartier leur passion commune : le football. Tous les samedis, une quinzaine de jeunes entre huit et quinze ans partaient avec lui au « terrain-­pneu », le long de la grosse route, pour s’entraîner, équipés de magnifiques maillots aux couleurs du Point-­Cœur. Depuis son départ en août, Joseph et moi essayons de poursuivre ce qu’il a commencé pour qu’ils aillent se défouler ailleurs que devant notre porte. Chaque samedi matin, nous pouvons entendre au moins cinq d’entre eux nous dire : « Aujourd’hui, entraînement ? Aujourd’hui, entraînement ? » De grands cris suivent, si nous leur répondons « oui ». Chacune de ces sorties football sont un moment de grâce pour moi. Une fois tous habillés dans l’entrée de notre maison, nous partons en direction du terrain. Une fois arrivés là-­bas, les plus grands prennent les choses en main et organisent un match avec l’équipe qui joue à côté. Mon rôle reste souvent d’être spectateur, tandis que Joseph ou un de nos amis joue le rôle d’entraîneur. Et c’est avec une grande joie, que je prends la place du père qui vient voir son fils jouer le dimanche matin. Les voir me sauter dans les bras à chaque but, pester contre l’entraîneur parce qu’il ne voulait pas être sorti, soigner de petits « bobos », jouer au porteur d’eau me redonne l’énergie pour continuer ma mission (souvent vidée par la matinée ménage du matin même…) Ces garçons sont pareils que la plupart des petits garçons du monde, et en ces samedis après-­midis, je me rappelle les jours où moi aussi j’étais fier de montrer à mon père comment je me débrouillais sur un terrain. Oui, ce n’est pas grand-­chose ma présence au bord du terrain, mais tellement important.

 

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Charles T.
Volontaier en mission à Dakar

Sur les pas des anciens volontaires…

Marie et Justin à Villa Jardin

Dans ce quartier du Point-Coeur de Buenos Aires, Marie se laisse guider par les anciens volontaires et découvre toute cette vie, ce quartier, ces amis.

Ce qui m’a marqué dans ces premières semaines, c’est tout d’abord la confiance que nous font les amis du quartier : ils me laissent entrer dans l’intimité de leur vie avec une grande simplicité, me parlant de leur histoire et de leurs souffrances, alors que nous les connaissons à peine. C’est sans doute cette grâce de faire partie de Points-C­oeur, je reçois les fruits des amitiés des anciens volontaires. C’est une belle surprise de voir combien ces amitiés sont encore si vivantes pour les personnes du quartier. Voir les yeux briller quand ils parlent de tel ou tel volontaire. Carmen, quatre-­vingt-onze ans, si heureuse et fière de me montrer les lettres et photos de tous les missionnaires qui sont passés, qu’elle garde précieusement depuis dix ans. Et son émotion quand elle me dit : « Quand je suis triste et que je me sens seule, j’aime regarder ces photos, relire ces cartes et alors je retrouve la joie de vivre. » Ou Estella qui me parle avec joie et enthousiasme de cette amitié particulière avec une volontaire qui a été présente pendant sa maladie. Et quand elle me montre une lettre de celle-­ci, je découvre qu’elle était en Argentine il y a dix-­‐huit ans ! Je suis touchée de voir que, même en leur absence, même après des années, les volontaires ont laissé une trace dans le cœur de nos amis, que cette amitié qui paraît lointaine est encore bien vivante.

Les enfants de Villa Jardin ont une place toute particulière dans ma mission « Hola Punto-­Corazón, que van a cocinar hoy ? » (« Salut Point-­oeur, qu’est-ce que vous allez cuisiner aujourd’hui ? ») Ça, c’est la petite voix de Luna, quatre ans qui, plusieurs fois par jour, vient à notre fenêtre pour discuter avec nous. C’est un autre aspect de ma mission qui m’a surprise dès mon arrivée : la présence constante des enfants au Point-­Coeur. Comme happés, ils s’attroupent souvent devant notre maison pour jouer, comme pour signifier leur présence et espérer rentrer dans la maison. La fenêtre de la salle principale qui est assez basse donne sur la rue, et les enfants défilent et s’y agrippent pour discuter avec nous, nous demandant un verre d’eau, s’ils peuvent nous aider à faire le ménage, à cuisiner… Dès qu’ils peuvent, ils entrent dans la maison et ne veulent pas en sortir : « Est ce que je peux t’aider à ranger ? A laver ? A faire la vaisselle ? » Tous les prétextes sont bons pour rester là. Je deviens même experte pour connaître toutes les cachettes de la maison dans lesquelles ils viennent se cacher au moment de partir. A travers ce besoin pressant de venir chez nous, d’être à nos côtés, je m’interroge. Je sens chez eux un besoin d’affection, de sécurité, d’un cadre aussi, pas toujours présent dans les familles. Vous l’avez compris, il règne donc au Point-oeur une atmosphère vivante et animée, qui demande une disponibilité entière, me poussant à me dépasser. J’aime cette simplicité, cette porte ouverte à tout instant, laissant place à l’imprévu.

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Marie GC
Volontaire au Point-Coeur de Buenos Aires

En Inde, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié !

Indian traffic !!

Depuis peu au Point-Coeur de Chengalpett, Guillemette décrit cette expérience haute en couleurs, saveurs, rencontres et nouveautés…

L’Inde est un pays qui nous prend aux tripes, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié : cette nourriture épicée qu’on mange avec les doigts, ces saris colorés que portent les femmes, les klaxons et vendeurs à la sauvette qu’on croise partout dans la rue. Je me souviens de ce jour où mes sœurs de communauté sont venues me chercher à l’aéroport. Nous négocions en tamoul la course pour 1300 roupies (environ vingt euros pour 1h de route) et nous voilà embarquées : il est 5h de l’après-­midi, heure de pointe, et nous nous embarquons à soixante kilomètres à l’heure, sur cette route endiablée. Motos, rickshaw, bus, voitures et camions se dépassent et s’emboîtent sans foi ni loi. Une seule règle prône : klaxonner plus fort que ses voisins pour se frayer un chemin ! Nous dépassons une moto avec le papa et ses deux enfants à califourchon, derrière la maman, assise en amazone tenant son dernier enfant par le bras. Ici, l’essentiel c’est de se déplacer, plus on est nombreux mieux on se porte! Malgré tout, dans ce « capharnaüm », les Indiens sont sereins. Oui, les Indiens ont foi en la vie. C’est sûrement parce qu’ils ont une foi évidente en l’existence de Dieu, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Ils acceptent aussi leur sort, leur pauvreté ou leur vie monotone comme ils sont, avec une grande humilité. Sans doute du fait de l’hindouisme bien ancré : si on vit bien sa vie, on a des chances de se réincarner dans une meilleure condition. Dans l’avion, mon voisin (jeune étudiant de New Dehli) me disait : « Just relax and trust in life ». C’est leur lâcher prise, allant parfois jusqu’au laisser-­aller (qui peut nous surprendre car nous avons tendance à vouloir agir pour changer les choses !) Mon autre voisin dans l’avion, un gourou dans la tradition hindou, voyageant avec pour seul bagage un sac en toile et une couverture, me disait : « Tu verras, c’est le “syndrome indien”. Soit on aime, soit on n’aime pas. Mais, quoiqu’il en soit, on en revient transformé… » Ce qui est étonnant dans cette culture c’est que chacun a un rôle bien défini. C’est le fait des castes qui définit le métier que l’on exerce… Ainsi, nous sommes allées acheter mes nouveaux vêtements, des tchulidads (tuniques colorées portées par les femmes indiennes). J’ai cette chance de m’habiller à l’indienne ! Ça nous est d’ailleurs très important : ainsi nous nous immergeons pleinement dans la culture et partageons la vie de nos amis. A l’entrée du magasin, un homme a pour rôle de mettre en consigne nos sacs. A chaque étale, plusieurs vendeurs viennent nous conseiller et on ne peut descendre sans qu’un accompagnateur indien ne vienne récupérer nos emplettes pour les descendre à l’étage inférieur. Une fois les tissus achetés, direction le tailleur qui va coudre mes nouveaux vêtements. Notre amie couturière est incroyable par sa joie de vivre, même si je ne comprends pas la langue, son sourire et son regard pétillant communiquent bien plus. Dans sa boutique de deux mètres carrés elle reçoit les clients, coud, garde ses enfants après l’école… Malgré la simplicité de sa vie, elle se réjouit de ce qu’elle a ! Je vous partage ma joie d’avoir maintenant mes tchulidads prêtes, elles sont magnifiques ! Notre amie a ce sens du détail, les mesures sont prises à la perfection !

Les « sisters » du Point-Coeur de Chengalpett

 

 

 

 

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Guillemette B.
Volontaire en mission au Point-Coeur de Chengalpett

Des pépites d’or dans Barrios Altos

Avec le temps, Charlotte voit ce qu’elle ne voyait pas dans ce quartier du Point-Cœur de Lima, les pépites de la vie des amis se découvrent à ses yeux.

Aaron du Point-Cœur de Lima

Plus je connais nos amis, plus je découvre qu’ils sont loin de cette image violente qu’à peu près tout Lima a de Barrios Altos. C’est vrai que la vie est dure pour tous, et que la violence ne manque ni dans les familles, ni entre les réseaux de drogue. Mais, peu à peu, je découvre des pépites.

Stéphanie, la maman d’Alexa et de Facundo, a accouché d’un sixième, Fabiano. Stéphanie ne paraît pas la plus tendre des mères, mais lors d’une visite, je fus ébahie de voir avec quelle douceur et quelle tendresse elle prenait soin de son tout petit. La famille n’a pas l’eau courante, ils vivent à huit (en comptant la grand-­‐mère, señora Souleyma) dans trois petites pièces, le père n’est pas présent, et Fabiano, dont l’arrivée chamboule sûrement tout, est accueilli, chéri, aimé. Moi et mes jugements rapides…
Berta m’impressionne de plus en plus. Sa vue baisse, elle est obligée d’approcher un texte à deux centimètres de ses yeux pour le lire, elle marche, selon ses propres mots, comme une tortue. Les grands-­parents de José Antonio continuent de la menacer de récupérer l’enfant, et surtout l’argent de Claudia (sa mère), mais elle ne baisse pas les bras. Toute courbée qu’elle est, c’est une battante, avec pour arme, entre autre, un humour à se rouler par terre. L’autre jour, je rentre de visites et j’ai la surprise de la voir assise sur une chaise, dans le patio, assoupie au milieu des enfants qui profitent à grands cris des dernières minutes de la permanence. Je la réveille doucement : « Hola Berta, que fais-­‐tu ici ? — Je suis venue jouer ! » Eclatant de rire, elle m’explique que José Antonio voulait absolument venir au Punto, qu’elle était « crevée » et qu’elle ne voulait pas, mais que, devant l’insistance de son neveu, elle avait cédé. Reprenant son sérieux, avec un beau sourire, elle me dit : « Hermana, mes reins me font mal, mes jambes aussi, c’est un grand sacrifice pour moi de l’avoir accompagné. Mais il est heureux, et ça c’est le principal. »
José Antonio, avant, ne parlait qu’à sa maman et à Berta, suite à un traumatisme d’enfance. Il a commencé à parler avec François, un ancien volontaire toujours cher au quartier, le jour où il a joué avec lui.  Maintenant, il nous parle à tous. Pas de grands discours, juste des petits mots, des rires. Il demande tout le temps à Berta de venir chez nous. Parfois, elle lui laisse prendre le téléphone pour nous demander directement si nous sommes occupés. Mais ce n’est pas seulement de nous dont il a besoin. Un mardi, il est venu parce qu’il voulait prier. Il est entré dans la chapelle où Andrzej était en train d’adorer. Je me suis dit qu’il allait sortir au bout de quelques minutes. Non, il est resté comme cela, priant en silence, pendant une heure. Un enfant de huit ans ! C’est en fin de compte ce lieu-­là que nos amis recherchent, tout près de Dieu. Parfois on propose, parfois ils demandent. Tant de visites qui se terminent par une prière, puis un silence profond, une grande paix où il n’y a plus rien à dire, me montrent que c’est Lui dont les plus souffrants ont le plus besoin, c’est la seule vraie consolation, c’est Lui qui transforme les vies.

 

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