Témoignages

Les volontaires qui partent en mission avec Points-Cœur s’engagent à écrire régulièrement à leurs parrains, partageant ainsi des nouvelles de leur quartier, des personnes qu’ils servent, de leur communauté et témoignant de leurs découvertes et de leur émerveillement face à la beauté des rencontres. En voici une sélection régulièrement agrémentée des derniers témoignages reçus.

Qu’il est bon d’être ici !

Sr Alix en mission à Guayabo au Pérou, nous présente señora Aurelia dont la joie et les sourires surpassent les difficultés du quotidien, la grisaille devient lumière !

Señora Aurelia

Ici, dans les collines toutes de sable et de poussière de Retamal, quartier invasion que nous visitons régulièrement, et où brille le sourire de señora Aurelia ! Cette amie d’un certain âge, toute recroquevillée par une maladie qui doit être de l’arthrite et d’autres complications, nous a été présentée par une de ses voisines, dont le fils faisait le catéchisme l’an dernier avec sœur Gabriel. Après l’avoir visitée chez elle plusieurs fois, nous avons voulu lui offrir une « sortie » jusque chez nous, pour le jour de Noël. Il n’y a que 20 minutes de voiture entre Retamal et Guayabo, mais ce fut toute une aventure ! Tout d’abord, il nous a fallu l’encourager à mettre le beau pull tout neuf que son fils lui avait offert mais qu’elle n’osait pas mettre de peur de l’abîmer. Comme elle était belle et rayonnante avec son nouveau pull ! Son fils nous a aidées pour la porter jusqu’à la voiture, puis pendant le trajet, je me suis assise à côté d’elle pour la tenir, et je la voyais s’émerveiller de tout ce qu’elle apercevait par la fenêtre, transfigurant ainsi pour moi ce paysage devenu si quotidien. Et puis, elle demandait comme une enfant ce que nous allions faire ensemble chez nous, et s’il allait y avoir du Coca Cola ou de l’Inka Cola (boisson gazeuse péruvienne), et nous riions de tout et de rien tellement elle était heureuse de cette aventure. Après un bon déjeuner de fête avec quelques autres amis invités, elle nous a offert un chant de Noël en quechua, sa langue natale. Ce fut bouleversant de la voir installée à même le sol sur un petit tapis, chantant de tout son cœur avec une simplicité qui reflétait pour moi l’humilité, la pauvreté de l’Enfant Jésus dans la crèche, tout à fait désarmé sur son lit de paille. Pour la fête des mères, jour très important ici, nous avons invité à nouveau notre amie Aurelia, sachant que son fils ne pourrait rien faire pour célébrer ce jour-­là. Je ne saurais pas vous dire qui d’elle ou de nous a fait un plus grand cadeau à l’autre : elle était extrêmement heureuse d’être chez nous, et a pleuré d’émotion en ouvrant le petit paquet que nous lui offrions, mais à notre tour, nous avons été comblées par la simplicité de la rencontre avec elle et par la joie partagée. Son humour est tel, et toujours tellement surprenant, qu’elle est capable de tout de suite entrer dans le jeu que nous lui proposons. Par exemple, pendant plusieurs semaines, elle nous demandait de lui trouver et apporter un petit chien noir pour lui tenir compagnie. Evidemment, nous arrivions chez elle les mains vides, mais un jour, je lui dis : oui, il est là ! Et j’ai fait semblant de sortir quelque chose de ma poche, et de verser de mes mains dans les siennes, le fameux petit chien sans savoir trop comment elle réagirait. Eh bien, mieux encore que ne l’aurait fait un enfant, elle a fait semblant de le bercer et de lui parler, en éclatant de rire ensuite avec nous, spectatrices médusées ! Ou encore, nous avons joué un bon moment avec un personnage tout à fait inventé à partir d’une serviette de table et deux petites cuillères. Comme est bonne cette joie si simple qui irradie au milieu de « la grisaille et de la quotidienneté du monde ! »

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » s’exclame l’apôtre Pierre en voyant la lumière et la gloire de la Transfiguration.
Depuis ce temps-­‐là, le christianisme, l’Église, la foi ne sont qu’une répétition incessante de ces paroles radieuses :
« Il est bon que nous soyons ici ! ».
Paroles qui sont aussi supplication pour accéder à cette lumière éternelle, aspiration à l’illumination et à la transfiguration.
À travers l’obscurité, la grisaille, la quotidienneté du monde, comme des rayons à travers les nuages, resplendit cette lumière.
Notre âme la connaît, notre cœur, par elle, est réconforté, notre vie s’en nourrit constamment et se transfigure dans le secret.
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !»
P. Alexandre Schmemann dans Vous tous qui avez soif

 

 

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Sr Alix
En mission au Pérou

Au bout de la ruelle, l’amitié

Une longue amitié, faite de lutte et de retrouvaille, Lung Sunang est un grand monsieur qui a la fin de sa vie, reçoit les filles du Point-Cœur de Thaïlande comme une grande bouffée d’air.

Lung Sunang

J’aimerais aussi vous parler d’un ami, Lung Sunang. Cet homme de soixante-­dix ans est un rayon de soleil dans ma mission et pourtant, notre amitié ne fût pas toujours évidente. Quand je suis arrivée à Bangkok, Lung s’était remis à boire beaucoup. Nos visites étaient de plus en plus compliquées, nous étions dans une impasse car son immense solitude justifiait notre présence, sa famille s’occupant peu de lui, mais son état d’ébriété rendait nos échanges et notre amitié difficiles. Pendant un petit mois, nous ne sommes pas allées le visiter et un jour, alors que nous essayions depuis plusieurs semaines de le voir, il était là, rayonnant. Je me souviendrai de ce visage et de son sourire lorsqu’il nous a vu arriver du bout de soi (ruelle en thaï). C’était magnifique et j’ai à nouveau compris le pourquoi de ma présence ici. Une véritable renaissance s’était opérée en lui, cette joie de se retrouver m’a bouleversée car elle était le signe d’une amitié profonde. Depuis, c’est toujours une joie d’aller le visiter. La vieillesse a pris le pas sur sa vie, il souffre de dépendre des autres, de ne plus pouvoir faire les choses tout seul, il voit et entend très mal, il se ferme donc, un peu malgré lui, au monde qui l’entoure et pourtant, lors de nos visites, les barrières tombent et il s’ouvre à nous avec une joie profonde malgré la simplicité de nos échanges. Un jour, il nous a invité à déjeuner, il avait tout préparé et était excité depuis plusieurs jours à l’idée de ce déjeuner tous ensemble. Lors de la conversation, il nous dit avec son sourire contagieux et la simplicité et la profondeur qu’ont nos amis thaïs : « À l’idée de vous voir, je chante dans mon cœur ! » Avec lui, nous rions beaucoup et à chaque fin visite, je suis remplie d’énergie et de joie ! Notre amitié est une grande richesse dans ma mission et Lung m’apporte sans doute bien plus que ce que je lui donne.

 

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Astrid R.
Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

Je t’aime – Moi non plus !

Bertille commence ses aurevoirs, période de quelques semaines avant le départ de son Point-Cœur de Lima, moments de rencontres importants, et Fatima lui rappelle le précieux de l’amitié donnée.

Fatima et Bertille

Fátima, Douze ans, adolescente, râleuse, championne de la mauvaise foi et des piques perfides. Tout à fait mon style ! Néanmoins, mon instinct de survie ayant décidément bien peu de poids dans mes décisions, je m’y suis énormément attachée dès le début. Elle m’a très vite fait confiance et réclamé chaque jour ses dix minutes de câlin syndicales. Nous avions une relation privilégiée et, rapidement, j’ai eu droit au titre très honorifique de « grande sœur ». Rapidement, ses blessures l’ont rattrapée et j’ai vu à quel point il est difficile d’aimer quelqu’un qui est terrorisé par l’amour. Elle ne peut pas croire qu’on puisse l’aimer vraiment, donc elle pousse l’autre dans ses retranchements pour arriver jusqu’au rejet et prouver qu’elle a raison. Par conséquent, la vie avec elle ressemble à une telenovela mexicaine, toujours entre disputes et réconciliations. Parfois, elle est capable de rester toute un après-­midi, juste derrière moi, pendant que je joue avec les enfants, pour dire à qui veut l’entendre que je suis moche et qu’elle me hait. Je suis tenace et j’ai décidé que j’étais là pour Dieu et que ça ne serait certainement pas son cinéma qui me ferait changer d’attitude (à têtue, têtue et demie en fait, c’est un basique bras de fer). Donc je reste stable et indifférente aux piques, au silence quand je m’adresse à elle, etc. Mais j’ai parfois l’impression d’être masochiste. Une petite victoire m’a montré que j’avais raison : chaque fois qu’elle se comporte mal, elle m’écrit une lettre pour me de-­‐ mander pardon et me dire qu’elle m’aime. Une fois elle m’a dit : « Je t’aime aussi parce que, même quand je me comporte vraiment très mal avec toi, tu restes gentille avec moi. » J’ai maintenant 2,3 kg de lettres mais je continue parce que les bons moments sont aussi très précieux. L’année avançant, j’ai fait l’expérience de la deuxième grande faille de Fátima : elle est persuadée que chaque personne qu’elle aime va l’abandonner. Sa mère, embourbée dans la drogue, l’a un jour abandonnée avec son petit frère dans un parc. Ils avaient trois et cinq ans et elle s’en souvient. Maintenant ils vivent chez leur tante, Sonia, face au Punto. La famille en est très proche et elle s’est particulièrement attachée à certains volontaires, qui, finissant leur mission, sont partis. Elle vit ces départs comme des abandons personnels et quand elle a pris conscience qu’un jour aussi je devrais partir, j’ai eu droit à quasiment trois semaines de guerre ininterrompue. Il ne m’est pas non plus facile de trouver une réponse convaincante car, même en lui montrant qu’il y a toujours des nouveaux volontaires qui l’aiment comme moi, comment expliquer que l’amitié ne m’appartient pas parce que je suis venue donner Dieu et pas seulement mon affection à un enfant qui répond : « Oui, mais c’est à toi que je me suis attachée » ? Cela m’a fait comprendre combien est importante et délicate une despedida (Période des aurevoirs).

 

 

 

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Bertille D.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

« J’ai franchi le seuil de la porte de Yorgos »

Yorgos et Simon

Comme chaque semaine, les volontaires du Point-Cœur de Grèce vont visiter les personnes qui vivent dans la rue, Yorgos en fait partie. Visite inédite chez un ami !

Chaque lundi (« Il faut des rites », dit le Petit Prince) deux ou trois d’entre nous rendent visite à nos amis qui vivent dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là, je suis heureux de me mettre en route avec Roki et Santhosh pour les retrouver, après plusieurs semaines où j’étais pris par d’autres visites. Au moment d’arriver à son « palace », je suis comblé par le sourire inoubliable de Yorgos, et notre joie évidente de nous retrouver tout simplement. Je vous l’avais présenté dans ma dernière lettre, à l’occasion d’un moment guitare grandiose. D’ailleurs, je ne me prive pas désormais d’emporter quasi systématiquement la guitare qui le réjouit tant ! Mais cette fois-­là, un autre magnifique petit pas d’amitié m’a rendu heureux : après de chaleureuses embrassades de retrouvailles, il me proposait pour la première fois de m’asseoir à côté de lui, sur ce qui lui sert de lit. J’hésitais presque devant l’honneur mais je comprenais, à cet instant, que Yorgos m’ouvrait la porte de chez lui, m’y accueillait comme on accueille son ami, simplement. Alors, moi aussi, simplement, je me suis assis, j’ai franchi le seuil de sa porte.

« Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry.

Et nous avons encore passé un doux moment, tous les quatre, autour d’un thé glacé et de la guitare qui chante, au milieu du flot des passants dont l’indifférence assomme habituellement notre ami. Mais la musique et l’amitié soulagent, pour un moment, ce fardeau-­là. Rien n’a plus d’importance, puisque l’on est ensemble. Yorgos nous a encore régalé de ses « pauvres souvenirs de guitariste », qui sont en fait plus qu’honorables et m’inspire l’humilité ! On chante, on rigole, on échange ! Ce qui est un pas de plus dans notre amitié, contrastant avec d’habituels monologues passionnés sur les théories d’Einstein, le pillage international du langage grec, ou l’impensable puissance d’une bombe atomique. Non, cette fois il rêvait qu’on lui chante Supergirl. Mince, on ne connaît pas. Pour fêter son anniversaire la semaine d’après (avec un peu de retard… oups), c’était la surprise : un bon gâteau au chocolat d’Agnès, et Supergirl, timide mais sincère. Il était ravi. Cet homme me touche. L’amitié qu’il m’a offerte encore plus. Cette fois, enfin, je peux vous présenter en photo son beau visage, et vous imaginerez sa belle musique …

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Simon S.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Mary, une amie qui occupe mes pensées et mon cœur

Comment vous parlez de Mary, à la vie si chaotique… Mathilde, du Point-Cœur de Montevideo, « déchausse ses sandales » pour nous présenter cette amie du quartier.

Mathilde, Mary, Valentina et Jiro

Si je ne vous partage que des faits, vous serez peut-­être horrifiés. Les gens du quartier, qui pourtant n’ont pas toujours une vie simple non plus, ont souvent jugé Mary sans appel. Alors, je ne partage pas souvent sur la vie de Mary avec d’autres. Et pourtant, il me semble que Mary est une femme très digne et très forte, humble dans sa misère, joyeuse dans ses épreuves et qui garde au cœur l’espérance alors qu’elle est sans cesse nouvellement abandonnée ou mise en face de « ses échecs ». Parce qu’elle consommait un dérivé de la cocaïne, on lui avait retiré ses enfants, un à un. Cette drogue très peu chère et très addictive rend bien difficile une possible récupération. Mais Mary en est sortie et, petit à petit, elle a récupéré ses quatre enfants. Elle est venue vivre dans la partie la plus pauvre de notre quartier. Ce n’était pas le meilleur mais, pour la première fois, elle avait un foyer à elle, travaillait et prenait soin de ses enfants. Nous sommes arrivés dans le quartier presque en même temps. Alors que nous parlions avec une voisine, elle s’est approchée et nous a demandé d’où nous venions. Dès ce premier instant, elle nous a marqués, car elle s’est approchée de nous spontanément, et puis, très vite, elles nous a présenté ses enfants et raconté un bout de son histoire. Chacun de ses enfants, selon leur besoin, allait dans une école différente. Avec ses voisins, c’était parfois compliqué. Pourtant nous avons souvent rencontré dans la maison de Mary une femme hébergée parce qu’elle vivait une situation de violence domestique grave. Même si Mary paraissait forte, la situation déjà exigeante s’est compliquée. Mary porte une histoire bien lourde, ses enfants aussi et cela a eu pour conséquence qu’en un an, trois de ses enfants ont dû rejoindre un foyer. Mary aussi a dû partir du quartier et, aujourd’hui, elle vit avec le petit dernier, Jairo, qui a quatre ans. Jonathan, le plus grand, a fêté ses quinze ans, cela faisait trois mois qu’une fête se préparait avec de l’argent qu’il avait lui-­même économisé. Et cela faisait trois mois que nous étions invités. Mary nous avait prévenus : « Vous êtes notre seule famille, vous ne pouvez pas manquer nos anniversaires ! » Et elle nous rappelle très souvent les dates de chacun. Le jour de l’anniversaire est donc arrivé, nous allions tous nous retrouver pour l’occasion ! Cela faisait deux mois que nous n’avions plus vu Mary, en raison du déménagement et des activités de la maison. Mais, voilà que, ce jour-­là, Mary nous dit qu’elle n’ira pas… Nous nous doutons que la raison doit être sérieuse. Alors nous décidons de nous partager en deux : Alexis et Sixtine iront à l’anniversaire, et, avec Bernardo, nous retrouverons Mary. Nous arrivons au lieu de rendez-­vous et il n’y a personne, nous patientons plus d’une heure, nos messages restent sans réponse, même si nous voyons que Mary les lit… Je me souviens d’un élément de son adresse, alors nous décidons de partir à la recherche de sa maison. Je laisse un nouveau message à Mary. Finalement, elle répond : « Je veux être seule, je ne veux voir personne. » Cela nous inquiète et nous continuons notre quête. Nous décidons d’acheter quelques petites choses pour au moins les lui laisser avec un petit paquet que je lui avais préparé, qu’elle puisse sentir la présence d’un autre à ses côtés dans sa détresse… Nous commençons à prier en chemin, un chapelet d’Ave Maria et Notre Père qui n’a plus de fin. Et là, je me souviens que Mary nous avait laissé son adresse un jour. Nous reprenons notre chemin, un peu plus confiants, et faisons une petite halte dans une jolie église en chemin. Et, finalement, nous arrivons au carrefour indiqué, il nous manque le numéro de porte. Arrêtés devant un passage étroit, nous appelons Mary et, cette fois-­ci, elle répond au téléphone. Là où nous sommes arrêtés, elle vient… nous l’avons trouvé. Tout de suite, Mary nous raconte pourquoi elle n’était pas à l’anniversaire, elle nous fait écouter un message de son fils l’interdisant de venir et la traitant de tous les noms, les larmes brillaient dans ses yeux et la colère et la tristesse avaient envahi son cœur, colère et tristesse pour Jonathan et Valentina, qui, à l’occasion d’une rencontre entre eux, avaient mal parlé de leur maman et rejeté toute leur propre peine et colère sur elle. En ce jour tant attendu, qui devait être un jour de fête, la famille était davantage divisée. Mary nous a ensuite raconté ses deux derniers mois, où elle avait vécu dans trois maisons différentes et, chaque fois, à cause des grandes difficultés de comportement de Valentina, ils avaient dû partir. Valentina est donc la dernière qui est partie vivre en foyer et, ce jour-­là, elle était à l’anniversaire de son frère. Après nous avoir raconté tout cela, Mary est plus tranquille, elle nous offre un maté, sort les petits gâteaux que nous avons apportés et puis s’exclame : « Vraiment, je ne pensais pas que vous arriveriez jusque-­là, je vous croyais déjà repartis ! Et puis, je voulais être seule car je pensais que c’était le mieux. » Mary reprend ses confidences, mais Jairo, le petit, vient les interrompre innocemment et rend la joie à sa maman. Mary n’est pas en reste et ainsi, même dans ce contexte, nous avons aussi bien ri et profité de ce moment de retrouvailles, après ces deux mois. Aujourd’hui, les trois grands de Marie, Jonathan, quinze ans, Milagros, treize ans, et Valentina, douze ans, vivent dans différents foyers. Cela veut dire que Marie n’a plus aucune autorité ni droit sur eux. Il lui reste maintenant son petit dernier, proche d’elle. Mary n’est pas la maman idéale et, autour d’elle et de ses enfants, il n’y a pratiquement pas de famille, les amitiés vont et viennent et ne sont pas toujours des meilleures. C’est beaucoup de solitude, d’échecs et de douleur. Pourtant, elle n’abandonne pas. Et puis, elle est capable de nous faire nouvellement confiance, en nous ouvrant son cœur et en nous offrant son amitié et sa vie, simplement, telle qu’elle est. Cette amitié est chère à mon cœur, à notre communauté et il y a là un terrain sacré où je ne puis entrer sans « retirer mes sandales », c’est à dire l’écouter et la connaître avant tout jugement et l’accompagner pour porter avec elle un bout de sa vie.

 

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Mathilde C.
En mission en Uruguay

Dona Santos et Panel, de l’amour d’une mère pour son fils

Aurélien est en mission à Tegucigalpa au Point-Cœur du Honduras, il nous présente Dona Santos, une mère courage du quartier et son fils Panel.

Dona Santos et son fils Panel

Je souhaite vous présenter une amie, elle s’appelle Dona Santos. Cette dame également âgée habite notre quartier avec son fils Panel. Cette famille est à l’image de beaucoup d’autres : une maman qui est totalement livrée pour son enfant. Il y a quelques mois, Panel a subi un accident, une moto taxi l’a heurté à la jambe. Il a donc suivi une période de récupération à l’aide d’un plâtre qu’il fallait changer tous les mois à l’hôpital. Je suis allé une fois à l’hôpital avec Dona Santos et Panel pour les accompagner. Pour avoir le rendez-­vous de 7h, il fallait arriver à 5h du matin. Nous sommes donc partis en taxi pour arriver à 5h là-­bas. Le simple fait d’arriver sur place fut un véritable périple car Panel souffre d’un handicap qui l’empêche de se déplacer normalement, et sa fracture à la jambe rendait la marche impossible. Je devais donc le soutenir, et même le porter depuis sa maison jusqu’en bas pour atteindre la rue principale. Et cet effort était très important, étant donné la carrure de Panel. Mais en le faisant, je pensais à Dona Santos qui, par amour pour son fils, était prête à tout et l’accompagnait ainsi au quotidien. Arrivés à l’hôpital, on apprend que le docteur en question ne pourra pas nous recevoir avant 14h, pour la simple raison qu’il ne travaillait pas cette matinée-­là. Dona Santos était dans l’obligation de rester, n’ayant pas les moyens de payer un taxi de nouveau. Mais elle me propose de rentrer au Point-­Cœur, de revenir pour 14h et, preuve de sa générosité sans limite, elle me tend un billet pour me payer le bus, que je refuse poliment (en général au Honduras, nous ne refusons pas ce que nos amis nous offrent car c’est, pour eux, important et un refus peut blesser, ne serait-­ce que simplement un café). Je décide à ce moment de rester avec eux en me disant, au fond de moi, que j’aurais dû emmener de quoi lire. Mais lors de cette mission rien n’arrive par hasard et je faisais ce pas de confiance en la Providence. Dieu m’a alors récompensé en m’offrant la messe ! Et oui, en allant à la chapelle, j’apprenais que tous les jeudis à 9h un prêtre vient célébrer la messe. Je suis donc descendu pour prévenir Dona Santos et elle est venue la vivre avec moi. Enfin, jusqu’à 14h, j’ai beaucoup partagé avec elle et Panel (que je ne comprends pas très bien mais je profitais de la présence de Dona Santos pour m’aider), j’ai prié un chapelet pour cette famille et je leur ai offert le déjeuner. Le rendez-­‐vous a bien eu lieu à 14h et le plâtre a été changé. Maintenant, Panel n’utilise plus de plâtre, il se sent beaucoup mieux car cela ne lui a pas été très agréable. Chaque fois que nous le visitons, il nous montre avec un sourire énorme, sa jambe qui s’améliore de jour en jour, merci Seigneur !

 

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Aurélien M.
En mission au Point-Cœur de Tegucigalpa

Une journée particulière pour Mathias

Groupe d’amis de Lima en sortie à Guayabo

Au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, Charlotte nous confie Mathias, nouvel ami de Jésus.

Une grande joie dont je voulais vous parler. Vous connaissez Mathias, le fils de Sonia qui habite en face de chez nous, le frère de Gérard (celui qu’il m’a tant coûté d’aimer quand il faisait ses crises). Il a dix ans. Sa famille est une de celles qui souffrent le plus, dans notre quartier. Cela, vous le savez, mais je ne vous ai pas encore parlé de son chemin de foi. Très souvent, quand nous partons à la messe, Mathias court vers nous et nous demande s’il peut nous accompagner. Il reste tout le temps de la messe et, chaque fois, au moment de la communion, il essaie de négocier pour aller, lui aussi, recevoir l’hostie consacrée, Jésus. Voyant son désir de communier, nous en avons un peu parlé avec sa mère il y a quelques mois. Hors de question, il ne s’inscrira jamais à la préparation à la paroisse, plus la peine d’en reparler ! C’est, entre autres, grâce à Hugo, un ami péruvien parti en mission avec Points-­Cœur au Brésil, que Sonia a fini par ouvrir son cœur au désir de son fils. Hugo vient nous visiter de temps en temps, et Mathias l’aime beaucoup, tant il l’appelle son parrain. Ce terme montre son affection, mais Hugo y a pensé sérieusement et a fini par lui proposer de l’être en vrai, si un jour il voulait se faire baptiser. A la grande joie de Mathias ! L’amitié qui les unit est précieuse pour Mathias, lui, dont le père est mort, et qui a tant besoin d’une figure masculine aimante à ses côtés, d’un modèle d’homme qui l’accueille tel qu’il est et l’aide à grandir. J’ai pu donc accompagner Sonia à la paroisse pour inscrire son fils, à la première communion en décembre, et au baptême en octobre. Dimanche de Pentecôte, Mathias s’est levé tôt pour se préparer et partir avec nous à la messe de 9h. Jamais il n’a été aussi attentif, spécialement au moment de la consécration. A la fin de la messe, il me demande de le laisser aller tout seul au cours de « caté ». A 11h30, au Point-­Cœur, on frappe à la porte. Gaëtan, un volontaire du Point-­Cœur de la Ensenada, qui a terminé sa mission et a voulu donner encore un temps pour aider chez nous, ouvre : « Mathias ! Tu vas m’aider à cuisiner ! » Mathias est trop heureux de couper les carottes, les haricots, avec un grand frère. Il nous a montré son premier cours sur la Création, où après avoir rempli les phrases à trous de la Bible, il a pris la résolution de respecter les autres et de faire attention à la propreté de son environnement. Il est resté déjeuner avec nous, a mangé avec appétit, pétillant de joie, tranquille, heureux de ce moment privilégié juste pour lui. Pour ma part, c’est magnifique de voir un enfant que j’aime, grandir non seulement physiquement, en intelligence, mais aussi dans la foi, dans l’amour.

 

 

 

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Charlotte C.
En mission à Lima au Pérou

« A n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas »

Antonine dans le quartier, lors de ses aurevoirs

Antonine revient juste de dix-huit mois de mission à Chengalpett en Inde, une mission simple, plongée dans une réalité toute différente, une école et une intense action de grâces.

Fini le spectacle de la rue avec sa circulation rocambolesque, son concert de klaxons, ses odeurs d’épices et de fleurs de jasmin, ses vaches, ses véhicules surchargés et la démarche princière de ces femmes indiennes en saris colorés… Je me revois assise à l’aéroport attendant fébrilement le décollage pour l’Inde. Dix-­huit mois me paraissaient alors bien longs. Je n’étais pas rassurée à l’idée de quitter la France pour ce pays de plus d’un milliard d’habitants, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin d’imaginer que la culture, le mode de vie et les mentalités différaient aussi radicalement de la civilisation occidentale. J’ai découvert une réalité bien différente de la nôtre, un pays où les gens sont particulièrement chaleureux, accueillants et profondément croyants. En vivant dans un quartier marqué par des souffrances matérielles et morales (pauvreté, alcoolisme, maltraitance), j’ai aussi pris conscience de la dureté de leur vie quotidienne, de la logique des castes, du fatalisme social et du combat des femmes victimes d’injustice. Avec Points-­Cœur, j’ai été pour nos amis du quartier une présence de compassion dans les moments de joie comme dans les épreuves. Je n’ai pas cherché à les changer car Points-­Cœur ne prétend pas vouloir changer le monde mais simplement réconforter les hommes, les femmes et les enfants qui souffrent. Au contraire, j’ai appris à « me laisser guider par les événements, les imprévus, à ne pas être dans l’attente et à accepter que nos projets soient contrariés ». Difficile pour moi de retranscrire ce que j’ai vécu pendant dix-­huit mois. Mais à n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas. Je rends grâce pour toutes les amitiés que j’ai reçues et que je garderai précieusement dans mon cœur. Cette belle mission à l’école des plus pauvres et des plus souffrants sera j’espère un fondement pour toute ma vie.

 

 

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Antonine L.
Volontaire en Inde

Avant le départ…

Solène dans la cour du Point-Cœur de Tegucigalpa, lors de ses aurevoirs.

Solène rentre du Honduras après quatorze mois de mission, elle fait ses aurevoirs, son sac et ses dernières rencontres… Rosie en fait partie.

Je vous écris cette dernière lettre pour vous remercier de votre soutien durant ces quatorze mois de mission. Ça n’a pas toujours été facile, mais cette expérience m’a fait beaucoup grandir et je repars avec autant de trésors que de visages dans le cœur : des visages édifiants qui m’ont appris tant de choses. Je me souviens, lors du chemin de croix à la prison, une amie qui a des difficultés pour marcher portait un grand sac contenant les tableaux des stations. A chaque fois que l’on passait une station, elle récupérait le tableau. Evidemment, plus on s’approchait de la crucifixion, plus son sac était lourd et plus elle s’appuyait sur sa béquille de l’autre côté. Je lui demande alors : « Fanny, je peux t’aider ? Donne-­moi le sac. » Elle me répond : « Merci, c’est gentil, tu n’es pas la première qui me propose. Mais ce sac, c’est ma croix. Et je veux la porter jusqu’au bout. » J’étais émerveillée de la foi avec laquelle Fanny vivait ce chemin de croix. Elle le vivait avec tout son corps et avec tout son cœur. Il y avait tant d’amour dans sa démarche ! Je suis toujours impressionnée de la foi de mes amis. Ils traversent des épreuves si difficiles et ils les vivent pourtant avec beaucoup d’espérance, avec beaucoup de foi, confiants en la bonté et la miséricorde de Dieu et s’en remettant totalement à Lui. C’est une grande école pour moi et je n’ai pas fini d’apprendre. Je suis aussi impressionnée par la valeur du temps, ici. C’est tellement tentant pour moi de vivre dans le passé ou dans le futur. Ils ont, eux, une facilité à vivre dans le présent, pleinement disponibles à la réalité et aux personnes qui les entourent. C’est si précieux ! La sainteté ne se conjugue qu’au présent, comme on dit. J’ai tellement tendance à oublier que le présent, comme son nom l’indique, est un cadeau de Dieu.

Rosie et Jennifer

Cette fois, je vais être courte, je voudrais simplement vous parler de mon amie Rosie. La dernière semaine, elle tenait absolument à nous inviter chez elle à l’occasion de notre départ (celui d’Agata et le mien). On avait déjà invité toute sa famille pour leur dire au revoir, mais c’était important, pour elle, de nous recevoir. On arrive alors une demi-­‐heure plus tard que l’heure prévue, comme de coutume ici au Honduras. Et, là-­‐bas, surprise : pas de Rosie. Ses sœurs, ses enfants, ses neveux, oui, mais Rosie brillait par son absence. Sa sœur Agata et Doña Virginia nous apprend qu’elle nous a attendues une demi-­‐heure avant d’aller travailler. On passe malgré tout un bon moment. Rosie nous avait cuisiné un délicieux dîner. Puis, avec Agata et Estefanía, au lieu de rentrer à la maison, on passe lui rendre visite au stand où elle vend les meilleures baleadas du quartier (galettes honduriennes). Elle nous apprend qu’on a détecté un cancer à son père et qu’ils n’ont pas d’argent pour le traitement. Alors, elle ne pouvait pas se permettre le luxe de ne pas travailler cette soirée. On est resté jusqu’au bout avec elle, jusqu’à 23h. A 22h, heure de fermeture, il lui reste une énorme pile de baleadas qu’elle n’a pas encore vendues. Elle a le visage triste et fatigué : « Cette soirée, je n’ai presque rien vendu, mais tout ce que j’ai gagné, je vais l’envoyer à mon père. » C’était moins de dix euros. « Je n’ai presque rien vendu mais Dieu m’a envoyé trois petits anges pour me consoler », rajoute-­‐elle. C’est vrai que c’était une belle soirée. J’ai beaucoup plus partagé avec elle, que ce que je n’aurai sans doute pu partager si elle avait été là au dîner. Elle s’est beaucoup livrée. C’était fort de l’accompagner dans son quotidien. On l’a aidée à replier tout le stand. Car, si elle le laisse là, il n’y a plus rien le lendemain. On l’a aidée à transporter tous les ustensiles (hyper lourds) chez elle. Tout le monde dormait. Quel travail ! Le jour suivant, elle se lève tôt pour faire la pâte et pouvoir vendre, dès 8h le matin. Je l’admire tellement. Elle travaille avec tant d’amour. Elle ne pourrait pas avoir cette force de travail sans l’amour qu’elle porte à ses enfants et à sa famille. Sans amour, c’est impossible. Elle gagne son pain à la sueur de son front par amour et avec amour. Ce soir-‐là, quand je suis allée me coucher, je me suis sentie toute petite mais, surtout, grandie par cette amitié. Rosie est une petite sainte !

 

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Solène deF.
Volontaire au Honduras

Plus loin que les mots

Au Point-Cœur de Bangkok, l’apprentissage du thaï est un sacré défi pour les volontaires, mais il faut aller « plus loin que les mots » nous dit Pauline, en mission en Thaïlande depuis déjà six mois : 

Songkran avec Phii Oo

Six mois se sont passés depuis mon arrivée en Thaïlande. A présent, je commence à bien connaître les environs, j’arrive presqu’à me repérer dans le labyrinthe du slum et à connaître le prix des aliments et les gens du quartier… La langue vient doucement, comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, à la lecture de cette lettre.

Chaque jour, avec notre communauté, nous rendons visite aux amis du Point-Cœur. Un jour, mère Sumalie, un autre jour, l’oncle Saxapong, un autre, grand frère Chaya, etc. C’est grâce à la fidélité des rencontres que de vraies relations se tissent entre nous. Les amis apprennent à comprendre « notre thaï à nous » et nous apprenons à comprendre « leur thaï à eux ». Il ne s’agit pas de savoir parler thaï, purement et simplement, mais d’essayer d’aller plus loin que les mots.

J’aimerais vous présenter une petite mamie que j’aime particulièrement aller visiter, c’est Yaay Biin ! Une minuscule grand-mère de plus de quatre-vingt-dix ans, qui ne marche plus et qui reste sur le seuil de sa maison une partie de la journée à regarder passer les gens. Elle se déplace sur les fesses ou sur les genoux. Quand elle voit qu’on passe devant sa maison, dans la seconde elle rentre chez elle comme un bernard-l’hermite qui se rétracte dans sa coquille. C’est sa façon de nous inviter à entrer. Elle machouille constamment une espèce de chique rouge qu’elle crache dans un pot. Quand yaay Biin parle, c’est très difficile de comprendre ce qu’elle dit car elle a plein de cette pâte dans la bouche. Mais grâce aux visites répétées et à ce désir de pouvoir mieux nous connaître, nous parvenons à avoir de vrais échanges, j’apprends à reconnaître sa façon de parler. La dernière fois, elle riait aux éclats en me racontant la vie, des histoires des uns et des autres. Elle aime quand on lui masse ses genoux douloureux.

Naa et ses filles

Durant quelques jours, nous avons accueilli à la maison Naa, une jeune maman de vingt-trois ans dont j’aurai sûrement l’occasion de vous reparler dans une autre lettre. Son mari étant parti en Inde un certain temps, elle nous a demandé de l’aider avec sa fille d’un an et demi. Naa a un tempérament de feu qui mettait parfois la maison sens dessus dessous mais, finalement, nous avons vraiment passé un bon moment avec elle et sa fille. A l’occasion de sa venue, son autre fille, qui est élevée chez sa sœur, Fy, est aussi venue dormir à la maison. Toute les trois, mère et filles, ont pu passer un temps privilégié ensemble, ce qui n’est pas forcément évident compte-tenu de la situation compliquée de cette famille. Naa vient au Point-Cœur depuis qu’elle a un an et est habituée à la façon de parler des volontaires avec leur vocabulaire simple, leurs tons qu’il faudrait exagérer quatre fois plus, et leurs phrases décousues. Elle s’improvise souvent comme notre traductrice. Pour moi, Naa est en quelque sorte l’une des « mémoires vivantes » du Point-Cœur de ces vingt dernières années. Elle se souvient de toutes les volontaires et nous raconte parfois les sorties et événements passés, d‘il y a dix ans ou plus…

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Pauline G.
Volontaire en Thaïlande

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. »

Claire est en mission au Point-Cœur de Cuba depuis déjà 20 mois. A un mois du départ, elle partage encore les amitiés qui l’émerveille au quotidien. 

La communauté devant le Point-Cœur : Claire, Kasia, Marcela et Tania

J’aimerais vous partager dans cette lettre mon émerveillement face à nos amitiés. Après un bon bout de temps ici, je goûte à la grâce de pouvoir vivre, jour après jour, les rires et les larmes de nos amis, de pouvoir partager des moments si simples et parfois très courts, mais tellement fondateurs pour construire et vivre une vraie amitié, source d’une vraie liberté…

Un ami si important est bien notre grand-père cubain, P., âgé de soixante-seize ans. Il a perdu sa fille dans un accident d’avion quand elle avait vingt ans, son fils a dû partir pour le Pérou et sa femme est décédée il y a deux ans et demi. Un homme qui a beaucoup souffert mais, depuis quelques mois, nous le voyons reprendre souffle, revivre… Un homme qui a de grandes blessures mais cela ne l’a pas rendu amer, bien au contraire, par sa présence, sa confiance et son affection, par sa simple amitié, Point-Cœur est devenu pour lui comme une famille. Il se désole toujours tant de n’avoir aucune nouvelle de ses petits-enfants mais, ici, il a comme trouvé une certaine consolation, il a trouvé un refuge, un ami qui écoute.

L. est aussi une grande amie qui, pour toute la communauté, est si importante dans notre mission. Cette dame de soixante ans, dont je vous ai déjà parlé, qui est alcoolique, que son fils traite au plus mal, qui a tenté de se suicider l’année dernière et qui cherche chaque jour un peu d’argent pour manger (on se demande comment elle paye ses bouteilles d’alcool.) L., qui souffre tant de sa solitude, encore aujourd’hui, est venue à moitié ivre, disant qu’elle était épuisée de vivre… Elle a perdu sa maman. C’était une grande dame élégante connue du quartier mais, depuis cette perte, elle erre dans les rues, titubante, et les voisins se moquent d’elle. Elle a des millions de problèmes de santé et ne trouve pas la force de s’occuper d’elle, vit seule dans sa maison et déteste voir du monde. Mais au Point-Cœur, comme elle a dit un jour en pleurant pendant une dizaine du chapelet, elle a trouvé la famille dont elle a toujours eu besoin… Elle est loin d’avoir trouvé une solution ou une guérison à tous ses problèmes, mais peut-être une consolation qui lui donne un peu plus de force pour se lever chaque matin. Elle a trouvé un lieu où elle peut pleurer, où elle peut crier sa douleur, un lieu où elle est juste aimée et consolée, un besoin qu’on a tous !

J’aimerais aussi vous présenter A. : un père de famille, qui a perdu sa femme il y a quatre mois. Un homme très discret, surtout depuis ce qui est arrivé. De fait, nous n’allons pas souvent le voir, il le dit lui-même. Il a mis et met encore du temps pour accepter le regard des autres. Un après-midi, nous sommes passées chez lui, tout en tentant de rester délicates pour ne pas le brusquer. D’un coup, il s’est dévoilé totalement. Sa confiance et sa simplicité m’ont fait monter des larmes… Sans poser aucune question, il nous expliqua tout de suite qu’il ne va plus à l’Eglise en ce moment, qu’il veut prendre du recul, ne veut pas de la pitié des gens. Il reconnaît en toute simplicité qu’il se sent encore trop faible pour assumer leur regard… Mais, à la fois, dans sa profonde douleur, il nous dit qu’il sent son épouse tellement présente autour d’eux, avec lui et chacun de leurs enfants, qu’elle est partie laissant un tas de problèmes et il sent combien, depuis là-haut, elle aide à ce que, petit à petit, tout se résolve… Il nous a aussi dit, les larmes aux yeux : « Je connais la Bible, mais maintenant je comprends cette phrase : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » » Une douleur si profonde, un cri silencieux mais perçant et, pourtant, il parvient toujours à regarder La lumière…

« Dans le fond, c’est ça la loi suprême de l’incarnation : l’Amour Infini est toujours capable de sortir du mal un bien meilleur » P. Thomas Philippe

S. du centre polyhandicapés

Un ami du centre de polyhandicapés, S., est un maître par excellence, car il a la grâce de savoir tirer un bien meilleur de sa souffrance. S. a fêté ses cinquante ans l’année dernière. Etant adolescent, il a fugué de chez lui, et a passé une jeunesse assez mouvementée… A l’âge de vingt-cinq ans, il a eu un accident, est devenu hémiplégique, ne sachant plus que bouger le haut de son corps, et est pratiquement tout le temps allongé sur le ventre pour d’autres raisons de santé. Face à cette situation, S. s’est beaucoup révolté jusqu’à perdre toute volonté d’avancer, de continuer de vivre… Les personnes de son entourage l’ont secoué (en tant que bons Cubains luchadores) et l’ont aidé à se relever. Cela fait presque vingt ans, maintenant, qu’il est dans ce centre et a développé tout un art, avec de la pâte à modeler, qu’il travaille avec la paume de sa main, tout en étant allongé sur le ventre. Participant à des concours, S. est connu comme l’unique artiste en son genre, dans son pays… Cet homme, comme certains là-bas, a toute sa tête, est bien (trop) conscient de la réalité qui l’entoure. Son handicap et son quotidien sont loin d’être faciles, mais il a décidé de lutter. Chaque jour, il a choisi la vie ! Comme il dit si bien « chacun a un don, le Seigneur nous les enseigne quand on en a besoin. » Une vie si pauvre mais il l’accueille et la vit de la meilleure manière qu’il le peut selon ce qu’il a… Un vrai chemin, son handicap !

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Claire D.
Volontaire en mission à Cuba

Marina, la force d’une mère

Dans le quartier de Buenos Aires où est installé le Point-Cœur depuis des années, les mamans sont souvent seules pour élever leurs enfants. Marie nous présente un visage, celui de Marina, une femme qui cherche le Bien pour ses enfants au milieu des tentations du quartier…

Santiago avec les volontaires du Point-Cœur pendant le camp d’été 2018

Ce jour-­là, avec Victor, (volontaire allemand) nous allons visiter les amis du quartier. Moment d’indécision : à qui allons-­nous rendre visite ? Finalement c’est Juan, un enfant de sept ans, qui a pris Victor par la main avec insistance et nous a mené jusqu’à chez lui. Il veut jouer avec lui, sa maman Marina le rappelle à l’ordre : « Tu as tes devoirs à faire ! » Victor se propose de l’aider. C’est ainsi que je rentre pour la première fois dans la maison de Marina. Comme à chaque visite dans le quartier, elle me propose le traditionnel maté et très vite me parle de ses deux fils : Juan, sept ans et Alejandro dix-­huit ans. Elle me parle et de sa difficulté à les éduquer, en particulier Alejandro. « C’est un jeune très difficile. » D’autant plus dans un quartier où la drogue, l’alcool, violences et vols font partie de leur quotidien. Il est facile pour un adolescent de se laisser entraîner par l’effet de groupe qui pousse à faire le dur, le fort, à ne pas se laisser écraser par les autres, sinon « tu es mort ». Surtout dans un contexte où le jeune est abîmé par un milieu familial déjà touché par la violence et l’addiction. Pour Alejandro, comment être suffisamment fort pour dire non, pour refuser de s’échapper un instant de cette réalité : un papa trafiquant de drogue, violent et en prison, un oncle et un cousin tués… Alors, oui, c’est difficile pour Marina, femme de valeur, d’éduquer ses enfants, seule, dans ce quartier, dans cette réalité. Comment transmettre à son fils sa force et ses valeurs « Moi aussi quand j’étais jeune, tous mes amis se droguaient, j’ai toujours refusé ! » Marina a compris qu’elle était, là, la vraie liberté, choisir le Bien. « Hier on s’est encore disputé avec Alejandro. Je lui ai dit : « Pourquoi les jeunes du quartier volent, se mettent dans des trafics de drogue ? Parfois parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se nourrir, pour se vêtir… Mais toi, tu as un toit, on ne roule pas sur l’or mais tu as de quoi manger. Tu as même des vêtements de marque. Mais tu veux toujours plus ! Tu es prêt à perdre tes principes pour de la marque ? » » Elle ajoute : « C’est difficile d’être mère dans ce quartier, il faut lutter, transmettre ses valeurs, sa foi… » Marina n’a pas toujours été comme ça. Il y a une dizaine d’années de cela, son compagnon est tombé, lui aussi, dans la drogue. Après avoir appris que son fils avait une tumeur au cerveau, il a cherché à masquer sa souffrance et son impuissance dans la drogue. Il est devenu très violent. Alejandro était victime indirect des violences de son père sur sa mère. Marina restait enfermée chez elle, son compagnon ne voulait pas qu’elle sorte, qu’elle voit ses amis. Lui, en profitait pour aller voir ailleurs… Elle a perdu confiance en elle, elle a perdu le goût de la vie, mais elle continuait à lutter, pour ses enfants, la peur au ventre. Jusqu’au jour où elle a eu le courage de se séparer de son compagnon, pour elle, pour ses enfants. Deux semaines plus tard, il s’est retrouvé en prison, cela fait maintenant quatre ans. Depuis, Marina s’est prouvée qu’elle était capable de dire « non », elle était capable de protéger ses enfants et de prendre sa vie en main. Aujourd’hui, elle aime sortir avec ses amies de temps en temps, tout en étant très présente auprès de ses fils, son entourage dit qu’elle est transformée. Et c’est vrai, Marina est rayonnante. La vie continue, elle lutte chaque jour pour ses enfants, pour leur transmettre ses valeurs, sa force, sa foi. Je lui demande : « Et comment appréhendes tu le retour de ton ex-compagnon cet hiver ? » Elle me répond : « Je ne suis plus la même qu’avant, aujourd’hui je me sens plus forte et je me sens capable de me protéger et de protéger mes enfants. » Marina m’impressionne : sa force de se battre pour ses enfants, sa force de choisir le Bien et de toujours chercher à le transmettre.

 

 

 

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Marie GC
En mission au Point-Cœur de Buenos Aires

La gratuité et la joie des enfants : une fraîcheur bienfaisante

Les Servantes de la Présence de Dieu, en mission au El Salvador, participent à la catéchèse de la paroisse de leur village. Certains enfants aiment ainsi tellement venir au catéchisme que certains ne veulent plus arrêter et d’autres réclament une retraite ! C’est ainsi que Sœur Agnès a organisé une petite retraite pour l’un de ces groupes :

Parmi les différents groupes d’enfants du catéchisme dont nous nous occupons sur notre Canton, nous avons inventé ce que nous appelons un groupe de « persévérance ». Il s’agit des enfants qui n’ont pas encore intégré le cycle de préparation à la Confirmation, parce qu’ils sont trop jeunes, mais qui désirent continuer à venir chez nous le samedi. L’an dernier, un tout petit groupe de quatre jeunes filles de 11 ans m’a été confié. S’y est rajoutée la grande sœur de l’une d’elles, Saraï, qui ayant déjà fait sa confirmation, ne pouvait se résoudre à nous quitter. Je l’ai donc nommée Assistante et je me suis retrouvée en charge de ce sympathique petit club des cinq que nous avons baptisé « groupe Bienheureuse Laura Vicuña ».

Puisqu’il n’existe pas de programme particulier pour notre groupe, nous avons passé une année à réfléchir très simplement sur notre vie chrétienne, à l’aide de l’exemple de notre petite Bienheureuse chilienne, et puis surtout avec l’aide du Saint-Esprit qui vient au secours des pauvres catéchistes inexpérimentés.

Un samedi, durant la saison des pluies, à la fin de notre rencontre hebdomadaire, je me retrouvais avec Angie, sous le toit abri à l’entrée du chemin qui mène à la maison. Nous étions prisonnières d’une averse torrentielle et tout en attendant que son père vienne la chercher, nous discutions. J’essayais de savoir pourquoi elle avait manqué les rendez-vous, deux samedi de suite, pourquoi elle paraissait triste. Quelques phrases, entrecoupées de longs silences et nous regardions tomber la pluie. Puis, juste avant que son père n’arrive, Angie me demande soudain, sans préparation : « Madre, pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas un week-end de retraite chez vous, avec le groupe ? On pourrait dormir dans l’hôtellerie ? Vous croyez que s’est possible ? ». L’idée me parut excellente et me toucha profondément.

Lorsque je fis part aux autres de l’idée d’Angie, ce fut l’enthousiasme général et c’est ainsi qu’après trois mois d’attente, nous nous sommes retrouvées pour clôturer la fin de l’année de notre groupe avec cette petite retraite. Les conditions étaient simples : les filles voulaient faire une pizza et moi je me chargeais du reste !

L’inspiration me vint grâce à la neuvaine de l’Immaculée Conception composée cette année 2017 par le Cardinal Sarah. Il s’y reflétait si bien la vie de la petite Laura Vicuña offrant sa vie pour sauver sa propre mère. Peu après je reçu cinq magnifiques rosaires et Sœur Bénédicte accepta de nous accompagner avec sa belle voix et sa présence pendant la retraite. Sœur Anne pris en charge l’atelier pizza, ce qui n’était pas une mince affaire. Le plus difficile fut d’obtenir l’autorisation du papa de Martita ; sa fille en effet, n’avait jamais passé de nuit hors de chez eux, et c’est avec l’aide des autres mamans que nous avons réussi à le convaincre. J’ai organisé un petit programme, avec des horaires : temps de prière, une promenade dans la finca, des tours pour les services, divers petits enseignements autour de la neuvaine.

Sr Agnès et ses retraitantes

La retraite se passa à merveille, les filles ne se lassaient pas d’admirer leur rosaire, ce qui me permis de leur donner deux enseignements sur la prière, et l’amour de la Vierge Marie. Je fus presque étonnée de voir combien toutes les propositions les ont enchantées. Promenade, vaisselle, cuisine, mettre la table, tout était vécu dans le sérieux et l’enthousiasme, je n’arrivais pas à le croire. Le samedi soir une mémorable partie de UNO nous fit pleurer de rire sœur Bénédicte et moi tant les filles mettaient toute leur énergie et se battaient presque pour gagner. Puis le dimanche matin, le jeune diacre de la paroisse nous accorda quelques minutes avant la messe pour bénir les chapelets des filles et leur dire quelques mots sur la prière.

Cette expérience si belle et inattendue pour moi me rappela que les enfants, les petits sont nos maîtres souvent, ils savent introduire la gratuité et la joie dans notre temps organisé, une fraîcheur bienfaisante dans notre vie !

La partie de UNO

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Sr Agnès
Servante de la Présence de Dieu

Dimitrio « Prie pour moi. »

Yann et les enfants, en visite dans la quartier de La Ensenada

Face à la vie et puis la mort… Yann du Point-Cœur de Lima face à la mort, la souffrance, la prière, la paix…

« Hola Yann ! Tu vas où ? A la messe non ? » C’est Dimitrio.
Il est quasi 7h du matin et, en effet, je vais à la messe. Je suis en retard et je trottine donc seul dans la rue en espérant rattraper ma communauté ayant abandonné tout espoir de m’attendre. C’est sans surprise que je rencontre Dimitrio qui, chaque matin, nous voit passer devant sa maison pour aller à la messe. Il nous salue chaleureusement et, à notre retour, nous entamons les conversations : « Oui ! Comme toujours ! Comment ça va ? — Bien, bien, prie pour moi, oui ? — Euh oui bien-­‐sûr ! Pour toi et ta famille ! Oui ? — Ya ya ! » Il me tapote l’épaule et je continue ma route emportant un sourire avec moi. Dimitrio, c’est un homme de soixante-­dix-­neuf ans, une personne aimée du quartier car très gentille et aimable. Je me demande quels soucis il doit avoir pour me demander de prier pour lui si directement. La journée passe, la nuit s’installe. Je raccompagne Gladys, une personne âgée qui a besoin d’aide pour porter tout un tas de trucs jusqu’à la petite baraque qu’est sa maison. En passant dans la rue de Dimitrio, il y a de l’agitation, un attroupement, et, en se rapprochant, des pleurs. Un infarctus. C’est la réponse qu’on nous donne quand Gladys demande la raison de cette agitation. Dimitrio a eu un infarctus et est inconscient. Gladys le connaissait, ses yeux s’humidifient et commencent à briller dans la nuit. Les ambulances sont bloquées dans le trafic. Ils vont essayer d’y aller par leurs propres moyens. Après un moment à poser des questions, Gladys veux partir. Sur le chemin, elle annonce la triste nouvelle au voisinage avec un pessimisme ou un réalisme qui me surprennent. Il est déjà mort pour elle. J’essaie de donner un peu d’espoir à notre vielle amie qui s’efforce de me sourire et je me rends chez notre ami, inconscient. Mes pensées rythment ma marche qui s’accélère. Que penser ? Mort, vivant. Ça paraît irréaliste pour cette personne qui fait systématiquement partie de notre quotidien. L’attroupement s’est intensifié autour d’une voiture, devant la maison du souffrant. Les voisins alarmés sont tous là. De la voiture, on sort la silhouette d’un corps enroulé dans un drap blanc, et on l’emmène dans la maison. Les urgences ne venant pas, ils ont essayé d’amener le mourant vers l’hôpital par leurs propres moyens. Dimitrio est mort sur le trajet. A l’arrière de la voiture, il y a un jeune qui pleure, le fils. Ce fils paraît d’habitude comme un homme mais, là, c’est un enfant. L’armure a craqué de part en part, et a cédé place à une lame qui vient de trancher sec, le lien qui l’unissait à son père, et qui l’avait construit tout au long de son existence, depuis sa naissance. Je voudrais lui laisser de l’intimité mais je ne peux me résoudre à détourner le regard. Je me sens si près de lui, je ne peux rien voir d’autre, il y a lui, sa peine et moi. Mon cœur s’alourdit pas seulement pour Dimitrio, mais pour cette personne qui souffre tant de sa mort. Mon regard se porte sur les autres, il y a ceux qui pleurent et ceux qui regardent les autres pleurer.
Tout ça s’est passé la veille. Aujourd’hui je suis face à Dimitrio, enfin de son corps. Il y a des fleurs, des amis, les voisins, la famille et Dimitrio dans un cercueil. Et puis, il y a nous, Agustina et moi, Points-­Cœur. Compassion et consolation. Je regarde Dimitrio et je me remémore les dernières paroles qu’il m’avait adressé : « Prie pour moi. » Oui, mon frère, je vais prier pour toi, le repos de ton âme et pour ta famille. Et nous commençons le chapelet ensemble, debout, nous parlons au ciel pour Dimitrio. La paix s’installe en moi et je sens qu’une nouvelle étoile veille au-­dessus de nos têtes. Je crois même que je souris. La Pâque est proche, elle vient, et avec elle la Rédemption et la promesse de la vie éternelle. La paix s’installe.

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Yann L.
Volontaire au Point-Cœur de la Ensenada

Solène et sa communauté du Honduras

Flor et sa lutte contre le cancer

Accompagner Flor atteinte d’un cancer et trouver dans ces rencontres la force de l’amitié et de la foi : Solène, du Point-Cœur de Tegucigalpa nous confie cette femme et sa lutte contre la maladie.

J’aimerais vous partager une belle amitié, celle de Flor et sa famille (les prénoms ont été modifiés). Flor est mariée et a deux enfants. Il y a quelques mois, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Ce jour-­là, elle est venue se réfugier au Point-­Cœur, accompagnée de sa fille Alicia, de qui nous sommes très proches. C’était terrible. Elle nous partageait son combat : « Qu’ai-­je fait pour mériter cela ? Quelle est ma faute Seigneur ? Pourquoi me punis-Tu ? » Et, dans la même soirée, un acte de confiance et d’abandon incroyable : « Seigneur, je ne comprends pas tout mais je sais que Tu es là avec moi. Ce n’est pas une punition mais une proposition. Un bien plus grand m’attend. J’ai foi en toi. Je sais que Tu vas me sauver. » Je suis émerveillée de voir combien elle vit son combat avec Dieu : « Le Seigneur me donne la force de vivre cela », nous assure-t-­elle. Le lendemain, j’ai pu accompagner Flor à l’hôpital, avec Agata. Le médecin lui a offert l’examen qui valait presque 200 euros, en lui disant : « Les pauvres sont mes patients VIP ». Quelle solidarité ! Dans le bus, en sortant de l’hôpital, je demande à mon amie si une parole de la Bible l’aide à vivre son cancer. Elle me répond du tac au tac avec un sourire qui illumine son regard : « Ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse. C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12, 9-­10
C’est fou comme cette épreuve m’a rapprochée de Flor. Je l’ai toujours portée dans mon cœur mais sans aller autant en profondeur. Elle aussi a un élan d’amour nouveau pour Points-­Cœur. J’imagine qu’une telle épreuve peut fortifier et unifier la famille, comme l’éclater et la diviser. Alicia me confiait que son papa, qui avait une grande carapace vis-­à-­vis de la religion, s’était ouvert à Dieu au travers de cette épreuve. Je suis admirative de la foi de mes amis qui se réveillent chaque nuit à 3h du matin pour prier, tous les quatre réunis. Demandant à Flor pourquoi cet horaire tant matinal, elle me répond : « C’est dans le silence de la nuit que je peux m’ouvrir à un moment privilégié avec Dieu, loin du bruit et des distractions. Le soir, il y a toujours le bruit du trafic, des aboiements ou de la visite. » Comme écrit le moine bénédictin Anselm Grün : « Pendant que les autres mortels dorment, les moines désirent faire la vigile. Réveillés, ils espèrent la venue du Seigneur qui vient à celui qui l’attend. Dans la nuit, le moine se sent très proche de Dieu, rien ne le dérange, rien ne le distrait. C’est dans la nuit que surgissent les plus profondes expériences divines. Ainsi la vigile nocturne se base sur l’attente mystique du Seigneur. C’est l’appel dirigé à l’Epoux invisible pour lui demander qu’il revienne. » Chaque nuit, c’est une personne différente qui anime la veillée de prière. Flor a la conviction « qu’il n’y a rien de plus efficace, de plus productif que la prière. » Je suis aussi émerveillée par la solidarité de sa famille, qui se mobilise plusieurs fois par mois pour vendre dans la rue des baleadas, tacos ou pupusas (plats typiques honduriens, mexicains et salvadoriens), afin de récolter des fonds pour financer le traitement. Nous essayons de l’accompagner à chaque rendez-­‐vous à l’hôpital. J’ai pu l’accompagner la dernière fois à la séance de chimiothérapie. C’était un vrai cadeau pour moi de pouvoir partager avec elle un peu de son quotidien dans les moments plus difficiles. J’y ai fait la (belle) rencontre d’une grande amie de Flor, chef du service de microbiologie. Nous avons beaucoup parlé. Un moment, cela m’a beaucoup touchée : je suis partie chercher un vaccin pour Flor, et quand je suis revenue, j’ai retrouvé son amie assise sur le banc, en train de consoler la femme de ménage qui pleurait de savoir son fils en prison. Ça me touche beaucoup de voir des personnes exerçant de telles responsabilités, être si attentives, sur leur lieu de travail, aux personnes qui les entourent, regardant chaque personne, connue ou inconnue, avec la même intensité d’amour, la recevant comme fille de Dieu, ni plus ni moins ! En amour, les Honduriens sont mes maîtres ! J’apprends d’eux chaque jour… Merci, c’est grâce à vous !!

 

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Solène deF.
Volontaire en mission au Honduras

Danny et Clara

Mara et Clara en train de cuisiner – Guayaquil

Dans le quartier du Point-Cœur de Guayaquil, la rencontre avec Danny et sa fille Clara qui veut sortir de la drogue et de la rue, est une provocation de foi.

Un après-­midi, les enfants étaient partis plus tôt et je prends le temps de balayer devant notre porte. Tout à coup, je suis interrompue par un spectacle inattendu !! Une jeune femme, tenue par les mains et par les pieds est emmenée je ne sais où et elle se démène à corps et à cris… Je suis toute seule à la maison et je ne sais pas trop si je dois m’en mêler ou pas. Je demande à une personne qui accompagne et que je connais : « Avez-­‐vous besoin d’aide ? » Je me disais que, certainement, elle allait me répondre que non, étant donné qu’ils sont déjà assez nombreux. Mais elle me répond « oui » sans hésiter. Surprise, je le reçois vraiment comme un appel du Saint Esprit et je me joins à ce cortège un peu spécial. Sur le chemin, je suis présentée au papa de la jeune fille, qui m’explique qu’il veut récupérer sa fille qui se drogue. Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’il la cherche et il veut la ramener chez elle, pour la faire revenir à la raison. Je ne sais pas trop où cette histoire me mène, mais je suis la petite troupe jusqu’à chez eux, à quelques centaines de mètres de chez nous. Le papa, Danny, essaie de m’expliquer un peu la situation, sa vie de veuf avec son unique fille qui se drogue, son impuissance face à cela, sa tristesse. De son côté, Carla continue de hurler qu’elle veut rester dans la rue et ne veut vivre avec son père. Les insultes continuent à fuser et la confusion monte. Je demande à rester un moment seule avec Carla, que j’essaie de calmer. Après les insultes, coups de pieds et de poings, elle finit par se réfugier dans mes bras et devient tel un petit bébé qui pleure son besoin de tendresse. Je crois que j’aurais pu rester des heures sans qu’elle ne bouge. Mon cœur est prêt à exploser, de toute cette souffrance ! Elle me demande d’aller dormir chez nous, ou de rester dormir avec elle. Lui, me supplie de l’aider à trouver une solution. Je ne promets pas de solution mais, après avoir ramené un peu le calme, je promets de revenir le lendemain et de chercher un lieu pour qu’elle se désintoxique en dehors de chez elle. Le lendemain, puis le surlendemain, nous allons les voir. Carla, peu à peu s’apaise. Il est beau de la voir reprendre le goût de vivre quand nous lui proposons de cuisiner avec nous : le poulet frit préparé par nos deux cuisinières est partagé par tous avec une grande joie. Mais la question reste : Carla veut bien tenter de sortir de la drogue, mais ne veut pas rester chez elle. Finalement, après avoir cherché de notre côté, c’est Danny lui-­même qui me parle d’un lieu dont il a entendu parler mais dont il ne sait pas grand-­chose. Je lui propose qu’on aille avec lui voir ce lieu. Je suis particulièrement touchée par l’attitude de Danny, si humble et plein de confiance envers nous. Dès le premier jour, il s’avoue totalement imparfait, comme père, confesse ses défauts et ses erreurs. Et, plusieurs fois en quelques jours, il nous demande humblement ce que nous en pensons avant de prendre une décision pour sa fille. Ce jour-­là, alors que nous allons voir cet internat de réhabilitation, il est rassuré que nous soyons avec lui, afin de pouvoir juger avec lui, si c’est un bon lieu ou pas. Carla aussi est avec nous. Après quelques détours dans un quartier de banlieue que nous ne connaissons pas, nous arrivons enfin sur place et y rencontrons quelques personnes. Le lieu semble correct, propre et bien tenu même si, à vrai dire, ce genre de lieux ne donne jamais envie. C’est un genre de mini-­prison, ou l’on s’enferme volontairement, avec un régime strict, l’impossibilité de voir sa famille pendant plusieurs mois, avec tout de même l’espérance de sortir désintoxiqué et avec un plus grand désir de vivre ! Carla semble ravie d’avoir la proposition concrète d’un lieu qui ne soit pas sa maison et elle semble toute prête à entrer le jour-­même ! Danny, lui, n’a pas du tout prévu de laisser sa fille et est pris de court ! Mais ce qui lui fait le plus peur, c’est de ne pouvoir s’acquitter de la mensualité, finalement rabaissée à cent-­cinquante dollars. Il travaille dans la construction, au jour le jour, et ne sait jamais s’il aura du travail le lendemain ! De plus, il avait, à un moment, quelques économies, mais a décidé d’arrêter de travailler environ un mois pour veiller sur sa fille, afin qu’elle n’aille vivre dans la rue, jusqu’à ce que les économies arrivèrent à leur fin. Aujourd’hui, il a, en tout et pour tout, trente dollars. Il est prêt à les donner, mais comment trouvera-­t-­il le reste ? D’un autre côté, nous savons tous que Carla accepte aujourd’hui de rentrer dans ce lieu, mais personne ne peut dire si demain ou après-­demain elle acceptera, ou si entre temps, elle s’échappera, répondant à l’appel de la rue et de la drogue ! Nous invitons Danny à faire un pas dans la foi, et lui assurons de nos prières. J’admire, à ce moment, la décision qu’il prend de sauter à l’eau, par amour pour sa fille. Il s’engage à travailler autant qu’il le pourra pour payer cette somme considérable pour lui, sachant que le travail n’est jamais sûr, surtout en ces temps de crise économique que nous traversons. Appuyé sur notre foi, il confie en Dieu et par amour, dit au revoir à sa fille, la larme à l’œil. Dans le bus, il a le cœur gros, laissant ce qu’il a de plus cher au monde dans les mains d’autres. Son amour ne pourra plus se manifester par des mots ou des gestes, mais par son travail afin que sa fille puisse rester le temps nécessaire dans ce lieu. Justement, nous avons besoin d’un travail de maçonnerie et l’embauchons pour quelques jours. Cela ne fait pas même la moitié de ce dont il a besoin, mais cela aide un peu et l’encourage pour la suite. Et après à peine deux jours, il vient nous dire, en sautant de joie : « Ça y est !!! » Deux autres petits travaux lui ont été confiés et il sait qu’il va pouvoir payer le premier mois à temps. Un sourire illumine son visage. Il vient d’avoir la preuve qu’il n’est pas seul dans cette aventure ! La Providence se manifeste : le Seigneur est avec lui et nous aussi !! Aujourd’hui, Carla est retournée chez elle, après plusieurs mois de réhabilitation, mais continue de lutter avec l’appel de la rue. Je vous demande de prier pour elle.

 

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Laetitia P.
En mission enEquateur

La joie plus forte que la souffrance du handicap

Ségolène et Michèle qui joue de la Bandouria – Manille

Sortie à la piscine avec les enfants du centre orthopédique que le Point-Cœur de Manille visite régulièrement. Joie, amitié, jeux et chants au cœur du handicap…

Le minibus plein de fauteuils roulants qui file à travers les kilomètres d’autoroute philippine, pour nous emmener dans ce centre aquatique, va me permettre de passer une journée sous le soleil de cette belle réflexion qu’il m’est donné de méditer. Animées par ces dix-­huit jeunes et moins jeunes que nous rencontrons juste les deux heures qui nous séparent de notre destination, passent en un éclair. Au son de la musique et des chants, des blagues, des taquineries et des rires, cette famille riche en énergie ne laisse pas une minute de répit aux heureux missionnaires points-­cœuriens, qui ont encore un peu de mal à émerger après ce réveil bien matinal. Qu’ils sont beaux, rayonnants, chacun avec sa malformation qui le rend encore plus unique ! Kim, la plus jeune, ses os en freezbee et ses yeux pétillants de joie, Edson, son frère, dont le sourire ne tarit jamais, Jenalyne, ses jambes de vingt centimètres toutes recroquevillées, mais prête, maquillée toute en rose, sa couleur préférée pour aller à la piscine. Jick avec son pied mal fichu et son sourire édenté vient en aide à tous les autres. Michèle, avec son dos bossu et son visage si heureux, rieur, Crystal, Angel, Nardo… Pendant que le minibus s’éloigne des grands boulevards de Manille, j’aime à contempler Jenalyne, les yeux rêveurs et les cheveux au vent qui regarde défiler le paysage, tout en veillant sur Michèle qui dort à ses côtés. J’entends à côté de moi Christelle, qui s’impatiente, Kuya Oliver, le plus âgé, et Darwin qui font l’animation avec leurs blagues (j’ai eu le droit à un quiz culture, je peux vous dire que je ne dirai plus jamais que je viens de Cebu (ville des Philippines). A peine arrivés, nous voilà en tenue de bain pour plonger dans cette piscine dont nous ne sortirons que la nuit tombée. Michèle, qui ressemble à un requin avec sa grosse bosse sur le dos et dont les yeux pétillent de mille et une étoiles, a besoin d’une main pour faire des tours de piscine. Je la rattrape en bas du toboggan, riant, avant qu’elle n’y reparte pour un tour. Kim veut apprendre à nager puis à flotter. Nardo et Edson veulent explorer le parc et tous ses toboggans et piscines. Angel, Christelle, Crystal, Jenalyne préfèrent le son du karaoké dont je reste à une distance raisonnable pour éviter que ne vienne mon tour (et qu’elles ne finissent le gâteau à force de m’obliger à manger !) Et c’est alors, qu’au détour d’une petite pause-­déjeuner, les instruments s’accordent sous la main de maître de Jenalyne. Voix, triangle, guitare et bandurria, chacun (ou presque) y met du sien, avec ses talents. Malgré moustiques et frelons, je pourrais rester des heures à les écouter, à les regarder. Leur musique est magnifique, pleine de vie. Celui qui n’a pas de bras chante, celui qui n’a que trois doigts joue du triangle et celui qui n’a pas de jambe joue de la guitare. Chacun y met du sien, avec ses capacités et ses limites, à l’image de notre grand orchestre de la vie. Qu’ils sont beaux ! Pleins de joie, pleins d’énergie ! Dans chacun de leur rire résonne cette vie qu’ils vivent à deux mille pour cent. Ils sont vraiment comme une famille où chacun prend soin de l’autre, le plus grand du plus petit, celui qui a des jambes de celui qui n’a que ses bras. Je confie à vos prières ses cœurs d’enfants qui vivent, au jour le jour, de leur souffrance et de leur joie et qui ont su accepter ce handicap pour devenir de vrais enfants de Dieu.

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Ségolène M.
Volontaire au Point-Cœur de Manille

Diana et ses enfants, histoire d’amitié avec la Fazenda do Natal

Lucie vit à la Fazenda do Natal depuis deux ans, proche de cette maman, Diana, et de ses quatre enfants. Déboires et rebondissements d’une famille.

Sourires de la Fazenda !

Diana est une femme d’à peu près trente-­trois ans. Elle habite avec ses enfants en face du Point-­Cœur qui se situe à Simões Filho. Elle a des problèmes de santé. Elle paraît être toujours sans force, sans énergie. Elle semble être toujours complètement dépassée par les événements. Elle a eu quatre enfants avec des pères différents. L’aînée, Daiane a dix-­sept ans. Elle est suivie de Priscilla qui est âgée de quatorze ans. Weverton, le seul garçon de la famille a douze ans. La plus jeune, Ana-­Carolina a onze ans. La famille a été accueillie durant quelques mois à la Fazenda, il y a quelques années. Aujourd’hui, les deux derniers des enfants sont accueillis du lundi au vendredi. J’ai eu l’occasion de vivre avec eux. C’est l’une des premières familles que j’ai rencontrée. Ce qui me touche beaucoup chez eux, est le fait qu’ils s’aiment beaucoup. Diana est assez humble pour reconnaître ses limites. Elle fait assez confiance aux personnes vivant a la Fazenda (des étrangers !) pour leur confier ses enfants. Elle accepte l’amitié que nous lui proposons. Cette maman a de graves problèmes financiers. Ana-­Carolina et Weverton aiment beaucoup leur maman. Cette petite fille impressionne beaucoup par son sérieux et sons sens des responsabilités. Ainsi, l’année dernière, cette petite fille, du haut de ses dix ans, se réveillait tôt le lundi matin. Elle réveillait son frère et réchauffait le plat de pâtes de la veille en guise de petit-­déjeuner. Puis, ils allaient à l’école. Ces derniers temps, Weverton semble vouloir gagner de l’argent en travaillant le week-­end. Ceci est assez préoccupant car ce désir peut ouvrir la porte a beaucoup de dangers dans la rue au Brésil. Lorsque je lui ai demandé pour quelles raisons il souhaite travailler, il m’a répondu que c’est pour aider sa maman. Lorsqu’ils sont dans leur quartier, en famille, les enfants passent l’essentiel de leur temps dans la rue, livrés à eux-­mêmes. Un jour, au cours d’une conversation avec une volontaire, Ana­Carolina a avoué qu’elle aime vivre à la Fazenda car il y a des règles à suivre… réponse surprenante de la part d’une petite fille ! Il me semble qu’en vivant à la Fazenda, ces enfants font l’expérience d’être aimés. Dans notre village, Weverton passe la majeure partie de son temps à jouer aux billes avec Daniel, à râler lorsqu’on lui demande de laver son linge, de ranger sa chambre ou de faire ses devoirs. Quoi de plus normal pour un adolescent de douze ans qui a reçu très peu d’éducation si ce n’est celle de la rue ? La Fazenda offre a chacun la possibilité d’être à sa place : les enfants jouent, les adolescents râlent, les femmes cuisinent… Weverton me surprend aussi par sa capacité à se réjouir des petits plaisirs de la vie. Il est capable de sauter de joie à l’idée de manger un pat de pâtes pour le dîner, son plat préféré ! Il demande encore à ce qu’on lui lise une histoire avant de se coucher. Priscilla, sa sœur est âgée de quatorze ans. Elle va accoucher d’ici quelques semaines. Lorsque je suis arrivée, il y a deux ans, Priscilla était une adolescente très renfermée. Elle ne me parlait jamais, avait toujours son visage caché derrière ses cheveux. Il semblerait qu’elle ait voulu être enceinte. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle semble plus heureuse que jamais à l’idée de devenir mère. Elle marche fièrement avec son ventre de femme enceinte. Son visage s’est ouvert. Elle a rompu avec le père de l’enfant mais elle dit vouloir rester en contact avec lui. Elle a travaillé pour acheter le nécessaire pour l’arrivée de ce bébé. Après des débuts difficiles, Diana a décidé d’accompagner Priscilla et de l’aider dans ce nouveau rôle. Cela peut paraître évident, mais il est bon de vérifier que malgré toutes les difficultés du moment, un enfant qui pointe le bout de son nez apporte toujours avec lui de la joie !

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Lucie D.
En mission au Brésil

Musique et amitiés dans les rues d’Athènes

La communauté à Athènes : Anaïs, Roki, Aude (visiteuse), Simon,Agnès Santosh

Simon, du Point-Cœur d’Athènes est un passionné de musique. Sa guitare ouvre des coeurs, des regards, des rencontres des confidences inattendus…

Je dois vous parler de la musique, de la couleur particulière dont elle habille notre communauté, ma famille d’ici. Dès mon arrivée il y a déjà cinq mois, en chantant (bafouillant) pour la première fois les psaumes en grec aux cotés de mes sœurs de communauté aux voix d’anges, je me réjouissais d’être ainsi accueilli par cette douceur familière qu’est pour moi la musique. Je ne soupçonnais pas cependant qu’au fil des mois, elle continue de grandir au milieu de nous, ni qu’elle puisse donner autant de beaux fruits dans notre mission. Oui quel cadeau, la musique ! Nous avons le privilège d’avoir récupéré un piano, et depuis trois mois une guitare est arrivée : généreux cadeau d’un de mes parrains. Ces deux là trônent côte à côte dans notre salon, et nos invités ne peuvent manquer de les remarquer. Alors très souvent, nos amis nous demandent simplement de jouer et de chanter pour eux. Ah, quel bonheur de pouvoir leur faire ce cadeau là. Et aussi humble, aussi petit qu’il soit, force est de constater que ce cadeau les touche souvent, et qu’il les rejoint dans leurs joies ou dans leurs peines comme peu de mots savent le faire. En voilà d’un formidable instrument pour consoler, et parler de cœur à cœur. Depuis que le duo Roki-­Simon maîtrise quelques morceaux qui forment à peine un « répertoire » digne de ce nom, l’idée est naturellement venue de partager nos mélodies hors des murs de la maison. Et nous voilà partis ce jour-­là, la guitare emmitouflée dans des couvertures car il nous manque encore l’étuis, pour aller visiter nos amis qui vivent dans la rue.
Chaque lundi après-­midi, deux ou trois d’entre nous vont retrouver Ali, Yorgos, Andonis, Vaiya et d’autres encore, chez eux… dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là donc dans le sac à dos, au coté des sandwichs et du thé chaud, nos partitions, pour la première fois. Et jamais encore je n’avais été si heureux de pouvoir partager la musique, avec eux qui n’entendent plus depuis longtemps que le concert incessant des voitures et des klaxons. Avec Ali, notre ami iranien de la rue Ipokratous, ce fut pour moi une formidable opportunité pour le rencontrer véritablement. On s’assoie ensemble sur ce bout de trottoir autour d’un thé chaud qui fait du bien au creux de l’hiver (même grec). Il accepte qu’on joue pour lui quelques « classiques », et en redemande. Puis, la musique ayant sûrement ouvert une porte, il nous laisse entrer pour la première fois dans l’intimité de son histoire. Dans un anglais-­grec rudimentaire, il me raconte le drame qui a changé sa vie : « Sadam, Boum, Maison… Moi, Ecole. » Car ce jour-­là, il était à l’école, lorsqu’une bombe est tombée sur sa maison, ses parents et ses frères. Il a ensuite atterri à l’hôpital où étaient recueillis les orphelins comme lui. Le reste de son parcours jusqu’aux rues d’Athènes, on ne le connait pas. Un autre jour, dans une autre rue piétonne d’Athènes, il nous a été donné une nouvelle perle d’amitié grâce à la musique, vrai instrument de rencontre.
Yorgos vit à l’abris de la vitrine d’un magasin abandonné qui porte toujours son enseigne : « Palace »… sombre ironie. Son visage, pourtant marqué par des années de vie dans la rue, est magnifique. Depuis quelques temps déjà, je voulais vous présenter cet ami de longue date, que nous visitons depuis plusieurs années, toujours dans ce même endroit, en lui apportant du thé, des sandwichs qu’il accepte toujours avec joie, et notre oreille attentive. Car Yorgos a beaucoup de choses à dire. Lors de mes premières rencontres, il s’agissait surtout de l’écouter louer le génie scientifique d’Einstein (sa photo et une icône de Jésus sont scotchés au dessus de ce qui lui sert de lit) et l’antique civilisation grecque qu’il connait si bien, ou bien désespérer de l’indifférence du flot de passants qui ne lui accorde ni un regard, « ni même vingt centimes. » Assis en tailleur devant lui, nous nous mettons à l’école de Yorgos. Et de ce flot de paroles un peu mélancoliques et parfois embrumées par sa fatigue ou la drogue, émerge pourtant souvent des vérités qui me touchent, de sincères leçons de vie qu’il m’offre en me fixant droit dans les yeux. Depuis quelque temps, nos visites changent un peu de couleur, l’amitié prend un tournant. Les retrouvailles sont affectueuses, il se préoccupe de chacun de nous, nous confie ça et là son histoire de vie mouvementée, et interrompt volontiers son monologue pour un véritable échange. Quand nous sommes arrivés cette fois-­là avec la guitare, il était d’abord si heureux de cette promesse tenue. Nous avons joué, chanté pour lui, et c’était doux d’être simplement ensemble sans devoir remplir nos retrouvailles de trop de mots. Il fermait les yeux… ah ce qu’on était heureux de pouvoir vivre ça avec lui. Et après qu’il nous ait remercié, je lui tends la guitare et l’installe pour lui entre ses mains, pour voir… Il pose timidement ses doigts sur le manche, et nous offre un parfait « riff » de guitare digne d’une vrai rock-­star ! Incroyable ! On n’en revient pas ! Tout humble, il dépoussière pour nous ses souvenirs du groupe dans lequel il jouait dans une autre vie, et nous dit avec son air mélancolique : « Il faudrait que je les rappelle. » Lorsqu’il me rend la guitare, je suis un peu assommé par la grandeur et la beauté de cet homme, qui vit pourtant dans l’indifférence et la misère. Lorsqu’il faut finalement remballer la guitare et nous dire au revoir, il nous remercie encore trop pour ce moment partagé, alors que c’est à nous de le remercier d’être notre ami.

 

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Simon S.
Volontaire en mission à Athènes

La passion du football

Tous sur le terrain pour le football du samedi !!

Les premiers mois de mission passés, l’amitié a grandit entre les enfants et Charles du Point-Cœur de Dakar. Les après-midi foot avec eux sont des moments privilégiés pour les accompagner.

Me voici donc à la moitié de ma mission maintenant et je me dis déjà qu’en rentrant, toute cette ambiance va me manquer. Cette ambiance, mais aussi cette école de la simplicité. En effet, je ne vis pas dans un film d’action, je ne sauve pas des vies tous les jours, je ne transmets pas mon savoir scolaire, je ne passe pas ma vie à me balader au milieu de la savane. Non, je ne suis qu’un simple garçon qui joue au foot sur le trottoir devant sa porte, qui est plutôt mauvais aux parties de billes, et qui aime se vautrer dans les canapés. Ce n’est pas une vie très compliquée, mais une vie à laquelle j’essaye, tant bien que mal, d’ajouter un peu d’amour et d’humanité, qui manquent tant aux enfants ici. Ma mission évolue au fil du temps qui passe. L’apprentissage du wolof (je suis encore très très loin de le maîtriser) et le temps me permettent d’établir de vrais liens avec nos amis. Ce ne sont plus uniquement des rencontres, des connaissances, des visages. Ce sont maintenant de véritables amis, avec lesquels je partage le quotidien et son lot de joies et de difficultés. Les enfants ne sont plus les enfants pauvres qu’il faut aider, mais « mes » enfants, que j’ai le devoir de faire grandir et d’éduquer, grâce à une relation qui arrive avec le temps.

L’an dernier, João, ancien volontaire, avait décidé de vivre avec les garçons du quartier leur passion commune : le football. Tous les samedis, une quinzaine de jeunes entre huit et quinze ans partaient avec lui au « terrain-­pneu », le long de la grosse route, pour s’entraîner, équipés de magnifiques maillots aux couleurs du Point-­Cœur. Depuis son départ en août, Joseph et moi essayons de poursuivre ce qu’il a commencé pour qu’ils aillent se défouler ailleurs que devant notre porte. Chaque samedi matin, nous pouvons entendre au moins cinq d’entre eux nous dire : « Aujourd’hui, entraînement ? Aujourd’hui, entraînement ? » De grands cris suivent, si nous leur répondons « oui ». Chacune de ces sorties football sont un moment de grâce pour moi. Une fois tous habillés dans l’entrée de notre maison, nous partons en direction du terrain. Une fois arrivés là-­bas, les plus grands prennent les choses en main et organisent un match avec l’équipe qui joue à côté. Mon rôle reste souvent d’être spectateur, tandis que Joseph ou un de nos amis joue le rôle d’entraîneur. Et c’est avec une grande joie, que je prends la place du père qui vient voir son fils jouer le dimanche matin. Les voir me sauter dans les bras à chaque but, pester contre l’entraîneur parce qu’il ne voulait pas être sorti, soigner de petits « bobos », jouer au porteur d’eau me redonne l’énergie pour continuer ma mission (souvent vidée par la matinée ménage du matin même…) Ces garçons sont pareils que la plupart des petits garçons du monde, et en ces samedis après-­midis, je me rappelle les jours où moi aussi j’étais fier de montrer à mon père comment je me débrouillais sur un terrain. Oui, ce n’est pas grand-­chose ma présence au bord du terrain, mais tellement important.

 

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Charles T.
Volontaier en mission à Dakar

Sur les pas des anciens volontaires…

Marie et Justin à Villa Jardin

Dans ce quartier du Point-Coeur de Buenos Aires, Marie se laisse guider par les anciens volontaires et découvre toute cette vie, ce quartier, ces amis.

Ce qui m’a marqué dans ces premières semaines, c’est tout d’abord la confiance que nous font les amis du quartier : ils me laissent entrer dans l’intimité de leur vie avec une grande simplicité, me parlant de leur histoire et de leurs souffrances, alors que nous les connaissons à peine. C’est sans doute cette grâce de faire partie de Points-C­oeur, je reçois les fruits des amitiés des anciens volontaires. C’est une belle surprise de voir combien ces amitiés sont encore si vivantes pour les personnes du quartier. Voir les yeux briller quand ils parlent de tel ou tel volontaire. Carmen, quatre-­vingt-onze ans, si heureuse et fière de me montrer les lettres et photos de tous les missionnaires qui sont passés, qu’elle garde précieusement depuis dix ans. Et son émotion quand elle me dit : « Quand je suis triste et que je me sens seule, j’aime regarder ces photos, relire ces cartes et alors je retrouve la joie de vivre. » Ou Estella qui me parle avec joie et enthousiasme de cette amitié particulière avec une volontaire qui a été présente pendant sa maladie. Et quand elle me montre une lettre de celle-­ci, je découvre qu’elle était en Argentine il y a dix-­‐huit ans ! Je suis touchée de voir que, même en leur absence, même après des années, les volontaires ont laissé une trace dans le cœur de nos amis, que cette amitié qui paraît lointaine est encore bien vivante.

Les enfants de Villa Jardin ont une place toute particulière dans ma mission « Hola Punto-­Corazón, que van a cocinar hoy ? » (« Salut Point-­oeur, qu’est-ce que vous allez cuisiner aujourd’hui ? ») Ça, c’est la petite voix de Luna, quatre ans qui, plusieurs fois par jour, vient à notre fenêtre pour discuter avec nous. C’est un autre aspect de ma mission qui m’a surprise dès mon arrivée : la présence constante des enfants au Point-­Coeur. Comme happés, ils s’attroupent souvent devant notre maison pour jouer, comme pour signifier leur présence et espérer rentrer dans la maison. La fenêtre de la salle principale qui est assez basse donne sur la rue, et les enfants défilent et s’y agrippent pour discuter avec nous, nous demandant un verre d’eau, s’ils peuvent nous aider à faire le ménage, à cuisiner… Dès qu’ils peuvent, ils entrent dans la maison et ne veulent pas en sortir : « Est ce que je peux t’aider à ranger ? A laver ? A faire la vaisselle ? » Tous les prétextes sont bons pour rester là. Je deviens même experte pour connaître toutes les cachettes de la maison dans lesquelles ils viennent se cacher au moment de partir. A travers ce besoin pressant de venir chez nous, d’être à nos côtés, je m’interroge. Je sens chez eux un besoin d’affection, de sécurité, d’un cadre aussi, pas toujours présent dans les familles. Vous l’avez compris, il règne donc au Point-oeur une atmosphère vivante et animée, qui demande une disponibilité entière, me poussant à me dépasser. J’aime cette simplicité, cette porte ouverte à tout instant, laissant place à l’imprévu.

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Marie GC
Volontaire au Point-Coeur de Buenos Aires

En Inde, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié !

Indian traffic !!

Depuis peu au Point-Coeur de Chengalpett, Guillemette décrit cette expérience haute en couleurs, saveurs, rencontres et nouveautés…

L’Inde est un pays qui nous prend aux tripes, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié : cette nourriture épicée qu’on mange avec les doigts, ces saris colorés que portent les femmes, les klaxons et vendeurs à la sauvette qu’on croise partout dans la rue. Je me souviens de ce jour où mes sœurs de communauté sont venues me chercher à l’aéroport. Nous négocions en tamoul la course pour 1300 roupies (environ vingt euros pour 1h de route) et nous voilà embarquées : il est 5h de l’après-­midi, heure de pointe, et nous nous embarquons à soixante kilomètres à l’heure, sur cette route endiablée. Motos, rickshaw, bus, voitures et camions se dépassent et s’emboîtent sans foi ni loi. Une seule règle prône : klaxonner plus fort que ses voisins pour se frayer un chemin ! Nous dépassons une moto avec le papa et ses deux enfants à califourchon, derrière la maman, assise en amazone tenant son dernier enfant par le bras. Ici, l’essentiel c’est de se déplacer, plus on est nombreux mieux on se porte! Malgré tout, dans ce « capharnaüm », les Indiens sont sereins. Oui, les Indiens ont foi en la vie. C’est sûrement parce qu’ils ont une foi évidente en l’existence de Dieu, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Ils acceptent aussi leur sort, leur pauvreté ou leur vie monotone comme ils sont, avec une grande humilité. Sans doute du fait de l’hindouisme bien ancré : si on vit bien sa vie, on a des chances de se réincarner dans une meilleure condition. Dans l’avion, mon voisin (jeune étudiant de New Dehli) me disait : « Just relax and trust in life ». C’est leur lâcher prise, allant parfois jusqu’au laisser-­aller (qui peut nous surprendre car nous avons tendance à vouloir agir pour changer les choses !) Mon autre voisin dans l’avion, un gourou dans la tradition hindou, voyageant avec pour seul bagage un sac en toile et une couverture, me disait : « Tu verras, c’est le “syndrome indien”. Soit on aime, soit on n’aime pas. Mais, quoiqu’il en soit, on en revient transformé… » Ce qui est étonnant dans cette culture c’est que chacun a un rôle bien défini. C’est le fait des castes qui définit le métier que l’on exerce… Ainsi, nous sommes allées acheter mes nouveaux vêtements, des tchulidads (tuniques colorées portées par les femmes indiennes). J’ai cette chance de m’habiller à l’indienne ! Ça nous est d’ailleurs très important : ainsi nous nous immergeons pleinement dans la culture et partageons la vie de nos amis. A l’entrée du magasin, un homme a pour rôle de mettre en consigne nos sacs. A chaque étale, plusieurs vendeurs viennent nous conseiller et on ne peut descendre sans qu’un accompagnateur indien ne vienne récupérer nos emplettes pour les descendre à l’étage inférieur. Une fois les tissus achetés, direction le tailleur qui va coudre mes nouveaux vêtements. Notre amie couturière est incroyable par sa joie de vivre, même si je ne comprends pas la langue, son sourire et son regard pétillant communiquent bien plus. Dans sa boutique de deux mètres carrés elle reçoit les clients, coud, garde ses enfants après l’école… Malgré la simplicité de sa vie, elle se réjouit de ce qu’elle a ! Je vous partage ma joie d’avoir maintenant mes tchulidads prêtes, elles sont magnifiques ! Notre amie a ce sens du détail, les mesures sont prises à la perfection !

Les « sisters » du Point-Coeur de Chengalpett

 

 

 

 

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Guillemette B.
Volontaire en mission au Point-Coeur de Chengalpett

Des pépites d’or dans Barrios Altos

Avec le temps, Charlotte voit ce qu’elle ne voyait pas dans ce quartier du Point-Cœur de Lima, les pépites de la vie des amis se découvrent à ses yeux.

Aaron du Point-Cœur de Lima

Plus je connais nos amis, plus je découvre qu’ils sont loin de cette image violente qu’à peu près tout Lima a de Barrios Altos. C’est vrai que la vie est dure pour tous, et que la violence ne manque ni dans les familles, ni entre les réseaux de drogue. Mais, peu à peu, je découvre des pépites.

Stéphanie, la maman d’Alexa et de Facundo, a accouché d’un sixième, Fabiano. Stéphanie ne paraît pas la plus tendre des mères, mais lors d’une visite, je fus ébahie de voir avec quelle douceur et quelle tendresse elle prenait soin de son tout petit. La famille n’a pas l’eau courante, ils vivent à huit (en comptant la grand-­‐mère, señora Souleyma) dans trois petites pièces, le père n’est pas présent, et Fabiano, dont l’arrivée chamboule sûrement tout, est accueilli, chéri, aimé. Moi et mes jugements rapides…
Berta m’impressionne de plus en plus. Sa vue baisse, elle est obligée d’approcher un texte à deux centimètres de ses yeux pour le lire, elle marche, selon ses propres mots, comme une tortue. Les grands-­parents de José Antonio continuent de la menacer de récupérer l’enfant, et surtout l’argent de Claudia (sa mère), mais elle ne baisse pas les bras. Toute courbée qu’elle est, c’est une battante, avec pour arme, entre autre, un humour à se rouler par terre. L’autre jour, je rentre de visites et j’ai la surprise de la voir assise sur une chaise, dans le patio, assoupie au milieu des enfants qui profitent à grands cris des dernières minutes de la permanence. Je la réveille doucement : « Hola Berta, que fais-­‐tu ici ? — Je suis venue jouer ! » Eclatant de rire, elle m’explique que José Antonio voulait absolument venir au Punto, qu’elle était « crevée » et qu’elle ne voulait pas, mais que, devant l’insistance de son neveu, elle avait cédé. Reprenant son sérieux, avec un beau sourire, elle me dit : « Hermana, mes reins me font mal, mes jambes aussi, c’est un grand sacrifice pour moi de l’avoir accompagné. Mais il est heureux, et ça c’est le principal. »
José Antonio, avant, ne parlait qu’à sa maman et à Berta, suite à un traumatisme d’enfance. Il a commencé à parler avec François, un ancien volontaire toujours cher au quartier, le jour où il a joué avec lui.  Maintenant, il nous parle à tous. Pas de grands discours, juste des petits mots, des rires. Il demande tout le temps à Berta de venir chez nous. Parfois, elle lui laisse prendre le téléphone pour nous demander directement si nous sommes occupés. Mais ce n’est pas seulement de nous dont il a besoin. Un mardi, il est venu parce qu’il voulait prier. Il est entré dans la chapelle où Andrzej était en train d’adorer. Je me suis dit qu’il allait sortir au bout de quelques minutes. Non, il est resté comme cela, priant en silence, pendant une heure. Un enfant de huit ans ! C’est en fin de compte ce lieu-­là que nos amis recherchent, tout près de Dieu. Parfois on propose, parfois ils demandent. Tant de visites qui se terminent par une prière, puis un silence profond, une grande paix où il n’y a plus rien à dire, me montrent que c’est Lui dont les plus souffrants ont le plus besoin, c’est la seule vraie consolation, c’est Lui qui transforme les vies.

 

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Charlotte C.
Volontaire au Pérou

Premières impressions et rencontres argentines

Victor et Sixtine avec les enfants devant le Point-Cœur de Buenos Aires

Sixtine est arrivée il y a un mois au Point-Cœur de Buenos Aires, elle découvre des moments de bonheur inattendus et nous confie Flory et José.

Il est vrai que j’ai été très surprise par la dure réalité du quartier, par la misère dans laquelle vivent certaines personnes mais on dépasse vite ce stade une fois qu’on parle avec eux, qu’on partage un maté (boisson traditionnelle chaude ou froide), qu’on apprend à les connaître, à connaître leur histoire, leur famille, etc. Ce qui m’a frappée aussi depuis que je suis ici, ce sont les petits moments de bonheur simples. Par exemple, un soir nous avons eu une coupure d’électricité, cela arrive fréquemment en ce moment malheureusement, ce n’est pas très pratique mais c’est ça aussi la mission ! Nous sommes alors sortis de la maison pour voir si la coupure était générale et finalement nous nous sommes retrouvés à jouer, rire, chanter, danser avec les enfants ! Ou alors quand une ribambelle d’enfants vient nous aider à cuisiner. La cuisine se transforme en véritable cuisine de professionnels avec son chef et ses petits commis. Ou encore quand ils viennent pour réciter une dizaine du chapelet avec nous et s’en vont. Un autre exemple, quand nous les invitons à déjeuner ou dîner pour leurs anniversaires et qu’ils se sentent comme des rois au moins le temps d’un repas. Il n’y a pas un repas qui ne se déroule sans qu’une petite tête n’apparaisse à la fenêtre pour nous dire simplement bonjour ou nous demander ce que nous faisons ou mangeons, apparemment notre nourriture les passionne ! Les enfants réclament sans cesse notre attention et notre amour. Ces moments de partage simples et improvisés sont pour moi la définition même d’un moment de bonheur. Et cela je l’ai appris grâce à leurs sourires. Ce sont eux qui m’apprennent chaque jour à éduquer mon regard pour déceler ces moments de bonheur.

Tous les jeudis après-­midi, nous allons à l’hôpital Muñiz visiter des enfants et des adultes atteints du SIDA, de tuberculose ou de maladies infectieuses. Le lendemain de notre arrivée, nous découvrons pour la première fois cet hôpital. Avec les filles, nous nous rendons dans l’unité pédiatrique. C’est alors qu’avec Magda, nous rencontrons Flory. C’est une jeune fille de treize ans qui souffre de tuberculose intestinale. Nous échangeons avec sa maman qui semble ravie d’avoir un peu de compagnie et parlons un petit peu avec Flory. Cependant, celle-­ci paraît exténuée, timide, et ne parle pas beaucoup. Il est l’heure de partir, nous quittons la mère et la fille et rentrons chez nous. La semaine suivante, je retourne en pédiatrie mais cette fois-­ci avec Sonia. A peine le seuil de la porte franchi, Flory me voit, son visage s’illumine, elle se redresse dans son lit et nous fait signe de venir. J’ai été extrêmement surprise de cet accueil auquel je ne m’attendais pas du tout, compte tenu de notre première entrevue. Nous avons finalement passé toute l’après-­‐midi avec elle à jouer aux cartes, rire et discuter. La timidité de Flory avait totalement disparue, elle était si heureuse de penser à autre chose que sa santé pendant une après-­midi et d’avoir deux personnes, deux amies, avec qui rire et partager un bon moment dans ce lieu obscur et si triste qu’est l’hôpital. Sa maman paraissait heureuse aussi de contempler un sourire jusqu’aux oreilles sur le visage de sa fille et de l’entendre rire ! Je fus très émue et très touchée de les voir ainsi toutes les deux, simplement parce que nous passions un moment avec elles.

José est un vieux monsieur d’environ quatre-­vingt ans. L’année 2017 fut très rude car il a perdu trois de ses frères, sa maman, sa femme et sa fille. La première fois que je l’ai rencontré, j’étais avec Victor. José nous parle d’un rendez-­‐vous médical auquel il doit se rendre quelques jours plus tard. Nous lui proposons alors de l’accompagner. Le jour venu, nous retrouvons le vieil homme et allons tous les trois à l’hôpital. Commence alors une « course » (José marche à l’aide d’un déambulateur) dans les couloirs interminables de l’hôpital à la suite de notre ami. Nous l’avons suivi toute la matinée à ses divers rendez-­‐vous, avons obéit à ses ordres quand l’un de nous devait rester sur place pendant que l’autre l’accompagnait ailleurs, nous nous sommes même perdus avec Victor, mais nous n’avons rien « fait ». C’est vrai ! Et je me suis sentie un peu inutile. Mais ce sentiment s’est vite envolé quand nous sommes revenus chez lui et qu’il nous a remercié les larmes aux yeux, plein de reconnaissance pour ce que nous avions « fait » pour lui. La solitude lui pèse terriblement depuis la mort de son épouse et le fait que nous l’ayons accompagné, qu’il n’ait pas traversé cela seul, l’a beaucoup touché. Il ne nous en demandait pas plus ! Depuis ce jour, j’ai revu plusieurs fois José et nos visites sont pour lui des rayons de soleil.

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Sixtine deB.
Volontaire en mission en Argentine

Gonzalo, Nelson et Elian

D’anniversaire en rencontre, les visites du Point-Cœur d’Uruguay étonnent par leur simplicité et leur Providence.

Gonzalo le jour de son anniversaire, au Point-Cœur de Montevideo

Gonzalo fut un des premiers enfants que nous avons connu et il a tout de suite conquis mon cœur. Il avait alors quatre ans et jouait au petit dur, cherchant l’attention des adultes. Cela a pris quelques mois pour qu’il me laisse l’approcher et l’embrasser, mais alors quand finalement, il se laissa faire, qu’il était heureux et moi aussi ! Sa grand-­‐mère est la référence sûre de sa vie, mais elle travaille et puis elle doit laisser aux parents le soin de s’en occuper. Gonzalo adore son papa et ne pense qu’à être avec lui. Et son papa essaye bien de prendre soin de son fils mais la drogue l’emporte très souvent… La pire bêtise que j’ai vu faire à Gonzalo fut un superbe lancer de pierre qui arriva tout droit dans la fenêtre de voiture de notre fidèle amie Liliana… Tous les garçons de notre quartier jouent au lance-­pierre pour chasser les oiseaux, dans le meilleur des cas. Mais ce jour-­là, nous avons juste vu la fenêtre voler en éclats, puis, plus rien et personne dans la rue. Quelques mois plus tard, au détour d’une conversation, Gonzalo rappela l’évènement et accusa son petit ami Lucas qui se défendit bien-­‐sûr ! Il n’avait pas oublié et profita de ce moment pour nous avouer son méfait. Le jour de son anniversaire, nous sommes allés le visiter, un petit cadeau à la main. Gonzalo était heureux mais courut bien vite à l’intérieur pour être de nouveau avec son papa, présent à ce moment là. La grand-­‐mère nous raconta que personne ne lui avait fêté son anniversaire et que sa maman était par-­‐ tie la veille avec un nouveau compagnon, laissant ses deux enfants. Comment un enfant peut-­il être abandonné ainsi ? Et ses parents, combien de souffrances et d’absences écrites sur leurs visages et dans leurs cœurs… Il était déjà tard, alors, nous avons invité Gonzalo à déjeuner le lendemain. Il aura ainsi, dans un coin de son cœur, le souvenir d’une petite fête en son honneur et d’un gâteau d’anniversaire tant attendu. Il est arrivé à l’heure, impeccable, accompagné de sa petite sœur, Milagros, et de leur grand-­mère. Elle nous laissa les deux. Ce fut une fête pendant tout le repas. Tout le moment qu’il passa avec nous, Gonzalo garda son attitude d’enfant, tendre, espiègle, joueur et joyeux. Sa petite sœur, d’abord bien timide, a aussi bien profité du moment. Bref, cela restera, je l’espère, comme un souvenir lumière dans le cœur triste de Gonzalo.

Et puis, dernièrement, nous avons fait la connaissance d’Elian. En réalité, cela faisait longtemps que nous la cherchions… Chaque semaine nous visitons le Cottolengo où vivent deux-­‐cent garçons de zéro à quatre-­vingt-­dix-­neuf ans, qui ont un handicap ou une déficience mentale ou psychiatrique. Et presque chaque semaine, nous voyons Nelson. Nelson a onze ans. Il est atteint d’épilepsie, d’un handicap mental et physique. Ce qu’il aime par dessus tout, c’est que nous l’emmenions se promener et que nous le laissions marcher à son aise. Il est fou de joie lorsqu’il nous voit et s’agite au moment du départ… Avant, Nelson attrapait ma main et me faisait caresser la tête d’un autre enfant mais, dernièrement, il a commencé à diriger ma main vers lui, Nelson a appris à mendier l’amour dont il a besoin pour grandir… Nous savions, depuis déjà plusieurs mois, que sa maman vivait à la Costanera, mais où ? Et voilà qu’il y a peu, je demande à une amie de ce quartier si elle connaît la maman d’un enfant qui vit au Cottolengo. « C’est ma sœur », me répond-­‐elle. « Je l’appelle ! » Elian arrive et nous nous présentons. Elle nous parle avec beaucoup d’amour de son petit dernier qu’elle espère pouvoir récupérer un jour lorsque sa situation sera meilleure. Depuis, nous sommes retournés la voir et nous reviendrons lorsque Nelson sera en visite dans sa maison. Quelle joie de pouvoir connaître sa famille, son histoire, sa maman…

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Mathidle C.
En mission à Monteviedo

L’heure où le cœur s’ouvre…

Sylvie, Shannon, Van et Marta. Le Point-Cœur de Sendai

Cinq ans de visite pour qu’un soir le cœur se confie. Au Point-Cœur du Japon, le temps a besoin de temps…

Comme vous le savez, plusieurs fois par mois, nous servons des repas aux sans-­abris de la ville de Sendai. Nous avons commencé à y participer dès notre arrivée au Japon. Cela fait donc cinq ans que nous y sommes fidèles et, petit à petit, une amitié est née avec plusieurs personnes, aussi bien volontaires que bénéficiaires. Je pense en particulier à notre ami Monsieur Atsuki (le nom a été modifié). Il parle espagnol et un peu anglais. Par sa posture et son désir de communiquer, nous avons tout de suite compris que c’est un homme éduqué et ouvert aux étrangers. Avec le temps nous avons appris qu’il est ingénieur spécialisé dans l’étude des écrevisses. Sa spécialité l’a fait voyager longtemps en Amérique du Sud, en particulier en Colombie, mais aussi au Mexique. Récemment, et pour la première fois nous l’avons invité (avec Shannon -volontaire- et un couple ami) au restaurant. Pour faire danser ses papilles gustatives (et les nôtres aussi, au passage) nous sommes allés dans un restaurant mexicain. Cela faisait plusieurs années qu’il n’avait pas mangé mexicain et, naturellement, avec l’aide d’un petit mojito, les souvenirs refont surface. Les histoires se croisent et ne finissent pas. C’est alors qu’il nous raconte que sa femme est Colombienne et qu’avec ses deux enfants, elle habite à New-­York… déchirement de ne pas être avec eux, de ne pas les voir grandir… d’être dans le besoin, ici, à Sendai. Que s’est-­‐il vraiment passé ? Nous n’en saurons pas plus pour l’instant. Cela fait cinq ans que nous nous connaissons, c’est une révélation pour nous. La soirée se finit autour d’une glace et d’un café, à nous raconter où trouver le meilleur thé Japonais, sa culture, sa récolte et comment le servir. Nous nous séparons sur le parvis du restaurant ne sachant pas si, ce soir, il retournera dans sa tente alors que la température est négative et le sol gelé après des chutes de neige… Chacun repart de son côté. Avec Shannon, nous voulons prendre le bus, comme il n’arrive que dans une demi-­heure et qu’il fait froid, nous commençons à marcher. Nous marchons plus d’une heure, sans vraiment nous en rendre compte, à partager nos émotions de la grandeur de notre mission et du mystère-­‐miracle qui vient juste d’avoir lieu… Mystère de l’amitié qui ouvre les cœurs et redonne courage et vie. Cette expérience fut, je pense et l’espère, toute aussi belle et profonde pour lui que pour nous ! Finalement le bus nous rattrape à deux stations de notre arrêt mais nous décidons de finir le trajet à pied, en priant le chapelet. Soirée mémorable et pleine de sens ! Comment notre simple présence redonne dignité, passion et vie.

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Sylvie M.
En mission au Point-Cœur de Sendai

Et après le retour de mission ?

Voici qu’Adélaïde est rentrée après sa mission en Grèce. Elle nous livre ses pensées et ses mercis pour tous ceux rencontrés.

Les voisins afghans sur leur balcon à Athènes

J’attendais de prendre du recul pour vous écrire ma dernière lettre. Mais je crois qu’au fond, je ne suis pas prête à le prendre et je n’en ai pas vraiment envie. Je veux garder tout ça à vif, au chaud, le chérir encore et continuer de regarder toute cette beauté. Alors de quoi vous parler dans ma dernière lettre ? De tout c’est impossible. Je crois qu’une fois encore, je vais écrire sans trop réfléchir mais avec toute ma sincérité. Chaque jour depuis mon départ, il me vient des souvenirs différents, des sons, des odeurs, des regards qui m’habitent et me portent.
Il y a quelques jours, c’était les chants congolais si joyeux et leurs voix habitées, le doux regard de Papou, les derniers moments passés avec Thege et son message d’adieu. Il y a deux jours, je revoyais nos petits voisins afghans sautillant, inépuisables, sur leur balcon en face de notre chambre, attendant qu’on leur envoie des chocolats, (et je croisais les doigts pour ne pas casser leurs vitres bien trop fines).
Hier, j’écoutais des chants syriens, nostalgiques, faisant resurgir des parfums d’épices, une pudeur si gracieuse, des danses envoûtantes, une générosité débordante et des enfants d’une force superbement épuisante.
Aujourd’hui, c’est à ma communauté que je pense, et à tout l’amour qu’ils m’ont donné durant toute ma mission. À l’universalité de ce qui nous a unit tout le long et nous a permis d’aller au-­delà de tous les petits agacements du quotidien. J’ai pu chercher à travers eux toute la force dont j’avais besoin quand c’était difficile et y puiser encore plus de joies que toute celles que je recevais déjà. Pour mon départ, ils ont organisé un concert avec tous nos amis. Certains ont chanté, dansé, d’autres ont joué, pris la parole spontanément. Avec une simplicité sacrée. Et toutes ces nationalités…. Dans cette salle nous étions : Grecs, Congolais, Nigériens, Tchèques, Italiens, Syriens, Colombiens, Albanais, Sri Lankais, Indiens, Ukrainiens, Polonais, Tunisiens et j’en passe… Et puis tous les absents. Le dernier soir, je l’ai passé en famille. Nous sommes allés une dernière fois sur le toit (je voyais bien qu’ils avaient froids, mais tous ont fait l’effort d’y aller parce qu’ils savaient que j’adorais cet endroit). Je revois Simon, son sourire lumineux et son enthousiasme pour tout ; Roki, sa voix d’ange et ses maladresses adorables ; Anaïs, sa force réconfortante et sa folie d’enfant ; Santhosh, son rire explosif et sa simplicité.
Athènes est la ville idéale pour une telle mission. Elle apprend à chercher le beau en toute chose. Si on la survole, elle peut sembler bordélique, peu esthétique et peu rassurante. Mais lorsqu’on ouvre les yeux ou plutôt son cœur, elle vous offre tout ce qu’elle a de plus beau : la noblesse de l’Acropole contrastant audacieusement avec les graffitis aux couleurs explosives et provocantes des anarchistes. Les quelques dernières bâtisses superbes qui résistent enfouies au milieu des immeubles fades et délabrés. Les ruines perdues dans les rues commerçantes qui laissent, lorsque l’on regarde bien, des petites traces de vie. Les rails de train au milieu de la ville, recouverts sauvagement d’herbes : la nature qui reprend toujours le dessus. Les églises hors du temps, partout, repères. Les airs de bouzouki qui se transportent dans les airs. Les radios des kiosques au son saturé qui crachent tant bien que mal des chants et prières orthodoxes. Les marchés, les chats, les couleurs… Et puis les gens. Tous ces pays qui se croisent et malgré tout, tous ces sourires. Lorsque je suis arrivée à Athènes, Anaïs m’attendait à l’aéroport. Je me souviens très bien de ce moment. Avec un grand sourire, elle m’a demandé si j’avais bien pris des lunettes de soleil : « Tu verras, la lumière en Grèce est particulièrement forte. » Comme pour tant d’autres fois, elle avait bien raison.

 

 

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Adélaïde L.
Volontaire en mission à Athènes

Nanay Vicky avec sa casquette rose et son beau sourire

Rencontre dans les rues de Manille

Du Point-Cœur de Manille, voici des nouvelles de Ségolène qui nous présente Nanay Vicky vivant dans la rue, pleine de courage et d’espérance.

Pendant cette période de Noël, j’ai pu visiter Nanay Vicky. Elle est une très vieille dame, aveugle, vivant dans la rue. Cependant, elle s’est construit une sorte de « logement » en carton et tout ce qu’elle a pu trouver d’autre. Vu de l’extérieur, on se demande où est-­‐ce qu’elle a la place de dormir, voire même de s’asseoir, tant le lieu est étroit. Chaque fois que nous lui rendons visite, elle est en train de cuisiner, juste devant chez elle. Elle vit seule depuis qu’elle a perdu, à peu près au même moment, presque tous les membres de sa famille et sa maison. Elle travaille dur à ramasser tout ce qui peut se vendre dans les poubelles, comme des pièces de ventilateurs, des canettes…, pour gagner un peu d’argent qui lui permet de vivre chaque jour. Mais sa générosité dépasse sa fragilité de très loin : dès qu’elle a quelque chose, elle va aller le partager avec ses voisins de rue, une famille avec de nombreux enfants tous petits, vivant également dans la rue. Une accumulation de faits qui en auraient découragés plus d’un ! Plusieurs fois, je me suis dit qu’à sa place, sous cet ouragan de misère, je me serais juste assise là, à attendre que la fin arrive. Et bien, elle, elle continue de vivre, chaque jour, avec son visage creusée par la dénutrition et ridée par l’âge et la fatigue, avec ses chiens qu’elle continue à nourrir dès qu’elle peut (fidèles amis puisqu’ils l’accompagnent jusqu’à la communion, à la messe !!), sa solitude…. Elle garde son sourire, elle garde sa générosité, son accueil. Elle n’est pas comme nombre de nos amis, qui nous accueillent avec une grande joie visible de l’extérieur, des rires et des blagues. Sa joie se manifeste différemment, elle a une sérénité profonde, une joie de l’intérieur mais qui a parfois du mal à percer les souffrances de sa vie quotidienne. Quand nous lui rendons visite pour Noël, elle me dit qu’elle va à la messe de Simbang Gabi, tous les jours, à 3h du matin, toute seule. Ce qui, entre nous, paraît déjà de l’ordre du miracle quand on la voit marcher sur deux mètres avec nous et quand on sait le nombre d’accidents qu’elle a eu à cause de sa vue. Elle dit qu’elle finit chaque messe en pleurant, épuisée par le poids de sa solitude et de sa fragilité, mais qu’elle sait qu’elle va tenir, qu’elle va avoir la force de rentrer chez elle et de continuer à vivre parce que Jésus est là, dans son cœur, qu’Il l’aime et qu’Il lui donne sa force et la protège. Quelle foi !! C’était incroyable de voir à quel point elle n’a tellement plus rien, que plus rien ne peut la séparer de Dieu, plus rien ne peut lui cacher le visage de Jésus qui souffre puisqu’elle souffre avec lui. C’était vraiment touchant de voir sa force dans sa fragilité et ses victoires de vie dans ses souffrances. Elle ne se plaint pas, elle ne nous raconte pas sa vie pour qu’on se lamente, mais elle a besoin de déverser ce qui lui pèse sur le cœur. Elle ne demande pas notre pitié, elle nous raconte sa vie, comme elle est. Elle est pleine d’espérance au quotidien.

 

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Ségolène M.
Volontaire au Point-Cœur de Manille

« Observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne »

Mohana, voisine du Point-Cœur de Chengalpett

Antonine est depuis plus d’un an au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. La présence des volontaires auprès des mamans, des enfants, des amis de divers coins du quartier, quelque soit la caste, redonne une dignité due à chacun.

Dans notre quartier, personne ne passe inaperçu et la moindre modification aux habitudes suscite une curiosité instantanée. Notre voisine Mohana connaît notre emploi du temps par cœur ! S’asseoir quelques minutes avec elle, tous les jours, fait maintenant partie de notre quotidien. Au premier abord, Mohana est une femme intimidante : aînée d’une famille de huit filles, elle possède un vrai tempérament de leader, ne baissant jamais les bras, prenant les problèmes comme ils viennent et ne se tracassant pas, outre mesure, pour le lendemain. Mais elle est aussi pleine d’humour et particulièrement attachante. Très croyante, elle est un exemple, parmi tant d’autres femmes indiennes, qui gardent une force de caractère indestructible en dépit de souffrances parfois accablantes. Son mari est mort il y a quelques années d’une crise cardiaque. Elle a dû retourner avec ses deux enfants chez ses parents, puisqu’en Inde une femme ne peut pas vivre seule après la mort de son époux. J’ai appris à connaître son histoire avec le temps car Mohana ne s’apitoie jamais sur son sort. Au contraire, elle semble accepter de vivre bien chaque jour et assume avec toutes les possibilités humaines, la situation dans laquelle les circonstances de la vie l’ont placée, si difficile que soit cette situation.
En Inde, les villes et surtout les villages sont structurés selon les castes. Ainsi, chaque groupe réside à un endroit précis, les familles de castes dominantes se trouvant généralement au centre de la ville ou du village, près des temples majeurs et les castes inférieures en périphérie. A la sortie de Chengalpet, près de la décharge, à part quelques maisons riches en pierre dure, les maisons sont sans eau courante, au sol en terre battue et aux toits en feuilles de bananes. Ici, malgré la pauvreté et l’alcoolisme qui touchent de nombreuses familles, la vie bat son plein et la rue est le royaume des enfants. Leur insouciance, leur joie d’exister, leurs sourires magiques, leurs regards lumineux colorent de beauté cet endroit. Ceux qui vivent là, sont joyeux et souriants, non pas que la vie y soit facile, loin de là, mais parce qu’ils savent bien que s’ils perdent cette joie, ils sombrent dans le désespoir. Nos visites s’y sont intensifiées, tant les enfants sont demandeurs de notre présence. Mes amis ici me rappellent que l’essentiel de ma mission est de redonner à chacun la dignité qui lui est due, en demeurant auprès d’eux, en les aimant toujours plus et en étant une présence de compassion dans chaque épreuve sans laquelle le goût et la volonté de vivre se désagrègent.

Ritishka du quartier du Point-Cœur de Chengalpett

Bien que les Tamouls adorent les jeunes enfants et que ces derniers jouissent d’une grande liberté jusqu’à un certain âge, ils apprennent, très jeunes, à se débrouiller seuls, en particulier dans les familles pauvres, où souvent les deux parents doivent s’absenter pour travailler. Les filles apprennent à devenir des futures mères de famille dès leur plus jeune âge, imitant leur mère pour ce qui est des travaux ménagers, aller chercher l’eau, dessiner le kolam, cuisiner, etc… Sur cette photo, il y a Ritishka, deux ans, notre voisine, qui prépare les seaux que sa tante va devoir remplir dès que le camion arrivera ! Il y a aussi Ammu qui, à treize ans, sait déjà porter six litres d’eau sur sa hanche ! C’est elle qui est chargée de porter l’eau à la maison. Son papa est décédé il y a quatre ans, aussi, sa maman doit-­elle s’absenter toute la journée pour travailler. Il y a aussi Tamizhrasi et Vittoria (deux amies habitant près de la décharge) qui aiment nous apprendre à cuisiner des plats tamouls. Après l’école et en attendant le retour de leurs parents, tous ces enfants aiment passer du temps au Point-­Cœur pour jouer, dessiner, cuisiner, prier. Nous nous efforçons de toujours leur donner de notre temps, leur offrir une oreille attentive et surtout une présence et l’amour dont certains manquent. Voilà maintenant plus d’un an que je suis plongée au plein cœur d’une réalité qui m’était jusque-­là inconnue.

Si, au début de ma mission, j’ai adopté la culture et les conditions de vie locales par nécessité, aujourd’hui observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne. L’Inde ne s’aborde pas facilement mais j’ai appris avec le temps à apprécier les coutumes locales et à ne pas juger les attitudes indiennes en fonction de l’éducation que j’ai reçue. Bien au contraire, je prends plaisir à vivre avec eux et comme eux, à être au milieu de tous ces enfants de toutes ces familles, une présence humble et discrète qui se donne à chaque instant.

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Antonine L.
Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett, Inde

La Famille Rejuk

Aude est en mission en Ukraine depuis la fondation du Point-Cœur de Lviv en 2006, l’amitié avec la famille Rejuk a grandi au fil des années. 

Pani Maria et ses enfants

Pani Maria, son époux malade et leurs cinq enfants Lila, Bohdana, Petro, Roman et Oleh sont une famille qui porte bien des souffrances mais, plus que tout, vit d’une grande foi et d’une grande confiance en Dieu. Ils sont heureux parce que Dieu les aime et qu’ils n’ont besoin de rien d’autre. Ils ont tout compris, pourtant c’est une chose que l’on ne peut réaliser tout de suite tant leur façon de vivre et de parler est simple. C’est une famille aussi où les enfants peignent et même très bien ! Chacun a son talent, son regard, son univers mais une chose les unit : l’amour de la couleur et la fraîcheur de leurs gestes.

Nous avons eu l’occasion d’organiser une petite rétrospective de leurs œuvres à l’Alliance française de Lviv. Cette exposition pleine de fraîcheur fut comme un parfum léger, un regard transparent venu se poser sur nous… Et c’était tellement beau de voir leur joie et leur reconnaissance, et tellement beau de les mettre un peu en lumière, eux qui dégagent une lumière intérieure si profonde et si cachée aux yeux de beaucoup. Beaucoup de leurs amis mais aussi des amis du Point-Cœur et une dizaine de Français, amis du directeur de l’Alliance Française étaient présents le jour du vernissage. L’un d’eux, un ancien ministre m’a confié : « J’ai vu pas mal de choses dans ma vie et j’ai beaucoup voyagé. Je suis un homme plutôt “blindé” mais ce soir, ce que j’ai vu m’a beaucoup ému. » Un autre : « Quelle est belle l’âme de l’Ukraine ! » Anne, une amie suisse qui a été d’une grande disponibilité toute la journée pour nous aider, a eu des mots très beaux : « Merci à la maman, Pani Maria, pour avoir donné vie à ces cinq merveilleux artistes. Grâce à elle, nous avons pu vivre ce grand moment de communion. La joie qui se dégage de Pani Maria se retrouve dans les œuvres lumineuses de ses chers enfants. Un immense rayonnement nous touche profondément. » Le soir même, elle m’écrivait : « Je repensais à cette famille ce soir et c’est vraiment un privilège de les connaître. »

Après le vernissage, ces amis de France ont voulu faire un beau geste en achetant quelques œuvres. L’argent est parvenu quelque temps après et me voilà un soir, apportant l’enveloppe à Pani Maria, en lui disant en riant : « V’là la postière ! » Visiblement touchée, elle me disait que j’étais la main de la Providence : sans le sous, ils avaient une facture à payer le lendemain. Le plus beau, se passa le lendemain, lorsque Pani Maria arriva avec cette même enveloppe au Point-Cœur : elle avait glissé 10% de la somme reçue pour nous faire un don… Mes arguments (pour refuser) se sont brisés devant sa ferme certitude que c’est ainsi : lorsqu’on reçoit, il faut tout de suite partager. « Fais de même », me dit-elle ! Quel christianisme…

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Aude Guillet
Membre permanente de Points-Cœur, en mission en Ukraine

Un service de compassion pas plus compliqué que ça !

Père Jean-Marie est en mission à la paroisse du Saint-Rosaire dans la banlieue de Naples. A la fin de l’année, il emmène les enfants de chœur à la montagne, une aventure pas plus compliquée que ça !

Marco, avec son mauvais cache-col et son blouson ouvert.

J’ai pour ma part conclu l’année par trois jours en montagne avec notre petit groupe d’une douzaine d’enfants de choeur. Nous logions dans notre nouvelle maison, à mille mètres d’altitude, dans un parc régional magnifique à environ 90 kilomètres de Naples. C’était pour certains des petits la première fois qu’ils passaient une nuit loin de la mamma, et ils traînaient avec eux des valises dont la taille et le contenu, fourré, doublé et feutré, cherchait visiblement à palier l’absence de cette dernière. A peine arrivés, bousculade vers les chambres, ouverture des armoires pour chercher des couvertures, soudain exclamations diverses ponctuées de jurons bien sentis. Un des petits se précipite vers moi, le front plissé de préoccupation et les sourcils en accent circonflexe, tendant haut dans ses paumes un sachet de lavande placé là pour chasser l’odeur de renfermé : « P***, mince, padre, padre, mire un peu, y-z-ont planqué du shit ! »[1]

Le réveil du lendemain fut assez sympathique, l’un des grands ayant pris sur soi d’expulser à sa façon les petits de la chaleur des couvertures. Il fallait voir le rugbyman de seize ans à la tête encore poupine et couverte de boucles blondes ouvrir grand la porte en hurlant « Je suis l’ange du réveil ! » pour se jeter de tout son poids sur les lits. L’un des enfants, maigre comme un coucou, faisait particulièrement de la peine à voir trembler de froid pieds nus sur le carrelage, mais sa concentration étant entièrement dédiée à l’éructation d’une verve apparemment fleurie2 à l’encontre de l’ange blond, il ne s’en émouvait pas plus que ça. Connu sur la place sous le doux surnom de « présè » pour avoir un jour agité tout fier sous le nez de ses amis un de ces bouts de plastique contraceptifs, le petit bonhomme traîne perpétuellement dans la rue avec un blouson trop grand et des baskets trouées, les yeux fureteurs et la gouaille toute prête à défendre une susceptibilité maladive, quitte à jeter dans la bagarre son corps malingre, sûr de finir en larmes et le nez en sang.

Ce matin là, il réussit en compagnie d’un autre à franchir un premier torrent en marchant dans le courant glacial jusqu’aux chevilles, puis un second en se jetant dans la neige de l’autre rive depuis un arbre incliné. Après deux heures de grand jeu dans ses baskets trempées, pas la moindre plainte. Il fallut que nous remarquions qu’il se tenait là silencieux et tremblant comme une feuille pour que l’un d’entre nous le ramène à la maison sur son dos. Quelle chance que de l’avoir vu ainsi, de l’autre côté du torrent, dans la neige à mi-mollet, avec son blouson trop grand ouvert à tout vent et son méchant cache-col sur le sommet du crâne, en train de nous expliquer fier comme Artaban comment il avait fait pour traverser !

C’est que notre service de compassion bien souvent n’est pas plus compliqué que cela. Recevoir et imprimer en nous la beauté de ces êtres cassés livrée en un moment fugitif, boutonner un blouson ou moucher un nez, s’opposer avec décision à leurs mauvaises tendances. Ces gestes-là, nombreux sont ceux qui ne les reçoivent pas à la maison, soit que les parents soient trop occupés par leurs propres déboires, soit qu’ils soient, hélas, séparés et se disputent l’affection de leurs enfants.

[1] Traduction afragolais-argot non garantie.

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P. Jean-Marie
Fraternité Sacerdotale Molokaï

Un roi mage étonnant !

En mission à Vieux-Moulin, Sr Albane accompagne une fois par semaine des personnes handicapées sur leur lieu de travail, elle y rencontre des personnes étonnantes !

« Les rois mages étaient pleins d’amour de l’Être, la caractéristique des pauvres en esprit ; car le pauvre en esprit est un enfant aux yeux écarquillés qui dit « oui » à tout ce qui se présente à lui avec évidence. » (Don Luigi Giussani)

Pauline et Sr Albane, à l’ESAT

En lisant ces quelques lignes de Luigi Giussani, les visages de mes amis de l’ESAT (ex-CAT) me viennent spontanément à l’esprit. Je les retrouve une fois par semaine pour les accompagner dans leur travail avec quelques lycéens de Compiègne. Parfois je revois l’un ou l’autre à la messe… Oleg, par exemple, participe à l’animation de la messe du mercredi soir avec son harmonica. Je pense que le bon Dieu regarde plus son cœur et son enthousiasme que la prestation musicale elle-même ! Et quand arrive le moment de la consécration et de l’élévation, alors que nous sommes tous en silence devant le mystère de l’Eucharistie, la voix d’Oleg s’élève sans fausse pudeur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Si je suis distraite à ce moment-là, c’est lui qui me remet face au mystère.

Dany est un autre de mes « préférés » ! C’est un jeune homme d’une trentaine d’année, petit de taille et atteint de trisomie, comme Oleg. Il est fan du pape François et s’est acheté tous ses livres bien qu’il ne sache pas lire ! Un dimanche, je le retrouve à la messe, tout seul sur son banc alors que les autres membres de son foyer sont installés de l’autre côté de l’église. Je m’assois à côte de lui, il me regarde d’un air bougon et me lance très sérieusement : « Je ne crois pas en Dieu » ! Je lui demande s’il est fâché avec le Bon Dieu, on discute un peu et puis la messe commence… Arrive le moment de la consécration et je vois Dany quitter le banc et s’avancer devant l’autel pour se prosterner devant le pain devenu Corps du Christ. Quelques instants plus tard, il revient rayonnant nous donner la paix du Christ. Quelle grâce ! Ce jour-là Dany m’a profondément émue et je repense souvent à cet instant-là quand il m’est si difficile de sortir de ma mauvaise humeur, de ne pas rester bloquée sur une dispute, de ne pas m’enfermer dans ma tête, mon imagination ou mes soucis et que je subis la réalité ou passe à côté des événements, des rencontres… Dany a cette liberté là, cette disponibilité ! Il boude, il est de mauvaise humeur, mais son cœur reste « joignable », ouvert. Devant l’évidence, devant ce Dieu fait chair, il lâche son égo, il regarde l’étoile, il reconnaît l’évidence, il adore ! Quel magnifique roi mage !

 

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Sr Albane
Servante de la Présence de Dieu, en mission à Vieux-Moulin (France)

Une mission auprès des français de São Paulo

Père Arnaud est en mission à la Casa San Luis en Argentine mais il reste aussi très présent le Brésil, en particulier auprès de la communauté française de São Paulo :

Cela a commencé par une demande de rencontre en 2006, puis une catéchèse, puis une retraite (la première eu lieu en 2008), puis une autre, puis un rythme d’une par an et maintenant un rythme de deux par année. Le principe est assez simple : nous allons dans un lieu éloigné du centre, dans une pousada (petit hôtel familial) et là, nous avons des temps de rencontre entre adultes sur un thème théologique (en général une encyclique ou un livre) avec une illustration dans le thème de l’art. Les enfants sont pris en charge, il y a aussi des temps parents/enfants (un grand foot qui peut devenir mémorable s’il y a de la boue), des temps de partage autour d’une bonne caipirinha… et, bien entendu, la messe quotidienne, l’office des laudes, des temps d’adoration du Saint Sacrement.

L’enjeu pour toutes ces familles, c’est bien entendu de fortifier l’union au Christ et aussi de donner une nourriture pour l’intelligence. Car il y a aujourd’hui une foule de documents d’Eglise que très peu de fidèles connaissent, tout simplement faute d’y être introduits. Et ces textes sont un véritable trésor pour nous relier à Dieu, comprendre le monde contemporain et y vivre en baptisés, là où Il nous a mis. Si notre intelligence se nourrit régulièrement du Mystère, alors il nous sera beaucoup plus facile de prendre de la hauteur par rapport à un quotidien qui peut souvent être « nez dans le guidon ».

Je remarque que ces week-ends offrent une respiration salutaire au sein d’un quotidien souvent étouffant les aspirations les plus profondes de chacun d’entre nous et surtout celle de la soif d’infini que nous portons tous. Ce qui marque le plus c’est régulièrement la soirée « illustration dans le thème de l’art » qui, pour beaucoup, est une nouveauté. Là encore, le monde moderne fait trop souvent une coupure entre le monde de la foi et celui de la vie. Alors, je me sers de Pina Bausch pour illustrer Familiaris Consortio, de Dogora pour illustrer Spe Salvi, de « I Confess » d’Hitchcock pour Dives in Misericordia, du Septième Sceau de Bergman pour l’eschatologie…

Notre Blog Terre de compassion est aussi une bonne mine pour trouver des idées artistiques.

Le groupe de français de São Paulo, 2017

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Père Arnaud de M.
prêtre de la fraternité sacerdotale Molokaï, en mission en Argentine et au Brésil

Notre-Dame-de-la-Mer fêtée par les hindous !

Après plus de dix ans en Inde au Point-Cœur de Kasimode, Aymeric se laisse encore surprendre par les dévotions de ses amis hindous :

Pendant que les élèves français sont en vacances scolaires de la Toussaint, ici, les élèves sont en congé à cause de la mousson et des inondations provoquées par ses pluies torrentielles. Heureusement, mi-octobre les enfants ont pu célébrer la grande fête de Dipavali, sans pluie cette année, et faire exploser les pétards, les fusées, feux de Bengale et autres feux d’artifice qui sont caractéristiques de cette fête. Les explosions déjà impressionnantes, la veille au soir, ont recommencé dès 5h du matin à la grande stupeur de Juan et Maximilien qui se demandaient dans quel monde de fous nous vivions !

Au même moment, à côté de chez nous, commençait une autre fête qui nous a surpris : le deuxième anniversaire de l’installation d’une statue de la Vierge Marie dans la rue principale de notre quartier essentiellement hindoue. Etant placée à l’entrée du port et au centre de ce quartier de pêcheurs, elle a été appelée Notre-Dame-de-la-Mer. Déjà étonnés à l’époque d’apprendre que c’est une famille hindoue habitant à côté du temple qui, ayant une grande dévotion à Notre Dame de Vailanganni, a voulu et payé la statue, sa niche et les travaux autour, nous l’étions encore plus en voyant l’ampleur de la fête qu’ils avaient préparée, qui a durée trois jours et à laquelle tout le quartier a participé. La rue principale était, dès la veille, illuminée de guirlandes lumineuses et une grande image de Marie de dix mètres de haut, faite de guirlandes électriques était dressée sur la route principale à l’entrée du quartier. Le soir même de Dipavali, alors que tous les enfants et les jeunes s’adonnaient à faire exploser leurs provisions de pétards, comme partout en Inde, un groupe d’hommes réussit à éloigner les apprentis-artificiers de la statue et à bloquer la rue en tendant des bâches. Des femmes de la paroisse sont arrivées avec une religieuse et nous voici, avec elles et les enfants du quartier, assis sur des nattes en train de réciter le chapelet ! A peine terminé, le Père Martin, vicaire de la paroisse, est arrivé et a béni et levé le drapeau au mât, après une courte procession chantée.

Le lendemain midi, le déjeuner était offert pour mille personnes, au milieu de la rue qui était transformée provisoirement en cantine. Le soir, une grande procession eut lieu avec un charriot décoré portant la statue de Marie, et c’est Appou, le jeune prêtre du temple hindou, qui nous était franchement hostile il y a quelques années, qui faisait maintenant les annonces au micro pour encourager tout le monde à participer et vénérer Notre-Dame, du jamais vu ! C’était tout bonnement incroyable de voir beaucoup de nos amis et voisins hindous organiser pour la première fois cette grande fête en l’honneur de la Sainte Vierge spontanément, et de prier en communion avec eux !

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Aymeric B.
Membre permanent en mission en Inde

… À l’arrivée, quelle surprise !

Maria, Allen, Joseph et Ségolène (photo prise par Alexandre)

L’accueil qu’a vécu Ségolène à son arrivée au Point-Cœur de Manille, plongeon dans une nouvelle vie !

Ate Maria, Allen, Kuya Joseph et Kuya Alex m’accueillent comme une nouvelle petite sœur dans une famille. Ils ont tout préparé pour que je me sente directement chez moi dans ce pays, pourtant si différent. Tout est prêt, depuis ma brosse à dent sur mon oreiller, jusqu’à l’autel de la chapelle construit par Kuya Joseph le jour même. Les enfants aussi ont recouvert le mur de dessins : « Welcome Ate Ségolène ». Les voisins sont tous au courant de mon arrivée. Même les cafards et les souris semblent « être de mèche », puisqu’ils se sont cachés pendant une semaine, le temps que je me prépare psychologiquement à les recevoir dans ma chambre. Enfin, plutôt que je me fasse à l’idée que j’allais en croiser.
Un accueil tellement simple, comme je n’en connaissais pas d’autres. Sur le trajet de l’aéroport à la maison, Allen m’annonce que je vais devenir « very famous », en l’espace de dix secondes, le lendemain. Effectivement, quand je me réveille, les enfants sont déjà en train de crier mon prénom à l’extérieur de la maison. Petit moment de panique : « Ohlala misère, je ne vais pas savoir quoi leur dire, ni quoi faire avec eux. Ils ne me connaissent pas, au bout de deux secondes ils vont aller jouer ailleurs !! » Heureusement, la curiosité a eu raison de ma timidité, je suis allée affronter cette armée de piles électriques, chargées à bloc, pleine de vie et de bonne humeur. Autant vous dire que ce n’était pas décevant ! Ils sont tellement heureux d’accueillir un nouveau volontaire qui va jouer avec eux tous les jours ! Ils m’accueillent avec une simplicité enfantine, une grande joie, des danses, des chants, des jeux… Évidemment, je ne comprends pas un mot de ce qu’ils racontent, bien qu’ils répètent chaque phrase mille fois, toujours plus rapidement que la fois précédente, avec toujours plus d’insistance dans leur regard, comme s’ils attendaient que mon cerveau passe en mode « ON » pour les comprendre. Jour près jour, je découvre la vie de la communauté, celle du « Looban » (notre quartier) et l’association des deux qui mènent souvent à une adoration sur un « fond » musical (environ 200 000 décibels) de karaoké ou à un dîner de vingt minutes sans parler puisqu’on ne s’entend pas, mais aussi des hello dans tous les sens, des enfants qui sautent dans nos bras quand on n’a pas encore fait un mètre en dehors de la maison. Je découvre les enfants des différents endroits que l’on visite : fishport, under the bridge, on the bridge, Looban, Market 3…, toujours plus dynamiques les uns que les autres !

 

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Ségolène M.
Volontaire en mission à Manille

Mon cœur a bien changé

Après déjà un an de mission au Point-Cœur de Guayaquil, Eléonore constate combien son cœur a changé, combien ses voisins sont de véritables maîtres… 

Eléonore

Un an jour pour jour que j’ai quitté notre belle France. Incroyable, j’ai l’impression d’avoir pris l’avion hier. Ce matin, David m’a demandé comment je me sentais. « Normal ! » lui ai-je répondu. Et pourtant, je ne suis pas la même que celle qui est partie il y a un an. Physiquement, je n’ai pas changé rassurez-vous ou peut-être quelques kilos en plus… mais mon cœur lui a bien changé, il est plus sûr, plus ouvert, plus aimant. Je suis consciente qu’il me reste beaucoup de chemin à faire mais je suis prête !

Je crois que je ne vous ai jamais mentionné un de nos apostolats dans le quartier qui est d’apporter la Sainte Communion aux malades le dimanche. C’est depuis le mois d’août que nous allons chez Señora Angela. Suite à une colostomie, elle a dû subir trois autres opérations car l’intestin s’est perforé à un autre endroit et les tissus ne se soudent pas. Cela fait donc huit mois qu’elle ne peut sortir de son lit puisque qu’ils lui ont installé une sonde. Comme elle le dit elle-même : « C’est une chaîne qui me retient à mon lit ». Elle vit normalement dans un autre quartier de Guayaquil mais elle est venue vivre chez sa fille et a quitté sa maison et son mari resté pour la surveiller. Señora Angela a une foi incroyable ! Je me souviens de la première chose qu’elle nous a dite : que sa plus grande souffrance est de ne pouvoir assister à la messe le dimanche. Et pourtant, Dieu sait qu’elle souffre chaque fois que la sonde se bouche et que le liquide intestinal se déverse dans son ventre, lui causant des brûlures.

Chaque dimanche, lorsque nous entrons dans la maison, son visage s’illumine d’une vraie joie et lorsqu’enfin elle reçoit le Corps du Christ, les larmes lui viennent aux yeux. Moi, j’ai la chance de pouvoir communier tous les jours et le fais parfois plus par habitude… Elle est vraiment un exemple incroyable de vraie dévotion.

 

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Eléonore H.
Volontaire en Equateur

L’exigence de l’amitié : Zulema

Zulema et sa lettre pour sa fille

Diane est depuis un mois et demi au Point-Cœur de Montevideo en Uruguay. Zulema est sa première rencontre, sa première traversée du quartier et le début d’une belle amitié.

J’aimerais vous présenter plus particulièrement une amie, Zulema. Le jour de mon arrivée, je n’étais même pas encore entrée dans la maison qu’elle me prend par la main, et m’emmène dans sa rue, la Costanera. C’est la rue la plus pauvre du quartier, où la plupart des maisons sont faites de tôles et de planches, et où les ordures jonchent le sol. Zulema marche d’un pas ferme malgré sa hanche qui la fait fortement boiter. Elle n’a plus qu’un œil mais celui-­‐ci suffit à lui donner un regard pétillant et farceur : « J’espère que tu vas aimer notre quartier », me lance-­‐ t-­‐elle avec son grand sourire. Elle me montre sa maison (qui n’atteint pas les dix mètres carrés !) et me présente à tous les gens qui sont assis, là, devant leurs maisons. Zulema me fait penser à une petite fille, elle absorbe toute l’affection qu’on peut lui donner et en demande toujours plus. Un jour que nous étions allés la visiter avec Alexis, celui-­‐ci entreprit de passer un coup de balai pour enlever quelques-­unes des innombrables toiles d’araignées qui parcouraient les tôles de son plafond. Ce même jour, elle nous donna à chacun deux petits jouets qui trônaient comme « bibelots » dans sa maison. A la fin de la visite, je repartis sans mon nouveau jouet, n’ayant pas le cœur de lui retirer le peu qu’elle possédait. Mais ce fut une bien grande erreur de ma part… Le lendemain, Zulema arriva en pleurant à la maison, blessée par le fait que nous ayons trouvé sa maison sale (puisqu’Alexis avait voulu faire le ménage) et que nous ayons dénigré les cadeaux qu’elle nous avait faits ! Bien-­‐sûr, de notre côté nous n’avions pas vu les choses de cette façon et, en aucun cas, nous avions voulu la blesser, mais à ce moment-­‐là je me rendis compte de notre maladresse… Un autre jour elle arriva à la maison, toute triste : « J’ai plus envie de vivre… de toute manière pour qui je vivrais ? » Elle ajouta qu’elle voudrait se couper les veines. Désemparée, je ne sus que lui répondre, seulement que, oui, ça doit être bien dur d’être délaissée par sa famille, mais que nous, nous l’aimons, qu’elle est notre amie et que nous avons besoin d’elle et surtout qu’elle a du prix aux yeux de Dieu. Nous décidons de l’aider à écrire une lettre à sa fille sur un petit bout de papier, qu’elle n’enverra sans doute jamais, mais qui lui redonne ainsi l’espérance d’avoir des nouvelles en retour. Comme Zulema ne sait pas écrire, je lui dicte et lui montre le modèle de chaque lettre qu’elle copie soigneusement. Après plus d’un heure de discussion et de réconfort, après avoir bu un thé et versé des larmes devant Jésus à la chapelle, Zulema repart avec son grand sourire. Ainsi est Zulema, une grande amie au cœur d’enfant, mais dont l’amitié ne laisse passer aucun oubli, aucun faux pas et nous rappelle sans cesse à notre rôle de missionnaire.

Anniversaire de Gladys à la maison : Dominika, Mathilde (fond g.), Bernardo, Diane et Gladys

 

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Diane dLR
Volontaire en mission à Montevideo

« Qu’est-­ce que je peux faire avec l’argent de mes fils, si c’est de leur amour dont j’ai réellement besoin ? »

Le Point-Cœur de la Ensenada et des amis pour le départ d’Alessia

Il est bien une pauvreté plus profonde que tout, celle de la solitude.  C’est le cri des amis du quartier de la Ensenada, où Point-Cœur qui existe depuis 26 ans ! Gaétan nous raconte ces rencontres.

Je souhaiterais partager avec vous une des souffrances à laquelle nos amis sont confrontés, pour vous permettre d’entrer plus dans la réalité du quartier : Une des grandes souffrances dans notre quartier n’est pas la pauvreté matérielle, même si toute la partie haute de la Ensenada n’a toujours pas accès ni à l’électricité, ni à l’eau potable. Nous avons des amis qui vivent dans une pauvreté extrême, ne sachant pas si le lendemain, ils auront assez pour nourrir leur famille. Néanmoins, ce n’est pas une réalité toujours visible lors d’une rencontre, car ils reflètent l’espérance et sont persuadés de ne pas être seuls dans cette lutte quotidienne. Ils savent bien valoriser l’essentiel, être conscients de tout ce qu’ils reçoivent, d’ailleurs bien mieux que nous. La souffrance avec laquelle nos amis sont souvent confrontés est la solitude. « Qu’est-­ce que je peux faire avec l’argent de mes fils, si c’est de leur amour dont j’ai réellement besoin ? » nous a commenté Gloria (soixante-­quatorze ans), en parlant d’un de ses fils parti aux États-­Unis il y a quelques années. Il est parti à l’occasion d’une opportunité professionnelle plus favorable et, avec l’espoir de commencer une nouvelle vie en laissant sa fille, ses frères et sa mère dans le quartier. Gloria est une grande amie du Point-­Cœur, qui se rappelle très bien de l’arrivée des premiers missionnaires. Depuis qu’elle est petite, elle a beaucoup souffert. Elle a commencé très tôt à travailler pour ses parents, sans pouvoir terminer l’école. Ses parents l’ont ensuite envoyée, avec ses frères, à Lima où elle a été plus ou moins exploitée, continuant à travailler dans la maison de son oncle. Quelques années plus tard elle s’est retrouvée mère célibataire de quatre enfants. Elle n’a pas arrêté jusqu’à ce que ses enfants aient grandi et soient devenus indépendants. Son plus grand souhait était de transmettre tout son amour à ses enfants, tout ce qu’elle avait trop peu reçu pendant sa jeunesse. Lors d’un dîner dans notre maison, elle nous a raconté l’histoire de son fils et nous a raconté ce que je cite plus haut. C’était une très belle rencontre, car Gloria ne s’était jamais tant ouverte à nous. En même temps, voyant la tristesse sur son visage, nous avons découvert sa plus grande souffrance, celle de la solitude. Cette solitude d’une mère qui a laissé partir son fils, qui n’est pas prêt de leur rendre visite, car un retour au Pérou serait trop compliqué. La solitude d’un fils immigré dans un pays étranger, loin de sa famille, probablement traité comme un migrant de plus, pas vraiment accepté ou respecté par les autres. Quel sentiment si étrange, de connaître l’histoire d’un « migrant de plus », de connaître le quartier dans lequel il a grandi, sa maison, d’être assis autour d’une table avec sa mère, qui est notre amie et avec laquelle nous partageons cette souffrance.
La solitude a tant de visage dans notre quartier : Jhimmy (quarante ans), qui vit dans une maison avec une grande partie de sa famille, mais qui ne se sent pas en confiance avec ceux qui l’entourent. Estrella (seize ans), qui vient d’accoucher et vit avec son petit ami dans une toute petite chambre de sa maison. Ses parents ont séparé la chambre du reste de l’habitation, car ils ne veulent pas qu’elle participe à la vie familiale. Abuela Maria (abuela veut dire grand-mère), soixante-­dix-­huit ans, de retour dans le quartier, après avoir passé quelques mois en province. Ses genoux ne lui permettent plus de marcher, elle se retrouve donc immobile dans une pièce de sa maison. Son fils, qui vit à proximité de sa maison est rarement auprès d’elle et elle n’a presque pas de contact avec ses amis, du fait qu’elle ne sort plus de chez elle. Daniel (treize ans), dont les parents ne s’occupent pas, car le père travaille toute la journée et la mère, ayant un retard intellectuel, n’est pas capable d’être autoritaire envers son fils. Ce qui fait qu’il se retrouve souvent à traîner dans les rues.
Souvent, ce n’est pas facile de se rendre compte de ce que Gloria a pu vivre pendant les cinquante dernières années et continue à vivre aujourd’hui, ce qu’Estrella ressent avec son fils dans sa chambre ou ce que Daniel pense, quand il ne veut pas quitter le Point-­Cœur pour retourner chez lui. En sortant des visites, après avoir passé du temps avec nos amis, je me demande de qu’elle manière pourrais-­je ressentir mieux leurs souffrances pour pouvoir les comprendre davantage et les accompagner. « Ce n’est pas la pauvreté pour la pauvreté, c’est la pauvreté comme expression de compassion. La pauvreté est d’abord une question de cœur : « Heureux les pauvres de cœur ! » (Mt 5, 3) La pauvreté est d’abord une question d’être … » En relisant ces citations des lettres qui ont été envoyées aux premiers missionnaires, je me redis : l’importance ce n’est pas de tout comprendre. On ne nous demande pas de ressentir les mêmes souffrances que nos amis, on ne nous demande pas de vivre d’une manière encore plus simple pour s’identifier à la vie de nos amis les plus pauvres, car « jamais nous ne serons pauvres comme les pauvres que nous côtoyons». Par contre, ce qui nous est demandé, c’est d’être présents auprès d’eux, présents avec toute notre attention, nos faiblesses, nos limites, nos incompréhensions. « La seule soif que l’homme poursuit d’âge en âge, est celle d’une présence. »

 

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Gaétan LM
Volontaire en mission au Pérou

« Tu peux m’aider ? »

Elodie est au Point-Cœur d’Afragola à Naples, rencontres avec des enfants qui prennent confiance en eux par l’attention qu’elle leur porte…

Rosa en plein apprentissage

Tous les après-­midi, à la paroisse, Maurizio (un consacré de Points-­Cœur) et Angelarita (une jeune de la paroisse) s’occupent du dopo scuola (l’aide aux devoirs). Ces deux derniers et d’autres volontaires accueillent, chaque après-­midi, une quinzaine d’enfants du quartier et aussi des Salicelle (l’ancien quartier où se trouvait le Point-­Cœur). Le dopo scuola est bien plus qu’une simple aide pour les enfants, c’est un lieu où les enfants apprennent les bonnes manières, les bons comportements à avoir, qu’ils n’apprennent pas chez eux. Étant enseignante, je me sentais appelée à aider les enfants à grandir, que se soit au niveau scolaire ou social. Je me rends donc tous les jeudis après-­midi à la paroisse, où je m’occupe de deux ou trois élèves de quatrième et cinquième année de l’école primaire. Tous les jeudis j’ai sous ma responsabilité Rosa, une petite fille de huit ans (quatrième année de primaire) mais qui, en fait, a le niveau d’une enfant de première année. Ce n’est pas toujours évident de travailler avec elle, son temps de concentration est minime et elle se laisse souvent distraire par les autres enfants autour d’elle. Toutefois, de jour en jour, je me sens de plus en plus responsable d’elle. Je veux l’aider à assimiler ce qu’elle n’a toujours pas acquis à l’école. Pour cela, je travaille avec les jeux de Montessori que nous avons à notre disponibilité. Rosa aime beaucoup ces jeux. Mais la condition pour jouer est de finir tous ses devoirs correctement. C’est une bonne motivation. Il y a aussi Toto qui a attiré mon attention dès le premier jour de dopo scuola. Au début, Toto refusait catégoriquement de faire ses devoirs avec moi. Dans sa façon de parler et de se comporter, il faisait le fier, le fort qui n’a pas besoin d’aide. Je me suis dis que ce n’était pas grave, qu’un jour il accepterait peut-­être. Un mois plus tard, j’étais assise à une table avec Rosa, il s’est approché et m’a demandé tout gentiment : « Tu peux m’aider ? » Mon cœur s’est rempli de joie, je ne pouvais pas croire ce qui se passait. A la fin de l’heure, c’était le moment pour moi de m’en aller. Je saluais tout le monde de la main, quand Toto s’est mis debout, a couru vers moi et a sauté dans mes bras. Ces enfants ne demandent qu’à être aimés et aidés. Ils nous surprennent toujours au moment où nous nous y attendons le moins.

Le sourire de Renato !

Renato habite juste en bas de chez nous. Ses deux frères et lui viennent quasiment tous les après-­‐midi chez nous, pour jouer, et ils restent même parfois pour prier le chapelet avec nous. Le 28 septembre dernier, Renato a fêté ses sept ans. Deux jours avant, il n’arrêtait pas de nous répéter que c’était bientôt son anniversaire et nous demandait avec sa belle petite tête d’ange : « Tu m’offrira un cadeau ? » Sa famille étant l’une des familles les plus pauvres que nous connaissons, nous avons décidé en communauté de lui préparer un gâteau et de lui offrir un petit cadeau. En voyant son gâteau et son cadeau arriver, un sourire s’est dessiné sur son visage. En ouvrant son cadeau, il a découvert un magnifique camion de pompier qu’il n’a pas lâché de tout l’après-­midi. Personne ne pouvait y toucher. Il n’arrêtait pas de dire : « È il mio » (c’est le mien). Renato est un enfant qui sourit la plupart du temps mais le sourire qu’il avait ce jour-­là sur le visage est un sourire que je ne pourrai jamais oublier.

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Elodie dA.
Volontaire au Point-Cœur d’Afragola

La libération de Don Efraïm

Ami du Point-Cœur du El Salvador, Don Efraïm a passé deux ans en prison. Solène raconte cette amitié et sa sortie de prison.

Visite en prison. De gauche à droite : Don Efraïm, Pierre, Solène et Doña Alma

Nous sommes très proches d’une famille, qui a traversé une immense épreuve. Don Efraïm, mari et père de deux enfants, a été emprisonné plus de deux ans, alors qu’il était innocent. J’ai pu aller le visiter quelques dimanches avec sa famille. La première fois que je l’ai vu, il m’a accueilli comme un père. J’étais touchée par sa bonté et sa tendresse. On a partagé un long repas avec quelques-uns de ses amis de prison et sa famille. C’était fort. Nous avons aussi accompagné Doña Alma, son épouse, lors des dernières audiences (et jusqu’à l’audience finale), faisant acte de son innocence. Je n’oublierai jamais ce câlin plein de gratitude et d’émotion échangé entre l’avocate et Don Efraïm, à la fin de l’audience finale. Quel chemin ils ont parcouru ensemble ! Combien elle s’est battue pour lui jusqu’au bout ! Ça doit être une belle sensation de rentrer du travail avec la conscience heureuse que la justice ait été accomplie. Le lendemain matin, nous sommes allés le chercher à la prison, bien qu’il ne soit sorti qu’en fin d’après-­midi. Mais ça, on l’ignorait, puisque chaque heure, les gardiens nous disaient qu’il sortirait dans l’heure même. Malgré l’apparente inutilité de ma présence, j’avais la conviction que j’étais là où je devais être, rentrant un peu plus dans la vie de mes amis, faisant mien ce qui les anime, prenant part à l’intimité des retrouvailles familiales. C’est quelque chose que je comprends de plus en plus : aimer, c’est montrer à l’autre, par ma simple présence, que sa vie est importante à mes yeux, que sa vie a de la valeur, que ce qui m’importe, c’est lui, ni plus ni moins. « Avant de faire pour, nous voudrions être avec », écrit Jean Vanier. On ne dirait pas comme ça, mais je me rends compte que c’est tellement plus exigeant d’être avec que de faire pour. De l’autre côté de la prison, lors de ses premiers pas de liberté, Don Efraïm a eu un très beau geste. Après nous avoir embrassés, il s’est s’agenouillé sur le béton pour rendre grâce à Dieu. Puis, de retour chez lui, il s’est mis à genoux, face contre terre, pour embrasser le sol de son foyer. « Home, sweet home! » : cette chanson devait résonner dans sa tête tout autrement…
Le 15 Septembre, jour du mariage de mes amis Lauranne et Guilhem, jour de la fête nationale du Honduras et, également, jour de la fête de Points-­Cœur (Notre-­Dame-de-la-Compassion), nous avons célébré chez nous une messe d’action de grâce pour la sortie de prison de notre ami. L’homélie m’a marquée. En voici quelques mots : « Y a t-­il une personne ici qui n’ait jamais connu de croix ? Nous avons tous nos croix, que ce soit la maladie, le deuil, la dette ou la séparation. Et la question n’est pas de savoir si l’on va ou non porter la croix. Car la croix est là, de toute manière. On ne peut ni la fuir ni la nier. La question est de savoir si l’on va porter la croix avec ou sans Dieu. Dieu ne permet jamais un mal duquel ne puisse sortir un bien plus grand. Alors, aide-­moi Seigneur, à ne pas te demander d’éloigner la croix de moi mais à te demander de l’embrasser. Là où tout le monde veut fuir, donne-­moi la force de rester debout près de la croix, à l’école de Marie, qui a connu la douleur immense de voir son Fils mourir sur la croix. Au pied de la croix, elle a uni sa douleur au cœur du Christ. » Après cette messe grave et joyeuse, nous étions une trentaine d’amis du quartier à partir en pèlerinage jusqu’au lieu d’apparition de la Vierge de Suyapa, patronne nationale du Honduras. Le prêtre qui l’a accompagné toutes ces années nous a fait part des merveilles que Dieu a fait dans le cœur de son ami : « Si tu me permets Don Efraïm, quand je t’ai connu, t’étais loin d’être un pilier d’Église ! La prison t’a transformé. Tu as appris à aimer ta femme, à aimer tes enfants. Et tu y as fait une rencontre avec Dieu ». Quelle conversion! Je suis aussi émerveillée par la fidélité à toute épreuve de Doña Alma, qui l’a visité pendant deux ans, chaque dimanche, affrontant la queue de plusieurs heures avec un grand sourire et de beaux gestes d’attention et de consolation envers ses voisines de file. Doña Alma a si bien incarné cette parole durant ces deux dernières années : « Les seuls regards d’amour sont ceux qui nous espèrent. » Arrivés sur le lieu d’apparition, Don Efraïm nous a donné un beau témoignage. Il a ranimé l’Eglise et l’es-­‐ prit fraternel de la prison, en organisant des célébrations eucharistiques, des chapelets, des partages de la Bible et en créant un espace café-­‐solidaire et une bibliothèque. Il était très aimé et très entouré. Le témoignage de Don Efraïm me fait comprendre que la vraie liberté est intérieure. Qu’il est triste de limiter la liberté à pouvoir se déplacer là où on veut, quand on veut, sans limites. Tout semble me faire dire que Don Efraïm a été un homme libre lorsqu’il était en captivité. Je suis de plus en plus frappée par ce contraste entre les gens du dehors, parfois enchaînés par les vices, asservis par la drogue, l’alcool ou la mara, et les gens du dedans, qui sont en détention, que je visite, qui souffrent, mais qui semblent parfois remplis d’une grande liberté intérieure. Un prêtre nous racontait qu’un jour, alors qu’il visitait des femmes en prison, il leur demanda : « Qu’est-­‐ce que le bonheur pour vous? » Tania répondit : « Le bonheur c’est être libre. C’est sortir de cette prison d’enfer. » Quelques mois après sa libération, Tania a été tuée par la mara. Elle n’aura pas connu longtemps la « liberté »… Nous pouvons prier pour tous ces prisonniers, et plus particulièrement pour ceux qui se sentent oubliés, délaissés, marginalisés, parfois même identifiés à leur peine. Et unis à la joie de la famille de Don Efraïm, je voudrais vous confier sa réadaptation à la vie familiale et sa recherche de travail.

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Solène dF.
En mission au El Salvador

Comme un petit garçon…

Arrivé depuis peu à Athènes, Simon se découvre comme un petit garçon devant le concrète de cette nouvelle réalité, de cette mission et de ces premiers pas en communauté…

Anaïs, Adélaïde, Mr James, Simon

Cela fait maintenant un peu plus de trois semaines que j’ai atterri à Athènes sous une pluie battante (douce ironie météorologique), mais avec le sourire aux lèvres bien-­sûr ! Car c’était un réel bonheur d’entrer enfin dans cette ville et dans ma mission. Tout devenait concret. Dans ce bus qui m’emmenait vers le Point-­Cœur, par exemple, alors que je voyais défiler partout cette langue grecque que je ne déchiffrais pas encore, je souriais toujours en me disant : « Ah oui, là c’est très concret ! » Bien chargé, je suis finalement arrivé au Point-Cœur, ou plutôt à la « Maison du Cœur » (Spiti tis Kardias). Ce soir-­là et les jours qui ont suivi, j’étais accueilli non pas comme un nouveau volontaire, mais comme un frère. Un frère de communauté, nouveau membre de cette petite famille du Point-­Cœur d’Athènes. Vraiment, je me sentais plus accueilli pour ce que je suis que pour ce que je venais faire ici. Les premiers jours étaient l’occasion de m’installer dans la maison, et de me laisser guider dans les rues pour découvrir Athènes en même temps que ceux qui m’y accueillaient. Ces frères et sœurs de communauté, j’ai déjà très envie de vous les présenter car ils sont mes amis, mes premiers amis d’ici, et c’est précisément ce solide lieu de vie fraternelle qui nous permet de nous ouvrir à notre mission, à nos autres amis ! Nous sommes cinq volontaires à vivre dans cet appartement du quartier Kypseli. Il y a Adélaïde et Anaïs, deux Françaises, Roki, Ukrainienne, Santhosh, Indien, et moi, petit nouveau. Il m’a fallu quelques heures seulement pour découvrir que c’est une communauté très heureuse, très joyeuse, et ça me plaît, bien-­sûr ! On rit beaucoup ici, on chante beaucoup aussi (et bien !) C’est une chance pour moi, et je me sens très vite à l’aise au milieu de mes frères et sœurs de communauté, dans l’atmosphère qui règne déjà ici. Petit à petit, j’ai le bonheur de construire une amitié fraternelle avec chacun d’entre eux. Il y a, en réalité, un Autre habitant de cette maison, comme le sixième membre de cette petite famille. Jésus est bien là, présent dans la chapelle, au cœur de la maison. Il vit avec nous lorsque nous n’oublions pas de lui faire une place, et vient toujours avec nous visiter nos amis. Il se fait souvent tout petit, alors il faut bien tendre l’oreille pour entendre ce qu’il a à nous dire. On passe du temps avec lui, chaque jour, dans la chapelle. Tout petit, tout grand, tout mystérieux qu’il est, on fait l’expérience qu’il se laisse volontiers découvrir à ceux qui veulent le connaître !

Durant ces trois premières semaines, j’ai commencé par rajeunir de quinze ans ! Au milieu de cette nouvelle ville, baigné dans cette nouvelle langue, je suis comme un petit garçon qui tient par la main sa maman. Mais là, ce sont mes frères et sœurs de communauté qui me guident et m’introduisent à la vie qu’ils partagent déjà ici. Ils me présentent à chacun de nos amis, traduisent pour moi les conversations, me guident pour apprivoiser notre rythme de vie, dirigent mes pas dans les rues d’Athènes, m’apprennent le grec avec patience, m’aident aussi à cuisiner lorsque c’est mon tour ! Oui, à la maison, nous parlons surtout en anglais, ponctuellement en français ou espagnol, mais souvent en grec ! Au moins deux jours par semaine (et plus en réalité), la langue officielle de la maison, c’est le grec. Pour l’instant ce sont effectivement les jours où l’on m’entend moins parler, mais cette immersion permanente dans cette belle langue est très efficace et petit à petit, « siga, siga » comme disent sans cesse les Grecs, je m’en imprègne. Peu après mon arrivée, nous avons découvert que l’école de notre quartier accueille le soir des cours de grec ouverts à tous et de différents niveaux ! Parfait pour nous, et à deux pas d’ici ! Je dois donc dire que, pour l’instant, cet apprentissage du grec est plus agréable qu’handicapant, et puis nous avons la chance d’avoir certains amis anglophones ou même francophones. Toujours comme un petit garçon, j’apprends ici à apprivoiser les bonheurs des petites choses. La simplicité de ma vie de volontaire est saisissante, et un peu déstabilisante parfois, mais me semble au fond très juste, très à-­propos. Par exemple, le soir je m’étonne parfois du « peu » que j’ai accompli aujourd’hui : nous avons simplement visité tel ami l’après-­midi, simplement croisé le regard de tel autre dans la rue, simplement vécu en communauté, et voilà ! Pourtant, je m’étonne au même moment de ressentir que cette journée était belle de cette simplicité, qu’elle soit chargée ou non, qu’elle était aussi utile ou réussie que la précédente, que ce sourire échangé était infiniment utile. D’autres jours, c’est vrai aussi, il m’est donné de vivre quelque chose d’extraordinaire, et ce jour sera très précieux aussi. Ainsi, je rencontre, petit à petit, la posture juste de notre Présence ici, qu’il est parfois difficile à comprendre ou adopter, et d’autres fois parfaitement évidente et naturelle. Ce qui est certain, c’est que chacune des journées est « intense », je suis bien fatigué en me couchant ! Et cette vie simple est rythmée par la prière. Encore autre chose qui devient concret depuis mon arrivée, c’est que notre vie de foi, cet Autre, est vraiment la source à laquelle on vient puiser pour vivre la mission. Alors, on vient à la source plusieurs fois par jour : nous chantons ensemble les psaumes dans notre chapelle le matin et le soir, et participons à la messe, le plus souvent dans notre chère paroisse Agia Teresia (Ste Thérese).

 

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SImon S.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Les grands yeux de Christos

Christos et Adélaïde, au début de sa mission à Athènes

Après des mois sans se voir dans les rues d’Athènes, Adélaïde rencontre Christos, ce sans-abri aux grands yeux. Mémoire de la rencontre, souvenir de « quelqu’un qui m’aime »…

Au début de ma mission, je vous avais parlé de Christos, un sans-­abri d’une grande générosité, qui avait la fâcheuse habitude de traverser la route comme un fou malgré toutes mes supplications. Vous vous rappelez ? A l’époque où je vous ai écrit, il avait quitté son coin de rue et je pensais ne plus le revoir. Mais, quelques semaines après, il est revenu, bien plus maigre et bien plus perdu : la drogue a dévoré Christos qui, aujourd’hui, ne me reconnaît plus, ou plutôt ne me regarde plus, les yeux perdus, vides. Il erre dans les rues d’Athènes, et ne demande que deux choses : cigarettes et argent. Que faire ? Je peux être en colère contre la police grecque, hurler contre les dealers, contre le système, l’injustice et tous ces grands mots, mais après ? Alors quand je le croise et que j’en ai la force, je lui dis bonjour, avec un « on ne sait jamais » dans un coin de mon esprit. Et puis l’autre jour, je me suis perdue. Pour ceux qui me connaissent bien, avec un peu de fatigue, je peux me perdre dans ma propre chambre. Alors à Athènes… Musique dans les oreilles pendant mon jour de repos, je visite, tête levée, je marche encore et encore et puis, soudain, je réalise qu’il est plus de minuit et me retrouve à devoir rentrer à pied. La grande rue de Panepistimiou est vide. Presque. Je reconnais au loin le déambulateur de Christos et ses jambes trop minces, à présent, pour le soutenir correctement. J’ai alors une première réaction (et pas la plus belle), j’envisage de prendre l’autre trottoir, fatiguée de le voir ainsi, décharné, vide. Et puis, un dernier élan (de quoi ?) me prend : « Bon, j’essaie encore une fois. » Je passe à côté de lui et lance un timide : « Bonsoir ». Christos se retourne, me regarde, et alors je retrouve ces grands yeux. C’est bien moi qu’il regarde. Il me prend les mains et m’embrasse comme si on s’était perdu de vue depuis dix ans. Il me parle de ses projets de nouvelle vie, de son désir de tout recommencer à zéro, de trouver du travail et j’ai un pincement au cœur en écoutant ce que nous savons tous les deux irréalisable. On se retrouve dans cette rue rien que pour nous, à fouiller les poubelles, à parler de tout et de rien. Cette situation improbable me fait sourire et je me demande si au fond il m’a bien reconnu ou si c’est encore un effet de je ne sais quel produit. Mais la discussion retombe et Christos me regarde du coin de l’œil. Il me dit très posément : « Tu sais, maintenant je fais attention quand je traverse. Je regarde à droite et à gauche et j’attends le feu. » Je m’arrête de marcher. Il ajoute : « Parce que je me souviens que quelqu’un qui m’aime m’a dit de faire attention à moi. » Christos, mon Christos, le cerveau détruit par la drogue, se souvient de mes tentatives maladroites de le protéger. Malgré tout ce qui a été dévoré, le geste d’amour est encore là. On s’est échangé nos numéros, pour rien probablement. Je suis repartie, la rue vide mais le cœur débordant d’amour et de gratitude, avec la certitude que je ne pouvais décidément être sûre de rien.

 

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

« Je ne suis pas venue faire une cure zen »

Bertille pendant sa formation à Vieux-Moulin

Avec ses mots, Bertille, fraichement arrivée au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, se laisse bousculer et découvre la compassion au cœur de ses rencontres.

Le moustique de la Providence :
Un beau matin d’hiver, la poussière s’étant levée sur Lima et les oiseaux chantant, je m’en allais gaiement sur mes nouvelles terres quand soudain, je fis LA rencontre : Roxana. On tambourine à la porte et quand Andzrej (volontaire polonais) ouvre, un ouragan vêtu de rose pétard entre, tourbillonne dans la cuisine, s’assoit, réclame un thé, se lève, salue tout le monde et se rassoit en réclamant de quoi faire un dessin. Gaëtan me présente Roxana, « qui fait quasiment partie de la communauté car elle vient tous les jours à chaque repas ». L’intéressée me repère, se relève, me salue, se rassoit, se relève, me fait un câlin… Le repas se passera dans la même ambiance, en l’écoutant redire dix fois les mêmes choses sur sa maman qui est à l’hôpital. Elle a environ trente ans et souffre d’un léger handicap. Elle prend tout l’espace sonore pour parler ou manger d’une façon particulièrement… créative, et pourtant toute la communauté la gère avec disponibilité et patience, joyeuse de l’avoir pour le déjeuner. Le soir, quand je suis fatiguée et que j’ai besoin de tranquillité, elle revient. Elle m’apparaît rapidement comme un petit moustique de la Providence, celui qui vient me tournicoter autour et m’embêter en me demandant pourquoi je perds patience. « N’étais-­tu pas venue aimer les plus moches et ceux que personne n’aime ? Tu es sûre que c’est suffisant d’aller papoter avec les petites mamies qui te disent que tu es belle ? » Et bim. Je n’aime pas toujours son humour mais je suis quand même contente qu’elle me rappelle que je ne suis pas venue faire une cure zen, « se trouver à travers l’autre dans un pays lointain ».

Premier match Souffrance vs. Bertille, 1-­0 pour la souffrance :
J’ai fait ma première visite au Hogar de la Paz (Foyer de la paix) avec les Sœurs de Mère Teresa, où nous allons tous les vendredis. Ce que j’ai vu là est à la fois terrible et magnifique. Ce qui est terrible est la souffrance qu’il y a partout et qui obnubile au début. Ce qui est magnifique est le formidable espoir de tous les gens valides qui s’occupent des garçons avec un naturel et un amour que je n’avais jamais vus. Ce lieu ressemble à une cour des miracles avec des saintes en sari blanc immaculé qui s’agitent partout avec un grand sourire amoureux de la vie et des autres. Elles semblent survoler les difficultés, la souffrance, la laideur et la difformité, pour ne donner qu’un amour joyeux. Soit elles n’ont pas été construites dans le même matériau que les humains, soit le ciel a un sacré service « Mère Teresa ». Ce que j’avais connu en France du handicap était plus ou moins une particularité d’un des enfants de la famille, qui ouvre le cœur de tous ceux qui l’entourent. Ici, j’en ai vu un versant beaucoup plus agressif et solitaire. Notre mission est de donner à manger aux garçons (facile). J’essaie avec un premier et c’est un échec complet : il semble dormir, je n’arrive pas à le redresser bien et à lui ouvrir la bouche car j’ai peur de lui faire mal. La permanente me dirige vers un autre, « plus facile » : Angel. Il a quatre longues dents en bas et pendant tout le temps où j’essaierai de lui donner à manger, j’entendrai ses dents crisser sur la cuillère en inox pendant qu’il essaie d’avaler ce que je lui donne. Ce bruit me vrille encore les oreilles. Il doit avoir environ trente ans ; trente ans, coincé dans un corps qui ne comprend pas comment on fait pour avaler… En passant devant un garçon à l’air sombre et perdu, Charlotte me prévient que je ne dois pas le saluer, lui parler, ni même le regarder dans les yeux, sinon il fait une crise. Il souffre d’une forme d’autisme particulièrement dure. Il erre toute la journée sans but, sans pouvoir entrer en communication avec personne. Il m’est insupportable de le voir ainsi, sans pouvoir rien faire. Ceux qui sont en chaise roulante peuvent au moins voir ou entendre qu’il y a des gens qui prennent soin d’eux, communiquer un tant soit peu… Je suis restée interdite devant eux, je ne sais pas comment absorber ces souffrances qui sortent de tous les côtés. Je ne sais pas comment être efficace, sans perdre de vue l’objectif : il s’agit d’offrir une amitié respectueuse. J’ai au moins appris que la première étape est de prêter attention à tous les petits détails : les Sœurs expliquent que chaque chose doit être faite en pensant à l’importance de la personne que l’on sert, jusque dans la façon de tout briquer, changer d’assiette pour chaque plat ou bien mettre la serviette d’anniversaire le jour dit. Dur dur l’apostolat, mais éclairant : je ne suis pas là pour rien et il y a du travail.

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Bertille D.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

Dernières recommandations

 Après deux ans de mission à Bangkok, Anne-Laure est rentrée en France. Elle recommande une dernière fois ses amis thaï à la prière de ses parrains :

Anne-Laure à Bangkok

Cette lettre est un peu différente des autres, et les nouvelles des Amis ne sont plus aussi fraîches et directes, mais ça ne fait rien, sur place ou non, c’est bien d’eux qu’il s’agit ! Skype, le portable et les lettres ne remplacent pas le vis-vis et cette Joie de la rencontre que j’ai goûtée pendant ces deux années, mais restent des supports précieux. Peu après mon retour, j’ai eu la Joie d’avoir certains amis au téléphone, comme Phi Jaq et Pa Noï pour leur anniversaire. Quelle Joie d’entendre le son de leur voix, comme si les kilomètres avaient à nouveau disparu ! Et ils avaient l’air si touchés eux aussi. Depuis, ils ont perdu un neveu dont ils s’occupaient, qui s’est tué à moto… Ils sont très ébranlés. Marianne me disait la semaine dernière qu’un autre vendeur de kanomcroks (les petits gâteaux qu’ils font) s’est installé dans la rue, ce qui ferait croire à un acharnement du sort contre eux. Pa Noï semble, avec ces évènements récents, perdre la force et la volonté de se battre. Le cri de leur cœur s’exprimerait bien par un énorme « à quoi bon » de plus en plus fort. Alors priez pour qu’ils aient toujours en eux cette force et cette volonté qu’il leur faut pour affronter leur vie, je sais qu’ils en ont en réserve.

Priez pour Naa, qui en ce moment a des difficultés avec son mari, le moral n’est pas au beau fixe. Une question de possible grossesse que lui ne voudrait pas et lui reprocherait… Mais rien n’est très clair, si ce n’est qu’elle a besoin de trouver un amour et une confiance durable dans son couple. Mina, leur fille commune, soufflera sa première bougie le 21 novembre.

Des nouvelles tristes de Lung Sunant, pour qui je fais aussi encore appel à vos prières ! Il a une copine, de trente ans moins âgée que lui, sortant de prison et addict aux drogues. Depuis que Lung est avec elle, il a goûté de nouveau à l’alcool, dont il aura mis une vie à se défaire. Et ces derniers temps, il vient souvent au Point-Cœur, ivre, et les filles ne savent pas très bien quoi faire.

Mee Sin va bien apparemment ! Ce qui est une très bonne nouvelle car niveau santé pour elle aussi, il y avait jusque-là toujours quelque chose pour la priver de répit. Espérons qu’elle va rester en forme ! Elle aussi en a besoin pour assumer l’effort physique qu’impose son travail.

Chacun d’eux me manque, il n’y a pas un seul jour sans que je pense à eux, aux enfants, à mes chères sœurs de communauté. Je sais qu’il me faut vivre hic et nunc… et en même temps, ils restent une part importante de moi.

…Et la France alors ? Et bien, le Bon Dieu continue de veiller sur moi comme un papa. Mon retour, même si je vous l’avoue, ce n’est pas une période évidente, a été et est bien guidé par la Providence. Je le vois, une fois les évènements derrière : master, logement, et même job d’été, tout a été pour renforcer cette certitude que je ne suis pas toute seule dans mes recherches, si longues soient-elles. Tout m’a été donné. Une expérience répétitive, comme pour confirmer celle de ces deux années passées à Bangkok.

 

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Anne-Laure M.
Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande

Au cœur de la souffrance, le besoin d’une Mère

Dans le Sud, Anne a une mission particulière auprès des personnes hospitalisées. Elle les visite, les écoute, les console, prie avec et pour eux… parfois jusqu’au grand départ. Voici quelques visages, témoins de foi !

Anne en mission à Flassans

S. a été hospitalisée quatre mois. Elle a désiré recevoir la communion chaque semaine. A chaque fois que je suis allée la voir, elle remerciait Dieu pour tout. Elle m’a dit : « J’ai eu des moments très difficiles dans ma vie, mais il y a toujours eu des personnes pour m’aider.» Durant toute son hospitalisation, elle ne s’est pas plainte. Elle était pleine de gratitude pour le personnel soignant, reconnaissant que c’était beau de pouvoir être soigné. Elle a subi une opération très importante pour soigner un cancer du colon. Le médecin était étonné qu’avec une telle opération, elle ait si bien réagi ! S. était, pour tous, une belle présence. Un jour, elle m’a dit qu’elle cherchait tout ce qu’elle pouvait, pour l’offrir à Dieu et qu’elle ne voulait rien perdre de tout ce qu’elle vit, toute contrariété, toute peine, toute douleur, toute souffrance, vivant avec cette conscience qu’elle participait au Salut des âmes, en offrant ses souffrances. Quelle foi ! Elle restait « aimante », même dans ce contexte difficile de la souffrance. Elle me disait que la mission des trois enfants à Fatima, au Portugal — qui avaient eu des apparitions de la Vierge Marie en 1917 —, et à qui Marie avait demandé justement d’offrir tout ce qui leur était pénible pour le Salut des âmes, l’aidait beaucoup !

Je voudrais vous confier M. Il vient d’avoir un AVC. Il est en fin de vie. Il venait chaque mardi à la messe. Depuis quelques mois, sa santé ne lui permettait plus de venir à la chapelle. Il restait alité. Mais, chaque fois que nous lui portions la communion, le prêtre ou moi, il nous disait : « Je vous attendais ». Cet homme a une grande soif de Dieu. Tout ce qu’il disait n’était plus cohérent. Mais son désir de la communion et son désir de prier étaient bien là, toujours plus grand. Il avait les larmes aux yeux, chaque fois qu’il recevait le Corps du Christ ! Il est tellement humble et tout abandonné. C’est très beau d’être témoin de cette qualité du cœur. Il n’a pas de famille qui vient le voir et, cela, depuis des années. Nous nous relayons avec les membres de l’aumônerie pour prier à ses côtés, durant ces derniers instants.

Quand nous visitons les personnes âgées qui perdent leur faculté mentale, nous constatons souvent un développement d’autres facultés, par exemple celles du cœur. Elles deviennent beaucoup plus sensibles. Elles ont un grand besoin de présence, d’amour. Elles cherchent beaucoup le contact, elles prennent facilement les mains. Et, régulièrement, des personnes demandent leur maman. Elles nous parlent d’elles comme si elles vivaient encore ! C’est à l’âge où nous sommes le plus vulnérable, que nous demandons une maman mais, en réalité, nous en avons toujours besoin. L’homme a besoin d’une Mère ! Ainsi, Dieu, dans son grand Amour pour l’Homme, lui en a donné une !

 

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Anne L.
En mission à Flassans-sur-Issole

L’hospitalité, réponse à la solitude

Antonine est au Point-Cœur de Chengalpett en Inde, auprès des ces amies, elle découvre et vit une hospitalité du cœur qui répond à beaucoup de maux.

Les filles du Point-Cœur de Chengalpett avec Ponomma

Nous poursuivons nos visites hebdomadaires à la léproserie dans les deux parties réservées aux femmes : d’un côté, le block, où les lépreuses habitent de petites maisons enfouies dans la nature et, de l’autre, le ward, une grande salle où sont alignés une trentaine de lits en fer pour les femmes ayant besoin d’un traitement. Chaque semaine, mon affection grandit pour ces femmes qui nous ouvrent leur cœur et donnent leur amitié. Elles sont toutes très touchantes, chacune à sa façon, leur caractère étant différent. Elles veillent les unes sur les autres, attentives à ce que nous puissions passer du temps avec chacune d’entre elles. Je vous avais parlé, dans une lettre précédente de Sucilamma, toujours aussi énergique et bavarde. Il y aussi Ponamma, beaucoup plus calme et sereine, mais infiniment seule. Ne pouvant plus se déplacer, elle passe ses journées entières assise ou allongée sur le seuil de sa maison, sans se plaindre. Sa famille habite trop loin pour venir la voir. Chaque visite que nous lui rendons la rend heureuse, nous dit-­elle. Malgré sa solitude, son regard dégage une paix bouleversante. Il y aussi Alemele et Shanti, deux voisines et amies prenant soin l’une de l’autre. Ici, la solitude est leur plus grande pauvreté, aussi, notre présence n’est pas optionnelle.

Sarala et Antonine

Voici Sarala qui vient au Point-­Cœur tous les matins, après avoir déposé ses deux filles de quatre et sept ans, Magalaxmi et Sarana, à l’école. Son mari étant alcoolique, c’est elle qui doit subvenir aux besoins de la famille, en échange de quelques travaux rémunérateurs. Son visage est marqué par la souffrance. Elle a trente-­deux ans, mais en paraît cinquante. Ses visites sont simples : nous bavardons autour d’un café, elle est toujours curieuse de savoir comment nous vivons dans nos pays. Moi, qui me plains toujours que mon tamoul soit très limité, avec elle, je me surprends à pouvoir parler de tout. L’heure tourne à chaque fois trop vite. Sarala essaie toujours de repousser le moment où elle doit aller travailler. Je crois sincèrement que notre présence quotidienne et notre affection pour elle l’aident à garder espoir, à apaiser sa solitude, à se battre jusqu’au bout et à vivre joyeusement, surtout lorsqu’elle est entourée de ses filles. Il est toujours difficile pour moi de décrire ce que je vis ici. Notre quotidien est fait de petites choses. Ma vie à Points-­Cœur, depuis onze mois maintenant, c’est avant tout être proche de celle des autres, accueillir chaque jour les enfants, être attentive à chacun d’entre eux, visiter et recevoir nos amis pour écouter leurs inquiétudes, leurs peines, leurs souffrances. C’est aussi partager leurs joies, autrement dit, avoir une vraie hospitalité du cœur. Difficile d’avoir une hospitalité simple et vraie quand nous nous trouvons dans un pays où l’hospitalité fait partie intégrante de la culture depuis des siècles et, qui plus est, au milieu des plus pauvres qui, eux, savent nous accueillir avec le cœur, sans prétention.

 

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Antonine L.
Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett

Honorino et la beauté du cœur

Honorino, Agnès et Pauline au Costa Rica

Pauline est au Point-Coeur du Costa Rica où elle a fait connaissance d’Honorino sur le marché où il vend des fruits et légumes…

Il est temps de vous présenter un nouveau visage, celui de Honorio. Il vit dans un petit village entouré de montagne à 1h 30 de San José où il cultive toutes sortes de légumes et de fruits. Il est vendeur au petit marché près de chez nous. Depuis janvier, nous avons obtenu le droit de demander à chaque vendeur s’il a la possibilité de nous donner un petit quelque chose. Cela nous aide à réduire les frais en alimentation. Certains nous donnent une pomme, d’autres un sac de légumes, chacun selon ce que son cœur lui dicte et selon ses possibilités. L’amitié avec cet homme grandit petit à petit et plusieurs fois, il nous avait proposé d’aller connaître un lieu touristique près de son village. Il y a deux semaines, nous avons donc décidé de partir pour une journée sans trop savoir ce qu’on allait faire. Arrivées au village, nous montons dans une voiture qui nous mène au lieu touristique. De l’eau chauffée naturellement car les veines d’un volcan y arrivent, sauf que l’eau vient d’un tube et qu’elle termine dans un bac en ciment où l’on peut se baigner. J’étais déçue de voir qu’il ne restait plus rien de l’aspect naturel de l’endroit et on décide alors de changer les plans. Honorio nous propose une balade jusqu’à son village : 2h15 de montée raide nous attendent au milieu d’une forêt humide et tropicale. Nous arrivons dans sa maison et en entrant, je découvre un monde que je ne connaissais pas, le monde des paysans. L’humilité et la simplicité sont les mots qui me restent. Nous parlons un peu avec sa sœur qui vit dans la même maison et qui se presse de nous cuisiner une omelette. Elle était tellement contente de nous accueillir sans même nous connaître. Honorio nous disait pendant la montée que celle qui arrivait la première en haut gagnait deux verres de lait. Deux verres de lait se réduisaient pour moi à ouvrir un carton de lait et à le servir dans un verre. Mais j’ai compris que pour lui, deux verres de lait étaient le travail d’une vache à traire. Oui, cela a de la valeur ces deux verres de lait. En nous disant au revoir, il nous tend une bouteille de miel. Quel beau cadeau ! Je reste très touchée par cette rencontre car avec peu de mots et quelques gestes, cet homme nous a montré les bras ouverts toute sa pauvreté et sa simplicité. Il avait ce désir de nous montrer d’où il venait et sans peine il nous a montré toute sa réalité.

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Pauline F.
Volontaire en mission au Costa Rica

Avec Victoria, une histoire de confiance qui grandit

Victoria, 10 ans et assoiffée d’amour ! Fidèle du Point-Cœur de Simões Filho

A 10 ans, cette jeune voisine du Point-Cœur de Simoes Filho au Brésil, a du mal à s’intégrer à cause de son handicape, mais l’amitié peut naitre grâce à la confiance.

Victoria a dix ans, elle est la huitième de neuf enfants. Son père est décédé alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère qui a souffert d’un traumatisme. Victoria est née avec une sorte d’autisme, un trouble du comportement. Elle est d’une grande agitation. Elle ne peut pas suivre les cours normaux, il lui faut une école adaptée (pour les enfants TDAH) qui n’existe pas dans notre ville. Par conséquent, elle traîne souvent dans la rue et arrive parfois à n’importe quelle heure chez nous… Au début de ma mission, je ne voyais en elle qu’une tornade, ne comprenant rien à sa façon de parler, (elle mange ses mots, quelques-uns seulement sont compréhensibles) n’en faisant qu’à sa tête, n’écoutant personne, d’une grande sensibilité lorsqu’on la reprenait. Pendant les permanences, elle était incontrôlable, insultant les autres enfants qui la rejetaient ayant peur : il y avait peu de moyen de communiquer avec elle. Ses sœurs l’on rangée dans la case « cas spécial » et ne s’en soucient plus vraiment, pensant que son sort est incurable et qu’il n’y a rien à en tirer. Elle souffre donc d’un manque d’amour et de tendresse. C’est à ce moment-­là que je me suis dit qu’il y avait des choses à faire avec elle. Petit à petit, je lui ai prêté plus d’attention, j’ai cherché non pas à la changer comme les autres enfants mais à l’accompagner, à m’intéresser à ses créations, dessins etc. À travers cela, j’ai réussi à créer une relation basée sur la confiance, l’écoute, l’acceptation de cette différence, sans jugement. Elle m’a accepté tel que j’étais et m’a aussi aidé à m’accepter moi-­même. Depuis ce temps, elle passe quasiment tous les jours chez nous, plus d’une fois j’ai eu l’occasion de ne m’occuper que d’elle pendant les permanences, elle est réellement intelligente mais cette intelligence demande une certaine structure, car Victoria est un peu éparpillée. Elle adore dessiner des corações, une façon à elle de montrer qu’elle a un grand cœur. Elle a beaucoup d’attention, c’est juste que la façon dont elle le fait est parfois hors du commun. Lorsque nous préparons le déjeuner, elle nous aide à sa manière mais elle est de plus en plus concentrée, attentive. Lorsqu’elle vient, elle se sent aimée, appréciée, par conséquent les enfants et sa famille nous imitent pour l’accepter tel qu’elle est. Pour moi, elle a grandi en maturité en quelques mois, c’est incroyable ce changement avec un peu d’amour. J’apprécie fortement le moment du chapelet lorsqu’elle y participe avec nous, c’est elle qui choisit qui va faire la dizaine. Lorsque c’est son tour, nous ne comprenons que deux mots : Maria et Jésus. Les deux plus importants. Un moment qui m’a beaucoup ému fut lorsque je fus seul dans la maison. Je m’apprêtais à faire mon heure d’adoration quand Victoria est arrivée pour jouer et dessiner. Je lui ai dit que ce n’était pas le moment et que j’allais prier avec Jésus, je lui ai proposé de venir m’accompagner en pensant qu’elle allait refuser mon offre. À ma grande surprise, elle a accepté et je lui ai donné quelques livres pour l’occuper. Ce fut incroyable. Notre Victoria « tornade » était calme, tranquille, chantait de temps à autre. Ce fut une expérience d’une grâce immense qui m’a beaucoup touché. Victoria est revenue par deux fois depuis : me voyant à genoux la dernière fois, elle m’a proposé un siège-­prière, quelle merveilleuse attention !!

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Arnaud dSP
Volontaire au Point-Cœur de Simoes Filho

Un tourbillon de vie dans la rue de la joie !

Notre rue sous l’eau, c’est aussi un jeu !

Joseph est arrivé début août au Point-Cœur de Dakar et découvre ces petits amis grouillants de vie, et de joie !

Le Point-­Cœur ici est un tourbillon de vie. Dans le quartier où nous vivons, j’ai renoncé à compter les enfants. On l’appelle d’ailleurs le Point-­Cœur de la joie… et comme ça se comprend ! Rien que notre petite rue contient je dirais de près de cinquante enfants de moins de quinze ans. Et ces enfants, trop à l’étroit dans ces appartements d’une ou deux pièces où ils logent avec leur famille, ont choisi la rue pour terrain de jeu. C’est un terrain de vie même, pour faire la lessive, la cuisine, faire ataya (le thé), etc. Ma fenêtre donnant sur la rue, j’ai eu de nombreuses fois l’envie d’enregistrer quelques minutes de l’invincible énergie de Kiki, Sokhna, Bintou, Younous, Ahmed, Kumpa, Mario, Djimmy, Mathias, Alexis, Maurice, Lamine, Marta, Berta, Nancy, Hélène, Marie-­‐ Christine, les Maryama, les Omar, les Thérèse, les Rose, Mbaya, Charly, les Alphonse, Tony, Jekka, Bala, Alpha, et tous les autres. Tous ces enfants qui jouent jusqu’à 23h ou minuit à toutes sortes de jeux inventés ou inspirés… qui les font courir, chanter, danser, sauter, pousser des pneus, lancer des cailloux… En réalité, ils ne sont presque calmes que quand il fait vraiment trop chaud, ou quand ils jouent aux billes. Mais ça, c’est le luxe, la classe. C’est leur billard à eux, les petits ! Je me souviens de cette fois où à 21h, Alphonse moyen (j’en connais déjà au moins trois) et Lamine commençaient à se disputer devant le pas de notre porte, pour une histoire obscure de morceau de plastique faisant office de ballon. Il a fallu les séparer et prendre le plus excité à part, mais soudain inspiré, j’ai tracé un cercle par terre pour lui expliquer un nouveau jeu, et la rue s’est transformée en arène pour combat de coqs. Devant l’engouement suscité par le jeu, je rentre et reviens aussitôt avec une corde pour bien marquer le cercle. Et les duels s’enchaînent, avec les acclamations des enfants attroupés autour, de temps en temps interrompus par le passage d’un scooter ou d’une voiture, et reprenant de plus belle, les uns s’écharpant pour jouer avant les autres. « Moi ! moi ! moi ! Je veux jouer aussi ! » L’improvisation devient quasiment championnat ! Le rôle d’arbitre est surhumain… A peine le temps de dire ouf, et il est déjà 22h30. Bref, Paris a sa rue de la Paix, Dakar a sa rue de la Joie.

D’après certains, je n’ai pas tellement choisi la saison « la plus facile » pour arriver. De fin juillet à fin octobre, c’est « l’hivernage » à Dakar. Je n’ai pas encore saisi le lien avec l’hiver, donc comprenez plutôt : saison où il y a de bonnes grosses pluies assez fréquentes, avec de grosses chaleurs quasi quotidiennes. La saison des moustiques, et où la poussière vous colle à la peau. C’est aussi pendant l’hivernage que les pluies provoquent parfois des inondations ! Le quartier se transforme en une Venise à l’eau douteuse, le temps que s’écoule on ne sait où ce trop plein des égouts. C’est alors un grand moment d’entraide avec nos voisins, manière de vivre cela dans la bonne humeur. Lors des six inondations que nous avons eues au mois d’août, ce fut profondément touchant de voir même de petits bras porter des seaux aussi lourds qu’eux. Comme Tony se précipitant dès que l’on s’aperçut du reflux des égouts par les canalisations de la maison. « Quelle mec ce mec ! » aurait dit une de mes amies… bravoure et don de soi chez cet enfant, remplissant, portant, vidant, revenant, sans faire de pause… déjà tellement grand ! Un enfant qui dès le début m’avais surpris par la dureté de son regard, celui des enfants qui ont grandi trop vite, alors qu’ils sont encore à l’âge de jouer. Mais parfois, un sourire, et il vous prend la main pour marcher quelques mètre avec vous dans la rue, vous disant sans parole qu’il vous a adopté, que vous êtes un peu de la famille.

 

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Joseph deL.
Volontaire au Point-Cœur de Dakar

Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P.
En mission à Bangkok

Marta, Daniel, et nous, trois mondes se rencontrent, et pourtant….

Kelsey, Viviana avec sa fille Antonela, et Daniel

Au Point-Cœur de Montévidéo en Uruguay, Mathilde raconte ces rencontres qui deviennent exceptionnelles, d’où naissent des amitiés.

Marta, nous l’avons rencontrée lors de ce dîner de bienfaisance au profit de notre Point-­Cœur, où elle s’est liée d’amitié avec Carole (volontaire). Elle nous attendait alors pour nous recevoir chez elle notre jour de repos. Daniel est l’ami de Viviana et ils se sont installés ensemble récemment près de chez nous. Les premières rencontres sont toujours un peu exceptionnelles, quelque chose se passe, surgit dans nos cœurs, des étincelles, une soif immense qui nous appelle à d’autres rencontres.
Voilà comment naissent les amitiés. Il en fut ainsi avec Viviana. Nous connaissions déjà ses enfants car ils étaient arrivés, seuls, au Point-­Cœur à diverses occasions, puis Karen, la sœur de Viviana, qui prit soin des enfants alors que Viviana était en prison. C’est Kelsey et Dominika, qui, guidées par Karen, sont allées visiter Viviana récemment sortie de la prison. Une visite incroyable où, dès le début, Viviana, pauvre en tout, a ouvert son cœur aux filles, simplement, partageant ses nouveaux pas de maman, titubant dans le monde : découvrir son autorité et son amour maternel, cuisiner pour eux, se procurer ce dont ils ont besoin… et tout cela sous un toit de tôle étroit, qui laisse passer l’eau de la pluie… Tous ces premiers mois, chaque nuit de pluie, combien je pensais à eux… Si la pluie battait trop fort, elle devait prendre ses petits et aller demander humblement refuge à sa sœur… Aujourd’hui, la maison s’est un peu arrangée. Suite à cette visite, les filles invitent Daniel et Viviana à déjeuner chez nous dès le lendemain. Le jour suivant, il est 13h et nos invités n’apparaissent pas… Venir déjeuner dans notre maison est un peu étrange et intimidant… alors Kelsey et Dominika partent les chercher et ils reviennent tous ensemble. Viviana et Daniel sont si nerveux qu’ils rient à tout instant, d’un rire que je ne voudrais plus entendre tant il est douloureux, tant il parle des souffrances vécues. Mais, petit à petit, ils se tranquillisent et la conversation va bon train, puis, tantôt ces rires, surtout ceux de Viviana, mais aussi toute une discussion qui s’alterne entre le récit de notre vie et la leur, entre leurs angoisses partagées et de grandes questions sur la foi et sur notre mode de vie. Souvent Daniel réexplique à Viviana ce qu’il a compris. Il y a un profond respect dans ses yeux, pour elle et pour nous. Et puis, c’est comme si nos réponses venaient éveiller la possibilité d’une vie différente.
Et voilà ce qu’il s’est passé avec Marta. Ce jour-là, elle allait recevoir Carole et Dominika pour la première fois. Et Marta décida de venir les chercher. Ce ne sont pas tous les amis des beaux quartiers qui s’aventurent jusqu’à notre maison… Alors, nous étions tous là, à l’heure du goûter (encas de 4h, de rigueur ici !) pour la recevoir. Nous avions disposé pour elle tous les thés que nous avions : de France, d’Uruguay et de Pologne ! Mais elle nous surprit par sa simplicité, et, à l’image des pauvres de notre quartier, elle nous partagea un bout de sa vie, les expériences douloureuses par lesquelles elle était passée. Et l’on toqua à la porte : Daniel et Viviana ! Alors que Kelsey conversait avec Viviana à la porte, Daniel entra pour nous saluer. Son visage paraissait bien lointain. Je regardais la scène : Daniel, Marta, et nous… comment cela allait-­il se passer ? Daniel s’assit et nous lui proposons de choisir un thé : « Vert ! » Il ne comprend de quoi il s’agit ! « Au citron », nous demande-­t-­il. Mais, finalement, il se laisse convaincre par Dominika et son thé polonais. Et sans que nous ayons besoin d’intervenir, Marta et Daniel commencent la conversation. Marta demande à Daniel s’il a des enfants, il répond que c’est un peu compliqué. Elle lui dit que, pour elle-­même, il en est ainsi aussi, et elle l’écoute. C’est un échange banal qui est, malgré tout, un peu extraordinaire par la simplicité et le respect qui en émane. A ce moment, il n’y a pas de différences entre Daniel et Marta, dans notre salle à manger, ils se rejoignent et échangent sur leurs vies respectives, si différentes et pourtant, comme le montre cet instant, si proches. Puis Daniel, qui semble préoccupé, nous remercie et se lève pour rejoindre Viviana. Viviana était venue demander de l’aide chez nous car, pour l’instant, c’est encore sa sœur qui gère l’argent et elle se retrouve donc un peu sans rien. Kelsey l’a écoutée, lui a donné quelques conseils. Finalement, Viviana est repartie de notre maison sans aide matérielle mais avec son sourire immense. Elle a remercié Kelsey de l’avoir écoutée, de lui avoir donné de nouvelles forces et lui disant qu’elle savait bien que Dieu ne l’abandonnerait pas, qu’il ne l’avait jamais abandonnée… Cela m’a rappelé le jour où nous avons invité à déjeuner Vivian et Wilson pour leur anniversaire. Vivian est bien dépressive depuis qu’elle a vu son fils se noyer, il y a bien des années… Wilson prend soin d’elle et, ensemble, ils prennent soin d’un neveu devenu orphelin de père et dont la mère ne peut s’occuper. Les deux, malgré leur pauvreté, ont une grande dignité, ils sont toujours si bien vêtus et leur maison si bien tenue et, tout cela, dans un style bien à eux qui leur va si bien. Le lendemain de ce repas d’anniversaire, Vivian est venue à la maison et, sur le pas de la porte, elle nous a remerciés en nous disant qu’on lui avait offert le meilleur cadeau d’anniversaire : « El amor… »

 

 

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Mathilde C.
En missoin en Uruguay

Suyapa, mendiante d’amour

Ruelle du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa

A Tegucigalpa, Solène retrouve Suyapa, cette mendiante au cœur assoiffé qui rayonne du Royaume.

De bon matin, alors que nous sortons de la messe, nous apercevons de loin Suyapa. Nous faisant un signe de la main, elle semble également nous reconnaître. Elle mendiait en effet à ce même feu rouge, trois mois plus tôt. Nous l’avions alors saluée brièvement… Naine de nature, Suyapa est une jolie femme de soixante-­cinq ans, à qui l’on pourrait aisément en donner vingt de moins, sans doute par sa voix enfantine et son visage tout lisse qui paraît échapper à la marque du temps. Elle m’a fait tomber à genoux, par sa petite taille mais aussi par sa grandeur d’âme. Elle est pour moi un témoignage vivant : « Vous savez, moi, je n’ai pas de maison, je n’ai pas à manger mais j’ai toujours dormi quelque part et j’ai toujours mangé quelque chose. Je n’ai jamais manqué de rien car je vis de la Providence divine. Le Seigneur me comble de tout. Quel Père pourrait délaisser son enfant bien-­‐ aimé ? » Avec beaucoup d’humilité, elle poursuit : « Il faut apprendre à mendier, mendier, mendier. Il faut savoir mendier. » Elle nous enseigne alors : « Le Seigneur nous envoie des épreuves pour affirmer notre foi. J’ai parfois de telles douleurs dans les jambes que je ne sens plus la force de me lever. Je demande alors à Dieu Sa force et Il me lève. » Quelle belle invitation à reconnaître sa pauvreté et à mendier la grâce de Jésus pour nous relever ! Peu après, elle nous raconte : « Un jour, alors que j’étais en train de mendier, un monsieur m’a violemment craché au visage : « Dégage ! », ce à quoi je lui ai répondu : « Que le Seigneur vous bénisse ! »» Combien son attitude est incarnation de l’Évangile. La même semaine, je médite cette parole de la Bible : « Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Répondez au contraire par une bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction. » 1 Pierre 3, 8-­‐9 Elle poursuit alors : « Quelques jours plus tard, cet homme m’a demandé pardon et m’a remerciée de lui avoir répondu avec bonté. Je lui ai dit : « Comment pourrai-­je vous répondre autrement ? Vous êtes le fils de Marie, nous avons la même Mère. Nous sommes frères. »» Suyapa est pour moi un ange que Dieu a mis sur mon chemin, afin de ne pas m’égarer, afin de m’aider à vivre la mission avec tout ce que je suis, mais aussi avec tout ce que je ne suis pas, avec ce que le Seigneur me propose de devenir par Sa grâce. C’était touchant, un moment un monsieur s’est arrêté au feu vert pour nous lancer par la fenêtre : « C’est superbe ce que vous faites ! », avant de démarrer rapidement, sans bien même nous laisser le temps de réagir. La gratuité, quelle belle chaîne de charité ! C’est fou comme l’amour est contagieux, quand on sait le recevoir. Ça me fait penser à Mère Teresa qui nous met face à nos responsabilités face au sort de l’humanité : « La paix commence par un sourire ». Simple mais puissant ! Suyapa nous confie plus tard : « J’ai en moi cette cicatrice de ne pas me sentir aimé. Et vous m’avez offert ce qu’il y a de plus précieux, votre amour dont j’ai tellement besoin, cet amour que je n’ai jamais reçu de mes parents. Ce n’est pas l’argent que je recherche, je recherche de la tendresse, quelqu’un qui m’aime. Vous êtes les anges que Dieu m’a envoyés pour m’aimer aujourd’hui. » Et alors que nous la serrons très fort dans nos bras, elle se met à prier ouvertement en pleurant à chaudes larmes : « Merci Seigneur de m’avoir envoyé ces trois petits anges. Ils m’ont vue de loin, m’ont saluée de la main, ont continué leur chemin et quelques secondes plus tard ont fait demi-­tour pour venir m’embrasser. Merci de les avoir amenés à moi, Seigneur. » Au moment de nous quitter, elle s’exclame : « Quand est-­ce que l’on va se revoir ? Comme je voudrais que vous m’emmeniez à la messe ! Comme je voudrais vous adopter tous les trois ! Je vous en prie, priez-­pour moi. Votre amour et votre prière seront mes plus beaux trésors. » Suyapa me rappelle le charisme de notre mission. Nous ne sommes pas là pour faire, mais d’abord pour être. Nous sommes là pour aimer, c’est la plus grande soif de l’humanité : être aimé. Et c’est amusant, car deux semaines plus tard, en allant me reposer à nouveau chez Alessandra, je souhaitais de tout cœur la revoir. Avec Estefanía, nous avions tout prévu : mettre le réveil plus tôt pour aller la chercher au feu, l’emmener avec nous à la messe comme elle en rêvait, et partager dans la rue un petit-­déjeuner « improvisé ». Finalement, rien de tout cela. Car au feu, pas de Suyapa ! Et à l’horizon, seulement le flux ininterrompu de voitures. C’est vrai que j’étais déçue. Mais en même temps je rendais grâce : « Merci Seigneur car tu me fais comprendre que cette amitié est Tienne. Elle ne m’appartient pas. Elle m’est donnée, je ne peux la posséder. Je la remets entre tes mains. Que ce soit, non ma volonté, mais bien Ta volonté Seigneur. Ça, c’est la liberté ! »

 

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Solène deF.
En mission au Honduras

Se sculpter un cœur de chair…

Anita et Marcos

Après un an et demi à la Fazenda, Lucie est toujours surprise de la compassion qu’ont les personnes les plus simples.

Ainsi, Anita, cette femme atteinte de schizophrénie, qui habite avec moi, me demande régulièrement si elle peut m’aider. Il y a aussi Roseane qui a un retard psychologique. Elle est parfois très agitée. Dans un éclair de lucidité, il est arrivé qu’elle me demande si je suis fatiguée. Lorsque je réponds par l’affirmatif, cela a pour effet de la calmer. J’ai aussi l’occasion d’accompagner Diego, un homme de trente ans, qui est handicapé. Il a été accueilli à la Fazenda à l’âge de douze ans. Il est assis sur un fauteuil roulant, il ne parle pas, il est dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Auparavant, il vivait dans un orphelinat. Lorsqu’il est arrivé, il criait beaucoup, il s’automutilait. Pour l’apaiser, le seul moyen était de le prendre dans ses bras. Il s’est peu à peu ouvert, épanoui. Diego aime avoir un chapelet dans les mains pour « jouer avec », cela l’apaise. Je suis aussi surprise de son étonnante fécondité. Ainsi, Ligia, une amie qui a vécu avec Diego à la Fazenda, l’accueille parfois à son domicile, dans le quartier du Point-Cœur . Une fois, lorsque je suis arrivée avec Diego, en voiture, devant la porte de Ligia, une voisine l’a interpellée : « Il est arrivé, le garçon ? » Ligia m’explique que Diego reçoit de nombreuses visites. Les habitants du quartier se sont pris d’affection pour lui. Certains jours, je prends soin de Diego, tout en ayant Maicon et Marcos avec moi. Ce sont ces deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans. Ces deux « ter-­ribles ! » sont capables de rester tranquilles, lorsqu’ils savent que je dois m’occuper de Diego. J’aime beaucoup voir les « abraços », autrement dit les embrassades qu’ils donnent à Diego. Les premiers mots de Marcos furent « papa », « maman », « non » et « Didi », le surnom de Diego. Quant à ce dernier, qui est parfois si absent, il semble être attentif à la présence des enfants. Diego assis sur le fauteuil roulant Anita aussi s’inquiète toujours pour Diego : « Qui reste avec lui cet après-­midi ? » Lorsque je dois m’absenter, je demande à Anita si elle peut rester avec Diego. Aussitôt, elle s’empresse de laisser ce qu’elle faisait pour aller s’asseoir à côté de lui. Ce que je constate aussi, après un an et demi à la Fazenda, c’est que nous n’avons pas un taux de réussite, humainement parlant, très élevé ! Nos enfants ne sont pas brillants à l’école, les situations familiales sont toujours compliquées… Ce que je peux affirmer, par exemple, avec Maicon et Marcos, c’est qu’après avoir passé quelques jours en dehors de la Fazenda, ils reviennent plus endurcis, plus agressifs. Il me semble que le fait de vivre à la Fazenda leur donne un cœur plus doux. Cela est certainement dû à la Présence du Saint Sacrement, à la tendresse de Marie, à la présence de Diego, d’Anita…
Grandir à la Fazenda est le moyen pour se sculpter un cœur de chair, un cœur plus sensible à la souffrance du prochain, un cœur où peut naître la compassion.

 

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Lucie D.
En mission à la Fazenda au Bresil

Féla, un concentré de tendresse à 105 ans !

La communauté du Point-Coeur de Cuba

Ramiro, Jirge et Féla, une longue histoire d’amour au coeur de quartier du Point-Coeur de La Havane ! Secret de longévité…

Il y a une maison dans laquelle nous nous rendons facilement, sans prévenir… que ce soit pour faire un petit coucou, demander de l’aide pour une réparation de dernière minute, ou boire un petit café : c’est celle de Ramiro, Jirge et Féla.

Féla a… plus de cent-cinq ans. Son secret de longévité ? Très simple ! Elle a eu quatorze enfants et vécu, jusqu’à ses quatre-vingt-dix ans, dans une maison, sans eau courante, ni électricité, complètement perdue au fond de la campagne cubaine. Il lui arrive de danser un petit peu, elle lave toujours son linge à la main. A cela, vous ajoutez : un paquet de cigarettes par jour, un litre de café et un humour ravageur. Exemple parfait pour arrêter de fumer ! Une petite anecdote : un jour, je suis allée lui rendre une petite visite. Elle fumait sa petite cigarette, tranquillement, dans le jardin, à côté des centaines d’orchidées de Ramiro (c’est un passionné). Le tout, en maudissant les canaris qui chantaient à tue-tête. A un moment, elle me tend sa petite trousse et me propose une cigarette. Je lui réponds que je ne fume pas. Là, elle s’arrête, me regarde avec stupeur en me demande : « Quoi ?! Et pourquoi ? » Je lui explique maladroitement, car vu son profil, ce n’est pas le bon exemple : « Parce que ce n’est pas bon pour la santé, Féla ! » Elle me regarde et rigole à moitié en disant : « Ahhhh muchachachaaa ! » Féla c’est un concentré de tendresse… Elle a le corps bien marqué par la vie ! Son grand désarroi est de ne plus avoir de cheveux… A chaque fois, elle nous en parle comme si une partie de sa féminité était partie ! Et, bien que nous lui répondions, à chaque fois, qu’elle est toute belle, rien n’y fait… elle souhaite re- trouver sa belle chevelure brune et bouclée. C’est touchant, car Jirge lui a tricoté pas mal de bonnets de couleurs différentes. Féla les porte en fonction de ses vêtements. Son regard reste pétillant et elle ne rate pas une occasion pour faire quelques petites blagues ! Ce qu’elle sait le mieux faire ce sont de longs « abrazo », de grands câlins, où elle nous murmure son traditionnel : « Ahhhhhh muchacha »… le tout avec sa voix de fumeuse toute rauque et de grandes bises. Et malgré son apparence bien fragile, je peux vous assurer qu’elle vous enlace avec une force assez incroyable. J’apprécie beaucoup aller la voir, lorsque j’ai un petit « coup de mou », car sa présence est une véritable consolation, tant elle nous offre sa tendresse, son « cariño cubano ». Jirge est sa dernière fille. Il y a quelques années, le fils de Féla est décédé. Il vivait avec elle et prenait soin d’elle. Au vu de son âge et des conditions de vie, il était impossible que Féla reste toute seule dans sa mai- son. Jirge et Ramiro l’ont donc accueillie chez eux. Jirge s’est arrêtée de travailler pour s’occuper de sa ma- man. Et oui, Féla a besoin d’une présence constante, elle ne peut jamais être toute seule. Être présent en- vers elle, c’est l’aider à se laver, à aller aux toilettes, préparer son repas, aller acheter ses cigarettes et, bien-sûr, « papoter » avec elle ! Jirge n’est pas un cas à part : beaucoup de Cubains s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs parents. Cela m’a intrigué, car je n’avais jamais vu cela… J’avais plus l’habitude des maisons de retraite.

Un jour, au cours d’une discussion, Jirge m’a expliqué pourquoi elle avait fait ce choix de vie. Tout cela réside dans l’Amour envers sa mère, sa reconnaissance envers elle, envers toute l’éducation qu’elle a reçue de sa part. Il y a aussi la situation économique de sa famille, qui lui a permis de s’arrêter de travailler. Chaque geste qu’elle fait envers sa maman, c’est avec un amour profond, un acte de gratitude… J’irais même jusqu’à dire que c’est un acte de foi, car elle prend soin d’elle avec gratuité, liberté et vérité. Elle ne « supporte » pas sa maman mais l’accompagne dans ses dernières années. Elle est tout simplement pré- sente. Quel exemple ! Ce qui me touche le plus c’est que, lorsqu’elle en parle — et je peux vous assurer que c’est toujours avec une grande émotion —, c’est plus que visible que cela la mène vers une félicité. Bien que ce ne soit pas simple tous les jours, Jirge sait, au plus profond de son cœur, pourquoi elle reste présente pour sa maman : c’est un acte d’Amour profond. En rien, elle ne regrette son choix de vie. En rien, elle ne regrette de ne plus aller travailler, voir ses an- ciens collègues. Et même si, de temps en temps, elle souhaite sortir un petit peu plus, elle dit : « C’est si naturel pour moi de prendre soin d’elle… Elle a tellement pris soin de moi, elle m’a tellement aidé ! C’est aussi ma façon de la remercier pour tous les sacrifices qu’elle a fait pour nous. »

Quel témoignage que celui de Jirge… Quel témoignage, qui m’amène à me demander ce que je ferais à sa place, qui me fait penser à toutes ces personnes âgées dans des maisons de retraite, qui ne voient leur fa- mille que deux à trois fois par an. Je pense à tous ces grands-parents, qui ne voient plus leurs enfants et petits-enfants. La solitude de la vieillesse ! Quand vous voyez Féla, c’est impossible de rester insensible ! Quand vous allez voir Fabiola (cette petite dame dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre), les histoires de Paco (un voisin), c’est impossible de se dire que la vulnérabilité du corps nous conduit à une inutilité sociale.

Dans son choix de vie, Jirge me montre la beauté de la vieillesse et l’importance capitale des personnes âgées, au sein de la famille et, plus profondément, de la société. Et surtout, elle me révèle la beauté de leurs cœurs, car, même si le corps se dégrade petit à petit, le cœur, lui, reste intact… Féla me donne envie de vivre jusqu’à cent-cinq ans ! Après, pour ce qui est des quatorze enfants et de laver son linge à la main, … cela reste à confirmer !

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Guillemette E.
En mission à Cuba

Aurélien et les enfants du quartier du Point-Coeur de Tégucigalpa

Etre en vie est une action de grâce !

Arrivé depuis quelques jours au Honduras, Aurélien nous raconte ce qui l’édifie, le surprend et lui apprend à remettre Dieu au centre de tout grâce aux rencontres qu’il fait avec le Point-Coeur.

Je suis édifié, jour après jour, par la foi et l’amour qui habitent chaque personne, chaque rencontre. Malgré les épreuves et les souffrances, leur confiance en Dieu refait surface et, souvent, le simple fait d’être en vie leur suffit pour dire « gracias a Dios ». Je sens, aussi, un profond attachement à la Vierge : Jamais une messe ne se termine sans un « Dios te salve ». Il est fréquent de voir des chapelets, soit autour du cou ou dans les voitures, et, la patronne du Honduras, la Vierge de Suyapa, est visible dans la plupart des maisons. J’apprends ainsi à mettre un visage maternel sur notre maman du Ciel. S’il est parfois difficile de mettre Dieu au centre de mon quotidien français, ici, les signes nous rappelant sa présence, grouillent de toute part (paroles d’évangile sur les murs de la ville et dans la prison que l’on visite, des médailles miraculeuses portées ostensiblement…) Qu’est-ce que c’est bon de voir et de sentir cela à chaque instant !

Je voudrais, maintenant, vous faire part d’une rencontre qui m’a bouleversé. Un lundi matin, alors que nous priions le chapelet, au retour de la messe, avec Solène et Estefania, une dame nous salua de loin avec un grand sourire. Après l’avoir saluée en retour, nous avons fait demi-tour pour partager un moment avec elle. Elle se trouvait seule, à un carrefour, et nous a confié ses soucis de santé et de famille, avant de commencer à rendre grâce pour l’instant présent et à prier pour nous !! Les larmes perlaient sur son visage, non pas des larmes de tristesse mais bien de gratitude et de joie, alors que nous l’entourions par des gestes affectueux. Notre écoute et notre chaleureuse présence était ce dont elle avait besoin, à ce moment, mais quelle foi habitait cette femme de soixante-et-un ans, qui en paraissait vingt de moins, tant sa foi resplendissait sur son visage.

Enfin, quel bonheur de vivre des messes si joyeuses et si profondes. Elles me donnent, selon moi, un avant goût de ce qui nous attend au Ciel et je me nourris énormément de tout cela ! Je découvre, peu à peu, que la simplicité (des conditions de vie mais surtout du cœur) me rapproche de l’autre et donc de Dieu. Malgré les moments où je suis fatigué, où la langue m’empêche de bien comprendre et de partager autant que je le voudrais, où je me sens impuissant face à la peine endurée par certains de nos amis, il n’y a pas à s’en faire, car le Seigneur est bien présent à travers nos amis, à travers mes sœurs de communauté et, bien-sûr, dans le Saint Sacrement, que nous avons la chance de contempler chaque jour ! Je me sens, d’ailleurs, d’autant plus proche de Jésus, que ma chambre donne directement sur notre chapelle !

 

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Aurélien M.
En mission à Tégucigalpa

Rien n’est mort !

Cécile est en mission au Point-Cœur de Brooklyn à New York. Elle découvre combien pour le Christ, rien n’est jamais mort, rien n’est jamais définitivement perdu… Souverain Maître, il a le pouvoir de tout réintégrer, même un défunt, en un instant à Sa vie, la vie éternelle.

Divina

Rien n’est mort en Divina, cette amie sans-abri, qui frappe à notre porte toutes les heures, quand elle ne s’est pas réfugiée pour une nuit ou deux à l’hôpital ou dans un immeuble. Rien n’est mort, même si nous sommes épuisés de ne plus savoir comment l’aider (toute tentative de lui trouver une solution de logement et de soins viable s’est jusqu’ici soldée en échec, depuis six ans : Divina souffre de schizophrénie). Rien n’est mort parce qu’elle est capable de nous aider dix minutes à laver des légumes et de rire aux éclats. Rien n’est mort parce qu’elle a la lucidité de crier parfois à l’aide, en larmes… Rien n’est mort parce qu’après le verre d’eau reçu à la maison, elle continuera de vivre une journée. Rien n’est mort parce qu’elle nous provoque à toujours essayer de la comprendre, à ne pas croire que l’amitié se contente de solutions toutes faites. Rien n’est mort et tout sommeille… attendant la délivrance éternelle.

Rien n’est mort en Teressa, qui a quitté, depuis vingt ans, l’Eglise catholique, après une enfance plutôt pieuse… et s’est mise à la peinture, puis, plus récemment, à la sculpture, sculptant des corps sans bras, reflets tristes et amicaux de son âme qu’elle sent « sans vie ». Rien n’est mort parce qu’une de nos conférences, à laquelle elle assiste par hasard, réveille tout en elle. Ou plutôt, comme elle me le confie samedi dernier, en voyant certaines personnes de notre communauté, leur bonté et leur attention, elle est tout-à-coup « re-révélée » à elle-même : elle se souvient de ses conversations d’enfants avec Dieu, elle retrouve, en un instant, les ailes ou les bras, qui lui manquaient : elle se sent chez elle et tout reprend son sens et demande comment réintégrer l’Eglise. Vingt ans de sommeil balayés par l’éclair fulgurant d’une présence…

Dîner de départ de Pat

Rien n’est mort dans notre amitié avec Pat, qui, après de nombreuses années à New York, dans le miséreux shelter (foyer pour sans-abris) voisin, malmenée par ses colocataires, et transportée dans des hôpitaux, sans comprendre ce qui lui arrivait, vient de pouvoir repartir pour Trinidad, d’où elle est originaire. Lors du petit dîner d’adieu que nous lui avons fait à la maison, (toutes les semaines nous visitons le shelter, et Pat était devenue une très grande amie…), ses larmes étaient bien difficiles à regarder. Mais Pat était en même temps comme « rayonnante » de l’amitié avec nous, cette amitié qui lui a permis de survivre dans la ville folle. Nous ne reverrons plus Pat, mais savons que tout ce que nous avons vécu avec elle sera intact, lorsque nous la retrouverons pour la grande amitié dans la vie éternelle.

 

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Cécile F.
Membre permanente de Points-Cœur à New York

Maria, l’amour-persévérance

Au Salvador, ce sont souvent les femmes qui par leur persévérance et le sacrifice de leur vie font vivre leur famille. Maria, une amie du Point-Cœur et des sœurs du Salvador, est de celles-ci. 

« Il nous reste peut-être quelque arbre, sur le versant, que tous les jours nous puissions revoir ; il nous reste le chemin d’hier et la fidélité d’une habitude, enfant gâtée qui se plut chez nous, y demeura et ne partit plus. »
(Rainer Maria Rilke)

En lisant ces lignes de la première élégie de Rilke, j’ai pensé à notre amie Maria, cette jeune femme d’une trentaine d’années, qui vit dans le quartier du Point-Cœur. Elle est pour moi un véritable témoin vivant de cette persévérance. Elle a grandi dans le quartier, reconnu comme « difficile » par les autorités, vivant au milieu des gangs et survivant au-delà des tourmentes et des angoisses.

Elle vit avec sa mère et son neveu, Pedro, qui a onze ans et qu’elle élève comme son propre fils. Elle a réussi avec beaucoup de persévérance à étudier et travaille actuellement dans une association espagnole comme éducatrice spécialisée en prévention dans des quartiers plus en difficultés. Elle est aussi la responsable de notre fraternité Maximilien Kolbe qui réunit plusieurs familles et amis désireux de vivre le charisme de compassion au sein de leur réalité professionnelle et familiale. Elle est d’un caractère enthousiaste et joyeux.

Il y a quelques mois, elle nous faisait part de sa préoccupation pour Pedro, son neveu. Au sein du collège il souffrait de calomnies et de moqueries et ses notes avaient baissé. De plus, lorsqu’il rentrait chez lui le soir, la grand-mère seule et malade, le recevait et perdait patience. Elle le mettait alors dehors, livré à lui-même au milieu des gangs. Après avoir échangé avec Maria, nous avons pu évoquer l’idée de le changer de structure scolaire afin qu’il soit dans un climat d’études plus serein et qu’il puisse avoir des temps d’études incorporés qui permettraient à sa tante de le récupérer le soir à la sortie de son travail.

Après avoir trouvé une structure adéquate, nous avons sollicité une de nos amies pour la prise en charge d’une partie de la scolarité. C’est une aide précieuse pour Maria qui doit assumer ces nouveaux frais qui grèveront son budget (80 dollars par mois). C’est elle en effet qui subvient aux besoins de la famille et payent les factures et charges courantes. (Pour vous donner une meilleure idée, au El Salvador, le salaire minimum est de 300 dollars pour un niveau de vie équivalent à une vie européenne). Plusieurs fois je l’ai vu se priver de manger pour pouvoir nourrir sa mère et son neveu. Avec beaucoup de dignité et de courage, chaque jour, elle trouve la force de persévérer, grâce à sa foi et son amour pour sa famille. Des femmes comme Maria, il y en a beaucoup au El Salvador. Elles sont vraiment des témoins vivants de ce jour après jour, de ce don au quotidien, dans la discrétion et le travail, le sacrifice et la dignité enracinés dans une foi profonde.

Au fil des années en terre salvadorienne, je redécouvre le sens du mot « persévérer », il devient mien chaque jour un peu plus au contact de Maria et de tant d’autres. Si la définition du dictionnaire : « Persister, demeurer ferme et constant » exprime parfaitement ce que cela signifie, je crois pouvoir dire que, quotidiennement je vois des exemples très concrets à l’image de Maria de cette persévérance qui m’édifient.

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Sr Anne
Servante de la présence de Dieu

Fatima ou celle qui m’ouvrira la porte du Ciel

Un voyage en train peut donner lieu à de belles rencontres. Sœur Aurélie, en mission à Flassans-sur-Issole, raconte : 

Cet après-midi là, je rentrais de mission, et j’étais bien fatiguée. Retrouvant ma place dans le train que j’avais quittée quelques instants, je vis qu’une jeune femme s’était assise en face de moi. Il y avait beaucoup de places libres dans le train, qui était sans réservation, aussi, il me sembla qu’elle m’attendait, et je tâchais de me préparer intérieurement.

– « Bonjour, vous êtes une sœur ? »

– « Bonjour, oui, je suis bien une sœur. »

– « Alors, vous allez pouvoir m’aider ! »

Je répondis par un sourire et bredouillai quelques mots, me sentant tout à fait incapable d’aider quiconque, étant donnée ma fatigue et le tambourinement de mon mal de tête.

Cette jeune femme s’appelait Fatima. Elle me demanda de l’argent, mais au fond, je sentais que ce n’était pas l’objet profond de sa demande, de notre rencontre. Elle me parla de sa vie, de ses parents, morts tous les deux alors qu’elle était jeune, de son frère malade, à qui elle venait de rendre visite et qui lui avait volé son argent, de son ami qu’elle venait de quitter alors qu’elle l’aimait, parce qu’elle pensait être enceinte et avait peur de sa réaction. Elle parla aussi de Dieu, de la prière, de sa foi. « Je prie matin, midi et soir. Lorsque mes parents sont morts, j’ai commencé à lever les yeux vers le Ciel. Je sais que Dieu est avec moi. » – « Peut-être qu’Il vous montre qu’Il prend soin de vous en faisant des signes ? », demandai-je. – « Oui, exactement, Il n’arrête pas de me faire des signes ! » –  « C’est grand ça. » lui répondis-je, admirant sa foi. – « C’est plus que grand, c’est puissant ! », s’exclama-t-elle en pesant ses mots. À ce moment, un monsieur assis à quelques places me tendit un gâteau. Depuis mon arrivée dans le train, il me montrait sa bienveillance par un gentil sourire, qui se concrétisa par ce présent. « Fatima, le Seigneur nous offre même le goûter ! » Nous continuâmes notre conversation en dégustant le gâteau. Puis Fatima confia : « Je me suis prostituée. C’était pour récupérer de l’argent pour aider mon frère, ce n’est pas un péché, n’est-ce pas ? » Je gardai le silence, ne sachant comment lui répondre. C’était, il me semblait, le cœur de notre rencontre. Je désirais, par mon attitude, lui montrer toute mon estime et tout mon respect pour sa vie. Elle reprit : « Après j’ai arrêté. Je sentais que ce n’était pas bon pour moi, je ne pouvais plus. » Puis elle changea de sujet. La gare de Toulon approchait. Je lui dit le sentiment qui était pour moi comme la « note » de notre rencontre : « Fatima, vous savez, en regardant vos yeux, on perçoit que quelque chose, dans votre cœur, est resté pur. » De fait, son regard était empreint de douceur et de clarté. Elle sourit. Je pris congé d’elle en me demandant si nos routes se recroiseraient un jour, et pensai soudain que, peut-être, ce serait elle qui m’ouvrirait la porte du Ciel. « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume ». À travers cette rencontre, ce verset est devenu pour moi réalité.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P.
Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

Donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida

La mission est finie et Arnault revient de Procida, en Italie. Rencontres et moments forts du départ…

Le moment du départ et de saluer mes amis pour la dernière fois fut un moment difficile, mais aussi, plein de grâces.

Je dois vous parler de Christian, que j’ai rencontré à une séance de catéchisme où je faisais un petit témoignage sur Points‐Cœur. Ce jour-­là, il m’a abreuvé de questions, je l’ai suivi chez lui, il m’a présenté à sa famille. Dès lors, il m’a écrit des lettres, fait des dessins, commencé à apprendre le français. Il sautait dans mes bras, dès que je le croisais, il m’a même dit que j’étais trop fort au foot, quand on raconte que l’amour rend aveugle… Adele, sa maman, me confie à demi-­mot qu’à la minute où il m’a vu, il m’a pris comme modèle parce qu’à la maison son père boit et s’énerve beaucoup. Emue, elle me dit qu’il retrouve une espérance. Je perçois que ce que voit Christian chez moi me dépasse totalement, à la mesure de l’amour qu’il me donne, qu’il déverse en mon cœur, comme cela, gratuitement, inconditionnellement. Au moment de se dire « au revoir », je lui dis que l’on s’appellera, que l’on s’écrira, que l’on se reverra. Je lui demande de prier pour moi et lui dis que j’en ferai autant mais, les larmes aux yeux, il saute à mon cou et je le sers fort dans mes bras, peu de mots, un grand silence. Nous nous séparons le regard triste, je ne verrai plus Christian, mon ami qui a huit ans et, jamais, ô grand jamais, je ne l’aurai imaginé, mais cela me crève le cœur. J’emporterai son amour avec moi et prierai pour lui chaque jour.

Les derniers mots échangés soulignent l’absurdité et toute la beauté de la mission car, en effet, il est absurde de quitter sa vie pour épouser un peuple et, finalement, quelques mois plus tard, retourner à sa vie précédente. Mais, la grande beauté de notre vie, ici, repose aussi en cela : dans la gratuité de la démarche et dans le fait de participer à une œuvre qui nous dépasse totalement. Lorsque je suis venu prendre un ultime café chez Loredana, elle a pris pour image Michelangelo qui expliquait que ce n’est pas lui qui faisait la statue, mais que celle-­ci était présente dans la pierre et qu’il ne faisait que la mettre au jour. Je crois que c’est exactement cela la mission que j’ai vécue à Procida, l’œuvre à laquelle j’ai participé. En cherchant à aimer nos amis jusque dans leur quotidien le plus ordinaire. Il me semble avoir taillé la pierre pour laisser la statue émerger dans le moindre de ses reliefs. Ici, j’ai appris qu’aimer c’est aider l’autre à prendre conscience du chef d’œuvre qu’il cache. Un chef d’œuvre unique qui est celui du Père.

« Bon voyage mon ami ». Au moment de partir, Enzo me dit cette phrase en français dans le texte. Il est plutôt du genre réservé, dans ces mots tout est dit. Il me remercie d’être venu, d’être entré dans sa vie, de l’avoir aidé pendant quelques temps à porter sa croix et me souhaite le meilleur pour la suite. Le voyage de retour ne fait que commencer mais, quand l’heure du départ a sonné, une sensation d’arrachement s’est emparée de moi et je crois laisser un bout de moi-­même là-­bas. Cependant je sens que je rentre en paix avec tous mes amis au cœur et leurs visages qui continueront à m’illuminer. Le sentiment qui m’anime est celui d’une grande liberté. Libre, car la mission à laquelle j’ai participé est bien plus grande que moi, car ce regard nouveau que j’ai découvert, je pourrai le porter sur le monde que je retrouve. Car il ne tient qu’à moi de donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida. Il me semble désormais que cette liberté est le trésor que je suis venu chercher, celui qui me fera vivre selon la phrase de saint Augustin : « Aime, et fais ce que tu veux ».

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Arnault S.
Volontaire au Point-Cœur de Procida

Allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

Dans l’avion de retour du Point-Cœur du Honduras, Bérengère nous partage ses premières pensées, l’essentiel de sa mission, la leçon d’amitié…

Bérengère et la famille de Maria Justina Honduras

Me voici dans l’avion de retour. Alors que dans moins de dix heures maintenant, je vais à nouveau fouler le sol français, après une mission à plus de 8 500 kilomètres de là. Il est venu, pour moi, le temps de faire le bilan de cette extraordinaire expérience humaine. Mais ô combien cette tâche m’est difficile ! Comment résumer de manière fidèle ce que j’ai vécu ici d’un point de vue spirituel, humain et culturel ? Une chose est sûre, c’est que j’ai beaucoup reçu ! Si vous saviez à quel point ! Bien plus que je n’ai pu donner. Cette mission m’a évidemment transformée, car elle m’a permise de réaliser ce que j’avais au fond de mon cœur depuis des années, d’accomplir ce à quoi j’aspirais. J’ai tant appris ! A commencer par le don de soi, quelque soit les circonstances, la patience, l’écoute, la disponibilité à tout moment, la simplicité de vie, l’humilité, la vie en communauté. J’ai beaucoup appris sur les autres, sur moi, sur mes richesses et mes limites. J’ai appris à aimer, à aimer en vérité, de manière totalement gratuite, les personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles font. J’ai appris à regarder le bien en chacune d’elles. Cela a changé mon regard sur la vie et sur ma vision du monde qui était sans doute erronée auparavant.

Oui, qu’est-­ce que je l’ai aimé mon quartier, avec ses inconvénients, mais surtout avec ses richesses, et sa plus grande richesse, ce sont ceux qui y vivent.  Que c’est difficile de quitter ceux que l’on aime ! Certes, je laisse donc ici beaucoup d’amis, mais je ne les perds pas. Ces amitiés ne m’appartiennent pas, c’est avant tout une amitié avec Points-­Cœur et c’est cela qui est beau… Les missionnaires ont beau partir un jour ou l’autre, les amitiés restent et se transmettent aux nouveaux missionnaires. Combien de fois, dans la rue, des amis du Point-­Cœur sont venus nous saluer alors que nous ne les connaissions pas encore, mais qu’ils connaissaient untel ou untel il y a quelques années ! Il n’est donc pas rare d’écouter nos amis du quartier nous parler des missionnaires d’il y a cinq, dix, quinze ou encore dix-­huit ans au début de Points-­Cœur au Honduras. Ainsi, Klaudia, Estefania, Solène et Agata vont continuer à faire grandir ces amitiés et les transmettront, à leur tour, lorsqu’elles partiront.

Mes trois dernières semaines, je les ai passées à visiter, du matin au soir, nos amis pour leur dire « au-­revoir » et les inviter à ma despedida. Que c’était difficile pour moi, mais beau à la fois ! A chaque visite, ils étaient si émus, me serraient fort dans leurs bras et ne cessaient de me remercier. Je ne comprenais pas pourquoi, car je ne leur ai offert que ma présence et mon amitié, mais peut-­être est-­ce cela même qu’ils recherchaient ? Je n’ai peut‐être pas toujours été à la hauteur, mais ce que j’ai fait, je l’ai fait du mieux que je pouvais et de tout mon cœur.

Nos amis du quartier n’ont pas grand-­chose d’un point de vue matériel. Leurs biens personnels et leurs souvenirs tiennent pour l’essentiel dans une valise, mais ils vous donnent de tout leur cœur tout ce qu’ils ont, à commencer par leur trésor le plus précieux, l’Amour.
Oui, ils vivent pauvrement, mais ne se plaignent jamais et sont heureux comme ils sont et avec ce qu’ils ont. Alors que je m’apprête à retrouver ma famille, mes amis et ma vie professionnelle. Je pense à tous les anciens missionnaires qui, avant moi, ont eu le privilège de cette expérience de tout quitter pour aller vers ceux qui en ont besoin, mais je pense aussi à tous ceux qui se posent la question de partir en mission et qui hésitent encore. Si je pouvais vous donner un conseil, allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

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Bérengère L.
Volontaire au Point-­Cœur du Honduras

Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ?

Adélaïde, en mission à Athènes, nous présente Taej, cette amie du Point-Coeur de Grèce dont la vie dramatique reçoit la lumière avec la naissance de Camilla.

Taej et Camilla à Athènes

Nous avons rencontré Taej chez les Sœurs de Mère Térésa cet hiver. Je me souviens de son ventre énorme sur ce corps de jeune fille et de ses grands yeux un peu perdus. Très spontanément nous prenons son numéro, apprenant qu’elle allait déménager bientôt. Et quelque temps plus tard, nous décidons de lui rendre visite dans son nouveau chez elle. Elle nous indique qu’il faut passer les barbelés « qui font comme une prison » puis quand on voit les « papillons et les cerfs-­volants », c’est là. La providence a voulu que l’on finisse par la trouver, dans une école retirée du centre, aux allures abandonnées, dont un des étages sert à loger des réfugiés dans des anciennes salles de classe. L’étage est recouvert de graffitis d’enfants, d’eau stagnante par-­ci par-­là, de petites chaussures un peu partout dans le couloir. Chaque habitant a la clef de sa propre douche, toutes disposées dans le couloir tandis que les robinets sont collectifs, l’un d’entre eux, défouloir de la colère d’une petite fille trône, cassé au milieu des autres. Taej nous explique que l’entrée est interdite aux hommes, il y aurait eu un meurtre quelque temps auparavant, ajoute-­t-­elle sur ce ton un peu fatigué de ceux qui en ont déjà beaucoup trop vu. Sa chambre est très vide mais avec un bon chauffage : nous sommes un peu rassurées. Elle nous accueille avec sa simplicité si touchante et nous raconte petit à petit son histoire, terrible, avec ses grands yeux d’enfant. Originaire du Congo, Taej porte l’enfant d’un des militaires qui l’a agressée lors de leurs passages dans son village. Elle explique que c’est fréquent et que le « non » des femmes n’est alors pas vraiment concevable. Elle nous dit ne se rappeler de rien, l’histoire est ensuite assez floue, moi-­même ayant eu du mal à tout enregistrer tant je me refusais à accepter qu’elle ait eu à subir toutes ses horreurs. S’en suit une tentative de quitter l’Afrique, un suicide d’une jeune femme sous ses yeux, et l’annonce de sa grossesse. Taej finit par arriver en Grèce, d’abord sur une île puis à Athènes, seule, sans nouvelle de sa famille, avec pour seule attache à son pays le fruit de cette terrible agression. Elle apprendra par la suite que sa mère n’a jamais été revue : ils ont simplement retrouvé sa maison avec le toit déchiré. Le père quant à lui était parti des années auparavant. Elle semble ne pas réaliser pleinement qu’elle est enceinte, elle dit simplement attendre de se réveiller et réaliser que ce n’était qu’un mauvais rêve. Elle nous raconte avoir décidé de ne pas avorter car cet enfant est maintenant sa seule famille. Elle semble ne rien savoir d’un accouchement et nous essayons tant bien que mal de lui donner quelques repères. Nous repartons assez inquiètes tant pour son avenir que pour celui de sa fille. Mes petites réflexes de psychologue me reprennent : comment vont-­elles pouvoir se construire sur un socle si fragile et si douloureux ? Les semaines passent, l’accouchement approche et je n’arrive pas vraiment à trouver de l’espoir. Taej a pourtant cette pureté qui me questionne : comment peut-­elle rester si innocente avec toutes les épreuves qu’elle a dû traverser ? Elle me touche en permanence par sa candeur et son humour lumineux. Elle nous parle de son passé avec une douceur très belle lorsqu’elle mentionne son père ou l’enfant qu’elle a été. Elle nous raconte comment elle a découvert pour la première fois son reflet dans l’eau (« serait-­ce une sorcière de la rivière ? ») et comment elle s’est forcée jusqu’à s’en rendre malade à manger de la nourriture « pour blanc » pour paraître plus « aristocrate ». Avec une grande simplicité, elle dit parfois se sentir triste sans comprendre pourquoi, mais quelques minutes suffisent pour que la lumière revienne dans ses yeux et qu’elle nous emporte à nouveau avec elle dans son petit village congolais. Le grand jour approche et je me surprends à vérifier très régulièrement qu’elle ne nous envoie pas un message pour dire qu’elle est à l’hôpital. Elle finit par donner naissance à la petite Camilla, il y a déjà trois mois, un accouchement difficile d’autant plus que Taej a une insuffisance cardiaque. Nous tentons immédiatement d’aller lui rendre visite et, après un certain temps dans les étages de l’hôpital (non, nous ne sommes toujours pas bilingues…) nous finissons par trouver sa chambre. Mais l’accès est réservé à la famille et Taej n’en a pas. A son retour à l’école nous allons la voir, des guirlandes de couleur à la main pour décorer ses murs si vides, entourées des petits voisins syriens, fascinés par l’arrivée de Camilla. Taej est transformée. Elle dégage une sérénité que je ne m‘explique pas bien et porte sa fille dans les bras comme si elle l’avait fait toute sa vie. Camilla est habillée comme une princesse et sa mère lui parle avec tendresse. Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ? J’en ressors déroutée. Par la suite, Taej nous raconte avoir retrouvé son frère grâce à un homme rencontré à son arrivée en Grèce. Son frère devait être enfant soldat et ayant pris peur il s’était évadé dans la forêt. Aujourd’hui, il vit au Canada avec sa femme. Quand ils se sont appelés pour la première fois, ils ne se sont pas parlés, s’écoutant simplement pleurer l’un l’autre. La semaine dernière, nous sommes allées fêter ses peut-­‐être dix-­‐huit ans (elle ne sait pas vraiment elle-­‐même son âge) dans le parc à côté de l’école. Elle m’explique quelques jours avant : « Je veux la totale ! Avec des bougies et une chanson ! » On lui a donc donné « la totale » : un gâteau avec des bougies, une chanson, un cadeau et une carte : un simple papier rose où l’on avait écrit Joyeux anniversaire. Quand elle l’a vu, elle a simplement dit : « Personne n’a jamais fait ça pour moi, je la garderai toute ma vie. » Taej, je l’ai aimée à l’instant où je l’ai rencontrée, avec ses grands yeux perdus et son sourire malicieux. Elle est pour moi un signe fort d’espoir et de joie : celui de la lumière présente en toute chose.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Nos amis qui accueillent nos amis…

Depuis déjà un an que le Point-Cœur s’est installé à Montevideo en Uruguay, les volontaires se sont liés d’amitiés avec de nombreux amis qui les ont aidés pour la fondation du Point-Cœur. Jorge est un de ceux là qui s’était chargé des travaux de la maison. 

dans la piscine de Jorge…

Jorge, chargé l’an passé des travaux de notre maison, a offert une journée sa maison aux amis de notre quartier. Avec notre fidèle amie, Liliana, et d’autres, ils ont organisés le transport, le barbecue, des lots et des cadeaux pour les enfants et Jorge nous a même prêté ses maillots de bain pour pouvoir nous baigner dans sa piscine !

Le départ du quartier fut épique car il nous fallut rassembler nos amis au petit matin d’une nuit de fête, et cela, sous une pluie battante. Pour cette raison, les maillots de bain avaient été abandonnés ! Mais le soleil est doucement arrivé et ne nous a plus quittés !

Je fus marquée par la fraternité entre tous. Il semblait ne plus y avoir de différences entre nos amis du quartier et ceux qui avaient tout organisé. Et puis, chacun avait son espace et cela, non en fonction de son importance, sinon de ses talents. C’est ainsi que Sulema nous a offert un défilé de mode, que plus tard nous avons découvert que notre amie, Olga, qui ne sait ni lire ni écrire, chante et joue de la guitare avec une voix si pure que le « public » en fut touché. Et puis Antonela a fait ses premières brasses dans la piscine. Pablo, volontaire polonais a fait son premier barbecue : tout un art ici ! Bref, ce fut une belle journée de vacances partagée.

Olga à la guitare

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Mathilde C.
Membre permanente de Points-Cœur

Fabiola laisse découvrir la beauté de son cœur

Lors de ces visites à la maison de retraite proche du Point-Cœur de la Havane, Guillemette découvre des âmes seules, des cœurs assoiffés, Fabiola est une de ces mystérieuses rencontres.

Thelma et Guillemette en pleine lecture

Chaque jeudi après-­‐midi, nous allons leur rendre visite dans une maison de retraite, appartenant à notre paroisse. Ce sont mes grandes copines, qui ont en moyenne quatre-­vingt-­dix ans. Soit dit en passant, hier, une d’entre elles a fêté ses cent-­‐trois ans ! Cela me donne beaucoup d’espérance de vie !! A vous aussi, j’espère ? J’aime beaucoup les voir, discuter avec elles, car elles ont le mérite de l’âge, de l’expérience. Dans une grande simplicité, sans aller par quatre chemins, elles me donnent beaucoup de conseils et me font part de leurs aventures de jeunesses, de leurs histoires, leurs joies et leurs souffrances. Cela m’enrichit beaucoup, car elles sont d’une grande sagesse et certaines sont dotées d’un humour ravageur ! Il y a quelques semaines, alors que je déambulais dans la maison de retraite, je vois une petite dame, toute chétive, assise en face de son déambulateur. Je ne l’avais jamais vue. Elle discutait avec un monsieur. J’avais bien envie d’aller la saluer mais peur de la déranger dans sa conversation. Je poursuis ma route et la regarde en lui adressant un sourire et le traditionnel buenas tardes ! Ses yeux pétillants me fixent, et, en agitant son bras tout maigre, elle me propose de venir m’assoir. Elle s’appelle Fabiola, quatre­‐vingt‐seize ans. Son regard continue de me fixer, elle me pose quelques questions (le pauvre monsieur ne pouvait plus vraiment parler !) Après avoir su que j’étais Française, la voilà qui se met à me parler un français parfait, avec un accent incroyable. Je tombe des nues ! Fabiola a été professeur de français et d’anglais… Et, malgré son âge, elle n’a rien perdu ! Incroyable. C’est une femme qui n’apprécie pas de parler d’elle, elle m’a donc posé pas mal des questions… Petit à petit, nous parlions un « français/espagnol » assez cocasse. Elle est toute belle Fabiola ! En partant, elle m’offre une médaille miraculeuse et je lui promets de lui en rapporter une de Lourdes, car elle a une grande dévotion envers la Vierge de Lourdes. Le temps défile et, un jour, je vais la revoir, car j’avais une promesse à tenir et ça faisait longtemps que nous ne nous étions pas vues (elle reste pratiquement tout le temps dans sa chambre et ne parle à personne). J’étais sûre qu’elle n’allait pas me reconnaître et, encore moins, se souvenir de mon prénom… Je rentre. Elle regardait la chaîne sportive de sa petite télévision, c’est une grande amatrice. Toujours aussi chétive, avec sa petite barrette dans les cheveux. Je vous assure qu’elle est vraiment toute belle Fabiola ! Elle me regarde et me dit « Ah ! Guillemette ! Je t’attendais depuis un certain temps !! » Je suis plus qu’impressionnée et touchée… Comme promis, je lui offre cette fameuse médaille, qu’elle reçoit comme un trésor. Nous nous mettons à discuter de tout : économie, sport, politique… Elle était assez curieuse de connaître notre situation en France, surtout durant la période des élections. Elle se souvenait de toute notre discussion antérieure et me demande des nouvelles de ma famille… bref, elle m’a beaucoup marquée car, à travers ses questions, j’ai perçu une soif d’amitié, une soif de rencontre. C’est une femme qui a un fort caractère et qui s’isole, je crois qu’elle a peu d’amis. Je ne saurais pas comment vous l’expliquer, mais il a suffit d’une seule conversation, toute banale, pour qu’il y ait une vraie rencontre. Il suffisait de peu… juste de prendre le temps de discuter ensemble, de tout et de rien, mais avec un réel désir de connaître l’autre. C’est ce qui s’est passé avec Fabiola. Nous ne nous voyons pas à chaque fois que je vais à cet apostolat. Mais, lorsque c’est le cas, c’est comme si nous nous étions quittées la veille. Il y a quelque chose d’assez mystérieux. Jamais je n’aurais imaginé vivre cela. C’est une vraie grand-­mère car lorsque je vais la voir, je repars toujours avec des biscottes et des caramels… Elle est unique, Fabiola. Je vous souhaite de vivre cela, de vous laisser surprendre par une amitié soudaine et la beauté de cœur de l’autre.

 

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Guillemette E.
Volontaire au Point-Cœur de Cuba

La Providence n’est pas un vain mot

Après un an au Pérou, dans le petit village de Guayabo, Sœur Alexandra a rejoint la Maison Notre-Dame-du-Monde-Entier à Vieux-Moulin. De retour en France, elle fait mémoire d’une amie qui lui fut donnée par la Providence. 

Sr Alexandra et Senora Antonia

Ma rencontre avec Señora Antonia est un de ces hasards qui rappellent combien Dieu est à l’œuvre dans nos vies, que sa Providence n’est pas un vain mot. Je rendais visite à une volontaire qui était à l’hôpital après une opération. La laissant se reposer un moment, je m’approche de l’autre lit de la chambre, où était allongée une petite grand-mère. Son visage s’éclaire en me voyant, mais on peut lire sur ses traits sa souffrance. Elle parle difficilement. Ne sachant que dire, je prends mon chapelet et lui propose de prier ensemble. Elle me serre les mains et me remercie chaleureusement : je suis dépassée, une fois de plus, par la force de cette simple prière du chapelet ! Avant de la quitter, je lui demande d’où elle vient. Sa réponse, « Picapiedra », sonne familièrement à mes oreilles : c’est le village voisin de Guayabo, que nous allons souvent visiter. Et effectivement, elle connaît bien nos sœurs, et me cite le nom de plusieurs ! Je n’en reviens pas : dans cette chambre d’un des nombreux hôpitaux de Lima, je suis tombée sur une voisine qui nous connaît depuis plusieurs années !

Quand je pars, le médecin me confie que son état est incertain, elle a besoin d’une importante transfusion et il n’est pas facile de trouver des donneurs. Peu après, elle est changée d’hôpital, nous n’avons plus de moyen de la joindre. J’ai un peu l’impression de la perdre juste après l’avoir trouvée, mais que puis-je faire, sinon la garder dans ma prière, et remettre cela au Seigneur ?

Un mois plus tard, je suis en visite à Picapiedra avec sœur Gabriel, et nous tentons une nouvelle fois d’aller frapper à la porte close de Señora Antonia. Quelle surprise de la voir nous ouvrir, et debout ! Je ne sais pas qui était plus heureuse, d’elle ou de nous. Nous étions la veille de Noël : ce fut un de mes plus beaux cadeaux !

Nous retournons régulièrement la voir. Je suis très touchée de son accueil si affectueux et de sa force d’âme que je découvre au fil de ses confidences : elle nous parle de son cher époux maintenant décédé, de son petit-fils de six ans gravement malade, de sa vie de travail. Orpheline de père, habitant la sierra (les montagnes du Pérou), elle est envoyée, jeune fille, travailler aux champs près de Lima : « Ma mère m’avais appris à tout faire à la maison, mais je ne connaissais rien à la terre. Le premier jour, le responsable me dit : “Ce n’est pas pour toi, je te prends une semaine, c’est tout”. J’ai pleuré et j’ai prié : “Seigneur, aide-moi !”. J’ai décidé de prendre ce travail comme un jeu, j’ai commencé ma ligne de plantation et j’ai terminé la première. Et non, ce n’était pas mal fait ! Je suis restée pour aider les autres à finir. A la fin de la semaine, on m’a dit : “Tu restes autant que tu veux”! Puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mari, d’avoir mes enfants, de monter une ferme avec des chèvres, des cochons et des poulets – les gens venaient de Lima pour me les acheter. J’ai aimé travailler dans les champs, revenir avec le sac de tomates ou de canne-à-sucre sur le dos, portant parfois mon enfant devant. Je rends grâce au Seigneur pour cette vie. » Quelle force en ce petit bout de femme ! Comment ne pas admirer cette vie rude et courageuse, sa confiance en Dieu ? C’est une chose qui m’a marquée chez beaucoup de nos amis péruviens : leur coeur simple et persévérant, qui ne se plaint pas devant le travail et ses difficultés, mais sait rendre grâce pour ce qu’il reçoit.

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

Hôpital Cardito, où la présence répond à la souffrance

Le Points-Cœur d'Afragola, P.Rapahël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

Le Points-Cœur d’Afragola, P.Raphaël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

A Naples, Elodie a commencé sa mission, venant tout droit de l’Ile Maurice. Elle nous présente Loredana et Eugenia qui vivent à l’hôpital psychiatrique de Cardito que le Point-Cœur visite toutes les semaines.

Chaque mercredi, Mathilde et moi allons faire des visites dans l’hôpital psychiatrique de Cardito, une petite ville à côté d’Afragola. Je ne vais pas vous cacher, qu’aller dans cet hôpital n’est certainement pas la chose la plus facile de ma mission. Et pourtant, c’est la visite que j’attends le plus, chaque semaine. La première fois que j’y suis allée, j’en suis ressortie toute bouleversée. Les patients sont enfermés entre quatre murs, il n’y a rien de prévu pour occuper leur journée. La salle de repos est grande, mais il n’y a que quelques chaises et une table. Toutes les chambres se ressemblent, aucune personnalisation. Les conditions sanitaires ne sont pas tellement au rendez-­‐vous, deux chiens errent dans les couloirs, les patients fument à l’intérieur même du bâtiment et les mégots sont jetés à même le sol. Cet apostolat nous montre vraiment le vrai but de notre mission, notre simple présence est nécessaire pour chaque patient. En effet, lors de la semaine sainte, nous n’avons pu y aller, et, la semaine suivante, nos amis nous disaient : « Pourquoi vous n’êtes pas venues la semaine dernière ? Je vous attendais. » Nous sommes souvent la seule visite que ces patients reçoivent. Nous y avons plusieurs amis : Carmella, Aldo, Eugenia, Gaetano, Loredana, Patricia, Maria et tant d’autres. Mais aujourd’hui je voudrais vous présenter deux d’entre eux. La première, c’est Loredana ; elle doit avoir une quarantaine d’années, toujours vêtue d’un pantalon large et de chaussures trop grandes pour elle, mais dans lesquelles elle se sent à l’aise. Elle ne parle pas bien, on ne comprend pas toujours ce qu’elle dit, mais notre simple présence auprès d’elle lui fait tellement de bien. Elle est toujours la première à nous accueillir, avec un grand sourire. Lors de ma première visite, c’est elle qui m’a accueillie. Elle ma prise par la main et m’a emmenée près de « sa » chaise. Elle est toujours assise sur cette chaise, en face de la porte qui donne sur le bureau des infirmiers. Lorsque je m’éloignais un peu d’elle, elle me ramenait toujours près d’elle. Je me souviens encore de la tendresse dans ses yeux, lorsqu’elle a plongé son regard dans le mien, et m’a dit : « Mamma », puis a baissé la tête et s’est mise à rire. Chaque fois que nous la voyons, il y a un jeu que nous faisons avec elle, pour la distraire un peu. C’est un jeu tout simple mais qu’elle aime beaucoup : deviner les couleurs des vêtements, des chaussures, des choses qui l’entourent.
Et puis, il y a Eugenia, une vieille ukrainienne. Le 28 mars, nous allions à sa rencontre pour la première fois. Elle était là, assise dans un fauteuil roulant, au milieu de sa chambre. Lorsque nous entrons dans la chambre, elle nous regarde, et, un sourire se dessine sur son visage. A travers ses yeux bleus, on voit bien la souffrance dans laquelle elle vit. Toute sa famille est en Ukraine, ses enfants ne prennent plus de ses nouvelles, sa maison a brûlé il n’y a pas si longtemps ; elle est seule en Italie, dans cet hôpital. Depuis notre première visite, elle nous attend, chaque semaine, avec son plus beau sourire.

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Elodie dA.
Volontaire au Point-Cœur d’Afragola

« C’est bien ce que je pensais, vous nous aimez ! »

Week-end « retraite » pour les jeunes à Pignans

Un week-end « retraite » à Pignans pour de jeunes amis… Jean nous raconte ces rencontres, répliques et moments précieux, illuminés par la simplicité de ces enfants !

Nous nous apprêtons à recevoir pour le week-­end une sacrée équipe : comme nous l’avons déjà proposé plusieurs fois, profitant de notre grande maison et une équipe de choc pour l’animation, nous accueillons les enfants de quelques familles amies pour un week-­end « retraite » sur mesure. Après une sortie plage, une sortie au lac de Carcès dans les collines provençales, nous proposons cette fois-­ci à la joyeuse bande de se rendre à la Chartreuse de la Verne, magnifique monastère de vieilles pierres perdu dans le Massif des Maures. Au détour du dernier virage qui débouche sur le monastère, grand silence dans la voiture devant la beauté imposante de ce lieu. Après la visite de l’ancienne boulangerie du monastère, de la fabrique d’huile, de la cellule d’un moine, nous rencontrons une de celles qui vivent dans ce monastère, sœur Maïpu. Les questions fusent, questions de petites filles d’abord : « Mais c’est long pour mettre votre voile ? », « Les chambres sont confortables ici ? », « C’est pas trop lourd votre habit ? »… Et entre celles-­ci, la question du petit Pablo, directe et essentielle : « Mais comment on arrive à croire en Dieu si beaucoup de gens ne croient pas ? » Pablo vit à une petite heure de Pignans, avec son papa et sa petite sœur. C’est une famille de qui nous sommes particulièrement proches depuis le décès d’Eva, la maman, morte en donnant la vie à sa fille Abigaël, qu’elle avait choisi de garder même si sa vie était en danger. L’anniversaire d’Abigaël avait été un moment particulièrement émouvant l’année dernière, m’entraînant dehors elle me dit : « Je dois te dire un secret ! En fait mon anniversaire c’est pas si bien… parce que le jour de mon anniversaire, c’est aussi le jour où ma maman est morte… tu l’as connue ma maman ? » Notre grande joie fut de les accueillir cette année pour fêter Noël ; ce fut un peu un miracle… leur papa ne croit pas en Dieu, mais il veut passer Noël en famille, avec nous ! Résultat, je ne sais plus ce que sœur Maïpu a répondu à Pablo, mais l’argument qui l’a fait réfléchir fut celui d’Hugo, l’Argentin de la communauté : « Tu sais Pablo, si y’avait pas Dieu pour nous, on se connaîtrait pas et on serait pas là ». Le week-­end se termine par la messe ensemble et un barbecue (le premier de la saison !) avec toutes les familles ; au moment de partir, la petite Ohiana, six ans, me demande : « Mais en fait pourquoi vous nous avez invités ? » Surpris par sa question, je bafouille : « Euh, ben, pour vous voir, on vous voit pas souvent, et puis c’est l’occasion »… D’un air pensif puis soudainement réjouit, elle répond : « C’est bien ce que je pensais, vous nous aimez ! » Avec les enfants, les explications sont généralement assez simples et profondes ; pas de plus belle récompense après un tel week-­end en tout cas !

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Jean D.
En mission à Pignans

La vie de compassion, c’est dur !

Madre Yajaide et toute la communauté, le matin de mon anniversaire devant la grille du cloître des Carmélites de Barrios Altos

Après quelques mois de mission au Pérou, François nous décrit cette vie de compassion au quotidien, avec ces difficultés mais aussi ses consolations… Une chaîne de compassion !

Comment pourrai-je vous écrire sans vous parler de la vie de compassion dans notre barrio, le cœur de notre mission. Et seulement après ces trois mois de présence, je peux vous le dire en toute honnêteté, la vie de compassion, c’est dur. Parfois je me dis qu’il aurait été tellement plus simple d’aller construire un orphelinat. C’est si gratifiant, si motivant de voir s’édifier notre projet, de pouvoir contempler les fruits de notre travail jour après jour. Dans notre mission avec Points-­Cœur, il s’agit de mettre l’autre au centre de sa vie, de se donner entièrement pour chacun, quelque soit la dureté de sa vie, des évènements qu’il nous partage et dans la totale incertitude où cela va nous mener. On peut parfois observer l’évolution du comportement de certains enfants, qui font trois pas en avant mais malheureusement dix en arrière la semaine suivante. Se réjouir de la confiance et de la joie de vivre de certaines mères malgré leur situation de vie difficile et le jour suivant s’attrister de voir leur désespoir devant la maladie de leur enfant. Nous sommes là, et notre cœur bat au rythme de celui de chacun : adulte comme enfant, mères, pères ou grands-­parents. Puis, à certains moments, tout s’arrête. Lorsque nous prenons conscience que l’instant que nous sommes en train de vivre est fabuleux. Je ne parle pas du genre de moment où nous réussissons à couper parfaitement un concombre, mais plutôt lorsque par exemple devant nous, nous pouvons voir avec émerveillement la joie de tous ces enfants, laissant les tracas de leur vie parfois si durs à porter pour faire une partie de foot et s’amuser tous ensemble. Ou bien lorsque nous pouvons admirer l’enthousiasme de Jésus, après avoir posé l’ultime pièce d’un puzzle qui durait depuis le début de la semaine. Un jeune de trente ans qui vit avec le syndrome de Down et sa courageuse maman la señora Yolanda. Ou encore lorsque nous pouvons écouter Tatou sur son lit d’hôpital, nous racontant avec entrain la douceur de ses petits déjeuners à l’hôpital national des enfants, le jour suivant son opération de purification du sang et d’extraction d’un caillot qui s’était logé tranquillement dans son unique rein fonctionnant mal depuis déjà tant d’années. La vie de compassion que nous avons choisie, aussi belle soit-­elle, n’est pas de tout repos, et c’est peu dire ! Il faut reconnaître qu’il nous arrive parfois d’être très fatigués, autant physiquement que moralement. Mais heureusement, la Providence a placé un certain nombre de bons Samaritains qui s’occupent si bien de nous, nous apaisent, nous chouchoutent et nous permettent parfois de recharger les batteries de notre cœur et de notre corps. Je pense à la Madre Yajaida, une Carmélite cloîtrée qui malgré la grille qui nous sépare m’organisa une cérémonie d’anniversaire incroyable. Je pense aussi à la famille Tang, qui nous accueille de tout leur cœur et comme des rois dans leur palace pendant notre jour de repos hebdomadaire. Et enfin à mon oncle Charles, qui organise pour moi des sorties de toutes les couleurs et me régale de ses pancakes chaque matin que nous pouvons passer ensemble. Tant d’attentions qui nous font tellement de bien ! J’ai baptisé ce phénomène, la chaîne de la compassion.

 

 

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Eduquer avec tendresse et exigence

Vénération de la Croix à l’Enfant Jésus crucifié de la Fazenda do Natal

Marcos et Maicon, qui sont accueillis à la Fazenda do Natal avec leur papa, se retrouvent subitement sans maman. Lucie s’occupe d’eux et plonge dans leur souffrance, leur solitude, découvre l’exigence de les éduquer avec justesse.

A la Fazenda, la croix qui se trouve dans l’église est celle qui représente l’Enfant-Jésus crucifié. Il symbolise tous les innocents, en particulier, les enfants qui souffrent. Lors de la vénération de la croix, le vendredi saint, de nombreux visages me reviennent en mémoire. Il y a, bien-sûr, celui de Marcos et Maicon, âgés de presque deux ans et cinq ans. Comment pourrais-je les oublier ? En effet, j’ai passé la plus grande partie de mon temps, lors du Triduum pascal, à prendre soin d’eux. Leur famille a été accueillie, il y a déjà plusieurs mois à la Fazenda. Après plusieurs semaines, leur mère, Jo, a décidé de les quitter. Elle a le même âge que moi, vingt-neuf ans. Ce qui me frappait le plus, au cours de nos conversations, est le fait qu’elle avait un passé déjà si lourd à porter : un mélange de violence, d’alcool, de drogue… Elle est arrivée à la Fazenda avec le désir de donner une nouvelle chance à la famille qu’elle forme avec Pequeno, le surnom du père de ses enfants. Elle s’était aussi inscrite à des cours du soir pour devenir, dans quelques années, aide-soignante. Malgré son apparence si forte, il semble que ses vieux démons l’ont rattrapée. Pequeno a décidé de rester vivre à la Fazenda. Avec son calme habituel, il tente d’éduquer ses enfants. Récemment, il a enfin trouvé un emploi dans une fazenda voisine. Évidemment, Marcos et Maicon souffrent de l’absence de leur maman. Jo allaitait encore le plus jeune lorsqu’elle est partie. Ce qui me frappe le plus est le fait qu’ils pleurent très rarement ; si Marcos tombe, il se relève aussitôt et recommence à courir. Durant la semaine sainte, Pequeno travaillait de nuit. J’ai donc pu remarquer que la seule cause des pleurs de Marcos est liée au manque de présence. Ainsi, Marcos refuse de s’endormir seul. Lors de la veillée pascale, il était impossible de le laisser dormir sur la couverture, il restait littéralement accroché à mes bras. La nuit suivante, à chaque fois qu’il commençait à pleurer, le fait de le toucher, l’apaisait et lui permettait de se rendormir. Maicon, son frère, semble s’endurcir durant ces dernières semaines. Il a parfois un air si grave, si sérieux. Il est toujours très attentif à son frère. C’est un enfant qui est perturbé, qui peut être agressif, en retard à l’école. Cependant, il continue à me surprendre. Ainsi, il est beau de le voir chanter des alléluias durant les offices qui sont toujours un peu agités. Un matin, au moment du lever, il me dit : « Allez Lucie, on prie ! » Ce matin-là, il prendra sa douche en chantant : « Marie, si belle, Jésus t’aime… » ; en portugais, ça fait des rimes ! Un peu plus tard, dans la journée, alors que je lui montre la statue de Marie dans l’église, en lui expliquant qu’elle est toujours avec lui, il me demande : « Et si je vais à la plage, elle est là aussi ? » Il y a aussi ce jour, où il nous explique que si nous rencontrons des loups à la Fazenda, nous devons parler à Jésus. Accompagner Marcos et Maicon me demande toujours de trouver un juste équilibre entre la tendresse et l’exigence. Il n’est pas évident de leur donner toute la tendresse dont ils ont besoin et en même temps de les corriger, de les éduquer.

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Lucie D.
Volontaire à la Fazenda do Natal au Brésil

Qu’il est grand de se faire petit !

Solène et Don Julia – Honduras

Auprès de Don Julio du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa, Solène découvre la beauté de la dépendance…

Don Julio est le « grand-­père » du quartier, la toute première personne que j’ai visitée. Combien j’étais surprise qu’il m’accueille comme sa propre petite-­fille, avec des gestes d’une si grande tendresse. Don Julio a une plaie ouverte à la cheville, qui l’empêche de bien marcher. Chaque mercredi, le curé de la paroisse vient célébrer la messe au Point-­Cœur. Et, venir à la messe chez nous, c’est la plus grande joie de Don Julio, d’autant plus qu’il ne peut se déplacer jusqu’à l’église, qui est bien trop difficile d’accès pour lui, étant située en hauteur. Un jour, nous allions donc chercher notre ami pour l’aider à marcher, en lui donnant le bras. Vous l’auriez vu, si fou de joie et de fierté, de dire à tous les passants dans la rue : « Je vais à la messe au Point-­Cœur !! » C’était la grande sortie ! Le trajet de deux minutes a bien duré un quart d’heure… Une des personnes, sur le chemin, lui a tendu un billet. Ce n’est que lors de la quête que j´ai pu comprendre ce beau geste de générosité. Quelle belle solidarité ! Au moment de l’élévation de l’hostie, Don Julio a tenu à se mettre à genoux pour se faire tout petit devant Jésus-­Eucharistie, alors que cette position lui était inconfortable et même insoutenable. De chaque côté, nous nous sommes empressées de le soutenir fermement, en lui donnant le bras afin qu’il puisse tenir en équilibre. Cela avait tant de sens pour moi, à ce moment précis, de me préparer à recevoir Jésus, en si profonde communion avec mon frère en Christ, Don Julio. Au fond, je réalise que c’est un peu ça notre mission ici. Amener les personnes qui souffrent le plus à Celui qui nous aime le plus, en partageant une amitié simple et profonde, en offrant toute notre présence d´amour. L’attitude de Don Julio était si belle, se mettre à genoux pour mieux contempler la grandeur de Jésus à travers notre propre petitesse, dans tout ce que nous avons de plus pauvre et de plus fragile. Qu’il est grand de se faire petit ! Et qu’il est humble de s’abaisser ainsi, tout en sachant ne pas avoir la force de se relever par la suite. Quelle humilité alors d’accepter l’aide d’une main pour se mettre debout, en se reconnaissant dépendant, en épousant la plénitude de ses fragilités, en se servant de celles-­‐ci pour se rapprocher de notre voisin avec confiance et abandon. Mourir à soi…, pour renaître avec les autres ! La dépendance, la dépendance… C’est quelque chose dont j’apprends à découvrir la beauté. Combien je me suis sentie dépendante en arrivant ici, sans pouvoir parler espagnol et immergée dans ce nouveau monde qui m’était donné, sans rien pouvoir maîtriser… Tout était à accueillir… Grâce à vous, mes chers parrains, je réalise combien, lorsque que l’on se fait mendiante, lorsque que l’on se fait dépendante, Dieu nous donne la grâce d’aimer d’un amour qui nous dépasse, d’un amour bien plus grand, de Son amour…

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Solène de F.
Volontaire au Point-Cœur du Honduras

« Dans la souffrance, tout le monde s’enfuit, mais vous, c’est là que vous restez »

Claire est en mission à Cuba où elle découvre toujours plus profondément la souffrance de leurs amis et en même temps de la puissance de la simple présence. 

Après la messe de Pâques à la Havane, avec quelques amis

Chaque mardi soir, on se retrouve pour l’école de communauté (partage sur un texte lu pendant la semaine). Nous nous réunissons avec N. et F., de la Fraternité Maximilien-Kolbe, et un couple de jeunes mariés A. et A. Il y a un mois, nous avons appris qu’A. était enceinte. Seulement, elle devait rester chez elle, sans bouger, car elle risquait de perdre son bébé. Sa paix, sa confiance et sa positivité m’ont profondément touchée. Il y a une semaine, ils ont perdu leur bébé… Après deux jours sans vouloir parler à personne, ils ont commencé à s’ouvrir. Quand nous sommes allées les voir, A. nous a beaucoup parlé… Face à une incompréhension et une révolte on ne sait pas comment réagir parfois… Mais n’ont-ils pas juste besoin de notre présence, que leurs amis soient là, auprès d’eux, sans essayer de trouver une solution, mais d’être là, de les aimer, aussi dans leur souffrance ! Après la vigile pascale, ils sont passés à la maison pour boire un chocolat chaud ; un peu moroses, ils restaient fidèles à eux-mêmes : vouloir juste être là, entourés de leurs amis dans ce moment de joie, un cadeau ! Eux, comme beaucoup d’autres, me marquent par leur confiance et leur optimisme. Beaucoup auraient de quoi couler, mais ils se battent tellement, jusqu’au bout…

Il y a quelques semaines, nous sommes allées voir R. et son frère A. R. était très malade, nous ne l’avions jamais vu comme ça. Un homme si sage, qui prêche sa foi dès qu’il le peut et, là, au cœur de sa souffrance, de ses peurs, il semblait si fragile, si pauvre. Nous avons passé l’après-midi à la polyclinique avec eux, en attendant les analyses et les avis des médecins. Je me souviendrai toujours de ce qu’il nous a dit ce jour-là : « Dans la souffrance, tout le monde s’enfuit, mais vous, c’est là que vous restez ». Ce moment a été pour lui essentiel dans notre amitié. Il nous en reparle à chaque fois.

L. a passé le dimanche de Pâques au Point-Cœur avec d’autres de nos amis. Comme souvent, elle sentait l’alcool. Au début de la semaine, elle a sonné à notre porte, seule, les veines entaillées… Elle disait vouloir s’endormir et ne plus jamais se réveiller… Quoi de plus grand comme cri du cœur : « Regardez-moi, aidez-moi, je ne peux plus ! » Depuis ce moment, nous allons la voir tous les jours ; petit à petit, elle sourit et l’entendre rire est le plus beau cadeau. Comme si notre simple présence l’aidait à trouver un sens.

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Claire D.
Volontaire à Cuba

« Cris » de nos amis à Bangkok

Temple à Bangkok

Marianne en mission au Point-Cœur de Thaïlande, nous confie quelques histoires et paroles qui habitent son cœur, et nous sont confiées…

Immigration detention Center, Bangkok

J’aimerais vous amener dans ce lieu qu’est le centre de détention de personnes en situation illégale de Bangkok. Nous allons, une fois par semaine, visiter les personnes détenues là-bas. Je fus, pour ma part, très marquée par plusieurs rencontres d’hommes, qui avaient été en prison en Thaïlande, avant d’attendre leur visa pour repartir dans leur pays. Si, dans les relations mondaines, nous cherchons souvent à nous présenter sous notre meilleur jour, eux, m’avaient surpris en commençant immédiatement par m’expliquer pourquoi ils étaient là, c’est-­à- dire en montrant « le pire », sans emphase, ni fierté, mais avec beaucoup d’honnêteté. Je repense à l’un d’entre eux, qui commentait toujours nos visites d’un « comme il est bon de pouvoir parler ! » Lors de l’une de nos visites, nous voyons un homme, qui semble très malade, allongé, sans forces. Les autres nous expliquent qu’il est Vietnamien, et, qu’il a décidé de mourir et donc d’arrêter de manger. Émues, nous essayons de parler en thaï avec lui ; il semble sortir de son état, nous regarde et nous dit immédiatement : « Je veux rentrer à la maison, pitié, aidez-­moi à rentrer à la maison ». L’une d’entre nous, qui est Vietnamienne, a ainsi pu commencer à le visiter ; cet homme a, partiellement, perdu la tête, mais il a été frappant de voir combien cette amitié toute simple l’a remis debout, au sens propre comme au figuré. Il s’est remis à manger, à marcher, à recommencer à parler aux autres, et à sourire. Nous avons rencontré deux nouveaux amis, depuis quelques mois dans ce centre. Ils étaient, alors, tous les deux malades et partageaient la même pièce de détention, avec quelques autres personnes. L’un, S, est Sri-­lankais, l’autre, W, est Pakistanais. Il est né une très belle amitié entre eux, qui transmettait une atmosphère paisible à tous les autres. Chacun a une histoire assez difficile, mais leur amitié leur permet d’aller plus loin que la situation actuelle. Ils nous partageaient qu’ils pouvaient échanger en profondeur sur le sens de la vie, sur ce qui leur arrive. Lorsque S a été muté dans une autre cellule, cela a été très dur. W. nous confiait : « Je ne peux pas parler avec les autres, au même niveau ». W s’enquérait toujours de savoir comment allait S, si sa santé ne se dégradait pas, s’il supportait les conditions de sa cellule, plus dures…

Vietnam

Lors d’un passage au Vietnam, l’une de nos belles étudiantes de Saigon me présente l’une de ses amies : la dame, bien âgée, se prénomme Thanh, et souffre de démence depuis plusieurs années. Parfois, elle ne reconnaît plus sa famille, et a du mal à exprimer un discours compréhensible. Mais, après quelques minutes à ses côtés, elle me dit : « Je sais qui tu es : tu es Maria. » Puis, juste après, dans un français parfait : « Je me sens très seule ».

Bangkok, jet Sip Raj

Les enfants sont aussi ceux qui peuvent avoir des paroles bouleversantes. Comme cette petite fille, Miki, que je n’avais pas croisée depuis plusieurs jours, dans le quartier à Bangkok, et qui vient m’embrasser en me disant : « Comme tu m’as manqué, cela fait si longtemps ! » Nous avons aussi plusieurs nouvelles amitiés, avec des hommes âgés du quartier, qui pour différentes raisons, sont un peu « exclus » soit de leur famille, soit de leur entourage proche. L’un d’entre eux, lung Sasaphorn, a été baptisé protestant, il y a de nombreuses années. Et je l’entendais expliquer à un autre ami (bouddhiste) que ce baptême était quelque chose « qui lavait le coeur », où l’on « ne peut pas faire semblant ».

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Marianne P.
Membre permanent au Point-Cœur de Bangkok

Vivre l’Evangile dans nos rencontres

Arnault est à Procida et il découvre sa mission grâce aux amis dont la dure vie est une école d’espérance

Une grande grâce de notre mission est qu’en quittant nos vies, nous prenons le temps et la liberté de chercher de vivre l’Evangile dans l’amitié des personnes que nous rencontrons.

Le jardin de la miséricorde avec Giuliano

Le meilleur exemple que je peux vous donner est ce que je vis avec M. En décembre dernier, il est parti dans un centre de désintoxication pour l’alcool. Il y a tenu un mois et fin janvier nous l’avons croisé à Procida tranquillement installé à la table d’un café. Depuis, sa situation s’est particulièrement aggravée. Il a été déclaré bipolaire par un psychiatre. Il risque de perdre sa pension en septembre prochain et de temps en temps, il est simplement hors de contrôle et se met à boire jusqu’au dernier sou. Pour autant, notre amitié, elle, se développe en profondeur. Il va travailler avec Giuliano trois à quatre fois par semaine dans une propriété de Procida. Régulièrement, nous le trouvons sur la place à côté de chez nous pour papoter un peu. Vendredi dernier, M. est venu déjeuner chez nous pour mon anniversaire et m’a fait un beau cadeau puisqu’il m’a accompagné ensuite à l’apostolat auprès des Sœurs de Mère Térésa. C’est toujours une joie d’être avec M., il est drôle, bon vivant et peu de chose semble pouvoir affecter sa bonne humeur. Nous sommes de plus en plus complices et je m’attache de plus en plus à lui. Alors comment réagir à chacune de ses histoires, de ses sorties de route ? Déjà, prier pour lui est un bon début mais aussi pour que le Seigneur nous guide avec lui. Ensuite accepter sa maladie et son démon puis en parler avec Giuliano pour prendre du recul et voir ce qui est juste et bon pour lui. Nous cherchons aussi à le maintenir occupé pour éviter qu’il ne se retrouve seul trop longtemps. Pour cela, nous avons commencé un jardin dans sa maison, le jardin de la miséricorde… Bécher la terre, planter des salades, arroser le basilic, discuter du meilleur moment pour mettre les semis de tomates en terre et enfin terminer par un gros barbecue sont d’excellentes occupations pour M. ! Mais finalement, la clé est de ne jamais perdre l’espérance parce qu’après tout, le Christ, Lui, ne l’a jamais perdue pour nous. Et c’est là ce dont M. a le plus besoin, lui, que l’on sent tellement blessé par le regard des autres qui n’ont plus aucune espérance pour lui. « Ne jamais perdre l’espérance », c’est une belle phrase que celle‐ci, dans le même style que « l’amour comme seule réponse possible ». Pour autant, vivre avec elles chaque jour peut relever d’une vraie prouesse d’acrobate.

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Arnault S.
Volontaire au Point-Cœur de Procida

Christos nous aime sans rien savoir de nous….

Adélaïde et Christos, à Athènes

« …et c’est profondément réciproque », constate Adélaïde du Point-Cœur d’Athènes, en parlant de cet homme sans-abri qui pense aux autres avant de penser à lui

Christos, peut-­être Grec, est un sans-­abri que nous visitons toutes les semaines. On sait très peu de choses sur sa vie si ce n’est qu’il a fait de la prison. Lorsqu’on lui propose à boire ou à manger, il nous demande toujours de ne pas lui en donner trop pour pouvoir en garder pour les autres. D’ailleurs régulièrement, il nous propose de l’accompagner pour en donner à ses amis un peu plus loin. Et là, c’est l’épopée, parce que Christos, la jambe droite à moitié valide, se déplace à l’aide d’un déambulateur. Mais contre toute attente, il fonce et en particulier sur la route. Inutile de préciser qu’il n’attend jamais le feu rouge pour traverser. Sur ces grandes routes, les camions et les voitures klaxonnent et s’arrêtent au dernier instant pendant qu’on lui hurle tout ce qu’on sait en grec pour qu’il s’arrête. Parfois, il rit discrètement avant de traverser, car il sait par avance qu’elle sera notre réaction. A chaque fois, on prie comme des fous pour qu’il arrive entier de l’autre côté. Christos nous aime sans rien savoir de nous et c’est profondément réciproque. Ces derniers temps, il me disait qu’il allait partir mais je n’en ai pas trop tenu compte car tous semblent avoir besoin de se raccrocher à un futur départ sans pour autant pouvoir le réaliser. Hier, ses affaires ont disparu et Christos n’était plus là. Sa rue est devenue bien vide et son départ bien plus triste que je ne l’avais imaginé.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Petit à petit j’apprends à aimer

La Communauté du Costa Rica au complet !

Pauline est depuis trois mois au Point-Cœur du Costa Rica, petit pays d’Amérique centrale ou depuis un an nous découvrons de nouveaux amis, de nouvelles familles souvent brisées, déchirées. Joie et souffrance se découvrent ensemble…

Au cours des visites et, en voyant la vie du quartier, j’apprends petit à petit à découvrir ses richesses tout comme ses souffrances (parfois différentes de celles du pays en général). A plus petite échelle, je découvre, dans ma propre vie, mes dons et mes faiblesses. Il est à la fois magnifique et à la fois difficile de constater ces choses-­là.
Il est tellement douloureux de voir toute la souffrance de ce peuple, de voir les plaies telles que la drogue et l’alcool qui détruisent famille après famille. Elles sont la lèpre d’aujourd’hui : elles contaminent (car c’est en voyant qu’on imite), elles détruisent la vie et coupent de l’entourage (beaucoup de jeunes et de moins jeunes vivent dans la rue, écrasés de solitude et de culpabilité qu’ils fuient en vivant des joies éphémères et des hallucinations qu’offrent la drogue et l’alcool.) Quand cela ne suffit même plus à faire taire leur souffrance, ils voient, comme dernière alternative, le suicide (dont le taux, en ce qui concerne les hommes, est extrêmement élevé dans le quartier). Les femmes, pour la plupart, vivent un grand ennui, car elles ont des enfants très jeunes et ne terminent, donc, souvent pas le secondaire (équivalent du lycée). Il leur est, en conséquence, très difficile de trouver un travail dont la rémunération soit acceptable. Pour beaucoup d’entre elles, la vie a un goût amer car elle se déroule de façon monotone, sans épanouissement de soi.
Il est, à la fois, tellement vivifiant d’apercevoir toute la beauté et la richesse qui habitent le cœur des gens. Il est tellement beau de voir leur générosité, leur joie qui surpasse, de loin, leurs souffrances pourtant bien présentes, leur grande simplicité à se montrer tels qu’ils sont, leur confiance en nous et leur accueil, leur sens de la fête qui est une réelle célébration de la vie.

Mes sœurs de communauté sont de réels exemples, elles ont chacune des dons incroyables, tout en étant humaines, comme moi. Quand je comprends que, toute seule, je suis incapable d’aimer comme je le voudrais, cela fait mal. Mais, c’est aussi à ce moment-­là, que je demande de l’aide à Dieu et qu’il agit en moi, qu’il aime l’autre tel qu’il est à travers moi, et, faire cette expérience est magnifique.
Avec Lui, j’apprends, petit à petit, à aimer une famille que l’on connaît depuis peu. Une famille brisée, avec des parents séparés et dont la violence a toujours fait partie de la vie quotidienne. Aujourd’hui, cela fait douze ans qu’Ivan (fils âgé de vingt-­deux ans) « est tombé » dans la drogue. Il a déjà participé à de nombreux programmes de désintoxication et a été interné pendant un mois, dans un centre, en décembre ; mais rien n’y fait, la souffrance de son passé est trop grande pour qu’il soit prêt à se libérer de sa dépendance. En allant le visiter dans le centre, nous nous sommes rapprochées de sa sœur, Monica, qui est devenue une amie proche du Point-Cœur. Elle a deux enfants, Brandon cinq ans et Brittany trois ans, (voir photo) et l’on remarque très nettement que l’éducation qu’elle a reçue a des répercussions sur la leur. Je me suis vite retrouvée devant mon incapacité à aimer ses enfants, plutôt turbulents, parfois violents. Jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion d’aller visiter, avec eux, leur grand-­père (le papa de Monica). Ce jour-­là, j’ai mieux réalisé la souffrance de cette famille. Cela a été comme une invitation à les aimer de manière plus juste, plus vraie, de leur offrir mon sourire et ma présence.

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Pauline F.
Volontaire au Point-Cœur du Costa Rica

Une joie et un honneur de passer dans ce service !

Pierre et le Point-Cœur du Salvador vont visiter les enfants du service oncologique de l’hôpital Bloom. Auprès de Carlos, Stephanie, Douglas… s’émerveiller de chaque éclat de rire.

Pierre au Point-Cœur du San Salvador

Comme vous le savez déjà, visiter le service d’oncologie est un de nos apostolats. Lors de nos visites, notre objectif est de changer l’atmosphère qui y règne. C’est un cadre aseptisé, parfois triste et effrayant. Nous tentons de le transformer en cour de récréation, pour que tous oublient la vie quotidienne de l’hôpital. Nous utilisons le rire et le jeu pour que les enfants s’évadent, mais aussi, pour créer la communion entre les personnes présentes. Comme dans chaque hôpital, à chaque fois, au début, on est perdu ; il faut donc prendre possession du lieu et apprivoiser les bruits, les odeurs et les vues.

Ici, la solitude est palpable. Les chambres sont des espaces séparés. Peu de choses rompent la routine. La télévision marche tout le temps. La douleur chronique est un traumatisme. En effet, chaque personne qui entre dans une chambre peut être porteuse de beaucoup de souffrances et venir pour un examen. Il y a, aussi, à prendre en compte la charge émotionnelle des parents inquiets. Semaines après semaines, notre préparation et notre équipement évoluent. Ainsi, on trouve, maintenant, dans ma besace : ballons de baudruche, jeu d’échecs, tour qui dégringole, feutres, crayons, papier, savon à bulles. On devient aussi, expert en jeux en tout genre : les devinettes, tennis-­ballon, bataille de coussin, le chaud-­froid, jeux vidéo, jeux de société, les avions de papiers, embêter les médecins.Notre premier rituel est d’aller à la chapelle. Ensuite, nous faisons un tour du service. C’est l’occasion de se montrer et de jeter un coup d’œil sur la situation du jour. Puis, vient le moment de la rencontre avec les enfants.

Carlos était un de ceux‐là. Je l’ai visité jusqu’à la fin. Il était âgé de quinze ans. Je l’ai vu durant trois mois. C’était, pour lui, difficile la vie à l’hôpital ! À son âge, on veut découvrir le monde, on ne veut pas rester enfermé. J’ai, aussi, beaucoup parlé avec sa mère, un exemple de force et de dignité. Lors de ma dernière visite, je lui ai offert une figurine de chat : il adorait les chats. Ce jour-­là, sa fin approchait et il dormait. J’ai laissé le jouet près de lui. Je ne sais s’il l’a vu. J’ai seulement parlé avec sa mère. Elle m’a expliqué le diagnostic, on a parlé de Carlos, de la vie, de la mort. On s’est serré dans les bras. Je leur ai dit « adieu ». Carlos est mort quelques jours plus tard.
Permettez-­moi, aussi, de vous parlez de Stéphanie. C’était une enfant de douze ans. Vers l’âge de dix ans, les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur au cerveau. Il y a eu une rémission, mais, deux ans plus tard, une rechute. La première fois que je l’ai vue, elle était déjà mal, mais elle bougeait encore et nous comprenait. Je me rappellerais toujours d’une caresse qu’elle a adressée à Vincent, mon camarade de visite. La semaine suivante, après de graves convulsions, elle ne bougeait plus. Vinrent ensuite trois semaines d’agonie, trois semaines pour connaître sa mère pleine d’amour et d’attention pour sa fille mourante.
J’aimerais aussi vous parlez de Douglas. Il a douze ans. Je l’ai visité lors de mes premiers mois, environ six ou sept fois. Et il était rentré chez lui. Malheureusement, depuis maintenant deux mois, il est revenu « au Bloom ». Il mène une lutte terrible contre la maladie. Il a toujours été un enfant réservé. Et, maintenant qu’il a perdu la vue, c’est encore plus dur pour lui de s’ouvrir aux autres. Quand je le visite, je lui prends la main, je lui parle mais, très vite, il me rejette. Pourtant, chaque semaine, je vais le voir un peu. Il ne faut rien forcer, il lui faut du temps. Parfois, il nous faut oublier les jeux et être simplement là.

Visiter l’hôpital Bloom, c’est passer du chaud au froid, des rires au silence. Malgré tout, c’est une joie et un honneur de passer par ce service. Souvent, quand nous partons, on peut entendre les enfants rire et les gens parler et vivre à nouveau. Les premiers départs sont les plus durs. Ils frappent au cœur. Que représentons-­nous pour ces enfants ? Devant la rechute d’un « gamin », comment gérer sa peine ? Où trouver les mots face à un adolescent devenu aveugle ? Que dire à une mère qui a perdu son fils ? Pour continuer, il nous faut nous émerveiller de chaque éclat de rire. Il faut garder à l’esprit la chance que nous avons d’assister à ces moments d’amour entre parents et enfants ; la chance de voir les gestes tendres des médecins ; la chance de créer des amitiés.

 

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Pierre L.
Volontaire au Point-Coeur du San Salvador

Deux amies au Ciel : Claudia et Mirella

« Pouvoir se reposer sur la cœur d’un autre », est l’expérience forte qu’a fait Charlotte, au Point-Cœur de Barrios Altos alors que deux amies chères partent rejoindre le Père…

Mirella

Nous avons vécu deux départs particulièrement éprouvants. Claudia, une jeune maman de vingt-­six ans, est partie en une semaine au Ciel, suite à une brûlure au troisième degré qui s’est compliquée à l’hôpital. Nous avons cherché à la visiter mais, malgré la demande de Claudia de nous voir, l’unité de soin ne laissait entrer qu’une personne à la fois et son compagnon était présent en permanence. Grande amie du Point-Cœur depuis longtemps, abandonnée par ses parents, elle vivait avec son fils, José Antonio, et sa tante, Berta. Berta a beaucoup de tendresse pour José Antonio, elle s’en est toujours occupée du mieux qu’elle pouvait, malgré ses nombreux soucis de santé. Mais aujourd’hui, elle se sent bien seule. Presque chaque jour, elle nous appelle ou vient chez nous. Un lundi, nous sommes en réunion pour préparer la semaine et le camp des filles. Je suis particulièrement fatiguée alors, quand j’entends frapper à la porte, je me lève de mauvaise humeur avec l’envie de dire : « Je ne suis pas là ». La porte s’ouvre, je vois Berta et je soupire… Ne peut-­elle pas nous laisser un peu ? Nous avons tant de choses à organiser ! Mais Berta me dit : « Hola hermanita, je viens juste demander si je peux prendre une tisane chez vous ? » José Antonio est à côté d’elle. J’ouvre grand la porte. Rapidement, nous décidons de terminer la réunion l’après-­midi et nous venons entourer Berta. François joue avec José Antonio. Berta nous parle de Claudia, nous confie sa peine, son angoisse face à l’avenir, sa solitude. Au bout d’une heure, avec un petit sourire en coin, elle nous dit : « Bon, il faut que j’y aille, je passais rapidement, j’allais au marché en fait ! » Elle fait mine de se lever mais, finalement, continue de nous parler. Je comprends à quel point pour elle notre amitié est importante. Elle vient pour bien plus qu’une tisane. Elle a tant besoin de voir que nous sommes avec elle dans ce moment si difficile.

Après Claudia, c’est Mireilla qui a rejoint le Ciel à vingt-­neuf ans. Souffrant d’obésité depuis des années, elle ne pouvait plus se déplacer. Les volontaires venaient donc chez elle pour passer un bon moment avec les jeux qu’elle aimait. Un jour, elle a dû aller à l’hôpital, suite à une infection. Celle-­ci s’est généralisée à cause du mauvais suivi des médecins. Je n’ai visité que trois fois Mireilla, mais elle m’a beaucoup touchée par sa vie toute simple et son courage, sa capacité à faire des blagues, même à l’hôpital. Pendant ma dernière visite, avec Karla et Andrzej, nous l’avons vue souffrir terriblement. Selon les médecins, il n’y avait plus rien à faire. J’étais simplement là, lui tenant la main, caressant son front, mais, intérieurement, je bouillonnais. Comment ne pas se révolter contre ces médecins, contre les conditions de suivi de cet hôpital, contre cette mort si rapide ? Nous ne comprenons pas. Nous sommes impuissants. Face à ce mystère, plus que jamais, comme Marie au pied de la Croix, il nous faut rester au plus près de nos amis qui souffrent. C’est encore et toujours la présence qu’il nous est demandé de vivre. Présence auprès de la famille, présence autour du corps de Mireilla, pour prier le chapelet à leur demande, présence auprès de sa grand-­mère, si fragile, que ce départ a profondément affectée. Une présence toujours plus intense, profonde, attentive. C’est dans ce silence, cette douleur partagée, ces gestes et regards, ces paroles si simples, que le cœur peut se reposer sur le cœur d’un autre. Je vous les confie toutes les deux, Claudia et Mireilla, ainsi que leurs familles.Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin

Charlotte C.
Volontaire au Point-Coeur de Barrios Altos, Lima

L’Evangile fait chair

Arnaud est en mission au Point-Cœur de la Coroa à Salvador da Bahia au Brésil. A la rencontre des amis du quartier, il fait une expérience très concrète de l’Evangile. 

Domingo et la communauté du Point-Cœur

Sur le chemin, nous avons retrouvé un de nos amis de la rue, Domingo, la tête ensanglantée, des blessures aux genoux, sans chemise… Un homme semblait l’avoir battu, nous n’avons pas vraiment compris l’histoire et comment il en était arrivé là, car il était sous l’emprise de l’alcool ainsi que ses autres amis. Mais ce n’était pas l’essentiel, le plus urgent était de le soigner ! Après un long débat avec Domingo, ce dernier s’est enfin décidé à venir avec nous pour être soigné. Lui n’aspirait qu’à trouver un t-shirt pour être décent devant nous et pouvoir entrer dans notre maison. Après lui avoir administré les premiers soins,

J’ai demandé à Lucie de l’emmener à l’hôpital car sa blessure à la tète était profonde. Une fois chaussé et vêtu, le voilà avec une de ses amies qui voulait l’accompagner à l’hôpital. Après avoir cherché différentes voitures pour aider Lucie, nous nous sommes résolus à prendre le bus. Au même moment, une voiture remonte la pente : nous lui demandons de nous aider. Le chauffeur fait demi-tour pour nous ! En regardant de plus près son pare-brise, j’ai pu lire l’inscription suivante : « Deus e fiél » (Dieu est fidèle), quelle belle phrase !!! De retour chez nous, Domingo revient avec Lucie pour déjeuner et goûter le fejao que nous avons préparé entre temps avec plusieurs personnes seules ce jour-là que nous avions invitées !! Quelle belle ambiance. Durant tout ce moment, je me suis rappelé́ ces phrases de Mt. 25, 35-40 : « Car j ́ai eu faim et vous m ́avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ces paroles n’ont jamais été́ aussi vivantes, concrètes et d’une telle force pour moi. Et elles le seront jusqu’à la fin de mes jours.

Souvent les enfants ou des voisins passent le matin ou à n’importe quelle heure pour demander un verre d’eau ou un thé. La plupart du temps, c’est un prétexte pour rester un peu avec nous, discuter ou simplement les écouter. Ces phrases de Saint Matthieu n’ont jamais raisonné aussi fort dans mon cœur. « Um copo de agúa por favor ? » (Un verre d’eau s’il vous plait ?), parole concrète, action concrète qui sort tout droit de l ́évangile. Nous sommes là pour aider les gens du quartier, et part eux c’est Jésus que nous servons. Quelle joie de mettre en pratique les paroles du Christ.

 

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Arnaud de SP
volontaire au Brésil

L’apostolat au couvent des sœurs de Mère Teresa

Arnault est en mission à Procida, dans la baie de Naples depuis déjà cinq mois. Il quitte parfois l’île de Procida pour rejoindre le couvent des sœurs de Mère Teresa où l’attendent des hommes qui ont eu la vie dure… 

Arnault S.

Nous rejoignons le cœur de Naples, où se situe le couvent des Sœurs de Sainte Mère Térésa. Elles nous accueillent toujours avec un grand sourire et leur vie semble ainsi faite : si un volontaire vient les aider, elles s’en réjouissent, si le lendemain il n’y a personne, elles continuent de servir avec la même joie. Au dernier étage de leur immeuble, vivent une petite trentaine d’hommes qui ont pour seul dénominateur commun d’avoir vécu dans la rue et d’être là pour goûter un peu de paix. Les premières fois que je suis venu, j’étais très impressionné par ces hommes, leurs vies, leurs histoires, leurs infirmités. Maintenant je n’y pense plus, non pas que j’oublie qu’ils soient malades, mais disons que ce n’est plus ce qui les définit à mes yeux.

Ce jour-là, en arrivant là-haut, je ne vois pas Patrick qui habituellement se tient sur le canapé du salon. Patrick est un Américain natif de Brooklyn, il est aussi un ancien chercheur en mathématique et a fait un doctorat dans une grande université de la côte Ouest. Souvent, je le trouve occupé à faire des démonstrations pleines de lettres et de chiffres sur de grandes feuilles blanches, un savoir qui m’est totalement inaccessible. Hormis le fait qu’il ait été abandonné par sa famille, je ne sais pas grand-chose de lui, ni des raisons de sa présence ici à Naples, dans ce centre d’accueil d’hommes de la rue. En revanche, je sais juste qu’il m’accueille toujours avec un grand sourire et me répond invariablement quand je lui demande comment il va, « discretamente », un mot pour dire que ce n’est pas terrible mais qu’il « fait avec ». Etonné de son absence, je vais le voir dans sa chambre et je le vois tordu de douleur dans son lit, son corps ne répond plus. Il est incapable de ce lever aujourd’hui, des larmes coulent sur ses joues et mon cœur se fend en deux. Tous les autres hommes sont à son chevet, aux petits soins. Patrick est aimé de tous, sa discrétion et sa joie muette font que tous se sentent attachés à lui. Eugenio débarque. C’est un grand gaillard qui respire l’expérience, dont la présence rassure. Avec beaucoup de douceur il aide Patrick. Un quart d’heure plus tard, je retrouve ce dernier dans le salon tout souriant, il me regarde et me tend la main. Il peut enfin me dire bonjour. Je lui demande comment il se sent et évidemment, il me répond : « Discretamente ».

Je rejoins Salim, un Algérien qui, à la suite d’un accident de travail, a son bassin brisé en mille morceaux. Pour lui, la potion est amère, il est immobilisé pour de longs mois. C’est moi qui l’ai accueilli quand il est arrivé au centre ; il y a comme une complicité entre nous. Avec Salim, nous parlons un peu français, un peu italien mais surtout nous jouons aux cartes, et là, il me faisait comprendre qu’il m’attendait de pied ferme. Pendant ce temps, Leonardo, un Napolitain historique du centre, que tout le monde appelle nono (grand-père), m’interpelle : il me demande si j’arrive de France. Je lui réponds que je viens chaque semaine de Paris, rien que pour lui. Evidemment, il ne me croit pas, mais pour autant ses yeux s’illuminent, et si…

Notre temps d’apostolat se poursuit avec la prière du chapelet puis s’achève avec leur dîner, pour lequel nous filons un coup de main. En descendant l’escalier pour repartir, nous croisons Filippo qui rentre de l’hôpital ; il semble désolé de nous avoir loupés. Les yeux humides, il nous laisse passer contre la promesse que nous revenions la semaine d’après.

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Arnault S.
Volontaire en mission à Procida, Italie

Marion : un cœur qui saigne !

Alexandre vient d’arriver aux Philippines, après dix ans de mission en Picardie. Il rencontre Marion, son premier ami :

Alex et Marion

Marion est mon premier ami ici. Comme un signe évident et lumineux que je suis attendu. Comme un signe tangible que la mission de Points-Cœur est nécessaire. Caritas urget nos !  

Marion a treize ans. Le teint mat, les cheveux en pagaille et rougit par une pseudo-teinture qu’il s’est faite avec son meilleur ami Jerry comme pour signifier son look intérieur du moment : un cœur qui saigne… A cheval entre l’enfance et l’adolescence, la vie de Marion a basculé il y a quelques jours, juste avant que je ne débarque aux Philippines.

Pour gagner quelques pesos afin de nourrir les six bouches qui vivent dans une minuscule pièce commune familiale, sorte de cabanon de tôle insalubre, le père de Marion se fait dealer. En compagnie de sa femme, ils vendent et consument aux yeux de tous la terrible drogue locale, le pire dérivé chimique existant de la cocaïne. Terrible fléau dans notre pauvre quartier de Dagat-Dagatan. Improbable moyen de survie pour qui y succombe.

Le quotidien de Marion est donc marqué au fer rouge par ce sceau scandaleux et si courant à la fois. Ce p’tit gamin, dernier de la fratrie, est connu et reconnu comme le fils de kuya Bong, infréquentable pauvre père. Cependant, Marion aime son papa et le regarde avec gratitude car les quelques pesos qu’il parvient à glaner avec ses trafics lui permettent d’aller à l’école. Son rêve : devenir un jour policier pour aider les pauvres gens et être au service du peuple philippin. Douce promesse pour ce cœur innocent, celui d’un enfant…

Or, voilà qu’un soir, une terrible descente de police, violente, met à sac sa frêle existence. Faisant brutalement irruption dans leur cabanon, les hommes armés conduisent manu militari tous les enfants de la fratrie dehors, dans la rue. Seule la maman et kuya Bong restent confinés à l’intérieur. Ils sont mis en joue. Des cris. Des pleurs. La nuit étoilée se déchire. La peau du dealer est mise à prix. Sa courageuse femme s’accroche à lui menaçant de mourir avec lui si des coups de feu sont échangés. Ordres. Contre-ordres. Désordre et scandale. Pleurs en pagaille. Le quartier est en émoi. J’imagine les yeux de Marion gorgés de larmes, impuissants et bouleversés. Finalement sauvé in extremis par sa femme, kuya Bong est emmené en prison où il purge actuellement une lourde peine.

Pour Marion, s’en est finit de son rêve. Il s’est fracassé instantanément face à ce déchaînement de violence. Fini l’école. Il l’abandonne. Il n’y a d’ailleurs pour lui plus aucun sens à cela. Il n’y a d’ailleurs plus de pesos. Maintenant, il erre toute la journée dans la rue. Il passe ses heures durant à aller de-ci, de-là. Parfois, quelques poubelles à transporter, parfois un coup de main à donner aux voisins. Dans ses yeux, une immense tristesse. Quelque chose s’est brisé.

Marion est un joueur à part entière de notre petite équipe de foot. Chaque dimanche, après les avoir emmenés à la messe, nous réunissons nos quelques enfants pour un entraînement sérieux ou un match au sommet. Un bon prétexte pour les aider à grandir. Ce dimanche, Luigi et M. Bean avaient programmé une rencontre pour me présenter, moi Kalec leur nouveau coach et ami. Tous étaient présents. Seul Marion manquait à l’appel. Il était parti rendre visite à son papa en prison. De retour tard le soir et ayant entendu par les autres le récit de notre après-ˇ‐midi durant laquelle nous avons regardé une belle vidéo de football (un mini documentaire sur les plus grands footballeurs évoluant en Europe : Messi, Ronaldo, Ibrahimovic, Pogba, Sanchez, Neymar et Suarez) et partagé un succulent gâteau au chocolat offert par une amie riche de Manille, Marion est venu frapper à la porte du Point-Cœur pour me saluer. Timide. Discret. Rencontre au sommet !

Avec les pauvres rudiments de tagalog que je possède et les simples mots d’anglais dont il se sou- vient de l’école, nous faisons connaissance. Immédiatement, je perçois chez cet enfant quelque chose de différent.

Un je-ne-sais-quoi qui rayonne en silence ! Dans ses yeux emprunts d’une profonde tristesse, une petite lueur brille mystérieusement, une perle d’espérance. Comme si son cœur hurlait le besoin d’une présence, d’une amitié. Il me parle de son père avec une immense émotion. Je lui de- mande alors le prénom de son papa. Il me le murmure tendrement à l’oreille comme son trésor de vie. J’ai bien du mal à comprendre. Ces prénoms tagalog sont si différents. Alors, je prends un stylo et lui demande de m’écrire le prénom sur la main, ainsi je pourrai prier pour lui. Il me fixe alors dans les yeux avec un regard que jamais je ne pourrais oublier. Sans qu’il puisse le retenir, un flot de larmes incontrôlable envahit ses joues. Sans honte aucune comme si déjà il m’avait adopté comme ami, il les laisse couler abondamment et, saisissant le stylo que je lui tends, écrit doucement en rouge, couleur sang, au creux de ma main les quatre lettres qui figurent son père : B-O-N-G. Puis, délicatement, il la prend dans la sienne et la serre si fort que je peux sentir les battements de son cœur. Je lui propose d’aller confier son papa à la Vierge Marie, Notre Mère de consolation. Nous mon- tons dans notre toute petite chapelle. Il s’agenouille. Nous restons en silence. Un silence complice. Habité. Elle saura si bien consoler ce cœur qui saigne !

Depuis, Marion vient chaque jour au Points-Cœur. Hier, il m’a aidé à cuisiner un plat typique philippin. Ce soir, une partie de carte, la messe. Je lui montre des clichés de mes anges-gardiens en France. Nous regardons en- semble un album photos du Points-Cœur de Dakar. Et demain, dimanche un match de football au sommet contre une équipe d’enfants des rues travaillant sur la décharge.

Je confie Marion à votre prière pour que ce cœur qui saigne soit un cœur qui règne !

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Alexandre Descours
Membre permanent de Points-Cœur en mission aux Philippines

« Voilà des années que personne ne m’a traité comme vous le faites… »

Thomas le jour de son anniversaire et Anaïs, au Point-Coeur

Thomas le jour de son anniversaire et Anaïs, au Point-Cœur

En Grèce, les nombreux migrants habitent les rues de la ville d’Athènes. Anaïs nous présente Thomas, un autre loin de sa terre, qui a fêté son anniversaire au Point-Cœur.

Thomas, nous l’avons rencontré dans la rue il y a cinq mois, alors qu’il venait d’arriver de République Tchèque. Tout jeune gars qui s’est retrouvé en Grèce sans trop savoir pourquoi, son enfance semble bien compliquée. Il a passé plusieurs années en centre d’accueil, après que sa mère se soit remariée et que son beau-­père ne l’ait jamais accepté. Après plusieurs visites, nous l’aidons à trouver un endroit où vivre pendant deux semaines. Ouf, le voilà sorti de la rue. Puis le responsable du foyer reçoit un don de 100 euros : parfait, cela pourrait couvrir le prix d’un billet d’avion ! Nous l’aidons à réécrire son CV, à postuler pour trouver un job… Mais quelques jours après, Thomas a disparu. Apparemment envolé avec les 100 euros, nous espérons qu’il est arrivé à bon port. La semaine d’après, quelle n’est pas notre surprise de le découvrir au centre des Sœurs de Mère Térésa ! Nous sommes si étonnées, et lui semble si mal à l’aise. Aucune explication n’est donnée, le voilà qui s’évanouit une nouvelle fois dans la nature. Nous avons prié près de deux mois pour lui, sans aucune nouvelle. Puis j’entends dire un jour qu’il continue à se rendre chez les Sœurs, mais qu’il évite de venir le mardi, jour où nous venons aider. Je décide alors de m’y rendre un mercredi pour tenter de le rencontrer. Plusieurs personnes me disent qu’elles ne l’ont pas vu depuis une semaine, pas de chance… Mais je l’aperçois au fond de la salle, youpi ! Sa barbe a bien poussé, mais je le reconnais derrière ses petites lunettes. Je suis si heureuse de le voir, et à la fois, je tente une approche toute en douceur, pour éviter de l’effrayer : « Thomas, je suis Ana, tu te souviens ? — Bien sûr que je me souviens, tu es Anaïs Guillerm » me rétorque t-­il. Incroyable ! Nous discutons ensemble, il me donne quelques nouvelles. Je lui propose de m’attendre à la fin du repas pour discuter un moment ensemble. Mais lui de trouver une excuse, et s’échapper comme un courant d’air. Après le service, je m’installe à une table et je commence mon déjeuner. Thomas revient et s’assied en face de moi : « Finalement, j’ai changé d’avis, je serai heureux de parler avec toi ! » Il m’explique qu’il a reçu des nouvelles de sa maman qui veut lui envoyer un colis de vêtements pour son anniversaire. Il aura vingt-­deux ans dans quelques jours. Je l’invite alors à déjeuner chez nous pour l’occasion, en lui redonnant notre adresse, etc. A voir s’il viendra ! Le 31 décembre, à 12h pile, Thomas sonne à la porte du Point-­Cœur. J’explose de joie, je ne suis pas la seule. Nous sommes si heureuses de l’accueillir à nouveau, et tout spécialement pour son anniversaire. Il ne revient d’ailleurs pas de tout cela. Il vit maintenant dans un coin de jardin, dans le centre d’Athènes, sous une tente ; il fait si froid. Mais il ne se plaint jamais, et tente à chaque fois d’aller de l’avant. Il connaît tous les lieux où il peut recevoir un peu d’aide et y passe ses journées. Dimanche dernier, nous l’avons invité à la plage, pour un pique-nique avec quelques amis. Le lendemain, il nous écrivait : « Je vous remercie pour ce moment passé ensemble. Voilà des années que personne ne m’a traité comme vous le faites. J’aimerais tant avoir la possibilité de vous rendre tout ce que vous m’apportez ».

 

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Anaïs G.
Membre permanent, en mission au Point-Cœur d’Athènes

Camp hivernal à Procida

Elisabeth et les enfants au camp à Procida

Du 2 au 4 janvier, Elisabeth, du Point-Cœur d’Afragola, s’est rendue sur l’île de Procida avec sept enfants du quartier : une aventure de générosité, Procida et Afragola réunis !

Marika, douze ans, Rudy, douze ans, Santo, onze ans, Carmela et Pasquale, dix et neuf ans, Giani et Patti, douze et dix ans ! Nous avons été accueillis par le Point-­Cœur de Procida : Giuliano, Laetitia, Mercedes et Arnaud. Nous sommes arrivés dans l’après-­midi, le lundi, et sommes repartis le mercredi matin. Ce fut court mais très intense. Le lundi, nous sommes allés nous promener et jouer aux alentours du Point-­Cœur. Malgré le froid, le ciel était bleu et on s’est tous émerveillés, l’île est magnifique ! Se mettre à l’école des enfants, écouter leurs cris, leurs envies, apprendre à devenir une vraie grande sœur… Rire, courir, jouer avec eux. Partager les grandes joies et les petits bobos. Être attentif à tous et à chacun en même temps. Toute la journée du mardi, nous sommes allés jouer à l’Oratoire, grand jardin avec un local et un grand terrain de foot, où les enfants peuvent courir, crier, jouer en toute sécurité. Le Point-­Cœur de Procida avait invité huit enfants procidanais à venir jouer avec les enfants Grand jeu avec les enfants procidanais et afragolais. Quelle beauté de voir que des enfants qui viennent de milieux si différents peuvent jouer et rire ensemble, simplement. La générosité des habitants de Procida pour les enfants d’Afragola est sans limite. C’est impressionnant d’être témoin de cela. On aimerait avoir la même générosité, la même envie de se donner pour l’autre. Tous les repas, du petit déjeuner au dîner, ont été cuisinés par quelques amies de Points-­Cœur. Nous avons été invités à dîner chez des amis le mardi soir, nous huit et les volontaires du Point-Cœur de Procida. Je vous laisse imaginer la tablée, et surtout les sept monstres affamés à nourrir ! Le capitaine du bateau, qui relie Procida à la terre ferme, a offert le trajet aller-­‐retour pour chaque enfant… Ce camp a été aussi l’occasion de connaître chacun un peu plus, et d’être témoin de quelques petits miracles. Par exemple, Pasquale, neuf ans, petit frère de Carmela, est réputé pour être un vrai terrible, à l’école, à la maison, au soutien scolaire. Ses parents m’ont même dit : « Tu es sûre de vouloir le prendre avec vous ? C’est la première fois qu’il dormira loin de la maison. » Comme je sais que Pasquale a cruellement besoin de sortir de chez lui, j’ai pris le risque. Résultat : ce fut l’enfant le plus tranquille et attentif du camp ! Observer aussi la bienveillance entre eux, et la reconnaissance dans leurs yeux, parfois. Quelle aventure, quel trésor !

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Elisabeth A.
Volontaire au Point-Cœur d’Afrgola

Une mission remplie de musique

Adélaïde au violon, au Point-Cœur d’Athènes

En Grèce, la musique est partout et Adélaïde découvre en elle une force pour sa mission, un moyen de rencontre, une consolation et une joie.

J’ai le souvenir d’une pianiste qui évoquait le célèbre plafond de la Chapelle Sixtine pour expliquer ce qu’est la musique : « Cet espace entre la main de Dieu et la main de l’homme, c’est là qu’elle se trouve ». C’est une image qui m’est revenue ces derniers temps à Athènes : notre mission est remplie de musique, de tous types et de tous niveaux….Mais toujours si belle ! Alors aujourd’hui, c’est un peu musicalement que je vais vous parler de notre mission.

Yakovos et Niketa vivent dans un appartement tout près de chez nous, rempli de bibelots et de souvenirs. De caractères très différents, ils ont pourtant plus de cinquante années de mariage derrière eux, et s’asseyent encore et toujours l’un contre l’autre, parfois main dans la main. L’un comme l’autre ont des problèmes pour se déplacer, Yakovos ne pouvant plus se lever et Niketa utilisant des béquilles. Ils ont perdu leur fils il y a quelques mois et vivent depuis dans une grande tristesse. Lorsqu’on leur rend visite, on parle peu, voire pas du tout : face à une telle souffrance, quoi dire ? Yakovos est un passionné de musique classique mais, ne pouvant presque plus se déplacer vers le lecteur, il n’écoute plus rien. Alors, quand j’arrive, je mets de la musique. C’est souvent source de discussions animées parce qu’aucun de nous ne se rappelle comment allumer le lecteur ! Mais quand la musique démarre enfin, les yeux de Yakovos s’éclairent. Lui comme moi nous dessinons la mélodie des mains, nous prenant un peu pour des chefs d’orchestre, et nous regardant l’air entendu dans nos passages préférés. Puis la musique s’arrête et nous revenons à la réalité, dans le salon. Avant de partir, il me prête toujours un CD, et puis, sans dire grand‐chose, nous repartons.

Il y a deux mois, nous avons rencontré Margarita, une Polonaise qui vit dans la rue. A peine nous lui disons « Bonsoir » qu’elle se met à chanter l’Ave Maria de Schubert. Ma première réaction n’a pas été très belle, puisque j’ai eu une profonde envie de rire, Margarita chantant d’une manière particulièrement originale et puissante. Mais elle m’explique alors que c’est le Seigneur qui lui a donné ce don et que, depuis, elle chante sans cesse. Elle chantait si fort, et moi, gênée du regard des passants, je n’avais pas perçu tout l’amour qu’elle pouvait offrir à travers sa voix.

Tous les dimanches, Klaudia et moi jouons à la messe, ce qui nous vaut quelques moments de stress, beaucoup d’improvisations, mais surtout de grands moments de complicité. Un dimanche, un ami me demande de lui jouer l’Ave Maria et je m’exécute, maladroitement, n’ayant ni la partition ni le souvenir dans les doigts. Pourtant quand je finis de jouer, Yorgos pleure, m’expliquant qu’on l’avait joué le jour de son mariage, quarante ans plus tôt. Avant de partir en Grèce, un ancien volontaire m’a conseillé d’amener mon violon. Je l’ai pris avec moi sans grand enthousiasme (ne m’étant plus entraînée depuis des années, je savais que mon orgueil en prendrait un coup lorsque je rouvrirais mon étui poussiéreux). Mais une fois encore depuis que je suis ici, je réapprends tout comme une enfant : j’apprends à réapprivoiser mon violon et j’apprends inévitablement l’humilité. Et plus encore, je redécouvre la force de tout ce que la musique peut porter, au-­delà de toute qualité esthétique ou technique. Je ressens de plus en plus que cette force musicale, qui nous relie tant parfois, n’est pas uniquement humaine. Et je dois dire que je n’ai jamais joué aussi mal… mais jamais avec autant de joie !

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Coeur de Grèce

Donner à manger à celui qui a faim

Pierre est en mission au Point-Cœur du Salvador. A la rencontre des personnes de la rue, il découvre que ni le pain ni les vêtements ne suffiront à combler les plus pauvres, mais sa seule réponse est de donner, de se donner… 

Pierre en mission au Salvador

Chaque dernier jeudi de chaque mois, un groupe de paroissiens s’en va dans le centre‐ville donner à manger, à boire et des vêtements aux gens de la rue. Nous avons rejoint ce groupe. Nous nous retrouvons après la messe, devant l’église, vers huit heures, où nous chargeons le pick-up des provisions récoltées durant la semaine. J’ai pris l’habitude de me placer à l’arrière, prêt à bondir tel un Salvadorien, et à lancer des « Dale niño ! » au chauffeur. Ce qui, avec mon accent, amuse beaucoup le groupe.

Quand nous apercevons des SDF, nous nous arrêtons : « Buenas noches, pancito, cafecito ». À certains endroits, on trouve un homme seul que l’on réveille, à d’autres, un groupe de dix, à d’autres, un couple, à d’autres encore, une cinquantaine de personnes, dont femmes et enfants. Au-delà du don, c’est l’occasion de partager un peu, d’écouter des gens que personne n’écoute, de parler anglais avec ceux qui le désirent.

Un jour où nous n’avions plus de vêtement à donner, un homme m’a demandé ma chemise. J’ai profondément hésité mais je ne pouvais me permettre de rentrer torse nu. J’ai donc refusé. Mais, hanté par cette demande, le mois suivant, j’ai donné de mes t-shirts. J’ai constaté que, malgré mon don plus personnel, il manquait encore et toujours de quoi vêtir. Malgré le sentiment de faire une bonne action, d’être remercié comme si j’étais le Pape lui‐même, je ressens à chaque fois beaucoup de tristesse en rentrant de cette tournée. C’est étrange d’aller à la rencontre des gens de la rue. Souvent, j’ai envie de rester avec eux.

Quand je pense à l’après Point‐Cœur, je n’ai pas beaucoup de certitudes. Ce que je sais, c’est que je veux continuer à aller à la rencontre des gens de la rue et donner un peu de pain. Même si l’insuffisance du don par rapport au besoin peut m’amener à la désespérance, lorsque je donne je me sens utile. Et je sais en mon cœur que c’est bon de le faire. Alors j’oublie que cela ne changera pas le monde, et je garde le fol espoir qu’un jour tous les petits dons réunis le feront.

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Pierre L.
volontaire au Salvador

Madame Henmi a déménagé

Sylvie, du Point-Cœur de Sendai, visite régulièrement Mme Henmi qui a quitté son logement provisoire (kasetsu) pour un appartement, pour une autre solitude…

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Sylvie, Mme Henmi et Kasia

Voici quelques nouvelles de Mme Henmi, que je visitais tous les mois en maison provisoire après le tsunami. Maintenant elle a déménagé dans un petit appartement, mais se retrouve toute seule. La précarité s’est transformée en solitude. Il est 9h du matin. Nous venons de terminer une heure d’adoration. On m’appelle pour m’annoncer que le lieu où nous devions nous rendre aujourd’hui a été annulé. J’appelle de suite Mme Henmi, une vieille dame de quatre-­vingt-­sept ans, rencontrée il y a quatre ans dans une des maisons provisoires construites après le tsunami en 2011. Elle a maintenant déménagé dans un vrai appartement, il y a un an environ. Nous lui rendons régulièrement visite. Mais, comme elle oublie jusqu’à mon prénom, quand je l’appelle c’est toujours la première rencontre… Lorsque nous arrivons au parking, elle est déjà là, courbée en deux, à nous attendre appuyée sur sa canne. Dès le premier regard, tous les souvenirs lui reviennent ! Et nous parlons pendant des heures du bon temps en Kasetsu (maison provisoire en japonais), passant les pages de son album-­‐photo en se demandant ce que deviennent les uns les autres. Comme pour beaucoup, le détachement avec les autres membres a été difficile. Elle vit seule dans un nouvel appartement avec tout le nécessaire, pourtant… « Là-­bas on prenait soin les uns des autres, on ne se sentait pas seul. Ici, c’est tellement impersonnel.» La solitude : fléau de notre ère. Sa seule compagnie : la TV. Mais Mme Henmi a encore de la chance, une personne vient lui faire la cuisine trois fois par semaine, et son fils n’habite pas loin. Le temps passe vite, il est déjà 16h. Mme Henmi, qui oublie tout dans les 30 secondes, arrête la discussion pour regarder à travers la fenêtre : « Les corbeaux vont bientôt s’envoler pour rentrer chez eux, je les vois tous les jours à la même heure ». Et dans les cinq minutes, nous voyons quatre corbeaux qui prennent leur envol. « Comme la T.V. n’est pas toujours intéressante, je regarde les voitures passer pendant des heures tous les jours. » Il y a un an, lors de notre dernière rencontre en Kasetsu, Mme Henmi me disait oh combien elle m’aime, et me considère comme membre de sa famille. J’ai rencontré ma grand-­mère au Japon ! Mme Henmi est une femme pleine d’Amour, de respect, qui ne dit que du bien des autres. Après toutes les souffrances qu’elle a vécues, elle me dit comment accepter l’inacceptable, comment aimer ce qui nous est donné de vivre. Sur le chemin du retour, je me rends compte que ces heures passées avec elle ne sont pas « perdues », mais justement me rendent plus humaine, aimante et proche de Dieu.

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Sylvie M.
Membre permanent de Points-Coeur, en mission au Point-Coeur du Japon

Deux nouvelles familles à la Fazenda

A la Fazenda do Natal au Brésil, deux nouvelles familles arrivent avec leur lot de souffrance et de douleur que Sr Bénédicte, Servante de la Présence de Dieu, et la communauté portent avec eux au quotidien.

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Deux nouvelles familles sont arrivées depuis ces derniers mois. La joie des petits fait celle des plus grands ! Anita sourit à nouveau. Elle me disait qu’une communauté sans enfant est une communauté triste. Elle revit ! La sortie de la messe a repris des allures de jeux mélangés aux discussions des adultes. Les maisons sont visitées par des petites mains qui demandent un jeu, un verre d’eau, un goûter, un bisou ou qui cherchent à faire une bêtise ! La fazenda refleurit également au sens propre du terme. Arivaldo (dit Pequeno=petit), un des papas, connait et aime les fleurs et la culture et s’y est attelé depuis son arrivée. Dans son sillage, chacun s’essaie à la plantation de roses, de mais, de manioc et autres légumes ! Après une amitié de quatre ans avec Jo et Pequeno dont on visite le village, ceux-ci ont décidé de venir vivre avec nous, de partager cette expérience de vie communautaire, de prière, de service et d’apostolat. Jo avait envie de laisser une dernière chance à leur couple qui était en train de se détruire. Les fruits ont été beaux pendant quelques semaines  : ils se sont retrouvés et les avoir avec nous était un vrai plaisir et d’une vraie simplicité. Pequeno, en bon bahianais, d’une tranquillité sans pair et heureux comme un poisson dans l’eau, nous saluait chaque matin de sa maison – alors qu’on prenait  le petit déjeuner et qu’il allait arroser ses plantes – d’un bonjour enthousiaste. Il était devenu un rayon de soleil. Jo aidait à la cuisine chaque matin en chantant et en louant le Seigneur à tue-tête. Avec sa franchise, son honnêteté, sa soif, sa joie dans le travail, elle nous en donnait une leçon ! Elle allait à l’école quelques après-midi par semaine, ce qu’elle n’arrivait plus à faire lorsqu’elle était chez elle. Hier, Jo est partie. Nos amis sont bien fragiles et inconstants. Et sans le Christ est-il possible de traverser la tempête ? Pequeno reste pour l’instant avec les deux petits Maikom et Marcos. Notre mission est maintenant de les accompagner dans cette épreuve. Entourer d’amour les petits qui recevront peu l’amour de leur maman ou qui pensent qu’ils ne sont pas aimés par elle!

Juliana et Augusto sont arrivés depuis six mois maintenant avec leur bébé Nathan qui a un an aujourd’hui. Ils sont arrivés à la fazenda « forçés » par le destin dans une situation de souffrance (ils étaient presque dans la rue). À leur arrivée, la fazenda était comme un souffle, une respiration, un repos dans le cœur du Christ. La blessure est grande, ouverte. La sensibilité, la fatigue, l’angoisse reprennent le dessus certains jours. Je vous demande de prier pour eux. Les deux tentent de travailler pour se refaire une vie après : cuisine, ventes, travail proposé par quelques amis. Ils tentent également de se refaire une santé. Nous espérons qu’ils puissent découvrir les bénédictions de la croix, l’amour dans la souffrance, la gratuité, la dépendance de Dieu. Tant de valeurs chrétiennes essentielles dans notre chemin vers le Père. Nous prions beaucoup, tentons de les accompagner dans leur lutte par notre amitié, notre aide, telle une main qui se tend sur le chemin.

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Sr Bénédicte
Servante de la Présence de Dieu, en mission au Brésil

Modesto a perdu sa maman…

Et tout le quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa se joint à lui pour  veiller et enterrer sa maman, nous raconte Bérengère.

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Le Point-Cœur du Honduras, dont Bérengère !

Modesto a perdu sa maman, Doña Toya, il y a peu de temps, le 10 décembre. Modesto, nous ne le connaissons pas depuis très longtemps. Nous le croisions régulièrement lorsque nous allions jeter nos poubelles, car celui-­ci récupérait tout le plastique de la beine-­à-­ordures pour le revendre, c’est comme cela qu’il gagnait sa vie. Notre amitié est née de cette manière, en le saluant tous les jours. Sa maman, les anciens missionnaires la connaissaient davantage. Un jour, je ne me rappelle plus de quelle manière très exactement, Modesto est venu nous trouver pour nous dire que sa maman, âgée, était hospitalisée. Alors nous l’avons accompagné à l’hôpital pour lui rendre une visite. Modesto, qui n’a pas un sou et qui vit très pauvrement, avait tenu à payer le bus pour tout le monde, aller‐retour : il était si fier de pouvoir le faire et, compte-­tenu de sa situation, son geste était si beau et portait à réfléchir. Doña Toya est finalement rentrée chez elle car les médecins ne pouvaient plus rien faire pour elle. Alors nous sommes allées prier le chapelet à son chevet, elle ouvrait les yeux de temps en temps mais ne s’alimentait déjà plus depuis une semaine et perdait conscience petit à petit. Quelques jours après, elle rejoignait le Père. Ici, les habitants du quartier ont pour habitude de veiller les corps, chez eux, nuits et jours, jusqu’au jour de l’enterrement. Alors nous avons accompagné Modesto dans cet instant difficile. Sa maison était remplie d’amis, de voisins, d’inconnus. Tous étaient là pour le soutenir et pour prier pour sa maman. Modesto, quelques jours avant la mort de sa maman, était très inquiet car il ne savait pas comment il allait faire pour payer l’enterrement, mais aussi pour offrir de quoi boire et manger à tous ceux qui allaient venir veiller le corps de sa maman. Quand nous sommes arrivées chez lui, à 23 heures du soir, pour veiller le corps, il y avait de quoi se sustenter de tous les côtés… Les habitants de la colonie n’étaient pas venus les mains vides. Béto avait même fait du porte-­à-porte pour récolter de l’argent, alors qu’il ne connaissait pas plus que cela Doña Toya et Modesto. Dans ces moments-­là, ils sont tous solidaires et je n’avais pas l’habitude de vivre les choses de cette manière-­ci. Le jour de l’enterrement, un bus (comme à chaque enterrement) avait été mis à disposition pour que tous les habitants de la colonie puissent venir au cimetière. C’est ainsi que nous avons accompagné Modesto, pelle en main, pour aller enterrer sa maman. Lorsqu’il mit le cercueil en terre et qu’il eut fini de remettre la terre, son visage était apaisé et il regarda longtemps le ciel en souriant…

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Bérengère L.
Volontaire au Point-Cœur de Tegucugalpa

Une famille marquée par la souffrance

Sabine est au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, elle retrace le décès de Señora Nelly : Au cœur d’une famille divisée, recueillir et porter leur souffrance.

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Charlotte, Karla, Marta et Sabine au Point-Cœur de Barrios Altos

Sonia habite en face de chez nous, avec deux de ses frères, sa belle-­sœur et sa fille, ses trois enfants Cecilia, Matias et Gerard et deux de ses neveux, Fátima et Luciano. Elle connaît Points-­Cœur depuis son enfance et, malgré les déménagements de sa famille et ceux de notre Point-­Cœur, curieusement (ou plutôt, providentiellement !), ils ont toujours habité près de chez nous. Je crois que je n’ai jamais connu une famille plus marquée par la souffrance que celle-­ci. Il semble que rien ne leur est épargné : maladie, addiction, violence et j’en passe. Depuis un an, la maman de Sonia, Señora Nelly, avait des problèmes de santé ; plusieurs fois nous l’avons accompagnée à l’hôpital. Sa santé s’est beaucoup dégradée au mois de septembre, jusqu’à un jour, où elle est restée hospitalisée, dans un état critique. Je crois que je me souviendrais toute ma vie de cette matinée que j’ai passée à l’hôpital avec deux de ses enfants, Sonia et Edwar. Señora Nelly était dans une grande salle commune d’une trentaine de lits ; elle était inconsciente, sa respiration allait vite, elle tremblait, c’était tellement angoissant de rester à ses côtés ! Il me semblait qu’elle pouvait mourir d’un instant à l’autre mais que personne ne s’en préoccupait, et je me sentais terriblement impuissante. Tour à tour, j’essayais de consoler Sonia et Edwar, en les prenant dans mes bras quand ils pleuraient. Il y avait tant de douleur dans le regard d’Edwar et leur détresse était si grande que ce que je pouvais leur apporter par ma présence me semblait bien dérisoire. Au fur et à mesure de la matinée, les médecins ont donné de nouvelles indications et ils ont finalement emmené Señora Nelly dans l’unité de soins intensifs. A partir de ce moment-­là, nous ne pouvions plus entrer, seuls les membres de la famille étaient acceptés. Le lendemain, nous avons été dans un autre hôpital pour demander s’il était possible de faire un examen qu’ils ne faisaient pas dans celui-­ci, puisque la machine était en panne. Mais quand nous sommes revenus en leur disant que nous avions peut-­être une solution, les médecins ont annoncé que ce n’était plus la peine et qu’il ne lui restait plus que quelques heures à vivre. Alors, ses enfants, un à un, malgré tous les conflits et discordes qui existent entre eux, sont allés à l’hôpital pour lui dire au revoir une dernière fois. Le soir-­même, Señora Nelly est décédée. Une de mes sœurs de communauté a dû l’annoncer à certains de ses enfants et petits-­enfants ; ce fut un choc terrible pour eux. La Señora Nelly était un peu le trait d’union dans leur famille, celle qui soutenait tout. Ici, lorsqu’il y a un décès, la famille veille le corps, généralement dans la maison du défunt. Comme il était impossible de le faire chez eux, il a été décidé que nous le ferions chez nous, au Point-­Cœur. Chacun souffrait à sa manière ; c’était si douloureux de voir toute leur souffrance et les manières dont elle s’exprimait ! Matias (huit ans) m’a dit en pleurant que c’était de sa faute si sa grand-­mère était morte et que c’est lui qui l’avait tuée. Quelle douleur pour moi d’entendre cela et de voir que mes mots ne suffisaient pas pour l’apaiser et le convaincre qu’il avait tort de penser cela. Comment ne pas se sentir révolté face à tout cela ; révolté pour les conditions de prise en charge dans les hôpitaux publics, pour tout ce que traverse cette famille, pour ces enfants à qui l’on retire leur innocence… Oui, c’est absurde, c’est injuste. Mais c’est consolant de savoir que, depuis vingt-­deux ans, il y a un Point-Cœur près de chez eux, un petit refuge qui n’a jamais aussi bien porté son nom, un lieu où les portes leur seront toujours ouvertes et où ils trouveront une épaule sur laquelle pleurer, un confident, une présence, une protection face à la violence, un ami, un frère. Puisque, comme nous l’a dit Sonia un jour, chaque volontaire n’est pas seulement quelqu’un qui vient d’un autre pays, un ami de plus qui passe au Point-Cœur, mais bien un membre de sa famille.

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Sabine P.
Volontaire au Point-Cœurde Barrios Altos, Pérou

« Ici, vous êtes l’espérance »

Arnalt est au Point-Cœur de Procida, à travers une rencontre, une phrase, il décrit cette petite île et la mission du Point-Cœur.

Juliano, Laetitia, Arnault et Mercedes à Procida

Juliano, Laetitia, Arnault et Mercedes à Procida

« Ici, vous êtes l’espérance » : cette phrase nous a été adressée par une dame que j’ai croisée vingt minutes chez une amie. Elle arrivait, nous partions, je ne lui ai quasiment pas parlé. Avant de passer le pas de la porte, elle a agrippé le bras d’un volontaire de passage qui ne comprenait pas l’italien, elle lui a dit ces quelques mots : les autres étaient déjà sortis, je suis le seul à les avoir compris. Il est vrai que, depuis mon arrivée, l’absence d’espérance des habitants de cette île m’a particulièrement frappée. Derrière son cadre idyllique, qui aurait, selon la légende, poussé Ulysse à y faire une étape prolongée (c’est vrai que la baie de Naples n’est pas la route la plus directe entre Troie et la Grèce, mais sur les dix années de son Odyssée il a bien pu passer par là), se cache un véritable sentiment de fatalité. En italien, l’île se dit l’isola, et ce mot illustre bien la situation de ce rocher de 4 km2 : isolé du continent par la mer, dont la traversée nécessite une petite heure et se trouve interrompue dès que le temps ne la permet plus. Ainsi les Procidanais ont intériorisé cet isolement comme une chose à laquelle ils ne peuvent pas remédier. Les hommes prennent la mer ou s’en vont chercher du travail dans la lointaine et besogneuse ville de M