Témoignages

Les volontaires qui partent en mission avec Points-Cœur s’engagent à écrire régulièrement à leurs parrains, partageant ainsi des nouvelles de leur quartier, des personnes qu’ils servent, de leur communauté et témoignant de leurs découvertes et de leur émerveillement face à la beauté des rencontres. En voici une sélection régulièrement agrémentée des derniers témoignages reçus.

Qui sont ces visages qui rendent notre quartier si beau ?

Premiers regards sur son quartier de mission : Pierre-Vincent ouvre grand les yeux sur ce/ceux qui l’entoure(nt) à Arafat, quartier du Point-Cœur de Dakar.

Marie-Christine et son regard timide

Je ne pense pas que l’on puisse dire que notre quartier est beau. Les rues sont faites de sable, on trouve des chiens errants et des chats plein de puces, des chèvres en liberté se nourrissant des restes de repas et de carton lorsqu’elles ont un petit creux (nos amis disent que c’est bien pour la digestion), des vaches avec des cornes de trente à soixante centimètres, heureusement très douces… A cela, vous ajoutez les centaines de raccords électriques sur un seul poteau et les déchets qui traînent un peu partout. Enfants comme adultes jettent tout dans la rue, du morceau de journal qui enveloppe leur sandwich aux spaghettis (PDJ local), en passant par le sachet de bonbon. Tout est jeté, la rue est une poubelle. Cependant, tous les matins à 6h30, les femmes d’un même immeuble se relaient tout au long de la semaine pour balayer la portion de rue devant leurs immeubles, puis s’en vont évacuer ces déchets au passage du camion poubelle vers 9h (vous ne pouvez pas le louper, il klaxonne si fort et si longtemps…). S’en suit alors une longue file de femmes qui attendent, sacs poubelle à la main, de pouvoir jeter la récolte du matin. Ces femmes veulent que leurs enfants puissent grandir dans une rue propre. Elever leurs enfants dans la dignité, voilà le fond de leurs gestes. Les rues sont ainsi propres le matin et sales le soir : la vie est un cycle, je le savais, mais je ne connaissais pas ce cycle-­là. Non, notre quartier n’est pas beau extérieurement et selon nos critères il est laid. Si vous demandez à un habitant d’Arafat s’il trouve son quartier beau ou laid, il vous regardera l’air ahuri et ne comprenant pas vraiment la question. Effectivement, s’il est né ici, c’est son quartier, c’est comme ça. Le seul point de comparaison dont il dispose ce sont les maisons des blancs dans les séries TV Novelas qu’ils passent leur temps à regarder (avec tous les matchs de foot). Ah oui, j’oubliais ici, blanc se dit « Toubab » et Toubab = riche et modèle de beauté. A chaque fois que vous marchez dans la rue pour aller prendre votre bus, les taxis qui passent ont la fâcheuse manie de vous klaxonner. « Un toubab est riche, il ne marche pas, il cherche un taxi donc je le klaxonne ».
Non, notre quartier n’est pas beau extérieurement. Avec le temps on s’habitue. Et surtout, il est beau et riche de tous nos amis. Ce petit Marcel qui vous saute dans les bras dès que vous franchissez le seuil de la porte, la voisine d’en face, Eva da Costa, qui vend des shampoings en écoutant du rap toute la journée sur son enceinte. Elle a toujours une minute pour vous apprendre quelques mots de Wolof, elle est également joueuse de foot pro. Cette petite Marie-­Christine qui vous regarde les yeux grands ouverts de derrière un poteau avant de venir vous réclamer timidement un câlin. Diminega, sa mère, qui passe son temps à travailler pour scolariser ses enfants. Elle m’a appris à cuisiner sénégalais, c’est déjà une grande amie. Oui, la beauté de notre quartier est cachée dans les visages de nos amis. C’est vrai au Sénégal, mais c’est aussi vrai en France. Dans notre quotidien, on trouve la beauté de notre journée dans une rencontre, un footing, un dîner avec des amis et non dans une ligne de métro que l’on connaît par cœur ou encore ce trajet que l’on refait pour la énième fois. C’est une des premières choses que j’ai apprise ici, la laideur de notre quartier ne conditionne pas notre capacité à apprécier la vie et à aimer nos amis qui nous aimaient même avant notre arrivée. En effet, quelle joie pour moi de m’être senti aimé tout de suite. Dès mon arrivé dans la maison, une vingtaine de dessins d’enfants venaient en témoigner. Des « Bienvenue Pierre-­Vincent ! » écrit bien maladroitement et des petits hommes crayonnés ressemblants davantage à des oiseaux qu’à un volontaire Point-­Cœur. Beaucoup d’enfants connaissaient déjà mon prénom. Ils toquent à la porte durant toute la première semaine pour rencontrer le ku Bes (nouveau en Wolof). Les vingt-­cinq années de notre Point-­Cœur dans le quartier et le sens incroyable de l’accueil des Sénégalais expliquent que l’on se sent bien tout de suite. Vingt-­cinq ans de présence c’est vingt-­‐cinq ans d’amitié, certes les volontaires défilent et restent un ou deux ans, mais le lien perdure. Lorsqu’on arrive, on reçoit des amis en héritage, vingt-­cinq années d’héritage.

 

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Pierre-Vincent D
En mission à Dakar

Welcome to the Philippines !!

Marguerite et les enfants à Navotas, devant le Point-Cœur

Marguerite est arrivée depuis peu à Manille au Philippines, plus particulièrement à Navotas, ce quartier où est installé le Point-Cœur depuis 25 ans ! Ouvrons les yeux… Nous y sommes :

Cela fait un peu plus d’un mois que je suis arrivée à Manille et j’ai déjà tant de choses à raconter! Ma première heureuse découverte a été la joie et l’accueil du peuple philippin. Mon physique d’ Amerikano m’attire des sourires, salutations et de nombreux : « Hello ma’am, welcome to the Philippines ! » Il est agréable de se sentir la bienvenue dans un pays complètement inconnu. Le Point-­Cœur se situe à Navotas, au nord-­est de Manille. Quelle a été ma surprise de découvrir la beauté de notre quartier, moi qui m’attendais à un endroit bruyant, sale et pollué ! Les banderoles bariolées, les maisons colorées, les enfants, les visages… La pollution et les déchets ne sont plus qu’un détail dans ce lieu grouillant de vie. Cela n’empêche pas les coqs de chanter à n’importe quelle heure de la nuit ou les voisins d’écouter de la musique dès 5h du matin, mais cela a le mérite de m’avoir donné un sommeil à toute épreuve. La vie des habitants de Navotas est principalement extérieure. Les enfants jouent dans la rue ou sur un terrain de basket, les adultes discutent devant leur maison, certains se retrouvent le soir pour boire et chanter… Et plus la musique est forte, plus la fête bat son plein. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir le karaoké et chanter à longueur de journée.

Les enfants du quartier font ma joie. Dès mon arrivée de l’aéroport, j’ai été encerclée par cette bande de moucherons, dont tous les noms m’ont été donnés à la fois, tout excités et joyeux de voir une nouvelle tête. Quasiment tous les jours, j’apprends le nom de l’un d’entre eux, avant de l’oublier le lendemain. En même temps, ce ne sont pas des Nicolas ou des Léa, mais des Motmot, Bébé, C.J, Francenel, et j’en passe… Impossible de sortir de la maison sans qu’un ou plusieurs courent vers nous, nous enlacent et essayent de nous suivre le plus loin possible.

Tous les dimanches matin, nous prenons un « tricycle » (une moto à laquelle est accroché un side-­car) jusqu’à une cathédrale où une salle a été consacrée par l’évêque à l’accueil des enfants des rues. Ils y viennent pour jouer avec nous et recevoir un repas préparé par plusieurs mamans. A mes yeux, leur comportement diffère de celui des enfants « normaux ». Le fait d’être une nouvelle tête permet de le constater d’une manière particulière. Le regard dubitatif d’une enfant qui nourrit sa petite sœur me laisse perplexe. Timidité, méfiance…? Que vit-­‐elle pour me regarder ainsi ? Je pourrais me poser la même question à propos du comportement de chaque enfant. Pour celui qui se blottit contre moi, celui qui chipe de la nourriture dans l’assiette des autres, celui qui aide seul à tout ranger et nettoyer… Mais, le plus marquant reste la beauté de l’attention entre quelques frères et sœurs. Deux aînés passent leur repas à s’assurer que leur petite sœur ne manque de rien et protègent leur plateau-­repas. Un beau message fraternel dans cette ville où tant de familles sont détruites.

Au cours de mes premières visites, j’ai été très marquée par la figure de nombreuses mères et grand-­mères. Elles travaillent dur et sont incroyablement courageuses. Les conditions de vie de certaines sont très précaires ; leur famille est entassée dans des maisons de huit mètres carrés, un réchaud et une casserole font office de cuisine et le sol sert de table, lieu de vie et lit. Sans toujours obtenir une aide du père, ce sont les mamans qui doivent prendre soin des enfants, de leur éducation et de leur scolarisation quand c’est possible, payer le loyer et la nourriture. Le témoignage d’ate Tess est particulièrement touchant. Elle a travaillé très dur pour monter son échoppe et a dû prendre seule en charge l’éducation et la scolarisation de ses deux enfants. Elle raconte que c’est un miracle qu’elle ait réussi à le faire, ainsi qu’à ne pas divorcer de son mari. Sa foi et son courage m’ont impressionnée. Je me rends compte, après ce premier mois de mission, de la force de la joie. Dans tous les lieux où je passe, lieux de pauvreté et de souffrances, les sourires et les rires effacent toute peine. La joie donne consolation, la foi donne espoir.

 

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Marguerite deLF
En mission à Manille

Pénétrer dans le monde des gitans…

Depuis quinze ans, les volontaires du Jardin de la Miséricorde accompagnent les gitans d’un petit village voisin. Pourtant il faut du temps pour pénétrer dans leur monde, pour entrer dans leur communauté, pour approfondir l’amitié… Père Pierre-Marie raconte :

Depuis presque quinze années, des membres du Jardin se rendent une fois par semaine dans un petit « village », un peu à l’extérieur de Tirukalukundram, petite ville à neuf kilomètres d’ici. Ce petit hameau d’une quarantaine de maisons est fait de maisons en ciment et briques et de quelques huttes réparties sur deux rues parallèles. C’est là que vivent nos amis narikuraver, une petite communauté de gitans indiens. Ce sont les Pères Salésiens qui ont construit ces maisons, la petite école et la grande citerne à eau pour eux, alors qu’ils avaient été rejetés du village où ils vivaient.

Lorsque nous arrivons, le vendredi après-midi pour leur rendre visite, il y a toujours de l’animation dans la rue principale du village. Récemment, des groupes d’hommes jouaient aux billes ! Mais attention, pas comme dans la cour de récréation : ils jouent par équipe de cinq avec de grosses billes et ça ressemble plus à une pétanque. Mais, surtout, ils jouent pour de l’argent, ce qui rend la chose plus excitante ! Devant les maisons, quelques femmes s’occupent de leurs enfants rentrés de l’école, des groupes de femmes et jeunes filles font des colliers avec des perles en plastique de différentes couleurs et formes, qu’elles iront vendre sur des marchés improvisés à l’occasion de fêtes de village ou à Mamallapuram, auprès des touristes. On voit aussi des hommes bricoler leur grand fusil qu’ils utilisent pour aller chasser (une activité très enracinée chez eux). Ils confectionnent eux-mêmes la poudre et les balles, ce qui cause régulièrement des accidents graves. Un peu plus loin, une jeune femme cuisine une sauce dont la couleur rougeâtre dit la quantité d’épices qui doit s’y trouver ! A côté du feu de bois se trouvent deux oiseaux (des aigrettes, je crois) rapportés par un des chasseurs… Nos amis préfèrent la viande aux légumes et mangent toutes sortes d’animaux !

Nous avions le projet d’emmener un groupe de jeunes gitans pour quelques jours de sortie. Le projet prenait forme… Mais, récemment, plusieurs du groupe se sont mariés ! L’un d’eux, Maghesh, que nous connaissons très bien ne nous a avertis que la veille au soir ! Il nous a expliqué qu’il n’était rentré au village que trois ou quatre jours avant et avait été très occupé. Je n’ai pu m’y rendre, mais le Père Olivier a pu y aller, ce qui a beaucoup touché nos amis. Ce n’est que depuis peu de temps qu’ils nous invitent pour des mariages qui ne sont célébrés qu’au sein de la communauté.

Ceci dit, notre ami Maghesh (à gauche sur la photo) nous a raconté, à notre plus grande surprise, qu’il avait trouvé sa femme par Internet ! Elle est pourtant gitane, elle aussi, mais elle est originaire de l’Etat voisin, l’Andhra Pradesh. Ils se sont rencontrés par intermédiaire de WhatsApp ou Facebook ! Les grands jeunes comme Maghesh aiment bien discuter avec nous. Ils voient que nous nous intéressons à leur vie, à leurs coutumes, alors ils sont toujours contents de nous parler de leur culture, des évènements de leur communauté.

Lors de ma dernière visite, Maghesh et Suresh (un jeune de dix-huit ans) me demandaient de leur apprendre un peu d’anglais à chacune de mes visites. Ils regrettent d’avoir quitté l’école trop tôt et de ne pas savoir lire ou écrire, ou trop peu. C’est, pour nous, un peu un privilège de pouvoir pénétrer peu à peu dans leur monde, leur vie, d’ordinaire si close. Espérons que ces liens enracinés dans une amitié ancienne continuent à s’approfondir.

 

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P. Pierre-Marie T.
Prêtre en mission en Inde

Auprès d’eux, se simplifier…

Guillemette et Chiara au Point-Cœur de Chengalpet

Accueillir les nouvelles volontaires est une mission dans la mission. Guillemette approfondit ainsi sa présence, sa mission auprès des amis du Point-Cœur de Chengalpet.

Pourquoi ma présence ici en mission ? Ce mois-­ci je suis devenue l’« Akka » de la maison, c’est moi l’ancienne qui transmet à nos deux nouvelles volontaires notre quotidien, nos amitiés, la culture indienne… Me voici transformée en professeur de tamil, apprentie chef en cuisine indienne, organisatrice de la vie quotidienne, hihi ! Car notre vie est possible par le maillage des générations, où les anciennes apprennent aux nouvelles notre raison d’être dans le quartier (Paula Akka, ma grande sœur argentine, a dû nous quitter pour quelques semaines). J’ai de la chance, Chiara est pleine d’enthousiasme et le cœur grand ouvert pour rencontrer et aimer nos amis, Maguelonne n’arrive que dans une semaine*. Un petit coup d’œil dans notre quotidien ? Hier, nous avons cuisiné le matin pour Babu Anna, notre ami seul chez lui. Sa famille et ses filles sont parties vivre dans la famille maternelle. Il a beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Puis, débarque Sarala Akka à qui nous offrons les chapatis restants. Cette amie vient nous visiter presque tous les jours pour trouver un refuge, son mari boit et elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur comme femme de ménage pour subvenir à ses besoins et éduquer ses deux filles Saranya et Magalakshmi.
L’après-­midi, après la sieste et le chapelet, commencent nos apostolats. Nous allons visiter Abdul et Selima, deux frères et sœurs très touchés par la maladie : Selima a eu plus de dix opérations chirurgicales. Et pourtant, ils accueillent largement le petit frère, le neveu, le voisin et la voisine, seul endroit où ils ont trouvé refuge et amour. Nous visitons aussi Yasmine et sa famille, une famille musulmane qui nous accueille toujours à bras grands ouverts avec un jus ou un café indien (du lait, du café et beaucoup de sucre. Celui offert par nos amis est le meilleur !) Yasmine, du haut de ses douze ans vient de devenir une « grande fille » avec sa puberté. Ils ont donc fait une grande fête avec les robes en velours, coiffes de fleurs jusqu’aux pieds et plusieurs kilos de bryani pour les nombreux invités. On ne peut plus les quitter : « Restez encore cinq minutes avec nous ! » « Vous venez la semaine prochaine ? »
Je crois que Chiara, et bientôt Maguelonne sont affreusement mal tombées avec moi. Car je déteste m’ennuyer et vivre la routine ! L’Aventure scoute ! Attention à ne pas exprimer trop sérieusement ses désirs à Dieu ! Il nous prend au sérieux, et sait comment mettre du piment dans nos vies, hihi ! Ainsi Dieu nous surprend et nous attend dans le quartier.
Dimanche, nous sommes allées visiter nos amis de la décharge, un quartier d’intouchables. C’est incroyable comme de nombreux nouveaux enfants courent à notre rencontre, ils sont avides de jouer aux Mikado ou Jenga, dessiner et colorier nos images de saints. Une nouvelle amie nous reçoit pour la première fois, elle nous raconte qu’un an après son mariage, son mari l’a abandonnée pour une autre femme. Quelle culpabilité pour elle vis-­à-­vis de ses parents qui ont payé la dote onéreuse, et quelle honte pour la société indienne… Désormais, nous la visitons chaque dimanche, c’est comme si c’était évident pour elle, notre amitié ! Elle a le cœur grand ouvert pour nous accueillir et partager du temps ! Comme je le disais à Chiara, notre mission, et surtout nos amis nous donnent de nous simplifier. Ils nous invitent à regarder l’essentiel dans nos vies et nous apprennent à réellement nous occuper les uns des autres. J’ai appris à décortiquer un crabe chez cette amie de la décharge : à notre deuxième visite, elle ne nous a pas laissées partir sans qu’on déguste crabe et poisson mijotés aux épices, piment rouge et feuilles de curry. C’est leur plus belle façon de nous aimer : nous donner ce qu’ils ont de plus précieux, la nourriture qui nous permet de vivre et survivre. Leur générosité me touche beaucoup !

*Maguelonne est maintenant au Point-Cœur !

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Guillemette B.
En mission en Inde

Fête de Notre-Dame-du-Rosaire à Afragola

Pèlerinage dans les rue d’Afragola

Astrid en mission à Naples, découvre cette fête qui se déroule sur plusieurs jours en l’honneur de la Madonna. La vie et la foi ne font qu’un !

C’est très beau car, ici, la foi est très incarnée. Elle fait partie de la vie et la vie fait partie de la foi. C’est à l’occasion de la fête de Notre-­Dame-­du-­Rosaire que j’ai pu davantage réaliser cela. Notre paroisse étant sous son patronage, nous avons vécu intensément la fête du 7 octobre. En réalité, cela a commencé le 4 octobre au soir, par la messe de la vestizione de la Madonne, au cours de laquelle, quelques femmes de la paroisse ont habillé une très belle statue de la Vierge Marie ainsi que l’enfant Jésus. Le lendemain après-­midi, 5 octobre, commençait la grande procession. De 16h à 20h, nous avons marché à la suite de la Madonne dans les rues d’Afragola, en priant et en chantant, accompagnés au son d’une fanfare. C’était incroyable ! Les gens sortaient aux fenêtres pour acclamer la Vierge Marie, jetaient des confettis et interpellaient les prêtres pour qu’ils viennent bénir leur famille ou leur commerce. A deux reprises, nous avons fait une pause au cours de laquelle il y a eu des chants, puis un buffet de pizzas, et aussitôt la procession a repris de plus belle. Le soir, la Madonne est arrivée dans une petite chapelle de la ville où elle a passé la nuit. Le samedi 6 octobre, la fête reprenait son cours en commençant par la messe auprès de la Madonne puis, de 9h à 13h, elle a continué sa visite aux habitants d’Afragola. La procession a repris une dernière fois l’après-­midi de 16h à 20h et, enfin, accueillie par un feu d’artifice exceptionnel et les acclamations de la foule, la Madonne est rentrée dans l’église du Saint-­Rosaire. Cette procession était un peu à l’image de notre vie : nous étions ensemble à la suite de Marie qui nous donne son Fils, nous avons prié, nous avons chanté, nous avons ri, nous avons même mangé, et il y avait également des moments pénibles (4h de procession, c’est long !!)… C’était à la fois tout simple mais plein de profondeur ! Après la procession, a eu lieu la fête paroissiale, samedi soir. Dimanche 7 octobre avait lieu la messe en l’honneur de Notre-­Dame-­du-­Rosaire et, le soir, de nouveau une grande fête à la paroisse avec un inoubliable concours de chansons ! L’amour de la Vierge Marie est si vivant ici, que lorsqu’elle est fêtée, cela est toujours grandiose, tout en restant naturel.

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Astrid E.
En mission à Naples

« Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous… »

La mission du Point-Cœur à Athènes est très habitée par les migrants, personnes perdues, seules et en grande souffrance… Florence est une de ces personnes que la Providence a mise sur notre route.

Agnès au Point-Cœur de Grèce

Il y a deux semaines, lors de la messe dominicale, Agnès a rencontré Florence, jeune femme du Congo arrivée récemment à Athènes. C’est Florence qui s’est dirigée directement vers elle, lui demandant si elle parlait français. Il est beau d’entendre Agnès nous confier combien elle s’est sentie être un simple instrument dans les mains de Dieu à cet instant-­là. Tout a été donné, comme si cela était voulu, désiré depuis longtemps dans le cœur d’un Autre. Agnès l’accompagne auprès de notre bon curé, qui lui offre de quoi se nourrir et des vêtements. Le lendemain, elle vient au Point-­Cœur et nous confie son histoire. Une partie de sa famille a été assassinée sous ses yeux, lors de la messe de Noël l’an dernier. Elle a dû confier ses filles à sa mère et a fui le pays pour sauver sa vie. Nous ne savons pas quels drames elle a pu subir lors de son voyage et de son temps en Turquie. Elle semble s’être retrouvée un temps en prison, après une tentative avortée pour rejoindre la Grèce. Puis, c’est la grande traversée, elle sera repêchée par la police et débarquée sur l’île de Lesbos. Florence est très malade et doit venir à Athènes pour se soigner. A son arrivée, elle se met en quête d’une église catholique, mais tous de lui répondre : « Ici, il n’y a que des orthodoxes ! » Trois semaines plus tard, Florence est décidée à se rendre à l’église pour prier Son Seigneur. Elle s’en remet à la Divine Providence, et déambule dans les rues d’Athènes. Elle croise alors un homme à qui elle demande une nouvelle fois l’adresse d’une église catholique. Il l’accompagne jusqu’à Sainte-­Thérèse, notre paroisse, c’est là que nous la rencontrons. Quelques jours plus tard, nous nous rendons chez Florence. Elle habite dans une chambre d’un appartement mis à la disposition d’une famille camerounaise. Elle a le nécessaire pour vivre, pas encore pour se nourrir. Mais ce qu’il lui manque le plus, c’est une activité, une présence. Car elle passe ses journées à tourner en rond, à penser et repenser à sa vie, à sa famille perdue, à ses filles dont elle n’a pas de nouvelles, aux drames qu’elle a vécus, à sa solitude. Nous nous asseyons sur son lit, elle n’a que cela à nous offrir et en souffre. Florence nous prend alors chacune la main, puis elle se met à pleurer en nous disant : « Tu sais, je ne vous ai pas tout dit de mes souffrances. Ça me fait encore trop mal d’en parler. Mais, s’il vous plaît, ne m’abandonnez pas. » A chaque rencontre, ce sont ses mots de conclusion : « Ne m’abandonnez pas, je n’ai que vous. »

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Anaïs G.
En mission à Athènes

Anita, maladie, petitesse et émerveillement

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Accueillie depuis plus de vingt ans à la Fazenda do Natal, Anita se donne, dans sa maladie, dans sa pauvreté et ses crises, dans son amour des plus petits.

Aujourd’hui, j’aimerais vous écrire plus longuement au sujet d’Anita. Âgée de cinquante-­six ans, elle a beaucoup vieilli au cours de mon absence. Depuis au moins vingt-­cinq ans, cette femme souffre de schizophrénie. La semaine dernière, le psychiatre nous a orientés vers un neurologue. En effet, en parallèle de cette maladie, il semble qu’une démence sénile s’installe. Nous devons attendre les semaines à venir pour avoir un diagnostic. Chaque personne est unique. Avec Anita cela se vérifie davantage. Elle reste pour moi un mystère. Elle est complètement hors cadre. Cette femme croate, artiste peintre, s’est mariée, n’a jamais eu d’enfant, est venue vivre au Brésil. Elle a énormément voyagé. Elle parle plusieurs langues. Elle a été modèle dans le domaine de la mode. Puis, tout à coup, s’est déclenché cette maladie, la schizophrénie. Il semblerait que son mari aussi ait développé une maladie mentale. La famille de celui-­‐ci l’a recueillie et les Sœurs de la Charité ont recueilli Anita. Elles l’ont accompagnée à la Fazenda, il y a plus de vingt-­trois ans. Anita a fait un séjour d’un mois dans sa famille, il y a quelques années. Cependant, elle a souhaité rentrer vivre à la Fazenda. Aujourd’hui, elle n’a plus de contact avec sa famille. Sa maladie se serait déclenchée au moment de la guerre en Yougoslavie. Il lui arrive de parler de la guerre, de sa maman. Elle est parfois perturbée, agitée. Elle semble parfois parler en croate. Elle a des hallucinations. A la schizophrénie s’ajoute la démence. Il est difficile de savoir ce qu’elle vit intérieurement. Il me semble que je perçois seulement la partie visible de l’iceberg de souffrances que provoquent ces maladies. Cependant, malgré, ou plutôt grâce à ces souffrances, Anita est un modèle de sainteté. Elle est humble. Elle accepte l’aide que nous lui proposons. Elle accepte de se faire aider pour tous les gestes de la vie quotidienne qu’elle oublie certains jours : se laver, s’habiller… Elle accepte de manger avec nous, de manger la nourriture que nous préparons. Il y a deux ans, elle prenait tous ses repas seule. Elle me touche aussi par sa facilité à entrer dans la volonté d’un autre, par sa confiance. A ma grande surprise, maintenant, elle accepte assez facilement de sortir de la Fazenda pour aller chez le médecin par exemple. Elle se laisse faire même si cela est source d’angoisse pour elle. Ainsi, lors de la dernière consultation chez le médecin, dans une salle d’attente remplie, elle a commencé à s’impatienter et à être agressive (ce qui nous a permis d’être reçues plus tôt !) Après cela, dans la voiture, elle s’est excusée à plusieurs reprises. Elle continue à vouloir aider en balayant par exemple, en voulant laver son assiette. C’est aussi un modèle de compassion. Elle est toujours sensible aux plus souffrants. Elle se préoccupe toujours pour Diego. Elle reste des heures assise à côté de lui. Anita me met toujours en présence d’un plus grand que nous. Elle s’émerveille des nombreux arcs-­en-ciel, des oiseaux, des poules, des crapauds… Elle est ravie de voir des enfants à la Fazenda. La fécondité d’Anita me surprend aussi. Elle est au cœur de notre maison. Elle semble aussi éduquer le cœur de Weverton. Cet adolescent de la rue est attentif à Anita. Elle le provoque et l’oblige à se décentrer de lui-même. C’est émouvant de voir Weverton devenir plus doux au fil des semaines, de le voir offrir à Anita un geladinho qu’il a fait, de le voir lui offrir un verre de jus de fruit… Ainsi, si je lui explique que je dois aller aider Anita à se laver, à l’heure à laquelle il prend son petit-déjeuner, il pense tout seul à laver sa tasse, sa cuillère… Il semble comprendre que je ne puisse pas m’asseoir avec lui, qu’Anita a besoin. Cela le rend plus autonome, plus responsable. Cela peut paraître évident, mais le fait que Weverton fasse cela représente un miracle !

 

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Lucie D.
En mission à la Fazenda au Brésil

Rodoflo, de la violence à le tendresse…

Rodolfo et Sixtine

Fidèle du Point-Cœur de Buenos Aires, Rodolfo se laisse apprivoiser doucement, Sixtine nous le confie.

Rodolfo a dix ans. C’est un petit garçon à la peau mate et aux yeux noisettes avec un regard très intense. Rodolfo n’a pas sa langue dans la poche mais son petit cheveu sur la langue argentin me fait craquer ! Le premier aspect de la personnalité de Rodolfo que j’ai découvert fut son extrême violence et la haine qu’il peut éprouver pour son petit frère de huit ans. Nous étions au mois de février, durant le camp d’été, et Rodolfo a couru après son frère, un couteau à la main. La haine et la violence si fortes qui se lisaient sur son visage et dans ses yeux m’ont totalement paralysée si bien que je suis restée figée sur place sans réussir à intervenir de peur que le coup de couteau ne m’atteigne moi (même si ce n’était qu’un petit couteau de table usé par le temps qui, de ce fait, n’aurait pas pu me faire grand chose ! ) Cela faisait moins d’un mois que j’étais arrivée en Argentine et la violence de cet enfant de dix ans m’a laissée sans voix. Moi qui me plaignais du comportement de certains de mes petits patients à Bondy ou à Choisy le Roi… je n’avais encore rien vu ! En rentrant du camp, j’avais presque peur de ce petit bonhomme et pensais que je n’allais jamais réussir à créer de liens avec lui ni même l’aimer. Je me trompais sur toute la ligne. En effet, de retour au Point-­Cœur, Rodolfo venait régulièrement nous faire un coucou à la fenêtre, il était toujours là pour nous aider à cuisiner. Un soir, alors que nous étions en train de répéter les chants pour la messe, la voix rauque de Rodolfo et d’autres enfants se fait entendre, chantant en chœur avec nous le chant à Marie que nous avions appris durant le camp. Nous découvrions alors les premiers fruits du camp. Petit à petit, j’ai découvert un autre aspect de la personnalité de ce petit brun ténébreux : sa recherche d’amour et de tendresse qui s’explique notamment par sa situation familiale complexe. Rodolfo est le troisième d’une fratrie de quatre enfants. Cependant il n’a pas le même père que les trois autres. Conséquence de cela, le compagnon de sa maman ne le veut pas chez lui et Rodolfo est confié à sa grand-­mère. Beaucoup de secrets ou de non-­dits persistent. Il appelle « papa » l’homme qui le rejette et a deux mamans, sa mère et sa grand-­mère. Sa maman étant l’aînée d’une famille nombreuse, il vit donc au milieu de ses oncles et tantes comme le dernier de la fratrie tout en étant à une rue de la maison familiale sans réellement comprendre sa mise à l’écart. Rodolfo est perdu. Il a besoin de l’amour d’une mère et voir son petit frère recevoir toute l’attention et l’amour maternels le blessent. Pour combler cela, ce sont de gros câlins auxquels nous avons le droit quand il rentre dans la maison et nous salue. Récemment, il a été hospitalisé et nous sommes allés lui rendre visite. Quand nous avons franchi la porte, le visage de Rodolfo s’est illuminé et il s’est jeté dans nos bras comme un enfant se jette dans les bras de sa maman ou de son papa. Au sortir de l’hôpital, il est venu directement au Point-­Cœur. Rodolfo veut parfois jouer au gros dur mais laisse rapidement tomber son masque, comprenant qu’avec nous il peut être lui-­même, un enfant, qui a besoin d’attention, d’amour et de tendresse.

 

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Sixtine deB
En Mission à Buenos Aires

Une onction des malades incroyable

A Buenos Aires, nous visitons depuis quelques années le « foyer de la Miséricorde » ou vivent des personnes âgées. Voici le chemin de foi d’une de ces femmes, Rosa :

Rosa est une dame âgée du « foyer de la Miséricorde » que nous visitons depuis quelques années. Elle a tendance à se plaindre beaucoup, tout est dramatique et négatif avec des histoires impossibles. Il est vrai qu’elle a beaucoup de soucis et que le personnel ne l’aide pas beaucoup. Elle sait qu’elle doit aller dans une vraie maison de retraite parce qu’elle ne peut plus marcher et cela l’angoisse profondément. Cela veut dire pour elle partager le dortoir à plusieurs et si l’une ou l’autre personne ronfle ou est un peu perdue, cela va lui être très difficile à supporter. Ses voisines et le personnel du foyer ne savent plus trop comment s’y prendre avec elle, car elle n’est jamais contente et malgré tous les petits services que l’un ou l’autre lui rend, cela n’est jamais assez. Aussi beaucoup se sont fatigués à la longue et l’ont laissée seule avec ses angoisses. Très souvent, elle nous dit au bord des larmes : « Je voudrais que le bon Dieu me prenne maintenant, je ne veux pas aller dans une maison de retraite, je veux qu’on me laisse mourir tranquille. Je suis seule et je souffre trop, je ne comprends pas pourquoi le Seigneur me laisse en vie. »Depuis quelques mois, je lui parle souvent de l’onction des malades pour lui donner la paix, la force et la consolation pour vivre tout cela : sa vieillesse, sa maladie, son handicap. Mais le simple fait qu’elle doit se confesser la rebute.

Or, ce lundi, elle nous téléphone pour nous demander de venir la visiter car elle est angoissée et tout va mal. Je lui promets d’aller la voir le lendemain. J’y vais et après m’avoir expliquée pendant une heure les causes de ses angoisses, je lui propose l’exercice de voir ce qui fut positif dans la journée… « Rien du tout ».Alors, je reprends un à un tous les évènements qu’elle m’avait raconté pour lui montrer où était le positif qu’elle ne voyait pas. Je perçois qu’elle écoute et se rend compte aussi. Une fois de plus, je lui propose le sacrement des malades lui disant combien cela va l’aider car sans la grâce, c’est difficile. Elle me dit : « J’aimerais bien, mais je n’ai pas de péchés, je suis dans mon lit tout le temps, je ne peux pas pécher ! »Et je lui réponds : « Quand on voit tout négatif, et qu’on ne voit pas les bienfaits de Dieu et qu’on ne l’en remercie pas, c’est déjà un péché. »Alors elle se tait, puis accepte de recevoir ce sacrement. Je suis aux anges. Elle me demande de prendre rendez-vous pour elle avec le prêtre. Elle est heureuse que je m’occupe d’elle. Le lendemain matin, je téléphone au prêtre qui est d’accord pour vendredi matin à 10h. Je téléphone ensuite à Rosa, elle est très heureuse, elle me remercie beaucoup. Comme elle ne s’est pas confessée depuis des années et qu’elle n’a jamais reçu le sacrement des malades, je lui imprime deux petites feuilles en lettres très grandes pour qu’elle puisse lire tranquillement sur l’onction des malades et sur comment se confesser avec un petit examen de conscience. Nous passons la voir pour lui laisser les deux feuilles et elle nous demande davantage d’explication sur l’onction des malades. Je la sens très impatiente et heureuse.

Vendredi à 9h45, je me rends dans sa chambre pour voir dans quelle humeur elle est ce jour-là. Elle commence comme toujours avec sa litanie de plaintes et de drames, puis je lui dis : « Aujourd’hui vient le prêtre ».Elle me sourit, elle attend cela avec impatience, les yeux fixés sur sa petite horloge. Elle me dit qu’elle a lu les deux feuilles et que cela l’a beaucoup aidé, et qu’elle veut garder ces feuilles. Le prêtre arrive, je les laisse seuls, puis je reviens après la confession, pour le sacrement des malades. Je suis aussi émue que Rosa qui a la gorge nouée d’émotion ce qui transforme son Amen en un petit cri aigu. Elle a les larmes aux yeux, elle est si belle et rayonnante. J’imagine les anges et la fête au Ciel pour cette âme qui se réconcilie avec Dieu et se remet entre Ses mains. Mon cœur exulte de joie avec elle. Sûrement, elle ne changera pas de caractère, mais Dieu est avec elle, tout proche, qui la réconforte et la soutient dans sa lutte. J’en suis certaine.

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Maylis

La prière, une expérience vraiment nouvelle

Au cœur de la Thaïlande, pays bouddhiste, la prière monte… celle du Point-Cœur de Bangkok où vit Astrid.

J’aimerais vous parler, dans cette lettre, d’un autre élément qui fait partie intégrante de ma vie quotidienne : la prière. Vaste sujet me diriez-­vous et peut-­être un peu audacieux mais je voudrais vous en parler car, sans cette dernière, ma mission serait bien différente. La prière est omniprésente dans notre journée. Le matin, départ pour la messe à 7h. Sur le chemin, qui est parfois bien long (et oui, le bus ne déroge pas à la règle de la fameuse circulation de Bangkok !), je prie les laudes, la prière du matin. Nous prions le chapelet en communauté après la sieste et nous prions les vêpres le soir, avant le dîner. Dans la journée, chacune d’entre nous trouve un moment de libre pour prier l’adoration pendant une heure, car nous avons la chance d’avoir, dans la petite chapelle de notre petite maison (comme dans les autres Points-­Cœur), la Présence Réelle. Et enfin, avant d’aller dormir, nous prions les complies après avoir remercié le Seigneur pour cette journée et demander pardon. La Thaïlande est un pays de religion et de culture bouddhiste, moins d’ 1% de la population est catholique. Notre présence dans le quartier pourrait donc paraître futile ou bien même stérile. Cependant, notre mission n’est pas de convertir les bouddhistes mais de prier pour eux. Notre prière et la présence de Jésus dans le tabernacle sont très importantes dans un quartier comme le nôtre. Aucune de nos journées ne se ressemblent mais toutes sont bien remplies ! Les heures passées dans les transports, l’apprentissage de la langue, l’exigence de beaucoup de nos amis quant à notre présence et notre aide, l’écoute de leurs confessions parfois difficiles à entendre ou à accepter, tout cela demande beaucoup d’énergie physique et mentale ! Les moments de prières sont alors des moments de calme, d’apaisement dans le tumulte de ma journée. Je me pose et je dépose tout ce que j’ai entendu et reçu au pied de Jésus. Je lui confie mes joies, mes inquiétudes, mes doutes. Dans certaines situations, nous ne savons plus quelle est la meilleure façon d’agir alors, ensemble ou chacune personnellement, on les confie au Seigneur afin qu’Il nous apporte une réponse ou un petit signe pour nous aider à prendre une décision. Ces moments de prières sont aussi l’occasion de prendre du recul et de ne pas agir dans la précipitation. Ce n’est pas évident à partager avec des mots mais la prière, qui est pour moi une expérience vraiment nouvelle, m’apporte une grande paix intérieure, un certain repos mais aussi du courage et de la force dans les moments de grande fatigue ou de découragement. Cependant, la prière n’est pas uniquement présente lorsque je suis dans la chapelle, au calme, elle m’accompagne aussi tout au long de la journée. Voici quelques expériences marquantes que je voudrais vous partager. Au tout début de ma mission, il y a plusieurs mois déjà, lorsque nous partions visiter nos amis dans le quartier, je ne comprenais strictement rien à la conversation. Parfois les filles me traduisaient mais pas toujours. Je me souviens d’une fois, en particulier, nous visitions une amie âgée et très pauvre, jaaj Lek, avec Hoa. Je ne comprenais pas ce qu’elle disait mais, à travers les expressions de son visage et le ton de sa voix, j’ai compris sa détresse. Alors, je me suis mise à réciter des Je vous salue Marie pour cette jaaj. Cette petite prière me permettait de participer, à mon niveau, à la conversation et elle me permettait aussi de rester présente et de ne pas m’évader dans mes pensées, ce qui est parfois tentant lorsqu’on ne comprend rien. C’était beau car je me sentais toute proche d’elle. J’ai appris ensuite qu’elle était très triste car une de ses filles était en train de mourir d’un cancer. Elle est morte quelques semaines après. Ma prière n’a pas guéri le chagrin de jaaj, ni le cancer de sa fille mais c’était ma façon de lui apporter quelque chose.

 

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Astrid R.
En mission à Bangkok

Mía, une figure du Point-Cœur de Barrios Altos

Au cœur de ce quartier anciennement colonial de Lima, Barrios Altos, le Point-Cœur installé depuis 24 ans, est un refuge pour les enfants et aussi pour ceux devenus grands… Laetitia nous présente Mía, une habituée de ce lieu d’amour !

Mia sortant le gâteau du four

Cette petite fille, belle et fine ne vient jamais seule au Point-­Cœur. Elle vient avec sa petite bande. Du haut de ses dix ans, elle sait toujours s’entourer pour se faire remarquer, manier son petit monde et, d’une certaine manière, amène son public pour faire le pitre ! Je sais qu’elle a fait tourner en bourrique plus d’un volontaire et qu’elle n’est pas des plus simples à gérer, surtout quand elle entraîne avec elle ses quatre-­cinq amies. Elle est capable de vous faire croire que sa petite sœur est mourante à l’hôpital, alors qu’elle n’a pas de petite sœur, capable de vous supplier de dormir au Point-­Cœur car elle est à la porte de chez elle et qu’il est 11h30 du soir, alors que la porte de chez elle est bien ouverte. Magnifique actrice ! Ma première rencontre avec elle n’a pas failli à la règle : j’ai été testée… sauf que le résultat n’a pas forcément été celui qu’elle attendait. Avec sa petite voix de sainte nitouche, elle me posa cette question, alors que je lui avais donné un verre d’eau : « Si, à tout hasard, hermanita, je m’étouffe au moment où je bois, et par malchance, je crache toute mon eau sur toi, tu réagirais comment ? » Je lui réponds gentiment que je suis certaine qu’avec tout le respect dont elle fait certainement preuve, elle éviterait à tout prix qu’une seule goutte d’eau tombe sur moi. Effectivement, elle fait alors semblant de s’étouffer et recrache son eau, de sorte que seulement quelques gouttes tombent sur le bout de mes pieds. Et elle continuait sa provocation quand, tout à coup, je lui versai un quart de verre d’eau sur la tête… en lui retournant la question ! Elle, et toutes ses amies avec, étaient sous le choc, mais le test avait été gagné. Elle ne m’a plus jamais regardée de la même façon et, tout en continuant à me provoquer, une affection spéciale était née entre nous. Mía a ses raisons pour être si provocante et chercher à tout prix l’attention des adultes. Elle vit dans des conditions terribles, pour dire vrai. Ses parents ne sont pas là. Elle vit chez son grand-­père qui passe le plus clair de ses journées ivre. Ils n’ont pas d’eau courante, je pense, leur maison (une pièce) est minuscule. Je ne connais pas tous les détails de sa  vie, mais elle a certainement déjà vécu beaucoup de choses que personne n’aimerait vivre au cours de toute une vie. Elle semble avoir grandi toute seule, et plus vite que n’importe quel enfant. Son cœur semble s’être durci, protégeant sans doute, comme dans un coffre-­fort sa petite humanité. Un jour, elle est venue me demander de lui soigner un doigt de pied. Là encore, j’imagine que c’était un peu un test pour voir si j’étais prête à lui consacrer du temps, voir comment j’allais m’en sortir. Il faut dire qu’il était bien tard le soir. Surprise que j’accepte, elle a elle-­même accepté de se laisser soigner. Je l’ai laissée entrer seule pour qu’elle soit libre de son public. Et pendant quelques minutes, j’ai pu sentir une vraie sincérité et peut-­‐être même un peu de tendresse. Une autre fois, nous l’avons invitée à passer une après-­midi à la maison avec cinq ou six autres filles préadolescentes pour des activités manuelles. Pas tellement motivée par les petites perles, je l’ai aidée à finir son collage de perles et l’ai invitée dans la cuisine à commencer avec moi l’atelier suivant pour faire un gâteau pour le goûter ! Elle était ravie d’être toute seule avec moi dans la cuisine, et toute fière d’apporter une vraie collaboration à l’après-­midi. J’étais profondément touchée par ces petits moments, où la gratuité de l’amour a fait naître chez elle un moment de vérité. Tout à coup, elle oublie de se regarder, elle oublie de maintenir son image de clown ou de révoltée, et elle reçoit la vie avec une joie sincère. Cela ne dure pas longtemps, et pourtant cela vaut de l’or. C’est dans ces moments que je reconnais la vraie « Mía », celle voulue par Dieu, celle dont le cœur blessé n’attend qu’une chose, c’est d’être aimée et regardée. Je vous confie cette petite fille, que je porte beaucoup dans mon cœur.

Enfin, je vous partage une dernière anecdote, toute petite. Ce quartier est particulièrement typique par ses « quintas ». Ce sont des genres de mini-­quartiers dans le quartier. On entre par un portail qui semble donner sur une cour et l’on entre dans une petite ruelle, qui ouvre sur un petit monde fermé dans un pâté de maisons. Les ruelles minuscules sont des lieux idéaux pour les voleurs qui cherchent à échapper à la police, mais c’est aussi le lieu idéal pour les enfants qui veulent jouer à l’abri des voitures. Du coup, depuis de nombreuses années, le Point-­Cœur va jouer avec les enfants une matinée par semaine, une fois dans une quinta, une fois dans une autre. Une fois, donc, j’étais assise par terre sur la petite place d’une quinta, où trône un petit sanctuaire marial (comme à chaque coin de ruelle), toujours fleuri. En peu de temps, les enfants débarquent et l’on commence à jouer. J’étais prise par mon jeu de dominos, quand passe un groupe de quatre-­‐cinq jeunes, d’une vingtaine d’années. Ils ne semblent pas de bonne fréquentation, un peu provocants, se croyant visiblement un peu les rois du monde. Mais je vois l’un d’eux réagir en nous voyant. Son visage est comme réveillé et il hésite à s’arrêter. Finalement, il lance : « Puntos-­Corazón », tout en continuant sa route. Et je me demande combien dans cette quinta auront grandi en jouant avec des volontaires Points-­Cœur. Et je me demande ce que chacun garde dans son cœur de cette expérience. Je me dis qu’il est bien justifié de dire que Points-­Cœur est un signe. Nous ne pouvons être la solution aux problèmes de l’enfance dans le monde. Mais nous pouvons être un signe. Simplement par le fait de jouer aux dominos, nous espérons être un signe pour ces enfants que quelqu’un les aime. Et de manière plus cachée, notre présence est pour les plus grands, un rappel de quelque chose de vrai, vécu il y a dix ou quinze ans, quelque chose dont leur cœur a toujours autant soif, c’est à dire d’une amitié où la violence n’a pas sa place, où la drogue n’a pas sa place, mais où la joie vient simplement d’un cœur ouvert pour aimer.

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Laetita P.
En mission au Pérou

Quand une enfant du Point-Cœur vit à son tour cette mission de compassion

Yann est en mission au Point-Cœur de la Ensenada au Pérou, quartier où est née et a grandit July à l’ombre du Point-Cœur. Aujourd’hui, July est infirmière dans un village de la Sierra et elle essaye de vivre auprès de ses patients ce qu’elle a découvert au Point-Cœur :

Sur les côtes désertiques du Pérou, il y a Lima, sur ses bordures il y a la Ensenada. A la Ensenada naquît un Point-Cœur, et il y eut July, qui rencontra ce Point-Cœur et devint sa fidèle amie. July devint ensuite infirmière et reçut un poste dans un petit village de la Sierra se nommant Sansayca. Un petit village perdu dans les hautes cimes des Andes, à plus de quatre-mille mètres d’altitude. July vit seule, luttant contre l’isolement et l’extrême précarité matérielle et sanitaire, découvrant une autre réalité présente au Pérou, celle de l’abandon total de la population présente sur ces vastes étendues de hautes montagnes : les Andes ou ces remparts emprisonnant tant de personnes. Livrés à eux-mêmes, au manque d’équipement, à l’inaction du gouvernement en termes d’approvisionnement de matériel et d’envoi de médecins nécessaires, de construction d’écoles et d’hôpitaux. Les Andes, ces remparts ou cette porte qui ouvre vers un autre monde. July reçut ce poste comme sa « mission Points-Cœur ». Un beau jour, elle invita deux d’entre nous à la rejoindre sur place (vers le début de ma mission). Partirent Gaétan et Renata. Puis, elle renouvela son invitation et la Providence décida qu’Anna des Etats-Unis et moi-même partirions vers Sanysaca.[…]

Sanysaca n’est pas sur sa cime, fière telle une couronne. Sanysaca n’est pas ce Machu Picchu insolent se dressant les pics. Sanysaca n’est visible que si l’on passe cette porte et si l’on daigne s’approcher assez jusqu’à tomber sur elle. Sanysaca est dans un creux, humble, simple, concrète et protégée par les flancs de sa puissante Mère montagne. Humble, simple et pauvre à l’image de ses habitants.

Le Péruvien est venu là, a construit, a partagé, a cultivé la terre, a travaillé, a élevé son bétail et a créé un oasis de vie dans un désert humain. Et nous y sommes arrivés, la porte s’est refermée derrière nous.

Nous retrouvons finalement July qui nous présente rapidement le « poste » où elle travaille. Le lendemain, nous accompagnons July à ses visites journalières pour examiner ses patients et amis qui habitent le village. Au fur et à mesure des visites, je vois la beauté du travail de notre amie. Elle ne fait pas qu’examiner, diagnostiquer, conseiller ou distribuer des médicaments. Par sa conversation animée, son regard attentionné, son sourire amusé ou ses questions chargées de préoccupation, bref par sa présence, elle se charge d’amour et le distribue autour d’elle. Cette chose fondamentale dont l’homme a tant besoin, dont le manque provoque des réactions si catastrophiques. Cette chose-là, July, consciemment ou non, l’offre gratuitement à qui l’accepte. Elle passe avec sa bonne humeur comme le Père Noël et, de maison en maison, elle soigne le corps et apaise le cœur. Quelle leçon !

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Yann L.
volontaire au Pérou

Au fishport de Manille, visite chez Mary-May

Alors que Ségolène vient de rentrer de sa mission à Manille, elle nous présente cette grande famille du fishport, lieu de visite régulière, et famille unie à toute épreuve.

Mary-May et Ségolène

Amassement de poubelles sur un fond marin. Des bateaux amarrés sur une mer de déchets, débordant bien trop souvent du petit mur construit pour séparer la mer de la terre. Des rats par milliers se léchant les babines en finissant les quelques grains de riz tombés d’une assiette partagée à quatre, cinq ou six, ou plus, des cafards indiscrets, parfois quelques pleurs d’enfants mais toujours des sourires. Quelques bouts de bois empilés sur lesquels s’arrangent tant bien que mal cartons, bâches et taules. Nous arrivons chez Ate Natividad et Kuya Renato et leurs enfants, Renato, Junior, Mary-­May, Eulolalio… Ici, quoi qu’il leur arrive, nous sommes toujours accueillis par un sourire.
Amis fidèles du Point-­Cœur depuis de longues années, il m’était bien difficile de cacher ma joie en me rendant chez eux. Je n’en ai jamais parlé plus tôt dans mes lettres, papier indigne ou mots trop légers, j’ai toujours tout effacé. Une fois n’est pas coutume, je réessaye. Tandis que Kuya Renato met la pâtée à toute personne osant s’aventurer à une partie d’échecs contre lui, et que, quelques vaillants missionnaires s’acharnent à prendre leur revanche chaque semaine, Ate Natividad et Mary-­May, leur fille de dix-­huit ans, nous racontent leur quotidien actuel. Parfois calme, souvent très mouvementé. En ce moment, beaucoup trop mouvementé. Sur leurs visages souriants et riants, se trouvent souvent des yeux fatigués ou tristes. Famille unie à toute épreuve, leur courage m’a très souvent énormément touchée, témoignage de force à transmettre à beaucoup d’autres amis. Alors que Kuya Renato se bat tant bien que mal contre sa tuberculose galopante, lui rendant ses déplacements très compliqués, Mary-­May attend son deuxième enfant et Ate Natividad, avec sa santé fluctuante, se retrouve bien souvent très faible et douloureuse. Enfants emprisonnés les uns après les autres, sans raison évidente, ou du moins sans papier d’arrestation, libérés, pour certains, quelques mois plus tard, pour d’autres non. Trop peu de moyens pour leur rendre visite, entrée malheureusement trop souvent refusée. Encore une fois, les petits se font écraser. Pourtant, ils ont été de tellement grands maîtres pour moi. Les mots sont bien difficiles à trouver et je voudrais vous parler de deux visites qui m’ont vraiment particulièrement touchée.
La première était au mois de février. J’avais emmené papa et maman. Papa tentait sa chance aux échecs. Et on discutait, maman, Ate Natividad et moi. Elle nous racontait, assise sur son seau, sa famille, ses joies et ses problèmes, ses heures passées à chercher quelque chose à Kuya Renato, joueur d’échecs revendre dans les poubelles, le dos courbé, le corps douloureux, les bras plein de cambouis, les yeux transparents de fatigue. Elle était comme envahie de fatigue et de pauvreté. Mais, soudain, un sourire éclaira son visage, le rendant plus radieux que jamais et elle dit avec une voix très calme : « J’ai de la chance d’avoir une famille unie et, de toute façon, on n’emportera pas nos richesses au paradis. » Bim dans le mille ! Elle était tellement belle et rayonnante d’espérance. Il y avait en elle, beaucoup plus qu’Ate Natividad que j’avais devant les yeux. J’ai pu découvrir cette force qui les habitait un autre jour. Après avoir traversé avec peine l’inondation noire, pleine de déchets, reste de la tempête de la veille, nous trouvons Kuya Renato seul chez lui. Il nous accueille, comme à l’accoutumée, avec son grand sourire et son jeu d’échec. Il nous dit aussi que les autres vont revenir. En effet, quelques minutes plus tard, arrive le reste de la famille, l’eau jusqu’à la taille, tirant d’énoooormes sacs poubelle, remplis de tous les déchets qu’ils avaient pu trouver, déposés par les vagues en masse. Mary-­May, enceinte de huit mois, son fils, Florentz, sur un bout de polystyrène pour ne pas couler, Ate Natividad les bras lourds de fatigue tirant un sac poubelle encore plus lourd et Ruby, leur petite-­fille de douze ans. Un sourire inévitable en nous voyant de loin. Les voilà qui nous racontent leurs longues heures à marcher dans l’eau, et celles qui leur restent à trier tous ces sacs, faire sécher les cartons pour gagner quelques pesos qui permettront d’aller visiter leurs fils et frères en prison. La fatigue est évidente mais Ruby part chercher de l’eau pour qu’ils se douchent, Mary-­May commence à laver son linge et Ate Natividad nous tient compagnie, souriante. J’étais incroyablement touchée par leur courage et leur sens de l’amitié. Il n’avait probablement qu’une envie, c’était d’aller se coucher, mais nous étions là, alors ils sont restés, le plus simplement du monde.
Depuis que je suis rentrée, un deuxième enfant, Renato Junior, est sorti de prison, Mary-­May a eu son deuxième bébé qui s’appelle Renlex et la famille a déménagé en province, laissant Kuya Renato et Renato junior au fishport.

 

 

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Ségolène M.
En mission à Manille

Ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait

Dans ce quartier de Lima, Barrios Altos, Alfredo est un exemple, un pauvre dans le cœur de Dieu !

Alfredo et Sabine

Dans notre quartier de Lima, nos rues sont en travaux. C’est une bonne idée, mais pas très pratique pour les fauteuils roulants ! Alfredo, ami du Point-­Cœur depuis des années, ne peut pas sortir de chez lui, sauf avec l’aide de gros bras qui les portent, son fauteuil et lui. Nous voulions l’inviter un dimanche à déjeuner, mais n’ayant ni les gros bras, ni le sol adéquat pour un voyage aussi délicat, nous lui avons proposé de lui apporter le repas, remplaçant pour un moment la personne qui le lui prépare tous les jours. Inès a cuisiné une soupe au poulet et aux légumes, ce qui n’est pas tout à fait un plat de dimanche, mais parfait pour le régime de notre ami ! Alfredo vit dans une toute petite chambre, avec un lit contre lequel s’appuient une commode et un téléviseur, il y a trois chaises sur le côté, une petite table dans le coin, puis au fond, derrière un rideau, un cabinet exigu avec la douche. Accrochés au mur, une photo de sa mère et un poster de la Vierge de Guadalupe. Dans le tiroir de la commode, les photos de plusieurs volontaires de Points-­Cœur. Ce jour-­là, j’arrive en croyant que c’est nous qui lui apportons de la joie, de la consolation. Et de fait, il est très heureux de la soupe et de notre présence ! Mais en fait, c’est lui qui nous donne une leçon de vie. Alfredo sort un papier : des membres de la municipalité lui ont rendu visite dans le cadre de la « Classification socio-­économique » des habitants de Barrios Altos. Y figurent ses coordonnées, son régime de santé, ses revenus, les aides auxquels il a droit, puis, en bas, la mention : « Catégorie socio-­économique : pauvre ». A Barrios Altos, ils sont assez directs ! Alfredo n’est pas du tout peiné, mais constate simplement : « Ils disent que je suis pauvre. Mais ils ne savent pas comment je vis ! Regardez, on m’a offert ces chaises, et ce matelas est tout neuf, et ma télé, elle encombre un peu, mais bon, elle est bien utile ! J’ai un endroit pour mon hygiène, et les derniers examens de l’hôpital me disent que je n’ai rien ! » Aussi, il a des amis, du plus jeune au plus vieux, qui en passant devant sa porte ouverte toute la journée, le saluent, restent un moment à parler avec lui. Et ses amis de coeur, les volontaires qu’il a adoptés comme ses enfants : « Tous les jours, je prie d’abord pour Alma, puis pour Marta, puis pour Magdalena, puis pour Peter… » La liste n’en finit pas. Nous avons un ami qui pense à nous chaque jour. La vie ne l’épargne pas, mais il nous dit : « Certains pensent que Dieu les punit, mais ce n’est pas vrai, Dieu ne punit pas, c’est nous qui souvent nous punissons nous-­‐mêmes, parce que notre cœur se durcit ». Pour lui, ce n’est pas ce qui nous arrive qui importe, c’est ce qu’on en fait. Alfredo a tout à fait conscience que sa vie n’est pas parfaite, que lui-­même ne l’est pas. Mais il est terrifié à Alfredo pendant une visite l’idée de blesser quelqu’un, et quand lui viennent des idées noires, il demande de l’aide à Dieu à qui il parle tout le temps. Il lui donne son sourire, ses larmes, ses cris. Il sait qu’il n’est pas seul, qu’il a reçu des amis, et que sa mère et la Vierge Marie veillent sur lui. En juin nous avions laissé son adresse au prêtre de notre paroisse, et pour lui c’est un bonheur de recevoir ses visites, et les sacrements. Pour moi, il est comme un ermite dans ce quartier. A sa manière, depuis sa chambre si pauvre, il confie dans la prière chacun de nous et toute sa vie, sans cesse.

 

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Charlotte C.
En mission à Lima

La force de ces mamans

A Athènes, les amis sont de nationalités très variées et leurs histoires sont pleines de souffrances. Agnès pose un regard sur ces mamans-courage dont la force et l’humilité ne peuvent que bouleverser.

Victorine, Anais et Davidou, Papou, Roki et Patricia

Il y a quelques jours, nous parlions de l’humilité avec Anaïs et la question est venue de ce qui m’aidait à rester humble quand l’orgueil prend le dessus. J’ai alors tout de suite pensé à toutes les mères si braves, si fortes que nous connaissons et qui gardent à tout instant cette présence silencieuse et pourtant indispensable.

J’ai pensé à Marie, la maman de Pierina, à Flora, la maman de Klaudia mais aussi à Maury, la maman de Maria-­Theresa. Maury est une femme qui a immigré du Sri Lanka et qui vit avec son mari Kumar, quand ce dernier ne travaille pas dans une île grecque, et leur fille unique Maria-­Theresa. Je me suis très rapidement prise d’affection pour cette famille d’abord grâce à Maria-­Theresa qui est une jeune adolescente (treize ans) très intelligente, mature d’une certaine façon et surtout bien unique dans sa manière de voir le monde et d’être elle-­même. Mais à longueur des visites, j’ai pu découvrir cette personne très discrète mais finalement omniprésente qu’est Maury. Il est beau de voir qu’avec tous nos amis, une porte s’ouvre à un moment donné. Pour certains, cela se fait tout de suite, dans une confiance et une acceptation complète de l’amitié. Mais pour d’autres, cette intimité s’offre comme le plus précieux des cadeaux et se dévoile comme une fleur fragile mais éternelle. Ainsi en a-­t-­il été avec Maury lorsqu’elle m’a ouvert la porte de sa famille. Pendant longtemps, elle ne m’a parlé que de sa fille et de son mari, me demandant régulièrement d’aider Maria-­Theresa avec son français ou avec quelque problème de mathématique. Puis, un jour, elle m’a raconté son parcours, son pays, ses rêves oubliés et les sacrifices qu’elle ne veut pas voir son enfant faire. Elle se livrait avec une pudeur et un réalisme qui m’a touchée. Elle ne cherchait ni à se rabaisser, ni à se mettre en avant, seulement à se raconter. Voici l’humilité dont j’aimerais m’inspirer tout au long de ma vie : celle de cette femme qui a tout donné pour son époux et son enfant et qui reste dans l’ombre pour offrir quelque chose qui la dépasse au monde et à Dieu : sa fille qui grandit.

Une autre mère qui m’inspire toute l’humilité du monde est Victorine. Elle vient du Cameroun où elle a grandit et où elle s’est mariée plutôt jeune. Malheureusement, son mari est allé travailler dans une ambassade d’Europe et elle est restée vivre chez sa belle-­famille. Le temps passant, il trouvait toujours plus d’excuses pour qu’elle ne le rejoigne pas. Elle a pourtant fini par y parvenir et a découvert après quelque temps que son mari s’était remarié là-­bas. Malgré la peine de la trahison (tous les membres de sa belle-­famille chez qui elle vivait étaient au courant de cette histoire) elle a pris la décision de s’effacer de sa vie sans scandale pour ne pas faire vivre à cette autre femme sa propre douleur. Mais, entre temps, elle a découvert qu’elle était enceinte de cet homme et elle ne pouvait alors pas rentrer affronter ses proches dans cette situation de déshonneur. Elle a décidé d’émigrer et est arrivée en Turquie illégalement à un stade déjà avancé de sa grossesse après avoir tout perdu. Seule et sans repères, avec sa seule foi en Dieu pour l’accompagner dans cette épreuve, elle a donné naissance à un petit garçon né avec un problème cardiaque et une trisomie 21. C’est avec les larmes aux yeux qu’on l’écoute décrire la joie, l’amour, l’espoir et la force infinie que lui offre son premier contact avec son fils. Ce petit être minuscule et malade allait être son plus grand soutien, l’homme qui ne la trahirait jamais. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle rencontre un peu plus tard un homme qui l’accepte, elle ainsi que son fils handicapé. Ensemble, ils auront une petite fille très énergique et en excellente santé. Ils ont vécu quelque temps en petite famille heureuse malgré les tourments. Mais Victorine n’a jamais réussi à pleinement s’intégrer dans ce nouveau pays. On lui parlait alors de la Grèce et de voyages clandestins dont elle pourrait profiter. L’ayant déjà fait une fois et y ayant survécu tout en étant enceinte, elle choisit de tenter à nouveau l’aventure. Mais son compagnon ayant un travail en Turquie a décidé de la laisser partir seule avec les enfants. Il lui a payé le trajet ainsi qu’à un inconnu qui s’occuperait d’un des enfants pendant la traversée. Voici notre super maman dans un bateau pneumatique en route pour la Grèce et un futur meilleur pour ses enfants avec un faux-espoir que son compagnon la rejoindra. Apres avoir survécu à la traversée, être passée par des camps de réfugiés, elle vit désormais dans une maison avec une autre maman célibataire grâce à une association prenant en charge les réfugiés. Ses enfants, David et Patricia, ont quatre et six ans et sont plein d’énergie et de joie. Cependant, l’école publique n’accepte plus David car il nécessite une surveillance constante et une école spécialisée coûte beaucoup trop cher. Elle a travaillé quelques mois en tant que femme de ménage pour trois euros de l’heure mais les horaires étaient prolongés chaque jour sans que les heures supplémentaires ne lui soient payées et le tout ne suffisait largement pas à ses besoins. Sa situation nous semble sans espoir mais elle garde une confiance en Dieu et une foi qui nous impressionne beaucoup mais après tout, il est vrai que le Seigneur l’a accompagnée jusqu’à maintenant et elle a ses deux merveilleux enfants auprès d’elle.

 

 

 

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Agnès B.
En mission à Athènes

Roberto, la soif d’une amitié

La vie bouleversante de Roberto, devenu proche du Point-Cœur de Buenos Aires. L’accompagner à de nombreux rendez-vous a permis à l’amitié de grandir et à Roberto de « gagner quelque chose de grand ».

Roberto au Point-Cœur de Buenos Aires

Roberto, petit homme de quarante-sept ans, aux petits yeux noirs rieurs est rentré dans la vie du Point-Cœur très soudainement. Voici quelques mots sur sa vie. Il y a deux ans, Roberto avait tout pour être heureux : une maison, une femme, trois enfants, un travail dans le bâtiment qu’il aimait. Du jour au lendemain, tout a basculé : un grave accident de travail, une chute de trois étages. Il tombe alors dans le coma. Il se réveillera trois mois plus tard et il ne lui restera plus rien : sa femme est partie avec un autre homme et ses enfants, sa maison habitée par une autre famille. Au-delà de cela, Roberto n’est plus tout à fait le même, il est gravement atteint par son accident : de lourds troubles de la mémoire et de multiples séquelles physiques provoquant douleurs et l’handicapant au quotidien. Lorsqu’il sort de l’hôpital il se retrouve seul et ne sait pas où aller. Il vivra un temps dans une maison en ruine, puis est mis dehors. Une connaissance lui prêtera temporairement une camionnette pour dormir. Ses problèmes de mémoire l’empêchent d’avoir un vrai suivi médical car il oublie ses rendez-vous et leurs finalités. C’est alors qu’on lui parla de Points-Cœur comme « un groupe de jeunes volontaires de l’Eglise qui pourront l’accompagner aux rendez-vous médicaux ». Sans en savoir davantage, il viendra à notre rencontre, nous acceptons de l’accompagner chez le médecin. Le jour du rendez-vous, Roberto ne viendra pas à notre rencontre. Inquiets, Victor et Gabriel iront le chercher, ils le retrouvent anéanti. Il leur dit : « Cela ne m’intéresse plus d’aller chez le médecin. A quoi cela sert-il de me battre pour ma vie ? Pour qui ? Pourquoi ? Je n’ai plus personne, je suis seul (…) Je n’ai plus envie de vivre (…) L’unique chose dont j’ai besoin c’est un ami. » Roberto a su mettre les mots sur le sens de notre présence ici. Il a mis le doigt sur ce à quoi l’Homme aspire au plus profond de son être. Depuis ce jour, nous avons engagé une amitié avec Roberto. Il vient presque quotidiennement au Point-Cœur, il y vient raconter sa vie, ses souffrances, ses inquiétudes. Au début, il vivait ses souffrances avec un profond désespoir, il s’interrogeait, se révoltait : « Il est où Dieu dans tout ça ? Je lui demande de l’aide mais il ne vient pas ! » L’amitié grandit et la réponse s’impose à lui : « Le Seigneur vous a envoyé pour m’aider. » Claudel aurait ajouté : « Le Christ n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter de sa présence. » Cette présence aimante qui passe parfois par une main tendue. De temps en temps, il vient prier avec nous. Un jour, dans le silence de l’adoration, il lira à voix haute un passage de la Bible qui rend gloire au Seigneur. Nous l’accompagnons à ses multiples rendez-vous médicaux et, au-delà de notre aide nécessaire, ces accompagnements sont l’occasion de partages avec lui, des moments privilégiés qui font grandir l’amitié. Le goût de vivre et de se battre est revenu, il trouve des petits boulots, ponctuellement, et a envie d’améliorer sa situation. Alors que nous fêtions ces quarante-sept ans à la maison, Roberto nous fit un long discours ému : « Avant mon accident j’avais des amis « du monde », ils étaient intéressés. C’étaient des amis pour les bons moments. Après mon accident, ils sont tous partis. Mais le Seigneur m’a offert de nouveaux amis : vous, qui êtes présents dans les bons et les mauvais moments. C’est une amitié gratuite qui n’attend rien de moi. J’ai tout perdu, mais j’ai gagné quelque chose de plus grand. »

 

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Marie GC
En mission à Buenos Aires

A Villejuif, une communauté, des amis, une vie dense !

Après une mission au Brésil, Arnaud vit maintenant au Point-Cœur étudiant et jeune professionnel de Villejuif. Présentation et découverte !!

Au Point-Cœur de Villejuif

En juin, j’ai commencé un nouveau travail dans une clinique aux Buttes-Chaumont à Paris. J’ai décidé aussi de prolonger un peu la mission en m’installant au Point-Cœur de Villejuif. Ce dernier a déjà vingt ans et est situé dans un quartier HLM, où quatre étudiants ou jeunes professionnels vivent. Ils sont aussi bien engagés dans leurs études ou leur travail qu’auprès de leurs voisins et amis du quartier, en particulier les week-ends. C’est une façon, pour nous, d’approfondir l’unité entre notre vie professionnelle, notre vie personnelle et notre vie spirituelle, en plaçant l’amitié au cœur de notre existence. Je vis donc avec Ivan, un Chilien qui est étudiant à la Sorbonne en histoire de la philosophie, sa cousine, Giordana, qui travaille dans un hôtel en tant que réceptionniste et enfin Diana, Russe orthodoxe, qui est en stage dans un laboratoire qui fait des recherches statistiques pour des personnes malades, des patients. Dans notre immeuble, il y a une famille catholique, le reste de l’immeuble et les autres aux alentours, de religion musulmane. La vie dans mon nouveau Point-Cœur est aussi basée sur les trois piliers, la vie communautaire, la vie spirituelle et enfin la mission. Cette dernière est bien-sûr différente de ma mission au Point-Cœur du Brésil mais elle n’est pas moins dense. En effet, nous avons toujours des enfants qui viennent toquer à notre porte. Nous visitons aussi des personnes âgées dans une résidence pas loin du quartier, nous visitons aussi quelque amis isolés qui sombrent parfois dans la dépression.

Chaque Point-Cœur a son enfant, ou une personne dont la famille est le Point-Cœur. Au Brésil, c’était Lucimari qui venait chaque jour. Ici, c’est M., qui est Egyptien et vient de Côte d’Ivoire. Depuis qu’il est tout petit, il vient au Point-Cœur, il a quinze ans, maintenant, mais ne va pas à l’école car il a un handicap mental qui ne lui permet pas de suivre l’école normal. Sa maman doit l’inscrire dans une école adaptée mais c’est plus difficile que l’on ne croit. A mon arrivée il était un peu timide mais, très vite, il s’est attaché !! Son jeu préféré c’est le Uno, il avait sa manière de jouer et, petit à petit, Ivan lui a appris la vraie règle du Uno. C’est un long travail et qui demande beaucoup de patience m’a dit Ivan. Nous allons essayer de lui apprendre d’autres jeux de société. Marcos est quelques fois le bouc émissaire des autres enfants, comme il ne comprend pas toujours très bien et, parfois, il n’articule pas bien. C’est difficile pour lui de communiquer, les autres enfants ne font que très peu attention à lui. Il y a un point en commun avec les autres c’est qu’il aime et joue assez bien au foot. Le problème est qu’il se fatigue très vite et, après quelques minutes, ne peut pas suivre le rythme des autres, c’est difficile pour lui d’accepter ses limites. De mon côté, en voyant cela il m’aide aussi à accepter les miennes, mais comme pour lui, ce n’est pas toujours évident !

 

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Arnauld dSP
Du Point-Cœur de Villejuif

Il faut continuer à vivre…

A Buenos Aires, quand la mort surprend une famille : être présent au cœur de cette souffrance…

20 ans du Point-Cœur de Buenos Aires

J’ai accompagné une femme qui est, un jour, venue me voir pour me dire que son époux, son jeune époux (à peine la cinquantaine), venait de recevoir le diagnostic d’un cancer du foie, et que les médecins ne lui donnaient que six mois de vie et répétaient : « On ne le sauvera pas ». Avec deux enfants à charge, à qui il a fallu annoncer la nouvelle, à qui venir se confier ? C’est vers Points-­Cœur qu’elle est venue, pour nous donner régulièrement des nouvelles de son époux, et tout simplement rechercher une aide ou tout simplement pleurer. Un jour, deux mois après notre première rencontre, je reçois la nouvelle : « Mon époux est à l’hôpital, il a eu mal au ventre hier et il est hospitalisé ». Je demande si je peux aller le voir. « Oui, mais demain, car là il est sous sédatif. » Lorsque je me prépare à partir, je reçois ce Whats-­App : « Il vient de décéder subitement. Tu viens quand-­‐même ? » Je ne peux que partir, et là c’est la rencontre dans le hall de l’hôpital, il y a aussi les deux enfants. Le plus grand drame, la perte d’un père et d’un époux, et Dieu nous a mis justement là pour qu’ils ne le vivent pas tout seuls. Que reste-­t-­il à faire sinon rester ensemble, aller un moment à la chapelle de l’hôpital et, là, confier à Dieu cet homme qui est parti trop tôt ? Je repense au film « Jeux Interdits » avec le prêtre qui enseigne à la petite Brigitte Fossey la phrase à dire lorsqu’elle annonce la perte de ses parents : « Que le Bon Dieu les reçoive dans son paradis ». Nous ne pouvons que balbutier cela. Impossible d’oublier cet instant où nous nous sommes quittés, eux partant à droite et moi à gauche après un « Allez les enfants, il faut rentrer à la maison maintenant ». Ils étaient venus quatre à l’hôpital et ils repartent à trois. L’un reste sans vie désormais, ils ne le reverront plus. Je les vois s’éloigner et ne peut m’empêcher d’être admiratif devant tant de courage au milieu de l’épreuve. Ils repartent lentement dans la rue. Les gens qui les croisent se doutent-­ils de ce qui vient de leur arriver ?

La vie continue, il faut continuer à vivre, chercher les clés de la voiture, mettre la ceinture, enlever le frein à main, conduire, penser au dîner, à l’école et puis il y a toutes les démarches administratives, les funérailles qui viennent et qui sans cesse vont rappeler ce qui vient de se passer, la perte, l’absence. Il y aura cette répétition incessante de l’annonce que celui que tu aimes n’est plus là. Comment vivre tout cela ? Il y a cette phrase de Paul qui veut consoler les Thessaloniciens : « Ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Tess 4,13). Il n’a pas seulement dit : « Ne pleurez pas », il faut ajouter : « comme ceux qui n’ont pas d’espérance ». C’est cette espérance de la résurrection qui prend tout son sens lors de moments pareils. Toutes les fibres de notre être se rebellent et crient : « Non, cela ne peut pas être la fin ». Et le Christ, ému aux larmes devant la mort de Lazare, voyant la détresse de ses deux sœurs, a eu ces belles paroles : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11,25). Déjà, lors de la messe d’enterrement, je vois combien la grâce de Dieu est forte pour ceux qui s’appuient sur lui. La douleur est immense mais la grâce semble plus immense encore. Je suis témoin de cette réalité qui m’avait tant marquée lorsque je visitais les hôpitaux à Paris comme à Paraná : c’est ceux qui sont les moins concernés directement par le drame qui semblent avoir le plus de difficulté à vivre cette réalité d’un décès prématuré. Alors que les premiers affectés, les plus affectés jusqu’au moindre recoin de leur être, la famille proche, vivent cela non sans douleur, mais avec une certaine force et beaucoup de dignité. C’est pour moi le signe, qu’au cœur de la souffrance, le Christ est plus jamais présent et qu’il a sanctifié cet état par sa passion. La croix du Christ, qui nous paraît si lointaine lorsque notre vie va bien et que les choses avancent comme nous le voulons, prend tout son sens de consolation lorsque l’absurde nous rejoint.

 

 

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Armando
En mission en Argentine

Une nouvelle famille arrive à la Fazenda

Une nouvelle aventure commence à la Fazenda do Natal au Brésil, avec l’arrivée d’une nouvelle famille, Flavia et ses trois enfants. Mathilde et Adrien suivent et s’émerveillent des pas posés par chacun.

Marcelo coupant les cheveux des enfants, Elizeu, Melissa et Isaqeu

Ces derniers mois, la Fazenda, est arrivée Flavia et ses trois enfants : Mélissa, sept ans, Isaquel, cinq ans et Elizeu deux ans. Elle nous a été envoyée en urgence par les services sociaux de la ville voisine, suite à une plainte qu’elle a déposé pour violences aussi bien à son encontre qu’à celle des enfants. Elle ne devait rester au départ que quelques semaines, mais les délais pour lui obtenir une aide familiale et trouver un nouveau logement étant plus longs, elle a fait la demande de rester plus, pour le bien de ses enfants. Il y a eu en effet un changement impressionnant chez ces trois petits. Nous avons été, au départ, déstabilisés par leur violence aussi bien physique que verbale envers quiconque s’occupant d’eux et les contrariant. Les temps des douches étaient tout particulièrement violents, provoquant de leur part hurlements et insultes. Aujourd’hui, ces trois enfants sont méconnaissables ! De petits sauvages sans règles, ils sont quasiment devenus des petits anges ! Quasiment, car il y a toujours des crises, mais de coups ou d’insultes il n’est presque plus question. La présence de Kelsey, une volontaire américaine au sein de leur maison a sans doute fait beaucoup, à force de limites et de patience. Cependant, je suis impressionnée par la force que l’amour, l’attention et l’éducation peuvent avoir sur le développement des enfants ! La dernière fois, nous avons fait une petite promenade suivie d’un goûter et j’ai été émerveillée par leur curiosité, leur énergie débordante et surtout par leurs bonnes manières ! Isaquel a fait le service du jus de fruits, en veillant à commencer par les filles d’abord, tandis que Mélissa proposait régulièrement les pop-corn à partager. Tous disaient naturellement s’il te plaît, merci… Ces moments sont d’une beauté et d’une douceur inoubliables ! Aujourd’hui, la mission consiste davantage à responsabiliser Flavia dans son rôle, l’aider à être mère, tout simplement, elle qui trouve difficilement le juste milieu entre tendresse, jeux, laxisme. Souffrant également de problèmes psychiatriques et de dépression, elle a du mal à leur accorder de l’attention, à se faire obéir et à leur donner ainsi un cadre sécurisant. Elle est aussi très influençable et continue à prêter attention aux manipulations de sa famille, ne sachant pas discerner le vrai du faux et le bien du mal. Nous espérons qu’avec le temps et la confiance, ce temps soit bénéfique pour tous et donne à Flavia les clés pour recommencer une nouvelle vie auprès de ses enfants !

 

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Mathilde et Adrien C.
En mission au Brésil

Une cigarette au goût d’éternité

Sophie est en mission au Point-Cœur de Berlin. Elle nous parle d’un « ami très cher » :

Sophie

Il vit à l’autre bout de Berlin. Un « pèlerinage » d’au moins une heure et demie est nécessaire pour lui rendre visite dans son home pour personnes âgées (à savoir que notre ami est âgé d’à peine 50 ans) ! Il vit dans une chambre close, une bactérie multi résistante l’isolant du reste du monde. A première vue, cet homme semble confiné à un espace si restreint, prisonnier de sa chambre, prisonnier de son corps tétraplégique dont seules les mains lui obéissent encore, quoique si peu… Mais lorsqu’on passe du temps à ses côtés, lorsque le regard embué se laisse saisir par son regard à lui, lumineux, rayonnant, passant du rire aux larmes comme celui d’un enfant, alors il semble que tout est là. Un mystère de souffrance et d’amour…

La première fois que je l’ai vu, il y a un ou deux ans, j’étais sur la terrasse du home en compagnie de quelques amis. A l’époque, comme il n’était pas encore contaminé, il pouvait être déplacé dans le bâtiment, installé dans une énorme chaise roulante. Cet après-midi-là, il a passé quelques minutes sur le balcon, le temps d’une cigarette et de quelques paroles échangées rapidement. Puis, sans que je m’en aperçoive, l’infirmier l’a ramené dans sa chambre. Le bref échange, et surtout son regard ayant suffi pour me donner le désir de le connaître davantage, après m’être renseignée sur le numéro de sa chambre, je suis allée sur la pointe des pieds lui dire au-revoir et lui demander si je pouvais revenir lui rendre visite. A cette question, j’ai cru qu’il allait tomber du lit de surprise ! J’aurais aimé pouvoir décrire avec des mots le sourire et la merveilleuse expression qui ont alors jailli sur son visage… C’est ainsi que, de visite en visite, l’amitié grandit.

Ses escarres lui font souffrir le martyr. Le personnel soignant, souvent débordé, n’est pas toujours en mesure de répondre à ses besoins, des besoins pourtant si évidents, basiques : le laver, le redresser dans son lit, lui servir le repas avec la cuillère adéquate… Il a besoin de tout. Même avaler est parfois difficile !

Et pourtant, pas l’ombre d’une révolte sur son visage. Pas de résignation non plus. Il pleure parce que l’infirmier de service, lui ayant apporté par inadvertance le repas avec une cuillère conventionnelle, ne prend pas le temps de lui apporter des services adaptés qui lui permettront de manger avec ses mains engourdies. Lorsque nous lui proposons de rester pour lui donner à manger, le visage s’illumine aussitôt, les larmes disparaissent: « Vous feriez cela ? » Il a un grand amour pour la Sainte Vierge et les anges. D’ailleurs, en face de son lit, il y a un petit autel plein de croix, d’angelots kitsch et de représentations du Seigneur. Il y a aussi une petite Sainte Vierge en plastique, que Margit (ma sœur de communauté) a ramenée d’un pèlerinage à Lourdes, pour la plus grande joie de notre ami. Désignant une image des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, il aime à nous rappeler que, « dès le réveil, je vois cette image, alors je pense à vous, « Points-Cœur », et je prie pour vous et pour votre Œuvre ». Quelle grâce d’avoir un tel intercesseur ! A chacune de nos visites, il attend et réclame la Communion. C’est presque étrange, dans cette ville de Berlin si marquée par l’athéisme, de découvrir une personne avec un tel désir des sacrements. Comme un rappel de l’Essentiel…

Un dimanche, alors que nous Margit et moi lui rendons visite, il nous demande timidement si la fumée nous dérange. La question nous étonne ; il s’explique : en effet, il est autorisé à fumer dans sa chambre… mais uniquement si quelqu’un est présent à ses côtés. Comme s’il s’agissait de la plus grande des faveurs, il nous demande si nous sommes d’accord de rester pendant qu’il fume une cigarette. Je crois que jamais je n’oublierai ce moment. Chaque seconde était comme chargée d’une incroyable intensité. Chaque geste devenait presque sacré… En silence, nous avons cherché dans son tiroir le paquet de cigarettes, enfilé la cigarette dans le porte-cigarette noir que nous avons placé entre ses lèvres, puis allumé la cigarette. Le temps était comme suspendu alors que notre ami en savourait chaque bouffée…

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Sophie B.
en mission au Point-Cœur de Berlin

La crise : des temps difficiles pour les Argentins

En mission à Buenos Aires, Sœur Françoise-Thérèse est témoin des conséquences de la crise sur la vie de leurs voisins et amis.

Sr Françoise-Thérèse, Buenos Aires

Dans l’hémisphère sud, nous voici dans un hiver plutôt changeant. Certains jours, un vent froid nous fait sortir les manteaux bien chauds, le jour suivant, nous pouvons presque nous promener en pull dans les rues, tant les températures sont clémentes. Un hiver, pour le moment donc, peu rude dans la capitale et, hélas, peu à l’image de la situation du pays qui s’enfonce toujours plus dans une crise économique qui affecte ce beau peuple argentin. Le peso ne vaut presque rien, tant l’inflation est énorme. Le manque d’investissements d’entreprises étrangères, la mauvaise gestion de certaines entreprises locales, mais surtout les nombreuses grèves qui paralysent le pays entier en sont quelques facteurs. Nous sommes témoins de combien cette crise affecte beaucoup de nos amis.

Via l’application si pratique de Watsapp je m’enquiers des nouvelles de Maria Jose qui, l’an dernier, a perdu son mari atteint d’un cancer et reste donc seule avec ses deux enfants de cinq et quatre ans. Je propose de lui faire une petite visite, après un long temps sans avoir de ses nouvelles. Elle répond aussitôt qu’elle serait ravie de nous voir et qu’elle a également besoin d’aide pour garder son fils aîné, le temps d’une consultation pour sa fille. Oui, Maria José est bien seule. Sans autre famille et très peu d’amis, elle lutte au jour le jour pour ses enfants. Psychologue, travaillant pour une mutuelle, elle ne gagne pas suffisamment, à elle seule. Sœur Blandine et moi restons plus d’une heure, avec Felipe, déterminé, du haut de ses cinq ans, à faire des courses à vélo sur le trottoir, devant l’immeuble. Sœur Blandine fait le chronomètre avec sa montre et voilà notre petit ami lancé sur sa bicyclette, insatiable, dans une vraie course contre la montre, évitant de justesse le peu de passants sur le trottoir. Je m’essaie à courir pour battre Felipe mais c’est peine perdue. Son enthousiasme et son jeune âge l’emportent. A son retour Maria José se livre à nous autour d’un thé, pendant que ses enfants regardent, épuisés, un dessin animé. Quittant son domicile, chaque jour à 8h00, elle ne rentre que vers 20h. Elle doit donc employer une baby-sitter pendant quelques heures par jour. Elle cherche par tous les moyens à trouver d’autres emplois que ces consultations et reçoit quelques aides matérielles de la part de sa paroisse. Mais l’inflation est telle que ça ne lui suffit pas pour pouvoir payer les charges de son logement. Courageuse, elle est en recherche de travail supplémentaire et nous demande d’être attentives aux offres d’emploi. Maria José nous est infiniment reconnaissante d’avoir passé ce temps avec elle, alors que sa situation reste la même. Je prends conscience de l’importance de notre présence et du courage de beaucoup de gens qui, en ces temps si difficiles, luttent au quotidien pour faire vivre la famille. A notre retour en métro, un homme à la retraite propose à toutes les personnes présentes dans les wagons quelques crayons à 20 pesos pour compléter sa retraite insuffisante.

 

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Sr Françoise-Thérèse
Servante de la Présence de Dieu

Qu’il est bon d’être ici !

Sr Alix en mission à Guayabo au Pérou, nous présente señora Aurelia dont la joie et les sourires surpassent les difficultés du quotidien, la grisaille devient lumière !

Señora Aurelia

Ici, dans les collines toutes de sable et de poussière de Retamal, quartier invasion que nous visitons régulièrement, et où brille le sourire de señora Aurelia ! Cette amie d’un certain âge, toute recroquevillée par une maladie qui doit être de l’arthrite et d’autres complications, nous a été présentée par une de ses voisines, dont le fils faisait le catéchisme l’an dernier avec sœur Gabriel. Après l’avoir visitée chez elle plusieurs fois, nous avons voulu lui offrir une « sortie » jusque chez nous, pour le jour de Noël. Il n’y a que 20 minutes de voiture entre Retamal et Guayabo, mais ce fut toute une aventure ! Tout d’abord, il nous a fallu l’encourager à mettre le beau pull tout neuf que son fils lui avait offert mais qu’elle n’osait pas mettre de peur de l’abîmer. Comme elle était belle et rayonnante avec son nouveau pull ! Son fils nous a aidées pour la porter jusqu’à la voiture, puis pendant le trajet, je me suis assise à côté d’elle pour la tenir, et je la voyais s’émerveiller de tout ce qu’elle apercevait par la fenêtre, transfigurant ainsi pour moi ce paysage devenu si quotidien. Et puis, elle demandait comme une enfant ce que nous allions faire ensemble chez nous, et s’il allait y avoir du Coca Cola ou de l’Inka Cola (boisson gazeuse péruvienne), et nous riions de tout et de rien tellement elle était heureuse de cette aventure. Après un bon déjeuner de fête avec quelques autres amis invités, elle nous a offert un chant de Noël en quechua, sa langue natale. Ce fut bouleversant de la voir installée à même le sol sur un petit tapis, chantant de tout son cœur avec une simplicité qui reflétait pour moi l’humilité, la pauvreté de l’Enfant Jésus dans la crèche, tout à fait désarmé sur son lit de paille. Pour la fête des mères, jour très important ici, nous avons invité à nouveau notre amie Aurelia, sachant que son fils ne pourrait rien faire pour célébrer ce jour-­là. Je ne saurais pas vous dire qui d’elle ou de nous a fait un plus grand cadeau à l’autre : elle était extrêmement heureuse d’être chez nous, et a pleuré d’émotion en ouvrant le petit paquet que nous lui offrions, mais à notre tour, nous avons été comblées par la simplicité de la rencontre avec elle et par la joie partagée. Son humour est tel, et toujours tellement surprenant, qu’elle est capable de tout de suite entrer dans le jeu que nous lui proposons. Par exemple, pendant plusieurs semaines, elle nous demandait de lui trouver et apporter un petit chien noir pour lui tenir compagnie. Evidemment, nous arrivions chez elle les mains vides, mais un jour, je lui dis : oui, il est là ! Et j’ai fait semblant de sortir quelque chose de ma poche, et de verser de mes mains dans les siennes, le fameux petit chien sans savoir trop comment elle réagirait. Eh bien, mieux encore que ne l’aurait fait un enfant, elle a fait semblant de le bercer et de lui parler, en éclatant de rire ensuite avec nous, spectatrices médusées ! Ou encore, nous avons joué un bon moment avec un personnage tout à fait inventé à partir d’une serviette de table et deux petites cuillères. Comme est bonne cette joie si simple qui irradie au milieu de « la grisaille et de la quotidienneté du monde ! »

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » s’exclame l’apôtre Pierre en voyant la lumière et la gloire de la Transfiguration.
Depuis ce temps-­‐là, le christianisme, l’Église, la foi ne sont qu’une répétition incessante de ces paroles radieuses :
« Il est bon que nous soyons ici ! ».
Paroles qui sont aussi supplication pour accéder à cette lumière éternelle, aspiration à l’illumination et à la transfiguration.
À travers l’obscurité, la grisaille, la quotidienneté du monde, comme des rayons à travers les nuages, resplendit cette lumière.
Notre âme la connaît, notre cœur, par elle, est réconforté, notre vie s’en nourrit constamment et se transfigure dans le secret.
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !»
P. Alexandre Schmemann dans Vous tous qui avez soif

 

 

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Sr Alix
En mission au Pérou

Au bout de la ruelle, l’amitié

Une longue amitié, faite de lutte et de retrouvaille, Lung Sunang est un grand monsieur qui a la fin de sa vie, reçoit les filles du Point-Cœur de Thaïlande comme une grande bouffée d’air.

Lung Sunang

J’aimerais aussi vous parler d’un ami, Lung Sunang. Cet homme de soixante-­dix ans est un rayon de soleil dans ma mission et pourtant, notre amitié ne fût pas toujours évidente. Quand je suis arrivée à Bangkok, Lung s’était remis à boire beaucoup. Nos visites étaient de plus en plus compliquées, nous étions dans une impasse car son immense solitude justifiait notre présence, sa famille s’occupant peu de lui, mais son état d’ébriété rendait nos échanges et notre amitié difficiles. Pendant un petit mois, nous ne sommes pas allées le visiter et un jour, alors que nous essayions depuis plusieurs semaines de le voir, il était là, rayonnant. Je me souviendrai de ce visage et de son sourire lorsqu’il nous a vu arriver du bout de soi (ruelle en thaï). C’était magnifique et j’ai à nouveau compris le pourquoi de ma présence ici. Une véritable renaissance s’était opérée en lui, cette joie de se retrouver m’a bouleversée car elle était le signe d’une amitié profonde. Depuis, c’est toujours une joie d’aller le visiter. La vieillesse a pris le pas sur sa vie, il souffre de dépendre des autres, de ne plus pouvoir faire les choses tout seul, il voit et entend très mal, il se ferme donc, un peu malgré lui, au monde qui l’entoure et pourtant, lors de nos visites, les barrières tombent et il s’ouvre à nous avec une joie profonde malgré la simplicité de nos échanges. Un jour, il nous a invité à déjeuner, il avait tout préparé et était excité depuis plusieurs jours à l’idée de ce déjeuner tous ensemble. Lors de la conversation, il nous dit avec son sourire contagieux et la simplicité et la profondeur qu’ont nos amis thaïs : « À l’idée de vous voir, je chante dans mon cœur ! » Avec lui, nous rions beaucoup et à chaque fin visite, je suis remplie d’énergie et de joie ! Notre amitié est une grande richesse dans ma mission et Lung m’apporte sans doute bien plus que ce que je lui donne.

 

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Astrid R.
Volontaire au Point-Cœur de Bangkok

Je t’aime – Moi non plus !

Bertille commence ses aurevoirs, période de quelques semaines avant le départ de son Point-Cœur de Lima, moments de rencontres importants, et Fatima lui rappelle le précieux de l’amitié donnée.

Fatima et Bertille

Fátima, Douze ans, adolescente, râleuse, championne de la mauvaise foi et des piques perfides. Tout à fait mon style ! Néanmoins, mon instinct de survie ayant décidément bien peu de poids dans mes décisions, je m’y suis énormément attachée dès le début. Elle m’a très vite fait confiance et réclamé chaque jour ses dix minutes de câlin syndicales. Nous avions une relation privilégiée et, rapidement, j’ai eu droit au titre très honorifique de « grande sœur ». Rapidement, ses blessures l’ont rattrapée et j’ai vu à quel point il est difficile d’aimer quelqu’un qui est terrorisé par l’amour. Elle ne peut pas croire qu’on puisse l’aimer vraiment, donc elle pousse l’autre dans ses retranchements pour arriver jusqu’au rejet et prouver qu’elle a raison. Par conséquent, la vie avec elle ressemble à une telenovela mexicaine, toujours entre disputes et réconciliations. Parfois, elle est capable de rester toute un après-­midi, juste derrière moi, pendant que je joue avec les enfants, pour dire à qui veut l’entendre que je suis moche et qu’elle me hait. Je suis tenace et j’ai décidé que j’étais là pour Dieu et que ça ne serait certainement pas son cinéma qui me ferait changer d’attitude (à têtue, têtue et demie en fait, c’est un basique bras de fer). Donc je reste stable et indifférente aux piques, au silence quand je m’adresse à elle, etc. Mais j’ai parfois l’impression d’être masochiste. Une petite victoire m’a montré que j’avais raison : chaque fois qu’elle se comporte mal, elle m’écrit une lettre pour me de-­‐ mander pardon et me dire qu’elle m’aime. Une fois elle m’a dit : « Je t’aime aussi parce que, même quand je me comporte vraiment très mal avec toi, tu restes gentille avec moi. » J’ai maintenant 2,3 kg de lettres mais je continue parce que les bons moments sont aussi très précieux. L’année avançant, j’ai fait l’expérience de la deuxième grande faille de Fátima : elle est persuadée que chaque personne qu’elle aime va l’abandonner. Sa mère, embourbée dans la drogue, l’a un jour abandonnée avec son petit frère dans un parc. Ils avaient trois et cinq ans et elle s’en souvient. Maintenant ils vivent chez leur tante, Sonia, face au Punto. La famille en est très proche et elle s’est particulièrement attachée à certains volontaires, qui, finissant leur mission, sont partis. Elle vit ces départs comme des abandons personnels et quand elle a pris conscience qu’un jour aussi je devrais partir, j’ai eu droit à quasiment trois semaines de guerre ininterrompue. Il ne m’est pas non plus facile de trouver une réponse convaincante car, même en lui montrant qu’il y a toujours des nouveaux volontaires qui l’aiment comme moi, comment expliquer que l’amitié ne m’appartient pas parce que je suis venue donner Dieu et pas seulement mon affection à un enfant qui répond : « Oui, mais c’est à toi que je me suis attachée » ? Cela m’a fait comprendre combien est importante et délicate une despedida (Période des aurevoirs).

 

 

 

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Bertille D.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

« J’ai franchi le seuil de la porte de Yorgos »

Yorgos et Simon

Comme chaque semaine, les volontaires du Point-Cœur de Grèce vont visiter les personnes qui vivent dans la rue, Yorgos en fait partie. Visite inédite chez un ami !

Chaque lundi (« Il faut des rites », dit le Petit Prince) deux ou trois d’entre nous rendent visite à nos amis qui vivent dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là, je suis heureux de me mettre en route avec Roki et Santhosh pour les retrouver, après plusieurs semaines où j’étais pris par d’autres visites. Au moment d’arriver à son « palace », je suis comblé par le sourire inoubliable de Yorgos, et notre joie évidente de nous retrouver tout simplement. Je vous l’avais présenté dans ma dernière lettre, à l’occasion d’un moment guitare grandiose. D’ailleurs, je ne me prive pas désormais d’emporter quasi systématiquement la guitare qui le réjouit tant ! Mais cette fois-­là, un autre magnifique petit pas d’amitié m’a rendu heureux : après de chaleureuses embrassades de retrouvailles, il me proposait pour la première fois de m’asseoir à côté de lui, sur ce qui lui sert de lit. J’hésitais presque devant l’honneur mais je comprenais, à cet instant, que Yorgos m’ouvrait la porte de chez lui, m’y accueillait comme on accueille son ami, simplement. Alors, moi aussi, simplement, je me suis assis, j’ai franchi le seuil de sa porte.

« Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… » Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry.

Et nous avons encore passé un doux moment, tous les quatre, autour d’un thé glacé et de la guitare qui chante, au milieu du flot des passants dont l’indifférence assomme habituellement notre ami. Mais la musique et l’amitié soulagent, pour un moment, ce fardeau-­là. Rien n’a plus d’importance, puisque l’on est ensemble. Yorgos nous a encore régalé de ses « pauvres souvenirs de guitariste », qui sont en fait plus qu’honorables et m’inspire l’humilité ! On chante, on rigole, on échange ! Ce qui est un pas de plus dans notre amitié, contrastant avec d’habituels monologues passionnés sur les théories d’Einstein, le pillage international du langage grec, ou l’impensable puissance d’une bombe atomique. Non, cette fois il rêvait qu’on lui chante Supergirl. Mince, on ne connaît pas. Pour fêter son anniversaire la semaine d’après (avec un peu de retard… oups), c’était la surprise : un bon gâteau au chocolat d’Agnès, et Supergirl, timide mais sincère. Il était ravi. Cet homme me touche. L’amitié qu’il m’a offerte encore plus. Cette fois, enfin, je peux vous présenter en photo son beau visage, et vous imaginerez sa belle musique …

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Simon S.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Mary, une amie qui occupe mes pensées et mon cœur

Comment vous parlez de Mary, à la vie si chaotique… Mathilde, du Point-Cœur de Montevideo, « déchausse ses sandales » pour nous présenter cette amie du quartier.

Mathilde, Mary, Valentina et Jiro

Si je ne vous partage que des faits, vous serez peut-­être horrifiés. Les gens du quartier, qui pourtant n’ont pas toujours une vie simple non plus, ont souvent jugé Mary sans appel. Alors, je ne partage pas souvent sur la vie de Mary avec d’autres. Et pourtant, il me semble que Mary est une femme très digne et très forte, humble dans sa misère, joyeuse dans ses épreuves et qui garde au cœur l’espérance alors qu’elle est sans cesse nouvellement abandonnée ou mise en face de « ses échecs ». Parce qu’elle consommait un dérivé de la cocaïne, on lui avait retiré ses enfants, un à un. Cette drogue très peu chère et très addictive rend bien difficile une possible récupération. Mais Mary en est sortie et, petit à petit, elle a récupéré ses quatre enfants. Elle est venue vivre dans la partie la plus pauvre de notre quartier. Ce n’était pas le meilleur mais, pour la première fois, elle avait un foyer à elle, travaillait et prenait soin de ses enfants. Nous sommes arrivés dans le quartier presque en même temps. Alors que nous parlions avec une voisine, elle s’est approchée et nous a demandé d’où nous venions. Dès ce premier instant, elle nous a marqués, car elle s’est approchée de nous spontanément, et puis, très vite, elles nous a présenté ses enfants et raconté un bout de son histoire. Chacun de ses enfants, selon leur besoin, allait dans une école différente. Avec ses voisins, c’était parfois compliqué. Pourtant nous avons souvent rencontré dans la maison de Mary une femme hébergée parce qu’elle vivait une situation de violence domestique grave. Même si Mary paraissait forte, la situation déjà exigeante s’est compliquée. Mary porte une histoire bien lourde, ses enfants aussi et cela a eu pour conséquence qu’en un an, trois de ses enfants ont dû rejoindre un foyer. Mary aussi a dû partir du quartier et, aujourd’hui, elle vit avec le petit dernier, Jairo, qui a quatre ans. Jonathan, le plus grand, a fêté ses quinze ans, cela faisait trois mois qu’une fête se préparait avec de l’argent qu’il avait lui-­même économisé. Et cela faisait trois mois que nous étions invités. Mary nous avait prévenus : « Vous êtes notre seule famille, vous ne pouvez pas manquer nos anniversaires ! » Et elle nous rappelle très souvent les dates de chacun. Le jour de l’anniversaire est donc arrivé, nous allions tous nous retrouver pour l’occasion ! Cela faisait deux mois que nous n’avions plus vu Mary, en raison du déménagement et des activités de la maison. Mais, voilà que, ce jour-­là, Mary nous dit qu’elle n’ira pas… Nous nous doutons que la raison doit être sérieuse. Alors nous décidons de nous partager en deux : Alexis et Sixtine iront à l’anniversaire, et, avec Bernardo, nous retrouverons Mary. Nous arrivons au lieu de rendez-­vous et il n’y a personne, nous patientons plus d’une heure, nos messages restent sans réponse, même si nous voyons que Mary les lit… Je me souviens d’un élément de son adresse, alors nous décidons de partir à la recherche de sa maison. Je laisse un nouveau message à Mary. Finalement, elle répond : « Je veux être seule, je ne veux voir personne. » Cela nous inquiète et nous continuons notre quête. Nous décidons d’acheter quelques petites choses pour au moins les lui laisser avec un petit paquet que je lui avais préparé, qu’elle puisse sentir la présence d’un autre à ses côtés dans sa détresse… Nous commençons à prier en chemin, un chapelet d’Ave Maria et Notre Père qui n’a plus de fin. Et là, je me souviens que Mary nous avait laissé son adresse un jour. Nous reprenons notre chemin, un peu plus confiants, et faisons une petite halte dans une jolie église en chemin. Et, finalement, nous arrivons au carrefour indiqué, il nous manque le numéro de porte. Arrêtés devant un passage étroit, nous appelons Mary et, cette fois-­ci, elle répond au téléphone. Là où nous sommes arrêtés, elle vient… nous l’avons trouvé. Tout de suite, Mary nous raconte pourquoi elle n’était pas à l’anniversaire, elle nous fait écouter un message de son fils l’interdisant de venir et la traitant de tous les noms, les larmes brillaient dans ses yeux et la colère et la tristesse avaient envahi son cœur, colère et tristesse pour Jonathan et Valentina, qui, à l’occasion d’une rencontre entre eux, avaient mal parlé de leur maman et rejeté toute leur propre peine et colère sur elle. En ce jour tant attendu, qui devait être un jour de fête, la famille était davantage divisée. Mary nous a ensuite raconté ses deux derniers mois, où elle avait vécu dans trois maisons différentes et, chaque fois, à cause des grandes difficultés de comportement de Valentina, ils avaient dû partir. Valentina est donc la dernière qui est partie vivre en foyer et, ce jour-­là, elle était à l’anniversaire de son frère. Après nous avoir raconté tout cela, Mary est plus tranquille, elle nous offre un maté, sort les petits gâteaux que nous avons apportés et puis s’exclame : « Vraiment, je ne pensais pas que vous arriveriez jusque-­là, je vous croyais déjà repartis ! Et puis, je voulais être seule car je pensais que c’était le mieux. » Mary reprend ses confidences, mais Jairo, le petit, vient les interrompre innocemment et rend la joie à sa maman. Mary n’est pas en reste et ainsi, même dans ce contexte, nous avons aussi bien ri et profité de ce moment de retrouvailles, après ces deux mois. Aujourd’hui, les trois grands de Marie, Jonathan, quinze ans, Milagros, treize ans, et Valentina, douze ans, vivent dans différents foyers. Cela veut dire que Marie n’a plus aucune autorité ni droit sur eux. Il lui reste maintenant son petit dernier, proche d’elle. Mary n’est pas la maman idéale et, autour d’elle et de ses enfants, il n’y a pratiquement pas de famille, les amitiés vont et viennent et ne sont pas toujours des meilleures. C’est beaucoup de solitude, d’échecs et de douleur. Pourtant, elle n’abandonne pas. Et puis, elle est capable de nous faire nouvellement confiance, en nous ouvrant son cœur et en nous offrant son amitié et sa vie, simplement, telle qu’elle est. Cette amitié est chère à mon cœur, à notre communauté et il y a là un terrain sacré où je ne puis entrer sans « retirer mes sandales », c’est à dire l’écouter et la connaître avant tout jugement et l’accompagner pour porter avec elle un bout de sa vie.

 

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Mathilde C.
En mission en Uruguay

Dona Santos et Panel, de l’amour d’une mère pour son fils

Aurélien est en mission à Tegucigalpa au Point-Cœur du Honduras, il nous présente Dona Santos, une mère courage du quartier et son fils Panel.

Dona Santos et son fils Panel

Je souhaite vous présenter une amie, elle s’appelle Dona Santos. Cette dame également âgée habite notre quartier avec son fils Panel. Cette famille est à l’image de beaucoup d’autres : une maman qui est totalement livrée pour son enfant. Il y a quelques mois, Panel a subi un accident, une moto taxi l’a heurté à la jambe. Il a donc suivi une période de récupération à l’aide d’un plâtre qu’il fallait changer tous les mois à l’hôpital. Je suis allé une fois à l’hôpital avec Dona Santos et Panel pour les accompagner. Pour avoir le rendez-­vous de 7h, il fallait arriver à 5h du matin. Nous sommes donc partis en taxi pour arriver à 5h là-­bas. Le simple fait d’arriver sur place fut un véritable périple car Panel souffre d’un handicap qui l’empêche de se déplacer normalement, et sa fracture à la jambe rendait la marche impossible. Je devais donc le soutenir, et même le porter depuis sa maison jusqu’en bas pour atteindre la rue principale. Et cet effort était très important, étant donné la carrure de Panel. Mais en le faisant, je pensais à Dona Santos qui, par amour pour son fils, était prête à tout et l’accompagnait ainsi au quotidien. Arrivés à l’hôpital, on apprend que le docteur en question ne pourra pas nous recevoir avant 14h, pour la simple raison qu’il ne travaillait pas cette matinée-­là. Dona Santos était dans l’obligation de rester, n’ayant pas les moyens de payer un taxi de nouveau. Mais elle me propose de rentrer au Point-­Cœur, de revenir pour 14h et, preuve de sa générosité sans limite, elle me tend un billet pour me payer le bus, que je refuse poliment (en général au Honduras, nous ne refusons pas ce que nos amis nous offrent car c’est, pour eux, important et un refus peut blesser, ne serait-­ce que simplement un café). Je décide à ce moment de rester avec eux en me disant, au fond de moi, que j’aurais dû emmener de quoi lire. Mais lors de cette mission rien n’arrive par hasard et je faisais ce pas de confiance en la Providence. Dieu m’a alors récompensé en m’offrant la messe ! Et oui, en allant à la chapelle, j’apprenais que tous les jeudis à 9h un prêtre vient célébrer la messe. Je suis donc descendu pour prévenir Dona Santos et elle est venue la vivre avec moi. Enfin, jusqu’à 14h, j’ai beaucoup partagé avec elle et Panel (que je ne comprends pas très bien mais je profitais de la présence de Dona Santos pour m’aider), j’ai prié un chapelet pour cette famille et je leur ai offert le déjeuner. Le rendez-­‐vous a bien eu lieu à 14h et le plâtre a été changé. Maintenant, Panel n’utilise plus de plâtre, il se sent beaucoup mieux car cela ne lui a pas été très agréable. Chaque fois que nous le visitons, il nous montre avec un sourire énorme, sa jambe qui s’améliore de jour en jour, merci Seigneur !

 

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Aurélien M.
En mission au Point-Cœur de Tegucigalpa

Une journée particulière pour Mathias

Groupe d’amis de Lima en sortie à Guayabo

Au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, Charlotte nous confie Mathias, nouvel ami de Jésus.

Une grande joie dont je voulais vous parler. Vous connaissez Mathias, le fils de Sonia qui habite en face de chez nous, le frère de Gérard (celui qu’il m’a tant coûté d’aimer quand il faisait ses crises). Il a dix ans. Sa famille est une de celles qui souffrent le plus, dans notre quartier. Cela, vous le savez, mais je ne vous ai pas encore parlé de son chemin de foi. Très souvent, quand nous partons à la messe, Mathias court vers nous et nous demande s’il peut nous accompagner. Il reste tout le temps de la messe et, chaque fois, au moment de la communion, il essaie de négocier pour aller, lui aussi, recevoir l’hostie consacrée, Jésus. Voyant son désir de communier, nous en avons un peu parlé avec sa mère il y a quelques mois. Hors de question, il ne s’inscrira jamais à la préparation à la paroisse, plus la peine d’en reparler ! C’est, entre autres, grâce à Hugo, un ami péruvien parti en mission avec Points-­Cœur au Brésil, que Sonia a fini par ouvrir son cœur au désir de son fils. Hugo vient nous visiter de temps en temps, et Mathias l’aime beaucoup, tant il l’appelle son parrain. Ce terme montre son affection, mais Hugo y a pensé sérieusement et a fini par lui proposer de l’être en vrai, si un jour il voulait se faire baptiser. A la grande joie de Mathias ! L’amitié qui les unit est précieuse pour Mathias, lui, dont le père est mort, et qui a tant besoin d’une figure masculine aimante à ses côtés, d’un modèle d’homme qui l’accueille tel qu’il est et l’aide à grandir. J’ai pu donc accompagner Sonia à la paroisse pour inscrire son fils, à la première communion en décembre, et au baptême en octobre. Dimanche de Pentecôte, Mathias s’est levé tôt pour se préparer et partir avec nous à la messe de 9h. Jamais il n’a été aussi attentif, spécialement au moment de la consécration. A la fin de la messe, il me demande de le laisser aller tout seul au cours de « caté ». A 11h30, au Point-­Cœur, on frappe à la porte. Gaëtan, un volontaire du Point-­Cœur de la Ensenada, qui a terminé sa mission et a voulu donner encore un temps pour aider chez nous, ouvre : « Mathias ! Tu vas m’aider à cuisiner ! » Mathias est trop heureux de couper les carottes, les haricots, avec un grand frère. Il nous a montré son premier cours sur la Création, où après avoir rempli les phrases à trous de la Bible, il a pris la résolution de respecter les autres et de faire attention à la propreté de son environnement. Il est resté déjeuner avec nous, a mangé avec appétit, pétillant de joie, tranquille, heureux de ce moment privilégié juste pour lui. Pour ma part, c’est magnifique de voir un enfant que j’aime, grandir non seulement physiquement, en intelligence, mais aussi dans la foi, dans l’amour.

 

 

 

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Charlotte C.
En mission à Lima au Pérou

« A n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas »

Antonine dans le quartier, lors de ses aurevoirs

Antonine revient juste de dix-huit mois de mission à Chengalpett en Inde, une mission simple, plongée dans une réalité toute différente, une école et une intense action de grâces.

Fini le spectacle de la rue avec sa circulation rocambolesque, son concert de klaxons, ses odeurs d’épices et de fleurs de jasmin, ses vaches, ses véhicules surchargés et la démarche princière de ces femmes indiennes en saris colorés… Je me revois assise à l’aéroport attendant fébrilement le décollage pour l’Inde. Dix-­huit mois me paraissaient alors bien longs. Je n’étais pas rassurée à l’idée de quitter la France pour ce pays de plus d’un milliard d’habitants, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin d’imaginer que la culture, le mode de vie et les mentalités différaient aussi radicalement de la civilisation occidentale. J’ai découvert une réalité bien différente de la nôtre, un pays où les gens sont particulièrement chaleureux, accueillants et profondément croyants. En vivant dans un quartier marqué par des souffrances matérielles et morales (pauvreté, alcoolisme, maltraitance), j’ai aussi pris conscience de la dureté de leur vie quotidienne, de la logique des castes, du fatalisme social et du combat des femmes victimes d’injustice. Avec Points-­Cœur, j’ai été pour nos amis du quartier une présence de compassion dans les moments de joie comme dans les épreuves. Je n’ai pas cherché à les changer car Points-­Cœur ne prétend pas vouloir changer le monde mais simplement réconforter les hommes, les femmes et les enfants qui souffrent. Au contraire, j’ai appris à « me laisser guider par les événements, les imprévus, à ne pas être dans l’attente et à accepter que nos projets soient contrariés ». Difficile pour moi de retranscrire ce que j’ai vécu pendant dix-­huit mois. Mais à n’en pas douter, Dieu m’attendait là-­bas. Je rends grâce pour toutes les amitiés que j’ai reçues et que je garderai précieusement dans mon cœur. Cette belle mission à l’école des plus pauvres et des plus souffrants sera j’espère un fondement pour toute ma vie.

 

 

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Antonine L.
Volontaire en Inde

Avant le départ…

Solène dans la cour du Point-Cœur de Tegucigalpa, lors de ses aurevoirs.

Solène rentre du Honduras après quatorze mois de mission, elle fait ses aurevoirs, son sac et ses dernières rencontres… Rosie en fait partie.

Je vous écris cette dernière lettre pour vous remercier de votre soutien durant ces quatorze mois de mission. Ça n’a pas toujours été facile, mais cette expérience m’a fait beaucoup grandir et je repars avec autant de trésors que de visages dans le cœur : des visages édifiants qui m’ont appris tant de choses. Je me souviens, lors du chemin de croix à la prison, une amie qui a des difficultés pour marcher portait un grand sac contenant les tableaux des stations. A chaque fois que l’on passait une station, elle récupérait le tableau. Evidemment, plus on s’approchait de la crucifixion, plus son sac était lourd et plus elle s’appuyait sur sa béquille de l’autre côté. Je lui demande alors : « Fanny, je peux t’aider ? Donne-­moi le sac. » Elle me répond : « Merci, c’est gentil, tu n’es pas la première qui me propose. Mais ce sac, c’est ma croix. Et je veux la porter jusqu’au bout. » J’étais émerveillée de la foi avec laquelle Fanny vivait ce chemin de croix. Elle le vivait avec tout son corps et avec tout son cœur. Il y avait tant d’amour dans sa démarche ! Je suis toujours impressionnée de la foi de mes amis. Ils traversent des épreuves si difficiles et ils les vivent pourtant avec beaucoup d’espérance, avec beaucoup de foi, confiants en la bonté et la miséricorde de Dieu et s’en remettant totalement à Lui. C’est une grande école pour moi et je n’ai pas fini d’apprendre. Je suis aussi impressionnée par la valeur du temps, ici. C’est tellement tentant pour moi de vivre dans le passé ou dans le futur. Ils ont, eux, une facilité à vivre dans le présent, pleinement disponibles à la réalité et aux personnes qui les entourent. C’est si précieux ! La sainteté ne se conjugue qu’au présent, comme on dit. J’ai tellement tendance à oublier que le présent, comme son nom l’indique, est un cadeau de Dieu.

Rosie et Jennifer

Cette fois, je vais être courte, je voudrais simplement vous parler de mon amie Rosie. La dernière semaine, elle tenait absolument à nous inviter chez elle à l’occasion de notre départ (celui d’Agata et le mien). On avait déjà invité toute sa famille pour leur dire au revoir, mais c’était important, pour elle, de nous recevoir. On arrive alors une demi-­‐heure plus tard que l’heure prévue, comme de coutume ici au Honduras. Et, là-­‐bas, surprise : pas de Rosie. Ses sœurs, ses enfants, ses neveux, oui, mais Rosie brillait par son absence. Sa sœur Agata et Doña Virginia nous apprend qu’elle nous a attendues une demi-­‐heure avant d’aller travailler. On passe malgré tout un bon moment. Rosie nous avait cuisiné un délicieux dîner. Puis, avec Agata et Estefanía, au lieu de rentrer à la maison, on passe lui rendre visite au stand où elle vend les meilleures baleadas du quartier (galettes honduriennes). Elle nous apprend qu’on a détecté un cancer à son père et qu’ils n’ont pas d’argent pour le traitement. Alors, elle ne pouvait pas se permettre le luxe de ne pas travailler cette soirée. On est resté jusqu’au bout avec elle, jusqu’à 23h. A 22h, heure de fermeture, il lui reste une énorme pile de baleadas qu’elle n’a pas encore vendues. Elle a le visage triste et fatigué : « Cette soirée, je n’ai presque rien vendu, mais tout ce que j’ai gagné, je vais l’envoyer à mon père. » C’était moins de dix euros. « Je n’ai presque rien vendu mais Dieu m’a envoyé trois petits anges pour me consoler », rajoute-­‐elle. C’est vrai que c’était une belle soirée. J’ai beaucoup plus partagé avec elle, que ce que je n’aurai sans doute pu partager si elle avait été là au dîner. Elle s’est beaucoup livrée. C’était fort de l’accompagner dans son quotidien. On l’a aidée à replier tout le stand. Car, si elle le laisse là, il n’y a plus rien le lendemain. On l’a aidée à transporter tous les ustensiles (hyper lourds) chez elle. Tout le monde dormait. Quel travail ! Le jour suivant, elle se lève tôt pour faire la pâte et pouvoir vendre, dès 8h le matin. Je l’admire tellement. Elle travaille avec tant d’amour. Elle ne pourrait pas avoir cette force de travail sans l’amour qu’elle porte à ses enfants et à sa famille. Sans amour, c’est impossible. Elle gagne son pain à la sueur de son front par amour et avec amour. Ce soir-‐là, quand je suis allée me coucher, je me suis sentie toute petite mais, surtout, grandie par cette amitié. Rosie est une petite sainte !

 

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Solène deF.
Volontaire au Honduras

Plus loin que les mots

Au Point-Cœur de Bangkok, l’apprentissage du thaï est un sacré défi pour les volontaires, mais il faut aller « plus loin que les mots » nous dit Pauline, en mission en Thaïlande depuis déjà six mois : 

Songkran avec Phii Oo

Six mois se sont passés depuis mon arrivée en Thaïlande. A présent, je commence à bien connaître les environs, j’arrive presqu’à me repérer dans le labyrinthe du slum et à connaître le prix des aliments et les gens du quartier… La langue vient doucement, comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, à la lecture de cette lettre.

Chaque jour, avec notre communauté, nous rendons visite aux amis du Point-Cœur. Un jour, mère Sumalie, un autre jour, l’oncle Saxapong, un autre, grand frère Chaya, etc. C’est grâce à la fidélité des rencontres que de vraies relations se tissent entre nous. Les amis apprennent à comprendre « notre thaï à nous » et nous apprenons à comprendre « leur thaï à eux ». Il ne s’agit pas de savoir parler thaï, purement et simplement, mais d’essayer d’aller plus loin que les mots.

J’aimerais vous présenter une petite mamie que j’aime particulièrement aller visiter, c’est Yaay Biin ! Une minuscule grand-mère de plus de quatre-vingt-dix ans, qui ne marche plus et qui reste sur le seuil de sa maison une partie de la journée à regarder passer les gens. Elle se déplace sur les fesses ou sur les genoux. Quand elle voit qu’on passe devant sa maison, dans la seconde elle rentre chez elle comme un bernard-l’hermite qui se rétracte dans sa coquille. C’est sa façon de nous inviter à entrer. Elle machouille constamment une espèce de chique rouge qu’elle crache dans un pot. Quand yaay Biin parle, c’est très difficile de comprendre ce qu’elle dit car elle a plein de cette pâte dans la bouche. Mais grâce aux visites répétées et à ce désir de pouvoir mieux nous connaître, nous parvenons à avoir de vrais échanges, j’apprends à reconnaître sa façon de parler. La dernière fois, elle riait aux éclats en me racontant la vie, des histoires des uns et des autres. Elle aime quand on lui masse ses genoux douloureux.

Naa et ses filles

Durant quelques jours, nous avons accueilli à la maison Naa, une jeune maman de vingt-trois ans dont j’aurai sûrement l’occasion de vous reparler dans une autre lettre. Son mari étant parti en Inde un certain temps, elle nous a demandé de l’aider avec sa fille d’un an et demi. Naa a un tempérament de feu qui mettait parfois la maison sens dessus dessous mais, finalement, nous avons vraiment passé un bon moment avec elle et sa fille. A l’occasion de sa venue, son autre fille, qui est élevée chez sa sœur, Fy, est aussi venue dormir à la maison. Toute les trois, mère et filles, ont pu passer un temps privilégié ensemble, ce qui n’est pas forcément évident compte-tenu de la situation compliquée de cette famille. Naa vient au Point-Cœur depuis qu’elle a un an et est habituée à la façon de parler des volontaires avec leur vocabulaire simple, leurs tons qu’il faudrait exagérer quatre fois plus, et leurs phrases décousues. Elle s’improvise souvent comme notre traductrice. Pour moi, Naa est en quelque sorte l’une des « mémoires vivantes » du Point-Cœur de ces vingt dernières années. Elle se souvient de toutes les volontaires et nous raconte parfois les sorties et événements passés, d‘il y a dix ans ou plus…

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Pauline G.
Volontaire en Thaïlande

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. »

Claire est en mission au Point-Cœur de Cuba depuis déjà 20 mois. A un mois du départ, elle partage encore les amitiés qui l’émerveille au quotidien. 

La communauté devant le Point-Cœur : Claire, Kasia, Marcela et Tania

J’aimerais vous partager dans cette lettre mon émerveillement face à nos amitiés. Après un bon bout de temps ici, je goûte à la grâce de pouvoir vivre, jour après jour, les rires et les larmes de nos amis, de pouvoir partager des moments si simples et parfois très courts, mais tellement fondateurs pour construire et vivre une vraie amitié, source d’une vraie liberté…

Un ami si important est bien notre grand-père cubain, P., âgé de soixante-seize ans. Il a perdu sa fille dans un accident d’avion quand elle avait vingt ans, son fils a dû partir pour le Pérou et sa femme est décédée il y a deux ans et demi. Un homme qui a beaucoup souffert mais, depuis quelques mois, nous le voyons reprendre souffle, revivre… Un homme qui a de grandes blessures mais cela ne l’a pas rendu amer, bien au contraire, par sa présence, sa confiance et son affection, par sa simple amitié, Point-Cœur est devenu pour lui comme une famille. Il se désole toujours tant de n’avoir aucune nouvelle de ses petits-enfants mais, ici, il a comme trouvé une certaine consolation, il a trouvé un refuge, un ami qui écoute.

L. est aussi une grande amie qui, pour toute la communauté, est si importante dans notre mission. Cette dame de soixante ans, dont je vous ai déjà parlé, qui est alcoolique, que son fils traite au plus mal, qui a tenté de se suicider l’année dernière et qui cherche chaque jour un peu d’argent pour manger (on se demande comment elle paye ses bouteilles d’alcool.) L., qui souffre tant de sa solitude, encore aujourd’hui, est venue à moitié ivre, disant qu’elle était épuisée de vivre… Elle a perdu sa maman. C’était une grande dame élégante connue du quartier mais, depuis cette perte, elle erre dans les rues, titubante, et les voisins se moquent d’elle. Elle a des millions de problèmes de santé et ne trouve pas la force de s’occuper d’elle, vit seule dans sa maison et déteste voir du monde. Mais au Point-Cœur, comme elle a dit un jour en pleurant pendant une dizaine du chapelet, elle a trouvé la famille dont elle a toujours eu besoin… Elle est loin d’avoir trouvé une solution ou une guérison à tous ses problèmes, mais peut-être une consolation qui lui donne un peu plus de force pour se lever chaque matin. Elle a trouvé un lieu où elle peut pleurer, où elle peut crier sa douleur, un lieu où elle est juste aimée et consolée, un besoin qu’on a tous !

J’aimerais aussi vous présenter A. : un père de famille, qui a perdu sa femme il y a quatre mois. Un homme très discret, surtout depuis ce qui est arrivé. De fait, nous n’allons pas souvent le voir, il le dit lui-même. Il a mis et met encore du temps pour accepter le regard des autres. Un après-midi, nous sommes passées chez lui, tout en tentant de rester délicates pour ne pas le brusquer. D’un coup, il s’est dévoilé totalement. Sa confiance et sa simplicité m’ont fait monter des larmes… Sans poser aucune question, il nous expliqua tout de suite qu’il ne va plus à l’Eglise en ce moment, qu’il veut prendre du recul, ne veut pas de la pitié des gens. Il reconnaît en toute simplicité qu’il se sent encore trop faible pour assumer leur regard… Mais, à la fois, dans sa profonde douleur, il nous dit qu’il sent son épouse tellement présente autour d’eux, avec lui et chacun de leurs enfants, qu’elle est partie laissant un tas de problèmes et il sent combien, depuis là-haut, elle aide à ce que, petit à petit, tout se résolve… Il nous a aussi dit, les larmes aux yeux : « Je connais la Bible, mais maintenant je comprends cette phrase : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » » Une douleur si profonde, un cri silencieux mais perçant et, pourtant, il parvient toujours à regarder La lumière…

« Dans le fond, c’est ça la loi suprême de l’incarnation : l’Amour Infini est toujours capable de sortir du mal un bien meilleur » P. Thomas Philippe

S. du centre polyhandicapés

Un ami du centre de polyhandicapés, S., est un maître par excellence, car il a la grâce de savoir tirer un bien meilleur de sa souffrance. S. a fêté ses cinquante ans l’année dernière. Etant adolescent, il a fugué de chez lui, et a passé une jeunesse assez mouvementée… A l’âge de vingt-cinq ans, il a eu un accident, est devenu hémiplégique, ne sachant plus que bouger le haut de son corps, et est pratiquement tout le temps allongé sur le ventre pour d’autres raisons de santé. Face à cette situation, S. s’est beaucoup révolté jusqu’à perdre toute volonté d’avancer, de continuer de vivre… Les personnes de son entourage l’ont secoué (en tant que bons Cubains luchadores) et l’ont aidé à se relever. Cela fait presque vingt ans, maintenant, qu’il est dans ce centre et a développé tout un art, avec de la pâte à modeler, qu’il travaille avec la paume de sa main, tout en étant allongé sur le ventre. Participant à des concours, S. est connu comme l’unique artiste en son genre, dans son pays… Cet homme, comme certains là-bas, a toute sa tête, est bien (trop) conscient de la réalité qui l’entoure. Son handicap et son quotidien sont loin d’être faciles, mais il a décidé de lutter. Chaque jour, il a choisi la vie ! Comme il dit si bien « chacun a un don, le Seigneur nous les enseigne quand on en a besoin. » Une vie si pauvre mais il l’accueille et la vit de la meilleure manière qu’il le peut selon ce qu’il a… Un vrai chemin, son handicap !

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Claire D.
Volontaire en mission à Cuba

Marina, la force d’une mère

Dans le quartier de Buenos Aires où est installé le Point-Cœur depuis des années, les mamans sont souvent seules pour élever leurs enfants. Marie nous présente un visage, celui de Marina, une femme qui cherche le Bien pour ses enfants au milieu des tentations du quartier…

Santiago avec les volontaires du Point-Cœur pendant le camp d’été 2018

Ce jour-­là, avec Victor, (volontaire allemand) nous allons visiter les amis du quartier. Moment d’indécision : à qui allons-­nous rendre visite ? Finalement c’est Juan, un enfant de sept ans, qui a pris Victor par la main avec insistance et nous a mené jusqu’à chez lui. Il veut jouer avec lui, sa maman Marina le rappelle à l’ordre : « Tu as tes devoirs à faire ! » Victor se propose de l’aider. C’est ainsi que je rentre pour la première fois dans la maison de Marina. Comme à chaque visite dans le quartier, elle me propose le traditionnel maté et très vite me parle de ses deux fils : Juan, sept ans et Alejandro dix-­huit ans. Elle me parle et de sa difficulté à les éduquer, en particulier Alejandro. « C’est un jeune très difficile. » D’autant plus dans un quartier où la drogue, l’alcool, violences et vols font partie de leur quotidien. Il est facile pour un adolescent de se laisser entraîner par l’effet de groupe qui pousse à faire le dur, le fort, à ne pas se laisser écraser par les autres, sinon « tu es mort ». Surtout dans un contexte où le jeune est abîmé par un milieu familial déjà touché par la violence et l’addiction. Pour Alejandro, comment être suffisamment fort pour dire non, pour refuser de s’échapper un instant de cette réalité : un papa trafiquant de drogue, violent et en prison, un oncle et un cousin tués… Alors, oui, c’est difficile pour Marina, femme de valeur, d’éduquer ses enfants, seule, dans ce quartier, dans cette réalité. Comment transmettre à son fils sa force et ses valeurs « Moi aussi quand j’étais jeune, tous mes amis se droguaient, j’ai toujours refusé ! » Marina a compris qu’elle était, là, la vraie liberté, choisir le Bien. « Hier on s’est encore disputé avec Alejandro. Je lui ai dit : « Pourquoi les jeunes du quartier volent, se mettent dans des trafics de drogue ? Parfois parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se nourrir, pour se vêtir… Mais toi, tu as un toit, on ne roule pas sur l’or mais tu as de quoi manger. Tu as même des vêtements de marque. Mais tu veux toujours plus ! Tu es prêt à perdre tes principes pour de la marque ? » » Elle ajoute : « C’est difficile d’être mère dans ce quartier, il faut lutter, transmettre ses valeurs, sa foi… » Marina n’a pas toujours été comme ça. Il y a une dizaine d’années de cela, son compagnon est tombé, lui aussi, dans la drogue. Après avoir appris que son fils avait une tumeur au cerveau, il a cherché à masquer sa souffrance et son impuissance dans la drogue. Il est devenu très violent. Alejandro était victime indirect des violences de son père sur sa mère. Marina restait enfermée chez elle, son compagnon ne voulait pas qu’elle sorte, qu’elle voit ses amis. Lui, en profitait pour aller voir ailleurs… Elle a perdu confiance en elle, elle a perdu le goût de la vie, mais elle continuait à lutter, pour ses enfants, la peur au ventre. Jusqu’au jour où elle a eu le courage de se séparer de son compagnon, pour elle, pour ses enfants. Deux semaines plus tard, il s’est retrouvé en prison, cela fait maintenant quatre ans. Depuis, Marina s’est prouvée qu’elle était capable de dire « non », elle était capable de protéger ses enfants et de prendre sa vie en main. Aujourd’hui, elle aime sortir avec ses amies de temps en temps, tout en étant très présente auprès de ses fils, son entourage dit qu’elle est transformée. Et c’est vrai, Marina est rayonnante. La vie continue, elle lutte chaque jour pour ses enfants, pour leur transmettre ses valeurs, sa force, sa foi. Je lui demande : « Et comment appréhendes tu le retour de ton ex-compagnon cet hiver ? » Elle me répond : « Je ne suis plus la même qu’avant, aujourd’hui je me sens plus forte et je me sens capable de me protéger et de protéger mes enfants. » Marina m’impressionne : sa force de se battre pour ses enfants, sa force de choisir le Bien et de toujours chercher à le transmettre.

 

 

 

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Marie GC
En mission au Point-Cœur de Buenos Aires

La gratuité et la joie des enfants : une fraîcheur bienfaisante

Les Servantes de la Présence de Dieu, en mission au El Salvador, participent à la catéchèse de la paroisse de leur village. Certains enfants aiment ainsi tellement venir au catéchisme que certains ne veulent plus arrêter et d’autres réclament une retraite ! C’est ainsi que Sœur Agnès a organisé une petite retraite pour l’un de ces groupes :

Parmi les différents groupes d’enfants du catéchisme dont nous nous occupons sur notre Canton, nous avons inventé ce que nous appelons un groupe de « persévérance ». Il s’agit des enfants qui n’ont pas encore intégré le cycle de préparation à la Confirmation, parce qu’ils sont trop jeunes, mais qui désirent continuer à venir chez nous le samedi. L’an dernier, un tout petit groupe de quatre jeunes filles de 11 ans m’a été confié. S’y est rajoutée la grande sœur de l’une d’elles, Saraï, qui ayant déjà fait sa confirmation, ne pouvait se résoudre à nous quitter. Je l’ai donc nommée Assistante et je me suis retrouvée en charge de ce sympathique petit club des cinq que nous avons baptisé « groupe Bienheureuse Laura Vicuña ».

Puisqu’il n’existe pas de programme particulier pour notre groupe, nous avons passé une année à réfléchir très simplement sur notre vie chrétienne, à l’aide de l’exemple de notre petite Bienheureuse chilienne, et puis surtout avec l’aide du Saint-Esprit qui vient au secours des pauvres catéchistes inexpérimentés.

Un samedi, durant la saison des pluies, à la fin de notre rencontre hebdomadaire, je me retrouvais avec Angie, sous le toit abri à l’entrée du chemin qui mène à la maison. Nous étions prisonnières d’une averse torrentielle et tout en attendant que son père vienne la chercher, nous discutions. J’essayais de savoir pourquoi elle avait manqué les rendez-vous, deux samedi de suite, pourquoi elle paraissait triste. Quelques phrases, entrecoupées de longs silences et nous regardions tomber la pluie. Puis, juste avant que son père n’arrive, Angie me demande soudain, sans préparation : « Madre, pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas un week-end de retraite chez vous, avec le groupe ? On pourrait dormir dans l’hôtellerie ? Vous croyez que s’est possible ? ». L’idée me parut excellente et me toucha profondément.

Lorsque je fis part aux autres de l’idée d’Angie, ce fut l’enthousiasme général et c’est ainsi qu’après trois mois d’attente, nous nous sommes retrouvées pour clôturer la fin de l’année de notre groupe avec cette petite retraite. Les conditions étaient simples : les filles voulaient faire une pizza et moi je me chargeais du reste !

L’inspiration me vint grâce à la neuvaine de l’Immaculée Conception composée cette année 2017 par le Cardinal Sarah. Il s’y reflétait si bien la vie de la petite Laura Vicuña offrant sa vie pour sauver sa propre mère. Peu après je reçu cinq magnifiques rosaires et Sœur Bénédicte accepta de nous accompagner avec sa belle voix et sa présence pendant la retraite. Sœur Anne pris en charge l’atelier pizza, ce qui n’était pas une mince affaire. Le plus difficile fut d’obtenir l’autorisation du papa de Martita ; sa fille en effet, n’avait jamais passé de nuit hors de chez eux, et c’est avec l’aide des autres mamans que nous avons réussi à le convaincre. J’ai organisé un petit programme, avec des horaires : temps de prière, une promenade dans la finca, des tours pour les services, divers petits enseignements autour de la neuvaine.

Sr Agnès et ses retraitantes

La retraite se passa à merveille, les filles ne se lassaient pas d’admirer leur rosaire, ce qui me permis de leur donner deux enseignements sur la prière, et l’amour de la Vierge Marie. Je fus presque étonnée de voir combien toutes les propositions les ont enchantées. Promenade, vaisselle, cuisine, mettre la table, tout était vécu dans le sérieux et l’enthousiasme, je n’arrivais pas à le croire. Le samedi soir une mémorable partie de UNO nous fit pleurer de rire sœur Bénédicte et moi tant les filles mettaient toute leur énergie et se battaient presque pour gagner. Puis le dimanche matin, le jeune diacre de la paroisse nous accorda quelques minutes avant la messe pour bénir les chapelets des filles et leur dire quelques mots sur la prière.

Cette expérience si belle et inattendue pour moi me rappela que les enfants, les petits sont nos maîtres souvent, ils savent introduire la gratuité et la joie dans notre temps organisé, une fraîcheur bienfaisante dans notre vie !

La partie de UNO

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Sr Agnès
Servante de la Présence de Dieu

Dimitrio « Prie pour moi. »

Yann et les enfants, en visite dans la quartier de La Ensenada

Face à la vie et puis la mort… Yann du Point-Cœur de Lima face à la mort, la souffrance, la prière, la paix…

« Hola Yann ! Tu vas où ? A la messe non ? » C’est Dimitrio.
Il est quasi 7h du matin et, en effet, je vais à la messe. Je suis en retard et je trottine donc seul dans la rue en espérant rattraper ma communauté ayant abandonné tout espoir de m’attendre. C’est sans surprise que je rencontre Dimitrio qui, chaque matin, nous voit passer devant sa maison pour aller à la messe. Il nous salue chaleureusement et, à notre retour, nous entamons les conversations : « Oui ! Comme toujours ! Comment ça va ? — Bien, bien, prie pour moi, oui ? — Euh oui bien-­‐sûr ! Pour toi et ta famille ! Oui ? — Ya ya ! » Il me tapote l’épaule et je continue ma route emportant un sourire avec moi. Dimitrio, c’est un homme de soixante-­dix-­neuf ans, une personne aimée du quartier car très gentille et aimable. Je me demande quels soucis il doit avoir pour me demander de prier pour lui si directement. La journée passe, la nuit s’installe. Je raccompagne Gladys, une personne âgée qui a besoin d’aide pour porter tout un tas de trucs jusqu’à la petite baraque qu’est sa maison. En passant dans la rue de Dimitrio, il y a de l’agitation, un attroupement, et, en se rapprochant, des pleurs. Un infarctus. C’est la réponse qu’on nous donne quand Gladys demande la raison de cette agitation. Dimitrio a eu un infarctus et est inconscient. Gladys le connaissait, ses yeux s’humidifient et commencent à briller dans la nuit. Les ambulances sont bloquées dans le trafic. Ils vont essayer d’y aller par leurs propres moyens. Après un moment à poser des questions, Gladys veux partir. Sur le chemin, elle annonce la triste nouvelle au voisinage avec un pessimisme ou un réalisme qui me surprennent. Il est déjà mort pour elle. J’essaie de donner un peu d’espoir à notre vielle amie qui s’efforce de me sourire et je me rends chez notre ami, inconscient. Mes pensées rythment ma marche qui s’accélère. Que penser ? Mort, vivant. Ça paraît irréaliste pour cette personne qui fait systématiquement partie de notre quotidien. L’attroupement s’est intensifié autour d’une voiture, devant la maison du souffrant. Les voisins alarmés sont tous là. De la voiture, on sort la silhouette d’un corps enroulé dans un drap blanc, et on l’emmène dans la maison. Les urgences ne venant pas, ils ont essayé d’amener le mourant vers l’hôpital par leurs propres moyens. Dimitrio est mort sur le trajet. A l’arrière de la voiture, il y a un jeune qui pleure, le fils. Ce fils paraît d’habitude comme un homme mais, là, c’est un enfant. L’armure a craqué de part en part, et a cédé place à une lame qui vient de trancher sec, le lien qui l’unissait à son père, et qui l’avait construit tout au long de son existence, depuis sa naissance. Je voudrais lui laisser de l’intimité mais je ne peux me résoudre à détourner le regard. Je me sens si près de lui, je ne peux rien voir d’autre, il y a lui, sa peine et moi. Mon cœur s’alourdit pas seulement pour Dimitrio, mais pour cette personne qui souffre tant de sa mort. Mon regard se porte sur les autres, il y a ceux qui pleurent et ceux qui regardent les autres pleurer.
Tout ça s’est passé la veille. Aujourd’hui je suis face à Dimitrio, enfin de son corps. Il y a des fleurs, des amis, les voisins, la famille et Dimitrio dans un cercueil. Et puis, il y a nous, Agustina et moi, Points-­Cœur. Compassion et consolation. Je regarde Dimitrio et je me remémore les dernières paroles qu’il m’avait adressé : « Prie pour moi. » Oui, mon frère, je vais prier pour toi, le repos de ton âme et pour ta famille. Et nous commençons le chapelet ensemble, debout, nous parlons au ciel pour Dimitrio. La paix s’installe en moi et je sens qu’une nouvelle étoile veille au-­dessus de nos têtes. Je crois même que je souris. La Pâque est proche, elle vient, et avec elle la Rédemption et la promesse de la vie éternelle. La paix s’installe.

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Yann L.
Volontaire au Point-Cœur de la Ensenada

Solène et sa communauté du Honduras

Flor et sa lutte contre le cancer

Accompagner Flor atteinte d’un cancer et trouver dans ces rencontres la force de l’amitié et de la foi : Solène, du Point-Cœur de Tegucigalpa nous confie cette femme et sa lutte contre la maladie.

J’aimerais vous partager une belle amitié, celle de Flor et sa famille (les prénoms ont été modifiés). Flor est mariée et a deux enfants. Il y a quelques mois, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Ce jour-­là, elle est venue se réfugier au Point-­Cœur, accompagnée de sa fille Alicia, de qui nous sommes très proches. C’était terrible. Elle nous partageait son combat : « Qu’ai-­je fait pour mériter cela ? Quelle est ma faute Seigneur ? Pourquoi me punis-Tu ? » Et, dans la même soirée, un acte de confiance et d’abandon incroyable : « Seigneur, je ne comprends pas tout mais je sais que Tu es là avec moi. Ce n’est pas une punition mais une proposition. Un bien plus grand m’attend. J’ai foi en toi. Je sais que Tu vas me sauver. » Je suis émerveillée de voir combien elle vit son combat avec Dieu : « Le Seigneur me donne la force de vivre cela », nous assure-t-­elle. Le lendemain, j’ai pu accompagner Flor à l’hôpital, avec Agata. Le médecin lui a offert l’examen qui valait presque 200 euros, en lui disant : « Les pauvres sont mes patients VIP ». Quelle solidarité ! Dans le bus, en sortant de l’hôpital, je demande à mon amie si une parole de la Bible l’aide à vivre son cancer. Elle me répond du tac au tac avec un sourire qui illumine son regard : « Ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse. C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12, 9-­10
C’est fou comme cette épreuve m’a rapprochée de Flor. Je l’ai toujours portée dans mon cœur mais sans aller autant en profondeur. Elle aussi a un élan d’amour nouveau pour Points-­Cœur. J’imagine qu’une telle épreuve peut fortifier et unifier la famille, comme l’éclater et la diviser. Alicia me confiait que son papa, qui avait une grande carapace vis-­à-­vis de la religion, s’était ouvert à Dieu au travers de cette épreuve. Je suis admirative de la foi de mes amis qui se réveillent chaque nuit à 3h du matin pour prier, tous les quatre réunis. Demandant à Flor pourquoi cet horaire tant matinal, elle me répond : « C’est dans le silence de la nuit que je peux m’ouvrir à un moment privilégié avec Dieu, loin du bruit et des distractions. Le soir, il y a toujours le bruit du trafic, des aboiements ou de la visite. » Comme écrit le moine bénédictin Anselm Grün : « Pendant que les autres mortels dorment, les moines désirent faire la vigile. Réveillés, ils espèrent la venue du Seigneur qui vient à celui qui l’attend. Dans la nuit, le moine se sent très proche de Dieu, rien ne le dérange, rien ne le distrait. C’est dans la nuit que surgissent les plus profondes expériences divines. Ainsi la vigile nocturne se base sur l’attente mystique du Seigneur. C’est l’appel dirigé à l’Epoux invisible pour lui demander qu’il revienne. » Chaque nuit, c’est une personne différente qui anime la veillée de prière. Flor a la conviction « qu’il n’y a rien de plus efficace, de plus productif que la prière. » Je suis aussi émerveillée par la solidarité de sa famille, qui se mobilise plusieurs fois par mois pour vendre dans la rue des baleadas, tacos ou pupusas (plats typiques honduriens, mexicains et salvadoriens), afin de récolter des fonds pour financer le traitement. Nous essayons de l’accompagner à chaque rendez-­‐vous à l’hôpital. J’ai pu l’accompagner la dernière fois à la séance de chimiothérapie. C’était un vrai cadeau pour moi de pouvoir partager avec elle un peu de son quotidien dans les moments plus difficiles. J’y ai fait la (belle) rencontre d’une grande amie de Flor, chef du service de microbiologie. Nous avons beaucoup parlé. Un moment, cela m’a beaucoup touchée : je suis partie chercher un vaccin pour Flor, et quand je suis revenue, j’ai retrouvé son amie assise sur le banc, en train de consoler la femme de ménage qui pleurait de savoir son fils en prison. Ça me touche beaucoup de voir des personnes exerçant de telles responsabilités, être si attentives, sur leur lieu de travail, aux personnes qui les entourent, regardant chaque personne, connue ou inconnue, avec la même intensité d’amour, la recevant comme fille de Dieu, ni plus ni moins ! En amour, les Honduriens sont mes maîtres ! J’apprends d’eux chaque jour… Merci, c’est grâce à vous !!

 

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Solène deF.
Volontaire en mission au Honduras

Danny et Clara

Mara et Clara en train de cuisiner – Guayaquil

Dans le quartier du Point-Cœur de Guayaquil, la rencontre avec Danny et sa fille Clara qui veut sortir de la drogue et de la rue, est une provocation de foi.

Un après-­midi, les enfants étaient partis plus tôt et je prends le temps de balayer devant notre porte. Tout à coup, je suis interrompue par un spectacle inattendu !! Une jeune femme, tenue par les mains et par les pieds est emmenée je ne sais où et elle se démène à corps et à cris… Je suis toute seule à la maison et je ne sais pas trop si je dois m’en mêler ou pas. Je demande à une personne qui accompagne et que je connais : « Avez-­‐vous besoin d’aide ? » Je me disais que, certainement, elle allait me répondre que non, étant donné qu’ils sont déjà assez nombreux. Mais elle me répond « oui » sans hésiter. Surprise, je le reçois vraiment comme un appel du Saint Esprit et je me joins à ce cortège un peu spécial. Sur le chemin, je suis présentée au papa de la jeune fille, qui m’explique qu’il veut récupérer sa fille qui se drogue. Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’il la cherche et il veut la ramener chez elle, pour la faire revenir à la raison. Je ne sais pas trop où cette histoire me mène, mais je suis la petite troupe jusqu’à chez eux, à quelques centaines de mètres de chez nous. Le papa, Danny, essaie de m’expliquer un peu la situation, sa vie de veuf avec son unique fille qui se drogue, son impuissance face à cela, sa tristesse. De son côté, Carla continue de hurler qu’elle veut rester dans la rue et ne veut vivre avec son père. Les insultes continuent à fuser et la confusion monte. Je demande à rester un moment seule avec Carla, que j’essaie de calmer. Après les insultes, coups de pieds et de poings, elle finit par se réfugier dans mes bras et devient tel un petit bébé qui pleure son besoin de tendresse. Je crois que j’aurais pu rester des heures sans qu’elle ne bouge. Mon cœur est prêt à exploser, de toute cette souffrance ! Elle me demande d’aller dormir chez nous, ou de rester dormir avec elle. Lui, me supplie de l’aider à trouver une solution. Je ne promets pas de solution mais, après avoir ramené un peu le calme, je promets de revenir le lendemain et de chercher un lieu pour qu’elle se désintoxique en dehors de chez elle. Le lendemain, puis le surlendemain, nous allons les voir. Carla, peu à peu s’apaise. Il est beau de la voir reprendre le goût de vivre quand nous lui proposons de cuisiner avec nous : le poulet frit préparé par nos deux cuisinières est partagé par tous avec une grande joie. Mais la question reste : Carla veut bien tenter de sortir de la drogue, mais ne veut pas rester chez elle. Finalement, après avoir cherché de notre côté, c’est Danny lui-­même qui me parle d’un lieu dont il a entendu parler mais dont il ne sait pas grand-­chose. Je lui propose qu’on aille avec lui voir ce lieu. Je suis particulièrement touchée par l’attitude de Danny, si humble et plein de confiance envers nous. Dès le premier jour, il s’avoue totalement imparfait, comme père, confesse ses défauts et ses erreurs. Et, plusieurs fois en quelques jours, il nous demande humblement ce que nous en pensons avant de prendre une décision pour sa fille. Ce jour-­là, alors que nous allons voir cet internat de réhabilitation, il est rassuré que nous soyons avec lui, afin de pouvoir juger avec lui, si c’est un bon lieu ou pas. Carla aussi est avec nous. Après quelques détours dans un quartier de banlieue que nous ne connaissons pas, nous arrivons enfin sur place et y rencontrons quelques personnes. Le lieu semble correct, propre et bien tenu même si, à vrai dire, ce genre de lieux ne donne jamais envie. C’est un genre de mini-­prison, ou l’on s’enferme volontairement, avec un régime strict, l’impossibilité de voir sa famille pendant plusieurs mois, avec tout de même l’espérance de sortir désintoxiqué et avec un plus grand désir de vivre ! Carla semble ravie d’avoir la proposition concrète d’un lieu qui ne soit pas sa maison et elle semble toute prête à entrer le jour-­même ! Danny, lui, n’a pas du tout prévu de laisser sa fille et est pris de court ! Mais ce qui lui fait le plus peur, c’est de ne pouvoir s’acquitter de la mensualité, finalement rabaissée à cent-­cinquante dollars. Il travaille dans la construction, au jour le jour, et ne sait jamais s’il aura du travail le lendemain ! De plus, il avait, à un moment, quelques économies, mais a décidé d’arrêter de travailler environ un mois pour veiller sur sa fille, afin qu’elle n’aille vivre dans la rue, jusqu’à ce que les économies arrivèrent à leur fin. Aujourd’hui, il a, en tout et pour tout, trente dollars. Il est prêt à les donner, mais comment trouvera-­t-­il le reste ? D’un autre côté, nous savons tous que Carla accepte aujourd’hui de rentrer dans ce lieu, mais personne ne peut dire si demain ou après-­demain elle acceptera, ou si entre temps, elle s’échappera, répondant à l’appel de la rue et de la drogue ! Nous invitons Danny à faire un pas dans la foi, et lui assurons de nos prières. J’admire, à ce moment, la décision qu’il prend de sauter à l’eau, par amour pour sa fille. Il s’engage à travailler autant qu’il le pourra pour payer cette somme considérable pour lui, sachant que le travail n’est jamais sûr, surtout en ces temps de crise économique que nous traversons. Appuyé sur notre foi, il confie en Dieu et par amour, dit au revoir à sa fille, la larme à l’œil. Dans le bus, il a le cœur gros, laissant ce qu’il a de plus cher au monde dans les mains d’autres. Son amour ne pourra plus se manifester par des mots ou des gestes, mais par son travail afin que sa fille puisse rester le temps nécessaire dans ce lieu. Justement, nous avons besoin d’un travail de maçonnerie et l’embauchons pour quelques jours. Cela ne fait pas même la moitié de ce dont il a besoin, mais cela aide un peu et l’encourage pour la suite. Et après à peine deux jours, il vient nous dire, en sautant de joie : « Ça y est !!! » Deux autres petits travaux lui ont été confiés et il sait qu’il va pouvoir payer le premier mois à temps. Un sourire illumine son visage. Il vient d’avoir la preuve qu’il n’est pas seul dans cette aventure ! La Providence se manifeste : le Seigneur est avec lui et nous aussi !! Aujourd’hui, Carla est retournée chez elle, après plusieurs mois de réhabilitation, mais continue de lutter avec l’appel de la rue. Je vous demande de prier pour elle.

 

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Laetitia P.
En mission enEquateur

La joie plus forte que la souffrance du handicap

Ségolène et Michèle qui joue de la Bandouria – Manille

Sortie à la piscine avec les enfants du centre orthopédique que le Point-Cœur de Manille visite régulièrement. Joie, amitié, jeux et chants au cœur du handicap…

Le minibus plein de fauteuils roulants qui file à travers les kilomètres d’autoroute philippine, pour nous emmener dans ce centre aquatique, va me permettre de passer une journée sous le soleil de cette belle réflexion qu’il m’est donné de méditer. Animées par ces dix-­huit jeunes et moins jeunes que nous rencontrons juste les deux heures qui nous séparent de notre destination, passent en un éclair. Au son de la musique et des chants, des blagues, des taquineries et des rires, cette famille riche en énergie ne laisse pas une minute de répit aux heureux missionnaires points-­cœuriens, qui ont encore un peu de mal à émerger après ce réveil bien matinal. Qu’ils sont beaux, rayonnants, chacun avec sa malformation qui le rend encore plus unique ! Kim, la plus jeune, ses os en freezbee et ses yeux pétillants de joie, Edson, son frère, dont le sourire ne tarit jamais, Jenalyne, ses jambes de vingt centimètres toutes recroquevillées, mais prête, maquillée toute en rose, sa couleur préférée pour aller à la piscine. Jick avec son pied mal fichu et son sourire édenté vient en aide à tous les autres. Michèle, avec son dos bossu et son visage si heureux, rieur, Crystal, Angel, Nardo… Pendant que le minibus s’éloigne des grands boulevards de Manille, j’aime à contempler Jenalyne, les yeux rêveurs et les cheveux au vent qui regarde défiler le paysage, tout en veillant sur Michèle qui dort à ses côtés. J’entends à côté de moi Christelle, qui s’impatiente, Kuya Oliver, le plus âgé, et Darwin qui font l’animation avec leurs blagues (j’ai eu le droit à un quiz culture, je peux vous dire que je ne dirai plus jamais que je viens de Cebu (ville des Philippines). A peine arrivés, nous voilà en tenue de bain pour plonger dans cette piscine dont nous ne sortirons que la nuit tombée. Michèle, qui ressemble à un requin avec sa grosse bosse sur le dos et dont les yeux pétillent de mille et une étoiles, a besoin d’une main pour faire des tours de piscine. Je la rattrape en bas du toboggan, riant, avant qu’elle n’y reparte pour un tour. Kim veut apprendre à nager puis à flotter. Nardo et Edson veulent explorer le parc et tous ses toboggans et piscines. Angel, Christelle, Crystal, Jenalyne préfèrent le son du karaoké dont je reste à une distance raisonnable pour éviter que ne vienne mon tour (et qu’elles ne finissent le gâteau à force de m’obliger à manger !) Et c’est alors, qu’au détour d’une petite pause-­déjeuner, les instruments s’accordent sous la main de maître de Jenalyne. Voix, triangle, guitare et bandurria, chacun (ou presque) y met du sien, avec ses talents. Malgré moustiques et frelons, je pourrais rester des heures à les écouter, à les regarder. Leur musique est magnifique, pleine de vie. Celui qui n’a pas de bras chante, celui qui n’a que trois doigts joue du triangle et celui qui n’a pas de jambe joue de la guitare. Chacun y met du sien, avec ses capacités et ses limites, à l’image de notre grand orchestre de la vie. Qu’ils sont beaux ! Pleins de joie, pleins d’énergie ! Dans chacun de leur rire résonne cette vie qu’ils vivent à deux mille pour cent. Ils sont vraiment comme une famille où chacun prend soin de l’autre, le plus grand du plus petit, celui qui a des jambes de celui qui n’a que ses bras. Je confie à vos prières ses cœurs d’enfants qui vivent, au jour le jour, de leur souffrance et de leur joie et qui ont su accepter ce handicap pour devenir de vrais enfants de Dieu.

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Ségolène M.
Volontaire au Point-Cœur de Manille

Diana et ses enfants, histoire d’amitié avec la Fazenda do Natal

Lucie vit à la Fazenda do Natal depuis deux ans, proche de cette maman, Diana, et de ses quatre enfants. Déboires et rebondissements d’une famille.

Sourires de la Fazenda !

Diana est une femme d’à peu près trente-­trois ans. Elle habite avec ses enfants en face du Point-­Cœur qui se situe à Simões Filho. Elle a des problèmes de santé. Elle paraît être toujours sans force, sans énergie. Elle semble être toujours complètement dépassée par les événements. Elle a eu quatre enfants avec des pères différents. L’aînée, Daiane a dix-­sept ans. Elle est suivie de Priscilla qui est âgée de quatorze ans. Weverton, le seul garçon de la famille a douze ans. La plus jeune, Ana-­Carolina a onze ans. La famille a été accueillie durant quelques mois à la Fazenda, il y a quelques années. Aujourd’hui, les deux derniers des enfants sont accueillis du lundi au vendredi. J’ai eu l’occasion de vivre avec eux. C’est l’une des premières familles que j’ai rencontrée. Ce qui me touche beaucoup chez eux, est le fait qu’ils s’aiment beaucoup. Diana est assez humble pour reconnaître ses limites. Elle fait assez confiance aux personnes vivant a la Fazenda (des étrangers !) pour leur confier ses enfants. Elle accepte l’amitié que nous lui proposons. Cette maman a de graves problèmes financiers. Ana-­Carolina et Weverton aiment beaucoup leur maman. Cette petite fille impressionne beaucoup par son sérieux et sons sens des responsabilités. Ainsi, l’année dernière, cette petite fille, du haut de ses dix ans, se réveillait tôt le lundi matin. Elle réveillait son frère et réchauffait le plat de pâtes de la veille en guise de petit-­déjeuner. Puis, ils allaient à l’école. Ces derniers temps, Weverton semble vouloir gagner de l’argent en travaillant le week-­end. Ceci est assez préoccupant car ce désir peut ouvrir la porte a beaucoup de dangers dans la rue au Brésil. Lorsque je lui ai demandé pour quelles raisons il souhaite travailler, il m’a répondu que c’est pour aider sa maman. Lorsqu’ils sont dans leur quartier, en famille, les enfants passent l’essentiel de leur temps dans la rue, livrés à eux-­mêmes. Un jour, au cours d’une conversation avec une volontaire, Ana­Carolina a avoué qu’elle aime vivre à la Fazenda car il y a des règles à suivre… réponse surprenante de la part d’une petite fille ! Il me semble qu’en vivant à la Fazenda, ces enfants font l’expérience d’être aimés. Dans notre village, Weverton passe la majeure partie de son temps à jouer aux billes avec Daniel, à râler lorsqu’on lui demande de laver son linge, de ranger sa chambre ou de faire ses devoirs. Quoi de plus normal pour un adolescent de douze ans qui a reçu très peu d’éducation si ce n’est celle de la rue ? La Fazenda offre a chacun la possibilité d’être à sa place : les enfants jouent, les adolescents râlent, les femmes cuisinent… Weverton me surprend aussi par sa capacité à se réjouir des petits plaisirs de la vie. Il est capable de sauter de joie à l’idée de manger un pat de pâtes pour le dîner, son plat préféré ! Il demande encore à ce qu’on lui lise une histoire avant de se coucher. Priscilla, sa sœur est âgée de quatorze ans. Elle va accoucher d’ici quelques semaines. Lorsque je suis arrivée, il y a deux ans, Priscilla était une adolescente très renfermée. Elle ne me parlait jamais, avait toujours son visage caché derrière ses cheveux. Il semblerait qu’elle ait voulu être enceinte. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle semble plus heureuse que jamais à l’idée de devenir mère. Elle marche fièrement avec son ventre de femme enceinte. Son visage s’est ouvert. Elle a rompu avec le père de l’enfant mais elle dit vouloir rester en contact avec lui. Elle a travaillé pour acheter le nécessaire pour l’arrivée de ce bébé. Après des débuts difficiles, Diana a décidé d’accompagner Priscilla et de l’aider dans ce nouveau rôle. Cela peut paraître évident, mais il est bon de vérifier que malgré toutes les difficultés du moment, un enfant qui pointe le bout de son nez apporte toujours avec lui de la joie !

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Lucie D.
En mission au Brésil

Musique et amitiés dans les rues d’Athènes

La communauté à Athènes : Anaïs, Roki, Aude (visiteuse), Simon,Agnès Santosh

Simon, du Point-Cœur d’Athènes est un passionné de musique. Sa guitare ouvre des coeurs, des regards, des rencontres des confidences inattendus…

Je dois vous parler de la musique, de la couleur particulière dont elle habille notre communauté, ma famille d’ici. Dès mon arrivée il y a déjà cinq mois, en chantant (bafouillant) pour la première fois les psaumes en grec aux cotés de mes sœurs de communauté aux voix d’anges, je me réjouissais d’être ainsi accueilli par cette douceur familière qu’est pour moi la musique. Je ne soupçonnais pas cependant qu’au fil des mois, elle continue de grandir au milieu de nous, ni qu’elle puisse donner autant de beaux fruits dans notre mission. Oui quel cadeau, la musique ! Nous avons le privilège d’avoir récupéré un piano, et depuis trois mois une guitare est arrivée : généreux cadeau d’un de mes parrains. Ces deux là trônent côte à côte dans notre salon, et nos invités ne peuvent manquer de les remarquer. Alors très souvent, nos amis nous demandent simplement de jouer et de chanter pour eux. Ah, quel bonheur de pouvoir leur faire ce cadeau là. Et aussi humble, aussi petit qu’il soit, force est de constater que ce cadeau les touche souvent, et qu’il les rejoint dans leurs joies ou dans leurs peines comme peu de mots savent le faire. En voilà d’un formidable instrument pour consoler, et parler de cœur à cœur. Depuis que le duo Roki-­Simon maîtrise quelques morceaux qui forment à peine un « répertoire » digne de ce nom, l’idée est naturellement venue de partager nos mélodies hors des murs de la maison. Et nous voilà partis ce jour-­là, la guitare emmitouflée dans des couvertures car il nous manque encore l’étuis, pour aller visiter nos amis qui vivent dans la rue.
Chaque lundi après-­midi, deux ou trois d’entre nous vont retrouver Ali, Yorgos, Andonis, Vaiya et d’autres encore, chez eux… dans les rues du centre d’Athènes. Cette fois-­là donc dans le sac à dos, au coté des sandwichs et du thé chaud, nos partitions, pour la première fois. Et jamais encore je n’avais été si heureux de pouvoir partager la musique, avec eux qui n’entendent plus depuis longtemps que le concert incessant des voitures et des klaxons. Avec Ali, notre ami iranien de la rue Ipokratous, ce fut pour moi une formidable opportunité pour le rencontrer véritablement. On s’assoie ensemble sur ce bout de trottoir autour d’un thé chaud qui fait du bien au creux de l’hiver (même grec). Il accepte qu’on joue pour lui quelques « classiques », et en redemande. Puis, la musique ayant sûrement ouvert une porte, il nous laisse entrer pour la première fois dans l’intimité de son histoire. Dans un anglais-­grec rudimentaire, il me raconte le drame qui a changé sa vie : « Sadam, Boum, Maison… Moi, Ecole. » Car ce jour-­là, il était à l’école, lorsqu’une bombe est tombée sur sa maison, ses parents et ses frères. Il a ensuite atterri à l’hôpital où étaient recueillis les orphelins comme lui. Le reste de son parcours jusqu’aux rues d’Athènes, on ne le connait pas. Un autre jour, dans une autre rue piétonne d’Athènes, il nous a été donné une nouvelle perle d’amitié grâce à la musique, vrai instrument de rencontre.
Yorgos vit à l’abris de la vitrine d’un magasin abandonné qui porte toujours son enseigne : « Palace »… sombre ironie. Son visage, pourtant marqué par des années de vie dans la rue, est magnifique. Depuis quelques temps déjà, je voulais vous présenter cet ami de longue date, que nous visitons depuis plusieurs années, toujours dans ce même endroit, en lui apportant du thé, des sandwichs qu’il accepte toujours avec joie, et notre oreille attentive. Car Yorgos a beaucoup de choses à dire. Lors de mes premières rencontres, il s’agissait surtout de l’écouter louer le génie scientifique d’Einstein (sa photo et une icône de Jésus sont scotchés au dessus de ce qui lui sert de lit) et l’antique civilisation grecque qu’il connait si bien, ou bien désespérer de l’indifférence du flot de passants qui ne lui accorde ni un regard, « ni même vingt centimes. » Assis en tailleur devant lui, nous nous mettons à l’école de Yorgos. Et de ce flot de paroles un peu mélancoliques et parfois embrumées par sa fatigue ou la drogue, émerge pourtant souvent des vérités qui me touchent, de sincères leçons de vie qu’il m’offre en me fixant droit dans les yeux. Depuis quelque temps, nos visites changent un peu de couleur, l’amitié prend un tournant. Les retrouvailles sont affectueuses, il se préoccupe de chacun de nous, nous confie ça et là son histoire de vie mouvementée, et interrompt volontiers son monologue pour un véritable échange. Quand nous sommes arrivés cette fois-­là avec la guitare, il était d’abord si heureux de cette promesse tenue. Nous avons joué, chanté pour lui, et c’était doux d’être simplement ensemble sans devoir remplir nos retrouvailles de trop de mots. Il fermait les yeux… ah ce qu’on était heureux de pouvoir vivre ça avec lui. Et après qu’il nous ait remercié, je lui tends la guitare et l’installe pour lui entre ses mains, pour voir… Il pose timidement ses doigts sur le manche, et nous offre un parfait « riff » de guitare digne d’une vrai rock-­star ! Incroyable ! On n’en revient pas ! Tout humble, il dépoussière pour nous ses souvenirs du groupe dans lequel il jouait dans une autre vie, et nous dit avec son air mélancolique : « Il faudrait que je les rappelle. » Lorsqu’il me rend la guitare, je suis un peu assommé par la grandeur et la beauté de cet homme, qui vit pourtant dans l’indifférence et la misère. Lorsqu’il faut finalement remballer la guitare et nous dire au revoir, il nous remercie encore trop pour ce moment partagé, alors que c’est à nous de le remercier d’être notre ami.

 

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Simon S.
Volontaire en mission à Athènes

La passion du football

Tous sur le terrain pour le football du samedi !!

Les premiers mois de mission passés, l’amitié a grandit entre les enfants et Charles du Point-Cœur de Dakar. Les après-midi foot avec eux sont des moments privilégiés pour les accompagner.

Me voici donc à la moitié de ma mission maintenant et je me dis déjà qu’en rentrant, toute cette ambiance va me manquer. Cette ambiance, mais aussi cette école de la simplicité. En effet, je ne vis pas dans un film d’action, je ne sauve pas des vies tous les jours, je ne transmets pas mon savoir scolaire, je ne passe pas ma vie à me balader au milieu de la savane. Non, je ne suis qu’un simple garçon qui joue au foot sur le trottoir devant sa porte, qui est plutôt mauvais aux parties de billes, et qui aime se vautrer dans les canapés. Ce n’est pas une vie très compliquée, mais une vie à laquelle j’essaye, tant bien que mal, d’ajouter un peu d’amour et d’humanité, qui manquent tant aux enfants ici. Ma mission évolue au fil du temps qui passe. L’apprentissage du wolof (je suis encore très très loin de le maîtriser) et le temps me permettent d’établir de vrais liens avec nos amis. Ce ne sont plus uniquement des rencontres, des connaissances, des visages. Ce sont maintenant de véritables amis, avec lesquels je partage le quotidien et son lot de joies et de difficultés. Les enfants ne sont plus les enfants pauvres qu’il faut aider, mais « mes » enfants, que j’ai le devoir de faire grandir et d’éduquer, grâce à une relation qui arrive avec le temps.

L’an dernier, João, ancien volontaire, avait décidé de vivre avec les garçons du quartier leur passion commune : le football. Tous les samedis, une quinzaine de jeunes entre huit et quinze ans partaient avec lui au « terrain-­pneu », le long de la grosse route, pour s’entraîner, équipés de magnifiques maillots aux couleurs du Point-­Cœur. Depuis son départ en août, Joseph et moi essayons de poursuivre ce qu’il a commencé pour qu’ils aillent se défouler ailleurs que devant notre porte. Chaque samedi matin, nous pouvons entendre au moins cinq d’entre eux nous dire : « Aujourd’hui, entraînement ? Aujourd’hui, entraînement ? » De grands cris suivent, si nous leur répondons « oui ». Chacune de ces sorties football sont un moment de grâce pour moi. Une fois tous habillés dans l’entrée de notre maison, nous partons en direction du terrain. Une fois arrivés là-­bas, les plus grands prennent les choses en main et organisent un match avec l’équipe qui joue à côté. Mon rôle reste souvent d’être spectateur, tandis que Joseph ou un de nos amis joue le rôle d’entraîneur. Et c’est avec une grande joie, que je prends la place du père qui vient voir son fils jouer le dimanche matin. Les voir me sauter dans les bras à chaque but, pester contre l’entraîneur parce qu’il ne voulait pas être sorti, soigner de petits « bobos », jouer au porteur d’eau me redonne l’énergie pour continuer ma mission (souvent vidée par la matinée ménage du matin même…) Ces garçons sont pareils que la plupart des petits garçons du monde, et en ces samedis après-­midis, je me rappelle les jours où moi aussi j’étais fier de montrer à mon père comment je me débrouillais sur un terrain. Oui, ce n’est pas grand-­chose ma présence au bord du terrain, mais tellement important.

 

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Charles T.
Volontaier en mission à Dakar

Sur les pas des anciens volontaires…

Marie et Justin à Villa Jardin

Dans ce quartier du Point-Coeur de Buenos Aires, Marie se laisse guider par les anciens volontaires et découvre toute cette vie, ce quartier, ces amis.

Ce qui m’a marqué dans ces premières semaines, c’est tout d’abord la confiance que nous font les amis du quartier : ils me laissent entrer dans l’intimité de leur vie avec une grande simplicité, me parlant de leur histoire et de leurs souffrances, alors que nous les connaissons à peine. C’est sans doute cette grâce de faire partie de Points-C­oeur, je reçois les fruits des amitiés des anciens volontaires. C’est une belle surprise de voir combien ces amitiés sont encore si vivantes pour les personnes du quartier. Voir les yeux briller quand ils parlent de tel ou tel volontaire. Carmen, quatre-­vingt-onze ans, si heureuse et fière de me montrer les lettres et photos de tous les missionnaires qui sont passés, qu’elle garde précieusement depuis dix ans. Et son émotion quand elle me dit : « Quand je suis triste et que je me sens seule, j’aime regarder ces photos, relire ces cartes et alors je retrouve la joie de vivre. » Ou Estella qui me parle avec joie et enthousiasme de cette amitié particulière avec une volontaire qui a été présente pendant sa maladie. Et quand elle me montre une lettre de celle-­ci, je découvre qu’elle était en Argentine il y a dix-­‐huit ans ! Je suis touchée de voir que, même en leur absence, même après des années, les volontaires ont laissé une trace dans le cœur de nos amis, que cette amitié qui paraît lointaine est encore bien vivante.

Les enfants de Villa Jardin ont une place toute particulière dans ma mission « Hola Punto-­Corazón, que van a cocinar hoy ? » (« Salut Point-­oeur, qu’est-ce que vous allez cuisiner aujourd’hui ? ») Ça, c’est la petite voix de Luna, quatre ans qui, plusieurs fois par jour, vient à notre fenêtre pour discuter avec nous. C’est un autre aspect de ma mission qui m’a surprise dès mon arrivée : la présence constante des enfants au Point-­Coeur. Comme happés, ils s’attroupent souvent devant notre maison pour jouer, comme pour signifier leur présence et espérer rentrer dans la maison. La fenêtre de la salle principale qui est assez basse donne sur la rue, et les enfants défilent et s’y agrippent pour discuter avec nous, nous demandant un verre d’eau, s’ils peuvent nous aider à faire le ménage, à cuisiner… Dès qu’ils peuvent, ils entrent dans la maison et ne veulent pas en sortir : « Est ce que je peux t’aider à ranger ? A laver ? A faire la vaisselle ? » Tous les prétextes sont bons pour rester là. Je deviens même experte pour connaître toutes les cachettes de la maison dans lesquelles ils viennent se cacher au moment de partir. A travers ce besoin pressant de venir chez nous, d’être à nos côtés, je m’interroge. Je sens chez eux un besoin d’affection, de sécurité, d’un cadre aussi, pas toujours présent dans les familles. Vous l’avez compris, il règne donc au Point-oeur une atmosphère vivante et animée, qui demande une disponibilité entière, me poussant à me dépasser. J’aime cette simplicité, cette porte ouverte à tout instant, laissant place à l’imprévu.

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Marie GC
Volontaire au Point-Coeur de Buenos Aires

En Inde, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié !

Indian traffic !!

Depuis peu au Point-Coeur de Chengalpett, Guillemette décrit cette expérience haute en couleurs, saveurs, rencontres et nouveautés…

L’Inde est un pays qui nous prend aux tripes, on ne peut pas vivre l’expérience à moitié : cette nourriture épicée qu’on mange avec les doigts, ces saris colorés que portent les femmes, les klaxons et vendeurs à la sauvette qu’on croise partout dans la rue. Je me souviens de ce jour où mes sœurs de communauté sont venues me chercher à l’aéroport. Nous négocions en tamoul la course pour 1300 roupies (environ vingt euros pour 1h de route) et nous voilà embarquées : il est 5h de l’après-­midi, heure de pointe, et nous nous embarquons à soixante kilomètres à l’heure, sur cette route endiablée. Motos, rickshaw, bus, voitures et camions se dépassent et s’emboîtent sans foi ni loi. Une seule règle prône : klaxonner plus fort que ses voisins pour se frayer un chemin ! Nous dépassons une moto avec le papa et ses deux enfants à califourchon, derrière la maman, assise en amazone tenant son dernier enfant par le bras. Ici, l’essentiel c’est de se déplacer, plus on est nombreux mieux on se porte! Malgré tout, dans ce « capharnaüm », les Indiens sont sereins. Oui, les Indiens ont foi en la vie. C’est sûrement parce qu’ils ont une foi évidente en l’existence de Dieu, qu’ils soient hindous, chrétiens ou musulmans. Ils acceptent aussi leur sort, leur pauvreté ou leur vie monotone comme ils sont, avec une grande humilité. Sans doute du fait de l’hindouisme bien ancré : si on vit bien sa vie, on a des chances de se réincarner dans une meilleure condition. Dans l’avion, mon voisin (jeune étudiant de New Dehli) me disait : « Just relax and trust in life ». C’est leur lâcher prise, allant parfois jusqu’au laisser-­aller (qui peut nous surprendre car nous avons tendance à vouloir agir pour changer les choses !) Mon autre voisin dans l’avion, un gourou dans la tradition hindou, voyageant avec pour seul bagage un sac en toile et une couverture, me disait : « Tu verras, c’est le “syndrome indien”. Soit on aime, soit on n’aime pas. Mais, quoiqu’il en soit, on en revient transformé… » Ce qui est étonnant dans cette culture c’est que chacun a un rôle bien défini. C’est le fait des castes qui définit le métier que l’on exerce… Ainsi, nous sommes allées acheter mes nouveaux vêtements, des tchulidads (tuniques colorées portées par les femmes indiennes). J’ai cette chance de m’habiller à l’indienne ! Ça nous est d’ailleurs très important : ainsi nous nous immergeons pleinement dans la culture et partageons la vie de nos amis. A l’entrée du magasin, un homme a pour rôle de mettre en consigne nos sacs. A chaque étale, plusieurs vendeurs viennent nous conseiller et on ne peut descendre sans qu’un accompagnateur indien ne vienne récupérer nos emplettes pour les descendre à l’étage inférieur. Une fois les tissus achetés, direction le tailleur qui va coudre mes nouveaux vêtements. Notre amie couturière est incroyable par sa joie de vivre, même si je ne comprends pas la langue, son sourire et son regard pétillant communiquent bien plus. Dans sa boutique de deux mètres carrés elle reçoit les clients, coud, garde ses enfants après l’école… Malgré la simplicité de sa vie, elle se réjouit de ce qu’elle a ! Je vous partage ma joie d’avoir maintenant mes tchulidads prêtes, elles sont magnifiques ! Notre amie a ce sens du détail, les mesures sont prises à la perfection !

Les « sisters » du Point-Coeur de Chengalpett

 

 

 

 

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Guillemette B.
Volontaire en mission au Point-Coeur de Chengalpett

Des pépites d’or dans Barrios Altos

Avec le temps, Charlotte voit ce qu’elle ne voyait pas dans ce quartier du Point-Cœur de Lima, les pépites de la vie des amis se découvrent à ses yeux.

Aaron du Point-Cœur de Lima

Plus je connais nos amis, plus je découvre qu’ils sont loin de cette image violente qu’à peu près tout Lima a de Barrios Altos. C’est vrai que la vie est dure pour tous, et que la violence ne manque ni dans les familles, ni entre les réseaux de drogue. Mais, peu à peu, je découvre des pépites.

Stéphanie, la maman d’Alexa et de Facundo, a accouché d’un sixième, Fabiano. Stéphanie ne paraît pas la plus tendre des mères, mais lors d’une visite, je fus ébahie de voir avec quelle douceur et quelle tendresse elle prenait soin de son tout petit. La famille n’a pas l’eau courante, ils vivent à huit (en comptant la grand-­‐mère, señora Souleyma) dans trois petites pièces, le père n’est pas présent, et Fabiano, dont l’arrivée chamboule sûrement tout, est accueilli, chéri, aimé. Moi et mes jugements rapides…
Berta m’impressionne de plus en plus. Sa vue baisse, elle est obligée d’approcher un texte à deux centimètres de ses yeux pour le lire, elle marche, selon ses propres mots, comme une tortue. Les grands-­parents de José Antonio continuent de la menacer de récupérer l’enfant, et surtout l’argent de Claudia (sa mère), mais elle ne baisse pas les bras. Toute courbée qu’elle est, c’est une battante, avec pour arme, entre autre, un humour à se rouler par terre. L’autre jour, je rentre de visites et j’ai la surprise de la voir assise sur une chaise, dans le patio, assoupie au milieu des enfants qui profitent à grands cris des dernières minutes de la permanence. Je la réveille doucement : « Hola Berta, que fais-­‐tu ici ? — Je suis venue jouer ! » Eclatant de rire, elle m’explique que José Antonio voulait absolument venir au Punto, qu’elle était « crevée » et qu’elle ne voulait pas, mais que, devant l’insistance de son neveu, elle avait cédé. Reprenant son sérieux, avec un beau sourire, elle me dit : « Hermana, mes reins me font mal, mes jambes aussi, c’est un grand sacrifice pour moi de l’avoir accompagné. Mais il est heureux, et ça c’est le principal. »
José Antonio, avant, ne parlait qu’à sa maman et à Berta, suite à un traumatisme d’enfance. Il a commencé à parler avec François, un ancien volontaire toujours cher au quartier, le jour où il a joué avec lui.  Maintenant, il nous parle à tous. Pas de grands discours, juste des petits mots, des rires. Il demande tout le temps à Berta de venir chez nous. Parfois, elle lui laisse prendre le téléphone pour nous demander directement si nous sommes occupés. Mais ce n’est pas seulement de nous dont il a besoin. Un mardi, il est venu parce qu’il voulait prier. Il est entré dans la chapelle où Andrzej était en train d’adorer. Je me suis dit qu’il allait sortir au bout de quelques minutes. Non, il est resté comme cela, priant en silence, pendant une heure. Un enfant de huit ans ! C’est en fin de compte ce lieu-­là que nos amis recherchent, tout près de Dieu. Parfois on propose, parfois ils demandent. Tant de visites qui se terminent par une prière, puis un silence profond, une grande paix où il n’y a plus rien à dire, me montrent que c’est Lui dont les plus souffrants ont le plus besoin, c’est la seule vraie consolation, c’est Lui qui transforme les vies.

 

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Charlotte C.
Volontaire au Pérou

Premières impressions et rencontres argentines

Victor et Sixtine avec les enfants devant le Point-Cœur de Buenos Aires

Sixtine est arrivée il y a un mois au Point-Cœur de Buenos Aires, elle découvre des moments de bonheur inattendus et nous confie Flory et José.

Il est vrai que j’ai été très surprise par la dure réalité du quartier, par la misère dans laquelle vivent certaines personnes mais on dépasse vite ce stade une fois qu’on parle avec eux, qu’on partage un maté (boisson traditionnelle chaude ou froide), qu’on apprend à les connaître, à connaître leur histoire, leur famille, etc. Ce qui m’a frappée aussi depuis que je suis ici, ce sont les petits moments de bonheur simples. Par exemple, un soir nous avons eu une coupure d’électricité, cela arrive fréquemment en ce moment malheureusement, ce n’est pas très pratique mais c’est ça aussi la mission ! Nous sommes alors sortis de la maison pour voir si la coupure était générale et finalement nous nous sommes retrouvés à jouer, rire, chanter, danser avec les enfants ! Ou alors quand une ribambelle d’enfants vient nous aider à cuisiner. La cuisine se transforme en véritable cuisine de professionnels avec son chef et ses petits commis. Ou encore quand ils viennent pour réciter une dizaine du chapelet avec nous et s’en vont. Un autre exemple, quand nous les invitons à déjeuner ou dîner pour leurs anniversaires et qu’ils se sentent comme des rois au moins le temps d’un repas. Il n’y a pas un repas qui ne se déroule sans qu’une petite tête n’apparaisse à la fenêtre pour nous dire simplement bonjour ou nous demander ce que nous faisons ou mangeons, apparemment notre nourriture les passionne ! Les enfants réclament sans cesse notre attention et notre amour. Ces moments de partage simples et improvisés sont pour moi la définition même d’un moment de bonheur. Et cela je l’ai appris grâce à leurs sourires. Ce sont eux qui m’apprennent chaque jour à éduquer mon regard pour déceler ces moments de bonheur.

Tous les jeudis après-­midi, nous allons à l’hôpital Muñiz visiter des enfants et des adultes atteints du SIDA, de tuberculose ou de maladies infectieuses. Le lendemain de notre arrivée, nous découvrons pour la première fois cet hôpital. Avec les filles, nous nous rendons dans l’unité pédiatrique. C’est alors qu’avec Magda, nous rencontrons Flory. C’est une jeune fille de treize ans qui souffre de tuberculose intestinale. Nous échangeons avec sa maman qui semble ravie d’avoir un peu de compagnie et parlons un petit peu avec Flory. Cependant, celle-­ci paraît exténuée, timide, et ne parle pas beaucoup. Il est l’heure de partir, nous quittons la mère et la fille et rentrons chez nous. La semaine suivante, je retourne en pédiatrie mais cette fois-­ci avec Sonia. A peine le seuil de la porte franchi, Flory me voit, son visage s’illumine, elle se redresse dans son lit et nous fait signe de venir. J’ai été extrêmement surprise de cet accueil auquel je ne m’attendais pas du tout, compte tenu de notre première entrevue. Nous avons finalement passé toute l’après-­‐midi avec elle à jouer aux cartes, rire et discuter. La timidité de Flory avait totalement disparue, elle était si heureuse de penser à autre chose que sa santé pendant une après-­midi et d’avoir deux personnes, deux amies, avec qui rire et partager un bon moment dans ce lieu obscur et si triste qu’est l’hôpital. Sa maman paraissait heureuse aussi de contempler un sourire jusqu’aux oreilles sur le visage de sa fille et de l’entendre rire ! Je fus très émue et très touchée de les voir ainsi toutes les deux, simplement parce que nous passions un moment avec elles.

José est un vieux monsieur d’environ quatre-­vingt ans. L’année 2017 fut très rude car il a perdu trois de ses frères, sa maman, sa femme et sa fille. La première fois que je l’ai rencontré, j’étais avec Victor. José nous parle d’un rendez-­‐vous médical auquel il doit se rendre quelques jours plus tard. Nous lui proposons alors de l’accompagner. Le jour venu, nous retrouvons le vieil homme et allons tous les trois à l’hôpital. Commence alors une « course » (José marche à l’aide d’un déambulateur) dans les couloirs interminables de l’hôpital à la suite de notre ami. Nous l’avons suivi toute la matinée à ses divers rendez-­‐vous, avons obéit à ses ordres quand l’un de nous devait rester sur place pendant que l’autre l’accompagnait ailleurs, nous nous sommes même perdus avec Victor, mais nous n’avons rien « fait ». C’est vrai ! Et je me suis sentie un peu inutile. Mais ce sentiment s’est vite envolé quand nous sommes revenus chez lui et qu’il nous a remercié les larmes aux yeux, plein de reconnaissance pour ce que nous avions « fait » pour lui. La solitude lui pèse terriblement depuis la mort de son épouse et le fait que nous l’ayons accompagné, qu’il n’ait pas traversé cela seul, l’a beaucoup touché. Il ne nous en demandait pas plus ! Depuis ce jour, j’ai revu plusieurs fois José et nos visites sont pour lui des rayons de soleil.

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Sixtine deB.
Volontaire en mission en Argentine

Gonzalo, Nelson et Elian

D’anniversaire en rencontre, les visites du Point-Cœur d’Uruguay étonnent par leur simplicité et leur Providence.

Gonzalo le jour de son anniversaire, au Point-Cœur de Montevideo

Gonzalo fut un des premiers enfants que nous avons connu et il a tout de suite conquis mon cœur. Il avait alors quatre ans et jouait au petit dur, cherchant l’attention des adultes. Cela a pris quelques mois pour qu’il me laisse l’approcher et l’embrasser, mais alors quand finalement, il se laissa faire, qu’il était heureux et moi aussi ! Sa grand-­‐mère est la référence sûre de sa vie, mais elle travaille et puis elle doit laisser aux parents le soin de s’en occuper. Gonzalo adore son papa et ne pense qu’à être avec lui. Et son papa essaye bien de prendre soin de son fils mais la drogue l’emporte très souvent… La pire bêtise que j’ai vu faire à Gonzalo fut un superbe lancer de pierre qui arriva tout droit dans la fenêtre de voiture de notre fidèle amie Liliana… Tous les garçons de notre quartier jouent au lance-­pierre pour chasser les oiseaux, dans le meilleur des cas. Mais ce jour-­là, nous avons juste vu la fenêtre voler en éclats, puis, plus rien et personne dans la rue. Quelques mois plus tard, au détour d’une conversation, Gonzalo rappela l’évènement et accusa son petit ami Lucas qui se défendit bien-­‐sûr ! Il n’avait pas oublié et profita de ce moment pour nous avouer son méfait. Le jour de son anniversaire, nous sommes allés le visiter, un petit cadeau à la main. Gonzalo était heureux mais courut bien vite à l’intérieur pour être de nouveau avec son papa, présent à ce moment là. La grand-­‐mère nous raconta que personne ne lui avait fêté son anniversaire et que sa maman était par-­‐ tie la veille avec un nouveau compagnon, laissant ses deux enfants. Comment un enfant peut-­il être abandonné ainsi ? Et ses parents, combien de souffrances et d’absences écrites sur leurs visages et dans leurs cœurs… Il était déjà tard, alors, nous avons invité Gonzalo à déjeuner le lendemain. Il aura ainsi, dans un coin de son cœur, le souvenir d’une petite fête en son honneur et d’un gâteau d’anniversaire tant attendu. Il est arrivé à l’heure, impeccable, accompagné de sa petite sœur, Milagros, et de leur grand-­mère. Elle nous laissa les deux. Ce fut une fête pendant tout le repas. Tout le moment qu’il passa avec nous, Gonzalo garda son attitude d’enfant, tendre, espiègle, joueur et joyeux. Sa petite sœur, d’abord bien timide, a aussi bien profité du moment. Bref, cela restera, je l’espère, comme un souvenir lumière dans le cœur triste de Gonzalo.

Et puis, dernièrement, nous avons fait la connaissance d’Elian. En réalité, cela faisait longtemps que nous la cherchions… Chaque semaine nous visitons le Cottolengo où vivent deux-­‐cent garçons de zéro à quatre-­vingt-­dix-­neuf ans, qui ont un handicap ou une déficience mentale ou psychiatrique. Et presque chaque semaine, nous voyons Nelson. Nelson a onze ans. Il est atteint d’épilepsie, d’un handicap mental et physique. Ce qu’il aime par dessus tout, c’est que nous l’emmenions se promener et que nous le laissions marcher à son aise. Il est fou de joie lorsqu’il nous voit et s’agite au moment du départ… Avant, Nelson attrapait ma main et me faisait caresser la tête d’un autre enfant mais, dernièrement, il a commencé à diriger ma main vers lui, Nelson a appris à mendier l’amour dont il a besoin pour grandir… Nous savions, depuis déjà plusieurs mois, que sa maman vivait à la Costanera, mais où ? Et voilà qu’il y a peu, je demande à une amie de ce quartier si elle connaît la maman d’un enfant qui vit au Cottolengo. « C’est ma sœur », me répond-­‐elle. « Je l’appelle ! » Elian arrive et nous nous présentons. Elle nous parle avec beaucoup d’amour de son petit dernier qu’elle espère pouvoir récupérer un jour lorsque sa situation sera meilleure. Depuis, nous sommes retournés la voir et nous reviendrons lorsque Nelson sera en visite dans sa maison. Quelle joie de pouvoir connaître sa famille, son histoire, sa maman…

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Mathidle C.
En mission à Monteviedo

L’heure où le cœur s’ouvre…

Sylvie, Shannon, Van et Marta. Le Point-Cœur de Sendai

Cinq ans de visite pour qu’un soir le cœur se confie. Au Point-Cœur du Japon, le temps a besoin de temps…

Comme vous le savez, plusieurs fois par mois, nous servons des repas aux sans-­abris de la ville de Sendai. Nous avons commencé à y participer dès notre arrivée au Japon. Cela fait donc cinq ans que nous y sommes fidèles et, petit à petit, une amitié est née avec plusieurs personnes, aussi bien volontaires que bénéficiaires. Je pense en particulier à notre ami Monsieur Atsuki (le nom a été modifié). Il parle espagnol et un peu anglais. Par sa posture et son désir de communiquer, nous avons tout de suite compris que c’est un homme éduqué et ouvert aux étrangers. Avec le temps nous avons appris qu’il est ingénieur spécialisé dans l’étude des écrevisses. Sa spécialité l’a fait voyager longtemps en Amérique du Sud, en particulier en Colombie, mais aussi au Mexique. Récemment, et pour la première fois nous l’avons invité (avec Shannon -volontaire- et un couple ami) au restaurant. Pour faire danser ses papilles gustatives (et les nôtres aussi, au passage) nous sommes allés dans un restaurant mexicain. Cela faisait plusieurs années qu’il n’avait pas mangé mexicain et, naturellement, avec l’aide d’un petit mojito, les souvenirs refont surface. Les histoires se croisent et ne finissent pas. C’est alors qu’il nous raconte que sa femme est Colombienne et qu’avec ses deux enfants, elle habite à New-­York… déchirement de ne pas être avec eux, de ne pas les voir grandir… d’être dans le besoin, ici, à Sendai. Que s’est-­‐il vraiment passé ? Nous n’en saurons pas plus pour l’instant. Cela fait cinq ans que nous nous connaissons, c’est une révélation pour nous. La soirée se finit autour d’une glace et d’un café, à nous raconter où trouver le meilleur thé Japonais, sa culture, sa récolte et comment le servir. Nous nous séparons sur le parvis du restaurant ne sachant pas si, ce soir, il retournera dans sa tente alors que la température est négative et le sol gelé après des chutes de neige… Chacun repart de son côté. Avec Shannon, nous voulons prendre le bus, comme il n’arrive que dans une demi-­heure et qu’il fait froid, nous commençons à marcher. Nous marchons plus d’une heure, sans vraiment nous en rendre compte, à partager nos émotions de la grandeur de notre mission et du mystère-­‐miracle qui vient juste d’avoir lieu… Mystère de l’amitié qui ouvre les cœurs et redonne courage et vie. Cette expérience fut, je pense et l’espère, toute aussi belle et profonde pour lui que pour nous ! Finalement le bus nous rattrape à deux stations de notre arrêt mais nous décidons de finir le trajet à pied, en priant le chapelet. Soirée mémorable et pleine de sens ! Comment notre simple présence redonne dignité, passion et vie.

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Sylvie M.
En mission au Point-Cœur de Sendai

Et après le retour de mission ?

Voici qu’Adélaïde est rentrée après sa mission en Grèce. Elle nous livre ses pensées et ses mercis pour tous ceux rencontrés.

Les voisins afghans sur leur balcon à Athènes

J’attendais de prendre du recul pour vous écrire ma dernière lettre. Mais je crois qu’au fond, je ne suis pas prête à le prendre et je n’en ai pas vraiment envie. Je veux garder tout ça à vif, au chaud, le chérir encore et continuer de regarder toute cette beauté. Alors de quoi vous parler dans ma dernière lettre ? De tout c’est impossible. Je crois qu’une fois encore, je vais écrire sans trop réfléchir mais avec toute ma sincérité. Chaque jour depuis mon départ, il me vient des souvenirs différents, des sons, des odeurs, des regards qui m’habitent et me portent.
Il y a quelques jours, c’était les chants congolais si joyeux et leurs voix habitées, le doux regard de Papou, les derniers moments passés avec Thege et son message d’adieu. Il y a deux jours, je revoyais nos petits voisins afghans sautillant, inépuisables, sur leur balcon en face de notre chambre, attendant qu’on leur envoie des chocolats, (et je croisais les doigts pour ne pas casser leurs vitres bien trop fines).
Hier, j’écoutais des chants syriens, nostalgiques, faisant resurgir des parfums d’épices, une pudeur si gracieuse, des danses envoûtantes, une générosité débordante et des enfants d’une force superbement épuisante.
Aujourd’hui, c’est à ma communauté que je pense, et à tout l’amour qu’ils m’ont donné durant toute ma mission. À l’universalité de ce qui nous a unit tout le long et nous a permis d’aller au-­delà de tous les petits agacements du quotidien. J’ai pu chercher à travers eux toute la force dont j’avais besoin quand c’était difficile et y puiser encore plus de joies que toute celles que je recevais déjà. Pour mon départ, ils ont organisé un concert avec tous nos amis. Certains ont chanté, dansé, d’autres ont joué, pris la parole spontanément. Avec une simplicité sacrée. Et toutes ces nationalités…. Dans cette salle nous étions : Grecs, Congolais, Nigériens, Tchèques, Italiens, Syriens, Colombiens, Albanais, Sri Lankais, Indiens, Ukrainiens, Polonais, Tunisiens et j’en passe… Et puis tous les absents. Le dernier soir, je l’ai passé en famille. Nous sommes allés une dernière fois sur le toit (je voyais bien qu’ils avaient froids, mais tous ont fait l’effort d’y aller parce qu’ils savaient que j’adorais cet endroit). Je revois Simon, son sourire lumineux et son enthousiasme pour tout ; Roki, sa voix d’ange et ses maladresses adorables ; Anaïs, sa force réconfortante et sa folie d’enfant ; Santhosh, son rire explosif et sa simplicité.
Athènes est la ville idéale pour une telle mission. Elle apprend à chercher le beau en toute chose. Si on la survole, elle peut sembler bordélique, peu esthétique et peu rassurante. Mais lorsqu’on ouvre les yeux ou plutôt son cœur, elle vous offre tout ce qu’elle a de plus beau : la noblesse de l’Acropole contrastant audacieusement avec les graffitis aux couleurs explosives et provocantes des anarchistes. Les quelques dernières bâtisses superbes qui résistent enfouies au milieu des immeubles fades et délabrés. Les ruines perdues dans les rues commerçantes qui laissent, lorsque l’on regarde bien, des petites traces de vie. Les rails de train au milieu de la ville, recouverts sauvagement d’herbes : la nature qui reprend toujours le dessus. Les églises hors du temps, partout, repères. Les airs de bouzouki qui se transportent dans les airs. Les radios des kiosques au son saturé qui crachent tant bien que mal des chants et prières orthodoxes. Les marchés, les chats, les couleurs… Et puis les gens. Tous ces pays qui se croisent et malgré tout, tous ces sourires. Lorsque je suis arrivée à Athènes, Anaïs m’attendait à l’aéroport. Je me souviens très bien de ce moment. Avec un grand sourire, elle m’a demandé si j’avais bien pris des lunettes de soleil : « Tu verras, la lumière en Grèce est particulièrement forte. » Comme pour tant d’autres fois, elle avait bien raison.

 

 

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Adélaïde L.
Volontaire en mission à Athènes

Nanay Vicky avec sa casquette rose et son beau sourire

Rencontre dans les rues de Manille

Du Point-Cœur de Manille, voici des nouvelles de Ségolène qui nous présente Nanay Vicky vivant dans la rue, pleine de courage et d’espérance.

Pendant cette période de Noël, j’ai pu visiter Nanay Vicky. Elle est une très vieille dame, aveugle, vivant dans la rue. Cependant, elle s’est construit une sorte de « logement » en carton et tout ce qu’elle a pu trouver d’autre. Vu de l’extérieur, on se demande où est-­‐ce qu’elle a la place de dormir, voire même de s’asseoir, tant le lieu est étroit. Chaque fois que nous lui rendons visite, elle est en train de cuisiner, juste devant chez elle. Elle vit seule depuis qu’elle a perdu, à peu près au même moment, presque tous les membres de sa famille et sa maison. Elle travaille dur à ramasser tout ce qui peut se vendre dans les poubelles, comme des pièces de ventilateurs, des canettes…, pour gagner un peu d’argent qui lui permet de vivre chaque jour. Mais sa générosité dépasse sa fragilité de très loin : dès qu’elle a quelque chose, elle va aller le partager avec ses voisins de rue, une famille avec de nombreux enfants tous petits, vivant également dans la rue. Une accumulation de faits qui en auraient découragés plus d’un ! Plusieurs fois, je me suis dit qu’à sa place, sous cet ouragan de misère, je me serais juste assise là, à attendre que la fin arrive. Et bien, elle, elle continue de vivre, chaque jour, avec son visage creusée par la dénutrition et ridée par l’âge et la fatigue, avec ses chiens qu’elle continue à nourrir dès qu’elle peut (fidèles amis puisqu’ils l’accompagnent jusqu’à la communion, à la messe !!), sa solitude…. Elle garde son sourire, elle garde sa générosité, son accueil. Elle n’est pas comme nombre de nos amis, qui nous accueillent avec une grande joie visible de l’extérieur, des rires et des blagues. Sa joie se manifeste différemment, elle a une sérénité profonde, une joie de l’intérieur mais qui a parfois du mal à percer les souffrances de sa vie quotidienne. Quand nous lui rendons visite pour Noël, elle me dit qu’elle va à la messe de Simbang Gabi, tous les jours, à 3h du matin, toute seule. Ce qui, entre nous, paraît déjà de l’ordre du miracle quand on la voit marcher sur deux mètres avec nous et quand on sait le nombre d’accidents qu’elle a eu à cause de sa vue. Elle dit qu’elle finit chaque messe en pleurant, épuisée par le poids de sa solitude et de sa fragilité, mais qu’elle sait qu’elle va tenir, qu’elle va avoir la force de rentrer chez elle et de continuer à vivre parce que Jésus est là, dans son cœur, qu’Il l’aime et qu’Il lui donne sa force et la protège. Quelle foi !! C’était incroyable de voir à quel point elle n’a tellement plus rien, que plus rien ne peut la séparer de Dieu, plus rien ne peut lui cacher le visage de Jésus qui souffre puisqu’elle souffre avec lui. C’était vraiment touchant de voir sa force dans sa fragilité et ses victoires de vie dans ses souffrances. Elle ne se plaint pas, elle ne nous raconte pas sa vie pour qu’on se lamente, mais elle a besoin de déverser ce qui lui pèse sur le cœur. Elle ne demande pas notre pitié, elle nous raconte sa vie, comme elle est. Elle est pleine d’espérance au quotidien.

 

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Ségolène M.
Volontaire au Point-Cœur de Manille

« Observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne »

Mohana, voisine du Point-Cœur de Chengalpett

Antonine est depuis plus d’un an au Point-Cœur de Chengalpett en Inde. La présence des volontaires auprès des mamans, des enfants, des amis de divers coins du quartier, quelque soit la caste, redonne une dignité due à chacun.

Dans notre quartier, personne ne passe inaperçu et la moindre modification aux habitudes suscite une curiosité instantanée. Notre voisine Mohana connaît notre emploi du temps par cœur ! S’asseoir quelques minutes avec elle, tous les jours, fait maintenant partie de notre quotidien. Au premier abord, Mohana est une femme intimidante : aînée d’une famille de huit filles, elle possède un vrai tempérament de leader, ne baissant jamais les bras, prenant les problèmes comme ils viennent et ne se tracassant pas, outre mesure, pour le lendemain. Mais elle est aussi pleine d’humour et particulièrement attachante. Très croyante, elle est un exemple, parmi tant d’autres femmes indiennes, qui gardent une force de caractère indestructible en dépit de souffrances parfois accablantes. Son mari est mort il y a quelques années d’une crise cardiaque. Elle a dû retourner avec ses deux enfants chez ses parents, puisqu’en Inde une femme ne peut pas vivre seule après la mort de son époux. J’ai appris à connaître son histoire avec le temps car Mohana ne s’apitoie jamais sur son sort. Au contraire, elle semble accepter de vivre bien chaque jour et assume avec toutes les possibilités humaines, la situation dans laquelle les circonstances de la vie l’ont placée, si difficile que soit cette situation.
En Inde, les villes et surtout les villages sont structurés selon les castes. Ainsi, chaque groupe réside à un endroit précis, les familles de castes dominantes se trouvant généralement au centre de la ville ou du village, près des temples majeurs et les castes inférieures en périphérie. A la sortie de Chengalpet, près de la décharge, à part quelques maisons riches en pierre dure, les maisons sont sans eau courante, au sol en terre battue et aux toits en feuilles de bananes. Ici, malgré la pauvreté et l’alcoolisme qui touchent de nombreuses familles, la vie bat son plein et la rue est le royaume des enfants. Leur insouciance, leur joie d’exister, leurs sourires magiques, leurs regards lumineux colorent de beauté cet endroit. Ceux qui vivent là, sont joyeux et souriants, non pas que la vie y soit facile, loin de là, mais parce qu’ils savent bien que s’ils perdent cette joie, ils sombrent dans le désespoir. Nos visites s’y sont intensifiées, tant les enfants sont demandeurs de notre présence. Mes amis ici me rappellent que l’essentiel de ma mission est de redonner à chacun la dignité qui lui est due, en demeurant auprès d’eux, en les aimant toujours plus et en étant une présence de compassion dans chaque épreuve sans laquelle le goût et la volonté de vivre se désagrègent.

Ritishka du quartier du Point-Cœur de Chengalpett

Bien que les Tamouls adorent les jeunes enfants et que ces derniers jouissent d’une grande liberté jusqu’à un certain âge, ils apprennent, très jeunes, à se débrouiller seuls, en particulier dans les familles pauvres, où souvent les deux parents doivent s’absenter pour travailler. Les filles apprennent à devenir des futures mères de famille dès leur plus jeune âge, imitant leur mère pour ce qui est des travaux ménagers, aller chercher l’eau, dessiner le kolam, cuisiner, etc… Sur cette photo, il y a Ritishka, deux ans, notre voisine, qui prépare les seaux que sa tante va devoir remplir dès que le camion arrivera ! Il y a aussi Ammu qui, à treize ans, sait déjà porter six litres d’eau sur sa hanche ! C’est elle qui est chargée de porter l’eau à la maison. Son papa est décédé il y a quatre ans, aussi, sa maman doit-­elle s’absenter toute la journée pour travailler. Il y a aussi Tamizhrasi et Vittoria (deux amies habitant près de la décharge) qui aiment nous apprendre à cuisiner des plats tamouls. Après l’école et en attendant le retour de leurs parents, tous ces enfants aiment passer du temps au Point-­Cœur pour jouer, dessiner, cuisiner, prier. Nous nous efforçons de toujours leur donner de notre temps, leur offrir une oreille attentive et surtout une présence et l’amour dont certains manquent. Voilà maintenant plus d’un an que je suis plongée au plein cœur d’une réalité qui m’était jusque-­là inconnue.

Si, au début de ma mission, j’ai adopté la culture et les conditions de vie locales par nécessité, aujourd’hui observer et imiter le quotidien de nos voisines me passionne. L’Inde ne s’aborde pas facilement mais j’ai appris avec le temps à apprécier les coutumes locales et à ne pas juger les attitudes indiennes en fonction de l’éducation que j’ai reçue. Bien au contraire, je prends plaisir à vivre avec eux et comme eux, à être au milieu de tous ces enfants de toutes ces familles, une présence humble et discrète qui se donne à chaque instant.

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Antonine L.
Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett, Inde

La Famille Rejuk

Aude est en mission en Ukraine depuis la fondation du Point-Cœur de Lviv en 2006, l’amitié avec la famille Rejuk a grandi au fil des années. 

Pani Maria et ses enfants

Pani Maria, son époux malade et leurs cinq enfants Lila, Bohdana, Petro, Roman et Oleh sont une famille qui porte bien des souffrances mais, plus que tout, vit d’une grande foi et d’une grande confiance en Dieu. Ils sont heureux parce que Dieu les aime et qu’ils n’ont besoin de rien d’autre. Ils ont tout compris, pourtant c’est une chose que l’on ne peut réaliser tout de suite tant leur façon de vivre et de parler est simple. C’est une famille aussi où les enfants peignent et même très bien ! Chacun a son talent, son regard, son univers mais une chose les unit : l’amour de la couleur et la fraîcheur de leurs gestes.

Nous avons eu l’occasion d’organiser une petite rétrospective de leurs œuvres à l’Alliance française de Lviv. Cette exposition pleine de fraîcheur fut comme un parfum léger, un regard transparent venu se poser sur nous… Et c’était tellement beau de voir leur joie et leur reconnaissance, et tellement beau de les mettre un peu en lumière, eux qui dégagent une lumière intérieure si profonde et si cachée aux yeux de beaucoup. Beaucoup de leurs amis mais aussi des amis du Point-Cœur et une dizaine de Français, amis du directeur de l’Alliance Française étaient présents le jour du vernissage. L’un d’eux, un ancien ministre m’a confié : « J’ai vu pas mal de choses dans ma vie et j’ai beaucoup voyagé. Je suis un homme plutôt “blindé” mais ce soir, ce que j’ai vu m’a beaucoup ému. » Un autre : « Quelle est belle l’âme de l’Ukraine ! » Anne, une amie suisse qui a été d’une grande disponibilité toute la journée pour nous aider, a eu des mots très beaux : « Merci à la maman, Pani Maria, pour avoir donné vie à ces cinq merveilleux artistes. Grâce à elle, nous avons pu vivre ce grand moment de communion. La joie qui se dégage de Pani Maria se retrouve dans les œuvres lumineuses de ses chers enfants. Un immense rayonnement nous touche profondément. » Le soir même, elle m’écrivait : « Je repensais à cette famille ce soir et c’est vraiment un privilège de les connaître. »

Après le vernissage, ces amis de France ont voulu faire un beau geste en achetant quelques œuvres. L’argent est parvenu quelque temps après et me voilà un soir, apportant l’enveloppe à Pani Maria, en lui disant en riant : « V’là la postière ! » Visiblement touchée, elle me disait que j’étais la main de la Providence : sans le sous, ils avaient une facture à payer le lendemain. Le plus beau, se passa le lendemain, lorsque Pani Maria arriva avec cette même enveloppe au Point-Cœur : elle avait glissé 10% de la somme reçue pour nous faire un don… Mes arguments (pour refuser) se sont brisés devant sa ferme certitude que c’est ainsi : lorsqu’on reçoit, il faut tout de suite partager. « Fais de même », me dit-elle ! Quel christianisme…

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Aude Guillet
Membre permanente de Points-Cœur, en mission en Ukraine

Un service de compassion pas plus compliqué que ça !

Père Jean-Marie est en mission à la paroisse du Saint-Rosaire dans la banlieue de Naples. A la fin de l’année, il emmène les enfants de chœur à la montagne, une aventure pas plus compliquée que ça !

Marco, avec son mauvais cache-col et son blouson ouvert.

J’ai pour ma part conclu l’année par trois jours en montagne avec notre petit groupe d’une douzaine d’enfants de choeur. Nous logions dans notre nouvelle maison, à mille mètres d’altitude, dans un parc régional magnifique à environ 90 kilomètres de Naples. C’était pour certains des petits la première fois qu’ils passaient une nuit loin de la mamma, et ils traînaient avec eux des valises dont la taille et le contenu, fourré, doublé et feutré, cherchait visiblement à palier l’absence de cette dernière. A peine arrivés, bousculade vers les chambres, ouverture des armoires pour chercher des couvertures, soudain exclamations diverses ponctuées de jurons bien sentis. Un des petits se précipite vers moi, le front plissé de préoccupation et les sourcils en accent circonflexe, tendant haut dans ses paumes un sachet de lavande placé là pour chasser l’odeur de renfermé : « P***, mince, padre, padre, mire un peu, y-z-ont planqué du shit ! »[1]

Le réveil du lendemain fut assez sympathique, l’un des grands ayant pris sur soi d’expulser à sa façon les petits de la chaleur des couvertures. Il fallait voir le rugbyman de seize ans à la tête encore poupine et couverte de boucles blondes ouvrir grand la porte en hurlant « Je suis l’ange du réveil ! » pour se jeter de tout son poids sur les lits. L’un des enfants, maigre comme un coucou, faisait particulièrement de la peine à voir trembler de froid pieds nus sur le carrelage, mais sa concentration étant entièrement dédiée à l’éructation d’une verve apparemment fleurie2 à l’encontre de l’ange blond, il ne s’en émouvait pas plus que ça. Connu sur la place sous le doux surnom de « présè » pour avoir un jour agité tout fier sous le nez de ses amis un de ces bouts de plastique contraceptifs, le petit bonhomme traîne perpétuellement dans la rue avec un blouson trop grand et des baskets trouées, les yeux fureteurs et la gouaille toute prête à défendre une susceptibilité maladive, quitte à jeter dans la bagarre son corps malingre, sûr de finir en larmes et le nez en sang.

Ce matin là, il réussit en compagnie d’un autre à franchir un premier torrent en marchant dans le courant glacial jusqu’aux chevilles, puis un second en se jetant dans la neige de l’autre rive depuis un arbre incliné. Après deux heures de grand jeu dans ses baskets trempées, pas la moindre plainte. Il fallut que nous remarquions qu’il se tenait là silencieux et tremblant comme une feuille pour que l’un d’entre nous le ramène à la maison sur son dos. Quelle chance que de l’avoir vu ainsi, de l’autre côté du torrent, dans la neige à mi-mollet, avec son blouson trop grand ouvert à tout vent et son méchant cache-col sur le sommet du crâne, en train de nous expliquer fier comme Artaban comment il avait fait pour traverser !

C’est que notre service de compassion bien souvent n’est pas plus compliqué que cela. Recevoir et imprimer en nous la beauté de ces êtres cassés livrée en un moment fugitif, boutonner un blouson ou moucher un nez, s’opposer avec décision à leurs mauvaises tendances. Ces gestes-là, nombreux sont ceux qui ne les reçoivent pas à la maison, soit que les parents soient trop occupés par leurs propres déboires, soit qu’ils soient, hélas, séparés et se disputent l’affection de leurs enfants.

[1] Traduction afragolais-argot non garantie.

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P. Jean-Marie
Fraternité Sacerdotale Molokaï

Un roi mage étonnant !

En mission à Vieux-Moulin, Sr Albane accompagne une fois par semaine des personnes handicapées sur leur lieu de travail, elle y rencontre des personnes étonnantes !

« Les rois mages étaient pleins d’amour de l’Être, la caractéristique des pauvres en esprit ; car le pauvre en esprit est un enfant aux yeux écarquillés qui dit « oui » à tout ce qui se présente à lui avec évidence. » (Don Luigi Giussani)

Pauline et Sr Albane, à l’ESAT

En lisant ces quelques lignes de Luigi Giussani, les visages de mes amis de l’ESAT (ex-CAT) me viennent spontanément à l’esprit. Je les retrouve une fois par semaine pour les accompagner dans leur travail avec quelques lycéens de Compiègne. Parfois je revois l’un ou l’autre à la messe… Oleg, par exemple, participe à l’animation de la messe du mercredi soir avec son harmonica. Je pense que le bon Dieu regarde plus son cœur et son enthousiasme que la prestation musicale elle-même ! Et quand arrive le moment de la consécration et de l’élévation, alors que nous sommes tous en silence devant le mystère de l’Eucharistie, la voix d’Oleg s’élève sans fausse pudeur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Si je suis distraite à ce moment-là, c’est lui qui me remet face au mystère.

Dany est un autre de mes « préférés » ! C’est un jeune homme d’une trentaine d’année, petit de taille et atteint de trisomie, comme Oleg. Il est fan du pape François et s’est acheté tous ses livres bien qu’il ne sache pas lire ! Un dimanche, je le retrouve à la messe, tout seul sur son banc alors que les autres membres de son foyer sont installés de l’autre côté de l’église. Je m’assois à côte de lui, il me regarde d’un air bougon et me lance très sérieusement : « Je ne crois pas en Dieu » ! Je lui demande s’il est fâché avec le Bon Dieu, on discute un peu et puis la messe commence… Arrive le moment de la consécration et je vois Dany quitter le banc et s’avancer devant l’autel pour se prosterner devant le pain devenu Corps du Christ. Quelques instants plus tard, il revient rayonnant nous donner la paix du Christ. Quelle grâce ! Ce jour-là Dany m’a profondément émue et je repense souvent à cet instant-là quand il m’est si difficile de sortir de ma mauvaise humeur, de ne pas rester bloquée sur une dispute, de ne pas m’enfermer dans ma tête, mon imagination ou mes soucis et que je subis la réalité ou passe à côté des événements, des rencontres… Dany a cette liberté là, cette disponibilité ! Il boude, il est de mauvaise humeur, mais son cœur reste « joignable », ouvert. Devant l’évidence, devant ce Dieu fait chair, il lâche son égo, il regarde l’étoile, il reconnaît l’évidence, il adore ! Quel magnifique roi mage !

 

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Sr Albane
Servante de la Présence de Dieu, en mission à Vieux-Moulin (France)

Une mission auprès des français de São Paulo

Père Arnaud est en mission à la Casa San Luis en Argentine mais il reste aussi très présent le Brésil, en particulier auprès de la communauté française de São Paulo :

Cela a commencé par une demande de rencontre en 2006, puis une catéchèse, puis une retraite (la première eu lieu en 2008), puis une autre, puis un rythme d’une par an et maintenant un rythme de deux par année. Le principe est assez simple : nous allons dans un lieu éloigné du centre, dans une pousada (petit hôtel familial) et là, nous avons des temps de rencontre entre adultes sur un thème théologique (en général une encyclique ou un livre) avec une illustration dans le thème de l’art. Les enfants sont pris en charge, il y a aussi des temps parents/enfants (un grand foot qui peut devenir mémorable s’il y a de la boue), des temps de partage autour d’une bonne caipirinha… et, bien entendu, la messe quotidienne, l’office des laudes, des temps d’adoration du Saint Sacrement.

L’enjeu pour toutes ces familles, c’est bien entendu de fortifier l’union au Christ et aussi de donner une nourriture pour l’intelligence. Car il y a aujourd’hui une foule de documents d’Eglise que très peu de fidèles connaissent, tout simplement faute d’y être introduits. Et ces textes sont un véritable trésor pour nous relier à Dieu, comprendre le monde contemporain et y vivre en baptisés, là où Il nous a mis. Si notre intelligence se nourrit régulièrement du Mystère, alors il nous sera beaucoup plus facile de prendre de la hauteur par rapport à un quotidien qui peut souvent être « nez dans le guidon ».

Je remarque que ces week-ends offrent une respiration salutaire au sein d’un quotidien souvent étouffant les aspirations les plus profondes de chacun d’entre nous et surtout celle de la soif d’infini que nous portons tous. Ce qui marque le plus c’est régulièrement la soirée « illustration dans le thème de l’art » qui, pour beaucoup, est une nouveauté. Là encore, le monde moderne fait trop souvent une coupure entre le monde de la foi et celui de la vie. Alors, je me sers de Pina Bausch pour illustrer Familiaris Consortio, de Dogora pour illustrer Spe Salvi, de « I Confess » d’Hitchcock pour Dives in Misericordia, du Septième Sceau de Bergman pour l’eschatologie…

Notre Blog Terre de compassion est aussi une bonne mine pour trouver des idées artistiques.

Le groupe de français de São Paulo, 2017

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Père Arnaud de M.
prêtre de la fraternité sacerdotale Molokaï, en mission en Argentine et au Brésil

Notre-Dame-de-la-Mer fêtée par les hindous !

Après plus de dix ans en Inde au Point-Cœur de Kasimode, Aymeric se laisse encore surprendre par les dévotions de ses amis hindous :

Pendant que les élèves français sont en vacances scolaires de la Toussaint, ici, les élèves sont en congé à cause de la mousson et des inondations provoquées par ses pluies torrentielles. Heureusement, mi-octobre les enfants ont pu célébrer la grande fête de Dipavali, sans pluie cette année, et faire exploser les pétards, les fusées, feux de Bengale et autres feux d’artifice qui sont caractéristiques de cette fête. Les explosions déjà impressionnantes, la veille au soir, ont recommencé dès 5h du matin à la grande stupeur de Juan et Maximilien qui se demandaient dans quel monde de fous nous vivions !

Au même moment, à côté de chez nous, commençait une autre fête qui nous a surpris : le deuxième anniversaire de l’installation d’une statue de la Vierge Marie dans la rue principale de notre quartier essentiellement hindoue. Etant placée à l’entrée du port et au centre de ce quartier de pêcheurs, elle a été appelée Notre-Dame-de-la-Mer. Déjà étonnés à l’époque d’apprendre que c’est une famille hindoue habitant à côté du temple qui, ayant une grande dévotion à Notre Dame de Vailanganni, a voulu et payé la statue, sa niche et les travaux autour, nous l’étions encore plus en voyant l’ampleur de la fête qu’ils avaient préparée, qui a durée trois jours et à laquelle tout le quartier a participé. La rue principale était, dès la veille, illuminée de guirlandes lumineuses et une grande image de Marie de dix mètres de haut, faite de guirlandes électriques était dressée sur la route principale à l’entrée du quartier. Le soir même de Dipavali, alors que tous les enfants et les jeunes s’adonnaient à faire exploser leurs provisions de pétards, comme partout en Inde, un groupe d’hommes réussit à éloigner les apprentis-artificiers de la statue et à bloquer la rue en tendant des bâches. Des femmes de la paroisse sont arrivées avec une religieuse et nous voici, avec elles et les enfants du quartier, assis sur des nattes en train de réciter le chapelet ! A peine terminé, le Père Martin, vicaire de la paroisse, est arrivé et a béni et levé le drapeau au mât, après une courte procession chantée.

Le lendemain midi, le déjeuner était offert pour mille personnes, au milieu de la rue qui était transformée provisoirement en cantine. Le soir, une grande procession eut lieu avec un charriot décoré portant la statue de Marie, et c’est Appou, le jeune prêtre du temple hindou, qui nous était franchement hostile il y a quelques années, qui faisait maintenant les annonces au micro pour encourager tout le monde à participer et vénérer Notre-Dame, du jamais vu ! C’était tout bonnement incroyable de voir beaucoup de nos amis et voisins hindous organiser pour la première fois cette grande fête en l’honneur de la Sainte Vierge spontanément, et de prier en communion avec eux !

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Aymeric B.
Membre permanent en mission en Inde

… À l’arrivée, quelle surprise !

Maria, Allen, Joseph et Ségolène (photo prise par Alexandre)

L’accueil qu’a vécu Ségolène à son arrivée au Point-Cœur de Manille, plongeon dans une nouvelle vie !

Ate Maria, Allen, Kuya Joseph et Kuya Alex m’accueillent comme une nouvelle petite sœur dans une famille. Ils ont tout préparé pour que je me sente directement chez moi dans ce pays, pourtant si différent. Tout est prêt, depuis ma brosse à dent sur mon oreiller, jusqu’à l’autel de la chapelle construit par Kuya Joseph le jour même. Les enfants aussi ont recouvert le mur de dessins : « Welcome Ate Ségolène ». Les voisins sont tous au courant de mon arrivée. Même les cafards et les souris semblent « être de mèche », puisqu’ils se sont cachés pendant une semaine, le temps que je me prépare psychologiquement à les recevoir dans ma chambre. Enfin, plutôt que je me fasse à l’idée que j’allais en croiser.
Un accueil tellement simple, comme je n’en connaissais pas d’autres. Sur le trajet de l’aéroport à la maison, Allen m’annonce que je vais devenir « very famous », en l’espace de dix secondes, le lendemain. Effectivement, quand je me réveille, les enfants sont déjà en train de crier mon prénom à l’extérieur de la maison. Petit moment de panique : « Ohlala misère, je ne vais pas savoir quoi leur dire, ni quoi faire avec eux. Ils ne me connaissent pas, au bout de deux secondes ils vont aller jouer ailleurs !! » Heureusement, la curiosité a eu raison de ma timidité, je suis allée affronter cette armée de piles électriques, chargées à bloc, pleine de vie et de bonne humeur. Autant vous dire que ce n’était pas décevant ! Ils sont tellement heureux d’accueillir un nouveau volontaire qui va jouer avec eux tous les jours ! Ils m’accueillent avec une simplicité enfantine, une grande joie, des danses, des chants, des jeux… Évidemment, je ne comprends pas un mot de ce qu’ils racontent, bien qu’ils répètent chaque phrase mille fois, toujours plus rapidement que la fois précédente, avec toujours plus d’insistance dans leur regard, comme s’ils attendaient que mon cerveau passe en mode « ON » pour les comprendre. Jour près jour, je découvre la vie de la communauté, celle du « Looban » (notre quartier) et l’association des deux qui mènent souvent à une adoration sur un « fond » musical (environ 200 000 décibels) de karaoké ou à un dîner de vingt minutes sans parler puisqu’on ne s’entend pas, mais aussi des hello dans tous les sens, des enfants qui sautent dans nos bras quand on n’a pas encore fait un mètre en dehors de la maison. Je découvre les enfants des différents endroits que l’on visite : fishport, under the bridge, on the bridge, Looban, Market 3…, toujours plus dynamiques les uns que les autres !

 

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Ségolène M.
Volontaire en mission à Manille

Mon cœur a bien changé

Après déjà un an de mission au Point-Cœur de Guayaquil, Eléonore constate combien son cœur a changé, combien ses voisins sont de véritables maîtres… 

Eléonore

Un an jour pour jour que j’ai quitté notre belle France. Incroyable, j’ai l’impression d’avoir pris l’avion hier. Ce matin, David m’a demandé comment je me sentais. « Normal ! » lui ai-je répondu. Et pourtant, je ne suis pas la même que celle qui est partie il y a un an. Physiquement, je n’ai pas changé rassurez-vous ou peut-être quelques kilos en plus… mais mon cœur lui a bien changé, il est plus sûr, plus ouvert, plus aimant. Je suis consciente qu’il me reste beaucoup de chemin à faire mais je suis prête !

Je crois que je ne vous ai jamais mentionné un de nos apostolats dans le quartier qui est d’apporter la Sainte Communion aux malades le dimanche. C’est depuis le mois d’août que nous allons chez Señora Angela. Suite à une colostomie, elle a dû subir trois autres opérations car l’intestin s’est perforé à un autre endroit et les tissus ne se soudent pas. Cela fait donc huit mois qu’elle ne peut sortir de son lit puisque qu’ils lui ont installé une sonde. Comme elle le dit elle-même : « C’est une chaîne qui me retient à mon lit ». Elle vit normalement dans un autre quartier de Guayaquil mais elle est venue vivre chez sa fille et a quitté sa maison et son mari resté pour la surveiller. Señora Angela a une foi incroyable ! Je me souviens de la première chose qu’elle nous a dite : que sa plus grande souffrance est de ne pouvoir assister à la messe le dimanche. Et pourtant, Dieu sait qu’elle souffre chaque fois que la sonde se bouche et que le liquide intestinal se déverse dans son ventre, lui causant des brûlures.

Chaque dimanche, lorsque nous entrons dans la maison, son visage s’illumine d’une vraie joie et lorsqu’enfin elle reçoit le Corps du Christ, les larmes lui viennent aux yeux. Moi, j’ai la chance de pouvoir communier tous les jours et le fais parfois plus par habitude… Elle est vraiment un exemple incroyable de vraie dévotion.

 

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Eléonore H.
Volontaire en Equateur

L’exigence de l’amitié : Zulema

Zulema et sa lettre pour sa fille

Diane est depuis un mois et demi au Point-Cœur de Montevideo en Uruguay. Zulema est sa première rencontre, sa première traversée du quartier et le début d’une belle amitié.

J’aimerais vous présenter plus particulièrement une amie, Zulema. Le jour de mon arrivée, je n’étais même pas encore entrée dans la maison qu’elle me prend par la main, et m’emmène dans sa rue, la Costanera. C’est la rue la plus pauvre du quartier, où la plupart des maisons sont faites de tôles et de planches, et où les ordures jonchent le sol. Zulema marche d’un pas ferme malgré sa hanche qui la fait fortement boiter. Elle n’a plus qu’un œil mais celui-­‐ci suffit à lui donner un regard pétillant et farceur : « J’espère que tu vas aimer notre quartier », me lance-­‐ t-­‐elle avec son grand sourire. Elle me montre sa maison (qui n’atteint pas les dix mètres carrés !) et me présente à tous les gens qui sont assis, là, devant leurs maisons. Zulema me fait penser à une petite fille, elle absorbe toute l’affection qu’on peut lui donner et en demande toujours plus. Un jour que nous étions allés la visiter avec Alexis, celui-­‐ci entreprit de passer un coup de balai pour enlever quelques-­unes des innombrables toiles d’araignées qui parcouraient les tôles de son plafond. Ce même jour, elle nous donna à chacun deux petits jouets qui trônaient comme « bibelots » dans sa maison. A la fin de la visite, je repartis sans mon nouveau jouet, n’ayant pas le cœur de lui retirer le peu qu’elle possédait. Mais ce fut une bien grande erreur de ma part… Le lendemain, Zulema arriva en pleurant à la maison, blessée par le fait que nous ayons trouvé sa maison sale (puisqu’Alexis avait voulu faire le ménage) et que nous ayons dénigré les cadeaux qu’elle nous avait faits ! Bien-­‐sûr, de notre côté nous n’avions pas vu les choses de cette façon et, en aucun cas, nous avions voulu la blesser, mais à ce moment-­‐là je me rendis compte de notre maladresse… Un autre jour elle arriva à la maison, toute triste : « J’ai plus envie de vivre… de toute manière pour qui je vivrais ? » Elle ajouta qu’elle voudrait se couper les veines. Désemparée, je ne sus que lui répondre, seulement que, oui, ça doit être bien dur d’être délaissée par sa famille, mais que nous, nous l’aimons, qu’elle est notre amie et que nous avons besoin d’elle et surtout qu’elle a du prix aux yeux de Dieu. Nous décidons de l’aider à écrire une lettre à sa fille sur un petit bout de papier, qu’elle n’enverra sans doute jamais, mais qui lui redonne ainsi l’espérance d’avoir des nouvelles en retour. Comme Zulema ne sait pas écrire, je lui dicte et lui montre le modèle de chaque lettre qu’elle copie soigneusement. Après plus d’un heure de discussion et de réconfort, après avoir bu un thé et versé des larmes devant Jésus à la chapelle, Zulema repart avec son grand sourire. Ainsi est Zulema, une grande amie au cœur d’enfant, mais dont l’amitié ne laisse passer aucun oubli, aucun faux pas et nous rappelle sans cesse à notre rôle de missionnaire.

Anniversaire de Gladys à la maison : Dominika, Mathilde (fond g.), Bernardo, Diane et Gladys

 

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Diane dLR
Volontaire en mission à Montevideo

« Qu’est-­ce que je peux faire avec l’argent de mes fils, si c’est de leur amour dont j’ai réellement besoin ? »

Le Point-Cœur de la Ensenada et des amis pour le départ d’Alessia

Il est bien une pauvreté plus profonde que tout, celle de la solitude.  C’est le cri des amis du quartier de la Ensenada, où Point-Cœur qui existe depuis 26 ans ! Gaétan nous raconte ces rencontres.

Je souhaiterais partager avec vous une des souffrances à laquelle nos amis sont confrontés, pour vous permettre d’entrer plus dans la réalité du quartier : Une des grandes souffrances dans notre quartier n’est pas la pauvreté matérielle, même si toute la partie haute de la Ensenada n’a toujours pas accès ni à l’électricité, ni à l’eau potable. Nous avons des amis qui vivent dans une pauvreté extrême, ne sachant pas si le lendemain, ils auront assez pour nourrir leur famille. Néanmoins, ce n’est pas une réalité toujours visible lors d’une rencontre, car ils reflètent l’espérance et sont persuadés de ne pas être seuls dans cette lutte quotidienne. Ils savent bien valoriser l’essentiel, être conscients de tout ce qu’ils reçoivent, d’ailleurs bien mieux que nous. La souffrance avec laquelle nos amis sont souvent confrontés est la solitude. « Qu’est-­ce que je peux faire avec l’argent de mes fils, si c’est de leur amour dont j’ai réellement besoin ? » nous a commenté Gloria (soixante-­quatorze ans), en parlant d’un de ses fils parti aux États-­Unis il y a quelques années. Il est parti à l’occasion d’une opportunité professionnelle plus favorable et, avec l’espoir de commencer une nouvelle vie en laissant sa fille, ses frères et sa mère dans le quartier. Gloria est une grande amie du Point-­Cœur, qui se rappelle très bien de l’arrivée des premiers missionnaires. Depuis qu’elle est petite, elle a beaucoup souffert. Elle a commencé très tôt à travailler pour ses parents, sans pouvoir terminer l’école. Ses parents l’ont ensuite envoyée, avec ses frères, à Lima où elle a été plus ou moins exploitée, continuant à travailler dans la maison de son oncle. Quelques années plus tard elle s’est retrouvée mère célibataire de quatre enfants. Elle n’a pas arrêté jusqu’à ce que ses enfants aient grandi et soient devenus indépendants. Son plus grand souhait était de transmettre tout son amour à ses enfants, tout ce qu’elle avait trop peu reçu pendant sa jeunesse. Lors d’un dîner dans notre maison, elle nous a raconté l’histoire de son fils et nous a raconté ce que je cite plus haut. C’était une très belle rencontre, car Gloria ne s’était jamais tant ouverte à nous. En même temps, voyant la tristesse sur son visage, nous avons découvert sa plus grande souffrance, celle de la solitude. Cette solitude d’une mère qui a laissé partir son fils, qui n’est pas prêt de leur rendre visite, car un retour au Pérou serait trop compliqué. La solitude d’un fils immigré dans un pays étranger, loin de sa famille, probablement traité comme un migrant de plus, pas vraiment accepté ou respecté par les autres. Quel sentiment si étrange, de connaître l’histoire d’un « migrant de plus », de connaître le quartier dans lequel il a grandi, sa maison, d’être assis autour d’une table avec sa mère, qui est notre amie et avec laquelle nous partageons cette souffrance.
La solitude a tant de visage dans notre quartier : Jhimmy (quarante ans), qui vit dans une maison avec une grande partie de sa famille, mais qui ne se sent pas en confiance avec ceux qui l’entourent. Estrella (seize ans), qui vient d’accoucher et vit avec son petit ami dans une toute petite chambre de sa maison. Ses parents ont séparé la chambre du reste de l’habitation, car ils ne veulent pas qu’elle participe à la vie familiale. Abuela Maria (abuela veut dire grand-mère), soixante-­dix-­huit ans, de retour dans le quartier, après avoir passé quelques mois en province. Ses genoux ne lui permettent plus de marcher, elle se retrouve donc immobile dans une pièce de sa maison. Son fils, qui vit à proximité de sa maison est rarement auprès d’elle et elle n’a presque pas de contact avec ses amis, du fait qu’elle ne sort plus de chez elle. Daniel (treize ans), dont les parents ne s’occupent pas, car le père travaille toute la journée et la mère, ayant un retard intellectuel, n’est pas capable d’être autoritaire envers son fils. Ce qui fait qu’il se retrouve souvent à traîner dans les rues.
Souvent, ce n’est pas facile de se rendre compte de ce que Gloria a pu vivre pendant les cinquante dernières années et continue à vivre aujourd’hui, ce qu’Estrella ressent avec son fils dans sa chambre ou ce que Daniel pense, quand il ne veut pas quitter le Point-­Cœur pour retourner chez lui. En sortant des visites, après avoir passé du temps avec nos amis, je me demande de qu’elle manière pourrais-­je ressentir mieux leurs souffrances pour pouvoir les comprendre davantage et les accompagner. « Ce n’est pas la pauvreté pour la pauvreté, c’est la pauvreté comme expression de compassion. La pauvreté est d’abord une question de cœur : « Heureux les pauvres de cœur ! » (Mt 5, 3) La pauvreté est d’abord une question d’être … » En relisant ces citations des lettres qui ont été envoyées aux premiers missionnaires, je me redis : l’importance ce n’est pas de tout comprendre. On ne nous demande pas de ressentir les mêmes souffrances que nos amis, on ne nous demande pas de vivre d’une manière encore plus simple pour s’identifier à la vie de nos amis les plus pauvres, car « jamais nous ne serons pauvres comme les pauvres que nous côtoyons». Par contre, ce qui nous est demandé, c’est d’être présents auprès d’eux, présents avec toute notre attention, nos faiblesses, nos limites, nos incompréhensions. « La seule soif que l’homme poursuit d’âge en âge, est celle d’une présence. »

 

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Gaétan LM
Volontaire en mission au Pérou

« Tu peux m’aider ? »

Elodie est au Point-Cœur d’Afragola à Naples, rencontres avec des enfants qui prennent confiance en eux par l’attention qu’elle leur porte…

Rosa en plein apprentissage

Tous les après-­midi, à la paroisse, Maurizio (un consacré de Points-­Cœur) et Angelarita (une jeune de la paroisse) s’occupent du dopo scuola (l’aide aux devoirs). Ces deux derniers et d’autres volontaires accueillent, chaque après-­midi, une quinzaine d’enfants du quartier et aussi des Salicelle (l’ancien quartier où se trouvait le Point-­Cœur). Le dopo scuola est bien plus qu’une simple aide pour les enfants, c’est un lieu où les enfants apprennent les bonnes manières, les bons comportements à avoir, qu’ils n’apprennent pas chez eux. Étant enseignante, je me sentais appelée à aider les enfants à grandir, que se soit au niveau scolaire ou social. Je me rends donc tous les jeudis après-­midi à la paroisse, où je m’occupe de deux ou trois élèves de quatrième et cinquième année de l’école primaire. Tous les jeudis j’ai sous ma responsabilité Rosa, une petite fille de huit ans (quatrième année de primaire) mais qui, en fait, a le niveau d’une enfant de première année. Ce n’est pas toujours évident de travailler avec elle, son temps de concentration est minime et elle se laisse souvent distraire par les autres enfants autour d’elle. Toutefois, de jour en jour, je me sens de plus en plus responsable d’elle. Je veux l’aider à assimiler ce qu’elle n’a toujours pas acquis à l’école. Pour cela, je travaille avec les jeux de Montessori que nous avons à notre disponibilité. Rosa aime beaucoup ces jeux. Mais la condition pour jouer est de finir tous ses devoirs correctement. C’est une bonne motivation. Il y a aussi Toto qui a attiré mon attention dès le premier jour de dopo scuola. Au début, Toto refusait catégoriquement de faire ses devoirs avec moi. Dans sa façon de parler et de se comporter, il faisait le fier, le fort qui n’a pas besoin d’aide. Je me suis dis que ce n’était pas grave, qu’un jour il accepterait peut-­être. Un mois plus tard, j’étais assise à une table avec Rosa, il s’est approché et m’a demandé tout gentiment : « Tu peux m’aider ? » Mon cœur s’est rempli de joie, je ne pouvais pas croire ce qui se passait. A la fin de l’heure, c’était le moment pour moi de m’en aller. Je saluais tout le monde de la main, quand Toto s’est mis debout, a couru vers moi et a sauté dans mes bras. Ces enfants ne demandent qu’à être aimés et aidés. Ils nous surprennent toujours au moment où nous nous y attendons le moins.

Le sourire de Renato !

Renato habite juste en bas de chez nous. Ses deux frères et lui viennent quasiment tous les après-­‐midi chez nous, pour jouer, et ils restent même parfois pour prier le chapelet avec nous. Le 28 septembre dernier, Renato a fêté ses sept ans. Deux jours avant, il n’arrêtait pas de nous répéter que c’était bientôt son anniversaire et nous demandait avec sa belle petite tête d’ange : « Tu m’offrira un cadeau ? » Sa famille étant l’une des familles les plus pauvres que nous connaissons, nous avons décidé en communauté de lui préparer un gâteau et de lui offrir un petit cadeau. En voyant son gâteau et son cadeau arriver, un sourire s’est dessiné sur son visage. En ouvrant son cadeau, il a découvert un magnifique camion de pompier qu’il n’a pas lâché de tout l’après-­midi. Personne ne pouvait y toucher. Il n’arrêtait pas de dire : « È il mio » (c’est le mien). Renato est un enfant qui sourit la plupart du temps mais le sourire qu’il avait ce jour-­là sur le visage est un sourire que je ne pourrai jamais oublier.

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Elodie dA.
Volontaire au Point-Cœur d’Afragola

La libération de Don Efraïm

Ami du Point-Cœur du El Salvador, Don Efraïm a passé deux ans en prison. Solène raconte cette amitié et sa sortie de prison.

Visite en prison. De gauche à droite : Don Efraïm, Pierre, Solène et Doña Alma

Nous sommes très proches d’une famille, qui a traversé une immense épreuve. Don Efraïm, mari et père de deux enfants, a été emprisonné plus de deux ans, alors qu’il était innocent. J’ai pu aller le visiter quelques dimanches avec sa famille. La première fois que je l’ai vu, il m’a accueilli comme un père. J’étais touchée par sa bonté et sa tendresse. On a partagé un long repas avec quelques-uns de ses amis de prison et sa famille. C’était fort. Nous avons aussi accompagné Doña Alma, son épouse, lors des dernières audiences (et jusqu’à l’audience finale), faisant acte de son innocence. Je n’oublierai jamais ce câlin plein de gratitude et d’émotion échangé entre l’avocate et Don Efraïm, à la fin de l’audience finale. Quel chemin ils ont parcouru ensemble ! Combien elle s’est battue pour lui jusqu’au bout ! Ça doit être une belle sensation de rentrer du travail avec la conscience heureuse que la justice ait été accomplie. Le lendemain matin, nous sommes allés le chercher à la prison, bien qu’il ne soit sorti qu’en fin d’après-­midi. Mais ça, on l’ignorait, puisque chaque heure, les gardiens nous disaient qu’il sortirait dans l’heure même. Malgré l’apparente inutilité de ma présence, j’avais la conviction que j’étais là où je devais être, rentrant un peu plus dans la vie de mes amis, faisant mien ce qui les anime, prenant part à l’intimité des retrouvailles familiales. C’est quelque chose que je comprends de plus en plus : aimer, c’est montrer à l’autre, par ma simple présence, que sa vie est importante à mes yeux, que sa vie a de la valeur, que ce qui m’importe, c’est lui, ni plus ni moins. « Avant de faire pour, nous voudrions être avec », écrit Jean Vanier. On ne dirait pas comme ça, mais je me rends compte que c’est tellement plus exigeant d’être avec que de faire pour. De l’autre côté de la prison, lors de ses premiers pas de liberté, Don Efraïm a eu un très beau geste. Après nous avoir embrassés, il s’est s’agenouillé sur le béton pour rendre grâce à Dieu. Puis, de retour chez lui, il s’est mis à genoux, face contre terre, pour embrasser le sol de son foyer. « Home, sweet home! » : cette chanson devait résonner dans sa tête tout autrement…
Le 15 Septembre, jour du mariage de mes amis Lauranne et Guilhem, jour de la fête nationale du Honduras et, également, jour de la fête de Points-­Cœur (Notre-­Dame-de-la-Compassion), nous avons célébré chez nous une messe d’action de grâce pour la sortie de prison de notre ami. L’homélie m’a marquée. En voici quelques mots : « Y a t-­il une personne ici qui n’ait jamais connu de croix ? Nous avons tous nos croix, que ce soit la maladie, le deuil, la dette ou la séparation. Et la question n’est pas de savoir si l’on va ou non porter la croix. Car la croix est là, de toute manière. On ne peut ni la fuir ni la nier. La question est de savoir si l’on va porter la croix avec ou sans Dieu. Dieu ne permet jamais un mal duquel ne puisse sortir un bien plus grand. Alors, aide-­moi Seigneur, à ne pas te demander d’éloigner la croix de moi mais à te demander de l’embrasser. Là où tout le monde veut fuir, donne-­moi la force de rester debout près de la croix, à l’école de Marie, qui a connu la douleur immense de voir son Fils mourir sur la croix. Au pied de la croix, elle a uni sa douleur au cœur du Christ. » Après cette messe grave et joyeuse, nous étions une trentaine d’amis du quartier à partir en pèlerinage jusqu’au lieu d’apparition de la Vierge de Suyapa, patronne nationale du Honduras. Le prêtre qui l’a accompagné toutes ces années nous a fait part des merveilles que Dieu a fait dans le cœur de son ami : « Si tu me permets Don Efraïm, quand je t’ai connu, t’étais loin d’être un pilier d’Église ! La prison t’a transformé. Tu as appris à aimer ta femme, à aimer tes enfants. Et tu y as fait une rencontre avec Dieu ». Quelle conversion! Je suis aussi émerveillée par la fidélité à toute épreuve de Doña Alma, qui l’a visité pendant deux ans, chaque dimanche, affrontant la queue de plusieurs heures avec un grand sourire et de beaux gestes d’attention et de consolation envers ses voisines de file. Doña Alma a si bien incarné cette parole durant ces deux dernières années : « Les seuls regards d’amour sont ceux qui nous espèrent. » Arrivés sur le lieu d’apparition, Don Efraïm nous a donné un beau témoignage. Il a ranimé l’Eglise et l’es-­‐ prit fraternel de la prison, en organisant des célébrations eucharistiques, des chapelets, des partages de la Bible et en créant un espace café-­‐solidaire et une bibliothèque. Il était très aimé et très entouré. Le témoignage de Don Efraïm me fait comprendre que la vraie liberté est intérieure. Qu’il est triste de limiter la liberté à pouvoir se déplacer là où on veut, quand on veut, sans limites. Tout semble me faire dire que Don Efraïm a été un homme libre lorsqu’il était en captivité. Je suis de plus en plus frappée par ce contraste entre les gens du dehors, parfois enchaînés par les vices, asservis par la drogue, l’alcool ou la mara, et les gens du dedans, qui sont en détention, que je visite, qui souffrent, mais qui semblent parfois remplis d’une grande liberté intérieure. Un prêtre nous racontait qu’un jour, alors qu’il visitait des femmes en prison, il leur demanda : « Qu’est-­‐ce que le bonheur pour vous? » Tania répondit : « Le bonheur c’est être libre. C’est sortir de cette prison d’enfer. » Quelques mois après sa libération, Tania a été tuée par la mara. Elle n’aura pas connu longtemps la « liberté »… Nous pouvons prier pour tous ces prisonniers, et plus particulièrement pour ceux qui se sentent oubliés, délaissés, marginalisés, parfois même identifiés à leur peine. Et unis à la joie de la famille de Don Efraïm, je voudrais vous confier sa réadaptation à la vie familiale et sa recherche de travail.

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Solène dF.
En mission au El Salvador

Comme un petit garçon…

Arrivé depuis peu à Athènes, Simon se découvre comme un petit garçon devant le concrète de cette nouvelle réalité, de cette mission et de ces premiers pas en communauté…

Anaïs, Adélaïde, Mr James, Simon

Cela fait maintenant un peu plus de trois semaines que j’ai atterri à Athènes sous une pluie battante (douce ironie météorologique), mais avec le sourire aux lèvres bien-­sûr ! Car c’était un réel bonheur d’entrer enfin dans cette ville et dans ma mission. Tout devenait concret. Dans ce bus qui m’emmenait vers le Point-­Cœur, par exemple, alors que je voyais défiler partout cette langue grecque que je ne déchiffrais pas encore, je souriais toujours en me disant : « Ah oui, là c’est très concret ! » Bien chargé, je suis finalement arrivé au Point-Cœur, ou plutôt à la « Maison du Cœur » (Spiti tis Kardias). Ce soir-­là et les jours qui ont suivi, j’étais accueilli non pas comme un nouveau volontaire, mais comme un frère. Un frère de communauté, nouveau membre de cette petite famille du Point-­Cœur d’Athènes. Vraiment, je me sentais plus accueilli pour ce que je suis que pour ce que je venais faire ici. Les premiers jours étaient l’occasion de m’installer dans la maison, et de me laisser guider dans les rues pour découvrir Athènes en même temps que ceux qui m’y accueillaient. Ces frères et sœurs de communauté, j’ai déjà très envie de vous les présenter car ils sont mes amis, mes premiers amis d’ici, et c’est précisément ce solide lieu de vie fraternelle qui nous permet de nous ouvrir à notre mission, à nos autres amis ! Nous sommes cinq volontaires à vivre dans cet appartement du quartier Kypseli. Il y a Adélaïde et Anaïs, deux Françaises, Roki, Ukrainienne, Santhosh, Indien, et moi, petit nouveau. Il m’a fallu quelques heures seulement pour découvrir que c’est une communauté très heureuse, très joyeuse, et ça me plaît, bien-­sûr ! On rit beaucoup ici, on chante beaucoup aussi (et bien !) C’est une chance pour moi, et je me sens très vite à l’aise au milieu de mes frères et sœurs de communauté, dans l’atmosphère qui règne déjà ici. Petit à petit, j’ai le bonheur de construire une amitié fraternelle avec chacun d’entre eux. Il y a, en réalité, un Autre habitant de cette maison, comme le sixième membre de cette petite famille. Jésus est bien là, présent dans la chapelle, au cœur de la maison. Il vit avec nous lorsque nous n’oublions pas de lui faire une place, et vient toujours avec nous visiter nos amis. Il se fait souvent tout petit, alors il faut bien tendre l’oreille pour entendre ce qu’il a à nous dire. On passe du temps avec lui, chaque jour, dans la chapelle. Tout petit, tout grand, tout mystérieux qu’il est, on fait l’expérience qu’il se laisse volontiers découvrir à ceux qui veulent le connaître !

Durant ces trois premières semaines, j’ai commencé par rajeunir de quinze ans ! Au milieu de cette nouvelle ville, baigné dans cette nouvelle langue, je suis comme un petit garçon qui tient par la main sa maman. Mais là, ce sont mes frères et sœurs de communauté qui me guident et m’introduisent à la vie qu’ils partagent déjà ici. Ils me présentent à chacun de nos amis, traduisent pour moi les conversations, me guident pour apprivoiser notre rythme de vie, dirigent mes pas dans les rues d’Athènes, m’apprennent le grec avec patience, m’aident aussi à cuisiner lorsque c’est mon tour ! Oui, à la maison, nous parlons surtout en anglais, ponctuellement en français ou espagnol, mais souvent en grec ! Au moins deux jours par semaine (et plus en réalité), la langue officielle de la maison, c’est le grec. Pour l’instant ce sont effectivement les jours où l’on m’entend moins parler, mais cette immersion permanente dans cette belle langue est très efficace et petit à petit, « siga, siga » comme disent sans cesse les Grecs, je m’en imprègne. Peu après mon arrivée, nous avons découvert que l’école de notre quartier accueille le soir des cours de grec ouverts à tous et de différents niveaux ! Parfait pour nous, et à deux pas d’ici ! Je dois donc dire que, pour l’instant, cet apprentissage du grec est plus agréable qu’handicapant, et puis nous avons la chance d’avoir certains amis anglophones ou même francophones. Toujours comme un petit garçon, j’apprends ici à apprivoiser les bonheurs des petites choses. La simplicité de ma vie de volontaire est saisissante, et un peu déstabilisante parfois, mais me semble au fond très juste, très à-­propos. Par exemple, le soir je m’étonne parfois du « peu » que j’ai accompli aujourd’hui : nous avons simplement visité tel ami l’après-­midi, simplement croisé le regard de tel autre dans la rue, simplement vécu en communauté, et voilà ! Pourtant, je m’étonne au même moment de ressentir que cette journée était belle de cette simplicité, qu’elle soit chargée ou non, qu’elle était aussi utile ou réussie que la précédente, que ce sourire échangé était infiniment utile. D’autres jours, c’est vrai aussi, il m’est donné de vivre quelque chose d’extraordinaire, et ce jour sera très précieux aussi. Ainsi, je rencontre, petit à petit, la posture juste de notre Présence ici, qu’il est parfois difficile à comprendre ou adopter, et d’autres fois parfaitement évidente et naturelle. Ce qui est certain, c’est que chacune des journées est « intense », je suis bien fatigué en me couchant ! Et cette vie simple est rythmée par la prière. Encore autre chose qui devient concret depuis mon arrivée, c’est que notre vie de foi, cet Autre, est vraiment la source à laquelle on vient puiser pour vivre la mission. Alors, on vient à la source plusieurs fois par jour : nous chantons ensemble les psaumes dans notre chapelle le matin et le soir, et participons à la messe, le plus souvent dans notre chère paroisse Agia Teresia (Ste Thérese).

 

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SImon S.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

Les grands yeux de Christos

Christos et Adélaïde, au début de sa mission à Athènes

Après des mois sans se voir dans les rues d’Athènes, Adélaïde rencontre Christos, ce sans-abri aux grands yeux. Mémoire de la rencontre, souvenir de « quelqu’un qui m’aime »…

Au début de ma mission, je vous avais parlé de Christos, un sans-­abri d’une grande générosité, qui avait la fâcheuse habitude de traverser la route comme un fou malgré toutes mes supplications. Vous vous rappelez ? A l’époque où je vous ai écrit, il avait quitté son coin de rue et je pensais ne plus le revoir. Mais, quelques semaines après, il est revenu, bien plus maigre et bien plus perdu : la drogue a dévoré Christos qui, aujourd’hui, ne me reconnaît plus, ou plutôt ne me regarde plus, les yeux perdus, vides. Il erre dans les rues d’Athènes, et ne demande que deux choses : cigarettes et argent. Que faire ? Je peux être en colère contre la police grecque, hurler contre les dealers, contre le système, l’injustice et tous ces grands mots, mais après ? Alors quand je le croise et que j’en ai la force, je lui dis bonjour, avec un « on ne sait jamais » dans un coin de mon esprit. Et puis l’autre jour, je me suis perdue. Pour ceux qui me connaissent bien, avec un peu de fatigue, je peux me perdre dans ma propre chambre. Alors à Athènes… Musique dans les oreilles pendant mon jour de repos, je visite, tête levée, je marche encore et encore et puis, soudain, je réalise qu’il est plus de minuit et me retrouve à devoir rentrer à pied. La grande rue de Panepistimiou est vide. Presque. Je reconnais au loin le déambulateur de Christos et ses jambes trop minces, à présent, pour le soutenir correctement. J’ai alors une première réaction (et pas la plus belle), j’envisage de prendre l’autre trottoir, fatiguée de le voir ainsi, décharné, vide. Et puis, un dernier élan (de quoi ?) me prend : « Bon, j’essaie encore une fois. » Je passe à côté de lui et lance un timide : « Bonsoir ». Christos se retourne, me regarde, et alors je retrouve ces grands yeux. C’est bien moi qu’il regarde. Il me prend les mains et m’embrasse comme si on s’était perdu de vue depuis dix ans. Il me parle de ses projets de nouvelle vie, de son désir de tout recommencer à zéro, de trouver du travail et j’ai un pincement au cœur en écoutant ce que nous savons tous les deux irréalisable. On se retrouve dans cette rue rien que pour nous, à fouiller les poubelles, à parler de tout et de rien. Cette situation improbable me fait sourire et je me demande si au fond il m’a bien reconnu ou si c’est encore un effet de je ne sais quel produit. Mais la discussion retombe et Christos me regarde du coin de l’œil. Il me dit très posément : « Tu sais, maintenant je fais attention quand je traverse. Je regarde à droite et à gauche et j’attends le feu. » Je m’arrête de marcher. Il ajoute : « Parce que je me souviens que quelqu’un qui m’aime m’a dit de faire attention à moi. » Christos, mon Christos, le cerveau détruit par la drogue, se souvient de mes tentatives maladroites de le protéger. Malgré tout ce qui a été dévoré, le geste d’amour est encore là. On s’est échangé nos numéros, pour rien probablement. Je suis repartie, la rue vide mais le cœur débordant d’amour et de gratitude, avec la certitude que je ne pouvais décidément être sûre de rien.

 

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur d’Athènes

« Je ne suis pas venue faire une cure zen »

Bertille pendant sa formation à Vieux-Moulin

Avec ses mots, Bertille, fraichement arrivée au Point-Cœur de Barrios Altos à Lima, se laisse bousculer et découvre la compassion au cœur de ses rencontres.

Le moustique de la Providence :
Un beau matin d’hiver, la poussière s’étant levée sur Lima et les oiseaux chantant, je m’en allais gaiement sur mes nouvelles terres quand soudain, je fis LA rencontre : Roxana. On tambourine à la porte et quand Andzrej (volontaire polonais) ouvre, un ouragan vêtu de rose pétard entre, tourbillonne dans la cuisine, s’assoit, réclame un thé, se lève, salue tout le monde et se rassoit en réclamant de quoi faire un dessin. Gaëtan me présente Roxana, « qui fait quasiment partie de la communauté car elle vient tous les jours à chaque repas ». L’intéressée me repère, se relève, me salue, se rassoit, se relève, me fait un câlin… Le repas se passera dans la même ambiance, en l’écoutant redire dix fois les mêmes choses sur sa maman qui est à l’hôpital. Elle a environ trente ans et souffre d’un léger handicap. Elle prend tout l’espace sonore pour parler ou manger d’une façon particulièrement… créative, et pourtant toute la communauté la gère avec disponibilité et patience, joyeuse de l’avoir pour le déjeuner. Le soir, quand je suis fatiguée et que j’ai besoin de tranquillité, elle revient. Elle m’apparaît rapidement comme un petit moustique de la Providence, celui qui vient me tournicoter autour et m’embêter en me demandant pourquoi je perds patience. « N’étais-­tu pas venue aimer les plus moches et ceux que personne n’aime ? Tu es sûre que c’est suffisant d’aller papoter avec les petites mamies qui te disent que tu es belle ? » Et bim. Je n’aime pas toujours son humour mais je suis quand même contente qu’elle me rappelle que je ne suis pas venue faire une cure zen, « se trouver à travers l’autre dans un pays lointain ».

Premier match Souffrance vs. Bertille, 1-­0 pour la souffrance :
J’ai fait ma première visite au Hogar de la Paz (Foyer de la paix) avec les Sœurs de Mère Teresa, où nous allons tous les vendredis. Ce que j’ai vu là est à la fois terrible et magnifique. Ce qui est terrible est la souffrance qu’il y a partout et qui obnubile au début. Ce qui est magnifique est le formidable espoir de tous les gens valides qui s’occupent des garçons avec un naturel et un amour que je n’avais jamais vus. Ce lieu ressemble à une cour des miracles avec des saintes en sari blanc immaculé qui s’agitent partout avec un grand sourire amoureux de la vie et des autres. Elles semblent survoler les difficultés, la souffrance, la laideur et la difformité, pour ne donner qu’un amour joyeux. Soit elles n’ont pas été construites dans le même matériau que les humains, soit le ciel a un sacré service « Mère Teresa ». Ce que j’avais connu en France du handicap était plus ou moins une particularité d’un des enfants de la famille, qui ouvre le cœur de tous ceux qui l’entourent. Ici, j’en ai vu un versant beaucoup plus agressif et solitaire. Notre mission est de donner à manger aux garçons (facile). J’essaie avec un premier et c’est un échec complet : il semble dormir, je n’arrive pas à le redresser bien et à lui ouvrir la bouche car j’ai peur de lui faire mal. La permanente me dirige vers un autre, « plus facile » : Angel. Il a quatre longues dents en bas et pendant tout le temps où j’essaierai de lui donner à manger, j’entendrai ses dents crisser sur la cuillère en inox pendant qu’il essaie d’avaler ce que je lui donne. Ce bruit me vrille encore les oreilles. Il doit avoir environ trente ans ; trente ans, coincé dans un corps qui ne comprend pas comment on fait pour avaler… En passant devant un garçon à l’air sombre et perdu, Charlotte me prévient que je ne dois pas le saluer, lui parler, ni même le regarder dans les yeux, sinon il fait une crise. Il souffre d’une forme d’autisme particulièrement dure. Il erre toute la journée sans but, sans pouvoir entrer en communication avec personne. Il m’est insupportable de le voir ainsi, sans pouvoir rien faire. Ceux qui sont en chaise roulante peuvent au moins voir ou entendre qu’il y a des gens qui prennent soin d’eux, communiquer un tant soit peu… Je suis restée interdite devant eux, je ne sais pas comment absorber ces souffrances qui sortent de tous les côtés. Je ne sais pas comment être efficace, sans perdre de vue l’objectif : il s’agit d’offrir une amitié respectueuse. J’ai au moins appris que la première étape est de prêter attention à tous les petits détails : les Sœurs expliquent que chaque chose doit être faite en pensant à l’importance de la personne que l’on sert, jusque dans la façon de tout briquer, changer d’assiette pour chaque plat ou bien mettre la serviette d’anniversaire le jour dit. Dur dur l’apostolat, mais éclairant : je ne suis pas là pour rien et il y a du travail.

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Bertille D.
Volontaire au Point-Cœur de Barrios Altos

Dernières recommandations

 Après deux ans de mission à Bangkok, Anne-Laure est rentrée en France. Elle recommande une dernière fois ses amis thaï à la prière de ses parrains :

Anne-Laure à Bangkok

Cette lettre est un peu différente des autres, et les nouvelles des Amis ne sont plus aussi fraîches et directes, mais ça ne fait rien, sur place ou non, c’est bien d’eux qu’il s’agit ! Skype, le portable et les lettres ne remplacent pas le vis-vis et cette Joie de la rencontre que j’ai goûtée pendant ces deux années, mais restent des supports précieux. Peu après mon retour, j’ai eu la Joie d’avoir certains amis au téléphone, comme Phi Jaq et Pa Noï pour leur anniversaire. Quelle Joie d’entendre le son de leur voix, comme si les kilomètres avaient à nouveau disparu ! Et ils avaient l’air si touchés eux aussi. Depuis, ils ont perdu un neveu dont ils s’occupaient, qui s’est tué à moto… Ils sont très ébranlés. Marianne me disait la semaine dernière qu’un autre vendeur de kanomcroks (les petits gâteaux qu’ils font) s’est installé dans la rue, ce qui ferait croire à un acharnement du sort contre eux. Pa Noï semble, avec ces évènements récents, perdre la force et la volonté de se battre. Le cri de leur cœur s’exprimerait bien par un énorme « à quoi bon » de plus en plus fort. Alors priez pour qu’ils aient toujours en eux cette force et cette volonté qu’il leur faut pour affronter leur vie, je sais qu’ils en ont en réserve.

Priez pour Naa, qui en ce moment a des difficultés avec son mari, le moral n’est pas au beau fixe. Une question de possible grossesse que lui ne voudrait pas et lui reprocherait… Mais rien n’est très clair, si ce n’est qu’elle a besoin de trouver un amour et une confiance durable dans son couple. Mina, leur fille commune, soufflera sa première bougie le 21 novembre.

Des nouvelles tristes de Lung Sunant, pour qui je fais aussi encore appel à vos prières ! Il a une copine, de trente ans moins âgée que lui, sortant de prison et addict aux drogues. Depuis que Lung est avec elle, il a goûté de nouveau à l’alcool, dont il aura mis une vie à se défaire. Et ces derniers temps, il vient souvent au Point-Cœur, ivre, et les filles ne savent pas très bien quoi faire.

Mee Sin va bien apparemment ! Ce qui est une très bonne nouvelle car niveau santé pour elle aussi, il y avait jusque-là toujours quelque chose pour la priver de répit. Espérons qu’elle va rester en forme ! Elle aussi en a besoin pour assumer l’effort physique qu’impose son travail.

Chacun d’eux me manque, il n’y a pas un seul jour sans que je pense à eux, aux enfants, à mes chères sœurs de communauté. Je sais qu’il me faut vivre hic et nunc… et en même temps, ils restent une part importante de moi.

…Et la France alors ? Et bien, le Bon Dieu continue de veiller sur moi comme un papa. Mon retour, même si je vous l’avoue, ce n’est pas une période évidente, a été et est bien guidé par la Providence. Je le vois, une fois les évènements derrière : master, logement, et même job d’été, tout a été pour renforcer cette certitude que je ne suis pas toute seule dans mes recherches, si longues soient-elles. Tout m’a été donné. Une expérience répétitive, comme pour confirmer celle de ces deux années passées à Bangkok.

 

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Anne-Laure M.
Volontaire au Point-Cœur de Thaïlande

Au cœur de la souffrance, le besoin d’une Mère

Dans le Sud, Anne a une mission particulière auprès des personnes hospitalisées. Elle les visite, les écoute, les console, prie avec et pour eux… parfois jusqu’au grand départ. Voici quelques visages, témoins de foi !

Anne en mission à Flassans

S. a été hospitalisée quatre mois. Elle a désiré recevoir la communion chaque semaine. A chaque fois que je suis allée la voir, elle remerciait Dieu pour tout. Elle m’a dit : « J’ai eu des moments très difficiles dans ma vie, mais il y a toujours eu des personnes pour m’aider.» Durant toute son hospitalisation, elle ne s’est pas plainte. Elle était pleine de gratitude pour le personnel soignant, reconnaissant que c’était beau de pouvoir être soigné. Elle a subi une opération très importante pour soigner un cancer du colon. Le médecin était étonné qu’avec une telle opération, elle ait si bien réagi ! S. était, pour tous, une belle présence. Un jour, elle m’a dit qu’elle cherchait tout ce qu’elle pouvait, pour l’offrir à Dieu et qu’elle ne voulait rien perdre de tout ce qu’elle vit, toute contrariété, toute peine, toute douleur, toute souffrance, vivant avec cette conscience qu’elle participait au Salut des âmes, en offrant ses souffrances. Quelle foi ! Elle restait « aimante », même dans ce contexte difficile de la souffrance. Elle me disait que la mission des trois enfants à Fatima, au Portugal — qui avaient eu des apparitions de la Vierge Marie en 1917 —, et à qui Marie avait demandé justement d’offrir tout ce qui leur était pénible pour le Salut des âmes, l’aidait beaucoup !

Je voudrais vous confier M. Il vient d’avoir un AVC. Il est en fin de vie. Il venait chaque mardi à la messe. Depuis quelques mois, sa santé ne lui permettait plus de venir à la chapelle. Il restait alité. Mais, chaque fois que nous lui portions la communion, le prêtre ou moi, il nous disait : « Je vous attendais ». Cet homme a une grande soif de Dieu. Tout ce qu’il disait n’était plus cohérent. Mais son désir de la communion et son désir de prier étaient bien là, toujours plus grand. Il avait les larmes aux yeux, chaque fois qu’il recevait le Corps du Christ ! Il est tellement humble et tout abandonné. C’est très beau d’être témoin de cette qualité du cœur. Il n’a pas de famille qui vient le voir et, cela, depuis des années. Nous nous relayons avec les membres de l’aumônerie pour prier à ses côtés, durant ces derniers instants.

Quand nous visitons les personnes âgées qui perdent leur faculté mentale, nous constatons souvent un développement d’autres facultés, par exemple celles du cœur. Elles deviennent beaucoup plus sensibles. Elles ont un grand besoin de présence, d’amour. Elles cherchent beaucoup le contact, elles prennent facilement les mains. Et, régulièrement, des personnes demandent leur maman. Elles nous parlent d’elles comme si elles vivaient encore ! C’est à l’âge où nous sommes le plus vulnérable, que nous demandons une maman mais, en réalité, nous en avons toujours besoin. L’homme a besoin d’une Mère ! Ainsi, Dieu, dans son grand Amour pour l’Homme, lui en a donné une !

 

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Anne L.
En mission à Flassans-sur-Issole

L’hospitalité, réponse à la solitude

Antonine est au Point-Cœur de Chengalpett en Inde, auprès des ces amies, elle découvre et vit une hospitalité du cœur qui répond à beaucoup de maux.

Les filles du Point-Cœur de Chengalpett avec Ponomma

Nous poursuivons nos visites hebdomadaires à la léproserie dans les deux parties réservées aux femmes : d’un côté, le block, où les lépreuses habitent de petites maisons enfouies dans la nature et, de l’autre, le ward, une grande salle où sont alignés une trentaine de lits en fer pour les femmes ayant besoin d’un traitement. Chaque semaine, mon affection grandit pour ces femmes qui nous ouvrent leur cœur et donnent leur amitié. Elles sont toutes très touchantes, chacune à sa façon, leur caractère étant différent. Elles veillent les unes sur les autres, attentives à ce que nous puissions passer du temps avec chacune d’entre elles. Je vous avais parlé, dans une lettre précédente de Sucilamma, toujours aussi énergique et bavarde. Il y aussi Ponamma, beaucoup plus calme et sereine, mais infiniment seule. Ne pouvant plus se déplacer, elle passe ses journées entières assise ou allongée sur le seuil de sa maison, sans se plaindre. Sa famille habite trop loin pour venir la voir. Chaque visite que nous lui rendons la rend heureuse, nous dit-­elle. Malgré sa solitude, son regard dégage une paix bouleversante. Il y aussi Alemele et Shanti, deux voisines et amies prenant soin l’une de l’autre. Ici, la solitude est leur plus grande pauvreté, aussi, notre présence n’est pas optionnelle.

Sarala et Antonine

Voici Sarala qui vient au Point-­Cœur tous les matins, après avoir déposé ses deux filles de quatre et sept ans, Magalaxmi et Sarana, à l’école. Son mari étant alcoolique, c’est elle qui doit subvenir aux besoins de la famille, en échange de quelques travaux rémunérateurs. Son visage est marqué par la souffrance. Elle a trente-­deux ans, mais en paraît cinquante. Ses visites sont simples : nous bavardons autour d’un café, elle est toujours curieuse de savoir comment nous vivons dans nos pays. Moi, qui me plains toujours que mon tamoul soit très limité, avec elle, je me surprends à pouvoir parler de tout. L’heure tourne à chaque fois trop vite. Sarala essaie toujours de repousser le moment où elle doit aller travailler. Je crois sincèrement que notre présence quotidienne et notre affection pour elle l’aident à garder espoir, à apaiser sa solitude, à se battre jusqu’au bout et à vivre joyeusement, surtout lorsqu’elle est entourée de ses filles. Il est toujours difficile pour moi de décrire ce que je vis ici. Notre quotidien est fait de petites choses. Ma vie à Points-­Cœur, depuis onze mois maintenant, c’est avant tout être proche de celle des autres, accueillir chaque jour les enfants, être attentive à chacun d’entre eux, visiter et recevoir nos amis pour écouter leurs inquiétudes, leurs peines, leurs souffrances. C’est aussi partager leurs joies, autrement dit, avoir une vraie hospitalité du cœur. Difficile d’avoir une hospitalité simple et vraie quand nous nous trouvons dans un pays où l’hospitalité fait partie intégrante de la culture depuis des siècles et, qui plus est, au milieu des plus pauvres qui, eux, savent nous accueillir avec le cœur, sans prétention.

 

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Antonine L.
Volontaire au Point-Cœur de Chengalpett

Honorino et la beauté du cœur

Honorino, Agnès et Pauline au Costa Rica

Pauline est au Point-Coeur du Costa Rica où elle a fait connaissance d’Honorino sur le marché où il vend des fruits et légumes…

Il est temps de vous présenter un nouveau visage, celui de Honorio. Il vit dans un petit village entouré de montagne à 1h 30 de San José où il cultive toutes sortes de légumes et de fruits. Il est vendeur au petit marché près de chez nous. Depuis janvier, nous avons obtenu le droit de demander à chaque vendeur s’il a la possibilité de nous donner un petit quelque chose. Cela nous aide à réduire les frais en alimentation. Certains nous donnent une pomme, d’autres un sac de légumes, chacun selon ce que son cœur lui dicte et selon ses possibilités. L’amitié avec cet homme grandit petit à petit et plusieurs fois, il nous avait proposé d’aller connaître un lieu touristique près de son village. Il y a deux semaines, nous avons donc décidé de partir pour une journée sans trop savoir ce qu’on allait faire. Arrivées au village, nous montons dans une voiture qui nous mène au lieu touristique. De l’eau chauffée naturellement car les veines d’un volcan y arrivent, sauf que l’eau vient d’un tube et qu’elle termine dans un bac en ciment où l’on peut se baigner. J’étais déçue de voir qu’il ne restait plus rien de l’aspect naturel de l’endroit et on décide alors de changer les plans. Honorio nous propose une balade jusqu’à son village : 2h15 de montée raide nous attendent au milieu d’une forêt humide et tropicale. Nous arrivons dans sa maison et en entrant, je découvre un monde que je ne connaissais pas, le monde des paysans. L’humilité et la simplicité sont les mots qui me restent. Nous parlons un peu avec sa sœur qui vit dans la même maison et qui se presse de nous cuisiner une omelette. Elle était tellement contente de nous accueillir sans même nous connaître. Honorio nous disait pendant la montée que celle qui arrivait la première en haut gagnait deux verres de lait. Deux verres de lait se réduisaient pour moi à ouvrir un carton de lait et à le servir dans un verre. Mais j’ai compris que pour lui, deux verres de lait étaient le travail d’une vache à traire. Oui, cela a de la valeur ces deux verres de lait. En nous disant au revoir, il nous tend une bouteille de miel. Quel beau cadeau ! Je reste très touchée par cette rencontre car avec peu de mots et quelques gestes, cet homme nous a montré les bras ouverts toute sa pauvreté et sa simplicité. Il avait ce désir de nous montrer d’où il venait et sans peine il nous a montré toute sa réalité.

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Pauline F.
Volontaire en mission au Costa Rica

Avec Victoria, une histoire de confiance qui grandit

Victoria, 10 ans et assoiffée d’amour ! Fidèle du Point-Cœur de Simões Filho

A 10 ans, cette jeune voisine du Point-Cœur de Simoes Filho au Brésil, a du mal à s’intégrer à cause de son handicape, mais l’amitié peut naitre grâce à la confiance.

Victoria a dix ans, elle est la huitième de neuf enfants. Son père est décédé alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère qui a souffert d’un traumatisme. Victoria est née avec une sorte d’autisme, un trouble du comportement. Elle est d’une grande agitation. Elle ne peut pas suivre les cours normaux, il lui faut une école adaptée (pour les enfants TDAH) qui n’existe pas dans notre ville. Par conséquent, elle traîne souvent dans la rue et arrive parfois à n’importe quelle heure chez nous… Au début de ma mission, je ne voyais en elle qu’une tornade, ne comprenant rien à sa façon de parler, (elle mange ses mots, quelques-uns seulement sont compréhensibles) n’en faisant qu’à sa tête, n’écoutant personne, d’une grande sensibilité lorsqu’on la reprenait. Pendant les permanences, elle était incontrôlable, insultant les autres enfants qui la rejetaient ayant peur : il y avait peu de moyen de communiquer avec elle. Ses sœurs l’on rangée dans la case « cas spécial » et ne s’en soucient plus vraiment, pensant que son sort est incurable et qu’il n’y a rien à en tirer. Elle souffre donc d’un manque d’amour et de tendresse. C’est à ce moment-­là que je me suis dit qu’il y avait des choses à faire avec elle. Petit à petit, je lui ai prêté plus d’attention, j’ai cherché non pas à la changer comme les autres enfants mais à l’accompagner, à m’intéresser à ses créations, dessins etc. À travers cela, j’ai réussi à créer une relation basée sur la confiance, l’écoute, l’acceptation de cette différence, sans jugement. Elle m’a accepté tel que j’étais et m’a aussi aidé à m’accepter moi-­même. Depuis ce temps, elle passe quasiment tous les jours chez nous, plus d’une fois j’ai eu l’occasion de ne m’occuper que d’elle pendant les permanences, elle est réellement intelligente mais cette intelligence demande une certaine structure, car Victoria est un peu éparpillée. Elle adore dessiner des corações, une façon à elle de montrer qu’elle a un grand cœur. Elle a beaucoup d’attention, c’est juste que la façon dont elle le fait est parfois hors du commun. Lorsque nous préparons le déjeuner, elle nous aide à sa manière mais elle est de plus en plus concentrée, attentive. Lorsqu’elle vient, elle se sent aimée, appréciée, par conséquent les enfants et sa famille nous imitent pour l’accepter tel qu’elle est. Pour moi, elle a grandi en maturité en quelques mois, c’est incroyable ce changement avec un peu d’amour. J’apprécie fortement le moment du chapelet lorsqu’elle y participe avec nous, c’est elle qui choisit qui va faire la dizaine. Lorsque c’est son tour, nous ne comprenons que deux mots : Maria et Jésus. Les deux plus importants. Un moment qui m’a beaucoup ému fut lorsque je fus seul dans la maison. Je m’apprêtais à faire mon heure d’adoration quand Victoria est arrivée pour jouer et dessiner. Je lui ai dit que ce n’était pas le moment et que j’allais prier avec Jésus, je lui ai proposé de venir m’accompagner en pensant qu’elle allait refuser mon offre. À ma grande surprise, elle a accepté et je lui ai donné quelques livres pour l’occuper. Ce fut incroyable. Notre Victoria « tornade » était calme, tranquille, chantait de temps à autre. Ce fut une expérience d’une grâce immense qui m’a beaucoup touché. Victoria est revenue par deux fois depuis : me voyant à genoux la dernière fois, elle m’a proposé un siège-­prière, quelle merveilleuse attention !!

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Arnaud dSP
Volontaire au Point-Cœur de Simoes Filho

Un tourbillon de vie dans la rue de la joie !

Notre rue sous l’eau, c’est aussi un jeu !

Joseph est arrivé début août au Point-Cœur de Dakar et découvre ces petits amis grouillants de vie, et de joie !

Le Point-­Cœur ici est un tourbillon de vie. Dans le quartier où nous vivons, j’ai renoncé à compter les enfants. On l’appelle d’ailleurs le Point-­Cœur de la joie… et comme ça se comprend ! Rien que notre petite rue contient je dirais de près de cinquante enfants de moins de quinze ans. Et ces enfants, trop à l’étroit dans ces appartements d’une ou deux pièces où ils logent avec leur famille, ont choisi la rue pour terrain de jeu. C’est un terrain de vie même, pour faire la lessive, la cuisine, faire ataya (le thé), etc. Ma fenêtre donnant sur la rue, j’ai eu de nombreuses fois l’envie d’enregistrer quelques minutes de l’invincible énergie de Kiki, Sokhna, Bintou, Younous, Ahmed, Kumpa, Mario, Djimmy, Mathias, Alexis, Maurice, Lamine, Marta, Berta, Nancy, Hélène, Marie-­‐ Christine, les Maryama, les Omar, les Thérèse, les Rose, Mbaya, Charly, les Alphonse, Tony, Jekka, Bala, Alpha, et tous les autres. Tous ces enfants qui jouent jusqu’à 23h ou minuit à toutes sortes de jeux inventés ou inspirés… qui les font courir, chanter, danser, sauter, pousser des pneus, lancer des cailloux… En réalité, ils ne sont presque calmes que quand il fait vraiment trop chaud, ou quand ils jouent aux billes. Mais ça, c’est le luxe, la classe. C’est leur billard à eux, les petits ! Je me souviens de cette fois où à 21h, Alphonse moyen (j’en connais déjà au moins trois) et Lamine commençaient à se disputer devant le pas de notre porte, pour une histoire obscure de morceau de plastique faisant office de ballon. Il a fallu les séparer et prendre le plus excité à part, mais soudain inspiré, j’ai tracé un cercle par terre pour lui expliquer un nouveau jeu, et la rue s’est transformée en arène pour combat de coqs. Devant l’engouement suscité par le jeu, je rentre et reviens aussitôt avec une corde pour bien marquer le cercle. Et les duels s’enchaînent, avec les acclamations des enfants attroupés autour, de temps en temps interrompus par le passage d’un scooter ou d’une voiture, et reprenant de plus belle, les uns s’écharpant pour jouer avant les autres. « Moi ! moi ! moi ! Je veux jouer aussi ! » L’improvisation devient quasiment championnat ! Le rôle d’arbitre est surhumain… A peine le temps de dire ouf, et il est déjà 22h30. Bref, Paris a sa rue de la Paix, Dakar a sa rue de la Joie.

D’après certains, je n’ai pas tellement choisi la saison « la plus facile » pour arriver. De fin juillet à fin octobre, c’est « l’hivernage » à Dakar. Je n’ai pas encore saisi le lien avec l’hiver, donc comprenez plutôt : saison où il y a de bonnes grosses pluies assez fréquentes, avec de grosses chaleurs quasi quotidiennes. La saison des moustiques, et où la poussière vous colle à la peau. C’est aussi pendant l’hivernage que les pluies provoquent parfois des inondations ! Le quartier se transforme en une Venise à l’eau douteuse, le temps que s’écoule on ne sait où ce trop plein des égouts. C’est alors un grand moment d’entraide avec nos voisins, manière de vivre cela dans la bonne humeur. Lors des six inondations que nous avons eues au mois d’août, ce fut profondément touchant de voir même de petits bras porter des seaux aussi lourds qu’eux. Comme Tony se précipitant dès que l’on s’aperçut du reflux des égouts par les canalisations de la maison. « Quelle mec ce mec ! » aurait dit une de mes amies… bravoure et don de soi chez cet enfant, remplissant, portant, vidant, revenant, sans faire de pause… déjà tellement grand ! Un enfant qui dès le début m’avais surpris par la dureté de son regard, celui des enfants qui ont grandi trop vite, alors qu’ils sont encore à l’âge de jouer. Mais parfois, un sourire, et il vous prend la main pour marcher quelques mètre avec vous dans la rue, vous disant sans parole qu’il vous a adopté, que vous êtes un peu de la famille.

 

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Joseph deL.
Volontaire au Point-Cœur de Dakar

Tout événement de la vie exige un sens

Au Point-Cœur de Bangkok, nous accompagnons nos amis dans les événements de la vie, les petits et les grands. Et il est, pour nous, frappant que mort et vie se côtoient bien souvent, et exigent de nous un « sens ».

Le Point-Cœur de Bangkok, 2016

L’une de nos grandes amies, Naa, suite à de grosses tensions conjugales, avait quitté la maison avec leur fille de six mois, Mina. Elle nous appelle, et nous la rejoignons bien vite, dans la maison de son frère. Il n’y a qu’elle et le bébé. Nous tentons d’argumenter pour voir que faire devant une situation maintenant bien compliquée. Sur ce, bébé Mina se réveille et après quelques minutes, elle réalise que son papa n’est pas là. Elle a l’habitude que papa et maman soient toujours avec elle. Elle se met alors à hurler d’une manière, qu’il est impossible de la calmer. Rien n’y fait, le biberon, les bras de maman, les jeux, les grimaces, les câlins, elle ne fait que hurler et hoqueter de plus belle. Naa, soudainement alors, attrape son téléphone et appelle son mari en disant : « Elle hurle parce qu’elle veut te voir. Cette enfant veut que ses parents soient ensemble. » Le papa, ému, parle à Mina, qui se calme légèrement en entendant sa voix. Elle s’arrêtera définitivement quand Naa lui dit : « Je te promets de rentrer à la maison et, ce soir, nous serons avec papa. »

Un jour, nous célébrions un anniversaire, celui de lung Sunang et, la veille, c’était les funérailles d’un jeune homme de vingt-­‐deux ans, Kop. Lung Sunang a voulu célébrer avec nous son anniversaire. Cet événement, bien simple, avait beaucoup de valeur à ses yeux et aux nôtres, puisque c’était la toute première fois qu’il le célébrait : à soixante-­huit ans !!!! Il s’en est réjoui une semaine à l’avance, nous amenant chaque jour, soit les fruits, soit le gâteau, soit les bougies, etc. nécessaires à cette fête. Le jour J, nous avons eu une magnifique soirée. Je ne l’avais jamais encore vu dans une telle joie. Il était évident que sa joie tenait à la compagnie. Il s’est même lancé à chanter des chants thaïs ! Essentiellement nostalgiques de la famille, de la patrie et de l’entente… Sur la fin, juste avant de partir, il nous a confié que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup fait la fête mais que cette fête‐là, c’était différent parce que nous étions ensemble. La veille, nous accompagnions phii Jack et paa Noj, qui enterrait leur neveu de vingt-­‐deux ans, qui s’est tué dans un accident de moto. Ce neveu était pour eux un fils, car c’est eux qui l’avaient élevé depuis tout-­petit. Leur douleur et celle de toute la famille étaient très grandes. Paa Noj, particulièrement, dans sa douleur de mère était inconsolable. Il ne restait qu’à être là, bien près d’eux, assez près pour partager leur peine.

 

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Marianne P.
En mission à Bangkok

Marta, Daniel, et nous, trois mondes se rencontrent, et pourtant….

Kelsey, Viviana avec sa fille Antonela, et Daniel

Au Point-Cœur de Montévidéo en Uruguay, Mathilde raconte ces rencontres qui deviennent exceptionnelles, d’où naissent des amitiés.

Marta, nous l’avons rencontrée lors de ce dîner de bienfaisance au profit de notre Point-­Cœur, où elle s’est liée d’amitié avec Carole (volontaire). Elle nous attendait alors pour nous recevoir chez elle notre jour de repos. Daniel est l’ami de Viviana et ils se sont installés ensemble récemment près de chez nous. Les premières rencontres sont toujours un peu exceptionnelles, quelque chose se passe, surgit dans nos cœurs, des étincelles, une soif immense qui nous appelle à d’autres rencontres.
Voilà comment naissent les amitiés. Il en fut ainsi avec Viviana. Nous connaissions déjà ses enfants car ils étaient arrivés, seuls, au Point-­Cœur à diverses occasions, puis Karen, la sœur de Viviana, qui prit soin des enfants alors que Viviana était en prison. C’est Kelsey et Dominika, qui, guidées par Karen, sont allées visiter Viviana récemment sortie de la prison. Une visite incroyable où, dès le début, Viviana, pauvre en tout, a ouvert son cœur aux filles, simplement, partageant ses nouveaux pas de maman, titubant dans le monde : découvrir son autorité et son amour maternel, cuisiner pour eux, se procurer ce dont ils ont besoin… et tout cela sous un toit de tôle étroit, qui laisse passer l’eau de la pluie… Tous ces premiers mois, chaque nuit de pluie, combien je pensais à eux… Si la pluie battait trop fort, elle devait prendre ses petits et aller demander humblement refuge à sa sœur… Aujourd’hui, la maison s’est un peu arrangée. Suite à cette visite, les filles invitent Daniel et Viviana à déjeuner chez nous dès le lendemain. Le jour suivant, il est 13h et nos invités n’apparaissent pas… Venir déjeuner dans notre maison est un peu étrange et intimidant… alors Kelsey et Dominika partent les chercher et ils reviennent tous ensemble. Viviana et Daniel sont si nerveux qu’ils rient à tout instant, d’un rire que je ne voudrais plus entendre tant il est douloureux, tant il parle des souffrances vécues. Mais, petit à petit, ils se tranquillisent et la conversation va bon train, puis, tantôt ces rires, surtout ceux de Viviana, mais aussi toute une discussion qui s’alterne entre le récit de notre vie et la leur, entre leurs angoisses partagées et de grandes questions sur la foi et sur notre mode de vie. Souvent Daniel réexplique à Viviana ce qu’il a compris. Il y a un profond respect dans ses yeux, pour elle et pour nous. Et puis, c’est comme si nos réponses venaient éveiller la possibilité d’une vie différente.
Et voilà ce qu’il s’est passé avec Marta. Ce jour-là, elle allait recevoir Carole et Dominika pour la première fois. Et Marta décida de venir les chercher. Ce ne sont pas tous les amis des beaux quartiers qui s’aventurent jusqu’à notre maison… Alors, nous étions tous là, à l’heure du goûter (encas de 4h, de rigueur ici !) pour la recevoir. Nous avions disposé pour elle tous les thés que nous avions : de France, d’Uruguay et de Pologne ! Mais elle nous surprit par sa simplicité, et, à l’image des pauvres de notre quartier, elle nous partagea un bout de sa vie, les expériences douloureuses par lesquelles elle était passée. Et l’on toqua à la porte : Daniel et Viviana ! Alors que Kelsey conversait avec Viviana à la porte, Daniel entra pour nous saluer. Son visage paraissait bien lointain. Je regardais la scène : Daniel, Marta, et nous… comment cela allait-­il se passer ? Daniel s’assit et nous lui proposons de choisir un thé : « Vert ! » Il ne comprend de quoi il s’agit ! « Au citron », nous demande-­t-­il. Mais, finalement, il se laisse convaincre par Dominika et son thé polonais. Et sans que nous ayons besoin d’intervenir, Marta et Daniel commencent la conversation. Marta demande à Daniel s’il a des enfants, il répond que c’est un peu compliqué. Elle lui dit que, pour elle-­même, il en est ainsi aussi, et elle l’écoute. C’est un échange banal qui est, malgré tout, un peu extraordinaire par la simplicité et le respect qui en émane. A ce moment, il n’y a pas de différences entre Daniel et Marta, dans notre salle à manger, ils se rejoignent et échangent sur leurs vies respectives, si différentes et pourtant, comme le montre cet instant, si proches. Puis Daniel, qui semble préoccupé, nous remercie et se lève pour rejoindre Viviana. Viviana était venue demander de l’aide chez nous car, pour l’instant, c’est encore sa sœur qui gère l’argent et elle se retrouve donc un peu sans rien. Kelsey l’a écoutée, lui a donné quelques conseils. Finalement, Viviana est repartie de notre maison sans aide matérielle mais avec son sourire immense. Elle a remercié Kelsey de l’avoir écoutée, de lui avoir donné de nouvelles forces et lui disant qu’elle savait bien que Dieu ne l’abandonnerait pas, qu’il ne l’avait jamais abandonnée… Cela m’a rappelé le jour où nous avons invité à déjeuner Vivian et Wilson pour leur anniversaire. Vivian est bien dépressive depuis qu’elle a vu son fils se noyer, il y a bien des années… Wilson prend soin d’elle et, ensemble, ils prennent soin d’un neveu devenu orphelin de père et dont la mère ne peut s’occuper. Les deux, malgré leur pauvreté, ont une grande dignité, ils sont toujours si bien vêtus et leur maison si bien tenue et, tout cela, dans un style bien à eux qui leur va si bien. Le lendemain de ce repas d’anniversaire, Vivian est venue à la maison et, sur le pas de la porte, elle nous a remerciés en nous disant qu’on lui avait offert le meilleur cadeau d’anniversaire : « El amor… »

 

 

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Mathilde C.
En missoin en Uruguay

Suyapa, mendiante d’amour

Ruelle du quartier du Point-Cœur de Tegucigalpa

A Tegucigalpa, Solène retrouve Suyapa, cette mendiante au cœur assoiffé qui rayonne du Royaume.

De bon matin, alors que nous sortons de la messe, nous apercevons de loin Suyapa. Nous faisant un signe de la main, elle semble également nous reconnaître. Elle mendiait en effet à ce même feu rouge, trois mois plus tôt. Nous l’avions alors saluée brièvement… Naine de nature, Suyapa est une jolie femme de soixante-­cinq ans, à qui l’on pourrait aisément en donner vingt de moins, sans doute par sa voix enfantine et son visage tout lisse qui paraît échapper à la marque du temps. Elle m’a fait tomber à genoux, par sa petite taille mais aussi par sa grandeur d’âme. Elle est pour moi un témoignage vivant : « Vous savez, moi, je n’ai pas de maison, je n’ai pas à manger mais j’ai toujours dormi quelque part et j’ai toujours mangé quelque chose. Je n’ai jamais manqué de rien car je vis de la Providence divine. Le Seigneur me comble de tout. Quel Père pourrait délaisser son enfant bien-­‐ aimé ? » Avec beaucoup d’humilité, elle poursuit : « Il faut apprendre à mendier, mendier, mendier. Il faut savoir mendier. » Elle nous enseigne alors : « Le Seigneur nous envoie des épreuves pour affirmer notre foi. J’ai parfois de telles douleurs dans les jambes que je ne sens plus la force de me lever. Je demande alors à Dieu Sa force et Il me lève. » Quelle belle invitation à reconnaître sa pauvreté et à mendier la grâce de Jésus pour nous relever ! Peu après, elle nous raconte : « Un jour, alors que j’étais en train de mendier, un monsieur m’a violemment craché au visage : « Dégage ! », ce à quoi je lui ai répondu : « Que le Seigneur vous bénisse ! »» Combien son attitude est incarnation de l’Évangile. La même semaine, je médite cette parole de la Bible : « Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Répondez au contraire par une bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction. » 1 Pierre 3, 8-­‐9 Elle poursuit alors : « Quelques jours plus tard, cet homme m’a demandé pardon et m’a remerciée de lui avoir répondu avec bonté. Je lui ai dit : « Comment pourrai-­je vous répondre autrement ? Vous êtes le fils de Marie, nous avons la même Mère. Nous sommes frères. »» Suyapa est pour moi un ange que Dieu a mis sur mon chemin, afin de ne pas m’égarer, afin de m’aider à vivre la mission avec tout ce que je suis, mais aussi avec tout ce que je ne suis pas, avec ce que le Seigneur me propose de devenir par Sa grâce. C’était touchant, un moment un monsieur s’est arrêté au feu vert pour nous lancer par la fenêtre : « C’est superbe ce que vous faites ! », avant de démarrer rapidement, sans bien même nous laisser le temps de réagir. La gratuité, quelle belle chaîne de charité ! C’est fou comme l’amour est contagieux, quand on sait le recevoir. Ça me fait penser à Mère Teresa qui nous met face à nos responsabilités face au sort de l’humanité : « La paix commence par un sourire ». Simple mais puissant ! Suyapa nous confie plus tard : « J’ai en moi cette cicatrice de ne pas me sentir aimé. Et vous m’avez offert ce qu’il y a de plus précieux, votre amour dont j’ai tellement besoin, cet amour que je n’ai jamais reçu de mes parents. Ce n’est pas l’argent que je recherche, je recherche de la tendresse, quelqu’un qui m’aime. Vous êtes les anges que Dieu m’a envoyés pour m’aimer aujourd’hui. » Et alors que nous la serrons très fort dans nos bras, elle se met à prier ouvertement en pleurant à chaudes larmes : « Merci Seigneur de m’avoir envoyé ces trois petits anges. Ils m’ont vue de loin, m’ont saluée de la main, ont continué leur chemin et quelques secondes plus tard ont fait demi-­tour pour venir m’embrasser. Merci de les avoir amenés à moi, Seigneur. » Au moment de nous quitter, elle s’exclame : « Quand est-­ce que l’on va se revoir ? Comme je voudrais que vous m’emmeniez à la messe ! Comme je voudrais vous adopter tous les trois ! Je vous en prie, priez-­pour moi. Votre amour et votre prière seront mes plus beaux trésors. » Suyapa me rappelle le charisme de notre mission. Nous ne sommes pas là pour faire, mais d’abord pour être. Nous sommes là pour aimer, c’est la plus grande soif de l’humanité : être aimé. Et c’est amusant, car deux semaines plus tard, en allant me reposer à nouveau chez Alessandra, je souhaitais de tout cœur la revoir. Avec Estefanía, nous avions tout prévu : mettre le réveil plus tôt pour aller la chercher au feu, l’emmener avec nous à la messe comme elle en rêvait, et partager dans la rue un petit-­déjeuner « improvisé ». Finalement, rien de tout cela. Car au feu, pas de Suyapa ! Et à l’horizon, seulement le flux ininterrompu de voitures. C’est vrai que j’étais déçue. Mais en même temps je rendais grâce : « Merci Seigneur car tu me fais comprendre que cette amitié est Tienne. Elle ne m’appartient pas. Elle m’est donnée, je ne peux la posséder. Je la remets entre tes mains. Que ce soit, non ma volonté, mais bien Ta volonté Seigneur. Ça, c’est la liberté ! »

 

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Solène deF.
En mission au Honduras

Se sculpter un cœur de chair…

Anita et Marcos

Après un an et demi à la Fazenda, Lucie est toujours surprise de la compassion qu’ont les personnes les plus simples.

Ainsi, Anita, cette femme atteinte de schizophrénie, qui habite avec moi, me demande régulièrement si elle peut m’aider. Il y a aussi Roseane qui a un retard psychologique. Elle est parfois très agitée. Dans un éclair de lucidité, il est arrivé qu’elle me demande si je suis fatiguée. Lorsque je réponds par l’affirmatif, cela a pour effet de la calmer. J’ai aussi l’occasion d’accompagner Diego, un homme de trente ans, qui est handicapé. Il a été accueilli à la Fazenda à l’âge de douze ans. Il est assis sur un fauteuil roulant, il ne parle pas, il est dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Auparavant, il vivait dans un orphelinat. Lorsqu’il est arrivé, il criait beaucoup, il s’automutilait. Pour l’apaiser, le seul moyen était de le prendre dans ses bras. Il s’est peu à peu ouvert, épanoui. Diego aime avoir un chapelet dans les mains pour « jouer avec », cela l’apaise. Je suis aussi surprise de son étonnante fécondité. Ainsi, Ligia, une amie qui a vécu avec Diego à la Fazenda, l’accueille parfois à son domicile, dans le quartier du Point-Cœur . Une fois, lorsque je suis arrivée avec Diego, en voiture, devant la porte de Ligia, une voisine l’a interpellée : « Il est arrivé, le garçon ? » Ligia m’explique que Diego reçoit de nombreuses visites. Les habitants du quartier se sont pris d’affection pour lui. Certains jours, je prends soin de Diego, tout en ayant Maicon et Marcos avec moi. Ce sont ces deux enfants, âgés de cinq ans et deux ans. Ces deux « ter-­ribles ! » sont capables de rester tranquilles, lorsqu’ils savent que je dois m’occuper de Diego. J’aime beaucoup voir les « abraços », autrement dit les embrassades qu’ils donnent à Diego. Les premiers mots de Marcos furent « papa », « maman », « non » et « Didi », le surnom de Diego. Quant à ce dernier, qui est parfois si absent, il semble être attentif à la présence des enfants. Diego assis sur le fauteuil roulant Anita aussi s’inquiète toujours pour Diego : « Qui reste avec lui cet après-­midi ? » Lorsque je dois m’absenter, je demande à Anita si elle peut rester avec Diego. Aussitôt, elle s’empresse de laisser ce qu’elle faisait pour aller s’asseoir à côté de lui. Ce que je constate aussi, après un an et demi à la Fazenda, c’est que nous n’avons pas un taux de réussite, humainement parlant, très élevé ! Nos enfants ne sont pas brillants à l’école, les situations familiales sont toujours compliquées… Ce que je peux affirmer, par exemple, avec Maicon et Marcos, c’est qu’après avoir passé quelques jours en dehors de la Fazenda, ils reviennent plus endurcis, plus agressifs. Il me semble que le fait de vivre à la Fazenda leur donne un cœur plus doux. Cela est certainement dû à la Présence du Saint Sacrement, à la tendresse de Marie, à la présence de Diego, d’Anita…
Grandir à la Fazenda est le moyen pour se sculpter un cœur de chair, un cœur plus sensible à la souffrance du prochain, un cœur où peut naître la compassion.

 

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Lucie D.
En mission à la Fazenda au Bresil

Féla, un concentré de tendresse à 105 ans !

La communauté du Point-Coeur de Cuba

Ramiro, Jirge et Féla, une longue histoire d’amour au coeur de quartier du Point-Coeur de La Havane ! Secret de longévité…

Il y a une maison dans laquelle nous nous rendons facilement, sans prévenir… que ce soit pour faire un petit coucou, demander de l’aide pour une réparation de dernière minute, ou boire un petit café : c’est celle de Ramiro, Jirge et Féla.

Féla a… plus de cent-cinq ans. Son secret de longévité ? Très simple ! Elle a eu quatorze enfants et vécu, jusqu’à ses quatre-vingt-dix ans, dans une maison, sans eau courante, ni électricité, complètement perdue au fond de la campagne cubaine. Il lui arrive de danser un petit peu, elle lave toujours son linge à la main. A cela, vous ajoutez : un paquet de cigarettes par jour, un litre de café et un humour ravageur. Exemple parfait pour arrêter de fumer ! Une petite anecdote : un jour, je suis allée lui rendre une petite visite. Elle fumait sa petite cigarette, tranquillement, dans le jardin, à côté des centaines d’orchidées de Ramiro (c’est un passionné). Le tout, en maudissant les canaris qui chantaient à tue-tête. A un moment, elle me tend sa petite trousse et me propose une cigarette. Je lui réponds que je ne fume pas. Là, elle s’arrête, me regarde avec stupeur en me demande : « Quoi ?! Et pourquoi ? » Je lui explique maladroitement, car vu son profil, ce n’est pas le bon exemple : « Parce que ce n’est pas bon pour la santé, Féla ! » Elle me regarde et rigole à moitié en disant : « Ahhhh muchachachaaa ! » Féla c’est un concentré de tendresse… Elle a le corps bien marqué par la vie ! Son grand désarroi est de ne plus avoir de cheveux… A chaque fois, elle nous en parle comme si une partie de sa féminité était partie ! Et, bien que nous lui répondions, à chaque fois, qu’elle est toute belle, rien n’y fait… elle souhaite re- trouver sa belle chevelure brune et bouclée. C’est touchant, car Jirge lui a tricoté pas mal de bonnets de couleurs différentes. Féla les porte en fonction de ses vêtements. Son regard reste pétillant et elle ne rate pas une occasion pour faire quelques petites blagues ! Ce qu’elle sait le mieux faire ce sont de longs « abrazo », de grands câlins, où elle nous murmure son traditionnel : « Ahhhhhh muchacha »… le tout avec sa voix de fumeuse toute rauque et de grandes bises. Et malgré son apparence bien fragile, je peux vous assurer qu’elle vous enlace avec une force assez incroyable. J’apprécie beaucoup aller la voir, lorsque j’ai un petit « coup de mou », car sa présence est une véritable consolation, tant elle nous offre sa tendresse, son « cariño cubano ». Jirge est sa dernière fille. Il y a quelques années, le fils de Féla est décédé. Il vivait avec elle et prenait soin d’elle. Au vu de son âge et des conditions de vie, il était impossible que Féla reste toute seule dans sa mai- son. Jirge et Ramiro l’ont donc accueillie chez eux. Jirge s’est arrêtée de travailler pour s’occuper de sa ma- man. Et oui, Féla a besoin d’une présence constante, elle ne peut jamais être toute seule. Être présent en- vers elle, c’est l’aider à se laver, à aller aux toilettes, préparer son repas, aller acheter ses cigarettes et, bien-sûr, « papoter » avec elle ! Jirge n’est pas un cas à part : beaucoup de Cubains s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs parents. Cela m’a intrigué, car je n’avais jamais vu cela… J’avais plus l’habitude des maisons de retraite.

Un jour, au cours d’une discussion, Jirge m’a expliqué pourquoi elle avait fait ce choix de vie. Tout cela réside dans l’Amour envers sa mère, sa reconnaissance envers elle, envers toute l’éducation qu’elle a reçue de sa part. Il y a aussi la situation économique de sa famille, qui lui a permis de s’arrêter de travailler. Chaque geste qu’elle fait envers sa maman, c’est avec un amour profond, un acte de gratitude… J’irais même jusqu’à dire que c’est un acte de foi, car elle prend soin d’elle avec gratuité, liberté et vérité. Elle ne « supporte » pas sa maman mais l’accompagne dans ses dernières années. Elle est tout simplement pré- sente. Quel exemple ! Ce qui me touche le plus c’est que, lorsqu’elle en parle — et je peux vous assurer que c’est toujours avec une grande émotion —, c’est plus que visible que cela la mène vers une félicité. Bien que ce ne soit pas simple tous les jours, Jirge sait, au plus profond de son cœur, pourquoi elle reste présente pour sa maman : c’est un acte d’Amour profond. En rien, elle ne regrette son choix de vie. En rien, elle ne regrette de ne plus aller travailler, voir ses an- ciens collègues. Et même si, de temps en temps, elle souhaite sortir un petit peu plus, elle dit : « C’est si naturel pour moi de prendre soin d’elle… Elle a tellement pris soin de moi, elle m’a tellement aidé ! C’est aussi ma façon de la remercier pour tous les sacrifices qu’elle a fait pour nous. »

Quel témoignage que celui de Jirge… Quel témoignage, qui m’amène à me demander ce que je ferais à sa place, qui me fait penser à toutes ces personnes âgées dans des maisons de retraite, qui ne voient leur fa- mille que deux à trois fois par an. Je pense à tous ces grands-parents, qui ne voient plus leurs enfants et petits-enfants. La solitude de la vieillesse ! Quand vous voyez Féla, c’est impossible de rester insensible ! Quand vous allez voir Fabiola (cette petite dame dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre), les histoires de Paco (un voisin), c’est impossible de se dire que la vulnérabilité du corps nous conduit à une inutilité sociale.

Dans son choix de vie, Jirge me montre la beauté de la vieillesse et l’importance capitale des personnes âgées, au sein de la famille et, plus profondément, de la société. Et surtout, elle me révèle la beauté de leurs cœurs, car, même si le corps se dégrade petit à petit, le cœur, lui, reste intact… Féla me donne envie de vivre jusqu’à cent-cinq ans ! Après, pour ce qui est des quatorze enfants et de laver son linge à la main, … cela reste à confirmer !

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Guillemette E.
En mission à Cuba

Aurélien et les enfants du quartier du Point-Coeur de Tégucigalpa

Etre en vie est une action de grâce !

Arrivé depuis quelques jours au Honduras, Aurélien nous raconte ce qui l’édifie, le surprend et lui apprend à remettre Dieu au centre de tout grâce aux rencontres qu’il fait avec le Point-Coeur.

Je suis édifié, jour après jour, par la foi et l’amour qui habitent chaque personne, chaque rencontre. Malgré les épreuves et les souffrances, leur confiance en Dieu refait surface et, souvent, le simple fait d’être en vie leur suffit pour dire « gracias a Dios ». Je sens, aussi, un profond attachement à la Vierge : Jamais une messe ne se termine sans un « Dios te salve ». Il est fréquent de voir des chapelets, soit autour du cou ou dans les voitures, et, la patronne du Honduras, la Vierge de Suyapa, est visible dans la plupart des maisons. J’apprends ainsi à mettre un visage maternel sur notre maman du Ciel. S’il est parfois difficile de mettre Dieu au centre de mon quotidien français, ici, les signes nous rappelant sa présence, grouillent de toute part (paroles d’évangile sur les murs de la ville et dans la prison que l’on visite, des médailles miraculeuses portées ostensiblement…) Qu’est-ce que c’est bon de voir et de sentir cela à chaque instant !

Je voudrais, maintenant, vous faire part d’une rencontre qui m’a bouleversé. Un lundi matin, alors que nous priions le chapelet, au retour de la messe, avec Solène et Estefania, une dame nous salua de loin avec un grand sourire. Après l’avoir saluée en retour, nous avons fait demi-tour pour partager un moment avec elle. Elle se trouvait seule, à un carrefour, et nous a confié ses soucis de santé et de famille, avant de commencer à rendre grâce pour l’instant présent et à prier pour nous !! Les larmes perlaient sur son visage, non pas des larmes de tristesse mais bien de gratitude et de joie, alors que nous l’entourions par des gestes affectueux. Notre écoute et notre chaleureuse présence était ce dont elle avait besoin, à ce moment, mais quelle foi habitait cette femme de soixante-et-un ans, qui en paraissait vingt de moins, tant sa foi resplendissait sur son visage.

Enfin, quel bonheur de vivre des messes si joyeuses et si profondes. Elles me donnent, selon moi, un avant goût de ce qui nous attend au Ciel et je me nourris énormément de tout cela ! Je découvre, peu à peu, que la simplicité (des conditions de vie mais surtout du cœur) me rapproche de l’autre et donc de Dieu. Malgré les moments où je suis fatigué, où la langue m’empêche de bien comprendre et de partager autant que je le voudrais, où je me sens impuissant face à la peine endurée par certains de nos amis, il n’y a pas à s’en faire, car le Seigneur est bien présent à travers nos amis, à travers mes sœurs de communauté et, bien-sûr, dans le Saint Sacrement, que nous avons la chance de contempler chaque jour ! Je me sens, d’ailleurs, d’autant plus proche de Jésus, que ma chambre donne directement sur notre chapelle !

 

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Aurélien M.
En mission à Tégucigalpa

Rien n’est mort !

Cécile est en mission au Point-Cœur de Brooklyn à New York. Elle découvre combien pour le Christ, rien n’est jamais mort, rien n’est jamais définitivement perdu… Souverain Maître, il a le pouvoir de tout réintégrer, même un défunt, en un instant à Sa vie, la vie éternelle.

Divina

Rien n’est mort en Divina, cette amie sans-abri, qui frappe à notre porte toutes les heures, quand elle ne s’est pas réfugiée pour une nuit ou deux à l’hôpital ou dans un immeuble. Rien n’est mort, même si nous sommes épuisés de ne plus savoir comment l’aider (toute tentative de lui trouver une solution de logement et de soins viable s’est jusqu’ici soldée en échec, depuis six ans : Divina souffre de schizophrénie). Rien n’est mort parce qu’elle est capable de nous aider dix minutes à laver des légumes et de rire aux éclats. Rien n’est mort parce qu’elle a la lucidité de crier parfois à l’aide, en larmes… Rien n’est mort parce qu’après le verre d’eau reçu à la maison, elle continuera de vivre une journée. Rien n’est mort parce qu’elle nous provoque à toujours essayer de la comprendre, à ne pas croire que l’amitié se contente de solutions toutes faites. Rien n’est mort et tout sommeille… attendant la délivrance éternelle.

Rien n’est mort en Teressa, qui a quitté, depuis vingt ans, l’Eglise catholique, après une enfance plutôt pieuse… et s’est mise à la peinture, puis, plus récemment, à la sculpture, sculptant des corps sans bras, reflets tristes et amicaux de son âme qu’elle sent « sans vie ». Rien n’est mort parce qu’une de nos conférences, à laquelle elle assiste par hasard, réveille tout en elle. Ou plutôt, comme elle me le confie samedi dernier, en voyant certaines personnes de notre communauté, leur bonté et leur attention, elle est tout-à-coup « re-révélée » à elle-même : elle se souvient de ses conversations d’enfants avec Dieu, elle retrouve, en un instant, les ailes ou les bras, qui lui manquaient : elle se sent chez elle et tout reprend son sens et demande comment réintégrer l’Eglise. Vingt ans de sommeil balayés par l’éclair fulgurant d’une présence…

Dîner de départ de Pat

Rien n’est mort dans notre amitié avec Pat, qui, après de nombreuses années à New York, dans le miséreux shelter (foyer pour sans-abris) voisin, malmenée par ses colocataires, et transportée dans des hôpitaux, sans comprendre ce qui lui arrivait, vient de pouvoir repartir pour Trinidad, d’où elle est originaire. Lors du petit dîner d’adieu que nous lui avons fait à la maison, (toutes les semaines nous visitons le shelter, et Pat était devenue une très grande amie…), ses larmes étaient bien difficiles à regarder. Mais Pat était en même temps comme « rayonnante » de l’amitié avec nous, cette amitié qui lui a permis de survivre dans la ville folle. Nous ne reverrons plus Pat, mais savons que tout ce que nous avons vécu avec elle sera intact, lorsque nous la retrouverons pour la grande amitié dans la vie éternelle.

 

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Cécile F.
Membre permanente de Points-Cœur à New York

Maria, l’amour-persévérance

Au Salvador, ce sont souvent les femmes qui par leur persévérance et le sacrifice de leur vie font vivre leur famille. Maria, une amie du Point-Cœur et des sœurs du Salvador, est de celles-ci. 

« Il nous reste peut-être quelque arbre, sur le versant, que tous les jours nous puissions revoir ; il nous reste le chemin d’hier et la fidélité d’une habitude, enfant gâtée qui se plut chez nous, y demeura et ne partit plus. »
(Rainer Maria Rilke)

En lisant ces lignes de la première élégie de Rilke, j’ai pensé à notre amie Maria, cette jeune femme d’une trentaine d’années, qui vit dans le quartier du Point-Cœur. Elle est pour moi un véritable témoin vivant de cette persévérance. Elle a grandi dans le quartier, reconnu comme « difficile » par les autorités, vivant au milieu des gangs et survivant au-delà des tourmentes et des angoisses.

Elle vit avec sa mère et son neveu, Pedro, qui a onze ans et qu’elle élève comme son propre fils. Elle a réussi avec beaucoup de persévérance à étudier et travaille actuellement dans une association espagnole comme éducatrice spécialisée en prévention dans des quartiers plus en difficultés. Elle est aussi la responsable de notre fraternité Maximilien Kolbe qui réunit plusieurs familles et amis désireux de vivre le charisme de compassion au sein de leur réalité professionnelle et familiale. Elle est d’un caractère enthousiaste et joyeux.

Il y a quelques mois, elle nous faisait part de sa préoccupation pour Pedro, son neveu. Au sein du collège il souffrait de calomnies et de moqueries et ses notes avaient baissé. De plus, lorsqu’il rentrait chez lui le soir, la grand-mère seule et malade, le recevait et perdait patience. Elle le mettait alors dehors, livré à lui-même au milieu des gangs. Après avoir échangé avec Maria, nous avons pu évoquer l’idée de le changer de structure scolaire afin qu’il soit dans un climat d’études plus serein et qu’il puisse avoir des temps d’études incorporés qui permettraient à sa tante de le récupérer le soir à la sortie de son travail.

Après avoir trouvé une structure adéquate, nous avons sollicité une de nos amies pour la prise en charge d’une partie de la scolarité. C’est une aide précieuse pour Maria qui doit assumer ces nouveaux frais qui grèveront son budget (80 dollars par mois). C’est elle en effet qui subvient aux besoins de la famille et payent les factures et charges courantes. (Pour vous donner une meilleure idée, au El Salvador, le salaire minimum est de 300 dollars pour un niveau de vie équivalent à une vie européenne). Plusieurs fois je l’ai vu se priver de manger pour pouvoir nourrir sa mère et son neveu. Avec beaucoup de dignité et de courage, chaque jour, elle trouve la force de persévérer, grâce à sa foi et son amour pour sa famille. Des femmes comme Maria, il y en a beaucoup au El Salvador. Elles sont vraiment des témoins vivants de ce jour après jour, de ce don au quotidien, dans la discrétion et le travail, le sacrifice et la dignité enracinés dans une foi profonde.

Au fil des années en terre salvadorienne, je redécouvre le sens du mot « persévérer », il devient mien chaque jour un peu plus au contact de Maria et de tant d’autres. Si la définition du dictionnaire : « Persister, demeurer ferme et constant » exprime parfaitement ce que cela signifie, je crois pouvoir dire que, quotidiennement je vois des exemples très concrets à l’image de Maria de cette persévérance qui m’édifient.

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Sr Anne
Servante de la présence de Dieu

Fatima ou celle qui m’ouvrira la porte du Ciel

Un voyage en train peut donner lieu à de belles rencontres. Sœur Aurélie, en mission à Flassans-sur-Issole, raconte : 

Cet après-midi là, je rentrais de mission, et j’étais bien fatiguée. Retrouvant ma place dans le train que j’avais quittée quelques instants, je vis qu’une jeune femme s’était assise en face de moi. Il y avait beaucoup de places libres dans le train, qui était sans réservation, aussi, il me sembla qu’elle m’attendait, et je tâchais de me préparer intérieurement.

– « Bonjour, vous êtes une sœur ? »

– « Bonjour, oui, je suis bien une sœur. »

– « Alors, vous allez pouvoir m’aider ! »

Je répondis par un sourire et bredouillai quelques mots, me sentant tout à fait incapable d’aider quiconque, étant donnée ma fatigue et le tambourinement de mon mal de tête.

Cette jeune femme s’appelait Fatima. Elle me demanda de l’argent, mais au fond, je sentais que ce n’était pas l’objet profond de sa demande, de notre rencontre. Elle me parla de sa vie, de ses parents, morts tous les deux alors qu’elle était jeune, de son frère malade, à qui elle venait de rendre visite et qui lui avait volé son argent, de son ami qu’elle venait de quitter alors qu’elle l’aimait, parce qu’elle pensait être enceinte et avait peur de sa réaction. Elle parla aussi de Dieu, de la prière, de sa foi. « Je prie matin, midi et soir. Lorsque mes parents sont morts, j’ai commencé à lever les yeux vers le Ciel. Je sais que Dieu est avec moi. » – « Peut-être qu’Il vous montre qu’Il prend soin de vous en faisant des signes ? », demandai-je. – « Oui, exactement, Il n’arrête pas de me faire des signes ! » –  « C’est grand ça. » lui répondis-je, admirant sa foi. – « C’est plus que grand, c’est puissant ! », s’exclama-t-elle en pesant ses mots. À ce moment, un monsieur assis à quelques places me tendit un gâteau. Depuis mon arrivée dans le train, il me montrait sa bienveillance par un gentil sourire, qui se concrétisa par ce présent. « Fatima, le Seigneur nous offre même le goûter ! » Nous continuâmes notre conversation en dégustant le gâteau. Puis Fatima confia : « Je me suis prostituée. C’était pour récupérer de l’argent pour aider mon frère, ce n’est pas un péché, n’est-ce pas ? » Je gardai le silence, ne sachant comment lui répondre. C’était, il me semblait, le cœur de notre rencontre. Je désirais, par mon attitude, lui montrer toute mon estime et tout mon respect pour sa vie. Elle reprit : « Après j’ai arrêté. Je sentais que ce n’était pas bon pour moi, je ne pouvais plus. » Puis elle changea de sujet. La gare de Toulon approchait. Je lui dit le sentiment qui était pour moi comme la « note » de notre rencontre : « Fatima, vous savez, en regardant vos yeux, on perçoit que quelque chose, dans votre cœur, est resté pur. » De fait, son regard était empreint de douceur et de clarté. Elle sourit. Je pris congé d’elle en me demandant si nos routes se recroiseraient un jour, et pensai soudain que, peut-être, ce serait elle qui m’ouvrirait la porte du Ciel. « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume ». À travers cette rencontre, ce verset est devenu pour moi réalité.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

« Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? »

Dans ce pays bouddhiste, la Thaïlande, les rencontres et discussions sur la foi remettent devant l’essentiel. Marianne, du Point-Cœur de Bangkok, illustre cette réalité par des rencontres éloquentes.

Paa Noj and phii Jack, au Point-Cœur de Bangkok

C’est dans la prison d’immigration de Bangkok qu’il m’a été donné de rencontrer une femme, dont le témoignage est bouleversant. B. est Cambodgienne, elle a une cinquantaine d’années. Son mari a été emprisonné au Cambodge pour des raisons obscures. La première fois que nous nous sommes rencontrées, la pauvre femme était littéralement morte d’angoisse, au sujet de sa dernière fille, âgée de quatorze ans, et seule dans Bangkok… Petit à petit, elle a raconté son histoire et spécialement sa conversion. Bouddhiste « de naissance », elle s’est convertie il y a environ quatorze ans. A l’époque, sa dernière fille venait de naître. Elle-même était malade, et avait besoin de médicaments. Pauvre comme Job, elle était partie avec la petite sur les bras, et le frère âgé de trois ans, pour recevoir des médicaments d’un centre chrétien. Le centre était très loin de sa maison et il fallait une bonne partie de la nuit pour y arriver à l’aube. Comme elle le dit elle-­même : « Au Cambodge, tout le monde est pauvre, alors beaucoup attendaient les médicaments. » La journée entière s’est écoulée, et, quand son tour est arrivé, la nuit était déjà tombée et les médicaments épuisés. Fatiguée, déçue et inquiète de savoir comment elle allait bien pouvoir rentrer maintenant, elle a fait intérieurement cette prière surprenante : « Si le Dieu de Jésus existe, qu’Il habite cette terre, si tout cela est vrai, alors aide-­moi à rentrer à la maison. » Elle a précisé que personne ne lui a enseigné cela, mais qu’elle l’a dit du fond de son cœur. Moins de cinq minutes après, une voiture est passée (ce qui avait fort peu de chance d’arriver étant donné la campagne où elle se trouvait) et a eu pitié d’elle avec les deux petits et l’a ramenée chez elle. Elle disait : « A partir de ce moment, j’ai cru. Et, dans ma vie, cela a toujours été ainsi, et maintenant encore, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans ma situation mais je continue à prier, à adorer Dieu, j’ai confiance en Lui ; quand je sens que je vais craquer, je prie. »

Dans ce quartier de Jet Sip Raj où je vis, les amitiés n’ont de cesse de m’émerveiller. Dernièrement, je fus très touchée de la délicatesse et de la finesse de nos amis pour comprendre et nous encourager dans les « choses de la foi (catholique)», qui au premier abord leur sont étrangers, puisqu’ils sont tous bouddhistes. En voici quelques témoignages : Mee Sin, qui écoutait l’une des volontaires se plaindre d’avoir manqué une sortie car elle était malade, lui répond : « Cela n’est pas grave ; tu es resté avec le Seigneur, c’est tout aussi bien ! » L’une d’entre nous avait un petit problème de santé, et, fidèle à nos habitudes, demandait conseil à l’une de nos grands-­mères favorites. Yay Somechit l’écoute puis, très sérieusement, lui demande : « Crois-­tu en ton Seigneur ? Crois-­tu vraiment ? As-­tu la foi ? Si oui, alors demande ! Qu’est ce que tu attends ? ». En pleine conversation avec phii Jack et paa Noj (dont l’amitié est une consolation journalière), nous discutions de voyages et d’autres pays. Phii Jack me demande si j’aimerais vivre dans un certain pays ; je réponds vivement : « Ah non, sûrement pas, ce pays me ferait peur ! » Il me regarde alors, tout étonné, et dit : « Mais tu es toujours avec le Seigneur, pourquoi aurais-­tu donc peur ? »

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Marianne P.
Membre permanent en mission au Point-Cœur de Bangkok

Donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida

La mission est finie et Arnault revient de Procida, en Italie. Rencontres et moments forts du départ…

Le moment du départ et de saluer mes amis pour la dernière fois fut un moment difficile, mais aussi, plein de grâces.

Je dois vous parler de Christian, que j’ai rencontré à une séance de catéchisme où je faisais un petit témoignage sur Points‐Cœur. Ce jour-­là, il m’a abreuvé de questions, je l’ai suivi chez lui, il m’a présenté à sa famille. Dès lors, il m’a écrit des lettres, fait des dessins, commencé à apprendre le français. Il sautait dans mes bras, dès que je le croisais, il m’a même dit que j’étais trop fort au foot, quand on raconte que l’amour rend aveugle… Adele, sa maman, me confie à demi-­mot qu’à la minute où il m’a vu, il m’a pris comme modèle parce qu’à la maison son père boit et s’énerve beaucoup. Emue, elle me dit qu’il retrouve une espérance. Je perçois que ce que voit Christian chez moi me dépasse totalement, à la mesure de l’amour qu’il me donne, qu’il déverse en mon cœur, comme cela, gratuitement, inconditionnellement. Au moment de se dire « au revoir », je lui dis que l’on s’appellera, que l’on s’écrira, que l’on se reverra. Je lui demande de prier pour moi et lui dis que j’en ferai autant mais, les larmes aux yeux, il saute à mon cou et je le sers fort dans mes bras, peu de mots, un grand silence. Nous nous séparons le regard triste, je ne verrai plus Christian, mon ami qui a huit ans et, jamais, ô grand jamais, je ne l’aurai imaginé, mais cela me crève le cœur. J’emporterai son amour avec moi et prierai pour lui chaque jour.

Les derniers mots échangés soulignent l’absurdité et toute la beauté de la mission car, en effet, il est absurde de quitter sa vie pour épouser un peuple et, finalement, quelques mois plus tard, retourner à sa vie précédente. Mais, la grande beauté de notre vie, ici, repose aussi en cela : dans la gratuité de la démarche et dans le fait de participer à une œuvre qui nous dépasse totalement. Lorsque je suis venu prendre un ultime café chez Loredana, elle a pris pour image Michelangelo qui expliquait que ce n’est pas lui qui faisait la statue, mais que celle-­ci était présente dans la pierre et qu’il ne faisait que la mettre au jour. Je crois que c’est exactement cela la mission que j’ai vécue à Procida, l’œuvre à laquelle j’ai participé. En cherchant à aimer nos amis jusque dans leur quotidien le plus ordinaire. Il me semble avoir taillé la pierre pour laisser la statue émerger dans le moindre de ses reliefs. Ici, j’ai appris qu’aimer c’est aider l’autre à prendre conscience du chef d’œuvre qu’il cache. Un chef d’œuvre unique qui est celui du Père.

« Bon voyage mon ami ». Au moment de partir, Enzo me dit cette phrase en français dans le texte. Il est plutôt du genre réservé, dans ces mots tout est dit. Il me remercie d’être venu, d’être entré dans sa vie, de l’avoir aidé pendant quelques temps à porter sa croix et me souhaite le meilleur pour la suite. Le voyage de retour ne fait que commencer mais, quand l’heure du départ a sonné, une sensation d’arrachement s’est emparée de moi et je crois laisser un bout de moi-­même là-­bas. Cependant je sens que je rentre en paix avec tous mes amis au cœur et leurs visages qui continueront à m’illuminer. Le sentiment qui m’anime est celui d’une grande liberté. Libre, car la mission à laquelle j’ai participé est bien plus grande que moi, car ce regard nouveau que j’ai découvert, je pourrai le porter sur le monde que je retrouve. Car il ne tient qu’à moi de donner à ma vie en France la saveur de la joie à laquelle j’ai goûtée à Procida. Il me semble désormais que cette liberté est le trésor que je suis venu chercher, celui qui me fera vivre selon la phrase de saint Augustin : « Aime, et fais ce que tu veux ».

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Arnault S.
Volontaire au Point-Cœur de Procida

Allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

Dans l’avion de retour du Point-Cœur du Honduras, Bérengère nous partage ses premières pensées, l’essentiel de sa mission, la leçon d’amitié…

Bérengère et la famille de Maria Justina Honduras

Me voici dans l’avion de retour. Alors que dans moins de dix heures maintenant, je vais à nouveau fouler le sol français, après une mission à plus de 8 500 kilomètres de là. Il est venu, pour moi, le temps de faire le bilan de cette extraordinaire expérience humaine. Mais ô combien cette tâche m’est difficile ! Comment résumer de manière fidèle ce que j’ai vécu ici d’un point de vue spirituel, humain et culturel ? Une chose est sûre, c’est que j’ai beaucoup reçu ! Si vous saviez à quel point ! Bien plus que je n’ai pu donner. Cette mission m’a évidemment transformée, car elle m’a permise de réaliser ce que j’avais au fond de mon cœur depuis des années, d’accomplir ce à quoi j’aspirais. J’ai tant appris ! A commencer par le don de soi, quelque soit les circonstances, la patience, l’écoute, la disponibilité à tout moment, la simplicité de vie, l’humilité, la vie en communauté. J’ai beaucoup appris sur les autres, sur moi, sur mes richesses et mes limites. J’ai appris à aimer, à aimer en vérité, de manière totalement gratuite, les personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles font. J’ai appris à regarder le bien en chacune d’elles. Cela a changé mon regard sur la vie et sur ma vision du monde qui était sans doute erronée auparavant.

Oui, qu’est-­ce que je l’ai aimé mon quartier, avec ses inconvénients, mais surtout avec ses richesses, et sa plus grande richesse, ce sont ceux qui y vivent.  Que c’est difficile de quitter ceux que l’on aime ! Certes, je laisse donc ici beaucoup d’amis, mais je ne les perds pas. Ces amitiés ne m’appartiennent pas, c’est avant tout une amitié avec Points-­Cœur et c’est cela qui est beau… Les missionnaires ont beau partir un jour ou l’autre, les amitiés restent et se transmettent aux nouveaux missionnaires. Combien de fois, dans la rue, des amis du Point-­Cœur sont venus nous saluer alors que nous ne les connaissions pas encore, mais qu’ils connaissaient untel ou untel il y a quelques années ! Il n’est donc pas rare d’écouter nos amis du quartier nous parler des missionnaires d’il y a cinq, dix, quinze ou encore dix-­huit ans au début de Points-­Cœur au Honduras. Ainsi, Klaudia, Estefania, Solène et Agata vont continuer à faire grandir ces amitiés et les transmettront, à leur tour, lorsqu’elles partiront.

Mes trois dernières semaines, je les ai passées à visiter, du matin au soir, nos amis pour leur dire « au-­revoir » et les inviter à ma despedida. Que c’était difficile pour moi, mais beau à la fois ! A chaque visite, ils étaient si émus, me serraient fort dans leurs bras et ne cessaient de me remercier. Je ne comprenais pas pourquoi, car je ne leur ai offert que ma présence et mon amitié, mais peut-­être est-­ce cela même qu’ils recherchaient ? Je n’ai peut‐être pas toujours été à la hauteur, mais ce que j’ai fait, je l’ai fait du mieux que je pouvais et de tout mon cœur.

Nos amis du quartier n’ont pas grand-­chose d’un point de vue matériel. Leurs biens personnels et leurs souvenirs tiennent pour l’essentiel dans une valise, mais ils vous donnent de tout leur cœur tout ce qu’ils ont, à commencer par leur trésor le plus précieux, l’Amour.
Oui, ils vivent pauvrement, mais ne se plaignent jamais et sont heureux comme ils sont et avec ce qu’ils ont. Alors que je m’apprête à retrouver ma famille, mes amis et ma vie professionnelle. Je pense à tous les anciens missionnaires qui, avant moi, ont eu le privilège de cette expérience de tout quitter pour aller vers ceux qui en ont besoin, mais je pense aussi à tous ceux qui se posent la question de partir en mission et qui hésitent encore. Si je pouvais vous donner un conseil, allez-­y, osez, vous ne le regretterez jamais !

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Bérengère L.
Volontaire au Point-­Cœur du Honduras

Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ?

Adélaïde, en mission à Athènes, nous présente Taej, cette amie du Point-Coeur de Grèce dont la vie dramatique reçoit la lumière avec la naissance de Camilla.

Taej et Camilla à Athènes

Nous avons rencontré Taej chez les Sœurs de Mère Térésa cet hiver. Je me souviens de son ventre énorme sur ce corps de jeune fille et de ses grands yeux un peu perdus. Très spontanément nous prenons son numéro, apprenant qu’elle allait déménager bientôt. Et quelque temps plus tard, nous décidons de lui rendre visite dans son nouveau chez elle. Elle nous indique qu’il faut passer les barbelés « qui font comme une prison » puis quand on voit les « papillons et les cerfs-­volants », c’est là. La providence a voulu que l’on finisse par la trouver, dans une école retirée du centre, aux allures abandonnées, dont un des étages sert à loger des réfugiés dans des anciennes salles de classe. L’étage est recouvert de graffitis d’enfants, d’eau stagnante par-­ci par-­là, de petites chaussures un peu partout dans le couloir. Chaque habitant a la clef de sa propre douche, toutes disposées dans le couloir tandis que les robinets sont collectifs, l’un d’entre eux, défouloir de la colère d’une petite fille trône, cassé au milieu des autres. Taej nous explique que l’entrée est interdite aux hommes, il y aurait eu un meurtre quelque temps auparavant, ajoute-­t-­elle sur ce ton un peu fatigué de ceux qui en ont déjà beaucoup trop vu. Sa chambre est très vide mais avec un bon chauffage : nous sommes un peu rassurées. Elle nous accueille avec sa simplicité si touchante et nous raconte petit à petit son histoire, terrible, avec ses grands yeux d’enfant. Originaire du Congo, Taej porte l’enfant d’un des militaires qui l’a agressée lors de leurs passages dans son village. Elle explique que c’est fréquent et que le « non » des femmes n’est alors pas vraiment concevable. Elle nous dit ne se rappeler de rien, l’histoire est ensuite assez floue, moi-­même ayant eu du mal à tout enregistrer tant je me refusais à accepter qu’elle ait eu à subir toutes ses horreurs. S’en suit une tentative de quitter l’Afrique, un suicide d’une jeune femme sous ses yeux, et l’annonce de sa grossesse. Taej finit par arriver en Grèce, d’abord sur une île puis à Athènes, seule, sans nouvelle de sa famille, avec pour seule attache à son pays le fruit de cette terrible agression. Elle apprendra par la suite que sa mère n’a jamais été revue : ils ont simplement retrouvé sa maison avec le toit déchiré. Le père quant à lui était parti des années auparavant. Elle semble ne pas réaliser pleinement qu’elle est enceinte, elle dit simplement attendre de se réveiller et réaliser que ce n’était qu’un mauvais rêve. Elle nous raconte avoir décidé de ne pas avorter car cet enfant est maintenant sa seule famille. Elle semble ne rien savoir d’un accouchement et nous essayons tant bien que mal de lui donner quelques repères. Nous repartons assez inquiètes tant pour son avenir que pour celui de sa fille. Mes petites réflexes de psychologue me reprennent : comment vont-­elles pouvoir se construire sur un socle si fragile et si douloureux ? Les semaines passent, l’accouchement approche et je n’arrive pas vraiment à trouver de l’espoir. Taej a pourtant cette pureté qui me questionne : comment peut-­elle rester si innocente avec toutes les épreuves qu’elle a dû traverser ? Elle me touche en permanence par sa candeur et son humour lumineux. Elle nous parle de son passé avec une douceur très belle lorsqu’elle mentionne son père ou l’enfant qu’elle a été. Elle nous raconte comment elle a découvert pour la première fois son reflet dans l’eau (« serait-­ce une sorcière de la rivière ? ») et comment elle s’est forcée jusqu’à s’en rendre malade à manger de la nourriture « pour blanc » pour paraître plus « aristocrate ». Avec une grande simplicité, elle dit parfois se sentir triste sans comprendre pourquoi, mais quelques minutes suffisent pour que la lumière revienne dans ses yeux et qu’elle nous emporte à nouveau avec elle dans son petit village congolais. Le grand jour approche et je me surprends à vérifier très régulièrement qu’elle ne nous envoie pas un message pour dire qu’elle est à l’hôpital. Elle finit par donner naissance à la petite Camilla, il y a déjà trois mois, un accouchement difficile d’autant plus que Taej a une insuffisance cardiaque. Nous tentons immédiatement d’aller lui rendre visite et, après un certain temps dans les étages de l’hôpital (non, nous ne sommes toujours pas bilingues…) nous finissons par trouver sa chambre. Mais l’accès est réservé à la famille et Taej n’en a pas. A son retour à l’école nous allons la voir, des guirlandes de couleur à la main pour décorer ses murs si vides, entourées des petits voisins syriens, fascinés par l’arrivée de Camilla. Taej est transformée. Elle dégage une sérénité que je ne m‘explique pas bien et porte sa fille dans les bras comme si elle l’avait fait toute sa vie. Camilla est habillée comme une princesse et sa mère lui parle avec tendresse. Comment une histoire aussi tragique peut-­elle donner vie à un si bel amour ? J’en ressors déroutée. Par la suite, Taej nous raconte avoir retrouvé son frère grâce à un homme rencontré à son arrivée en Grèce. Son frère devait être enfant soldat et ayant pris peur il s’était évadé dans la forêt. Aujourd’hui, il vit au Canada avec sa femme. Quand ils se sont appelés pour la première fois, ils ne se sont pas parlés, s’écoutant simplement pleurer l’un l’autre. La semaine dernière, nous sommes allées fêter ses peut-­‐être dix-­‐huit ans (elle ne sait pas vraiment elle-­‐même son âge) dans le parc à côté de l’école. Elle m’explique quelques jours avant : « Je veux la totale ! Avec des bougies et une chanson ! » On lui a donc donné « la totale » : un gâteau avec des bougies, une chanson, un cadeau et une carte : un simple papier rose où l’on avait écrit Joyeux anniversaire. Quand elle l’a vu, elle a simplement dit : « Personne n’a jamais fait ça pour moi, je la garderai toute ma vie. » Taej, je l’ai aimée à l’instant où je l’ai rencontrée, avec ses grands yeux perdus et son sourire malicieux. Elle est pour moi un signe fort d’espoir et de joie : celui de la lumière présente en toute chose.

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Adélaïde L.
Volontaire au Point-Cœur de Grèce

Nos amis qui accueillent nos amis…

Depuis déjà un an que le Point-Cœur s’est installé à Montevideo en Uruguay, les volontaires se sont liés d’amitiés avec de nombreux amis qui les ont aidés pour la fondation du Point-Cœur. Jorge est un de ceux là qui s’était chargé des travaux de la maison. 

dans la piscine de Jorge…

Jorge, chargé l’an passé des travaux de notre maison, a offert une journée sa maison aux amis de notre quartier. Avec notre fidèle amie, Liliana, et d’autres, ils ont organisés le transport, le barbecue, des lots et des cadeaux pour les enfants et Jorge nous a même prêté ses maillots de bain pour pouvoir nous baigner dans sa piscine !

Le départ du quartier fut épique car il nous fallut rassembler nos amis au petit matin d’une nuit de fête, et cela, sous une pluie battante. Pour cette raison, les maillots de bain avaient été abandonnés ! Mais le soleil est doucement arrivé et ne nous a plus quittés !

Je fus marquée par la fraternité entre tous. Il semblait ne plus y avoir de différences entre nos amis du quartier et ceux qui avaient tout organisé. Et puis, chacun avait son espace et cela, non en fonction de son importance, sinon de ses talents. C’est ainsi que Sulema nous a offert un défilé de mode, que plus tard nous avons découvert que notre amie, Olga, qui ne sait ni lire ni écrire, chante et joue de la guitare avec une voix si pure que le « public » en fut touché. Et puis Antonela a fait ses premières brasses dans la piscine. Pablo, volontaire polonais a fait son premier barbecue : tout un art ici ! Bref, ce fut une belle journée de vacances partagée.

Olga à la guitare

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Mathilde C.
Membre permanente de Points-Cœur

Fabiola laisse découvrir la beauté de son cœur

Lors de ces visites à la maison de retraite proche du Point-Cœur de la Havane, Guillemette découvre des âmes seules, des cœurs assoiffés, Fabiola est une de ces mystérieuses rencontres.

Thelma et Guillemette en pleine lecture

Chaque jeudi après-­‐midi, nous allons leur rendre visite dans une maison de retraite, appartenant à notre paroisse. Ce sont mes grandes copines, qui ont en moyenne quatre-­vingt-­dix ans. Soit dit en passant, hier, une d’entre elles a fêté ses cent-­‐trois ans ! Cela me donne beaucoup d’espérance de vie !! A vous aussi, j’espère ? J’aime beaucoup les voir, discuter avec elles, car elles ont le mérite de l’âge, de l’expérience. Dans une grande simplicité, sans aller par quatre chemins, elles me donnent beaucoup de conseils et me font part de leurs aventures de jeunesses, de leurs histoires, leurs joies et leurs souffrances. Cela m’enrichit beaucoup, car elles sont d’une grande sagesse et certaines sont dotées d’un humour ravageur ! Il y a quelques semaines, alors que je déambulais dans la maison de retraite, je vois une petite dame, toute chétive, assise en face de son déambulateur. Je ne l’avais jamais vue. Elle discutait avec un monsieur. J’avais bien envie d’aller la saluer mais peur de la déranger dans sa conversation. Je poursuis ma route et la regarde en lui adressant un sourire et le traditionnel buenas tardes ! Ses yeux pétillants me fixent, et, en agitant son bras tout maigre, elle me propose de venir m’assoir. Elle s’appelle Fabiola, quatre­‐vingt‐seize ans. Son regard continue de me fixer, elle me pose quelques questions (le pauvre monsieur ne pouvait plus vraiment parler !) Après avoir su que j’étais Française, la voilà qui se met à me parler un français parfait, avec un accent incroyable. Je tombe des nues ! Fabiola a été professeur de français et d’anglais… Et, malgré son âge, elle n’a rien perdu ! Incroyable. C’est une femme qui n’apprécie pas de parler d’elle, elle m’a donc posé pas mal des questions… Petit à petit, nous parlions un « français/espagnol » assez cocasse. Elle est toute belle Fabiola ! En partant, elle m’offre une médaille miraculeuse et je lui promets de lui en rapporter une de Lourdes, car elle a une grande dévotion envers la Vierge de Lourdes. Le temps défile et, un jour, je vais la revoir, car j’avais une promesse à tenir et ça faisait longtemps que nous ne nous étions pas vues (elle reste pratiquement tout le temps dans sa chambre et ne parle à personne). J’étais sûre qu’elle n’allait pas me reconnaître et, encore moins, se souvenir de mon prénom… Je rentre. Elle regardait la chaîne sportive de sa petite télévision, c’est une grande amatrice. Toujours aussi chétive, avec sa petite barrette dans les cheveux. Je vous assure qu’elle est vraiment toute belle Fabiola ! Elle me regarde et me dit « Ah ! Guillemette ! Je t’attendais depuis un certain temps !! » Je suis plus qu’impressionnée et touchée… Comme promis, je lui offre cette fameuse médaille, qu’elle reçoit comme un trésor. Nous nous mettons à discuter de tout : économie, sport, politique… Elle était assez curieuse de connaître notre situation en France, surtout durant la période des élections. Elle se souvenait de toute notre discussion antérieure et me demande des nouvelles de ma famille… bref, elle m’a beaucoup marquée car, à travers ses questions, j’ai perçu une soif d’amitié, une soif de rencontre. C’est une femme qui a un fort caractère et qui s’isole, je crois qu’elle a peu d’amis. Je ne saurais pas comment vous l’expliquer, mais il a suffit d’une seule conversation, toute banale, pour qu’il y ait une vraie rencontre. Il suffisait de peu… juste de prendre le temps de discuter ensemble, de tout et de rien, mais avec un réel désir de connaître l’autre. C’est ce qui s’est passé avec Fabiola. Nous ne nous voyons pas à chaque fois que je vais à cet apostolat. Mais, lorsque c’est le cas, c’est comme si nous nous étions quittées la veille. Il y a quelque chose d’assez mystérieux. Jamais je n’aurais imaginé vivre cela. C’est une vraie grand-­mère car lorsque je vais la voir, je repars toujours avec des biscottes et des caramels… Elle est unique, Fabiola. Je vous souhaite de vivre cela, de vous laisser surprendre par une amitié soudaine et la beauté de cœur de l’autre.

 

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Guillemette E.
Volontaire au Point-Cœur de Cuba

La Providence n’est pas un vain mot

Après un an au Pérou, dans le petit village de Guayabo, Sœur Alexandra a rejoint la Maison Notre-Dame-du-Monde-Entier à Vieux-Moulin. De retour en France, elle fait mémoire d’une amie qui lui fut donnée par la Providence. 

Sr Alexandra et Senora Antonia

Ma rencontre avec Señora Antonia est un de ces hasards qui rappellent combien Dieu est à l’œuvre dans nos vies, que sa Providence n’est pas un vain mot. Je rendais visite à une volontaire qui était à l’hôpital après une opération. La laissant se reposer un moment, je m’approche de l’autre lit de la chambre, où était allongée une petite grand-mère. Son visage s’éclaire en me voyant, mais on peut lire sur ses traits sa souffrance. Elle parle difficilement. Ne sachant que dire, je prends mon chapelet et lui propose de prier ensemble. Elle me serre les mains et me remercie chaleureusement : je suis dépassée, une fois de plus, par la force de cette simple prière du chapelet ! Avant de la quitter, je lui demande d’où elle vient. Sa réponse, « Picapiedra », sonne familièrement à mes oreilles : c’est le village voisin de Guayabo, que nous allons souvent visiter. Et effectivement, elle connaît bien nos sœurs, et me cite le nom de plusieurs ! Je n’en reviens pas : dans cette chambre d’un des nombreux hôpitaux de Lima, je suis tombée sur une voisine qui nous connaît depuis plusieurs années !

Quand je pars, le médecin me confie que son état est incertain, elle a besoin d’une importante transfusion et il n’est pas facile de trouver des donneurs. Peu après, elle est changée d’hôpital, nous n’avons plus de moyen de la joindre. J’ai un peu l’impression de la perdre juste après l’avoir trouvée, mais que puis-je faire, sinon la garder dans ma prière, et remettre cela au Seigneur ?

Un mois plus tard, je suis en visite à Picapiedra avec sœur Gabriel, et nous tentons une nouvelle fois d’aller frapper à la porte close de Señora Antonia. Quelle surprise de la voir nous ouvrir, et debout ! Je ne sais pas qui était plus heureuse, d’elle ou de nous. Nous étions la veille de Noël : ce fut un de mes plus beaux cadeaux !

Nous retournons régulièrement la voir. Je suis très touchée de son accueil si affectueux et de sa force d’âme que je découvre au fil de ses confidences : elle nous parle de son cher époux maintenant décédé, de son petit-fils de six ans gravement malade, de sa vie de travail. Orpheline de père, habitant la sierra (les montagnes du Pérou), elle est envoyée, jeune fille, travailler aux champs près de Lima : « Ma mère m’avais appris à tout faire à la maison, mais je ne connaissais rien à la terre. Le premier jour, le responsable me dit : “Ce n’est pas pour toi, je te prends une semaine, c’est tout”. J’ai pleuré et j’ai prié : “Seigneur, aide-moi !”. J’ai décidé de prendre ce travail comme un jeu, j’ai commencé ma ligne de plantation et j’ai terminé la première. Et non, ce n’était pas mal fait ! Je suis restée pour aider les autres à finir. A la fin de la semaine, on m’a dit : “Tu restes autant que tu veux”! Puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mari, d’avoir mes enfants, de monter une ferme avec des chèvres, des cochons et des poulets – les gens venaient de Lima pour me les acheter. J’ai aimé travailler dans les champs, revenir avec le sac de tomates ou de canne-à-sucre sur le dos, portant parfois mon enfant devant. Je rends grâce au Seigneur pour cette vie. » Quelle force en ce petit bout de femme ! Comment ne pas admirer cette vie rude et courageuse, sa confiance en Dieu ? C’est une chose qui m’a marquée chez beaucoup de nos amis péruviens : leur coeur simple et persévérant, qui ne se plaint pas devant le travail et ses difficultés, mais sait rendre grâce pour ce qu’il reçoit.

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

Hôpital Cardito, où la présence répond à la souffrance

Le Points-Cœur d'Afragola, P.Rapahël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

Le Points-Cœur d’Afragola, P.Raphaël, Elodie, Ewzlina, Sixtine, Anna, Mathilde

A Naples, Elodie a commencé sa mission, venant tout droit de l’Ile Maurice. Elle nous présente Loredana et Eugenia qui vivent à l’hôpital psychiatrique de Cardito que le Point-Cœur visite toutes les semaines.

Chaque mercredi, Mathilde et moi allons faire des visites dans l’hôpital psychiatrique de Cardito, une petite ville à côté d’Afragola. Je ne vais pas vous cacher, qu’aller dans cet hôpital n’est certainement pas la chose la plus facile de ma mission. Et pourtant, c’est la visite que j’attends le plus, chaque semaine. La première fois que j’y suis allée, j’en suis ressortie toute bouleversée. Les patients sont enfermés entre quatre murs, il n’y a rien de prévu pour occuper leur journée. La salle de repos est grande, mais il n’y a que quelques chaises et une table. Toutes les chambres se ressemblent, aucune personnalisation. Les conditions sanitaires ne sont pas tellement au rendez-­‐vous, deux chiens errent dans les couloirs, les patients fument à l’intérieur même du bâtiment et les mégots sont jetés à même le sol. Cet apostolat nous montre vraiment le vrai but de notre mission, notre simple présence est nécessaire pour chaque patient. En effet, lors de la semaine sainte, nous n’avons pu y aller, et, la semaine suivante, nos amis nous disaient : « Pourquoi vous n’êtes pas venues la semaine dernière ? Je vous attendais. » Nous sommes souvent la seule visite que ces patients reçoivent. Nous y avons plusieurs amis : Carmella, Aldo, Eugenia, Gaetano, Loredana, Patricia, Maria et tant d’autres. Mais aujourd’hui je voudrais vous présenter deux d’entre eux. La première, c’est Loredana ; elle doit avoir une quarantaine d’années, toujours vêtue d’un pantalon large et de chaussures trop grandes pour elle, mais dans lesquelles elle se sent à l’aise. Elle ne parle pas bien, on ne comprend pas toujours ce qu’elle dit, mais notre simple présence auprès d’elle lui fait tellement de bien. Elle est toujours la première à nous accueillir, avec un grand sourire. Lors de ma première visite, c’est