En Inde : accompagner nos voisins dans le deuil

Categories: Inde

Guillemette est en mission en Inde au Point-Cœur de Chengalpett depuis plus d’un an. Quand un de leurs voisins meurt, c’est un de leurs amis. Elle raconte comment cela fait partie de la vie de leur quartier, de leur mission auprès d’eux.

Moghamma et sa nièce Retishka

Aujourd’hui, nous partageons le chagrin de notre quartier car notre voisine vient de perdre son mari. Depuis hier, les lamentations des femmes nous parviennent de la maison d’en face, les pleurs, les cris et les questions sans réponse. Oui, le chagrin nous a toutes prises au ventre, quand nous sommes allées nous recueillir devant le corps et faire part de notre soutien à la famille. Et puis, ces battements de tambour, le son de cette corne de bœuf comme un cri languissant, oui nous vivons ces funérailles. Avec ce décès, je réalise combien la vie est précieuse, chaque journée, chaque minute, chaque instant compte ! La vie est courte et nous avons une mission à accomplir sur cette terre ! Le côté saisissant de cet enterrement est aussi comme un dernier hommage à la vie : tout comme la vie est grande, précieuse et belle, il faut accompagner le défunt vers un autre monde, et implorer « la faveur des dieux » pour son âme !

De nombreux rituels jalonnent ainsi ces funérailles. Le sacré se révèle à travers de nombreux signes. Au pic des funérailles, alors que la foule se presse, le fils du défunt se tient à moitié nu aux côtés du corps, pour veiller aux dernières bénédictions : jetée de fleurs, huiles sur le front… Les femmes se lamentent, par leurs larmes, elles demandent la miséricorde des dieux pour ce père de famille. Les hommes, quant à eux, restent stoïques, pas un pleur. Ils sont forts, silencieux et s’occupent des aspects concrets. Ils ont le rôle d’escorter le corps jusqu’au funérarium. Sur la route, ils jettent des fleurs et scandent des chants aux battements des tambours.

Peut-être que ce qui est si triste et dur, c’est pour eux de ne pas savoir ce qu’il adviendra de l’âme de cet homme… Les hindous croient en la réincarnation des âmes dans un autre corps, une autre vie. Selon certaines croyances, il faut sept vies pour mériter son « ciel ». Alors, quand on connaît la dureté de quelques vies (travail sous le soleil du jour sur les voies ferrées, dans les champs, vies d’intouchable, mendicité…), on peut imaginer comme il est difficile d’espérer.

Malgré le chagrin et la lourdeur de l’atmosphère, ce qui est beau, c’est que tous les voisins viennent apporter leur soutien à la famille du défunt, sa femme, ses enfants et petits-enfants. J’entends dire : « Il a eu une belle vie. — C’était un homme bon et droit. » Les gens défilent tour à tour dans la maison endeuillée. Par leur simple présence, ils marquent leur amitié, leur compassion pour la famille. Aussi, pour partager le chagrin de la famille, la rue endeuillée ne dessine pas le kolambéni devant chaque maison, le matin des funérailles. Pour remercier du soutien du quartier, une semaine après la mort du défunt, la famille distribue de la nourriture en abondance à tout le voisinage.

La cérémonie est finie, le calme est revenu dans le quartier, et ça y est, la vie continue… Le soir-même, nous discutons et rions avec notre voisine Moghamma. Après la tempête, c’est incroyable son rire ! Nous parlons simplement de nourriture, ce qu’on a mangé au dîner, et nous voilà de nouveau heureux et réconciliés.

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Author: admin