Déménagement du Point-Cœur de Brooklyn

Categories: Etats-Unis

Fin septembre, le Point-Cœur de New-York a du déménager dans un nouveau quartier de Brooklyn, car l’ancienne maison devenait trop vétuste et coûteuse à réparer. Cécile raconte les premiers pas dans ce nouveau quartier :

Cécile avec une amie lors de la « House-warming party » à Brooklyn

Notre nouvelle terre de mission, c’est Williamsburg, avec sa population bien variée : dans cet ancien quartier industriel, Latinos et Italiens côtoient des Irlandais et des Allemands. Parfois, il faut jeter un regard au loin sur l’Empire State Building et la Liberty Tower, entre deux longues cheminées de briques, pour nous rappeler que nous sommes à New-York.

Nos premières amies, celles qui nous ont gentiment accueillies d’un sourire lorsque nous franchissions, pour la première fois, de bon matin, le seuil de notre nouvelle église, sont une dizaine de femmes âgées que nous retrouvons tous les jours à la messe de 7h45. Parmi elles, Lauren, dont le fils est mort il y a quelques années, laissant sa jeune épouse et deux enfants. Une douleur qu’elle porte sans aucune plainte, sans jalousie pour celles de ses amies qui seraient, ou sembleraient extérieurement, plus fortunées. Une douleur qu’elle assume avec discrétion, et une joie de vivre débordante. Une douleur sans réponse qu’elle offre à Dieu, sans attendre un sens qui permettrait de circonscrire son « Je », d’expliquer son existence, mais en acceptant le silence qui lui permet de rester en perpétuelle dépendance, en perpétuel questionnement, en perpétuelle attitude de « Tu » pour Dieu.

Nous commençons aussi à visiter les personnes âgées ou malades des immeubles pauvres environnants. En général, leurs noms nous sont donnés par notre curé. Parfois, nous nous risquons à sonner à des portes inconnues, qui restent closes souvent, s’entrebâillent parfois, ou s’ouvrent grandes les jours de grâce. L’une des femmes qui m’a le plus marquée jusqu’ici s’appelle Emilia. Elle vient de République dominicaine et vit dans la pénombre d’un petit appartement qu’elle n’arpente que difficilement avec ses béquilles. Notre espagnol est très limité et son anglais inexistant : il faut donc aller à l’essentiel. Nous lui montrons le chapelet autour de nos poignets… elle nous indique son petit oratoire à la Vierge Marie. Nous bégayons quelques mots sur notre récente arrivée dans le quartier… elle nous fait signe que son quartier c’est, depuis vingt-cinq ans, ce petit appartement où elle prie. Nous commençons doucement un « Je vous salue Marie », elle le continue avec ferveur. C’est comme si notre visite comblait sa longue attente, mais seulement pour un temps. L’attente patiente, c’est son attitude fondamentale. Elle semble vivre dans l’attente du Royaume, donnant une grande attention à chaque petite chose de son univers limité.

Et puis il reste Becky, Felicia, Laverne, Christina et Tamara… ces amies de notre ancien quartier que nous voyons moins, maintenant. Est-ce que le « tu » que nous avons été pour les unes pour les autres est arrivé à maturité ? De quelle manière doit-il prendre forme maintenant ? Est ce que la distance ne nous le fait pas chercher plus ardemment, non plus comme un acquis, mais un don à mendier sans cesse de nouveau, pour lequel il faudra nous donner plus de mal ? Ce fut une petite expédition pour avoir Felicia à dîner. Il a fallu lui expliquer deux fois au téléphone comment venir en bus, puis nous résigner à aller la chercher en voiture… Mais elle voulait, à tout prix, vérifier que nous étions bien installés, que la cuisine était assez grande pour qu’elle puisse continuer à venir parfois y travailler avec nous et, surtout, il fallait qu’elle voie « sa nouvelle maison ». Car c’est bien cela : pour beaucoup, notre nouvelle maison est leur nouvelle maison, notre nouvelle terre de mission est leur nouvelle terre de mission qu’ils assument à leur manière, en priant pour nous ou nous rendant service…

Cécile F.

 

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Author: admin