Servantes de la Présence de Dieu

Sr Myriam, Brésil, 2012

Sr Myriam, Brésil, 2012

Fidèles au charisme de Compassion de Points-Cœur, les Servantes de la Présence de Dieu cherchent à rejoindre ceux qui souffrent et ceux qui sont seuls par leur amitié gratuite. Ainsi elles veulent répandre l’Evangile de la Compassion. Fondée en 1994, la communauté est aujourd’hui reconnue par l’évêque de Fréjus-Toulon (France) comme Association publique de fidèles en vue de devenir institut religieux.

Les sœurs vivent en peti­­tes com­­mu­­nau­­tés de cinq ou six. Des rela­­tions vraies et sim­­ples per­­met­­tent à leur ami­­tié d’être une réelle com­­pa­­gnie pour leur vie, une aide pour leur che­­mi­­ne­­ment vers Dieu. Leurs jour­­nées sont ryth­­mées par des temps de prière com­­mu­­nau­­taire et per­­son­­nelle.

Mission

  • Visiter leurs voi­sins et en par­ti­cu­lier ceux qui souf­frent et ceux qui sont seuls ainsi que les lieux de souffrance…
  • Ouvrir leurs mai­sons à tous, en offrant leur ami­tié, pour un temps de silence, de repos ou de retraite.
  • Travailler à l’évangélisation et à l’éducation de ceux qui leur sont confiés.
  • Être au ser­vice de l’œuvre Points-Cœur et de la sanctification des laïcs.

Les Servantes de la Présence de Dieu sont aujourd’hui 33 sœurs de 7 natio­­na­­li­­tés dif­­fé­­ren­­tes et leurs prieu­­rés sont établis en France, à Flassans-sur-Issole (Var), au Pérou, El Salvador et en Argentine. Certaines sœurs vivent aussi tem­­po­­rai­­re­­ment dans un Point-Cœur (New-York, Suisse, Brésil, Cuba).

Lire des témoignages des Servantes de la Présence de Dieu

Fatima ou celle qui m’ouvrira la porte du Ciel

Un voyage en train peut donner lieu à de belles rencontres. Sœur Aurélie, en mission à Flassans-sur-Issole, raconte : 

Cet après-midi là, je rentrais de mission, et j’étais bien fatiguée. Retrouvant ma place dans le train que j’avais quittée quelques instants, je vis qu’une jeune femme s’était assise en face de moi. Il y avait beaucoup de places libres dans le train, qui était sans réservation, aussi, il me sembla qu’elle m’attendait, et je tâchais de me préparer intérieurement.

– « Bonjour, vous êtes une sœur ? »

– « Bonjour, oui, je suis bien une sœur. »

– « Alors, vous allez pouvoir m’aider ! »

Je répondis par un sourire et bredouillai quelques mots, me sentant tout à fait incapable d’aider quiconque, étant donnée ma fatigue et le tambourinement de mon mal de tête.

Cette jeune femme s’appelait Fatima. Elle me demanda de l’argent, mais au fond, je sentais que ce n’était pas l’objet profond de sa demande, de notre rencontre. Elle me parla de sa vie, de ses parents, morts tous les deux alors qu’elle était jeune, de son frère malade, à qui elle venait de rendre visite et qui lui avait volé son argent, de son ami qu’elle venait de quitter alors qu’elle l’aimait, parce qu’elle pensait être enceinte et avait peur de sa réaction. Elle parla aussi de Dieu, de la prière, de sa foi. « Je prie matin, midi et soir. Lorsque mes parents sont morts, j’ai commencé à lever les yeux vers le Ciel. Je sais que Dieu est avec moi. » – « Peut-être qu’Il vous montre qu’Il prend soin de vous en faisant des signes ? », demandai-je. – « Oui, exactement, Il n’arrête pas de me faire des signes ! » –  « C’est grand ça. » lui répondis-je, admirant sa foi. – « C’est plus que grand, c’est puissant ! », s’exclama-t-elle en pesant ses mots. À ce moment, un monsieur assis à quelques places me tendit un gâteau. Depuis mon arrivée dans le train, il me montrait sa bienveillance par un gentil sourire, qui se concrétisa par ce présent. « Fatima, le Seigneur nous offre même le goûter ! » Nous continuâmes notre conversation en dégustant le gâteau. Puis Fatima confia : « Je me suis prostituée. C’était pour récupérer de l’argent pour aider mon frère, ce n’est pas un péché, n’est-ce pas ? » Je gardai le silence, ne sachant comment lui répondre. C’était, il me semblait, le cœur de notre rencontre. Je désirais, par mon attitude, lui montrer toute mon estime et tout mon respect pour sa vie. Elle reprit : « Après j’ai arrêté. Je sentais que ce n’était pas bon pour moi, je ne pouvais plus. » Puis elle changea de sujet. La gare de Toulon approchait. Je lui dit le sentiment qui était pour moi comme la « note » de notre rencontre : « Fatima, vous savez, en regardant vos yeux, on perçoit que quelque chose, dans votre cœur, est resté pur. » De fait, son regard était empreint de douceur et de clarté. Elle sourit. Je pris congé d’elle en me demandant si nos routes se recroiseraient un jour, et pensai soudain que, peut-être, ce serait elle qui m’ouvrirait la porte du Ciel. « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume ». À travers cette rencontre, ce verset est devenu pour moi réalité.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

La Providence n’est pas un vain mot

Après un an au Pérou, dans le petit village de Guayabo, Sœur Alexandra a rejoint la Maison Notre-Dame-du-Monde-Entier à Vieux-Moulin. De retour en France, elle fait mémoire d’une amie qui lui fut donnée par la Providence. 

Sr Alexandra et Senora Antonia

Ma rencontre avec Señora Antonia est un de ces hasards qui rappellent combien Dieu est à l’œuvre dans nos vies, que sa Providence n’est pas un vain mot. Je rendais visite à une volontaire qui était à l’hôpital après une opération. La laissant se reposer un moment, je m’approche de l’autre lit de la chambre, où était allongée une petite grand-mère. Son visage s’éclaire en me voyant, mais on peut lire sur ses traits sa souffrance. Elle parle difficilement. Ne sachant que dire, je prends mon chapelet et lui propose de prier ensemble. Elle me serre les mains et me remercie chaleureusement : je suis dépassée, une fois de plus, par la force de cette simple prière du chapelet ! Avant de la quitter, je lui demande d’où elle vient. Sa réponse, « Picapiedra », sonne familièrement à mes oreilles : c’est le village voisin de Guayabo, que nous allons souvent visiter. Et effectivement, elle connaît bien nos sœurs, et me cite le nom de plusieurs ! Je n’en reviens pas : dans cette chambre d’un des nombreux hôpitaux de Lima, je suis tombée sur une voisine qui nous connaît depuis plusieurs années !

Quand je pars, le médecin me confie que son état est incertain, elle a besoin d’une importante transfusion et il n’est pas facile de trouver des donneurs. Peu après, elle est changée d’hôpital, nous n’avons plus de moyen de la joindre. J’ai un peu l’impression de la perdre juste après l’avoir trouvée, mais que puis-je faire, sinon la garder dans ma prière, et remettre cela au Seigneur ?

Un mois plus tard, je suis en visite à Picapiedra avec sœur Gabriel, et nous tentons une nouvelle fois d’aller frapper à la porte close de Señora Antonia. Quelle surprise de la voir nous ouvrir, et debout ! Je ne sais pas qui était plus heureuse, d’elle ou de nous. Nous étions la veille de Noël : ce fut un de mes plus beaux cadeaux !

Nous retournons régulièrement la voir. Je suis très touchée de son accueil si affectueux et de sa force d’âme que je découvre au fil de ses confidences : elle nous parle de son cher époux maintenant décédé, de son petit-fils de six ans gravement malade, de sa vie de travail. Orpheline de père, habitant la sierra (les montagnes du Pérou), elle est envoyée, jeune fille, travailler aux champs près de Lima : « Ma mère m’avais appris à tout faire à la maison, mais je ne connaissais rien à la terre. Le premier jour, le responsable me dit : “Ce n’est pas pour toi, je te prends une semaine, c’est tout”. J’ai pleuré et j’ai prié : “Seigneur, aide-moi !”. J’ai décidé de prendre ce travail comme un jeu, j’ai commencé ma ligne de plantation et j’ai terminé la première. Et non, ce n’était pas mal fait ! Je suis restée pour aider les autres à finir. A la fin de la semaine, on m’a dit : “Tu restes autant que tu veux”! Puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mari, d’avoir mes enfants, de monter une ferme avec des chèvres, des cochons et des poulets – les gens venaient de Lima pour me les acheter. J’ai aimé travailler dans les champs, revenir avec le sac de tomates ou de canne-à-sucre sur le dos, portant parfois mon enfant devant. Je rends grâce au Seigneur pour cette vie. » Quelle force en ce petit bout de femme ! Comment ne pas admirer cette vie rude et courageuse, sa confiance en Dieu ? C’est une chose qui m’a marquée chez beaucoup de nos amis péruviens : leur coeur simple et persévérant, qui ne se plaint pas devant le travail et ses difficultés, mais sait rendre grâce pour ce qu’il reçoit.

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

Deux nouvelles familles à la Fazenda

A la Fazenda do Natal au Brésil, deux nouvelles familles arrivent avec leur lot de souffrance et de douleur que Sr Bénédicte, Servante de la Présence de Dieu, et la communauté portent avec eux au quotidien.

Diego et Anita à la Fazenda do Natal

Deux nouvelles familles sont arrivées depuis ces derniers mois. La joie des petits fait celle des plus grands ! Anita sourit à nouveau. Elle me disait qu’une communauté sans enfant est une communauté triste. Elle revit ! La sortie de la messe a repris des allures de jeux mélangés aux discussions des adultes. Les maisons sont visitées par des petites mains qui demandent un jeu, un verre d’eau, un goûter, un bisou ou qui cherchent à faire une bêtise ! La fazenda refleurit également au sens propre du terme. Arivaldo (dit Pequeno=petit), un des papas, connait et aime les fleurs et la culture et s’y est attelé depuis son arrivée. Dans son sillage, chacun s’essaie à la plantation de roses, de mais, de manioc et autres légumes ! Après une amitié de quatre ans avec Jo et Pequeno dont on visite le village, ceux-ci ont décidé de venir vivre avec nous, de partager cette expérience de vie communautaire, de prière, de service et d’apostolat. Jo avait envie de laisser une dernière chance à leur couple qui était en train de se détruire. Les fruits ont été beaux pendant quelques semaines  : ils se sont retrouvés et les avoir avec nous était un vrai plaisir et d’une vraie simplicité. Pequeno, en bon bahianais, d’une tranquillité sans pair et heureux comme un poisson dans l’eau, nous saluait chaque matin de sa maison – alors qu’on prenait  le petit déjeuner et qu’il allait arroser ses plantes – d’un bonjour enthousiaste. Il était devenu un rayon de soleil. Jo aidait à la cuisine chaque matin en chantant et en louant le Seigneur à tue-tête. Avec sa franchise, son honnêteté, sa soif, sa joie dans le travail, elle nous en donnait une leçon ! Elle allait à l’école quelques après-midi par semaine, ce qu’elle n’arrivait plus à faire lorsqu’elle était chez elle. Hier, Jo est partie. Nos amis sont bien fragiles et inconstants. Et sans le Christ est-il possible de traverser la tempête ? Pequeno reste pour l’instant avec les deux petits Maikom et Marcos. Notre mission est maintenant de les accompagner dans cette épreuve. Entourer d’amour les petits qui recevront peu l’amour de leur maman ou qui pensent qu’ils ne sont pas aimés par elle!

Juliana et Augusto sont arrivés depuis six mois maintenant avec leur bébé Nathan qui a un an aujourd’hui. Ils sont arrivés à la fazenda « forçés » par le destin dans une situation de souffrance (ils étaient presque dans la rue). À leur arrivée, la fazenda était comme un souffle, une respiration, un repos dans le cœur du Christ. La blessure est grande, ouverte. La sensibilité, la fatigue, l’angoisse reprennent le dessus certains jours. Je vous demande de prier pour eux. Les deux tentent de travailler pour se refaire une vie après : cuisine, ventes, travail proposé par quelques amis. Ils tentent également de se refaire une santé. Nous espérons qu’ils puissent découvrir les bénédictions de la croix, l’amour dans la souffrance, la gratuité, la dépendance de Dieu. Tant de valeurs chrétiennes essentielles dans notre chemin vers le Père. Nous prions beaucoup, tentons de les accompagner dans leur lutte par notre amitié, notre aide, telle une main qui se tend sur le chemin.

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Sr Bénédicte
Servante de la Présence de Dieu, en mission au Brésil

Marion, ou la petite fille qui voulait voir Dieu

La barque échouée, © Frédéric Eymeri

La barque échouée, © Frédéric Eymeri

Sr Aurélie rencontre une petite fille lors d’un mariage, le dialogue s’engage…

Ce jour-là, c’était la fête ! J’étais invitée au mariage d’un des membres de ma famille. Très vite, je remarquai une petite fille, qui vint vers moi. Elle n’était pas bien timide, et mon habit l’intrigant, elle commença à jouer avec mon scapulaire. Chétive, on pouvait percevoir qu’elle avait beaucoup souffert. D’ailleurs, elle était accueillie en famille d’accueil, et c’est ce qui nous donna de nous rencontrer, en ce jour de noces.

Vint le temps des questions… et quelles questions !

  • Est-ce que Dieu existe ?
  • Oui, il existe.
  • Mais certains disent qu’Il n’existe pas.
  • Oui, c’est vrai. Mais moi je crois qu’Il existe et d’ailleurs, je lui ai donné ma vie, c’est pour cela que je suis habillée comme ça.
  • Tu as déjà vu Dieu ?
  • Non, c’est assez rare tu sais, ceux qui le voient. Mais on peut croire en Lui sans l’avoir vu.
  • J’aimerais tellement le voir.
  • Oui, je comprends, moi aussi.
  • Mais, Il pourrait se montrer ?
  • Oui, pour Lui tout est possible, Il pourrait apparaître, mais souvent ce n’est pas la manière qu’Il choisit.
  • S’il te plaît, dis-lui de venir, j’aimerais le voir. J’aimerais tellement le voir ! Si tu dis qu’Il peut venir, pourquoi Il ne vient pas ?

Cette supplication, ce cri m’atteignirent profondément. Ce n’était pas un caprice, mais l’appel profond de son cœur, de sa chair, de toute sa vie : « Je veux Le voir ». J’admirais secrètement cette petite fille, qui a son jeune âge, avait déjà vécu tellement d’épreuves et de souffrance, mais qui gardait si vivement ce désir d’un amour total, sans limites. Déçue dans son désir d’être aimée et dans la confiance qu’elle avait faite, elle gardait le cœur ouvert, avec le pressentiment qu’à un désir infini correspondait une réponse infinie.

  • Tu sais, je comprends que tu veuilles le voir. Figures‐toi qu’il y a des milliers d’années, des hommes ont dit la même chose : si seulement je pouvais voir Dieu, s’Il pouvait déchirer les cieux et descendre sur la terre. Et tu sais quoi ? Dieu l’a fait, Il est venu, Il est devenu l’un de nous, comme nous pour venir vivre avec nous. Il s’est fait homme et s’appelait Jésus.
  • Oui, mais ensuite, Il est mort !
  • Tu as raison, Il est mort, mais ensuite, Il est revenu à la vie, on utilise un mot un peu compliqué pour ça, on dit qu’Il est ressuscité.
  • Oui, mais on ne peut plus Le voir…
  • Cela arrive parfois qu’Il apparaisse à certaines personnes, mais c’est assez rare. Il vient plutôt nous parler dans notre cœur. Si tu fais silence et que tu pries dans ton cœur, tu peux le rencontrer, tu peux devenir son amie, tu peux découvrir qu’Il t’aime. Il est toujours avec toi.
  • Mais comment Il me montre qu’Il m’aime ?

Je réfléchis un instant. Je ne voulais pas éviter la question si grave, si profonde, si existentielle du petit être qui me faisait la grâce de sa confiance. Et sans doute l’Esprit Saint vint‐Il à mon secours.

  • Tu sais, Il y a un autre moyen pour rencontrer Dieu : on peut le rencontrer s’Il nous apparaît, ou dans notre cœur, mais aussi parfois, Dieu vient à notre rencontre en nous faisant des signes.
  • Des signes ? Qu’est‐ce que cela veut dire ?
  • Et bien, par exemple, moi tu vois, je ne suis pas Dieu, ça c’est sûr, mais peut-être que je peux être pour toi un signe que Dieu t’aime et qu’Il veut devenir ton ami, que tu es importante pour Lui.

Elle garda quelques instants de silence, prit son ballon et partit jouer, sans un mot, comme si elle avait eu satisfaction, me laissant éblouie et attendrie par un cœur si pur et une soif si ardente.

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Sr Aurélie
Servante de la Présence de Dieu

Suzanna, maman seule dans la banlieue de Lima

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Suzanna et ses jumeaux avec Sr Miriam

Suzanna vient de donner naissance à un petit Isaac, et, le temps qu’elle se remette de l’accouchement, nous avons pris Sarah chez nous à Guayabo. « Six religieuses et un couffin »…

Suzanna habite à Retamal, un bidonville à 20 minutes de notre village, une de ces collines désertiques de la périphérie de Lima qui, depuis quelques années, se sont couvertes de baraques en bois. Chaque mardi après-midi, nous allons visiter ce quartier, si abandonné. Pourquoi venir vivre là, avec pour seul horizon ces collines de roches ? « Pour que mes enfants puissent étudier » me dit un jour Suzanna, ajoutant que, oui, la sierra (les montagnes de la Cordillère, d’où elle vient) lui manque. Elle me fait comprendre cette dure réalité : pour beaucoup, ce lieu si peu hospitalier permet tout de même un accès aux soins et à l’école, meilleur que dans certaines régions du Pérou. Suzanna vit seule avec ses trois enfants, Yan-Pol et Abraham, des jumeaux de cinq ans et la petite Sarah, car son compagnon est en prison, suite à une accusation sans doute mensongère, et le procès n’avance pas. Sa maison est une des plus pauvres que je connaisse : des planches de bois vieillies, un toit de tôle, un sol de terre battue, quelques poules dans un coin, pas d’eau courante ni d’électricité. Ces conditions de vie me choquent, mais Suzanna, elle, ne se plaint pas. Elle est toujours souriante. Elle accueille notre aide avec gratitude – les couches, les habits, le lait en poudre, donations reçues providentiellement ces dernières semaines, que nous lui apportons -, mais elle-même ne nous demande rien. Son visage a une lumière particulière, et surtout, il rayonne d’amour pour ses enfants, un amour qui se reflète dans leur joie de vivre. Il n’y a qu’à voir les jumeaux, si débrouillards et adorables. Au début, quand ils nous voyaient, deux sœurs en habit marron et voile blanc, ils pleuraient et partaient se cacher. À présent, ils nous accueillent en criant « Hermana ! » (« ma sœur ! ») et nous emmènent jouer avec eux. Ils me montrent de petits sacs-en-plastique noirs ; à l’intérieur se trouvent leurs trésors : des petites voitures à moitié cassées, des cailloux, des bouts de bois. Ils ont une imagination incroyable pour s’amuser avec trois fois rien : un vieux pneu de vélo devient un super cerceau, un tas de sable, un circuit géant de voitures… Je ne cesse de m’émerveiller de ce contraste, une maison si pauvre, et les visages si heureux des enfants ! J’admire aussi les élans de générosité qui se déploient pour aider Suzanna. Quand elle mit au monde Sarah, elle avait accouché seule, chez elle, au milieu de la nuit. Quel choc quand nous l’avons appris ! Pour que cela ne se reproduise pas, nous avons demandé à une amie de Retamal que nous connaissons bien, Sonia, de veiller sur Suzanna. Et elle s’est occupée d’elle comme de sa propre sœur ! Le jour de l’accouchement, c’est elle qui l’a emmenée au centre médical, avec le bus local. Les médecins aussi étaient pleins d’attention, venant visiter Suzanna chez elle, lui prêtant un téléphone portable. Et dernière bonne nouvelle : le prêtre de la paroisse pourrait fournir à Suzanna une maison préfabriquée, pour remplacer sa baraque ! Ces initiatives sont d’autant plus bienvenues que les voisins de Suzanna sont plutôt distants et méprisants envers elle. La façon dont elle vit cette situation difficile, avec tant d’endurance et d’amour, me fait penser aux paroles de Saint Paul : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi […] ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 27). Merci de garder Suzanna et sa famille dans votre prière !

 

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Sr Alexandra
Servante de la Présence de Dieu

 

La Communauté du El Salvador, 2013

La Communauté du El Salvador, 2013


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