Aude vit depuis cinq ans au Points-Cœur de Lviv en Ukraine. Elle a participé à l’aventure de la publication du livre « Noël, le Mystère » écrit par le Père Thierry de Roucy et illustré par Natalia Satsik.
Un travail passionnant, de longue haleine et de précision qu’elle a présenté en Ukraine, en France, en Suisse et en Belgique. Elle nous parle de cette composition, de cette œuvre, et de cette amitié avec Natalia qui révèle tout son talent d’iconographe non figuratif :
Depuis plusieurs mois, j’ai eu la chance de participer à l’élaboration d’un livre ici en Ukraine : "Noël, le Mystère". Depuis plusieurs années, le père Thierry de Roucy écrit, au moment de Noël, des textes sur le mystère du Dieu-fait-homme. Nous est venu le désir de rassembler en un livre quelques-uns de ses écrits en les associant aux témoignages de quelques volontaires Points-Cœur à travers le monde et aux illustrations originales de notre grande amie artiste, Natalia Satsik. Cette entreprise dévoile une de nos préoccupations grandissantes : offrir un espace de rencontre entre différents langages. Celui de l’expérience, celui de la théologie, celui de l’art et ultimement, celui du cœur. L’élaboration de ce livre a été une aventure fascinante : la découverte du monde de l’édition et surtout la possibilité de travailler avec cette amie artiste, Natalia qui s’est donnée sans compter autant pour la création des illustrations que pour la maquette du livre.
La première présentation du livre a eu lieu à Kiev dans le cadre de deux jours de rencontres œcuméniques sur le thème : Les voies de l’amitié et la civilisation de l’amour. Cette rencontre a été organisée par nos amis de la maison d’édition « L’Esprit et la Lettre » où nous avons publié le livre. La présentation du livre a conclu le colloque. Le cadre s’y prêtait vraiment, puisque nous étions dans l’enceinte de Sainte-Sophie, dans l’ancienne maison du Métropolite. Il y a d’abord eu une visite privée de Sainte-Sophie avec une très bonne historienne. J’ai pu pour la première fois entrer dans la partie sainte et contempler de très près les mosaïques et les fresques admirables du XIe siècle : la scène eucharistique – quels mouvements des apôtres, le corps et les mains tout en demande pour recevoir le corps et le sang du Christ) – et les pères de l’Église plus statiques mais avec une finesse des traits du visage, avec leurs regards si pénétrants et à la fois si doux qui vous fixent pour vous inviter à la même passion de ce qu’ils ont contemplé. Comme nous fêtions la Saint Clément (dans le calendrier Julien), il y a eu après le repas une prière dans la chapelle de la maison du Métropolite (qui est un musée maintenant). Un évêque orthodoxe était là : c’est lui qui officiait. C’était très beau : les orthodoxes ont toujours cette capacité incroyable d’entrer, de « consumer » même le temps ! Puis nous avons présenté le livre. Cela s’est fait sous la forme d’une table ronde. Constantin Sigov avec beaucoup de finesse a présenté le livre, puis a donné la parole à plusieurs personnes : moi-même, Alexis Sigov, Natalia Satsik, le traducteur (qui est aussi poète), l’évêque orthodoxe, le père Sdizlaw (Dominicain), le père Didier Berté (recteur du séminaire d’Issy-les-Moulineaux), le père Philarète (un prêtre orthodoxe), Alexandre Filomenko (un ami philosophe de Karkiv). Beaucoup ont relevé cette nécessité et cet étonnement à la fois du lien entre la compassion et l’art, le souci de Père Thierry de renouer le dialogue entre la foi et l’art. « Ce livre est une naissance de nos âmes à la compassion. » L’intervention de l’évêque orthodoxe m’a particulièrement surprise. Je l’avais vu lire de manière très attentive le livre pendant l’intervention précédant sa présentation et il a relevé des points très beaux : beaucoup de livres lui semblent être une succession de paroles sans lien avec la vie mais celui-là témoigne d’une expérience réelle, authentique. Il a souligné ce livre comme une invitation à un retour dans notre maison et il a lu le passage qui l’a particulièrement marqué et l’a commenté :
« Avez-vous vu un être avec un visage d’homme et un cœur de Dieu ?
J’espère ne pas le chercher comme Hérode questionnant les mages,
mais comme Balthazar scrutant le ciel.
Avec l’esprit de l’enfant.
Et marcher dans le sable.
Avec les pieds de l’enfant. »
C’était touchant car c’était presque comme sa propre confession… Je vous recommande vraiment la lecture de ce livre qui est avant tout une invitation à se laisser toucher, à se laisser mettre en mouvement : « C’est un voyage mais dont on ne revient pas, c’est une mise en orbite vers l’infini Mystère, une expérience à jamais inchoative, une promesse qui se réalise dans la manifestation d’un visage. » Père Thierry.
